Le bonheur au travail - Corinne d’Argis - E-Book

Le bonheur au travail E-Book

Corinne d’Argis

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Beschreibung

Un jeune stagiaire va de découvertes en étonnements pour sa première expérience professionnelle...

Jean-Hubert, dit Jub, est en 2e année de l’Ecole des Managers. Il est recruté par l’entreprise Pace, leader européen de la bougie, pour faire un stage de 6 mois auprès du directeur de la Prospective et du Numérique.
De sa visite à l’usine de Lentillac-Saint-Blaise, à sa rencontre avec le directeur commercial, le truculent Kubikus, ou avec le directeur financier, Jean Lepingre, notre jeune stagiaire s’étonne un peu plus chaque jour.
Ahuri, il découvre le monde de l’entreprise : empilement hiérarchique, bureau avec ou sans fenêtre, querelles de chef, réunions interminables, concurrents féroces, prises de décision sans queue ni tête, potins et médisances, système d’information d’un autre siècle…
Jub est affecté au projet Bougie 2.0, la bougie numérique du 21è siècle. Las, les commerciaux et le marketing lui mettent des bâtons dans les roues. Sans compter la responsable de la RSE, qui défend becs et ongles le retour de la bougie au suif pour une clientèle bobo haut de gamme.
Heureusement, le jeune homme a plus d’un tour dans son sac. Et un seul objectif : découvrir enfin le bonheur au travail.

Un roman humoristique et décalé sur l'envers du monde du travail. À découvrir absolument !

EXTRAIT

Et me voilà à Levallois-Perret, au siège du groupe Pace, pour un entretien de recrutement. Bon, j’ai un peu l’air d’un guignol dans ce costard, mais vous connaissez ma mère, maintenant. La veste est un peu serrée, non ? Ouais, et le pantalon un chouïa trop court, on voit mes Zike flambant neuves. Ma mère a insisté pour que je mette mes mocassins, mais là, j’ai dit stop. Des mocassins à glands ! Toutes ces frusques c’était en l’honneur de la communion de mon cousin, mais, mais, mais : en famille, ok, en dehors, j’ai mon image, moi ! En fait ma mère a un vieux compte à régler avec sa sœur, et c’est à celle qui aura le rejeton le plus magnifique. « T’es beau, mon fils », elles répètent toutes les deux à longueur de journée.
Bref.
J’ai un petit quart d’heure de retard, rien de bien méchant. Mais ça fait une demi-heure que j’attends, faut pas pousser quand même. Je m’ennuie grave, là. Y’a rien pour se distraire, dans cette espèce de salle d’attente version luxe. Des lampadaires design, des fauteuils profonds, un canapé en cuir hyper classe, une table basse en chrome et verre, mais rien, nada, pas le moindre Foot Magazine ou Auto Moto, juste des plaquettes à la con qui présentent l’univers des bougies. Des bougies ! Comme truc qui sert à rien !
– Bonjour, vous êtes bien M. Trovit ?
Une dame passe la tête, puis le corps tout entier. Je m’attendais, je ne sais pas moi, à une créature sublime, qui aille avec le décor. Mais non, c’est juste une femme entre deux âges, habillée d’une robe informe et chaussée de mocassins plats.
Elle se présente comme Melle Leteinturier, responsable du recrutement à la direction du Personnel.
Elle me fait presser, allez, allez, dépêchons, nous sommes en retard. La faute à qui ? Les gens sont incroyables, non ?

À PROPOS DES AUTEURS

Corinne d’Argis a travaillé dans un cabinet de chasseurs de tête, puis 15 ans dans un grand groupe bancaire et enfin dans la lutte contre la discrimination à l’embauche. Elle connait maintenant le bonheur de la toute petite entreprise. Jub ou le bonheur au travail est son 7e livre.
Anne Chanard a travaillé pendant 20 ans dans des entreprises qui ont tantôt mené, tantôt subi les transformations technologiques de ce début de 21e siècle. Le bonheur au travail, elle l’a trouvé… de temps en temps. Récemment, elle a découvert le bonheur de l’écriture en rédigeant sa thèse de MBA, en 2015 sur « Innovation et intrapreneuriat dans les grandes entreprises multinationales ».
Jub ou le bonheur au travail est son premier roman.

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Seitenzahl: 238

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Corinne d’Argis a travaillé dans un cabinet de chasseurs de têtes, puis 15 ans dans un grand groupe bancaire et enfin dans la lutte contre la discrimination à l’embauche. Elle connaît maintenant le bonheur de la toute petite entreprise. Le bonheurau travail, Journal d’un jeune stagiaire est son 7e livre.

Anne Chanard a travaillé pendant 20 ans dans des entreprises qui ont tantôt mené, tantôt subi les transformations technologiques de ce début du 21e siècle. Le bonheur au travail, elle l’a trouvé… de temps en temps. Le bonheur autravail, Journal d’un jeune stagiaire est son premier roman.

Ingénieur, entrepreneur et militant, Duc Ha Duong s’efforce d’adoucir la violence de la transition numérique de notre société, préconisant le retour à plus d’humanité et d’intégrité dans nos interactions.

La société d’informatique Officience qu’il a créée il y a 10 ans s’est convertie vers un modèle horizontal et ouvert, où chacun peut s’attacher à concilier bonheur individuel et bien commun, reconnaissant la valeur des « cinq flux » des interactions humaines (matière, argent, connaissance, confiance et sentiments).

Coach et illustrateur, Jean-Michel Milon est tombé dans les ressources humain, le dessin et l’humour quand il était petit et poursuit sa route vers l’infini et l’au-delà !

Envois de manuscrits : 1, chemin des pièces Bron49260 Le Coudray-Macouard

CORINNE d’ARGIS & ANNE CHANARD

Le bonheur au travail

Journal d’un jeune stagiaire

© Les Passagères, 2017.

Tous droits réservés.

À Fantin, à François et à tous les stagiaires passés et à venir.

Préface

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Pendant des milliers, des dizaines de milliers d’années, l’homme a été un animal parmi les autres dans la nature. Remarquable tout de même par sa capacité de communication. Avec une efficacité supérieure à bien d’autres espèces vivantes, nous savions échanger entre nous nos connaissances, afin de décrire le monde qui nous entoure, des signes de confiance, qui deviennent réputation lorsqu’ils s’accumulent, et bien entendu des émotions, des sentiments. Trois flux naturels qui, sous des formes et des combinaisons variées, formaient le socle de nos interactions, réseau de connections humaines qui nous ont permis de faire émerger une conscience collective.

Ces flux naturels sont abondants : on n’oublie pas une connaissance quand on la partage. Ils sont subjectifs : on ne peut pas les mesurer par comparaison à un étalon universel. Et enfin, ils sont volatils : une émotion ne se garde pas dans un frigo, une confiance s’érode… C’est sans nul doute dans ces propriétés que réside la richesse de ces flux, leur beauté, leur sincérité. Mais avec la volatilité viennent la peur, l’insécurité, le risque.

 

Alors, nous avons inventé la propriété privée, et avec elle les échanges matériels, ainsi que la monnaie, et ses échanges financiers. Ces flux artificiels sont bien commodes : ils sont objectifs, mesurables, ils sont stables dans le temps, ils sont rares. On peut les prévoir, planifier son action grâce à eux. Ainsi on a pu construire une science de la rareté, l’Economie.

Et durant de nombreuses années, nous avons interagi au quotidien avec ces cinq flux, vivant dans la temporalité du paysan : on sait que dans un an il y a la récolte, mais ensuite on décide au jour le jour de ses actions quotidiennes, en fonction de la météo, de la santé des vaches, des besoins de la famille…

 

C’est au début de l’ère industrielle que cette temporalité a commencé à poser problème. Les machines à vapeur, les métiers à tisser, et toutes ces autres brillantes inventions nécessitaient de pouvoir planifier l’action. Les inventeurs durent convaincre les détenteurs du capital d’acheter leurs machines, qui coûtaient fort cher, leur faisant découvrir le concept de Retour sur Investissement. Et faire marcher ces machines nécessitait de s’organiser un peu mieux. Frederick Taylor leur apportera la solution : mettez vos machines dans une grande maison rectangulaire, consacrée, appelons ça une « usine » et transformons les paysans en ouvriers. La différence : pas de flux non-marchands dans l’usine. Il ne serait pas professionnel de pleurer au travail. Et plutôt que se faire confiance, on va signer des contrats garantis par une tierce partie, l’Etat. Force est de constater la puissance de cette astuce : notre maîtrise des échanges marchands a atteint un niveau de sophistication déroutant, entre le trading haute fréquence et les pommes chinoises moins chères que les lorraines au marché du coin. Et en toile de fond se dessine la grande schizophrénie de la double vie pro/perso, qui ne sera qu’un dommage collatéral.

 

Et puis ce clivage permet d’éviter une complexité grandissante : 5 flux au lieu de 3, plus d’individus à organiser, une dimension temporelle qui s’ajoute… le nombre de combinaisons possibles augmente très vite, rendez-vous compte : 50 personnes qui s’échangent 3 flux c’est 450 combinaisons d’échanges possibles, mais 150 personnes et 5 flux, on monte à 3 750 combinaisons possibles ! Alors du coup, pour simplifier tout cela, on a inventé : la BOÎTE.

 

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi on fait des boîtes ? Quelle mouche a piqué un jour quelqu’un pour inventer cette « fiction légale » comme disent les experts, convention purement abstraite mais ancrée dans notre conscience collective à tel point qu’on peut leur ouvrir des comptes bancaires, signer des contrats avec elles, les attaquer en justice… Il ne leur manque qu’une déclaration universelle des droits des entreprises ! 1

Eh bien le fait est que dans un monde où l’information s’écoule mal, où les frottements plus connus sous le nom de « coûts de transaction » sont très élevés, pour un maximum d’efficacité il vaut mieux abandonner l’espoir de laisser tout le monde se parler de pair à pair, et regrouper les gens par grappes, ces fameuses boîtes. Moins d’entités, moins de complexité. Fort bien, mais à l’intérieur des boites, comment on s’organise ? Comment optimiser les flux de communication pour une efficacité maximale ? Pas besoin d’être expert en théorie des graphes, nous connaissons tous la réponse : c’est la pyramide.

 

Pour les flux marchands, c’est indéniablement très efficace, la pyramide. J’ai testé d’en bas, dans un groupe du CAC40, et j’ai testé d’en haut, en créant Officience, une société de services numériques offshore. Nous avons rêvé longtemps de devenir le « Cap Gemini » du Vietnam, grossissant organiquement, de projet en projet, jusqu’à atteindre 300 salariés. Mais à ce jeu, nous avions un handicap. Attachés à la fois à la France et au Vietnam, l’off-shore était pour nous de l’off-share : aider économiquement les économies de nos deux patries, le Vietnam et la France oui, mais pas purement à l’aune du seul chiffre d’affaire. Le partage des connaissances, le progrès, le durable étaient aussi importants à nos yeux et formaient ensemble cette vision particulière du rôle sociétal de l’entreprise, défendue par l’économiste Michael Porter lorsqu’il parle de « Creating Shared Value », c’est-à-dire que les entreprises doivent savoir mettre en leur cœur une activité qui crée en même temps de la valeur pour les actionnaires ET de la valeur pour la société.

A force de refuser des clients, ou, pire erreur, d’accepter des clients trop éloignés de nos valeurs, il nous est progressivement devenu clair que nous n’étions pas prêts à faire les compromis nécessaires pour devenir un leader mondial de notre secteur. Alors, comme le dit si bien Seth Godin « If the rules of the game are set to make you lose, don’t play that game, play another game. »

Nous avons alors pivoté d’une stratégie généraliste à une stratégie de niche : la niche des gens sympas.

Cela a beaucoup d’avantages de travailler avec des clients sympas. Toutes les étapes du cycle de vie d’un projet s’en trouve affectées.

Avant-vente : au lieu du marketing traditionnel, (catalogues, brochures, spamming, phoning…), on se concentre sur essayer de se faire un maximum de nouveaux amis. Grâce au numérique et aux réseaux sociaux on peut maintenant faire du bouche-à-oreille « augmenté » avec de belles portées pour pas trop d’effort.

Vente : En pleine confiance avec nos interlocuteurs, on peut tout se dire, et du coup ça va bien plus vite ! Pas de temps ni d’énergie gaspillés, le premier qui voit qu’on ne va pas arriver au bout dit « stop », et on retourne boire des verres ensemble.

Opérations : « C’est celui qui le dit qui y est ! » Rien de tel que d’avoir la même personne pour promettre et pour réaliser derrière.

 

On fait aussi, avouons-le, de belles économies en se passant d’une équipe marketing et commerciale, dont le dernier membre est parti en mars 2012.

Car du coup, c’est une niche un peu particulière, qui ne sait pas s’adapter à un modèle de vente traditionnel : difficile d’objectiver un commercial sur la sympathie des clients qu’il ramène… c’est une niche qui n’a pas de critère objectif pour en définir les contours puisqu’elle dépend, au final, des personnes qui travaillent au sein d’Officience au moment présent… C’est une niche dont le liant est constitué de flux non-marchands…

Est-ce vraiment encore une niche ? Une niche regroupe des personnes et des entreprises qui ont le même besoin. Or malgré tous les efforts de personnification de nos fictions légales, les entreprises ne sont pas douées de sentiments. Et le critère « avoir le même besoin » n’est pas forcément rempli par la condition « être sympa ». Bref le mot « niche » ne semble pas bien adapté pour désigner des personnes qui s’entendent bien entre elles… je vous en propose un autre : une tribu.

Une tribu d’hommes et de femmes qui partagent des aspirations communes ; le concept est très à la mode : la raison d’être, le pourquoi, les causes, le sens, le rêve partagé…

Ce sujet souciait auparavant surtout les recruteurs en recherche d’arguments non-monétaires pour attraper les meilleurs éléments : « Vous comptez vendre de l’eau sucrée toute votre vie ou vous voulez changer le monde avec moi ? » aurait demandé Steve Jobs à John Sculley pour le déloger de chez Pepsico. Mais une fois entré dans la machine, il n’y avait plus matière à en parler. Le simple fait d’appartenir à la boîte valait pour adhésion complète à sa raison d’être, qui ne changeait pas tous les quatre matins.

Pour notre part, nous avons dû changer cette posture. Comment aurions-nous pu convaincre des individus de rejoindre nos causes dans un rôle de client, si de notre côté nous n’étions pas tous, absolument tous, et pas seulement les quelques fondateurs, convaincus par ces causes ?

C’est ce besoin de cohérence qui a donné naissance, en 2013, à une équipe d’engagement interne qui s’assure que chacun dans la tribu, et a fortiori toute nouvelle recrue, est sensible aux mêmes causes.

Pour souder notre tribu, faire entrer et accepter les flux non-marchands dans notre vie quotidienne ne s’est pas fait en un jour, mais il y a des petites astuces pour y parvenir. Par exemple, démarrer les réunions avec un tour de table où chacun est invité à dire comment il se sent. Ou alors, structurer ses réunions en demandant à chacun de partager ce qu’il/elle a aimé/pas aimé durant les derniers jours. Pour ce qui est de la confiance, je conseille chaudement le jeu du Delegation Poker 2.

La règle générale, c’est de fluidifier les communications. Avoir plus d’échanges, plus riches (5 flux au lieu de 2), avec plus de personnes, ne peut pas se faire en restant à l’ère du mail et des réunions. Il faut adopter les nouvelles générations d’outil : le chat, les réseaux sociaux, les smileys, les selfies… cette fluidité crée une transparence, une symbiose entre les individus, qui permet à la conscience collective d’émerger et à l’action d’être plus coordonnée en temps réel et moins planifiée dans un ordre prédéterminé. Ce qui s’avère fort pratique pour suivre la cadence d’évolution de notre monde postmoderne.

 

Inévitable conséquence d’un univers transparent où les 5 flux ont pleinement droit de cité : on vit de la même manière, on est la même personne au travail, au sport ou à la maison. Gardant le même compas moral, on ne joue plus un jeu, on ne se conforme plus à un standard de comportement-type uniformisant les attitudes. Chacun étant soi-même, la muraille séparant vie pro et vie perso s’effondre. Ce qui, entendons-nous bien, ne signifie pas la disparition de l’intimité. Nous devons tous apprendre à gérer et bâtir cette frontière, à notre seule appréciation personnelle, entre ce que nous sommes prêts à exposer de nous-même, au public, dans la rue, et ce que nous souhaitons réserver à nos proches. L’école ne nous l’apprend pas, qui reste sur l’ancien paradigme pro/perso dans lequel c’est notre employeur qui trace la frontière, et les grandes plateformes numériques nous l’apprennent encore moins, puisque leur intérêt est de nous voir en partager un maximum. Parents, amis, éducateurs, qui me lisez, faites passer le message, invitez vos proches à s’engager dans cette démarche consciente et toute personnelle de la définition des contours de son ego numérique.

Frédéric Laloux, dans son livre Reinventing Organisations se réfère à cette unicité de l’individu par le terme anglais « wholeness ».

 

Alors, quand vous avez des causes, vous savez pourquoi vous vous levez le matin, ce qui vous fait courir. Grâce à la liquidité de l’information, vous voyez les gens qui vous entourent, et si chacun est bien lui-même, dans la wholeness, eh bien vous savez de qui vous êtes entouré, vous avez des attentes de leur part, et vous ressentez leurs attentes. Un jeu de pression sociale se met en branle, c’est une sorte de big brother distribué, décentralisé où chacun est un capteur, chacun est un influenceur. La bienveillance devient alors un enjeu essentiel dans l’équilibre de la tribu.

 

Et c’est dans ce climat de bienveillance mutuelle que les décisions se prennent. Nous avons tous autour de nous un premier cercle de personnes avec qui nous entretenons une relation humaine empreinte de confiance et de bienveillance : nos influenceurs. Quand de nombreuses personnes choisissent le même influenceur, celui-ci devient un leader : une personnalité que d’autres ont choisi de suivre, ce qui le dote de la capacité de les mobiliser sur des projets plus grands qu’eux. Des gourous, des “ceintures noires” : nous ne sommes plus tous égaux, et on voit alors émerger une hiérarchisation organique. Et au fond, ce n’est pas la hiérarchie le problème des boîtes, ni même qu’elles soient pyramidales. La racine du mal-être en entreprise, il faut la chercher dans l’engagement contraint, dans l’absence de liberté de choisir son organisation et son inspiration, et du délitement de la responsabilité qui en découle.

 

Et notre pauvre Jub en fait l’expérience.

Il n’en revient pas de découvrir Pace, une PME comme pourtant il en existe tant d’autres. Notre Candide nouvelle génération a su, malgré ses 20 ans de formatage éducatif, préserver sa wholeness, et il échange avec son entourage, avec toute la richesse que permettent les 5 flux. Non sans malentendus. Il s’en sortira avec une solution élégante, attirante pour certains, mais certainement pas accessible ni désirable pour tous.

Alors, nos boîtes, on va en faire quoi ?

Amis lecteurs, vous ne trouverez peut-être pas grand-chose d’exceptionnel à cette entreprise de bougie. Tout y est normal. Tellement normal… mais dites, ça ne vous inquiète pas de trouver tout cela normal ?

Duc Ha Duong

1. D’ailleurs je me demande bien qui a eu l’idée d’utiliser le mot « boîte » pour désigner les entreprises ? Au 19e siècle, le terme était fortement péjoratif, utilisé pour désigner des lieux où il ne fait pas bon vivre. Depuis quand l’usage s’est banalisé ? Pourquoi une boite ? Pourquoi on ne dit pas « mon sac », « mon sacerdoce », « ma croix », « mon cube », que sais-je ? De même l’expression « Monter une boîte » : ça n’a aucun sens ! Et pourquoi pas « aligner un bocal » tant qu’on y est ? http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2013/10/18/juste-un-mot-boite_3497507_4497186.html

2. https://management30.com/product/delegation-poker/

Sommaire

Préface

Sommaire

Prologue

Où Jub cherche un stage

L’entretien de recrutement

Jub visite l’usine de Lentillac-Saint-Blaise

Visite de la direction Commerciale et Marketing

La « tournée des clients » avec Claude Kubikus

Premier contact avec la direction Prospective et Numérique

Jub et la fonction Finance

La RSE, nerf de la guerre

Jub et la représentation syndicale

Rencontre avec Lou Poëtic, directrice de l’Informatique

Jub présente son projet de mémoire

Mon beau sapin

Deuxième rencontre avec la direction Finance

Méandres politiques et rendez-vous à l’École des Managers

Jub et les Moyens Généraux

Toutes ces enveloppes…

Sauvé !

Le Hackathon

Le Comité de Direction

Le placard

La bougie au suif, le défi cirier du 21e siècle

Les potes

La traversée du désert

Le pot de départ

Prologue

La vague de commémorations suivant les attentats en Europe a permis le regain d’un marché inattendu, celui de la bougie.

Bougies qui, hélas, provoquent sur nos trottoirs des dégradations préoccupantes. Coulures de cire qui font glisser les passants, déchets, risques d’incendie… À Paris, les employés municipaux sont sur les dents et la mairie de Paris menace d’interdire les bougies. « Après le pont des Arts et ses cadenas, voici que les bougies envahissent nos trottoirs » déclare un adjoint à la mairie, soucieux de bien faire mais peu conscient du politiquement correct.

Si quelqu’un a relevé ces propos, relatés dans leParisien et accompagnés de photos et de témoignages de riverains ronchons, c’est bien Romain Pace, président du groupe Pace, fabricant de cierges et bougies depuis 1850, une entreprise connaissant un développement exceptionnel depuis les tragiques événements.

Il est vrai que les ventes de la gamme « Hommage », bougies de type chauffe-plat, dans des petits photophores ornés du drapeau français, gravés avec l’inscription « requiescat in pace » se sont envolées. Et cette gamme risque de faire un tabac à l’export. (En effet, il est possible d’orner les photophores avec le drapeau de tous les pays).

Et oui, ce produit ne fait pas de coulures, se réjouit Romain Pace, devant un auditoire imaginaire. Il n’empêche, on ne doit pas compter sur des attentats pour développer le chiffre d’affaires du groupe, ce serait de très mauvais goût.

Mais si l’on veut regarder la réalité en face – et hormis l’abominable conjoncture – le groupe végète, se lamente maintenant Romain Pace. Sa prospérité est en danger.

Le président plie le journal sur la table en verre.

« Si encore on avait l’ombre de vraies perspectives, à la direction de la Prospective et du Numérique… » s’agace-t-il. « Mais bon, à part leur titre ronflant, ils n’ont pas prospecté grand-chose, dans cette équipe. Le projet Bougie 2.0 n’avance pas. Je suis sûr que mon fils serait plus productif que toute cette bande de bras cassés. Et dire que certains osent se plaindre de semaines de 70 heures… à d’autres ! »

Il se calme soudain, comme chaque fois qu’il tient une idée, surtout si cette idée lui permet d’écraser son directeur général, Romain Minet, avec lequel il s’entend comme chien et chat, mais dont il ne peut se passer.

Son fils, non, il est en stage à Singapour, mais vu le nombre de CV qu’il reçoit personnellement, trouver un stagiaire génération Y ou Z, ou « digital native », ne devrait pas poser de problème. « Ha ! Je vais leur coller un stagiaire dans les pattes » dit-il à voix haute, seul dans sa salle à manger cathédrale.

Romain Pace est le petit-fils d’Andrejv Paczwzac, qui a fondé Pace, entreprise de fabrication de cierges, en Pologne, en 1850. Trente ans plus tard, son fils, Leonid, part à la conquête de la France et crée une usine de fabrication de bougies à Lentillac-Saint-Blaise près de Rodez. Après avoir amené l’entreprise familiale au succès et à la domination incontestée sur le marché de la bougie en Europe, il décède dans un accident d’hélicoptère le 23 août 2013. Son fils Romain prend alors la tête de l’entreprise, et simplifie son propre patronyme en Pace (prononcé « patché »), comme l’entreprise.

N’y voyons pas une totale consécration aux valeurs corporate : Romain Pace est plutôt désinvolte et dépense toute son énergie dans sa passion, la course automobile. Ce « hobby » ne lui a pas seulement coûté l’humiliation de devoir recruter un DG pour prendre la tête de l’entreprise familiale – le comité de direction a fait une sorte de putsch – mais il lui a aussi coûté son mariage, puisque sa femme, lassée de ses voyages incessants, l’a quitté en 2009 pour son professeur particulier d’anglais et vit maintenant, avec sa fille, à Los Angeles.

Pace en a gardé une haine féroce des Américains et de l’anglais, et d’ailleurs, cause ou conséquence, l’entreprise est leader un peu partout dans le monde, sauf dans les pays anglo-saxons.

Donc, un stagiaire, conclut Romain Pace en se resservant une dernière tasse de café. Un jeune geek ambitieux qui bouscule tous ces vieux croûtons, qui se plaignent sans arrêt d’être débordés.

Il ne reste plus qu’à le trouver, mais ceci ne devrait pas être difficile.

Où Jub cherche un stage

Humeur du jour : Temps/console : 296 mnTemps à la salle de gym : 0

– Juju !

Mon père s’appelle Hubert et mes parents m’ont appelé Jean-Hubert.

Autant vous dire que je pars dans la vie avec un handicap considérable. Encore plus lorsque ma mère emploie cet affreux diminutif, Juju, malgré mes protestations. Mes amis, eux, m’appellent Jub : vous pouvez m’appeler Jub.

Je suis très occupé, là, ce n’est pas le moment de me déranger. J’ai acheté le nouveau gel, Superglu Bio Xtra et j’essaye de faire tenir mes cheveux en piques. J’ai rendez-vous avec des potes en fin d’aprem, et Nico doit venir avec une copine de sa cousine alors…

– Juju ???

J’aime beaucoup ma mère, mais elle me gonfle, un peu comme la vôtre, quoi. J’ai 21 ans, c’est bon, là, il serait temps de me lâcher, non ?

Mes grands-parents ont un petit studio à Malakoff et je rêve de m’y installer. C’est pour ça que le dimanche, j’accompagne toujours mes parents pour déjeuner chez eux, à Chatou. Pour ça, mais aussi parce que j’aime beaucoup mon Papy, pour dire la vérité. Mamie aussi, mais Papy et moi, c’est spécial. Un de mes premiers souvenirs d’enfant, c’est quand Papy m’avait emmené à la pêche, sur son bateau. Bon, on était resté au port, mais je ne m’en étais pas trop rendu compte, parce j’étais petit. Il m’avait mis un gilet de sauvetage trois fois trop grand et je tenais fermement ma canne, trois fois trop grande elle aussi. Et je me souviens de mon immense fierté parce que j’avais pêché un poisson ! Moi, un poisson ! Ce n’est que bien plus tard que j’ai appris la vérité : Papy était passé chez le poissonnier acheter un maquereau et l’avait accroché à mon hameçon, pour être certain que je sois pas déçu…

 

Bref, j’adore mon Papy, même s’il raconte toujours les mêmes histoires de quand il était contremaitre chez Simca, oui, oui, Simca, ça a existé ! Ils fabriquaient des voitures au 20e siècle ! Je fais bien gaffe de rigoler aux bons moments. Et j’aide toujours Mamie à débarrasser la table. Alors ma mère se plaint et dit à la sienne : « Maman, je ne sais pas ce que tu fais à ce petit, je ne le reconnais pas, quand il est ici. » Et Mamie s’écrie que je suis un bon garçon. Et Papy me dit qu’il est fier de moi et que je pourrai faire une belle carrière, comme lui chez Simca.

Alors Papa rappelle qu’il faut acheter français parce que ces bagnoles italiennes, hein, on sait où ça nous mène.

Faut suivre, mon garçon, Simca a été racheté par Peugeot, depuis le temps.

Et puis non, Papy ne sait pas où ça nous mène, alors Papa embraye sur la mondialisation, tandis que Papy continue sur Simca, et Talbot, hein, reconnais que c’était de la belle bagnole !

Bon, en général, là, on est sur le palier, Mamie et M’am se bisoutent pour se dire au-revoir alors que Papy et Papa sont tout rouges tous les deux et postillonnent sur le paillasson.

À chaque fois, Mamie me refile 20 euros.

C’est cool, mais ce que je voudrais par-dessus tout, c’est leur studio, à Malakoff.

On verra dimanche prochain, faut pas désespérer.

 

– Juju ?

– Oui, M’am ?

Autant s’en débarrasser, il faut que je file dans dix minutes retrouver mes amis. Je vais la rejoindre dans le salon. Interdiction absolue d’entrer dans ma chambre.

Ma mère s’inquiète pour un rien, elle me dit qu’elle m’aime au moins dix fois par jour et elle me gâte outrageusement. Même moi, pour être honnête, je suis obligé de le reconnaitre. Mais bon, j’ai la technique pour la faire craquer, genre remerciements enthousiastes : « Ma p’tite M’am, t’es vraiment la meilleure des manmans, t’es trop chou, tu sais ça ? » « Oui, je sais mon Juju, mais ne dis surtout pas à ton père que je t’ai acheté (au choix) une nouvelle console de jeu/un iPad/un jean Biesel/etc. »

Bref, elle assure, la plupart du temps. Sauf que là, elle est un peu angoissée :

– Et ton stage, Juju, tu as des pistes ???

Fichu stage. Impossible de mettre la main sur un truc correct, tout près d’ici, bien payé, avec pas grand-chose à faire.

Bon, si je veux être honnête, je n’ai pas trop, trop cherché. Mais j’suis crevé, moi ! Les deux premiers mois ont été fatigants à l’École des Managers et j’ai un super plan pour partir avec des potes à Barcelone. Mais non, on ne me fiche jamais la paix, à moi. Je suis censé faire un stage de 4 mois qui doit démarrer… qui doit démarrer… oups ! dans une semaine ! Déjà ???

Si vous voulez en savoir plus sur moi (au cas où un patron de startup cherchant un jeune à 10 000 dollars par mois pour tester des jeux vidéo lirait ces lignes, voilà mon adresse mail : [email protected]), je suis en deuxième année de l’École des Managers.

Oh, je n’ai pas trop trop cherché, là non plus. C’est l’école que mon père a faite. Alors quand on voit « sa belle carrière à la Financière de Banque, on n’a pas le droit de douter une seule seconde du bien-fondé de cette décision, n’est-ce pas Jean-Hubert ? Comment ça, archéologie ? Et pourquoi pas arts du cirque ou grec ancien, ha, ha, tu me feras mourir de rire ! Mado, ton fils est désopilant ! Bon, la rentrée à l’École des Managers est le 5 octobre. »

À mon avis, c’est pas donné, comme école : mon père soupire au début de chaque trimestre, quand il doit faire le virement. Mais enfin, c’est pour ton avenir, Jean-Hubert, comme il dit. Moi, mon avenir, je le verrais plutôt à Barcelone pour les trois prochains mois, à faire DJ dans un bar, mais on ne me demande pas trop mon avis. Bref, le seul truc que j’ai eu le droit de choisir, c’est l’option, j’ai pris Web 3.0. Et oui, j’ai décidé de faire visionnaire génial du monde numérique, plus tard.

Si je décroche un stage.

– Ouais, M’am, j’ai une piste, justement. J’ai même rendez-vous avec, là. Alors ciao, faut que je file.

Esprit d’à-propos, n’est-ce pas ?

– Juju ! On ne va pas à un rendez-vous professionnel habillé comme ça ! Non, mon fils ! Pas dans un jean aussi… mais qu’est-ce que c’est que ça ??? Tu as déchiré ton jean aux genoux, Juju, tu l’as déchiré ?! Il est tout neuf ! Un jean à 350 euros ! Non, mon fils, là où tu vas filer, c’est dans ta chambre. Tu vas être gentil, tu vas mettre ton joli costume, celui qu’on a acheté pour la communion de ton cousin Jérémy. Et ton loden mon garçon. C’est sérieux, Juju, un stage, c’est ton avenir, mon grand ! Et puis coiffe-moi ces beaux cheveux, tiens, approche, je vais aplatir tout ça, qu’est-ce que c’est que ces épis ? Ah, c’est mieux, tu as l’air de quelque chose, là.

Elle ne me lâchera jamais ! Je suis obligé de me déguiser. Et pis j’ai cette immonde raie sur le côté et mes cheveux tout plats.

Enfin, dehors ! Après les bisous d’usage, bien sûr.

Je vais passer pour un facho, avec ces fringues, je ne peux pas retrouver mes potes habillé comme ça. Et si je déchirais mon loden ??? Ouais, pas bête, ça pourrait faire genre.

Promis, après les potes, je rentre à la maison et je rédige mon CV. Histoire de décrocher ce fichu stage.

Enfin, quand ma mère aura arrêté de crier pour mon loden.

Moi, mon rêve, c’est qu’on me fiche la paix, qu’on arrête de décider à ma place. Je me connais, je sais que je suis capable de faire des trucs cools.

J’ai juste besoin qu’on me fasse confiance.

Désespérant de trouver un stage Jub fait appel à son père pour l’aider.

Oh, il a bien repéré un stage qu’il kiffe grave : gardien d’une ile paradisiaque pendant six mois, chargé d’observer la flore, avec une gratification mensuelle de 5 000 €.

Las, ils étaient 103 000 candidats à kiffer, et Jub n’a pas été retenu, à son grand désarroi.

Quant au projet d’être DJ à Barcelone, l’école a reçu 10 demandes mais ne les a pas cautionnées, donc c’est mort.

Découragé, il se tourne donc vers son pôpa.