Le bouclard des cafards - Laurence Roques - E-Book

Le bouclard des cafards E-Book

Laurence Roques

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Beschreibung

Un monde haut en couleur où les mots virevoltent, se bousculent s'entrechoquent mais conservent leur substantifique moelle. Créatif, absurde, nous sommes dans un univers parallèle jonché d'humour noir et d'antihéros. Des petites histoires à dévorer...

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Seitenzahl: 44

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Sous la pluie d’été

Raccourcissent

Les pattes du héron.

Haïku Matsuo Bashõ

Sommaire

Concarneau.

128 OU TICKET TO RIDE

TRAJECTOIRE /

QUELQU’UN DE BIEN //

128 ou TICKET TO RIDE ///

72 ////

LE TROPHÉE /////

Concarneau.

La gargote du chinetoque s’échinant sans chichis sur sa fameuse garbure de carbus.

Les pangolins indolents, sur un banc alanguis, passent commande sans même un « s’il vous plait ».

Le fracas des bardas, tout le Saint Frusquin voltigeant, les tablées de lamantins lamentables.

Un vendredi soir moite de juin.

Le bouclard est bondé de bombyx bouffis. En plus du reste.

L’air est irrespirable. Au-dessus des têtes et des antennes, le chahut des palabres.

Sur un bout de comptoir, un tamanoir suffisant boulotte du parmesan. Uniquement de qualité extra.

« Mmm, pas des masses de rascasses, ce soir… grommelle une mite en essuyant un verre à pied avec un chiffon en microfibres, le regard perdu dans le vague.

- Normal ! On est vendredi. » lui répond alors son acolyte du tac au tac, pleine d’assurance. La première semble immédiatement satisfaite de cette réponse qui lui semble alors aussi exhaustive qu’évidente. Soit.

Ça gueule un max dans l’établissement, ça braille, ça fiche un souk de tous les diables, ça chahute, ça dégueulasse les nappes. Ça fout un boucan pas possible.

Mais le boucan du toucan est de loin le pire.

Ce toucan-là, croyez-le ou pas, ce toucan là n’est pas calme du tout. Il vient de faire l’acquisition d’un Touran d’occasion. Très peu kilométré. Alors, d’un coup de bagnole, le revoilà qui débaroule.

Le brouhaha monte encore d’un cran depuis le toucan. A en pousser ce tintamarre au rang de cauchemar.

Les cafards saoulards expulsent leurs œufs partout. C’est une saloperie sans nom. Ça vous colle au lino, rien à faire. Les cafards sont des connards mais ils paient rubis sur la patte.

Les mal aimées mites ont pactisé avec eux. Alors c’est le jeu et il faut le jouer. Ou finir exterminés par des humains en rogne.

Les cafards s’appellent tous Bernard, ce qui a le mérite de faciliter la tâche quand il faut pousser une bonne gueulante à cause des œufs sur le lino, par exemple. On gagne un temps monstre. Or, même un tout petit insecte a le droit de gagner un temps MONSTRE.

Et dieu sait qu’on en a besoin, de temps.

« LE TOUK TOUK DU TOUCAN ! »

Ces quelques mots résonnèrent soudain distinctement parmi le boucan ambiant. Comme un coup de tonnerre, un fracas plus gros encore que le reste. Ces mots se détachèrent du vacarme général avec une netteté frappante. A telle enseigne qu’un silence absolu se fit soudain dans la salle bondée.

Tout à coup, oui, un silence collectif qui criait la tournure que n’allait pas manquer de prendre la soirée.

Plus surnaturel encore que sa netteté, était l’impossibilité d’identifier l’auteur de cette saillie.

Le toucan, vexé comme un pou (oui, cela n’empêche pas), s’avança vers le centre de la salle, jetant son mégot par terre. Sans même se soucier du classement à la résistance au feu du revêtement de sol – le fou !

Ses bottines à talonnettes en cuir plein buffle de toucan crâneur résonnèrent comme le glas de la bonne ambiance.

En cuisine, la zibeline ne mouftait pas. Pas plus que la mouffette. On remballait en silence les potages de blagues de potaches qui étaient sur le point d’être servis.

On arrêtait la vaisselle, on ne « passait plus le sel », même aux hirondelles.

Silence de mort.

Les commis, d’office, se mirent à tout classer sans un bruit : les faisselles avec la vaisselle, les torchons avec les potirons, les maniques dans l’enclos des tiques – avec les tickets, et tout le foutoir par ordre alphabétique.

Même si ce n’est pas très hygiénique.

« Qui a dit ça ? » fulmina le toucan mécontent.

C’est marrant mais parfois, il est des réponses dont on sait pertinemment qu’elles ne rencontreront jamais de réponse. Aussi clairement posées soient-elles. Et celle-ci en était une.

Personne n’était assez malade pour se dénoncer. Ah ça, non.

Au fond de la salle, un narval de Laval avalait sa purée de plancton en essayant de ne pas se dégueulasser la corne.

« C’est un peu chiant cette corne », se dit-il pour lui-même, complétement indifférent au drame qui se tramait tout près.

« Si j’en avais pris deux courtes au lieu d’une longue… » continuait-il intérieurement.

« ALORS ? J’ATTENDS ? QUI ?! » retentit au centre de la pièce.

« Mais j’ai passé la date de garantie, je suis chocolat » poursuivit en pensée le narval contrarié.

Le toucan remarquant alors l’indifférent se mit à le fixer.

« Tu t’en fous de mon monospace, le narval ? L’interpellât-il. Il se dit qu’en tentant moins ambitieux, plus confidentiel, il aurait sûrement un peu plus de chances d’obtenir une réponse.

Levant à peine la tête de son plâtrasse de plancton, l’accusé s’essuyât tranquillement la corne d’un coup de serviette et fit :

« Oui. »

Je ne savais pas qu’il existait plusieurs nuances de silence mais on était passés au silence blanc fluo, là. Même les tarentules se turent.

Tout le monde à Concarneau avait encore en tête le sanglant précédent du ras-de-cou du rat d’égout.