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Et si le futur proche n'était pas un long fleuve tranquille ?
Et si les admirables initiatives de
Demain n'étaient pas suffisantes ?
Né en 1963, Charles Chabrolles est élu Président de la République française en 2022. Une explosion nucléaire en Antarctique place les hommes politiques et les consommateurs devant leurs responsabilités. Le Président Chabrolles est confronté à des troubles climatiques, sécuritaires et économiques. En 2027, l’Elysée est brièvement pris d’assaut.
Depuis sa retraite à Banon dans les Alpes de Haute-Provence, le Président Chabrolles observe la vie de ses contemporains de 2027 à 2046 : politique, éducation, économie, loisirs, violence, migrants…
Sous sa plume alerte, parfois cynique ou désabusée, le Président Chabrolles décrit les dérives d’un monde en quête d’équilibre.
Ses dernières paroles, en 2047, furent « Honte à ma génération ».
À travers l’autobiographie d’un ancien Président de la République écrite en 2046, cette fiction romancée nous donne une vision sans concession, parfois terrifiante, de nos trois prochaines décennies. Non pas par sensationnalisme mais pour faire prendre conscience que, si rien ne bouge réellement, notre avenir pourrait être surprenant. Chacun de nous peut agir aujourd’hui pour que cette histoire ne devienne pas la nôtre demain. Le débat est lancé. Y participer s’apparente à un devoir civique.
Un roman de science-fiction interpellant qui imagine la dérive de l'humanité au cours des prochaines années. À lire absolument !
EXTRAIT
Je m’appelle Charles Chabrolles et je suis né en 1963. A 83 ans, je vis retiré du monde dans une bergerie près de Banon dans les Alpes de Haute-Provence.
Si j’ai décidé aujourd’hui d’écrire ces quelques pages, ce n’est pas pour tuer le temps, par esprit de lucre ou par pur plaisir littéraire. C’est pour laisser un témoignage aux générations futures, ne pouvant hélas le faire aux générations qui m’ont précédé.
N’y voyez pas un recueil de doléances, de critiques ou de conseils. Ayant été le témoin privilégié de tant d’erreurs de jugement, de mauvaise foi et de manque de courage, je veux simplement rembobiner le film de ces 50 dernières années et tenter de comprendre.
Ai-je moi aussi failli ?
J’ai été Président de la République pendant cinq ans de 2022 à 2027 et je n’ai pu inverser le cours des événements.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Surconsommation, gaspillage, destruction de la nature, éducation... mais aussi lobbying et spéculation... Autant de défis qui s'imposent à tous. L'auteur nous interpelle afin que chacun en prenne conscience et agisse pour que cette histoire ne devienne pas la nôtre. -
Argali, Babelio
Histoire passionnante, très bien écrite avec des phrases percutantes et qui nous oblige, nous les hommes, à une prise de conscience de nos actions par rapport à la planète. -
Shabanou, Babelio
Une façon originale d'évoquer la question environnementale. La plume est très agréable et souvent cynique : Denis Ralet nous fait prendre conscience qu'il est déjà tard mais que l'on peut encore changer des choses.
- Nathavh, Babelio
À PROPOS DE L'AUTEUR
Créateur passionné,
Denis Ralet baigne dans le monde de l’édition depuis de nombreuses années. Il a notamment lancé les magazines
Media Marketing et le
Moniteur de l’Environnement devenu
Nature & Loisirs, le jeu de société
Dalton City qui a obtenu le prix du meilleur jeu belge de l’année 1999, le guide de restaurants
Belga Planet…
Diplômé de l’Ichec et homme de communication, Denis Ralet a dans ses cartons plusieurs projets d’édition. Avec
Le Cauchemar du Président, il entame avec brio sa carrière d’auteur.
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Seitenzahl: 239
Veröffentlichungsjahr: 2017
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ALucas, Chloé, John, Alexandra, Abdel, Yasmine, Fabricio, Maria, Amadou, Badia, Dimitri, Valerya, Kiu, Zhao, Chandrak, Ourmilaet à tous les enfants du monde.
Je m’appelle Charles Chabrolles et je suis né en 1963.
A 83 ans, je vis retiré du monde dans une bergerie près de Banon dans les Alpes de Haute-Provence.
Si j’ai décidé aujourd’hui d’écrire ces quelques pages, ce n’est pas pour tuer le temps, par esprit de lucre ou par pur plaisir littéraire. C’est pour laisser un témoignage aux générations futures, ne pouvant hélas le faire aux générations qui m’ont précédé.
N’y voyez pas un recueil de doléances, de critiques ou de conseils. Ayant été le témoin privilégié de tant d’erreurs de jugement, de mauvaise foi et de manque de courage, je veux simplement rembobiner le film de ces 50 dernières années et tenter de comprendre.
Ai-je moi aussi failli ?
J’ai été Président de la République pendant cinq ans de 2022 à 2027 et je n’ai pu inverser le cours des événements.
Que s’est-il passé durant ces dernières décennies ?
Comment nos pays occidentaux riches et démocratiques ont-ils basculé dans un monde fermé, conditionné par l’égoïsme et la violence ?
Pourquoi avons-nous laissé notre environnement se dégrader jusqu’à un point de non-retour ?
Voici mon histoire, mais en réalité, la nôtre.
Edouard et Marie-Thérèse, mes parents, ont déjà eu quatre enfants avant ma naissance. En bons catholiques, ils perpétuent avec conviction la tradition des familles nombreuses.
Ils se sont rencontrés à l’occasion d’un cours de danse organisé par quelques mères frustrées de la haute bourgeoisie de Nantes. Marie-Thérèse de Beaulieu est issue d’une famille désargentée de la petite noblesse provinciale. Edouard Chabrolles est ce qu’on appelle un beau parti : sa famille dispose de biens immobiliers et ce trentenaire est voué à reprendre prochainement l’étude notariale de son père.
Après une demande en mariage conforme à la tradition, gants blancs et baisemains aux futurs beaux-parents, mon père et ma mère vivent quelques années à Nantes. A la mort de mon grand-père paternel, ils s’installent dans le manoir familial La Rosière situé près de Sainte-Pazanne, joli village situé entre Nantes et la côte atlantique.
Mon père est un homme austère, passionné par son métier. Chez les Chabrolles, on est notaire de père en fils depuis des générations. Travailler est un devoir, gagner de l’argent une nécessité et le dépenser un acte culpabilisant et médiocre.
En ce 25 juin 1963, Edouard Chabrolles est légèrement anxieux. L’horloge de l’étude indique 13 heures. Il attend des nouvelles de son épouse Marie-Thérèse qui doit mettre au monde son cinquième enfant dans les heures qui viennent.
Il parcourt rapidement son journal. Les journalistes commentent l’ouverture du premier hyper-marché de France, quelle hérésie se dit-il, et le concert du 22 juin à la place de la Nation à Paris, quelle honte s’insurge-t-il.
Sans aucune promotion, ce concert gratuit organisé pour fêter le premier anniversaire du magazine Salut les Copains avait attiré 150.000 jeunes venus écouter l’idole des jeunes, un certain Johnny Halliday, un jeune hystérique dont chaque apparition provoque des bagarres et des destructions de matériel.
Dans quel monde vivons-nous, soupire lourdement Edouard. Et dire qu’il est question de réduire le service militaire à seulement 16 mois …
Edouard Chabrolles voue au Général de Gaulle une admiration sans bornes. Quand le Président avait rejeté au début de cette année 1963 la candidature du Royaume-Uni au Marché Commun, il avait applaudi des deux mains. Pourquoi changer un monde qui va bien pour une alternative hasardeuse ? La productivité augmente de 6% par an et les comptes du pays présentent un excédent budgétaire. Et puis ces Anglais sont si différents, ils roulent à gauche et boivent du thé toute la journée. Pour lui, le changement, s’il doit avoir lieu, doit être mesuré et progressif. Au rythme d’un notaire de province.
Sa secrétaire frappe à la porte de son bureau.
- Maître, Monsieur Pinot est arrivé.
- Merci Bernadette, faites-le patienter dans le salon vert.
Le salon vert est en réalité une pièce sans fenêtre, aux murs recouverts de boiseries sombres et d’une bibliothèque alignant de vieux codes civils. Au-dessus de la fausse cheminée, le tableau d’un ancêtre peu amène surveille le visiteur. Il y flotte une odeur âcre de renfermé, provenant de l’épaisse moquette, jadis verte. Cette antichambre conditionne le visiteur de l’étude : rigueur et lustre de la fonction, pérennité des lieux, savoir et statut du notaire.
Au moment où Edouard Chabrolles s’apprête à rejoindre son visiteur, son téléphone privé roucoule : la clinique lui apprend que son épouse est sur le point d’accoucher. Il quitte précipitamment l’étude, prend le volant de sa DS 19 noire et file rejoindre Marie-Thérèse à la clinique.
Je vois le jour ce 25 juin 1963 à la maternité de Nantes et je deviendrai Président de la République près de 60 ans plus tard, en mai 2022.
Fin juillet, toute la famille Chabrolles est réunie à La Rosière à l’occasion de mon baptême, une fête familiale de la plus haute importance.
Mes trois frères sont habillés à l’identique, culotte courte bleu marine et chemise blanche, et ma grande sœur Léa porte une robe à fleurs dont les motifs ressemblent étrangement aux tentures de la salle à manger.
Les peintures extérieures ont été remises à neuf et l’argenterie a été astiquée par Léontine, notre gouvernante. Albert, le mari de Léontine, à la fois chauffeur, jardinier et concierge, a fait des merveilles dans le parc centenaire.
Mon baptême est célébré dans l’imposante église Notre-Dame de Sainte-Pazanne, fierté du village. Tous les dimanches, ma famille au grand complet y assiste à une messe interminable. Entre deux jésusflexions, le prêtre récite phonétiquement par cœur une langue morte, le latin, et invoque le Messie, le Seigneur, le Christ, le Sauveur, Dieu le Père et autre Saint Esprit.
« Si vous oubliez vos prières, vous irez en enfer » semble clamer le prêtre du haut de la chaire.
Pour échapper à cet enfer rougeoyant jonché de pêcheurs agonisants, il est de bon ton de se confesser, agenouillé dans la pénombre du confessionnal, au curé le Père Decoux que les mauvaises langues du village appellent le Père Decouilles.
Ma mère, véritable grenouille de bénitier, se plie bien volontiers à cet exercice humiliant, d’autant plus qu’elle n’a pas grand-chose à se reprocher. Mon père, lui, est plus réticent. Trop de péchés inavouables ? En tout cas, il semble regretter le temps béni des indulgences, commerce très rentable pour l’église qui permettait aux plus fortunés de racheter leurs péchés.
L’année 1963 s’achève avec une autre naissance, celle du magazine Lui, magazine de charme qui suggère que les filles exhibées soient nues mais qui, hypocrisie du système, doit pouvoir prouver qu’elles ne le sont en réalité pas.
1963, c’est également l’année de naissance de Stéphane Bern, Laurent Ruquier et Brad Pitt.
Durant ces années 60, période bénie de croissance, le mot « chômage » est un gros mot. Le chômage frappe un pourcentage minime de la population, principalement le monde ouvrier. Une femme de notable ne travaille pas mais ne chôme pas.
La consommation bat son plein, on assiste à une frénésie d’achats. Chaque ménage veut acquérir son réfrigérateur, sa machine à laver et bien sûr sa voiture et sa maison. Personne n’imagine polluer en conduisant. Fumer est valorisé par des publicités. On ne parle pas de réchauffement climatique ou de couche d’ozone.
Ma prime enfance baigne dans un cocon insouciant, imperméable au monde extérieur. La télévision fait son apparition chez les Chabrolles en 1965 sous la pression de mes frères aînés. Pour mon père, la télé est une intrusion dans la sphère privée et une remise en cause du savoir et du pouvoir de l’autorité parentale. C’est l’abrutissement des masses, hypnotisées par cette lucarne tapageuse qui charrie inlassablement son lot d’incongruités.
Mon frère Quentin, de 12 ans mon aîné, m’a souvent parlé de ces fameuses « golden sixties ».
En France, quelques précurseurs osent braver les tabous d’une société conservatrice : Johnny, Eddy, Antoine …
En 1965, Courrèges lance la mini-jupe mais en 1972 Michel Polnareff sera condamné à une amende de 60.000 francs pour avoir montré ses fesses sur une affiche. Cherchez l’erreur.
En 1968, le groupe Pink Floyd donne un concert en France et croise Maurice Chevalier qui fait ses adieux à son public au théâtre des Champs-Elysées à Paris.
Deux mondes s’entrecroisent durant ces années 60, deux générations qui ne se comprennent plus.
Le monde des années noir et blanc d’après-guerre, dicté par l’autorité incontestable des parents et des professeurs. C’est l’éducation à sens unique : on reproduit le modèle sans accepter la moindre remise en question sous peine de punition ou de châtiment corporel.
Et le monde des années couleurs, revendiqué par une jeunesse contestatrice qui veut se libérer du joug aveugle de l’autorité. Cette jeunesse n’a pas connu la guerre et ses privations. Elle veut s’éclater, faire des excès, désobéir, jouir de la vie !
En mai 68, j’ai cinq ans et peu de souvenirs. Mes frères écoutent en cachette la radio qui relate les événements minute par minute. C’est la révolution ! Même des fils de notaires peuvent rêver de pavés et de barricades. Et crier, mais pas trop fort, le slogan iconoclaste bien connu Il est interdit d’interdire.
Fin 1968, la famille Chabrolles s’agrandit. Non pas par une sixième naissance, mais par l’adoption d’une petite Suzanna âgée de trois mois. Son histoire est édifiante.
La maman de Suzanna, une jolie suissesse de 17 ans dénommée Eva, tombe enceinte après une banale histoire d’amour. Mais en Suisse à cette époque, on ne badine pas avec la morale : dans cette société parfaite, une fille-mère est considérée comme une pestiférée que l’on doit punir, briser et enfermer.
Enceinte de trois mois, Eva est arrêtée par la police et internée le jour-même au pénitencier de Hindelbank en tant que « internée administrative » sans condamnation par un juge. Dans cette prison, se côtoient d’autres filles-mères et des détenues condamnées pour crimes. L’adolescente enceinte vit près de six mois dans une cellule de 8 m², méprisée par les détenues de droit commun et contrainte d’exécuter des corvées ménagères.
Juste après son accouchement, les médecins lui arrachent sa petite fille Suzanna, sans même la lui montrer. Eva n’aura jamais vu son bébé. Elle sera stérilisée comme une bête malfaisante et terminera sa vie dans une clinique psychiatrique. Toujours sans aucun jugement.
Au nom de la morale, pour le respect des valeurs de la société, pour le bien de cette jeune fille et pour qu’elle retrouve le droit chemin, des médecins ont décidé en toute impunité de la mettre au ban de la société.
Que faire du bébé, fruit immonde d’un acte honteux ?
Un placement discret dans une famille d’accueil bien-pensante, loin du lieu du forfait, est la solution idéale.
C’est ainsi que ma famille accueille la petite Suzanna, quelques jours avant Noël 1968.
*
Les années 70 s’écoulent paisiblement pour l’enfant que je suis, loin de la musique psychédélique modulée par la pédale wah-wah, des blondinettes en minishorts usés portant un t-shirt moulant « Faites l’amour, pas la guerre » et des hippies se ressourçant à Katmandou dans des effluves hallucinogènes.
Pour moi, le Flower power se limitera aux parterres de roses du parc et aux confitures de framboises de Léontine, ma nounou. Mon enfance est rythmée par la petite école de Sainte-Pazanne, les parties de cache-cache dans le manoir, les puzzles et les vacances à Noirmoutier où ma famille possède depuis le début du siècle une maison dans le Bois de la Chaise.
Et aussi par l’intarissable amitié de mon frère de lait, Jacques, dit Jacky, le fils de Léontine et Albert. De trois ans mon aîné, déluré et ne craignant rien ni personne, Jacky est mon compagnon de jeu, mon icône, mon Maître ès Bêtises.
Il m’apprend tout ce que les professeurs n’enseignent pas, autrement dit l’école de la vie. Grâce à lui, j’apprends à ne pas dire oui à tout, à ne pas prendre pour argent comptant tout ce que l’on m’affirme et à ne pas avoir de préjugés immuables.
C’est le roi des billes. Bien sûr il triche un peu, mais à ce niveau, c’est de l’art. Pris en flagrant délit, son incroyable culot et son talent de bonimenteur annihilent toutes mes tentatives de me faire justice.
Je fréquente également les amis de mes frères aînés. Je suis le Petit Gibus de la bande des grands, celui qu’on chasse par la porte et qui revient par la fenêtre. Les enfants veulent toujours se vieillir. Devenus adultes, ils trichent dans l’autre sens.
Un instituteur a dit de moi « Il est fort ce Chabrolles ! » sans que je ne comprenne le sens de ce compliment. Moitié moqueurs, moitié admiratifs, mes camarades me surnomment Chacha.
C’est l’époque où les garçons lisent des bandes dessinées et jouent aux petites voitures. Et les filles ? Probablement à la poupée, mais ne l’ai jamais vraiment su.
En 1975, j’ai 12 ans et je découvre la grande école, le lycée à Nantes. Le terroir et la tradition de mon enfance sont confrontés au choc d’une grande ville moderne et bruyante. C’est le temps des premières cigarettes, vantées par des publicités tabageuses, les premiers baisers volés et l’ivresse des soirées qui durent jusqu’au matin.
A l’approche de mes études universitaires, d’autres études n’étant pas envisageables, mon père m’encourage à entamer des études de Droit, menant à tout, c’est bien connu. Ou éventuellement des études commerciales, malgré les réticences de ma mère.
« La consommation est la mamelle de la prospérité » assène mon père pour rassurer son épouse.
Production et pollution ne riment pas encore.
Nous sommes en 1981. François Mitterrand devient Président de la République et un vent nouveau souffle sur la France.
Ne souhaitant ni marcher sur les traces de mon père ni le contrarier, je décide de prendre une année sabbatique pour découvrir le monde et choisir ma voie.
Pour le convaincre, je lui rappelle que les voyages forment la jeunesse. Grand amateur de dictons et de proverbes, mon père acquiesce, mais avec modération.
Et pour convaincre ma mère, je lui montre une liste, non exhaustive, d’adresses où son fils de 18 ans sera accueilli à bras ouverts, de New York à Bangkok en passant par Toronto. L’idée de cette liste bidon m’avait été soufflée par Jacky !
En Inde, j’ai une révélation qui va éclairer ma vie. Confronté à la terrible précarité des enfants de ce vaste pays dont la démographie explose, je décide de devenir médecin pour soigner les enfants.
Après de longues études à Nantes, je deviens pédiatre en 1990.
Jeune médecin, je suis sollicité pour une mission sanitaire dans les écoles de la ville. Mon bon sens et mon esprit de décision sont appréciés. Remarqué par les élus locaux du PRB, le Parti du Renouveau et du Bien-être, j’accepte de rejoindre ce parti en 1995. Sans véritable ambition politique, je pense simplement pouvoir agir plus efficacement au niveau médical grâce à ces nouveaux appuis.
Mon ascension est discrète mais réelle au sein du bureau local de Nantes. Sans m’en rendre compte, je rentre peu à peu dans l’implacable jeu politique du renvoi d’ascenseur. J’ai profité de quelques passe-droits administratifs, j’en paie à présent le prix. Poussé dans le dos, j’accepte de prendre de plus en plus de responsabilités au sein du parti.
Mon engagement reste un paradoxe.
Je suis fasciné par cette fonction publique, théâtre permanent se jouant sous le feu des projecteurs. Mais, à titre personnel, j’exècre le parisianisme des ténors politiques qui défient le monde à grands coups d’effets médiatiques, à l’image des toreros bariolés provoquant le taureau dans l’arène. J’aime que les médias apprécient mon action politique mais je ne recherche pas de reconnaissance publique en multipliant mes apparitions.
En 2002, je me présente aux élections législatives. Après une campagne rondement menée, je suis élu député. Ma vie professionnelle est partagée entre mon cabinet médical à Nantes et mon mandat de député à Paris. Je me rends fréquemment à Bruxelles pour rencontrer des élus européens sensibles à la cause que j’affectionne, la santé des enfants.
J’ai 39 ans. Je n’ai pas encore eu le temps de me marier mais les choses vont s’accélérer. Au cours d’un séjour à Bruxelles, en décembre 2002, je fais la connaissance de Rosetta Zamora dans un restaurant bruxellois, le ‘t Misverstand, mot flamand traduisible par « Le Malentendu ». Une prémonition.
Je suis accompagné d’un ami journaliste belge. A la table voisine, deux jeunes filles d’une vingtaine d’années devisent joyeusement dans un français approximatif. Manifestement deux étudiantes, l’une d’origine espagnole, l’autre roumaine ou polonaise.
Leur conversation porte sur les noms étranges des plats belges présents sur la carte : stoemp, waterzooi, ballekes et autres carbonnades flamandes. Devant leur ignorance, mon ami ne peut s’empêcher d’intervenir.
- Mesdemoiselles, si vous voulez un conseil concernant la gastronomie belge, n’hésitez pas …
- Merci ! Vous pouvez nous aider à choisir le dessert !
- Je vous suggère le sorbet au spéculoos ou à la Kriek. Le spéculoos est un biscuit que l’on offre aux enfants à la fête de St-Nicolas et la Kriek est une bière belge aux cerises. Qu’en penses-tu Charles ?
Charles ne pense plus…
Je suis tétanisé par cette jeune fille qui me fait face, bien plus jeune que moi, mais apparemment dotée d’un tempérament vif et réactif. Et je ne suis pas insensible à ses charmes à peine dissimulés.
- Et si on allait boire cette Kriek ? Je vous invite à l’Imaige Nostre-Dame, un petit estaminet typiquement bruxellois ! lance mon ami journaliste.
C’est ainsi que je fis la connaissance de Rosetta, étudiante d’origine espagnole qui passe sa dernière année à Bruxelles dans le cadre d’un programme Erasmus. Coïncidence, c’est l’année du film L’Auberge espagnole. En réalité, j’ai rencontré une espagnole dans une auberge bruxelloise.
Quelques mini-jupes plus tard, je succombe rapidement à ses avances, ou inversement, et tout va aller très vite. Fou d’elle, je loue un studio à Bruxelles. Six mois après notre première rencontre, je la demande en mariage. Julie naîtra le 14 avril 2004 et Corentin le 30 août 2005.
Nous nous installons à Nantes, dans un vaste appartement. Débordé de travail, je suis tiraillé entre les revendications exponentielles de ma jeune épouse et mes obligations professionnelles.
En 2007, je suis réélu député à 44 ans. J’avoue cependant ne plus avoir le feu sacré pour la politique.
Mon constat est lapidaire. Les responsables politiques sont élus pour une courte période. Ils sont rapidement mis sous pression par la réalité budgétaire, la ligne directrice de leur parti et l’échéance des prochaines élections. Ce sont des pions qui se déplacent sur l’échiquier politique au gré des opportunités, manœuvrés par les instances de leur parti, elles-mêmes sclérosées par la peur du changement.
Leur horizon, c’est le prochain sondage politique. Cette vision « à trois mois » interdit toute initiative courageuse. Pourquoi ruer dans les brancards et prendre le risque de se faire lyncher par les médias et par ses collègues ?
Il est bien plus glorifiant de déguster des crustacés et des grands vins dans le luxueux restaurant du Sénat, avec vue sur les jardins. Ça, c’est le vrai pouvoir, ce sentiment de supériorité qui vous met au-dessus du peuple et parfois au-dessus des lois.
Pour ma part, j’ai toujours préféré les sardines grillées au homard.
Après quelques années passées à Nantes, Rosetta explose. Elle refuse cette vie bourgeoise et provinciale. Elle ne supporte plus les week-ends en famille à Sainte-Pazanne, la poussière des tapisseries du manoir, le déjeuner du dimanche qui dure tout l’après-midi. Elle se sent mal aimée dans cette famille sclérosée qui désapprouve ouvertement ses jupes trop courtes et ses décolletés plongeants.
Rosetta réclame du fun et des paillettes et les derniers gadgets électroniques sur internet. Elle veut s’éclater sur un yacht à St-Tropez, skier hors-pistes à Courchevel et passer le week-end à Ibiza. Elle rêve de bancs solaires, de jacuzzis et de soins esthétiques.
Mon éducation est bien éloignée de ces désirs artificiels et de ces plaisirs synthétiques. Pour gagner du temps, je lui suggère de s’inscrire à un club de sport ou de fitness. En voyant partir Rosetta à son cours de tennis en jupette blanche, je ne me doute pas que ses leçons seront très particulières.
Après de longues discussions, un chantage hystérique au suicide et quelques bagarres homériques, j’accepte finalement de quitter Nantes. Pour la première fois de ma vie, je ressens un sentiment trouble et indéfinissable, celui de ne pas agir en bonne synchronisation avec ma conscience.
En mars 2008, nous nous installons en famille à Paris, rue de Verneuil, à deux pas de la maison occupée jadis par Serge Gainsbourg.
Mon père décède l’année suivante et ma mère, rongée par le chagrin, ne lui survivra pas. Selon leur volonté, l’héritage est partagé en parts égales entre leurs cinq enfants et Suzanna, leur fille adoptive. Chacun reçoit l’équivalent de trois millions d’euros. Mon père avait bien caché son jeu et surtout effectué de bons placements. On peut disserter longuement sur ces fortunes amassées en bourse par des spéculateurs à la petite semaine.
Cet héritage me permet de réorganiser ma vie. Sur le plan privé, Rosetta a enfin le train de vie qui lui sied. En tout cas pour le moment. Sur le plan professionnel, je renonce à une partie de mes activités. Je n’exerce plus en tant que médecin mais je conserve mes activités liées à la santé des enfants. Mon mandat de député se termine en 2012 et je n’envisage pas de me représenter aux élections.
*
Ma vision de la cause enfantine évolue.
Je constate que beaucoup d’enfants des grandes villes françaises n’ont jamais vu une poule vivante, une vache dans un pré ou un poisson dans la mer. Ils n’ont jamais tenu en mains une simple motte de terre, tout au plus nettoyé la boue qui salope leurs baskets multicolores. Ils ne savent évidemment pas d’où proviennent le poivre, le café ou les choux de Bruxelles.
Ils ne connaissent que le béton et l’asphalte, le Mc Do et la pizza, de préférence à emporter. Et les fleurs ? Elles poussent sans doute chez les fleuristes. Mais au fond, à quoi servent-elles ?
Je suis également effaré par l’intrusion brutale du porno dès le plus jeune âge. Une petite fille de 8 ans peut visionner une vidéo de partouze d’un simple clic. Le sexe s’est banalisé, on passe sans transition des Bisounours au sexe cru. A mon époque, c’était âge tendre et tête de bois, aujourd’hui, c’est sexe hard et tète de bites. À 16 ans, mon frère aîné avait été privé de sorties pendant trois mois pour avoir visionné en cachette un poster central de Play-Boy qui laissait apparaitre un téton…
En 2010, je contacte ma sœur adoptive Suzanna, devenue journaliste, et je lui propose de créer l’association EVAL, une contraction de Eva, le prénom de sa maman, et de Valeur. Cette association aura pour but d’encourager toutes les initiatives pour aider les enfants et leurs parents à retrouver les vraies valeurs de la vie : éducation, respect de la nature et des autres, partage et solidarité, effort et travail.
Je veux défendre ces valeurs sans tomber dans la morale archaïque qui a brisé la famille de Suzanna. Qui mieux qu’elle peut trouver l’équilibre et le bons sens qui mènent au bonheur ?
Comme nul n’est prophète en son pays, j’ai bien du mal à faire passer ce message dans ma propre maison. Le sol de mon appartement est jonché de jouets en plastique colorés qui finiront à la poubelle, inutilisés ou cassés après quelques jours. A Sainte-Pazanne, mes jouets en bois ont résisté à plusieurs générations.
Inutile de tenter de convaincre Rosetta, cette jeune ménagère est débordée. Heureusement pour elle, tout est formaté et prémâché. Faire une soupe ? Pas le temps d’acheter les ingrédients, de les couper et de les cuire. Vive le sachet individuel : c’est probablement un peu chimique, mais c’est têêêêllement plus facile. Les recettes ? Géniales, mais uniquement à la télé.
Rosetta est scotchée des heures devant son écran pour suivre des émissions « Chef » en tous genres, mais incapable de râper une carotte. Les vitamines ? Indispensables, mais uniquement en compléments alimentaires, hors de prix et à l’efficacité douteuse.
La cuisine, l’éducation des enfants et les tâches ménagères ne sont pas la tasse de thé de Rosetta. Ce serait plutôt le mojito dégusté au vernissage d’une exposition branchée. Elle s’est d’ailleurs auto-proclamée « artiste-peintre » et s’éclate dans la recherche graphique d’avant-garde, à base de nouveaux matériaux.
Je ne suis pas adepte d’art contemporain, mais j’apprécie les œuvres originales de mon épouse, à mi-chemin entre peinture et sculpture. Je suis aussi soulagé. Rosetta a retrouvé sa joie de vivre, cette fantaisie que j’avais tant aimée lors de nos premières rencontres.
Rosetta est toujours restée en contact régulier avec son père, Anibal Zamora, un richissime promoteur immobilier espagnol qui avait encouragé sa fille à fréquenter ce Chabrolles, député influent et prometteur.
On ne sait jamais, disait-il, un député dans la famille, cela peut être utile …
- Quel gâchis, reproche mon beau-père à sa fille Rosetta, il renonce à un poste de député ! Ton mari n’a pas d’ambition, c’est un doux rêveur, un idéaliste attardé, un mouton qui …
- Et toi, un requin, coupe Rosetta dans un éclair de lucidité.
Mon beau-père a des raisons de s’inquiéter de ma volonté de ne pas me présenter aux élections législatives. Six mois plus tôt, il m’avait demandé de faire accélérer une demande de permis pour un projet de construction et je pense qu’il n’en restera pas là. J’avais accepté à contrecœur, ne voulant pas contrarier mon épouse. Encore une entorse à ma bonne conscience.
Les élections législatives de 2012 approchant à grands pas, mes amis politiques insistent pour que je me représente. Je refuse. Je ne veux plus être complice de ces hommes politiques qui, pour être élus, promettent sans vergogne le changement et une vie meilleure pour tous.
Le changement ? La moindre tentative est cannibalisée par son propre parti. Des élections n’étant jamais loin, il ne faut jamais mécontenter un électeur.
Une vie meilleure ? Cela se résume à consommer davantage et posséder des biens inutiles. La priorité numéro un de tout gouvernement est de réduire le chômage. Autrement dit, de créer des emplois. Pour cela, les politiques incitent les gens à consommer plus pour pouvoir produire plus. Et tant pis pour l’environnement.
Ce sont des priorités à court terme, dictées par un verdict populaire simpliste, amplifiées par les médias : le chômage diminue, bon bulletin pour les responsables politiques. Le chômage augmente, mauvais bulletin !
Et si la conjoncture n’est pas bonne, le gouvernement créera des emplois subsidiés pour occulter les mauvais chiffres du chômage. Une fuite en avant financée par l’emprunt.
Depuis 1974, plus aucun budget n’est en équilibre : chaque année, l’État dépense plus qu’il ne gagne et emprunte pour financer ses dépenses courantes. C’est comme si une ménagère empruntait pour faire ses courses quotidiennes chez Carrefour. Un tel système ne peut se maintenir indéfiniment.
*
En 2013, un voyage à Haïti va changer ma vie. Je suis confronté à un désastre écologique qui sera le déclic de mon engagement pour la protection de l’environnement.
Visible depuis l’espace, la colline qui fait frontière entre Haïti et la République Dominicaine est un symbole édifiant de l’interventionnisme des autorités et de son efficacité.
Côté dominicain, la colline est verte et boisée et l’interdiction d’abattage des arbres est relativement respectée.
Côté haïtien, la colline est dénudée et brûlée par le soleil. Malgré l’interdiction d’abattage, la forêt a été dévastée jusqu’au dernier arbre pour transformer le bois en charbon de bois vendu sur le bord des routes. En cause, la faiblesse des pouvoirs publics, pour ne pas parler de corruption, et la pauvreté des familles vivant à proximité. Les conséquences sont désastreuses : érosion des sols, glissement de terrain et appauvrissement des agriculteurs qui délaissent les campagnes. Au-delà de la passivité coupable des autorités et de leur manque de moyens, je m’interroge sur le rôle de la communauté internationale. À quelques centaines de kilomètres des Bahamas et d’autres iles paradisiaques, une population complètement démunie survit en ramassant des brindilles pour cuire son maigre repas.
Avoir des opinons personnelles, c’est bien, encore faut-il, pour les exprimer publiquement, qu’elles aillent dans le sens de celles de son parti.
En juillet 2014, je rencontre Christian Binard, membre influent du PRB et lui expose mon point de vue.
- La protection de l’environnement sera la clef de voûte des futures campagnes politiques. Soyons les pionniers. Innovons avec un programme économique cohérent et des mesures financières pour inciter les industriels et les particuliers à mieux produire et mieux consommer.
- Mon cher Charles, ton projet de protection de l’environnement me semble peu compatible avec la croissance et l’emploi. Détruire le tissu industriel en imposant des normes trop sévères fera fuir nos entreprises sous d’autres cieux moins tatillons. L’industrie n’y survivrait pas ni nos finances publiques !
Je te rappelle que le budget de l’Etat repose en grande partie sur les taxes frappant les produits réputés dangereux pour l’environnement et la santé : carburant, tabac, alcool …
Ces taxes, justifiées pour des raisons de santé publique, sont des mamelles fiscales extrêmement juteuses. L’État les augmente graduellement, jamais brutalement, pour ne pas décourager les habitudes de consommation. Une hypocrisie qui permet de maintenir un équilibre entre les efforts du gouvernement pour améliorer la qualité de vie et les recettes fiscales indispensables.
