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Ce florilège de presque cinq siècles vous donnera l’occasion de mieux connaître le tabac en littérature.
Le tabac : être pour ou être contre ne doit pas nous empêcher d’accéder à la connaissance de notre littérature, de notre culture. Les écrivains, les poètes, ont toujours écrit, sauf peut-être de nos jours, en raison de la période moraliste et puritaine que nous vivons, sur ou par l’herbe qui fume et enfume. Comment notre société a-t-elle pu passer de la lutte antitabac à la lutte anti-fumeurs ? N’est-il pas aussi grave de retirer la pipe du portrait d’un acteur, de censurer le poème d’un fumeur, que d’aimer la clope qui les a fait rêver d’un monde sans censeur ? Ce florilège de presque cinq siècles de littérature donnera l’occasion aux lecteurs de prendre connaissance du tabac en littérature, de nos poètes les plus connus (Rimbaud, Apollinaire, Mallarmé...) ou méconnus (Ponchon, Saint-Amand, Mabille...) à l’écrivain oublié Pierre Louÿs, auteur du conte « Une volupté nouvelle », publié dans ce florilège
Le tabac dans la littérature à travers les plus grands ou les plus méconnus des écrivains français.
EXTRAIT
PIPE
Le chemin qui mène aux étoiles
Est pur sans ombre et sans clarté
J'ai marché mais nul geste pâle
N'atténuait la voie lactée
Souvent pour nouer leurs sandales
Ou pour cueillir des fleurs athées
Loin des vérités sidérales
Ceux de ma troupe s'arrêtaient
Et des choeurs porphyrogénètes
S'agenouillaient ingénument
C'étaient des saints et des poètes
Égarés dans le firmament
J'étais guidé par la chouette
Et n'ai fait aucun mouvement
Le Guetteur mélancolique,
Guillaume Apollinaire (1880-1918)
À PROPOS DE L'AUTEUR
Né à Paris, mais originaire du Maine-et-Loire,
Gérard Cherbonnier revient sur les terres de son enfance dans les années 1990. Imprégné des poètes qui ont marqué son enfance, et de son attachement à la culture angevine, il fonde, avec Noëlle Joffard, les éditions du Petit Pavé en 1995.
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Seitenzahl: 68
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Ceux qui ont mal tourné ne partent pas en fumée...
Hommage à la pipe de Georges Brassens
Après le pardon de la Nation aux déserteurs fusillés de la mauvaise Guerre de 1418
Ah, mon colon, celle que je préfère... c’est la Guerre de 14-18
*
Après la commémoration des Justes pour avoir caché des enfants juifs au nez et à la barbe de la police française
En retournant à leurs oignons...
Leur auraient mêm’ coupé les choses
*
La grande messe de l’Etat français reconnaissant à l’Abbé Pierre pour avoir occupé illégalement des logements
Un p’tit coin d’parapluie...
contre un coin de Paradis
*
Puisqu’enfin les héros de la désobéissance civilesont montrés en exemple et commémorés !Moi aussi, c’est décidé,Je veux devenir un hors-la-loi que l’histoire aduleraDemain, n’écoutant, malgré la peur, que mon héroïsmeJe me mettrai à fumer.(Corne d’Aurochs, au gué au gué...)
G. Cherbonnier
Il y a peu, aux informations radiophoniques, on nous disait qu'un élu vert d'une commune attaquait son maire en justice, afin de faire retirer du portrait de l'entrée de la Médiathèque communale, baptisée Albert Camus, la cigarette de l'auteur de La Peste.
Après la cigarette de Lucky Luke, la pipe de Tati et celle de Sartre, jusqu'où allons-nous aller dans l'intolérance rétroactive de la culture ?
Nous vivons aujourd'hui une période puritaine d'un moralisme totalitaire. L'individu en société étant supposé ne pas être capable de décider de ses choix de vie, de ses plaisirs, de ses rapports avec l'autre, il faut donc censurer, punir, retirer des points, définir ce qui est péché, etc.
Désormais, lorsque l’on parle de tabac, on commence par tracer une frontière entre le mal et le bien. De part et d'autre sont placés fumeurs et non-fumeurs, qui, selon des convictions (préformatées), seront pour les uns les élus du bien et pour les autres les agents du mal et de la subvertion.
Les fumeurs, eux, s'auto-proclamant du droit à la liberté et au plaisir.
En réaction à cette approche politico-médiatique, les Éditions du Petit Pavé ont décidé d'offrir à leurs lecteurs un florilège littéraire sur le tabac. Cela sans jugement, sans arrière-pensée. Et pour ne pas être accusés de prétendre que c'est dans le tabac que l'on peut trouver une inspiration littéraire, nous laissons la parole à Victor Hugo qui semblait devoir son génie à la rigueur de son abstinence : « Le tabac est plus invisible qu'utile, il change la pensée en rêverie ».
Mais nous ne rentrerons pas dans ce débat de savoir si un Baudelaire, un Verlaine, un Cendrars, un Malraux ou un Prévert, doit son génie et ses sources d'inspiration à des voluptés autres que littéraires, ou si, au contraire, ces « absorptions » aujourd'hui condamnables ne leur ont pas permis l'accès à de plus hautes sphères de l'art poétique.
C'est donc en toute modestie que les Éditions du Petit Pavé se bornent ici, dans un devoir de transmission, à présenter quelques textes non contemporains, où les auteurs ne font pas du tabac un combat patriotique ou idéologique ; juste des mots que nous ne voulons pas voir partir en fumée, du fait de censeurs gelés qui, pour des raisons « bien pensantes », préfèrent réécrire l'histoire et la littérature plutôt que de les découvrir.
Beaucoup de poètes de ce florilège sont d'ailleurs à redécouvrir. On verra que leurs mots décrivent parfois une imprégnation profonde du plaisir que leur procure le tabac, mais le plus souvent, le tabac est l'objet d'anecdotes ou de descriptions de la cigarette, de la pipe ou de la fumée.
C’est aussi, par un clin d’œil, un hommage à un poète qui nous manque, Jules Mougin, voisin du Petit Pavé, qui nous a quittés en 2010 et dont nous gardons de belles pages inédites, mais aussi le souvenir de son « piparium ». Il ne pouvait y avoir plus bel hommage aux fumeurs de pipes que ce musée où se retrouvent les pipes de Brassens, Renaud et de votre serviteur.
Nous profitons aussi de cette anthologie pour permettre à nos lecteurs de découvrir un poète et romancier oublié, Pierre Louÿs, grâce à un conte, Volupté nouvelle, qui est un éloge du tabac pas banal par un écrivain de tous les plaisirs débridés.
Gérard Cherbonnier
Le chemin qui mène aux étoiles
Est pur sans ombre et sans clarté
J'ai marché mais nul geste pâle
N'atténuait la voie lactée
Souvent pour nouer leurs sandales
Ou pour cueillir des fleurs athées
Loin des vérités sidérales
Ceux de ma troupe s'arrêtaient
Et des choeurs porphyrogénètes
S'agenouillaient ingénument
C'étaient des saints et des poètes
Égarés dans le firmament
J'étais guidé par la chouette
Et n'ai fait aucun mouvement
Le Guetteur mélancolique,Guillaume Apollinaire (1880-1918)
Tabaquin tabaquin ma tabatière est vide
Mets-y pour deux sous de tabac mais du fin
Il fait si beau qu'en leurs bastides
Les messieurs de la ville s'en sont venus dîner
Les olives sont mûres et partout l'on entend
Les chants des oliveuses sous les oliviers
Le ciel est beau il fait tiède et je suis bien
Mais je suis si vieux que je me demande
Si je verrai le temps des lucioles
Tabaquin tiens tes deux sous
C'est du fin Merci bien tabaquin
J'ai du bon tabac
Dans ma tabatière
J'ai du bon tabac
Tu n'en auras pas
Le Guetteur mélancolique,Guillaume Apollinaire
Guillaume Apollinaire
Et tandis que la guerre
Ensanglante la terre
Je hausse les odeurs
Près des couleurs-saveurs
Des fleurs à ras du sol regardent par bouffées
Les boucles des odeurs par tes mains décoiffées
Mais je connais aussi les grottes parfumées
Où gravite l’azur unique des fumées
Où plus doux que la nuit et plus pur que le jour
Tu t’étends comme un dieu fatigué par l’amour
Tu fascines les flammes
Elles rampent à tes pieds
Ces nonchalantes femmes
Tes feuilles de papier
Guillaume Apollinaire
Je suis la pipe d'un auteur ;
On voit, à contempler ma mine
D'Abyssinienne ou de Cafrine,
Que mon maître est un grand fumeur.
Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.
J'enlace et je berce son âme
Dans le réseau mobile et bleu
Qui monte de ma bouche en feu,
Et je roule un puissant dictame
Qui charme son cœur et guérit
De ses fatigues son esprit.
Les Fleurs du Mal,Charles Baudelaire (1821-1867)
Or Gitche Manito, le Maître de la Vie,
Le Puissant, descendit dans la verte prairie,
Dans l'immense prairie aux coteaux montueux ;
Et là, sur les rochers de la Rouge Carrière,
Dominant tout l'espace et baigné de lumière,
Il se tenait debout, vaste et majestueux.
Alors il convoqua les peuples innombrables,
Plus nombreux que ne sont les herbes et les sables.
Avec sa main terrible il rompit un morceau
Du rocher, dont il fit une pipe superbe,
Puis, au bord du ruisseau, dans une énorme gerbe
Pour s'en faire un tuyau, choisit un long roseau.
Pour la bourrer il prit au saule son écorce ;
Et lui, le Tout-Puissant, Créateur de la Force,
Debout, il alluma, comme un divin fanal,
La Pipe de la Paix. Debout sur la Carrière
Il fumait, droit, superbe et baigné de lumière.
Or pour les nations c'était le grand signal.
Et lentement montait la divine fumée
Dans l'air doux du matin, onduleuse, embaumée.
Et d'abord ce ne fut qu'un sillon ténébreux ;
Puis la vapeur se fit plus bleue et plus épaisse,
Puis blanchit ; et montant, et grossissant sans cesse,
Elle alla se briser au dur plafond des cieux.
Des plus lointains sommets des Montagnes Rocheuses,
Depuis les lacs du Nord aux ondes tapageuses,
Depuis Tawasentha, le vallon sans pareil,
Jusqu'à Tuscaloosa, la forêt parfumée,
Tous virent le signal et l'immense fumée
Montant paisiblement dans le matin vermeil.
Les Prophètes disaient : « Voyez-vous cette bande
De vapeur, qui, semblable à la main qui commande,
Oscille et se détache en noir sur le soleil ?
C'est Gitche Manito, le Maître de la Vie,
Qui dit aux quatre coins de l'immense prairie :
« Je vous convoque tous, guerriers, à mon conseil ! »
Par le chemin des eaux, par la route des plaines,
