La Vita Nuova - Alighieri Dante - E-Book

La Vita Nuova E-Book

Alighieri Dante

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Beschreibung

La Vita nuova ou la Vie nouvelle est la première oeuvre sûrement authentique de Dante Alighieri. Elle fut écrite entre 1293 et 1295. Cette oeuvre est un prosimètre, c'est-à-dire un texte dans lequel alternent vers et prose.

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Seitenzahl: 194

Veröffentlichungsjahr: 2019

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La Vita Nuova

Pages de titrePRÉFACEINTRODUCTIONCHAPITRE PREMIERCHAPITRE IICHAPITRE IIICHAPITRE IVCHAPITRE VCHAPITRE VICHAPITRE VIICHAPITRE VIIICHAPITRE IXCHAPITRE XCHAPITRE XICHAPITRE XIICHAPITRE XIIICHAPITRE XIVCHAPITRE XVCHAPITRE XVICHAPITRE XVIICHAPITRE XVIIICHAPITRE XIXCHAPITRE XXCHAPITRE XXICHAPITRE XXIICHAPITRE XXIIICHAPITRE XXIVCHAPITRE XXVCHAPITRE XXVICHAPITRE XXVIICHAPITRE XXVIIICHAPITRE XXIXCHAPITRE XXXCHAPITRE XXXICHAPITRE XXXIICHAPITRE XXXVICHAPITRE XXXIVCHAPITRE XXXVCHAPITRE XXXVI - 1CHAPITRE XXXVIICHAPITRE XXXVIIICHAPITRE XXXIXCHAPITRE XLCHAPITRE XLICHAPITRE XLIICHAPITRE XLIIIÉPILOGUECOMMENTAIRESCHAPITRE PREMIER - 1CHAPITRE II - 1CHAPITRE III - 1CHAPITRE VII - 1CHAPITRE VIII - 1CHAPITRE IX - 1CHAPITRE XI - 1CHAPITRE XII - 1CHAPITRE XIII - 1CHAPITRE XIV - 1CHAPITRE XV - 1CHAPITRE XVI - 1CHAPITRE XVIII - 1CHAPITRE XIX - 1CHAPITRE XX - 1CHAPITRE XXI - 1CHAPITRE XXII - 1CHAPITRE XXIII - 1CHAPITRE XXIV - 1CHAPITRE XXV - 1CHAPITRE XXVI - 1CHAPITRE XXVII - 1CHAPITRE XXIX - 1CHAPITRE XXX - 1CHAPITRE XXXI - 1CHAPITRE XXXII - 1CHAPITRE XXXIIICHAPITRE XXXIV - 1CHAPITRE XXXV - 1CHAPITRE XXXVI - 2CHAPITRE XXXVII - 1CHAPITRE XXXVIII - 1CHAPITRE XXXIX - 1CHAPITRE XL - 1CHAPITRE XLI - 1CHAPITRE XLII - 1CHAPITRE XLIII - 1Page de copyright

1

La Vita Nuova

Alighieri Dante

2

À M. CHARLES DEJOB

MAÎTRE DE CONFÉRENCES À LA FACULTÉ DES LETTRES,

FONDATEUR DE LA SOCIÉTÉ D’ÉTUDES ITALIENNES

Hommage de grande estime et de vive affection.

MAX. DURAND FARDEL.

Octobre 1897.

3

PRÉFACE

La Vita nuova est un roman d’amour, hymne de l’amour glorieux,

lamento de l’amour brisé. C’est aussi un roman psychologique, qui

diffère de ceux  qu’affectionne  notre littérature  contemporaine  par

l’élévation et la pureté des sentiments exprimés et le silence gardé

sur les sensations éprouvées.

C’est encore un livre de mémoire où le poète retrace, presque jour

par jour, les impressions nouvelles et naïves d’une âme que le contact

du monde n’avait encore qu’à peine effleurée.

Si la Divine Comédie n’est que bien imparfaitement connue en

France, et si, à la plupart de ceux­là mêmes qui la lisent dans sa

langue, elle n’est à proprement parler familière que dans une partie

de sa vaste conception, on peut dire que la Vita nuova est inconnue

chez   nous.   Nous   sommes   bien   habitués   à   unir   le   doux   nom   de

Béatrice au grand nom de Dante, mais c’est tout.

La Bibliothèque nationale ne possède que deux traductions de la

Vita nuova. L’une et l’autre se trouvent enfouies et sont demeurées

très ignorées, dans une traduction de la Divine Comédie : l’une de

Delescluze,   annexée   à   une   traduction   de   la   Comédie   de   Brizeux

(1891), dépourvue de notes ou commentaires, l’autre de Séb. Rhéal,

1

celle­ci très incomplète.

La Vita nuova n’est pas, comme la Divine Comédie, une création

1 La Vita nuova est beaucoup plus familière aux Anglais. Entre 1862 et 1895 on

n’en compte pas moins de quatre traductions littérales. En outre, deux éditions

italiennes, avec introductions et notes en anglais, ont été publiées récemment à

Londres par M. Whitehead et par M. Perini.

4

fantastique et sibylline, sortie tout entière d’une des imaginations les

plus extraordinaires qui se soient imposées à là postérité.

C’est   une   histoire   vraie   dont   la   forme   romanesque   ne   fait

qu’ajouter à la puissance de vie qui l’anime.

C’est   l’histoire,   enfantine   d’abord,   puis   romanesque,   puis

pathétique, de doux amants du treizième siècle. Elle nous permet de

plonger nos regards dans une époque curieuse, mal connue, époque

de transition entre le crépuscule mourant du Moyen Âge et l’aurore

naissante de la Renaissance.

2

Si, dans la traduction que j’ai publiée de la Divine Comédie  j’ai

cru, à tort ou à raison, pouvoir changer la forme du récit tout en

gardant l’intégrité du texte conservé, et en éliminer seulement des

formes scolastiques et des détails topographiques et historiques qui

ne pouvaient que la rendre difficile et confuse au lecteur français, et

n’étaient   propres   à   toucher   que   les   compatriotes   du   poète,   la

traduction   que   je   viens   offrir   de   la  Vita   nuova  est   absolument

littérale.

Cette publication m’a été conseillée, comme mes autres études sur

la   Divine   Comédie   et   sur   la   personne   de   Dante,   par   le   désir   de

vulgariser dans notre pays l’œuvre du grand Italien, dont le nom a

conquis l’immortalité, tandis que les produits de son génie sont à

peine   connus   chez   nous,   en   dehors   d’un   cercle   bien   restreint   de

lecteurs et d’admirateurs.

La Vita nuova est une œuvre pleine de charme, et suggestive au

plus haut point. C’est une œuvre humaine, dont l’intérêt ne se limite

pas aux personnages qu’elle met en scène et à l’époque où ils se

meuvent.

Restent   le   coloris   du   style   et   l’harmonie   des   vers,   dont   le

traducteur a cherché à s’inspirer, mais qu’il ne lui était pas possible

de s’approprier.

Voici cependant ce que dit Dante lui­même à ce propos : « Les

écrits poétiques ne sauraient se prêter à la transportation dans une

autre langue. Néanmoins, s’il est impossible au traducteur de donner

un   équivalent   littéral   au   langage   allégorique   et   aux   expressions

2 La Divine Comédie, traduction libre, 1897. Plon et Nourrit.

5

mystérieuses de ses vers, et d’en reproduire les beautés, on peut au

moins en pénétrer le sens littéral et suivre le poète dans la succession

3

de ses sentiments et de ses pensées. »

MAX DURAND­FARDEL.

1897.

3 Dante, Il Convito, trait. ii.

6

INTRODUCTION

I

Toute l’histoire de Dante tient entre trois dates précises. Il naquit à

Florence en 1265. Il fut élevé au Priorat, la plus haute magistrature

de son pays, en 1300. Il mourut à Ravenne en 1321, âgé de 56 ans.

Après   avoir   pris   part,   pendant   un   temps   bien   court,   au

gouvernement de la République florentine, il fut soudain précipité du

pouvoir   par   le   jeu   mortel   des   factions   et,   victime   d’accusations

infâmes, condamné en 1301 à la confiscation de sa modeste fortune,

à l’exil, et au bûcher s’il reparaissait dans sa patrie.

Son existence pendant ces longues années d’exil est demeurée fort

obscure. On sait qu’il erra d’hospitalités en hospitalités, de châteaux

en   châteaux,   de   couvens   en   couvens,   « montant   les   escaliers   des

autres et mangeant le pain d’autrui ». On suit sa trace à Vérone, à

Padoue,   à   Sienne,   à   Bologne,   à   Crémone,   près   de   tels   ou   tels

personnages,   de   ces   tyrans   qui   se   partageaient   les   provinces,   les

villes, les châteaux, découpant chacun à leur tour cette malheureuse

Italie dont le sort lui arrachait de si éloquentes objurgations. On le

suit encore à Paris, où son séjour a été sans aucun doute contesté à

7

tort.

4

Devenu Gibelin après son exil , il s’était uni d’abord à quelques

efforts pour rouvrir leur patrie à ses compagnons d’exil. C’est ainsi

qu’il aurait pris part en 1304  à une tentative armée des Gibelins

exilés  contre  la  Florence  Guelfe,  et  que  plus  tard  il  aurait  voulu

entraîner contre Florence l’empereur Henri VII, Arrigo, descendu en

Italie pour y rétablir l’autorité de l’Empire. Mais il ne tarda pas à se

séparer d’un parti qui ne lui offrait que des sujets de dégoût ou des

témoignages d’impuissance.

Son existence se manifestait alors de temps à autre par des lettres,

dont   un   bien   petit   nombre   sont   parvenues   jusqu’à   nous,   par   des

protestations   hautaines,   par   quelques   interventions   diplomatiques,

par des proclamations empreintes du plus ardent patriotisme envers

cette Italie qui existait encore à peine, mais dont les tronçons épars

semblaient   se   réunir   dans   son   cœur   par   une   secrète   divination.

Pendant   ce   temps,   les   premiers   fragmens   de   son   grand   poème

commençaient à se répandre dans la foule.

La vie qu’il menait alors se révèle à nous aujourd’hui par les

œuvres que lui dictaient ce qu’on peut appeler ses idées fixes, c’est­

à­dire la constitution monarchique de la Société civile sous le sceptre

de l’Empire, à côté de la Société théocratique sous le pallium de la

Papauté,   l’ennoblissement   de   la   langue   vulgaire   de   son   pays,   le

redressement   d’une   société   confuse   et   dépravée,   enfin   la

contemplation de la mort, à laquelle nous devons la Divine Comédie.

De la première partie de sa vie, il ne nous reste à peu près aucune

trace   qu’ait   pu   marquer   l’attention   ou   le   souvenir   de   ses

contemporains. Il ne nous reste que la Vita nuova qu’il nous a laissée

et que l’on pense avoir été composée en 1291 ou 1292, peut­être plus

tard, mais certainement avant 1300.

On ne peut y ajouter que quelques poésies légères, et les études

5

opiniâtres dont Il Convito nous fait la confidence.  Celles­ci doivent

avoir rempli surtout le temps écoulé entre la mort de Béatrice et son

4 Les Guelfes représentaient les  franchises communales,  et les Gibelins les

privilèges féodaux (Ozanam).

5 Il Convito, tratt. ii, chap. XIII.

8

accession au pouvoir.

C’est encore à cette époque de sa vie qu’appartient son mariage. Il

s’est toujours tu sur la place que cette union avait pu tenir dans son

cœur ou prendre à la direction de sa vie. Et le nom de Gemma Donati

ne se rattache plus au nom glorieux de Dante que par la progéniture

qu’elle lui a donnée.

II

J’ai pensé qu’il était à propos de rappeler les traits principaux de

l’existence du Poète de la Vita nuova. Ce n’est pas ici le lieu de

s’étendre sur ce sujet. Quant  à ses différentes œuvres comme de

Vulgari eloquio ou de Monarchia, il paraît assez difficile de leur

assigner une date, relativement en particulier à la Vita nuova, qui doit

seule nous occuper ici. Pour ce qui est de Il Convito, c’est une œuvre

de longue haleine que M. Whitehead pense avoir  été commencée

6

avant son priorat (1300), et continuée plus tard dans les jours d’exil.

D’après ce que son auteur annonçait, on doit croire qu’il n’a pas été

terminé.

Je   voudrais   seulement   essayer   de   reconstituer   un   peu   la

personnalité du Poète durant la période qui correspond à sa passion

pour Béatrice et celle qui a suivi la mort de la Donna gentile. Nous

ne   possédons   sur   ce   sujet   qu’un   bien   petit   nombre   de   notions.

Cependant il me semble possible de s’en faire quelque idée qui ne

soit pas trop éloignée de la réalité.

La famille de Dante, dont il se plaît a faire remonter l’origine à

des   temps   très   lointains,   ne   paraît   avoir   eu   à   Florence   qu’une

situation très modeste.

Il perdit son père à l’âge de dix ans. Les Alighieri étaient sans

6 WHITEHEAD. Édition italienne de la Vita nuova, London, 1893.

9

doute dans l’aisance. Dante possédait lui­même, lors de son priorat,

plusieurs propriétés, tant à Florence que dans les environs, dont nous

ne connaissons pas l’importance, et dont la confiscation accompagna

sa condamnation à l’exil. Et l’on pourrait dire, si cette expression

était de mise ici, qu’il appartenait à une bourgeoisie aisée.

Quant  à la  personne  de  son  père,  on n’en  connaît  rien.  Et  ce

silence absolu dans les souvenirs conservés de cette époque, comme

dans l’œuvre de son fils, donne  à penser qu’il ne tenait pas une

grande place dans le monde de Florence. il n’est fait mention de lui

que dans le commentaire de Boccace, à propos de l’invitation qui lui

fut adressée par le Signor Folco Portinari, et à laquelle il amena son

7

fils Dante, encore enfant.

Dante avait perdu sa mère (Bella) de bonne heure, et son père

s’était   remarié.   Mous   ne   savons   pas   la   part   que   sa   belle­mère

(matrigna) a pu prendre aux premières années de sa vie, et à son

éducation. Quoi qu’il en soit, celle­ci paraît avoir été très soignée, et

l’on ne peut s’empêcher de remarquer que tout, dans ses habitudes

d’extrême   politesse,   dans   la   délicatesse   et   le   raffinement   de   son

langage, semblerait porter l’empreinte d’une éducation féminine.

Boccace affirme qu’il  montra  une aptitude  précoce  aux études

théologiques   et   philosophiques.   C’était   là   du   reste   le   champ   où

s’exerçait   à   peu   près   exclusivement   la   scolastique   d’alors.   Dante

8

nous apprend lui­même  que ce ne fut qu’après la mort de Béatrice,

par conséquent entre vingt­cinq et trente ans, qu’il se mit à suivre les

écoles des religieux et des philosophes, s’en étant sans doute tenu

jusque­là à des études élémentaires, et que, « grâce à ce qu’il savait

de grammaire et à sa propre intelligence, il se mit en état au bout de

trente mois d’étude de venir chercher des consolations dans les écrits

de Boece et de Tullius » (c’est ainsi qu’il appelle toujours Cicéron).

Il ne paraît guère avoir su le grec, qui du reste n’était encore que peu

répandu à cette époque. Mais il acquit de bonne heure des notions de

tout.

Il   était   familier   avec   la   cosmographie   et   avec   l’astrologie

7 Commentaire du ch. II.

8 Il Convito, tratt. ii, ch. XIII.

10

(astronomie) de ce temps­là.

Il avait beaucoup de goût pour les arts, la musique surtout, et il

avait étudié le dessin auprès de son ami Giotto et de Cimabue. Quant

à la poésie, bien « qu’il se fût de bonne heure exercé à rimer », c’est

à son amour pour Béatrice, morte en 1290, qu’il rapporte lui­même le

développement de ses instincts poétiques.

On paraît assez incertain au sujet de la part qu’a pu prendre à son

éducation Brunetto Latini, dont il parle dans la Comédie avec des

9

expressions d’une reconnaissance attendrie.

Brunetto Latini était né à Florence en 1210 ; il y est mort en 1284.

Il était en 1263 à Paris, et il a fait un long séjour en France. Il ne

rentra à Florence qu’en 1266, avec les autres exilés Guelfes. Ce n’est

donc qu’après l’âge de dix­neuf ans que Dante a pu s’entretenir avec

lui, car il ne s’est agi peut­être que d’un commerce plutôt intellectuel

et aflectueux que d’un enseignement proprement dit.

On ne peut pas prendre à la lettre les témoignages excessifs que

nous   trouvons   dans   la   Vita   nuova   de   la   passion   de   Dante   pour

Béatrice. Il ne faudrait pas nous le représenter, comme on pourrait

être   tenté   de   le   faire,   passant   son   temps   à   courir   les   rues   à   la

recherche de cette beauté dont son cœur ne pouvait se détacher. Ce

10

serait, dit M. Del Lungo, en faire un Dante ridicule.

S’il a pu concevoir dès son enfance une passion qui ne devait

jamais s’éteindre (en dépit d’éclipses passagères), on doit croire que,

dans cette âme extraordinaire, la pensée et l’imagination n’ont pas dû

montrer une moindre précocité.

Le désordre où vivait la société d’alors, les révolutions incessantes

que subissait le gouvernement de son pays, le spectacle humiliant et

scandaleux qu’offrait le gouvernement de l’Église, depuis le trône de

saint   Pierre   jusqu’aux   dernières   ramifications   du   monde

ecclésiastique, ont dû faire éclore de bonne heure, dans cette tête

puissante et dans ce cœur d’une merveilleuse sensibilité, bien des

rêves étranges et des conceptions extraordinaires, s’agiter bien des

doutes cuisans, peut­être même se former déjà des fantasmagories

9 La Divine Comédie, ch. XV de l’Enfer.

10 DEL LUNGO, Beatrice nella vita e nella poesia.

11

délirantes.

Dante   menait   pendant   cette   première   jeunesse   une   vie   assez

11

retirée ,  et   ne  paraît  pas  avoir   précisément  vécu   dans  le  monde,

comme nous entendons ce mot, où peut­être sa situation personnelle

ne l’appelait pas, et dont son propre caractère pouvait l’éloigner.

Cependant il avait des amis parmi les jeunes gens de son âge, et il

paraît   les   avoir   choisis   parmi   les   jeunes   littérateurs   les   plus

distingués, les rimeurs, comme on les appelait alors, et il était lui­

même un rimeur.

Du reste, il ne nous éclaire pas lui­même sur son genre de vie et

ses habitudes. On peut remarquer que, soit dans les récits en prose de

la Vita nuova, soit dans les vers qu’ils encadrent, il ne s’écarte pas un

instant   de   ce   qui   touche   à   Béatrice,   qu’il   s’agisse   d’incidens

quelconques ou de sa propre pensée.

Les mœurs étaient sans doute très relâchées à Florence. Boccace

nous dit que c’est un sujet d’étonnément (una piccola maraviglia)

qu’alors qu’on fuyait tout plaisir honnête, et qu’on ne songeait qu’à

se procurer des plaisirs conformes alla propria lascivia, Dante ait pu

12

aimer   autrement.   Du   reste,   le   poète   a   exprimé   lui­même

l’étonnement   que   pourrait   causer   l’empire   que   « tant   de   jeunesse

13

avait pu exercer sur ses passions et ses impulsions ».

Cependant,   si   la   pureté   de   sa   passion   pour   Béatrice   n’a   subi

aucune tache, il ne paraît pas que l’on puisse en dire autant pour ce

qui concerne d’autres périodes de son existence.

La virulente admonestation qu’il se fait adresser par l’Ombre de

14

Béatrice au sommet du Purgatoire  est une confession touchante des

écarts dont il témoigne un repentir si poignant.

À quelle époque peut­on faire remonter ces allusions à certains

incidens dont on a cru retrouver quelques indices dans l’œuvre du

Poète, et qu’a rassemblés la légende ? dirons­nous la malignité ?

Ce n’est sans doute pas dans les années qui ont suivi la mort de

11 LUMINI, Giornale Dantesco.

12 Commentaire de Boccace.

13 Voir au ch. II de la Vita nuova.

14 Le Purgatoire de la Divine Comédie, chant XXXI.

12

Béatrice. Ce n’est pas alors que nous les savons remplies par les

études auxquelles il se livrait avec un tel entraînement, et par les

préoccupations de la vie politique où il entrait, que nous pouvons lui

15

attribuer avec quelque vraisemblance des habitudes de dissipation.

Lorsque la Béatrice du Purgatoire lui reprochait, sous le voile de

l’allégorie, de s’être abandonné aux vanités du plaisir, alors qu’il

16

n’avait plus l’excuse de la jeunesse et de l’inexpérience , Dante nous

laisse clairement deviner que c’est au temps de sa maturité, c’est­à­

dire de sa vie errante d’exilé, que doivent être rapportés ses faiblesses

et ses remords.

Il est encore un point que je voudrais toucher.

On   s’est   plu   à   voir   dans   la   Divine   Comédie   une   construction

architecturale (Giuliani) dont le plan aurait été arrêté par le Poète de

temps   en   quelque   sorte   immémorial,   et   dont   la   conception

remonterait aux époques mêmes de sa jeunesse ; et l’on s’appuie sur

maint passage de la Vita nuova dont l’interprétation est en effet assez

problématique.

Je ne crois pas qu’il en soit ainsi.

La   Vita   nuova   est   une   œuvre   qui   déborde   de   jeunesse   et

d’illusion ; c’est au bord de clairs ruisseaux ou dans des milieux

mondains que la scène se déroule, et les douleurs les plus poignantes

y revêtent une douceur infinie ; et, si le cœur se révolte, ce n’est que

contre la nature et ses décrets impitoyables, et l’âme du Poète ne

semble atteinte que par les blessures que ceux­ci lui ont infligées.

La Divine Comédie est l’œuvre d’un âgé mûri, et qui a traversé les

expériences les plus terribles et les épreuves les plus cruelles de la

vie.   Elle   est   l’expression   des   amertumes,   des   rancunes,   des

indignations que laissent les déceptions, les iniquités, et les trahisons.

15 Ozanam croit que le séjour de Dante à Paris doit être reporté entre 1294 et

1299, c’est­à­dire entre la mort de Béatrice et l’accession du poète au Priorat,

et que c’est à cette époque qu’eurent lieu les désordres dont il s’accuse lui­

même   (Œuvres   complètes,   t.   VI,   p.   416).   Ceci   me   paraît   difficilement

acceptable (Voir l’Épilogue).

16 « Un petit oiseau, encore sans expérience, peut s’exposer deux ou trois fois aux

coups du chasseur. Mais pour ceux qui ont déjà fatigué leurs ailes, c’est en

vain qu’on tend les rets et qu’on lance la flèche » (chant XXXI du Purgatoire).

13

Elle est le cri d’un cœur torturé par la méchanceté des hommes.

Je ne pense donc pas que le poète de la Vita nuova, quand il la

composa, ait eu une intuition prévise de la Divine Comédie.

Quant aux passages auxquels je viens de faire allusion, et sur

lesquels j’aurai à revenir dans mes Commentaires, il faut croire qu’ils

y auront été introduits par de tardives interpolations.

III

Si l’on veut comprendre la construction et, si je puis ainsi dire,

l’économie littéraire de la Vita nuova, il est nécessaire de jeter un

coup d’œil sur l’état de la littérature au Moyen Âge.

Pendant la longue période à laquelle on a donné ce nom, tandis

que les moines, penchés sur les manuscrits héroïques de l’antiquité,

préparaient   à   la   Renaissance   un   héritage   qu’ils   lui   conservaient

pieusement, et tandis qu’une jeunesse avide de savoir se pressait de

toutes  parts  vers  les   écoles  célèbres  d’alors,  — pour  s’y  battre   à

coups des syllogismes sur le dos de la scolastique, — deux langues

se formaient, la langue Italienne et la langue Française. Après avoir

secoué le joug du latin, elles s’essayaient dans des idiomes, informes

d’abord, puis devenus peu à peu capables de vivre de leur vie propre.

Dans les régions qui devaient être un jour le cœur de la France, les

contes,   les   fabliaux,   les   mystères,   s’inspiraient   d’une   verve   libre,

ironique, frondeuse, familière, souvent grossière, où Boccace a puisé

ce qui lui a été depuis repris si largement. Les chansons de geste

venaient y mêler leurs accens héroïques, et une poésie dite courtoise,

mêlée de fables païennes et de légendes chrétiennes, était promenée

dans les nobles résidences par les trouvères et les troubadours. Mais

en général la langue d’Oïl ne dépassait guère l’idylle et la pastorale,

et elle s’élevait rarement jusqu’aux régions éthérées où se plaisaient

14

17

les langues du midi.

Dans les pays du soleil, en Provence et en Italie, c’était des vers et

des vers d’amour, où les rimeurs d’alors, comme tant de nos rimeurs

modernes n’entretenaient guère leurs lecteurs, ou leurs auditeurs, que

de leurs propres extases ou de leurs désespérances. Ces productions

légères, que l’imprimerie ne pouvait encore conserver, se gardaient,

se communiquaient dans l’intimité, étaient adressées aux gens lettrés,

aux femmes, et s’échangeaient en manière de correspondances, se

transmettant de mains en mains, comme ailleurs les produits d’une

verve moins personnelle se laissaient colporter par les jongleurs et les

ménestrels.

C’est ainsi que Dante lui­même, et les Guido, et toute la phalange

des rimeurs de la langue du Si ou de la langue de l’Occo, jusqu’à

Pétrarque   enfin,   préludaient   aux   accens   plus   virils   de   la   Divine

Comédie et de la Jérusalem délivrée.

Dante,   dont   l’œuvre   devait   devancer   l’époque   où   il   vivait,

appartenait encore à celle­ci par les sujets de ses premiers essais

lyriques. Il aimait, comme tant de ses contemporains, à reproduire en

rimes les événemens qui avaient frappé son attention, comme les

émotions de son cœur et les rêves de son imagination.

La passion qui occupa la fin de son enfance et son adolescence, et

à l’histoire de laquelle est consacrée la Vita nuova, fournit  à ses

instincts   poétiques,   comme   il   te   déclare   lui­même,   une   matière

féconde.   Et,   « comme   il   s’était   déjà   de   bonne   heure   essayé   aux

choses rimées », tous les incidens de sa vie amoureuse, et les drames

qui   pouvaient   s’y   rattacher,   comme   en   peuvent   rencontrer   les

existences les plus simples et les plus modestes, et ce que suscitaient

en lui les mouvemens de son âme, ou bien les choses du dehors,

devinrent   les   sujets   des   canzoni,   des   sonnets,   des   ballades,   qui

forment la trame de la Vita nuova.

17 Ce tableau, bien superficiel, ne se rapporte qu’à ce qu’on pourrait appeler la

littérature courante. Il y avait déjà, dans la France d’alors, une haute littérature,

celle de l’Épopée, une de nos gloires nationales, de la Satire, et ces grandes

Chroniques où, Joinville et Villehardouin annonçaient les Mémoires dont nous

sommes encombrés aujourd’hui.

15

Quelque temps après que la mort de la femme qu’il avait aimée

fut venue tarir la source de ses expansions lyriques, il les recueillit, et

il les reproduisit « dans ce petit livre, sinon textuellement, du moins

suivant la signification qu’elles avaient. »

Mais d’abord il en fit un choix, il les retoucha, il y introduisit sans

doute plus d’une interpolation, et il les relia par une prose qui nous

aide à reconstruire cette douce et tendre histoire, mélancolique aurore

des jours orageux que la destinée lui préparait.

IV

Ce que j’ai appelé plus haut l’économie littéraire de la Vita nuova

est tout à fait particulier.

Celle­ci nous rappelle ces monumens composites où l’on retrouve

le style et l’époque des constructions qui se sont superposées. Les

élémens dont elle se compose peuvent être ramenés à trois ordres

différens :

1°   Une   prose   qui   nous   expose   le   récit.   Son   développement

comprend la succession d’événemens, d’impressions et de sentimens

dont l’évolution constitue la charpente même de l’œuvre ;

2° Des vers, sous forme de canzoni, de sonnets, de ballades se

rapportant aux momens successifs que suit l’action du poème ;

3° Des explications, divisions et subdivisions à l’infini, lesquelles,

conformément   aux   règles   de   la   scolastique,   se   rapportent   à   la

structure et à la signification de chacune de ces poésies.

Le tout est contenu dans quarante­trois chapitres.

Mais cette exposition n’est pas précisément conforme à l’ordre

chronologique de la composition.

Il n’est pas douteux que la première émanation de la Vita nuova

appartient aux petits poèmes dans lesquels l’auteur nous initie aux

sentimens intimes dont l’expression rimée est la trame véritable de

16

son œuvre. Chacun d’eux est le tableau, achevé dans sa concision,

d’un état d’âme sollicité par les circonstances extérieures ou par sa

propre inspiration.

Si l’on veut bien se reporter à ce qui a été exposé plus haut au

sujet des habitudes littéraires de cette époque, on pourra suivre la

genèse de chacune de ces poésies, où l’auteur reproduisait à mesure,

sous   la   forme   que   lui   dictaient   et   son   époque   et   son   génie,   ses

impressions et ses pensées du moment.

Ceci comprend un intervalle de 16 années, si l’on veut compter

depuis la première (1274) où naquit l’amour de Dante pour Béatrice

jusqu’à   la   mort   de   celle­ci   (1290) ;   mais   en   réalité   le   roman   ne

déroule   ses   péripéties   que   pendant   une   durée   de   trois   ou   quatre

années.

C’est   après   la   mort   de   Béatrice   que   le   Poète   a   rassemblé   les

expressions de ses expansions poétiques, et leur a donné un corps en

composant, avec ses souvenirs, la prose qui sert à les relier. Pour des

raisons que nous ne connaissons pas, il a laissé en dehors un certain

nombre de pièces rimées qui avaient été certainement composées aux

mêmes époques, et se rapportaient aux mêmes sujets et aux mêmes

idées que les pièces conservées « dans ce petit livre ».

Dans la plupart des éditions italiennes de la Vita nuova, le texte du

poème est suivi d’un appendice comprenant : altre rime spettanti alla

Vita   nuova.   Toutes   ces   poésies   (rime),   sonnets,   canzoni,   etc.,   ne

tiennent pas une place égale dans le poème. J’ai reproduit dans les

Commentaires celles qui m’ont paru se rattacher plus directement à

tels   ou   tels   chapitres,   c’est­à­dire   aux   circonstances   qui   y   sont

relatées.

C’est donc aux premières années qui ont suivi la mort de Béatrice

qu’il   faut   rapporter   ce   travail   de   reconstruction.   On   s’accorde

généralement à le placer vers les années 1291 et 1292, ainsi que la

composition de la prose, qui enveloppe la poésie comme la chair

d’un fruit en enveloppe le noyau.

Il est probable qu’il a retouché les produits de ses inspirations

journalières, et on ne saurait douter, qu’il n’y ait introduit après coup

plus  d’une  interpolation,  car  il  y  a  plusieurs passages  de la  Vita

17

nuova dont l’interprétation ne paraît possible que moyennant une

telle supposition.

Cette prose nous aide à établir la filiation des circonstances qui

ont sollicité ou inspiré les pièces poétiques.

Elle n’est souvent que comme la préparation de celles­ci, et le

même récit peut se reproduire ainsi sous deux formes successives.

Quelquefois   aussi   cette   double   expression   d’événemens   ou

d’impressions   identiques   se   présente   sons   des   formes   un   peu

différentes. C’est comme un motif musical que le compositeur répète

dans un ton différent ou avec des développemens nouveaux.

V

Cette traduction est absolument littérale. On reconnaîtra aisément

que le traducteur a sacrifié plus d’une fois les exigences du style

moderne au scrupule de s’écarter le moins possible d’un style encore

médiéval,   mais   alors   nouveau,   dolce   stil   nuovo,   qui   est   un   des

charmes de cette œuvre. Il s’est contenté de conserver la coupe des

morceaux rimes. C’est tout ce qu’il pouvait faire, toute tentative de

reproduire en vers une œuvre poétique ne pouvant que compromettre

la fidélité de la traduction, en raison des nécessités et des procédés

d’une prosodie tout autre que celle du modèle. Et la pensée du Poète

est toujours si nette et si concise qu’il n’a  été que très rarement

nécessaire d’intervertir l’ordre de leur alignement.

La seule modification que je me sois permise dans la construction

générale de l’œuvre a été de renvoyer aux Commentaires les analyses

scolastiques qui accompagnent chacun des poèmes. Il m’a semblé

que cette dichotomie glaciale n’était pas à sa place parmi ces lignes

de grâce et d’émotion. Mais on la retrouvera fidèlement reproduite

dans les commentaires se rapportante chacun des chapitres.

Le présent travail n’est pas une œuvre d’érudition. Il a été fait sur

18

le texte de Fraticelli et sur celui de Giuliani. Les textes qu’ont pu

suivre ces savans éditeurs de la Vita nuova avaient dû subir avant eux

bien   des  vicissitudes.   Je  ne  sais  si  tous  les  efforts  de  l’érudition

italienne parviendront à les rétablir dans leur pureté primitive : il y a

longtemps qu’on y travaille. Un récent fascicule publié par la Società

18

Dantesca Italiana   nous fournit un grand nombre d’exemples des

variantes infinies qu’ont pu y introduire les erreurs, les inattentions,

les fantaisies de nombreuses générations de copistes.

Il m’a paru que ces variantes et ces corrections portaient surtout

sur des lettres ou des syllabes, rarement sur des mots entiers, sans

parler de la ponctuation qui a dû être bien souvent défectueuse. Mais

il ne m’a pas semblé que les intentions de l’auteur aient eu beaucoup

à en souffrir. Et ce qui doit nous intéresser ici, c’est uniquement ses

sentimens, sa pensée, son imagination.

Il n’est peut­être pas un des incidens de la vie de Dante ou un des

passages   de   sa   production   poétique   qui   n’ait   été   l’objet   de

disquisitions contradictoires portant sur la valeur des textes transmis

à la postérité (les manuscrits originaux ayant rapidement disparu), ou

sur les dates ou sur la succession des événemens auxquels ils font

allusion.   Comme   tout   est   extraordinaire   dans   la   vie   comme   dans

l’œuvre du Poète, on n’a pu parvenir  à déterminer, avec quelque

précision,   même   l’époque   approximative   où   ces   œuvres   ont   été

conçues, achevées, ou se sont succédé.

Et encore, l’énormité et la diversité de l’œuvre prise dans son

ensemble,   comment   la   concilier   avec   une   existence   aussi

profondément mouvementée ? Il est même une époque qui semblait

devoir être fermée à son activité littéraire.

Après la tributazione qui a suivi la mort de Béatrice (1290), nous

voyons son existence remplie par le travail et l’étude : il consacre des

années, trente mois (Il Convito), à l’étude du latin, que jusqu’alors il

ne possédait qu’imparfaitement et où il devait trouver ses auteurs de

prédilection,   à   l’assiduité   aux   leçons   des   philosophes   et   des

19

théologiens. Puis son entrée officielle dans la vie publique , puis son

18 Bollettino della Società Dantesca Italiana, Firenze, décembre 1896.

19 Il se fit admettre en 1295 dans le sixième des sept arti maggiori, celui des

19

20

Priorat , sa durée courte mais effective, puis les premières années de

son exil et l’agitation politique à laquelle il s’associe… Voilà, si l’on

considère la vie qu’il pouvait mener, bien des sujets de stupéfaction,

on pourrait dire d’une sorte de vertige.

N’ayant pas qualité pour intervenir dans les débats dont ces sujets

ont été, dont ils sont encore tous les jours, l’occasion, j’ai dû m’en

tenir à la tradition, plus ou moins légendaire, que j’ai pu demander

aux sources les plus autorisées, et à la représentation, aussi fidèle

qu’il m’a été possible, du texte, sinon officiel, du moins accepté de la

Vita nuova.

Les Commentaires dont j’ai accompagné la traduction du texte

concernent   les   interprétations   de   la   partie   symbolique   et

philosophique   du   poème,   et   ont   en   même   temps   pour   objet   de

ramener à l’esprit du lecteur la propre personnalité du Poète et le

tableau de son époque et de son milieu, et les images qui ont dû

frapper ses yeux.

J’ai   demandé   à   quelques­uns   des   historiens   de   l’œuvre   de

l’Alighieri, à Carducci, à del Lungo, aux récentes et compendieuses

21

publications de Leynardi et de Scherillo , à de nombreux articles du

Giornale   Dantesco,   etc.,   des   renseignemens   sur   les   faits

contemporains du poème ; j’ai interrogé leurs propres opinions et

leurs sentimens. Mais je m’en suis rapporté surtout à ce dont m’avait

pénétré une longne communion avec la personne et avec l’œuvre du

Poète de la Divine Comédie.

Mais,   en   vérité,   était­il   indispensable   d’aller   plus   loin   et   de

remonter   plus   haut ?   La   littérature   Dantesque   d’aujourd’hui   s’est

naturellement approprié toutes celles qui l’ont précédée, et elle les

résume.

Et je ne crois pas qu’il soit nécessaire, pour comprendre le Poète

médecins et des apothicaires (medici e speziali). C’était une condition exigée

pour l’entrée dans la vie publique.

20 1306.

21 Professeur   LUIGI   LEYNARDI,   la   Psicologia   dell’urte   nella   Divina

Commedia, Torino, 1894. — MICHELE SCHERILLO, alcuni capitoli della

biografia di Dante, Torino, 1896.

20

de la Vita nuova, de repasser par toutes les étapes qu’a parcourues

l’esprit   humain   à   l’enquête   du   grand   Symboliste.   C’est   dans   lui­

même   qu’il   faut   venir   chercher   les   sources   de   sa   sensibilité,   les

origines de ses raisonnemens, le sens de ses symboles.

Si l’on veut comprendre et sentir ce que la Vita nuova renferme de

beautés subtiles et de charmes suggestifs, on y arrivera plus sûrement

par   un   commerce   intime   avec   cette   grande   personnalité   qu’en

interrogeant les autres.

21