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Dans le Salon de Provence des années 60, le caganis, dernier d’une fratrie de quatre enfants, voit le jour.
Fils de la rudesse du Mistral et d’une mère aimante, il va devoir apprendre à devenir un homme.
Malgré lui, il devra, pour cela, lutter contre l’image d’un père absent et se détacher de cet amour maternel protecteur.
De l’enfance à sa jeunesse, le caganis vous fait voyager dans son histoire à travers la vie de sa Provence.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Philippe Dagincourt est né en 1959, au cœur de la Provence. Né dans une famille modeste, son parcours de vie le mènera un peu partout en France.
Aujourd’hui installé à côté de Toulouse, dans le Lauragais, il consacre son temps à sa passion de toujours, l’écriture.
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Seitenzahl: 155
Veröffentlichungsjahr: 2021
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LE CAGANIS
L’histoire d’une vie dans les années 60
Il serait légitime que vous cherchiez à connaître le sens de la locution « caganis ».
Ceux qui sont nés en Provence ne se poseront pas la question en sachant très bien ce que ce mot veut dire et toute la signification qu’il porte en lui.
Vivre près d’un château ! Quelle belle promesse pour un enfant. Mon château à moi, il s’appelait Empéri, traduction en provençal du mot empire. Son nom lui vient d’ailleurs des empereurs germaniques qui l’ont occupé quelques années, peu de temps après sa construction autour de l’an 900. Il est situé à Salon de Provence, la patrie de Nostradamus et il abrite aujourd’hui plusieurs musées.
Salon de Provence est une ville de passage qui permet, en provenance d’Arles ou d’Avignon, d’aller soit vers Marseille, soit vers Aix en Provence. Elle abrite la célèbre école de l’air ou est basée la Patrouille de France et ses Alpha jets, qui, à l’époque étaient encore des Fouga magisters, et dont un des exemplaires orne le rond-point de la ville qui mène à la fameuse base aérienne 701.
C’est en 1959 que je vis le jour dans la maison familiale. J’étais le dernier d’une fratrie de quatre enfants, composée de ma sœur de 12 ans mon ainée, d’un frère âgé de 10 ans de plus que moi ainsi que d’un autre frère né en 1957. La seconde guerre mondiale était terminée depuis une quinzaine d’années. Fidel Castro venait de chasser Batista du pouvoir à Cuba et la déclaration des droits de l’enfant venait d’être écrite. Pendant ce temps, la République Démocratique du Congo naissait en quittant le giron de la Belgique non sans quelques heurts violents.
C’est cette année aussi où Khroutchev et Nixon se rencontreront pour parler des mérites comparés des systèmes capitalistes et socialistes pendant que Luna1, lancé par les soviétiques, sera le premier engin à orbiter autour de la Lune.
Boris Vian et Gérard Philippe quitteront la scène de la vie et ne verront jamais l’année 1960.
Mon prénom me vient sans aucun doute du nom de ce grand acteur, du moins je le suppose.
J’habitais à l’époque en face de la porte du majestueux château de l’Empéri, dans un quartier qui ressemblait étrangement à la cour des miracles.
Pourtant il n’y avait pas de royaume de l’Argot{1} ou de roi de Thune{2} dans ces ruelles.
Juste quelques familles venues d’Espagne, fuyant le franquisme{3}; du Maghreb, venant chercher quelques richesses illusoires promises en échange d’une fidélité sans bornes à la patrie française lors des pudiques évènements d’Algérie{4}, ou de gitans sédentarisés armés de leurs seules guitares et de leur passé de gens du voyage.
Tous plus ou moins marginaux, nous étions impossibles à ranger dans un tiroir bien défini. Alors nous étions regroupés dans ce quartier insalubre qui était voué à disparaître.
Nous étions une ribambelle de gamins à trainer dans ces venelles. Avec l’innocence de nos âges, très loin des problèmes de mixité à la mode de nos jours. C’était un mot qui, pour nous, n’avait pas de sens. C’était comme dire que le soleil brille : une évidence. Nous étions un groupe. Que l’on soit petit ou grand, propre ou sale, bronzé ou à la peau blanche, cela ne nous importait peu.
Nous avions tous une raison d’être là, et même si nous ne la connaissions pas, nous étions bien loin de nous inquiéter de savoir pourquoi.
Tous les âges étaient représentés dans ces rues. Pour ma part, du haut de mes 5 ans, je faisais encore figure de « bébé ».
La maison dans laquelle nous habitions était une vieille bâtisse qui datait de la construction du château. Les murs étaient épais et protégeaient parfaitement de la chaleur lors des étés trop chauds, tout en permettant de conserver celle-ci quand le froid s’essayait à de courtes apparitions dans nos rues.
Dans cette maison s’entassait ma famille, mais aussi mon grand père et ma grand-mère maternelle ainsi que mes deux oncles. Neuf personnes en tout quand nous étions au complet, à loger dans 4 chambres à l’étage et une au rez-de-chaussée.
Mes deux grands-parents maternels, je ne les ai pratiquement pas connus.
La mort les a emportés alors que je n’avais que 5 ans. Maman s’est retrouvée à la tête d’une grande famille, seule à assumer ses quatre enfants et ses deux frères. Mon géniteur avait déjà fait le choix de la fuite pour aller vivre une autre vie, ailleurs. Mes parents n’ont jamais divorcé. Cela ne se faisait pas trop à l’époque. Les gens pauvres ne se séparaient pas cela évitait de payer un avocat.
J’ai appris après mes dix-huit ans, à la mort de mon père, que j’avais des demi-frères quelque part dans la ville où je vivais. Il en était ainsi. Je n’ai jamais éprouvé le manque d’un papa. Le quartier était ma famille, cela suffisait à mon bonheur de gamin.
Le point central du quartier c’était le lavoir et sa vie si particulière.
C’est ici que les mamans, les tatas et les sœurs se retrouvaient pour battre le linge et refaire un monde auquel elles n’auraient jamais accès.
À genoux à même le béton, devant les bacs, elles s’acharnaient à taper sur les draps de lin blancs, ou à frotter entre leurs mains gelées les habits plus délicats.
Mes yeux d’enfants voyaient ainsi défiler dans l’eau des culottes aux formes étonnantes. Certaines me semblaient si grandes qu’elles auraient pu contenir deux personnes, d’autres par contre me laissaient pantois et je me demandais ce qu’un si petit morceau de tissu pouvait bien cacher. L’eau du lavoir coulait en permanence par un petit tuyau en plomb afin d’alimenter le premier bac qui servait au rinçage.
Le second, lui était légèrement en contre bas et était utilisé pour le lavage. Je me souviens, gamin, de ces femmes agenouillées, telles des créatures de marbre devant l’autel de leur labeur, psalmodiant leur quotidien comme l’aurait fait des madones posées dans leurs niches de pierre.
Toute la vie du quartier défilait ici.
Le retour du frère de Malou qui avait disparu depuis des mois et qui était revenu au quartier amaigri, taciturne, toussant et crachant du sang.
« Il a dû aller se frotter avec quelques filles de mauvaises fortunes à Marseille et attraper de drôles de maladies » commentaient certaines.
« Mais non, il est parti travailler aux champs, du côté de l’étang de Berre et il a dû attraper froid la nuit, en dormant sous les oliviers » poursuivaient d’autres.
La venue de gens « bien habillés » qui étaient venus rendre visite à la maison d’Abdel, le vieil algérien qui habitait à côté du lavoir.
« Moi je te dis que c’étaient des gens de la Police » chuchotaient certaines.
« Mais non, c’est Maître Untel, le notaire, avec son ragasoun{5}. J’ai entendu dire qu’il voulait acheter la maison et qu’il voulait le mettre dehors » insistaient les plus curieuses.
Et puis il y avait l’évènement de la venue du docteur. Il n’y en avait qu’un seul qui venait. C’était le médecin attitré du quartier. Quand les femmes entendaient la jolie Citroën DS arriver au loin, les commentaires redoublaient
« à l’escampo pèr quanto lou doctor{6}? » se demandaient les plus âgées d’entre elles.
« J’ai entendu dire que la Fanou avait fait venir une faiseuse d’anges{7} ça a du mal se passer » concluaient certaines.
Pour ce qui était des hommes, ils étaient de trois catégories.
Ceux qui avaient accepté de se soumettre. Je les voyais user leur santé et leur énergie à satisfaire les besoins des petits bourgeois de la ville. Ils avaient des petits boulots que les « autres » ne voulaient pas faire. Ils remplissaient les caves de charbon pour les jours de froid, ils vidaient les poubelles des maisons huppées, ils nettoyaient les trottoirs quand le vent avait décidé de mettre à nu les platanes, à l’automne.
Ils étaient des petites mains. Celles dont on se sert pour ne pas se salir les siennes.
Un de mes oncles faisait partie de cette main d’œuvre soumise et bon marché.
Il travaillait en ville, chez Marius Fabre, la première usine de fabrication de savon dit de Marseille. Il était chargé de la coulée. Avant de la prendre en charge, dans d’énormes marmites, deux savonniers faisaient chauffer les huiles et la lessive de soude pour la porter à ébullition. C’était la saponification. Après avoir été débarrassé d’une partie de son eau, la cuisson permettait de transformer tous les corps gras en savon.
La pâte restait en ébullition le jour et au repos la nuit pendant 8 jours.
À la fin de cycle, mon oncle intervenait afin de couler le savon liquide à même le sol dans des moules pour en faire de longues bandes qu’il fallait laissait refroidir. Il guidait la trémie afin de répartir au mieux le liquide en fusion dans les moules.
Ce travail était dangereux et exposait les ouvriers à des vapeurs toxiques de soude, ce qui n’arrangeait pas la santé de mon tonton.
Je me souviens qu’il m’avait dit un jour « Toi, ne courbe jamais l’échine, ne fait jamais ce que les autres ne veulent pas faire. Tu as la chance de pouvoir aller à l’école. Montre-leur de quoi tu es capable. Eux ne viendront jamais prendre ta façon de vivre, mais toi tu peux faire tienne la leur ».
J’étais loin d’avoir compris le sens de ces mots, et puis je ne voulais pas de leur vie. Moi je voulais être libre, comme je l’étais dans mon quartier.
Ensuite il y avait les marginaux. Ils se disaient ferrailleurs, mais ils passaient plus de temps dans les locaux de la Police que chez eux parce que pris en train de chaparder, de voler ou parce qu’ils s’étaient battus dans un bar en ville.
Ce sont eux qui donnaient à ce quartier cette réputation nauséabonde. Rentrant souvent ivres morts chez eux ils n’avaient aucune considération pour nous ou pour qui que ce soit. Ceux-là, je n’avais pas le droit de leur parler. Le Fernand, le Guiseppe et son frère Marco faisaient partie de ces pères à la dignité inexistante. Les seuls mots qu’ils savaient dire à leur enfant, c’était « Ta gueule » ou « Où est ta salope de mère ? » ou encore « va me chercher du vin à l’épicerie ». Personne ne les aimait, et ils n’aimaient personne.
Et puis il y avait ceux qui avaient ouvertement choisis d’être en dehors des lois de la société, d’intégrer le monde du grand banditisme avec ses codes, son honneur, mais aussi sa violence et son manque de pitié. Mon autre oncle avait fait ce choix.
Il était craint et admiré par le quartier. Lui ne criait pas, lui ne battait personne. Un seul de ses regards suffisait à faire taire les plus braillards.
Quand il venait, rarement par peur de nous mettre en danger, c’était toujours pour faire des cadeaux à la famille. C’était un peu l’enfant prodigue, l’homme que ma mère aurait sans doute voulu épouser si elle avait pu. Il était grand, sec comme un coup de trique, le teint basané des hommes du pays basque espagnol. Il avait cette fierté qui le rendait austère, inaccessible, insondable.
Dans son regard, je pouvais deviner tous les rêves d’un gamin qui jouait les durs, contraint et forcé par la vie. J’y voyais aussi la conviction d’un homme déterminé. Je pense qu’il ne se faisait pas trop d’idées sur le temps qu’il lui restait à fouler cette terre.
Maman passait des heures avec lui quand il venait, calée contre son corps décharné. Elle le couvait comme une poule prend soin de son petit, son Lazare.
Qui ne les aurait pas connus aurait pu les considérer comme amants. Mais leur amour, le seul qui pour eux comptait était celui d’une sœur à son frère.
Tout avait été dit pour expliquer sa mort. Tué par balle sur la terrasse du café le Provençal, en bas, dans la ville, il était connu pour être le porteur d’armes d’un caïd marseillais.
« Il s’est écroulé à la terrasse de ce café en homme fier » commentaient les plus admiratifs, « crânement, le regard fixe ».
« Ils lui ont tiré une balle dans le dos. S’ils étaient venus en face de lui, en hommes, il ne leur aurait laissé aucune chance. C’est pas pour rien qu’il était le porte flingue de Mémé{8}» vociféraient d’autres.
Pour maman c’était un ange qui était passé par là et qui lui avait enlevé l’homme de sa vie pour aller le protéger dans les cieux où il l’attendait maintenant.
Il n’avait pas eu droit à sa propre sépulture. C’est dans la fosse commune que son corps avait été déposé.
C’était le carré des indigents{9}, comme on l’appelait à tort, qui avait englouti son cercueil de sapin blanc.
Maman s’y rendait souvent, jusqu’au jour où la Mairie lui demanda si elle voulait payer une sépulture parce qu’il fallait faire de la place dans la fosse commune. Acheter une concession n’était pas envisageable. Elle portât le deuil une seconde fois de cet homme dont il ne restait que quelques os.
Quand ma mère arrivait au lavoir, les yeux embués des larmes qu’elle n’arrivait même plus à verser, les autres femmes se taisaient, respectant une minute ou deux la douleur d’une de leurs. Mais la page était tournée et la mort avait sa place ici tout comme la vie.
Certaines blagues étaient plus ou moins grivoises et provoquaient des rires entendus entre ces blanchisseuses du matin. J’étais trop petit pour comprendre, mais j’ai le souvenir de leurs rires en moi.
Quand le brouhaha de ces lavandières cessait, le lavoir redevenait mon terrain de jeu.
En partant, elles avaient laissé l’eau blanche, troublée par le savon de Marseille.
C’est alors que nos bateaux, faits de papier ou de petits morceaux de bois prenaient la mer, passant d’un bac à un autre, chargés parfois d’une malheureuse fourmi qui avait eu l’idée saugrenue de passer par là.
La bataille navale pouvait alors commencer.
Les plus gros de ces navires (ceux en bois ou en feuille de platane) avaient fière allure. Leur capitaine aux antennes tremblantes se tenait fièrement sur la proue de leur coque, hésitant entre la mort par noyade et le fol espoir d’une rive accueillante.
Les gravillons, les graviers, les boules de cyprès et pour finir les cailloux étaient nos boulets de canon qui venaient renverser ou couler les plus robustes de nos galions illusoires. Parfois quand la bataille faisait rage, je finissais la tête la première dans un des bacs, poussé par un perdant mécontent. Il s’en suivait une bataille d’eau durant laquelle personne n’était épargné.
Ce n’étaient que des escarmouches enfantines, et le soleil de Provence avait vite fait de sécher nos ardeurs belliqueuses et nos vêtements troués.
Un de mes jeux préférés était de chercher des petits scorpions noirs qui trouvaient refuge dans les pierres de Rognes. C’étaient ces pierres qui avaient servies à la construction des remparts du château. Elles étaient extraites d’une carrière de calcaire située à l’entrée du village de Rognes, qui se trouve à une vingtaine de kilomètres de Salon, d’où leur nom.
Ironie du sort ou hasard de la vie, c’est dans cette commune que ma mère s’est éteinte près de 80 ans plus tard.
Quand j’avais trouvé un de ces animaux qui me terrorisait, nous l’entourions, moi et mes compagnons de jeux, avec prudence, d’aiguilles de pin avant d’y mettre le feu. C’est alors que la queue de l’arthropode se recourbait pour venir se planter dans son dos.
J’étais persuadé qu’il se piquait lui-même afin de ne pas souffrir et de ne pas périr brûlé. Mais peut-être n’était-ce que l’effet de la chaleur, qui, desséchant le corps de l’animal faisait se recourber naturellement son appendice.
J’avoue que je ne sais toujours pas ce qui provoquait cela !
Les bagarres étaient aussi fréquentes. Nous avions parfois la visite de quelques autres gamins, en quête de rixes, en provenance de la Monaque, un quartier du sud de Salon.
Ces luttes n’étaient pas anodines. Elles permettaient de souder la communauté que nous étions. Elles lissaient les différences, elles passaient par perte et profit les rancunes, pour offrir à l’ennemi d’un jour une armée unie, faite de bric et de broc, de grands peureux et de petits teigneux, mais tous là les uns pour les autres.
J’étais souvent protégé par les plus grands. D’abord parce que j’étais le plus petit, mais aussi parce que j’étais le neveu de Lazare et qu’il ne fallait pas qu’il m’arrive quoi que soit. Ces bagarres se finissaient rarement mal, et j’arrivais toujours à trouver un sein protecteur pour me réconforter une fois qu’elles étaient terminées.
Je me soupçonne même parfois d’avoir exagéré ces escarmouches afin de pouvoir bénéficier de ces petits moments de tendresse, la tête perdue dans une de ces poitrines opulentes ou desséchées par les allaitements, mais toujours si douces pour y poser ma tête.
J’ai le souvenir des soirées passées autour d’un feu fait de cagettes ou de branches de platanes encore vertes. Cette odeur âcre, ces tisons rougissants au milieu de la noirceur de la nuit. Pas de lampadaires « au château », les habitants de ce quartier n’avaient pas besoin de voir la nuit.
Les lumières, elles, étaient en bas, dans la ville, d’où s’élevaient les rires de jeunes filles insouciantes, les bruits des moteurs de voitures ou de mobylettes qui rivalisaient de sonorités les plus étranges à nos oreilles.
Ne pas éclairer le quartier, c’était aussi une façon de le cacher. La barrière de l’obscurité était préférable pour les petits bourgeois de la ville. Elle leur indiquait les limites à ne pas franchir. Nous, cela ne nous dérangeait pas. La lune nous accompagnait dans nos soirées, et sa lueur pale suffisait à éclairer nos faibles espoirs de jours meilleurs.
Elle me servait aussi de station météo pour savoir quel temps il ferait le lendemain. Rouge, c’était une promesse de vent. Mais quand je la voyais distinctement je savais que la nuit allait être fraîche et qu’il ne fallait pas trainer autour du feu.
Ce qui me berçait, c’était le son des guitares. Les sonorités gitanes ou hispaniques accompagnées même, parfois, de celle d’un oud{10}, d’un kuitra{11} ou d’un guembri{12} qui venaient se mêler à ces sonorités si familières à mes oreilles.
Mano ou Manu ou peut-être Manolo, je ne sais plus son prénom, avait un sens du rythme qui me fascinait. Sa main droite posée sur la rosace de sa guitare, il attendait que les premiers chants s’élèvent dans la nuit pour commencer à faire bouger ses doigts sur les cordes en boyaux de chat. Alors, doucement, tel un miaulement contrôlé, la guitare se réveillait en un son long et chaud, caressant nos tympans avec une douceur extrême. Le temps venait de s’arrêter, suspendu à une note de musique qui n’en finissait pas de s’étirer.
