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Pris dans la tourmente d'un choix cornélien, Laurent est déchiré entre sauver l'entreprise de son père dont il doit hériter et l'amour qu'il porte à Lilly la jeune fille avec laquelle il projetait de se fiancer. Le devoir l'emporta. La vie les remet en face huit ans plus tard. Laurent divorcé et père d'un petit garçon. Lilly maman d'une fillette. elle ne vit pas avec le père et est établie dans la vie. Sauront -ils dépasser les rancoeurs et donner une chance à l'attirance plus forte que jamais qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Le retour de Laurent va rouvrir de vieilles blessures et apporter des réponses à de douloureuses questions.
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Seitenzahl: 232
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII
Chapitre VIII
Chapitre IX
Chapitre X
Chapitre XI
La nouvelle la faucha comme une balle en plein cœur. Sans savoir comment, elle se retrouvait à s’accrocher à sa table de travail. Les croquis dansaient devant ses yeux une farandole désordonnée. La nausée tenaillait son estomac. Elle retenait difficilement les reflux acides qu’elle sentait monter dans son œsophage.
Elle déglutit péniblement. Une boule d’angoisse lui obstruait la gorge, empêchant l’air de circuler dans ses poumons. Son cœur cognait furieusement comme s’il voulait sortir de sa poitrine.
Laurent est donc revenu. Cette phrase revenait de manière impérieuse à ses oreilles, comme une ritournelle. La ville elle-même semblait hurler la nouvelle, par les fenêtres des maisons, le klaxon des voitures, les bruits de la circulation.
La nouvelle imprégnait la moindre particule de poussière dans l’atmosphère autour d’elle. Péniblement, elle gagna la salle de bains de son atelier, s’assit sur le rebord de la baignoire en essayant tant bien que mal de reprendre son souffle. Elle glissa doucement par terre, la tête contre ses genoux, pour retrouver un peu de calme face à cette tempête qui risquait d’emporter l’équilibre qu’elle a mis des années à construire.
Lilly soupira longuement et des sanglots convulsifs lui déchirèrent la gorge. Les sons heurtaient son palais faisant écho à une profonde peine qu’elle croyait avoir vaincue. Sa première pensée cohérente fut de partir tout de suite, prendre la fuite et tout laisser derrière elle.
Elle croisa doucement les bras autour d’elle, pour se bercer comme elle le faisait souvent avec Sissi sa fille de 5 ans.
À l’évocation de son enfant, un semblant de tranquillité se fit dans son esprit. Sissi, son roc, sa raison de vivre et de se battre, lui permit dans
l’instant de réguler cette vague de panique qui l’avait balayée quelques minutes plus tôt.
Elle se leva, s’aspergea le visage d’eau fraîche et se regarda dans le miroir. Elle avait en face d’elle la jeune fille d’il y a huit ans. Elle fixa son reflet avec étonnement essayant de retrouver la femme qu’elle était devenue. Celle qui avait survécu, qui avait appris à marcher la tête droite et qui avait une enfant à charge.
Au bout de quelques minutes, Lilly se reprit suffisamment et regagna son studio. Elle s’assit perdue dans ses pensées. Saisissant un crayon à la pointe finement taillée elle se remit à son dessin. Elle réfléchit à l’épreuve des jours à venir, au regard des gens, aux chuchotements. Les spéculations les plus diverses allaient se répandre à son sujet. Elle gérera, comme elle avait géré il y a huit ans. Un peu rassérénée par cette décision, Lilly se concentra sur son dessin.
Elle allait s’accrocher à sa routine de travail et à sa vie de maman pour faire face.
Laurent est revenu, la belle affaire.
Elle mit son téléphone en mode vibreur et enclencha le répondeur de l’atelier. Elle ne serait là pour personne, pas avant d’avoir recouvré un peu de sa paix intérieure.
Elle sourit furtivement en pensant que si elle avait écouté ses tantes et engagé une assistante, elle aurait pu lui laisser gérer les appels de cette journée de travail qui allait se révéler des plus épuisantes.
Elle consulta sa montre et constata que les heures avaient filé sans qu’elle en ait eu conscience. Elle se secoua et se remit à son dessin, sidérée de voir que malgré elle, sa main avait ébauché un visage aux traits marqués, dominants, au nez aristocratique, à la bouche ferme et bien dessinée, aux lèvres pleines légèrement rieuses. Des yeux gris très expressifs, des yeux de brume, des yeux d’orage.
Lilly se mit à trembler nerveusement, en pensant avec amertume que ses tourments ne s’arrêteront jamais. Les années passant elle avait cru avoir enterré ce fantôme. Mis son cœur à l’abri des bouleversements que ces yeux provoqueraient immanquablement. Elle dut se rendre à l’évidence, les murailles qu’elle avait érigées se sont effondrées à la seule évocation de son prénom.
— Qu’est ce que je vais bien pouvoir faire ! cria-t-elle à elle-même.
Avec rage, elle se leva, repoussa d’un geste violent la chaise qui se fracassa au sol. Elle se mit à arpenter son bureau en pleurant de dépit. Elle finit par se planter devant les hautes fenêtres du bureau, et regarda de manière distraite la rue paisible sans la voir vraiment.
L’alarme de son téléphone la tira de sa torpeur. Elle alla dans la salle de bains se rafraîchir, retoucha son maquillage afin d’effacer les ravages que la nouvelle avait creusés sur ses traits.
Elle éteignit son ordinateur ainsi que la lampe de table. Elle attrapa ses clés, son sac, puis sortit pour récupérer sa fille à l’école.
— Que le cirque commence, dit-elle à haute voix, tout en se maudissant pour cette mauvaise habitude de parler toute seule à intelligible voix.
Lilly respira plusieurs fois, avant de tourner la clé dans le démarreur. Elle déboîta calmement et prit la direction de l’école de Sissi. Elle introduisit dans le lecteur un disque de la dernière comédie en vogue de Disney. Sa fille en était friande et allait chanter à tue-tête si tôt assise dans la voiture. Elle fredonna un peu la mélodie répétitive et se sentit reprendre le contrôle d’elle-même.
Elle se gara à l’endroit habituel en décidant qu’elle allait rester dans le véhicule, ne se sentant pas la force de converser avec les autres parents. Comme elle était tout le temps surbookée, personne ne la soupçonnera de se cacher.
Sissi déboula comme une fusée, un sourire en banane éclaira son petit visage de lutin. Lilly eut juste le temps de sortir de la voiture pour la réceptionner dans ses bras et la couvrir de baisers fiévreux.
— Comment va ma louloute !
La petite projeta sa tête en arrière avec un rire claironnant.
— Je ne suis pas une louloute, je suis une fille.
— Tu es une louloute, ma princesse de louloute.
Lilly sangla sa petite fille dans le siège enfant, attacha les ceintures de sécurité, et reprit le volant, soulagée d’avoir échappé aux interrogations des quelques parents qui connaissaient son histoire personnelle. Elle leur fit de grands gestes de la main et s’empressa de filer avec Sissi qui toute contente, chantait un des morceaux de la comédie musicale qui pulsait dans la voiture. La jeune femme ne put s’empêcher de sourire en voyant son bébé se balancer au rythme de la chanson.
Cette enfant tient décidément de son père, pensa-t-elle. Elle a un amour démesuré pour la musique.
— On va où maman ? demanda la fillette d’une voix un peu fatiguée. Je dors où aujourd’hui?
— On va chez nos tantes ma chérie, répondit la maman. Et tu dors à la maison ce soir, maman a moins de travail aujourd’hui.
— Chouette, je vais manger du gâteau à l’orange
— Comme si tu n’en mangeais pas à la maison. Arrête de me faire passer pour une mère indigne, s’il te plaît.
L’enfant se contenta de rire en regardant malicieusement sa mère. Cette plaisanterie revenait sur le tapis à chaque fois qu’elle emmenait sa fille chez les tantes qui l’avaient élevée. Lilly avait perdu ses parents dans un accident de voiture. Les sœurs de sa mère l’avaient prise chez elles et s’étaient consacrées à son éducation. Sa situation d’orpheline, à part le chagrin qu’elle occasionna les premières années, ne marqua pas sa jeune vie durablement. Elle reçut tout l’amour, la tendresse et la bienveillance dont elle avait besoin pour grandir avec confiance.
La voiture à peine arrêtée que la petite fille se mit à gigoter en voulant se défaire des ceintures de son siège.
— Tu vas cesser de bouger, sinon je te laisse dans la voiture et je vais manger du gâteau toute seule, lui dit Lilly en frottant son nez contre celui de la fillette.
Elle lui prit la main, releva la tête pour découvrir ses deux tantes sur le porche de la maison, comme les sentinelles qu’elles ont toujours été dans sa vie.
Sissi courut vers elles en jetant son sac au sol, que sa mère ramassa avec un sourire ravi.
Les deux sœurs se disputèrent un moment les faveurs de l’enfant, avant de venir enlacer leur nièce. En se regardant, elles surent que la plus jeune du trio était déjà au courant de la nouvelle. Elles se contentèrent d’un sourire en la serrant plus fort contre elles deux.
Sans un mot les trois femmes précédées de l’enfant regagnèrent la maison.
Lilly poussa un soupir de bien-être, en entrant dans la cuisine qui sentait le café chaud et le gâteau à l’orange. Elle s’assit pour regarder ses tantes s’affairer auprès de Sissi, lui enlevant le léger manteau qu’elle portait, lui laver les mains et la hisser sur sa chaise, devant un verre de lait.
Lilly se détendit pour de bon. Dans cette maison elle était à l’abri des tempêtes. Ce lieu a toujours été son refuge, et à ses tantes elle pouvait tout dire. Ces femmes se sont toujours parlé sans fard.
Mia regarda sa nièce en coin, et lui tendit une tasse de café.
— Qu’est ce que tu vas faire ?
— Que veux-tu que je fasse. Je ne peux pas lui interdire de revenir dans sa ville sous prétexte que j’y vis. Et puis tout ça c’est de l’histoire ancienne.
— Tu en es sûre ! rétorqua Mia tout en regardant sa sœur, attendant son intervention.
— Il n’y a que Lilly qui peut savoir si c’est une histoire ancienne, répondit cette dernière.
— Je vous en prie ! Cela fait huit ans, dit Lilly qui haussa légèrement le ton, tout en s’accrochant à sa tasse.
— On ne peut pas oublier aussi facilement, répondit Évelyne d’une voix douce, quand on a aimé un homme comme tu as aimé Laurent. Et puis les amours de jeunesse sont les plus puissants.
Lilly se contenta de fixer sa tante sans répondre.
— Comment l’as-tu su ? reprit Mia, lui passant une main tendre dans les cheveux.
— J’écoutais la radio, j’ai cru que c’était une plaisanterie. Mais le journaliste a confirmé en citant le nom de l’entreprise. Alors là, je n’ai plus eu de doute.
— Qu’est ce que cela t’a fait ?
— J’étais surprise, je ne m’attendais pas à cela. En fait je ne m’attendais à rien, mais cette annonce m’a fait un choc.
— Je veux bien te croire dit Évelyne.
Lilly ne répondit pas. Elle ferma les yeux en buvant une longue gorge de café.
— Tu ne pourras pas l’éviter, tu sais. Vous allez forcément vous croiser en ville.
— Je sais. J’essaye d’intégrer cette idée depuis que j’ai appris la nouvelle. Ne vous en faites pas, dit-elle en prenant les mains de ses tantes dans les siennes. Ne vous en faites pas, j’ai été surprise, c’est tout. Je saurai gérer la situation.
— On le sait, la rassura Mia. On s’inquiète juste pour les implications. On n’aimerait pas que toute cette affaire perturbe ton travail. Tu as tellement investi pour cette nouvelle collection.
— Cela aura forcément un impact, fit valoir Évelyne.
— Je ne vois pas pourquoi, riposta Lilly avec trop de force. Seigneur ! Il ne va pas bouleverser mon existence, il saura garder ses distances. Nous avons chacun notre vie, et c’est un homme de parole, je ne crois pas qu’il recherchera ma compagnie. Il aura d’autres choses à faire de son temps.
— Si tu le dis.
— Comment ça ! explosa-t-elle. Il m’a sorti de sa vie, je l’ai sorti de la mienne point final. Écoutez, leur dit-elle en se calmant. J’ai mon travail, j’ai ma fille et vous, je n’ai pas besoin de lui. Il a préféré une autre, et j’ai fait une croix sur cette histoire. Je vous en prie, laissez tomber.
— Comme tu voudras ma chérie. Je veux juste que tu sois prête. Il y aura plein de gens qui voudront savoir ce qu’implique ce retour dans ta vie.
— Il ne revient pas dans ma vie ! s’exclama Lilly. Il revient dans sa ville dans sa famille, je ne fais pas partie de l’équation.
— Il a divorcé de Fabienne.
— Et cela change quoi? Elle regarda ses tantes d’un air atterré. Vous pensez que je vais reprendre notre histoire parce qu’il a divorcé ? Vous allez vite en besogne je trouve. Qui vous dit que je le veux, et pire qui vous dit que lui me veut. Nous sommes en train de faire des spéculations oiseuses pour une histoire terminée depuis huit ans, sous prétexte que Laurent revient en ville.
— Excusez-moi, dit-elle en se levant. Sissi tombe de sommeil, je vais aller la coucher.
— Va donc ma chérie, chuchota Mia, elle caressa les cheveux de la petite à moitié endormie.
Lilly prit sa fille dans ses bras et grimpa à l’étage. Elle déshabilla la fillette, la borda dans son lit avec une irrésistible envie de s’étendre à côté d’elle pour se reposer et fuir dans le sommeil. Mais elle descendit retrouver ses tantes dans la cuisine.
— Je sais que vous vous faites du souci pour moi, dit-elle en s’adossant contre un grand buffet, comme pour reprendre des forces. Cette histoire est bel et bien terminée. Quand Laurent a choisi d’épouser Fabienne, j’ai beaucoup souffert, mais maintenant c’est fini.
— Si tu as besoin de nous, tu sais que nous serons toujours là.
Évelyne la prit dans ses bras, frotta tendrement sa joue contre celle de sa nièce en souriant.
— Je sais, vous êtes les valeurs éternelles de ma vie avec Sissi. En parlant de ça, vous êtes toujours d’accord pour garder ce petit diable pendant la préparation de la collection ? Je dois encore faire le tri définitif des modèles et des mannequins. Et j’ai déjà plein de croquis en tête pour la prochaine saison.
Elle pencha légèrement la tête, en souriant à ses tantes.
— J’ai décidé de suivre votre conseil, je vais engager une assistante.
Mia lui jeta un regard soupçonneux.
— Depuis le temps qu’on te tanne pour le faire, il a fallu que tu te décides aujourd’hui !
— Et pourquoi pas, fit Lilly en haussant les épaules. J’ai de plus en plus de travail. Je ne veux pas m’empoisonner la vie avec l’administratif et les tâches de tous les jours. Je vais engager Fanny, qu’en penses-tu ?
— C’est un bon choix ma chérie. Tu peux avoir confiance en elle, vous vous connaissez depuis la maternelle. Ça te fera une compagnie quand tu restes des heures entières dans ton atelier.
— Je vais devoir lui aménager un bureau agréable. Je pourrai aller chiner des meubles pour l’installer, à moins que vous puissiez m’aider.
— Laisse-nous prendre cela en charge, lui répondit Évelyne qui s’est toujours piquée de décoration. On doit avoir des meubles dans le grenier qui lui conviendraient très bien.
— Merci, vous me sauvez.
— Comme d’habitude, mon cœur. Nous sommes là pour ça, ne t’inquiètes pas on se charge de tout.
— Tu es toujours d’accord pour le bal du printemps, demanda Évelyne en regardant sa sœur avec un air de conspirateur.
Lilly pas dupe de la manœuvre, haussa un sourcil en souriant.
— Si vous voulez savoir si j’ai terminé vos robes, il suffit de me le demander ! On peut faire les essayages dans deux jours, si cela vous convient.
Ses tantes la serrèrent dans leurs bras en riant aux éclats.
Le bal de printemps organisé par le maire dans le cadre somptueux de sa résidence, est l’évènement mondain incontournable. Et grâce à leur nièce, tous les ans, depuis cinq ans qu’elle a créé sa maison de couture, les deux sœurs faisaient sensation avec des toilettes audacieuses, tout en étant élégantes et raffinées. Ce qui faisait enrager certaines de leurs connaissances.
— Sissi et toi, vous serez en blanc comme toujours, lui demanda Mia.
— Bien entendu, répondit Lilly, pour cette occasion je me suis inspirée des années trente.
— Vous allez être délicieuses toutes les deux.
— N’est-ce pas le cas tous les ans ! Sans vouloir paraître prétentieuse, répliqua la jeune femme en riant elle aussi.
C’est dans cette chaleureuse ambiance qu’elles passèrent le reste de la journée. En début de soirée, Lilly prit congé de ses tantes en embarquant une Sissi gavée jusqu’aux yeux de gâteaux, crêpes et autres douceurs.
Le lendemain, se levant à l’aube, Lilly se dit qu’elle pourra survivre aux évènements si elle s’en tient à son travail et commença à organiser sa journée.
Elle consulta sa liste de tâches :
Emmener Sissi à l’école.
Recevoir les chaussures et autres accessoires pour son défilé.
Appeler Fanny pour le poste d’assistante.
Commander les fleurs.
Passer en ville prendre sa commande de tissus.
Faire des courses pour sa fille et elle.
— Bon, se dit-elle, il y a de quoi bien remplir la journée.
L’aéroport grouillait de monde. Laurent s’étonna de cette effervescence. Il respirait à pleins poumons, heureux de se retrouver dans les lieux de son enfance et son adolescence. Il chaussa des lunettes de soleil et se rendit au comptoir Hertz pour récupérer la voiture qu’il avait commandée.
Il n’avait pas accepté que sa mère lui envoie une voiture avec chauffeur. Il souhaitait refaire connaissance avec sa ville tout en douceur.
Il savait que les médias avaient longuement commenté son retour. Et ça le soûlait déjà de penser à toutes les réceptions où il allait devoir se rendre. Donc, il désirait profiter de ces quelques moments de solitude. Il était en tête à tête avec lui-même et cela lui convenait tout à fait. Non qu’il soit un grand solitaire, il avait juste besoin de se retrouver.
Il savait aussi que son retour impliquait un certain nombre de décisions à prendre. Il y avait des questions auxquelles il allait lui falloir répondre. Il tenait à faire la paix avec lui-même avec ses choix.
Revenir chez lui, c’est régler des comptes avec sa vie. Adopter enfin une nouvelle façon de travailler. Il avait beaucoup délégué à ses collaborateurs pour prendre le recul nécessaire aux changements qu’il entendait opérer dans son existence.
Il lui faudrait désormais accorder la priorité à son fils. Il ne voulait pas reproduire les erreurs de son père qu’il n’avait pu vraiment approcher que par le travail. Il s’est déterminé à faire autrement pour lui, pour sa vie. Accorder du temps à son petit garçon, faire des activités avec lui, suivre de près sa scolarité, être son point d’ancrage. Lui donner toute cette complicité qui lui avait manqué enfant, adolescent et jeune homme. Il n’était pas question qu’il rate son rôle de père.
A l’entrée de Cagnes sur mer, il baissa les vitres avant de la voiture pour laisser entrer l’air marin.
Le port était calme en ce milieu de journée. Il adopta une conduite souple, sans à-coups, et se laissa envelopper par les senteurs et les bruits de la mer.
Dieu ! Que son pays, sa ville lui ont manqué.
Implanter l’entreprise à l’international s’était révélé une fabuleuse opportunité pour échapper à un mariage qui virait au cauchemar. Il était encore consterné de constater la vitesse avec laquelle les choses s’étaient mises à se dégrader. Il ne pouvait rentrer chez lui sans subir une litanie de reproches de sa femme.
Elle refusait de comprendre tout ce que cela impliquait de se faire une place dans une terre étrangère où tout le monde vous attendait aux tournants. On ne se fait pas de cadeaux dans le monde des affaires. Sa capricieuse de femme n’avait jamais voulu le comprendre. Madame était tellement habituée à être le centre du monde, que faire des efforts pour aider son mari lui paraissait une tâche insurmontable.
Elle se plaignait de ne jamais avoir de temps pour elle. Il lui avait payé une immense maison avec une armée de domestiques, une nounou pour leur fils, et Fabienne trouvait toujours que ce n’était pas assez. Elle voulait qu’il se rende disponible pour des évènements mondains, alors qu’il avait à peine le temps de dormir.
Ses crises de nerfs, sa colère et ses récriminations avaient fini par avoir raison de lui.
Il avait pourtant tout fait pour lui faire plaisir, jusqu’à ce qu’il se rende à l’évidence qu’être heureuse pour sa femme était une notion inconnue. Elle n’était satisfaite de rien.
À la fin, elle ne cachait plus ses aventures. Elle s’affichait avec ses amants à toutes les manifestations mondaines où elle aurait aimé se montrer avec son mari.
Elle se saoulait de plus en plus et lui riait au nez à la moindre remarque.
Il avait fini par se résoudre à divorcer, le jour du sixième anniversaire de Paul.
Fabienne partie avec un de ses amants, s’était contentée d’envoyer un cadeau à leur fils. Il lui avait fallu expliquer à l’enfant en larmes que maman était malade, qu’elle était en maison de repos. Ce jour-là, Laurent se jura que personne ne fera de mal à son fils tant qu’il pourra l’empêcher. Il appela son avocat et entama les démarches pour la séparation.
Le divorce fut prononcé aux torts de Fabienne. Elle ne s’était jamais donné la peine de répondre aux diverses convocations du juge se défaussant sur son avocat. Devant l’évident manque d’intérêt manifesté par la jeune mère, quand enfin elle daigna apparaître au tribunal, le juge trancha en faveur du père. Laurent obtint la garde exclusive de son fils. Il autorisa toutefois Fabienne à voir Paul à chaque fois qu’elle en faisait la demande. Il n’était absolument pas question qu’il priva son enfant de sa mère.
Depuis, Laurent s’arrangeait pour être plus présent pour son bébé, lui donner autant d’amour qu’il pouvait, afin de lui faire oublier la conduite indigne de sa mère. Pourtant il n’était pas satisfait, quelque chose manquait. Il lui avait fallu du temps pour comprendre qu’il désirait un cadre plus sécurisant pour l’enfant. Alors, il prit la décision de rentrer au pays, chez lui. Dans la maison familiale, il pourra se reconstruire et donner à Paul un endroit où il pourrait s’épanouir et retrouver ses petits-cousins. Son fils était trop sérieux à son goût, il voulait l’entendre rire, faire le fou, vivre avec insouciance.
Perdu dans ses pensées, il contourna la place de la mairie et se gara près du petit café dans lequel il retrouvait ses copains après les cours, ou le week-end, pour jouer aux cartes, au billard et parler de filles. Il resta un moment à observer ce lieu qui avait tant représenté pour lui.
Une bouffée de nostalgie lui fit presque monter les larmes aux yeux. Il s’ébroua en s’accusant de devenir sentimental en vieillissant.
Il reprit sa route en se promettant de revenir faire un tour, histoire de s’acclimater et retrouver la franche camaraderie qui lui manquait tellement dans son travail. Il avait besoin de rire lui aussi, de faire le pitre. L’insouciance de sa jeunesse était perdue à jamais. Il avait trop de responsabilités, mais il pouvait renouer avec ses amis. Du moins, ceux avec lesquels il avait toujours maintenu le contact.
Fort de ses réflexions, il s’engagea dans l’allée de la propriété en donnant un petit coup de klaxon comme à son habitude pour signaler qu’il arrivait.
Aussitôt, il vit venir à lui sa mère entourée de sa gouvernante, son frère et sa sœur et toute la ribambelle d’enfants. Carole sa sœur était l’heureuse maman de quatre magnifiques gamins.
Tout le monde l’embrassa, lui souhaita la bienvenue. Il rentra dans la maison avec ses neveux accrochés à ses jambes de pantalon.
— Où est Paul ? demanda-t-il en cherchant son fils des yeux.
— Il est à la pêche avec Henri, lui répondit sa sœur. Ses deux là sont devenus inséparables. Paul est tellement heureux ici, merci de nous l’avoir
envoyé en avance on en a pleinement profité.
Laurent mit les mains dans ses poches et fit un tour sur lui-même pour englober tout le monde. Un sourire béat aux lèvres, il pensa à la chance qu’il avait de faire partie d’une telle famille. Il était plus qu’heureux de retrouver son clan.
Une fois seul dans sa chambre, il s’empressa de défaire ses valises. Il avait hâte de retrouver ses marques, de redevenir le fils de la maison.
Il ouvrit toutes les fenêtres, et s’installa sur le balcon pour contempler le jardin dont une partie était restée à l’état presque sauvage. Il se rappelait qu’étant enfant, c’était cette partie qu’il préférait. C’était là qu’il jouait avec son frère et leurs amis à être un bandit de grand chemin, un prince et sa cour. Voilà pourquoi aussi il avait voulu revenir. Il aimerait voir Paul escalader les arbres, hurler de rire dans les fourrés pour se faire peur, courir après les lapins. II resta là un bon moment à savourer le relatif silence, doucement mâtiné des mille et un petits bruits de la vie de la famille.
Après une douche, il s’habilla et descendit tranquillement à la cuisine pour voir Maria.
— Alors, rit-il doucement en l’enveloppant dans ses bras. On est contente de me revoir.
La vieille gouvernante au bord des larmes redressa fièrement la tête et le regarda au fond des yeux.
— Je suis heureuse que tu sois revenu.
Le tenant par les mains, elle l’éloigna d’elle un instant pour le scruter longuement, puis le serra fort contre son frêle corps.
— Je suis vraiment contente de retrouver mon petit, et son petit, ajouta-t-elle malicieusement. Je te fais un café, assieds-toi.
Laurent prit place sur une chaise en allongeant les jambes, et l’observa s’affairant à lui faire son café.
Il explosa de rire en la voyant hésiter entre la cafetière italienne et la machine à expresso.
— Maria, fais mois un café comme tu aimes, pas la peine de jouer ta femme moderne avec moi.
Elle rit aussi et saisit la cafetière.
— Ta mère essaie de m’éduquer. Elle veut m’apprendre à vivre dans la modernité du temps.
— C’est ton temps à toi qui me plaît.
— Flatteur, tu as toujours été un beau parleur.
— Mais tu n’as jamais voulu t’enfuir et te marier avec moi. La preuve que je ne suis pas si doué.
— J’avais des choses plus importantes à faire.
— Tu me brises le cœur, méchante femme. Il lui prit la tasse de café des mains et la retint un instant.
— Dis-moi, comment va Paul ? Je ne l’ai pas encore vu, il est à la pêche.
— Il va mieux. Il s’ouvre tous les jours un peu plus. Il a une petite tendance à être solitaire comme son grand-père, mais je ne m’inquiète pas. Il se mêle bien aux autres enfants, il a été invite à deux anniversaires depuis qu’il est là.
Elle se pencha vers lui, pour l’embrasser.
— Ne t’angoisse pas, il va bien. Tu es un père fantastique, cet enfant t’adore.
— A-t-il parlé de sa mère ? L’a-t-il réclamé ?
— Non, mais ils se sont parlé deux fois au téléphone.
Laurent soupira de soulagement. C’est déjà ça, son ex-femme avait appelé.
Il lui avait fait la promesse de ne pas restreindre ses contacts avec le petit garçon et il avait toujours tenu parole. Qu’elle l’ait appelé, lui fit prendre conscience qu’il craignait toujours que son ex tire un trait sur son fils. Elle est tellement égocentrique.
Laurent resta à discuter à la cuisine avec Maria, jusqu’à ce qu’il entende la voix du garçonnet qui expliquait avec des cris enthousiastes ses aventures du jour.
Il courut le rejoindre, pour participer à cette intéressante conversation.
— Bonsoir mon chéri, fit-il en ouvrant grand les bras.
L’enfant poussa un hurlement de joie et se propulsa dans les bras de son père en riant aux éclats.
— Papa, tu es là !
