La véritable histoire d'AhQ - Luxun - E-Book

La véritable histoire d'AhQ E-Book

Luxun

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Un des textes fondateurs de la littérature chinoise contemporaine

Dans le petit village de Weizhuang, Ah Q est un misérable personnage qui rate tout ce qu'il entreprend. Pourtant, il retourne toujours la situation à son avantage et se persuade que tout va bien pour lui. Il a une très haute opinion de lui-même et songe que si les autres habitants le frappent, ils doivent se faire bien mal en lui tapant dessus...

Arrive la révolution de 1911 et la fin de l'ère féodal. Ah Q veut activement participer à la Révolution ; les difficultés surviennent alors...

La véritable histoire d'Ah Q est une fable magistrale sur le peuple chinois, son apathie et son abnégation. Il est l'un des tout premiers textes fondateurs de la littérature chinoise contemporaine.

Une farce burlesque vue du côté des plus humbles

EXTRAIT

Ce ne sont pas seulement les nom, prénom et lieu d’origine d’Ah Q qui restent dans le flou de l’incertitude, il en va de même de ses “antécédents”. Comme les habitants de Weizhuang ne s’intéressaient à Ah Q que pour le faire travailler ou se moquer de lui, ils ne prêtèrent jamais attention à ses “antécédents”. Et Ah Q lui-même n’en parlait pas, sauf à l’occasion de quelque dispute où il lui arrivait de dire en toisant son adversaire : “Nous autres, dans le temps, nous étions bien plus riches que toi, va ! Pour qui te prends-tu, pauvre minable !”

Ah Q n’avait pas de domicile. Il habitait dans le temple du dieu tutélaire de Weizhuang. Il n’avait pas non plus de métier fixe et s’embauchait à la tâche chez les autres selon leurs besoins. S’il y avait du blé à couper, il coupait le blé ; du riz à piler, il pilait le riz, un bateau à pousser à la perche, il poussait le bateau. Si le travail durait un peu, il s’installait un temps chez son employeur, mais toujours, pour finir, il s’en allait.

A PROPOS DE L’AUTEUR

Lu Xun ou Lou Sin, de son vrai nom Zhou Shuren, est l’un des écrivains chinois majeurs du XXe siècle et probablement celui qui a eu le plus d'influence sur la littérature chinoise moderne.

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Seitenzahl: 114

Veröffentlichungsjahr: 2016

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A PROPOS DU ROMAN GRAPHIQUE…

Les illustrations visent à embellir les livres et à ajouter à l’intérêt du lecteur ; mais puisqu’elles peuvent opérer quelque chose que le langage ne peut pas, elles constituent aussi une forme de propagande. Dans une suite composée de nombreuses images, on peut se passer de texte et cependant saisir l’histoire ; séparées du texte, elles sont des livres d’histoires en images, des livres en soi. L’exemple le plus frappant est fourni par l’œuvre du célèbre illustrateur Gustave Doré, surtout connu pour ses illustrations de La Divine Comédie, du Paradis perdu, de Don Quichotte et de l’Histoire des croisades, qui ont toutes été publiées séparément en Allemagne (Les deux premiers ont également fait l’objet de réimpressions au Japon). L’esprit général de ces livres est transmis à l’aide de très courtes légendes. Quelqu’un dénierait-il à Doré le titre d’artiste ?

Mon but en établissant la liste de ces ouvrages est de montrer que les livres d’images ne doivent pas seulement être considérés comme une forme de l’art – ils occupent déjà une place dans le “grand édifice de l’art”. Il va évidemment sans dire qu’ils doivent avoir un contenu et être d’une technique supérieure, comme dans toutes les autres expressions de l’art.

Je ne conseille pas aux étudiants en beaux-arts de dédaigner les grandes peintures à l’huile et les grandes aquarelles, mais j’espère qu’ils accorderont une même attention aux livres d’images, de même qu’aux illustrations des revues et des livres, et qu’ils les étudieront tout autant.

LUXUN, 1932

IDIOMES MÊLÉS

J’ai cru un moment que j’avais exagéré, mais je ne le crois plus. Si je me mettais à décrire tels quels des événements qui ont lieu aujourd’hui en Chine, ils apparaîtraient grotesques aux gens des autres pays ou à ceux d’une Chine à venir, meilleure. Il m’arrive souvent d’imaginer des choses qui me semblent à moi parfaitement aberrantes, puis vient le moment où je me trouve devant des faits du même ordre encore plus incroyables.

LUXUN, DÉCEMBRE 1926.

Comment j’ai écrit “Histoire d’Ah Q”.

I

PRÉFACE

CE DÉSIR D’ÉCRIRE la biographie d’Ah Q, ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il m’habite. Mais j’avais beau vouloir m’y mettre, j’ai longuement tardé, tant j’avais crainte d’apporter, ce faisant, la preuve que je ne suis pas un “fondateur de mots 1”, vu que – et c’est ainsi depuis toujours – un pinceau immortel se doit de ne servir qu’un héros immortel. Alors le biographe rend illustre son personnage et le personnage son biographe, tant et si bien qu’on ne sait plus guère à la fin du compte lequel des deux s’appuie sur l’autre, lequel des deux est le biographe. Cependant, pour en revenir à la biographie d’Ah Q, mon désir de l’écrire avait fini par devenir une véritable hantise, à laquelle je cédai.

Mais dès que j’eus pris le pinceau pour rédiger cette œuvre dépourvue du pouvoir de rendre éternel, je rencontrai mille difficultés. La première, ce fut le titre. Confucius a dit : “Si la dénomination n’est pas correcte, la parole est sans portée.” Or voilà un point qui exige la plus grande attention. Pour les ouvrages biographiques il y a tout un choix de titres : biographie des annales officielles, autobiographie, biographie de saints (“intérieure”), biographie anecdotique (“extérieure 2”), biographie “autre qu’officielle”, biographie de famille, petite biographie… mais malheureusement rien de tout cela ne convenait à mon projet. Une biographie des annales historiques ? Mon personnage ne pouvait figurer dans la galerie des nombreuses célébrités auxquelles se sont consacrés les historiographes. Une autobiographie ? Je ne suis pas Ah Q, c’est évident. A supposer que je décide de rédiger une biographie “de l’extérieur”, il faut se demander où est celle “de l’intérieur”, et quant à en faire une “de l’intérieur”, impossible : Ah Q n’est pas un immortel 3. Alors une biographie “autre que l’officielle” ? Mais il n’y avait jamais eu non plus de biographie officielle d’Ah Q commandée par le président de la République à l’Institut national d’Histoire. Il est vrai qu’en Angleterre, où il n’existe pas d’ouvrage intitulé Biographie officielle de Rodney Stone, Dickens écrivit pourtant une Biographie non officielle de Rodney Stone 4. Mais un écrivain célèbre peut se permettre des choses qui me sont, à moi, interdites. Alors une biographie de famille 5 ? Mais je ne sais pas du tout si j’ai avec Ah Q des ancêtres communs, et d’ailleurs aucun fils ou petit-fils d’Ah Q ne m’a confié semblable tâche. La petite biographie était exclue puisqu’il n’y en a pas de grande. Bref, tout compte fait, ce que je voulais écrire pour Ah Q en personne était bel et bien une biographie officielle, mais comme mon style est grossier et mon langage “analogue à celui des tireurs de pousses et des vendeurs de fromages de soja 6”, je n’ai pas osé m’arroger un intitulé aussi respectable et j’ai emprunté mon titre à ces conteurs des rues qui, ne relevant ni des Trois Cultes ni des Neuf Ecoles 7, ont pour coutume de dire : “Assez de propos oiseux, revenons à une véridique biographie.” Je conviens qu’on risque de confondre ce titre de “véridique biographie” avec celui, très semblable, de l’ouvrage ancien Véridique histoire de la calligraphie 8, mais j’ai décidé de passer outre à cet inconvénient.

Seconde difficulté : lorsqu’on établit une biographie, la tradition veut que l’on commence par “Untel, prénommé untel, de tel endroit…”, mais je ne sais pas du tout quel était le nom de la famille d’Ah Q. Une fois, on a pu croire que c’était Zhao, mais dès le lendemain ce ne fut plus aussi sûr. Le fils du Vénérable Seigneur Zhao venait d’être promu bachelier 9, le carillonnement des gongs était venu annoncer la nouvelle au village et Ah Q, qui venait justement d’avaler deux bols de vin jaune 10, se mit à danser la gigue en clamant sa joie : cette gloire rejaillissait sur lui, vu que lui-même et le Vénérable Seigneur Zhao étaient issus de la même souche familiale. Pour être plus précis, il était lui, Ah Q, de la même génération que le grand-père du lauréat 11. Les gens qui se trouvaient à côté d’Ah Q lorsqu’il fit cette déclaration ressentirent pour lui du respect, mais le lendemain – qui aurait pu imaginer cela ? – le garde champêtre convoquait Ah Q chez le Vénérable Seigneur Zhao, lequel, dès qu’il vit Ah Q, se mit à hurler, le visage écarlate :

“Ah Q ! Pauvre minable que tu es, tu prétends que je suis de ta famille ?”

Ah Q ne répondit mot. La colère du Vénérable Seigneur Zhao s’en trouva grandie et il se précipita sur Ah Q :

“Tu oses dire de pareilles sornettes ! Comment pourrais-je être de la famille d’un type comme toi ? Est-ce que tu t’appelles Zhao ?”

Ah Q, toujours sans mot dire, voulut reculer de quelques pas, mais le Vénérable Seigneur Zhao lui bondit dessus et lui envoya une gifle.

“Comment pourrais-tu t’appeler Zhao ? Tu ne t’es pas regardé !”

Ah Q ne protesta pas. Il n’essaya pas de soutenir mordicus qu’il s’appelait réellement Zhao. Il porta la main à sa joue gauche et suivit le garde champêtre qui se retirait. Une fois dehors, celui-ci administra une bonne semonce à Ah Q, qui l’en remercia avec un pourboire de deux cents sapèques. Ceux qui eurent vent de l’affaire furent tous d’accord pour dire qu’Ah Q était allé un peu fort et que c’était bien fait pour lui. Il n’avait probablement aucune raison de s’appeler Zhao et même si c’était vrai, puisqu’il y avait déjà au village le Vénérable Seigneur Zhao, il n’aurait pas dû avancer à la légère de telles prétentions.

Après cela il n’y eut jamais personne qui mentionnât le nom de famille d’Ah Q et c’est la raison pour laquelle, en définitive, je ne l’ai jamais connu.

Troisième difficulté : je ne sais pas non plus comment s’écrit le prénom d’Ah Q. De son vivant tout le monde l’appelait Ah Quei 12. Après sa mort on cessa de le prononcer et a fortiori ne l’a-t-on pas “écrit sur le bambou et la soie”. C’est sans aucun doute cette biographie qui lui donne l’occasion d’être noté pour la première fois, d’où la difficulté à laquelle je me heurte. J’ai réfléchi minutieusement à cette question de savoir comment le “Quei” d’Ah Q doit s’écrire : avec le caractère qui signifie “osmanthus” ou avec cet autre qui signifie “noblesse” ? Si le second prénom d’Ah Q avait été “Pavillon de lune”, ou que son anniversaire tombât au milieu du huitième mois 13, c’était la preuve assurée qu’il s’appelait Ah Quei/Osmanthus, mais il n’avait pas de second prénom, ou s’il en avait un, personne ne le connaissait. Et il n’a jamais envoyé de cartes à des amis pour les inviter à célébrer en vers ou en prose le jour de sa naissance. Ecrire ce Quei avec le caractère “d’osmanthus” serait donc un peu arbitraire, et d’autre part si Ah Q avait eu un frère plus âgé ou plus jeune qui se fût appelé Ah le Riche, c’était la preuve que lui-même se nommait Ah le Noble, mais comme il était sans famille, il n’y avait pas non plus d’indices sérieux qui permettent d’écrire Quei avec le caractère de “noblesse”. Aux autres caractères, moins courants, qui se prononcent “quei” il est encore moins indiqué de s’arrêter. Une fois, j’ai interrogé à ce sujet le fils du Vénérable Seigneur Zhao, Monsieur le Bachelier, mais – qui l’eût jamais cru ? – un éminent docteur érudit comme ce monsieur-là ne m’a fait qu’une réponse vague ; sa conclusion cependant se ramenait à ceci que Chen Duxiu en préconisant dans Nouvelle Jeunesse l’usage des caractères latins avait mené à sa perte la culture nationale 14, cette cause entraînant le fait que mes recherches n’avaient plus rien sur quoi s’appuyer. Il ne me restait, en dernier ressort, qu’à demander à quelqu’un du coin d’aller consulter le dossier de l’affaire Ah Q. Je n’ai obtenu une réponse que huit mois plus tard, où l’on me disait qu’il n’y avait pas trace dans ce dossier d’un individu dont le nom se rapprochât de la consonance “quei”. Je ne sais pas si cela est exact, ni même si cette personne a fait vraiment des recherches, mais toujours est-il que je ne puis rien faire de plus. Comme je crains que la méthode de transcription de caractères par les “signes phonétiques 15” soit encore peu connue, je préfère y renoncer et écrire “Quei” avec les “caractères étrangers” et conformément à la prononciation courante en anglais. Après quoi j’abrège ce “Quei” en “Q”. Croyez que je suis vraiment au regret de suivre ainsi presque aveuglément Nouvelle Jeunesse, mais dans un cas comme celui-ci, où un Monsieur le Bachelier se trouve dans l’embarras, à quel autre moyen recourir pour noter ce nom ?

Quatrième difficulté : le lieu d’origine d’Ah Q. S’il s’était appelé Zhao, j’aurais pu, recourant à l’ancienne coutume pour l’appliquer aux noms en vigueur actuellement, consulter le vieil ouvrage intitulé Cent familles et leurs lieux d’origines, où j’aurais pu trouver quelque chose comme ceci : “Originaire de Tianshui dans le Longxi”, mais, hélas ! comme on est dans l’incertitude quant à son nom, son lieu d’origine aussi est de ce fait impossible à déterminer. Bien qu’il ait vécu la plupart du temps au village de Weizhuang, il a souvent séjourné en d’autres lieux et par conséquent on ne saurait affirmer qu’il était originaire de Weizhuang, car dire même cela : “de Weizhuang” serait tourner le dos à la méthode historique.

La seule chose qui me console au milieu de ces difficultés, c’est que le caractère “Ah” d’ “Ah Q” est, lui, parfaitement correct 16. On ne peut absolument pas le soupçonner d’être un emprunt homonymique employé à mauvais escient, et le spécialiste le plus savant en la matière aurait du mal à y trouver à redire. Quant aux autres difficultés, ce n’est pas un homme comme moi au modeste savoir qui pourrait les résoudre. Je me contente d’espérer que des disciples de Monsieur Hu Shi 17, ce grand savant “fou d’histoire, fou de critiques et de documents” feront un jour nombre de découvertes sur le sujet. Mais je crains fort qu’à ce moment-là mon Histoire d’Ah Q, véridique biographie n’ait disparu dans le néant.

Ce qui précède peut être considéré comme une préface.

II

UN APERÇU DES VICTOIRES D’AH Q

CE NE SONT PAS SEULEMENT les nom, prénom et lieu d’origine d’Ah Q qui restent dans le flou de l’incertitude, il en va de même de ses “antécédents”. Comme les habitants de Weizhuang ne s’intéressaient à Ah Q que pour le faire travailler ou se moquer de lui, ils ne prêtèrent jamais attention à ses “antécédents”. Et Ah Q lui-même n’en parlait pas, sauf à l’occasion de quelque dispute où il lui arrivait de dire en toisant son adversaire :

“Nous autres, dans le temps, nous étions bien plus riches que toi, va ! Pour qui te prends-tu, pauvre minable !”

Ah Q n’avait pas de domicile. Il habitait dans le temple du dieu tutélaire de Weizhuang. Il n’avait pas non plus de métier fixe et s’embauchait à la tâche chez les autres selon leurs besoins. S’il y avait du blé à couper, il coupait le blé ; du riz à piler, il pilait le riz, un bateau à pousser à la perche, il poussait le bateau. Si le travail durait un peu, il s’installait un temps chez son employeur, mais toujours, pour finir, il s’en allait. C’est pourquoi dans les périodes où le travail pressait,