Le calvaire de Jessica - FF Valberg - E-Book

Le calvaire de Jessica E-Book

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Beschreibung

Jessica croit vivre un conte de fée. Elle part en voyage de noces avec son mari Frank Deveraux sur un voilier superbe, le Cormoran. Mais Raven lance un dard dans le cœur de Jessica : Je te protégerai de ton mari assassin. C'est le début du calvaire de Jessica. Jessica ne sait rien du passé de Frank. Est-il ce François Villars dont le crime a défrayé la chronique criminelle ? Tous les indices vont dans ce sens. La contre-enquête de Tecumseh Shapiro remettra-t-elle tout en question ? La villa Paradiso de Saint-Jean-Cap-Ferrat livrera-t-elle son secret ? Ou le crime restera-il à jamais une affaire non résolue ?

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Seitenzahl: 276

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Tous droits pour la distribution sont réservés: par voie de cinéma, de radio ou de télévision, de reproduction photomécanique, de tout support de son, de reproduction même partielle et de supports informatiques.

© 2024 novum maison d’édition

ISBN Version imprimée:978-3-99048-642-9

ISBN e-book:978-3-99131-163-8

Relecture:Kathleen Moreira

Photographie de couverture:Mariia Vasileva, Stockeeco | Dreamstime.com

Création de la jaquette: novum maison d’édition

www.novumpublishing.fr

Dédicace

À tous les enquêteurs et enquêtrices qui

pendant dix, vingt, trente ans et plus

cherchent à résoudre les cold cases.

Introduction

Jessica croit vivre un conte de fées. Elle part en voyage de noces avec son mari Frank Deveraux sur un voilier superbe, le Cormoran.

Mais Raven, un corbeau machiavélique digne du cinéaste Clouzot, lance un dard dans le cœur de Jessica.

Je te protégerai de ton mari assassin.

Le poison agit et le trauma de Jessica commence.

Ai-je épousé un assassin ?

Jessica ne sait rien du passé de Frank. Les ombres du passé surgissent. Frank Deveraux est-il ce François Villars dont le crime horrible, il y a quelques années, a défrayé la chronique criminelle ? Tous les indices vont de plus en plus dans ce sens et portent à le croire.

Le chemin de croix de Jessica commence, un long calvaire.

La contre-enquête du détective privé Tecumseh Shapiro de San Diego remettra-t-elle tout en question ?

La villa Paradiso de Saint-Jean-Cap-Ferrat livrera-t-elle son secret ?

Sinon le crime restera à jamais une affaire non résolue.

Un cold case.

Préface de Maître Moro de Rocca

J’ai le crime dans le sang.

Ainsi pourrait commencer la confession d’un tueur en série.

J’ai le crime dans le sang signifie tout simplement que les affaires criminelles me passionnent.

Je ne me souviens pas combien de fois j’ai eu recours en cour d’assises au dicton de droit romainIn dubio pro reo, le doute profite à l’accusé, le fameux dicton presque toujours utilisé par les avocats de la défense devant les cours d’assises dans les cas où l’accusé conteste avoir commis le crime et clame son innocence.

Le procureur invoque un ensemble d’indices que le défenseur de l’accusé rejette.

Aux jurés de décider de la valeur et de la pertinence des arguments présentés par l’accusation et la défense : condamnation ou acquittement.

Santa Barbara - Californie

Prologue

Les oiseaux lancent des cris rauques en venant raser la surface de l’océan.

Le hors-bord glisse sur leseaux calmes de la lagune. Des eaux lisses comme celles d’un lac, la surface n’est perturbée par aucun souffle de vent.

Il approche la petite embarcation des docks et son regard se pose sur les yachts et les voiliers amarrés aux appontements.

Il coupe le moteur. Le hors-bord continue quelques instants sur sa lancée, perd sa vitesse, s’immobilise.

Mieux vaut ne pas s’approcher de trop près.

Par précaution, il met ses lunettes de soleil.

Aurait-il été préférable d’envoyer un article anonyme à un des journaux à sensation ? À la réflexion, il avait écarté l’idée. Les anciennes coupures de presse du procès feraient aussi l’affaire.

Il saisit les jumelles et les braque sur l’objectif : Le Cormoran.

Un yacht splendide, éblouissant de blancheur, avec ses ponts immaculés, sa coque racée.

« Il n’y a pas de doute, murmure-t-il, le bateau est un rêve. »

Il ne peut déceler aucune présence à bord.

Quelle sera la réaction de la femme ?

A-t-elle déjà lu ?

Villars a-t-il dit à Jessica qu’il est veuf ?

Il espère que non.

Villars est un homme secret, introverti.

Il l’avait amplement prouvé lors de l’instruction de son procès.

Il n’avait rien livré de son passé et c’était parfait.

Et s’il avait quand même révélé la vérité à Jessica ?

Alors tout le plan foirait et tombait dans les eaux glacées de la Bérézina.

Il a soudain la gorge nouée et les mains moites.

Je lance un dard empoisonné dans le cœur de Jessica.

Il imagine avec délectation le visage de Jessica à la lecture de l’article, ses traits brusquement décomposés par la révélation brutale !

Puis, le doute tisserait sa toile d’araignée autour d’elle. L’angoisse et le désespoir l’envahiraient.

Le venin agirait.

Ils seraient tous les deux pris dans l’engrenage.

Et cet engrenage serait inexorable, implacable.

Dans le cabinet d’instruction, le juge lancerait de nouveau à Villars :

« Cette fois-ci, vous ne jouerez plus au plus malin avec la justice !

Cette fois-ci, vous êtes pris dans la nasse, il n’y a pas d’échappatoire !

Cette fois-ci, la vérité éclatera au grand jour ! »

La vérité que vous êtes l’assassin de votre femme.

Villars serait de nouveau mis en examen.

Le lien serait établi.

Bientôt, le présent et le passé seront liés. Comme le jour et la nuit, l’ombre et la lumière, Dieu et le diable.

Les traits de son visage se contractent.

Avec un ricanement sinistre, il remet le moteur de son hors-bord en marche.

Je suis Raven.

Le Corbeau noir. Le corbeau noir de noir. Raven, le messager funeste.

CommeLe Corbeau de Clouzot, je suis aux abois. CommeLes Oiseaux de Hitchcock, je fonds sur ma proie.

Après mes divers passages, il ne restera que des os.

Des os rongés, dérisoires vestiges d’un bonheur passé.

Il ne restera que des os.

Mais pas d’indices et pas de preuves.

Je suis Raven.

Le mystérieux et insaisissable Raven.

I - LES OMBRES DU PASSE Frank Deveraux

1

Jessica Holmes.

Le journal de Jessica.

Ce jour-là, Jessica nota dans son journal :

Je veux pratiquer la politique de la terre brûlée.

Lors de ma retraite, je détruis tout, ne laissant que des ruines derrière moi. À dire vrai, même pas des ruines, mais seulement de la terre vierge.

Telle est bien mon intention, mais je me demande si l’on peut effacer le passé d’un coup de baguette magique.

Pour détruire mon passé, il me faudrait éliminer le témoin.

Le témoin que je contemple maintenant d’un air songeur. Il a l’air inoffensif, neutre, terne, sans vie. Décolorée, sa peau cuivrée comporte des taches de vieillesse.

Il n’est pas facile de se défaire de quelqu’un qui a été votre compagnon pendant plus d’une année. On s’attache à lui, des liens se créent.

Certes, il est des gens capables de rompre brutalement, sans remords ni regret. Je crains que je ne le puisse pas. Pour détruire mon témoin, il me faut le toucher. Je me sens incapable d’un geste brutal, décisif, irréversible.

Tant pis. Je le touche.

Dès que je le touche, il prend vie.

Les images surgissent en moi.

J’ouvre mon journal au hasard.

Je tombe sur une journée d’automne.

Un mauvais choix, car il n’est pas question seulement de cœur blessé, de langueur monotone. C’est la déchirure, la torture de l’incertitude atroce. Le désespoir, le trou noir. La question qui me ronge : la culpabilité ou l’innocence…

La page me brûle les doigts.

Je referme le journal d’un coup sec. Je ferme les yeux.

Je laisse encore une fois le hasard faire le choix.

Pas de chance non plus.

Une page d’hiver, froide comme la lame d’un poignard.

Je n’aime pas me souvenir de ces journées.

Je ferme le journal. En vérité, je le lâche comme si j’avais touché par mégarde un crotale.

Même aujourd’hui – aujourd’hui que tout est terminé –, un frisson glacé s’est emparé de moi.

Je sens que je ne suis pas encore prête pour détruire mon témoignage.

Mon regard erre à travers la porte-fenêtre de la bibliothèque.

Dehors, les premiers signes annonciateurs du printemps.

J’éprouve soudain un sentiment de calme serein. Dehors tout renaît.

Moi aussi, j’ai le sentiment de renaître après la terrible épreuve que je viens de traverser. Mon regard revient au journal posé devant moi sur le bureau.

Comme si ce sacré journal exerçait sur moi une attirance irrésistible ; comme si des chaînes me reliaient toujours à mon passé.

Aujourd’hui, je me sens encore incapable de jeter mon passé aux orties.

Et pourtant j’y parviendrai. Juré !

Mon passé sera bientôt une période préhistorique dont j’ignore tout.

Le retour en arrière ne sera plus possible.

Le présent sera alors ma raison de vivre.

Le présent, c’est la vie paisible ici à El Capitán ; le chant des vaguelettes venant mourir sur le sable de la petite plage en bas des rochers de Bella Riva : les jours tranquilles sous le soleil californien.

Ce que Ben disait autrefois me revient en mémoire :

« Le passé est une partie de nous-mêmes. Quoi que nous fassions, il est impossible de nous en défaire. Le passé ne nous lâche jamais. Celui qui pense le contraire est piqué par la tarentule de l’illusion. C’est pire quand le passé est une montagne de mauvais souvenirs. Nous les traînons avec nous comme des boulets aux pieds. Le passé est un boomerang, il revient toujours ».

Non, non, le pauvre Ben avait tort.

Le passé et le présent ne sont pas indissolublement liés.

Je pousse un soupir.

Je retournerai maintenant une dernière fois en arrière.

Une toute dernière fois.

Ce sera ma catharsis.

2

Tout avait commencé en cette soirée de prin­-temps.

Si Ashlyn et moi n’avions pas décidé de flâner dans les rues de Santa Barbara, je n’aurais jamais fait la connaissance de Frank.

Je me demande si c’est cela le destin. Être au bon endroit au bon moment. Être au mauvais moment au mauvais endroit, tu es prise dans une fusillade et tu laisses ta vie…

Ashlyn est mon avocate et surtout mon amie.

Nous étions attablées à la terrasse d’un café.

— Tiens, dit-elle, voilà Frank.

J’ai suivi son regard. Un homme grand, mince, environ trente-cinq ans.

— Tu veux que je l’appelle à notre table ?

Je n’ai pas hésité.

— Ma foi, il n’a pas l’air mal du tout. Qui est-ce ?

— Frank Deveraux. Il est professeur à Berkeley. Il enseigne la criminologie.

Elle eut un petit gloussement.

— Si tu imagines un criminologue en homme sombre, ombrageux, maigre comme un rat, il n’a pas l’air de l’emploi.

— Quelle drôle d’idée ! Tu décris un croque-mort, ai-je dit à Ashlyn. Cet homme n’est sûrement pas un croque-mort. Dis-moi, comment le connais-tu ?

— J’ai suivi quelques-uns de ses cours.

— Ah bon, tu as un diplôme en criminologie ?

— Non, Jessie. Certains de ses cours m’intéressaient.

— Il doit y avoir des étudiantes qui se pâment pour lui…

— Ça se pourrait, dit-elle.

Je lui lançai un regard goguenard. Elle secoua la tête.

— Non, Jessie, tu te goures. Je n’avais que la criminologie en tête en suivant ses cours.

— Vrai ?

— Oui.

Entretemps, Frank Deveraux s’était approché et Ashlyn lui fit signe. Il vint à notre table.

Ashlyn fit les présentations.

Son regard bleu se posa sur moi. Il sourit.

— Si vous aviez été une de mes étudiantes, je vous aurais sans doute remarqué, dit-il.

Au cours des dernières semaines, je n’avais plus si souvent pensé à Ben.

Quelque chose était en train de se passer en moi. La fin du deuil approchait-elle ? Je n’en étais pas encore certaine. Dix-huit mois et demi se sont écoulés depuis ce jour fatal. Dix-huit longs mois de novembre, longs et tristes à mourir.

« Si jamais il m’arrivait quelque chose, m’avait-il dit, ne t’emmure pas dans le passé. La vie continuera.

— Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

— Un de mes compagnons de fac nous a quittés hier.

— Que lui est-il arrivé ?

— Il s’est levé de table… Et est tombé raide mort. Une attaque foudroyante… Les voies du destin sont imprévisibles. »

Vingt-sept jours après, Ben a été fauché par un chauffard. Sur un passage pour piétons.

Il était mort à son arrivée à l’hôpital.

Nous étions mariés depuis onze mois.

Jusqu’à ce jour, le chauffard meurtrier n’avait pas encore été retrouvé.

« Vous venez souvent ici ? a dit Frank au moment de nous séparer.

— Toutes les semaines », a répondu Ashlyn.

Le regard de Frank s’était posé sur moi.

« T’as une touche, ma belle », m’a soufflé Ashlyn quand Frank s’est éloigné.

Cela devait être exact puisque la semaine suivante, nous étions à peine installées à notre table que Frank s’est pointé.

J’avais l’impression qu’il avait guetté notre arrivée. Et je n’avais pas tort. Il me l’a avoué par la suite.

Même scénario la semaine suivante.

Puis il m’a invitée à El Capitán.

3

Situé dans la vallée de l’Ojai, le rancho El Capitán est cerné de plantations de vignes.

La vallée de l’Ojai est une région féerique près de Santa Barbara dans le comté de Ventura. Tout y est bucolique : lacs, forêts, chutes d’eau, sources d’eau chaude. À l’arrière-plan les monts Topatopa. La mer aussi est toute proche.

Ojai signifie « nid » dans la langue des Indiens Chumashs, qui vivaient principalement le long de la côte californienne près des villes actuelles de Santa Barbara et de Ventura. La vallée était le nid des Chumashs. Eux savaient donner un nom enchanteur à l’endroit où ils vivaient.

Est-ce qu’Ojai serait aussi mon nid à moi ?

Quand nous nous sommes rendus en voiture au rancho El Capitán, Frank m’a dit :

« Ceci est le territoire des Indiens Chumashs, un de ces peuples autochtones qui vivaient depuis longtemps, longtemps, longtemps, depuis des millénaires, environ neuf mille ans, le long des côtes de la Californie. »

J’ai regardé Frank d’un air narquois.

« Ils disent d’eux-mêmes qu’ils sont le peuple de l’océan.

— Ah, tu as entendu parler des Chumashs.

— Oui.

— Si je te parle d’eux, c’est pour une raison bien précise.

— Je suis curieuse de savoir pourquoi.

— Tu feras maintenant la connaissance d’Indiens Chumashs. Mais ils ne vivaient pas seulement de la pêche – ils pêchaient en haute mer des dauphins, des loutres de mer et des phoques – mais aussi de la chasse et de la cueillette de fruits et de glands.

— J’ai entendu parler de ces lieux qui ont des origines chumash, dis-je. J’ai même entendu dire que Bella Riva aurait des origines chumash.

— C’est possible. Ce n’est pas loin de Santa Barbara et des montagnes Santa Inez, dit Frank. Mais tu n’es pas une Chumash. Ça c’est sûr. »

J’ai rigolé.

« Comment peux-tu être certain que je n’ai pas des origines chumash ?

— Tu n’as pas de traits chumash, Jessica. En tout cas, Maria Felicia et Semu sont d’authentiques descendants des Indiens Chumashs. Semu dit que son grand-père a étémedecinemanet son père, qui a près de quatre-vingt-dix ans, estmaster stories teller.Tu veux que je continue ? Nous serons au rancho dans quelques minutes.

— Vas-y, continue.

— Maria Felicia et Semu sont d’une extrême gentillesse, dit Frank. Je les ai pour ainsi dire reçus en prime.

— Reçus en prime ? Comment ça ?

— Quand j’ai acheté El Capitán, le précédent propriétaire les avait à son service et je les ai simplement repris. Un coup de chance. Tu verras, le couple est un joyau. Et ce sont des chefs.

— Des chefs ? Tu veux dire que ce sont des chefs de leur tribu ?

— Oui, deschiefs », a confirmé Frank.

Je l’ai regardé avec étonnement.

« Tous les deux ?

— Mais oui.

— Donc la femme aussi.

— Bien entendu. Cela semble beaucoup t’étonner.

— Effectivement.

— Il faut savoir que leur société était hautement hiérarchisée et qu’ils connaissaient la division des tâches. Aux hommes, la pêche et la chasse, aux femmes, la cueillette des plantes comestibles, la fabrication des paniers et des bijoux en coquillages. Et les femmes pouvaient aussi devenir chef de tribu. Et puis, ils excellent à faire le commerce. Ils sont les maîtres du jeu. » 

J’ai compris cela tout de suite.

La route de Santa Barbara. Le casino des Chumashs.

« Je sais, ai-je dit. Leur casino. »

Un coup d’œil narquois de Frank.

« Ne me dis pas maintenant que tu es une joueuse impénitente.

— Non, pas ça, mais j’avoue que j’y ai déjà joué. Comme le font des milliers de Californiens chaque jour.

— Ça alors !

— À t’entendre, on dirait que j’ai commis un crime.

— Black Jack ou les machines à sous ?

— Les machines à sous. »

Frank se contenta de sourire.

Mon « crime » ne doit donc pas être bien grave. Un péché véniel.

C’est un gigantesque complexe niché au cœur de la vallée de Santa Inez comprenant casino, hôtel, restaurants, Spa et une salle de concert. Le divertissement des visiteurs est assuré, il y avait même des combats de boxe. Les visiteurs y trouvent leur compte et les Chumashs aussi.

Je me vois parcourir les salles de jeux, immenses, c’est à s’y perdre. La moquette que je foule est épaisse, en grenat et or.

Pour moi, le casino n’a qu’un seul défaut. L’odeur des cigarettes et des cigares qui flotte dans toutes les salles me donne la nausée. Ce qui fait que je ne m’y attarde pas longtemps.

Mon amie Ashlyn m’a expliqué que les lois de l’État de Californie et du gouvernement fédéral ne sont pas applicables dans les réserves indiennes. Elles ont le droit d’exploitation des jeux d’argent, d’y mettre en place leur propre législation et bénéficient d’une fiscalité favorable.

Mais je suis contente pour les Chumashs qu’ils aient trouvé ce filon comme source de revenus. Un filon intarissable qui leur permettrait d’assurer la survie de leur culture pour leurs générations à venir.

J’ai pris place devant une machine à sous. Quand j’ai perdu cent dollars, je pense avoir versé mon obole, je cesse de jouer et je quitte le casino.

Avant d’en arriver là, les Indiens Chumashs ont eux aussi, comme tous les Indiens, traversé leur chemin de croix.

Des deux côtés du chemin de terre que nous empruntons, il y a des plantations de vigne et des orangeraies.

« Nous sommes arrivés à El Capitán, a dit Frank.

— Alors El Capitán produit aussi du vin ?

— Oui, rit Frank, et figure toi qu’il est excellent. À vrai dire, Semu est le sorcier producteur. Je ne me pare pas des plumes du paon. Semu veille sur le vignoble comme sur la prunelle de ses yeux. Il ne boit que deux sortes de vin : le nôtre et un vin de vignobles chumash. »

Quelques instants plus tard, nous sommes passés près d’une maison basse entourée de fleurs.

« C’est là qu’habitent Maria Felicia et Semu, dit Frank.

— Ils croulent sous les fleurs.

— Oui, ils raffolent des fleurs. »

Frank a freiné et arrêté la voiture.

À côté de la maison, j’ai aperçu une hutte ronde et une sorte de kayak.

« La maison ne me paraît pas si petite.

— Elle ne l‘est pas. Il y a une demi-douzaine de chambres, la cave et le cellier. Maria Felicia et Semu disent qu’elle est aussi un nid, tout comme le rancho.

— À côté de la maison, je vois une de ces huttes rondes et une embarcation, ai-je dit. Je sais qu’ils habitaient dans de pareilles huttes rondes et qu’avec ces embarcations ils allaient pêcher en haute mer. Le nom m’échappe.

— C’est un tomolo, a dit Frank. Il est fabriqué avec des planches de bois cousues ensemble et du goudron les rend étanches. Ils ramaient très loin avec leurs tomolos. Semu dit que ses ancêtres allaient jusqu’en Polynésie et cela dès avant notre ère.

— Était-ce un peuple pacifiste ?

— Ils étaient connus comme pacifiques.

— J’ai horreur des peuples qui imposent leur loi aux autres et qui les mettent en esclavage.

— Moi aussi, a dit Frank en remettant le moteur en marche.

— C’est encore loin ?

— Non, le rancho se trouve à cinq cents mètres. Et jusqu’à l’océan, il y a à peine dix minutes de marche à pied. »

Quelques instants après, nous sommes arrivés au portail en bois qui porte l’inscription :

Rancho El Capitán

1888.

« Voilà, nous y sommes, dit Frank. Bienvenue à El Capitán, Jessie. »

Il est descendu pour ouvrir le portail.

Une hacienda de style hispanique s’est offerte à mes yeux.

« Ma première impression est qu’El Capitán pourrait tout aussi bien être situé au Nouveau Mexique ou au Mexique, ai-je remarqué.

— Je le préfère ici. Car si le rancho n’était pas situé ici, je n’aurais pas pu te prendre dans mes filets.

— Alors prenez garde, monsieur, que votre proie ne vous glisse entre les pattes. »

Nous avons rigolé tous les deux en entrant dans l’hacienda.

Maria Felicia m’a accueillie dans le patio avec un énorme bouquet de roses rouges. Elle savait donc que j’adore les roses. Frank le lui a sans doute soufflé.

Frank a fait les présentations.

« Bienvenue àEl Capitán, Miss Jessica. Nous vous souhaitons tout le bonheur possible. »

Elle avait des cheveux de jais, noir corbeau. Lui une chevelure de neige qui lui tombait sur les épaules. Tous les deux la soixantaine entamée.

« Merci à vous. Vous êtes si gentils tous les deux. »

Maria Felicia est à peine parvenue à maîtriser son émotion.

« Vous dînez ce soir ici. Je vous ai préparé une petite surprise. Vous devez me promettre de ne pas venir fourrer votre nez dans la cuisine.

— Juré, ai-je dit en souriant.

— Tout sera prêt pour vingt heures. Cela vous convient ?

— C’est parfait, a dit Frank. Cela nous laissera le temps de parcourir l’hacienda. Et nous pourrons même encore descendra à la plage. »

Frank a fait avec moi le tour du propriétaire. L’hacienda était splendide.

« Pour unEl Capitánviejo, né en 1888, il se porte encore à merveille.

— Tu as raison,El Capitán viejoa encore bon pied bon œil.

— Et il ne semble pas non plus avoir de soucis financiers.

— Il n’est pas Crésus.

— Encore heureux, sinon il aurait passé l’arme à gauche depuis bien longtemps.

— Bien contré, Jessica », s’est exclamé Frank.

Quand nous avons fini le tour de l’hacienda, Frank a dit :

« Nous allons maintenant descendre à la plage.

— En voiture ?

— Non, c’est à dix minutes à pied. »

Quand nous sommes arrivés près de l’océan, j’ai aperçu un yacht qui y était amarré.

« El Capitán s’étend jusqu’ici ?

— Oui.

— Alors le yacht…

— En fait partie. »

Je n’ai pas pu cacher mon étonnement.

« Alors Crésus vit quand même toujours.

— Il est mort depuis longtemps.

— Où allons-nous en voyage de noces, Frank ?»

La mine énigmatique de Frank.

« C’est un secret.

— Gare à toi, si tu me déçois…

— Destination inconnue…

— Le mauvais choix de la destination du voyage de noces, est-ce une cause de divorce ?»

Frank n’a pipé mot.

« Si tu m’emmènes en Sibérie, je me rebiffe. J’ai horreur du froid, je suis une Californienne de vieille souche.

— Moi aussi, je n’aime pas le froid, tu n’as rien à craindre. Mais je ne dirai pas plus maintenant. »

Où m’emmènerait-il ? En Europe ? À la Côte d’Azur ? Cannes, Nice, Monte-Carlo ? Je n’y suis encore jamais allée.

J’ai regardé le yacht. Sur la coque d’une blancheur immaculée est inscrit en lettres bleu foncé Cormoran. Frank adore sans doute le bateau, ai-je pensé. Pourrait-il s’en passer ? Même pour une semaine seulement ? Non, ce sont les Caraïbes. Nous partirons pour une croisière dans les Caraïbes.

« Les Caraïbes, je parie. Je suis même prête à mettre ma main au feu. »

Frank a continué de sourire sans répondre.

« Je pose seulement une condition. Nous serons à trois. »

Frank a eu un froncement de sourcil.

« Toi, moi… et… Lara.

— D’accord, dit Frank.

— Cormoran, c’est un beau nom.

— Oui, mais j’aurais pu aussi l’appeler Chumash.

— D’après ce que je viens d’apprendre sur ces Indiens, cela m’aurait aussi plu.

— J’avais envisagé un moment de le baptiser L’albatros. »

Puis il a commencé par déclamer :

« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur des gouffres amers. »

J’ai regardé Frank et je lui ai dit :

« Un poème. Suis-je censée savoir de qui il est ?

— Pas du tout, Jessie. Il est de Charles Baudelaire, un auteur français du dix-neuvième siècle. L’albatros symbolise le poète qui est incompris des hommes et exclu de la société. Je ne me suis pas décidé pour l’albatros mais pour le cormoran. En somme, je me suis décidé pour un superbe oiseau. »

Nous sommes montés à bord du Cormoran.

Émerveillée, j’ai eu un coup de cœur pour le yacht.

« Tu m’as menti, Frank.

— Je t’ai menti ?

— Mais oui. Je ne pense pas que ce soit un bateau d’occasion.

— Si, mais il est quasi neuf. Il n’a que trois ans d’âge. C’était un modèle d’exposition.

— Je continue à prétendre que tu es Crésus.

— Et moi je persiste et signe que je ne le suis pas.

— En tout cas, tu n’as pas de soucis financiers, cela au moins est certain. »

Il avait vendu la villa Paradiso de Saint-Jean-Cap-Ferrat avant son départ pour la Californie.

À dix-neuf heures et demie, nous avons été de retour à l’hacienda.

« Ne sommes-nous pas trop en avance ? a demandé Frank à Maria Felicia.

— Tout est prêt, j’espère que vous avez faim. »

La table était dressée près de la piscine.

Semu nous servit avec le style d’un maître d’hôtel de grand palace.

Le dîner était exquis. Au menuclam chowder, une délicieuse chaudrée de palourdes et des homards.

« Où as-tu déniché ces deux perles rares ? ai-je demandé à Frank. J’espère que tu les as engagés à vie.

— Monsieur Frank nous a aidés quand nous étions dans le besoin, a dit Maria Felicia. Nous lui en sommes reconnaissants. Monsieur Frank est un homme tellement généreux. Jamais nous n’oublierons ce qu’il fait pour nous. »

J’ai cru vivre un conte de fées.

J’ai oublié Ben, ai-je soudain pensé. Oublié ? Non, mais depuis cinq ou six jours, je n’ai plus pensé à Ben. Cela ne m’est pas encore arrivé. Est-ce que le souvenir de Ben s‘estompe définitivement ?

Mes blessures vont-elles se fermer maintenant ?

Un peu plus tard, un sombre pressentiment m’a brusquement reprise.

Je suis si heureuse. Un bonheur pareil ne peut durer. Jusqu’à quand se prolongera-t-il ? À quand la grosse tuile ?

Puis j’ai essayé de chasser cette pensée cancéreuse.

Frank s’en est aperçu.

« Pourquoi as-tu soudain l’air si triste ? »

Je me suis esquivée.

« J’ai eu peur.

— Pourquoi ?

— Rien de précis, Frank. Je ne sais pas. »

Heureusement, Frank n’a pas insisté.

Après le dîner, nous sommes redescendus à la plage.

La nuit tombait. L’horizon s’embrasait. La mer prenait une couleur turquoise.

Frank m’a prise dans ses bras en me soufflant :

« Tu n’as pas de mouron à te faire, ma chérie. Rien ne ternira notre bonheur. Ton chemin de croix est terminé. »

En parlant de la fin de mon chemin de croix, Frank pensait sans doute à ce que j’avais enduré après la mort de Ben.

Mais il se trompait lourdement.

Un calvaire d’autant plus traumatisant était sur le point de commencer.

4

Via Crucis.

Cela rappelait toujours à Frank qu’il avait dû monter le chemin du calvaire.

Chacun avait droit à son chemin de croix, il en était convaincu.

Toi, moi, Jessica, les Chumashs.

Les ancêtres de Maria Felicia et de Semu avaient parcouru leur chemin de croix.

Ilsvivaient heureux le long de la côte sud de la Californie et sur les îles voisines de Santa Barbara. Depuis combien de millénaires ? Personne ne savait le dire au juste. Depuis le début de notre ère ? L’arrière-grand-père de Semu avait toujours dit que les dessins de leurs ancêtres retrouvés dans les grottes remontaient à beaucoup plus loin. Dans la préhistoire. Peut-être huit mille, neuf mille années. Peut-être qu’il avait raison, peut-être qu’il avait tort.

Et puis, quatre siècles plus tôt, leurs malheurs avaient commencé.

Eux aussi avaient dû traverser leur vallée aux larmes.

Les Espagnols avaient débarqué… et les mirent en esclavage.

Les missionnaires étaient venus pour leur faire abjurer leurs dieux et leur apporter la vraie foi. La croix et la foi. Ce fut un malheur pour eux. Ces missionnaires apportèrent de nouvelles maladies inconnues qui causèrent une hécatombe de décès parmi eux.

Les chercheurs d’or de tous poils s’étaient abattus sur leurs terres comme des rapaces et les forcèrent à trimer dans les mines comme des esclaves.

Les colons américains étaient venus pour les chasser de leurs terres… et les exterminer. Ils les traquèrent comme du gibier de potence. D’après eux, seul un Indien mort, de quelque tribu qu’il fût, était un bon Indien.

Moi aussi, j’ai eu droit à mon chemin de croix et je l’ai parcouru, pensa Frank. Il a duré sept ans.

Combien de stations comportait-il ?

Il se souvenait qu’à l’origine, la liturgie du Vendredi saint comportait sept stations de Croix.

Puis au fil des siècles, le nombre des stations avait varié.

Johann Friedrich Overbeck en a peint douze en aquarelle.

Combien en comportait laVia Crucisde Franz Liszt ?

Il ne s’en souvenait plus. Et d‘ailleurs, peu importait !

Mon chemin de croix à moi était sans stations.

Il n’y avait ni prière, ni réflexion, ni pénitence.

Ni prière : au plus fort de la tourmente, je n’ai pas imploré Dieu.

Ni réflexion : je n’ai pas réfléchi au sens chrétien de la vie.

Ni pénitence : si je suis innocent, à quoi sert alors la pénitence ? Si je suis coupable, pas de regrets non plus !

Ce n’étaient que des jours et des nuits… Des heures et des heures… Des minutes et des minutes de souffrance. Et encore de souffrance. Une éternité de souffrance.

Ce calvaire aussi était terminé aujourd’hui.

Comme celui de Jessica.

5

Ginger est venue à Bella Riva. Ginger est mon amie depuis belle lurette.

« Tu rayonnes, Jessie, s’est-elle exclamée, tu t’épanouis comme une rose. »

Nous nous sommes tombées dans les bras.

« Comment cela a été à Rio ? »

Frank et moi, nous venions de retourner d’une semaine passée à Rio. Frank m’avait amenée à un congrès.

« Le paradis.

— Mon Dieu, rien que ça ? rit Ginger. Rien n’a terni le ciel bleu brésilien ?

— Pas le moindre nuage. »

À ce moment-là, elle aperçut Lara.

« C’est qui, ce coco ?

— Lara, un cadeau de Frank. Nous l’avons ramené du Brésil.

— Il est magnifique. Au fait, « il » ou « elle » ?

— « Il », un ara.

— Ah, Lara est un ara, l’ara Lara, un monsieur au beau plumage qui a conquis mon cœur à la hussarde. »

Elle pouffa.

« Je parle toujours de Lara, Jessie, pas de Frank.

— Je t’arrache les cheveux si tu essaies de mettre ton grappin sur Frank.

— Ne crains rien, Jessie. Rassure-toi. Je n’ai pas l’intention de te voler Frank. Et tu n’as pas besoin d’aller au Brésil pour voir un coin de paradis. Ceci aussi en est un. Et si on nageait dans la piscine ? »

En quelques instants, elle était toute nue, dévala la pente en contrebas et plongea dans la piscine en forme de lagon.

« Viens, Jessie, viens vite ! L’eau est délicieuse, s’écria-t-elle. Viens et pas de fausse pudeur ! Nous ne sommes pas des Lesbos, nous deux. »

Je lui souris, je laissai glisser ma culotte, dégrafai mon soutien-gorge. Elle avait raison.

« Il n’y a pas de témoin ici, dit-elle quand je l’ai rejointe. Sauf Lara. Et lui se rince l’œil, le veinard. Il t’a déjà vue à poil ? Tu l’emmènes dans la chambre à coucher, dis-moi ?

— Garce ! »

Plus tard, quand nous nous laissions sécher au soleil sur les matelas, elle dit :

« Je me suis disputée avec Matt hier soir.

— À quel propos ?

— Oh, une bêtise. Ce connard avait le culot de me dire que je ne foutais rien. Cela m’a fait monter la moutarde au nez. Lui, qui depuis la faillite de son employeur, ne s’empresse nullement de rechercher un nouvel emploi. »

Je lançai un regard goguenard à Ginger.

« Je sais, il vit à mes crochets et ce qui est pire : il commence à me tyranniser.

— Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?Cinq mois, six mois ?

— La semaine prochaine, ça fera six mois.

— Ta date limite. Que vas-tu faire ?

— Je le plaque », dit-elle avec de la détermination dans la voix.

« Ta décision est déjà prise ?

— Oui et elle est irrévocable. Matt n’est pas encore l’homme de ma vie. Je le plaquerai sans amertume et sans regret. Le jour où une de mes relations dépasse six mois, l’affaire devient sérieuse. La bague au doigt, ce n’est pas encore pour cette fois-ci. Viendra le jour où je tomberai sur un mec qui ne tente pas de m’exploiter. Je crois que j’ai commis une bourde de taille. Pourquoi diable n’ai-je pas pris Frank dans ma nasse ?

— Trop tard, ma belle.

— Il n’est jamais trop tard pour réparer une erreur.

— Tu es décidément une vraie salope. »

Nous nous esclaffâmes.

La nuit tombait quand elle partit.

Je suis restée un long moment sur la petite terrasse à regarder les ombres des platanes s’allonger.

La maison aussi est toute petite. Elle comporte seulement cuisine, salon, une chambre à coucher et ni cave ni grenier. Mais il y a une superbe piscine et une grandiose vue sur la mer.

La question était de savoir où nous allions habiter. La vallée de l’Ojai ? Bella Riva ?

Vous comprenez que je n’étais pas prête pour abandonner Bella Riva. Frank ne m’avait d’ailleurs pas demandé de le faire. Nous avions convenu une espèce d’arrangement.

Frank aimait tellement Ojai que je ne pouvais exiger de lui de quitter son « nid ».

Et moi, je m’étais attachée à Bella Riva. Il ne faut s’attacher à rien dans la vie, dit-on. Tant pis si c’était une erreur de s’attacher à des pierres !

En tout cas, moi aussi je n’ai pas eu à renoncer à ma maisonnette de Bella Riva.

Les jours où Frank est en voyage, je me retire dans ma coquille de Bella Riva. Les autres jours, nous sommes ensemble à Ojai. Ainsi, personne d’entre nous n’a à délaisser ce qu’il aime.

Près de moi, Lara parlait :

« Gingerrr… salope… Gingerrr… garrrce ! »

Un silence. Lara me regardait.

« Jessie… nasss… Jessie… nasss !

— Toi, mon beau, tu es un sacré coquin », lui ai-je dit.

Dans quelques jours, les commentaires de mon perroquet ne me feraient plus rire du tout. Je ne pouvais évidemment pas le prévoir.

Je m’assoupis et commençai à rêver.

Un parc à la végétation luxurieuse, tropicale.

Je suis un sentier. La végétation est dense, une jungle.

Où suis-je ? Je sens l’odeur de la mer proche. Suis-je dans une île des Caraïbes ?

Le sentier plonge maintenant dans la pénombre.

Les couronnes des palmiers ne laissent plus passer les rayons de soleil. Il fait une chaleur torride. Des deux côtés du sentier, la végétation est devenue impénétrable, un rempart.

J’entends une voix.

Je me retourne.

Il n’y a personne. Je suis seule.

La voix provient des buissons.

D’abord ce n’est qu’un murmure, maintenant elle devient distinctement audible.

« Alexia » …

J’arrête de marcher.

« Alexia ! »

Je ne reconnais pas la voix.

« Que me voulez-vous ? »

J’obtiens un ricanement pour toute réponse.

« Que me voulez-vous ? »

Pas de réponse.

Je continue de marcher plus vite.

« Alexia !! »