Le cercle de pierres - Michel Chabanolles - E-Book

Le cercle de pierres E-Book

Michel Chabanolles

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Beschreibung

Le corps d’un ancien marin-pêcheur est retrouvé décapité près du cimetière de bateaux du Port Rhu à Douarnenez, avec à ses côtés un dessin de l’Ankou, figure de la mort dans les légendes bretonnes… Récemment arrivée de sa Haute-Loire natale, Pauline est nommée en renfort sur l’enquête. Elle va être aidée dans sa recherche de la vérité par Jean, un Ouessantin aux méthodes peu communes, magnétiseur et alchimiste, qui va l’initier aux mystères des énergies et lui faire découvrir les lieux bretons où ces dernières sont palpables...

Un roman policier qui vous embarquera du Cap Sizun à Ouessant en passant par Douarnenez, Camaret, le Menez-Hom, les Monts d’Arrée et Huelgoat pour une passionnante plongée dans l’univers du magnétisme et des énergies…


À PROPOS DE L'AUTEUR


Après trente ans à la direction d’établissements concourant à la protection de l’enfance dans le Rhône, Michel Chabanolles, d’origine auvergnate, a posé ses valises à Beuzec dans le Cap Sizun en 2013 pour sa retraite. En 2018, le jour de la saint Michel, il a entrepris l’écriture de ce premier roman. Passionné par le magnétisme et les énergies, il a à coeur de partager ses connaissances sur la question…

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Couverture

Page de titre

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CE LIVRE EST UN ROMAN.

Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.

À mes parents…

« La lande, partout comme un écrin, entoure le lac et dessine un dragon. À l’est, un barrage et une centrale, volonté de l’homme de dompter la nature. À l’ouest, la chapelle Saint-Michel veille sur le démon endormi. Plus loin un petit lac, un moulin, un chaos de pierres qui cache une rivière. À la résurgence, une forêt avec de grands arbres couverts de mousse verte. J’entends le bruissement du vent dans le feuillage qui accompagne le clapotis de l’eau sautant de pierre en pierre. Tout est calme, la nature, simplement la nature. Assis au pied d’un arbre accueillant, je guette les ondines, les sylphes et autres korrigans de la forêt. »

Michel Chabanolles

Chapitre I

Le marché d’Audierne s’ouvre sous le soleil en ce jour où l’on fête les Michel. La mer s’est retirée du Goyen et laisse apparaître, çà et là, des bancs de sable sur lesquels des barques de pêche et des petits voiliers se reposent. Sur la place, les marchands ambulants ont déployé leurs tréteaux et étalé sur les planches les fruits, les légumes et autres gourmandises. Des vendeurs de vêtements ont disposé sous le haubanage des parasols des doudounes, des pulls marins, des cirés jaunes ou blancs. Pas de doute, nous sommes bien en Bretagne. On est loin du marché animé des samedis d’été. On trouve bien encore quelques touristes, aux vêtements colorés, qui promènent dans les allées leur joie de retraités camping-caristes, mais pas la foule de la pleine saison.

Le soleil joue à cache-cache avec de gros nuages noirs qui ne laissent rien présager de bon quant à l’avenir météorologique de la journée.

Près du quai, un étal de pêcheur propose des homards, des tourteaux et des araignées de mer qui remplissent des bacs en plastique. La patronne, forte femme vêtue d’une robe noire et ceinte d’un tablier jetable, vend ses crustacés en les pesant à la hâte sur une balance en dévers dont l’homologation doit dater du siècle dernier. Sans doute, pour se donner bonne conscience, elle n’hésite pas, pour les bons clients, à rajouter dans le sac en plastique bleu une araignée ou un tourteau. Son regard malicieux se délecte de la joie des acheteurs qui voient dans ce geste un signe d’appartenance à une clientèle privilégiée. Son mari s’occupe de la caisse. Lui, c’est le patron du petit caseyeur amarré au quai. À terre, il encaisse, il veille sur le fruit de son travail. Casquette bleue à courte visière vissée sur la tête, il regarde par-dessus ses lunettes la file des clients qui s’allonge. Lorsque les bacs se vident, il fait un signe vers son bateau et aussitôt un martolod1 tire sur le sol des bacs remplis de crustacés à l’aide d’un long crochet de fer. C’est maintenant à lui d’entrer en scène, devant un public attentif. Son rôle est d’assurer l’approvisionnement de l’étal. Il attend le signal de son patron pour démarrer et il met tout son cœur dans cet effort. Il sait qu’il ne faut pas déballer toute la marchandise en même temps. Le client dans la file doit se demander si, quand viendra son tour, il y aura encore le homard qu’il veut manger à midi ; ainsi il est moins regardant sur le prix. C’est Tintin – Quintin de son vrai nom –, son patron, qui lui a expliqué un jour comment faire des bonnes affaires au marché. Lui, c’est Milou. En fait, il s’appelle Émile mais tout le monde l’appelle Milou. Il ne sait plus ni comment ni pourquoi.

Petit, il vivait avec sa mère dans une dépendance de l’habitation du père de Quintin, qui armait plusieurs bateaux pour la pêche à la sardine. Sa mère faisait le ménage et la cuisine pour la famille. Il n’a jamais connu son père. Gamin, il jouait avec Quintin, le fils unique du patron pêcheur, qu’il appelait Tintin par facilité orthophonique.

Sa mère, morte quand il avait treize ans, l’avait laissé sans famille et c’est tout naturellement qu’il fût élevé avec Tintin. Dès qu’il eut l’âge, Milou intégrait le rôle d’équipage comme mousse sur un des bateaux de sa famille d’adoption. Au mariage de Tintin et de Marie-Jeanne, il s’était installé dans la maison qu’occupait sa mère. Depuis la disparition des parents de Tintin, ils vivent tous les trois dans le petit domaine qui surplombe le Goyen.

Plusieurs fois dans la matinée, Milou est venu recharger l’étal de Marie-Jeanne. Il ne reste plus de homard ni d’araignée, juste quelques tourteaux. La journée a été bonne.

Comme tous les samedis à la fin du marché, Marie-Jeanne va faire les courses pendant que Tintin et Milou rangent le matériel. Puis, les hommes vont attendre la patronne à la terrasse de la « Cambuse » en dégustant une bière blanche. À l’arrivée de Marie-Jeanne, tous les trois mettent le cap en direction du restaurant « Au Bar Breton », à l’embouchure du Goyen, où ils retrouvent quelques forains. Milou apprécie cet instant, il attend le dessert avec gourmandise : une crêpe au caramel flambée au calva avec une boule de glace vanille et un peu de crème chantilly autour. C’est pour lui un vrai moment de douceur. Il se sent appartenir au monde des terriens, lui qui passe une grande partie de sa vie en mer.

Après la sieste, Milou descend au port en chevauchant sa mobylette. Son casque intégral noir sur sa silhouette trapue, sa position assise légèrement de travers le rend reconnaissable par tous les marins du port.

Premier arrêt au bar de « La Cambuse », au décor d’un vieux bateau pour les touristes, un peu trop chargé pour les vrais marins, mais qui n’en demeure pas moins sympathique. Après deux mousses blanches, il se sent d’attaque pour terminer la soirée à « l’Abri du Pêcheur », un autre établissement de boisson sur le quai où il se retrouve avec d’autres martolod. Il a ses habitudes, Milou ; il s’installe toujours au bar, dans le coin de la salle à l’opposé de la porte d’entrée. Là, assis sur le tabouret, il domine l’ensemble de la pièce et regarde avec envie, de l’autre côté du comptoir, Gwen, la fille du patron qui fait le service tous les samedis soir. Elle est belle, Gwen. Elle fait un peu sévère avec ses cheveux noirs tirés en arrière et retenus par une barrette en forme de papillon, mais elle est gentille avec lui. Elle est la seule à l’appeler par son prénom. Elle trouve ses collègues moqueurs en l’appelant Milou comme le petit chien de Tintin. Milou, il s’en fout ; il en rigole même, ne voyant pas dans ces deux surnoms le rapport avec une bande dessinée. Gwen lui confie qu’elle vient de postuler pour entrer à l’école de Maistrance de la Marine Nationale à Brest. Elle veut devenir marin d’État, parcourir le monde, servir son pays. Dans la salle, des remarques sexistes fusent sur la présence des femmes au sein de la Royale. Gwen hausse les épaules et continue à essuyer les verres.

Milou aurait aimé entrer dans la Marine Nationale mais, à sa grande déception, il a été déclaré inapte pour le service. Il se voyait bien porter l’uniforme de marin avec le bachi et son pompon – qui, paraît-il, font chavirer le cœur des filles –, marchant fièrement dans les rues, racontant ses voyages à de jeunes garçons admiratifs. Il ne comprend pas pourquoi on n’a pas voulu de lui. Malgré sa petite taille, il est solide et ne rechigne jamais devant l’effort.

Dans le groupe de pêcheurs qui jouent aux cartes, il y a Jean-Yves, le patron du Marie-Louise. C’est un grand gaillard vêtu d’une vareuse rose délavée et coiffé d’une casquette à larges rebords avec un galon doré qui le fait passer pour un amiral. Il a hérité d’un oncle de quoi s’offrir un bateau armé pour la langoustine. Avant il était simple marin à bord d’un sardinier. Quand il revenait au port après plusieurs jours de mer, il fréquentait la crêperie-bar « Le Morlaer » dans une petite rue derrière le quai loin des circuits touristiques. C’est là qu’il a connu Marie-Louise qui était serveuse et dont on disait qu’elle montait souvent les escaliers qui menaient aux chambres de l’étage que le propriétaire réservait aux marins en dérive. Jean-Yves l’avait mariée, comme il se doit, et avait fait construire depuis une belle maison de plain-pied, sans doute pour moins la fatiguer.

Milou se demande toujours pourquoi la coutume veut que l’on baptise les bateaux de pêche d’un prénom de femme. Les bateaux de pêche du port portent souvent des noms d’épouses, de mères ou de filles. Le bateau de Tintin s’appelle Le Regulus du nom de l’étoile la plus brillante de la constellation du Lion, signe zodiacal de Tintin. En cas de divorce, pas besoin de changer l’immatriculation. Quand Jean-Yves n’est pas là, les ragots vont bon train sur la Marie-Louise – sa femme, pas le bateau.

La Marine n’ayant pas voulu de lui, Milou n’a, de fait, jamais quitté le département et à part quelques passages à Brest ou Quimper, il ne connaît bien que le Cap Sizun.

Le soir, il regagne son logis et, assis sur un banc de pierre, la tête dans les étoiles, il fume une dernière cigarette et pense à Gwen. Comme il aimerait ôter la barrette et passer ses doigts dans ses cheveux ! Mais ses mains sont trop rugueuses pour lui transmettre toute la douceur qu’il a dans le cœur.

Des filles, Milou n’a connu que celles des bars sombres de Recouvrance quand ses collègues avaient décidé de le sortir et de lui faire connaître la vie. Ils étaient partis avec deux voitures à Brest et avaient échoué au « Siam », célèbre endroit qui évoque l’épopée coloniale et où les femmes attendent le client une coupe de champagne à la main. Tintin, qui n’était pas du voyage, lui avait donné quelques billets de cinquante euros pour s’amuser. Ses amis avaient tôt fait de le mettre aux bons soins d’une rousse. Il revoit cette jolie femme ôter sa robe découvrant une guêpière qui faisait ressortir sa poitrine. Elle était comme la fille d’un magazine que lui avait donné Marie-Jeanne, avec des bas soutenus par un porte-jarretelles. Il était tellement intimidé que c’est elle qui l’avait déshabillé avec douceur et tendresse en lui disant qu’elle allait lui donner beaucoup de plaisir. Après, il était revenu à la table de ses amis les yeux remplis de bonheur. La semaine qui a suivi, tout son monde sur le port le taquinait : « Alors Milou, il paraît que tu as une fiancée ? ». Et Milou aimait bien, il avait l’impression d’exister. Ce moment resterait à jamais dans sa mémoire.

Cette cérémonie « initiatique » s’est ensuite renouvelée quelques fois à Brest, à Quimper et à Douarnenez. Mais depuis un moment, il se contente de regarder la photo du magazine et la belle Gwen.

Milou se demande ce qu’il fera lorsque Tintin arrêtera la pêche. Ils en parlent parfois tous les trois, avec la femme de Quintin à la veillée. Enfin, ce sont eux qui en parlent ; Milou se contente d’écouter. Marie-Jeanne s’occupe de tout pour lui ; elle lui achète ses habits et gère son argent. Comme il vit en permanence avec eux, il dépense les cinquante euros que Tintin lui donne chaque semaine après le marché pour quelques bières le week-end, son tabac et l’essence pour la mobylette. Marie-Jeanne lui met le reste de son salaire de côté sur un compte épargne et Milou sait qu’il touchera une petite retraite qui satisfera ses besoins. Régulièrement, une dame vient le rencontrer avec Marie-Jeanne pour discuter de l’argent dont il dispose car il fait l’objet d’une mesure de curatelle. Sans être inquiet, il voit bien les années qui passent. Il se demande souvent ce qui arrive après la mort. La vie en mer est dangereuse et on dit que l’Ankou rôde près des bateaux et attend le moindre faux pas des marins intrépides pour les faucher.

Milou pense à Yann, son copain, second à bord de La Marie-Louise, qui est passé par-dessus bord le jour d’un coup de chien. Avec le ciré et les bottes, tout plongeon est mortel. Jean-Yves, le patron du bateau, avait réussi à le rattraper en lançant un grappin qui s’était profondément enfoncé sous son omoplate gauche. Il avait été ramené à bord par la plage arrière et avait été hélitreuillé par Dragon 29 de la Sécurité Civile.

La manœuvre avait été délicate dans la tempête mais les marins savent qu’ils peuvent compter sur le talent des pilotes et de l’équipage de l’hélicoptère. Depuis, Yann a perdu l’usage de son bras. Invalide, il erre de bar en bar le long du Port Rhu à Douarnenez. Chaque fois qu’ils se voient, il lui parle de ce moment où il a cru mourir. Il a vu la faucheuse venir vers lui et soudain s’éloigner, le laissant à la douleur atroce de son épaule déchirée. Il lui en voulait à l’Ankou de l’avoir laissé vivant, pour cette vie de misère. On lui avait dit que c’est son karma, qu’il devait payer sa dette et que c’était pour ça que le messager de la mort l’avait laissé vivre.

*

Le dimanche, c’est jour de repos. Comme tous les matins, Milou prend son petit-déjeuner avec Tintin et Marie-Jeanne ; seule variante du jour, les croissants achetés la veille chez Lidl. Aujourd’hui son travail se limite à nourrir les poules et à ramasser les œufs.

Après avoir revêtu son costume noir, lustré par les années, il est prêt à accompagner à la messe Tintin et Marie-Jeanne qui, comme d’habitude, peste sur ces marins qui ne savent même pas faire un nœud de cravate, tout en rajustant celui de Milou. Par son attention à ces petits détails vestimentaires, Marie-Jeanne lui rappelle sa mère.

Ce déjeuner est le seul vrai repas si l’on exclut celui au restaurant le samedi. En mer, ils réchauffent, sur un petit réchaud à cardan, une marmite préparée la veille par Marie-Jeanne – en général, un plat complet qui tient au ventre, facile à avaler – et le soir, été comme hiver, ils mangent de la soupe, un morceau de viande ou de poisson et un peu de fromage.

Dans l’après-midi, Milou descend au port pour voir si tout est en ordre à bord du bateau. Lundi avec Tintin, ils prendront la marée à 9 heures et tout recommencera.

*

Son père, comme son grand-père, était mécanicien dans la marine marchande. Yann Gabéric aurait bien voulu un rôle au sein d’un équipage à bord d’un cargo ou d’un paquebot mais, depuis des années, les armateurs français n’engagent que des officiers. Les emplois subalternes sont le plus souvent tenus par des marins de pays émergents en raison du faible coût de la main-d’œuvre. Son niveau scolaire ne lui permettant pas d’intégrer une école de la marine marchande, Yann est entré à l’école d’apprentissage de la pêche maritime d’Audierne où il a appris le métier de marin-pêcheur. Après avoir fait les quatre cents coups dans le cap Sizun, il a fini par épouser Édith, une jeune coiffeuse qui venait de reprendre le salon de sa mère. Il s’est ensuivi une période de calme qui lui a permis d’être plus présent dans son travail et ainsi d’obtenir le rôle de second à bord de La Marie-Louise.

Mais avec Yann, le calme ne dure jamais bien longtemps. Dragueur dans l’âme, il a porté quelques coups de canif dans le contrat de fidélité prononcé, devant le recteur, le jour de son mariage. Son assurance, sa prestance et sa façon de les aborder plaisaient à certaines femmes qui se sentaient flattées par sa verve. Si les hommes célibataires l’enviaient, les mariés le redoutaient et nourrissaient, à son égard, de la jalousie et de la méfiance. Édith l’avait épousé en connaissance de cause. Il était sorti avec toutes ses copines et c’était finalement elle qu’il avait choisie. Elle en avait ressenti une certaine fierté.

Depuis l’accident, les relations familiales s’étant fortement dégradées, Édith avait obtenu le divorce, ce qui représentait pour elle, d’une certaine façon, une vengeance personnelle pour toutes les cornes qu’elle avait portées.

Yann a quitté l’appartement au-dessus du salon de coiffure à Audierne pour un modeste studio, rue de l’Église dans le quartier de Pouldavid au fond de l’estuaire, afin de vivre au plus près de la mer. En perdant l’usage de son bras gauche, il a aussi perdu son permis de conduire et par la même occasion sa voiture.

Ce soir, Yann est arrivé, comme chaque jour de la semaine, dans le petit bar « Le Morbreizher » sur les quais du Port Rhu vers 17 heures. De son appartement de Pouldavid au bar, il y a environ trois kilomètres qu’il parcourt d’un pas chaloupé en suivant la rive gauche du fleuve côtier, puis le pont de pierre qui le conduit sur la rive droite aménagée en promenade. C’est la seule activité physique qu’il pratique. Son médecin lui a dit de marcher au moins six kilomètres par jour. Yann suit ainsi les conseils du praticien, omettant ses recommandations sur sa consommation d’alcool et de tabac.

Tous les soirs, debout devant le comptoir, Yann commente l’actualité du jour en faisant part, aux marins et aux clients du bar, de ses réflexions sur la gestion du monde et, entre autres, sur la façon dont la France est gouvernée. Sa forte voix, à l’accent prononcé, mêlant breton et français, met de l’animation dans le bistrot. Avant son accident, Yann était ce que l’on appelle « une grande gueule » qui se vantait d’exploits tant sur son métier que sur ses nombreuses conquêtes féminines qu’il s’attribuait comme des trophées. Depuis, il se contente de commentaires politiques et sportifs et demeure modeste sur les femmes. Mais il aime se donner en spectacle et les rires, qui fusent après ses diatribes, le confortent dans l’idée qu’il est le personnage théâtral qu’il aurait, au fond, toujours voulu être.

Pierre et Yvette, les patrons du Morbreizher, le connaissent bien et passent sur le volume sonore que dégage Yann ; tant qu’il paie ses consommations il n’y a pas de problème. D’ailleurs, de ce côté, Yann est plutôt généreux, offrant régulièrement des tournées à ses collègues marins et s’attachant ainsi toute leur attention. Au Morbreizher, on n’est pas regardant sur la réglementation en matière de prévention de l’ivresse publique. On se contente de l’affichage réglementaire. S’il faut interdire l’alcool à ceux qui sont en état d’ivresse, il vaut mieux fermer le commerce tout de suite. Et puis comment savoir qu’une personne est ivre ? On ne va pas la faire souffler dans le ballon et, après tout, c’est le travail des flics. Les marins qui viennent le soir sont sur la touche depuis longtemps. Ils cherchent un peu de chaleur humaine et échangent avec d’autres égarés comme eux. Ils consomment quelques bières pour oublier leur modeste condition et passer le temps. Le bistrot devrait être élevé au rang d’honneur des lieux de socialisation !

Peu après 22 heures, Yann quitte l’établissement et met le cap sur le gaillard d’avant comme il dit, assimilant ainsi son studio à la partie d’un bateau à voile réservée à l’équipage. Un léger crachin l’accompagne à la sortie du bar. Les nuages jouent avec la lune. Yann traverse l’écluse du Port Rhu et prend le sentier qui remonte à Pouldavid par la rive gauche de la rivière. La mairie a fait aménager celui-ci sur une centaine de mètres en disposant quelques bancs sur lesquels les promeneurs s’assoient le jour pour contempler les nombreux voiliers mouillés, les uns derrière les autres, à des bouées blanches. La journée voit les joggers en tenues bariolées se livrer à leur passion du running et étirant leurs muscles sur les dossiers métalliques des bancs. Mais le soir, il n’y a personne. L’éclairage du quai de l’autre côté de la rivière diffuse peu de lumière sur le sentier. Une petite crique sert de cimetière à de vieux chalutiers en bois qui finissent de mourir. Le chemin contourne cet espace soumis aux marées en grimpant le long de la berge. La progression devient dangereuse pour ceux qui ne le connaissent pas et particulièrement la nuit. Yann, malgré l’habitude, distingue sa route à l’aide d’une petite torche publicitaire qui porte le nom du salon de coiffure de son ex-femme. À son arrivée au cimetière, pris d’une envie pressante, il profite de la marée basse et se dirige vers la poupe de ce qui fut un navire. La tête calée contre le bastingage et la lampe entre les dents, il soulage sa vessie. Satisfait de l’opération, il se retourne pour remonter sur le sentier. Un éclair blanchâtre siffle dans l’air. Il sent une lame qui déchire son cou. Déséquilibrée par la puissance de l’action, sa tête roule sur le sol humide. Pendant quelques millièmes de seconde, il regarde incrédule son corps sans tête tombé sur le côté.

*

Dans la petite maison aux volets bleus de la rue Pierre et Marie Curie, c’est l’effervescence habituelle d’un mardi matin. Maya, la chienne labrador, s’agite devant la suite parentale à la perception des bruits du réveil de Christine et Louis. La porte ouverte, Maya se précipite dans la chambre, passant de l’un à l’autre et donnant le bonjour à grands coups de langue. Pendant que Christine s’active à sa toilette, Louis envoie la chienne réveiller les trois enfants qui dorment à l’étage. Au signal, Maya s’élance dans l’escalier puis on l’entend ouvrir les portes et les rires des petits qui jouent avec elle. Louis prépare le petit-déjeuner pendant que Christine accueille la troupe qui descend à grand bruit avec Maya. Louis a mis la table et chacun s’installe à sa place habituelle. Il s’occupe du service pendant que sa douce et tendre épouse assoit la petite dernière sur le rehausseur de siège.

Maya, se positionne près des enfants, attendant les habituelles chutes de morceaux de tartine, pour les avaler rapidement avant qu’ils ne touchent le sol, sous le regard bienveillant des parents.

Christine, infirmière de profession, est responsable d’une crèche associative. Auparavant, elle exerçait aux urgences de l’hôpital de Douarnenez. À la fermeture du service, elle n’a pas souhaité être transférée à Quimper. Elle s’est mise en disponibilité pour prendre un poste de directrice de crèche à Tréboul, à quelques centaines de mètres du domicile conjugal. Elle vient d’entamer sa troisième année de congé parental à la suite de la naissance de Yaëlle. Avec Erwan dix ans et Bleuenn sept ans, la famille est au complet, sans oublier l’omniprésente Maya. Christine se plaît à dire qu’elle a réellement cinq enfants en tenant compte de Louis et de Maya, cette dernière étant finalement la plus facile à gérer.

Louis Kermac’h est lieutenant de police au commissariat de Douarnenez2. Il est le plus ancien de la maison et a gravi les échelons en laissant à l’ancienneté le soin de le faire avancer. Il sait qu’en fin de carrière il sera au mieux capitaine et il s’en satisfait pleinement. La vie au commissariat de « Douarn », comme ils disent ici, est tranquille. Hormis la petite délinquance et les actes d’incivilité, il ne se passe rien d’extraordinaire dans la cité où est née la spécialité mondialement connue : le kouign amann3.

La suppression prochaine du commissariat est la seule ombre au tableau. Depuis un moment déjà, les autorités ont redéfini les compétences territoriales entre la police et la gendarmerie. Les locaux du commissariat seront affectés à la police municipale. Les mutations ont d’ailleurs commencé et l’effectif se réduit chaque jour au gré des demandes de changement acceptées.

Après le petit-déjeuner, Louis se prépare. Il s’équipe, prend son arme de service et le chargeur qu’il range dans son sac à dos, enfile son blouson de cuir orné d’un aigle aux ailes déployées, fait une bise à ses femmes et une tape amicale à Maya. Erwan s’est préparé en vitesse car aujourd’hui son père le dépose à l’école. Ils s’installent sur le puissant scooter Peugeot à trois roues et filent en direction du centre-ville. Louis dépose son fils devant l’établissement scolaire, suscitant l’admiration de ses copains. Le commissariat est à quelques minutes. Louis y arrive comme d’habitude vers 8h30. Il règne une agitation inhabituelle dans le poste. Autour de la machine à café, les conversations sont animées entre les policiers en uniforme et ceux en civil.

Olivier Saurinne, un jeune lieutenant provisoirement affecté, lui fait part de la nouvelle du jour.

— Louis, on a trouvé le corps d’un homme ce matin sur le sentier du Port Rhu vers le cimetière à bateaux. L’identité judiciaire et le médecin légiste sont déjà sur place. Ils nous attendent. J’ai essayé de te joindre mais tu ne répondais pas au téléphone.

— Qui est la victime ? demande Louis sans donner d’explication sur la remarque d’Olivier.

— Un ancien marin-pêcheur, il a été décapité.

— Décapité ! répéta-t-il, ébahi. Bon, on va aller voir tout ça. Tu prends le volant pendant que je termine mon café.

Olivier conduit très vite à travers les rues étroites et tortueuses de la ville avec sirène et gyrophare.

— Eh, doucement ! Tu te crois dans un feuilleton télé ? Pas la peine de courir, il ne va pas s’envoler notre cadavre ! Et arrête-moi cette sirène, c’est insupportable…

Olivier s’exécute. C’est vrai qu’il ne va pas s’envoler le mort.

— C’est quoi cette nouvelle façon de se laisser pousser la barbe Olivier ?

— C’est le contraire de ceux qui se laissent pousser la moustache et le bouc. Je garde la barbe juste sur les joues. Original non ?

— Je trouve ça ridicule. Les rouflaquettes étaient en vogue au XIXe siècle. Tu comptes séduire quel type de femmes comme ça ?

Olivier esquisse un sourire et se sent un peu mal à l’aise. Il pensait que se raser seulement le contour de la bouche lui donnait un style particulier qui plaisait à la gent féminine.

Ils arrivent en voiture au plus près de la scène de crime. Des agents ont protégé le lieu avec des rubalises jaunes. Jacques-Antoine Le Guérec, médecin légiste, les accueille.

— Bonjour, Messieurs. Ne voyant personne, je me demandais si le commissariat était toujours actif. L’homme a été décapité proprement car la coupure est nette ce qui sous-entend l’utilisation d’un objet tranchant très affûté et de la part du meurtrier une certaine force. Je situe l’heure du crime entre 22 et 23 heures. Depuis, la marée a recouvert le cadavre. Par ailleurs, la position du corps laisse à penser que son agresseur devait se trouver sur le sentier, là où vous avez les pieds, une zone piétinée depuis ce matin soit dit en passant. Ce qui est regrettable.

— Comment se fait-il qu’on n’ait pas protégé cet espace ? râle Louis en s’adressant aux policiers qui ont mis en place les rubans, tout en négligeant les remarques du toubib au sujet de son retard. C’est quoi, ce boulot ? Maintenant pour les indices, bonjour !

— On a trouvé sur lui son portefeuille avec de l’argent, son téléphone portable, ses clés et une lampe torche qui fonctionnait encore, lui lance en souriant la belle Anne Ansquer, responsable de l’équipe de l’identité judiciaire dont les combinaisons blanches sont maculées de boue. Il s’agit de Yann Gabéric, domicilié à Audierne si j’en crois ce qui est écrit sur ses papiers d’identité et il avait une carte d’invalide. Et je te confirme que pour des traces, tu ne peux compter que sur un miracle… Ah, j’oubliais ! Cette affiche en carton représentant l’Ankou était clouée au-dessus du cadavre sur le bastingage de ce qui reste de ce bateau. Sur le côté du sentier, à votre droite, on a trouvé des empreintes de chaussures. On va faire un moulage. Tiens, original ton rasage ce matin, Olivier, tu te prépares pour les Gras4 ?

Après la remarque de Louis dans la voiture, la pique que vient de lui envoyer Anne fait rougir Olivier. C’est décidé, à midi, il se rasera complètement.

— Bon, si vous avez fini, vous pouvez procéder à l’évacuation du corps. Olivier, tu t’occupes de l’enquête de voisinage, d’où il venait, où il allait et tout le reste. Moi je retourne au poste.

À son arrivée, Louis est interpellé par le commissaire Eugène Leborgne, responsable du commissariat.

— Alors, Louis, de quoi s’agit-il ?

Louis lui fait un rapport rapide sur le peu d’éléments dont il dispose et ajoute :

— Patron, cette histoire, je la sens mal. On est en sous-effectif avec l’accident d’Antoine et les affaires en cours occupent déjà tout le monde. Il nous faut des renforts ou confier l’affaire à la gendarmerie.

Pour le commissaire Leborgne, pas question de demander au procureur de confier l’affaire à la gendarmerie. Il est bien conscient de la difficulté dans laquelle se trouve son commissariat depuis que son capitaine, Antoine Le Floc’h, est en arrêt suite à son accident de deltaplane. Quelle idée, aussi, de se lancer du haut du Ménez-Hom ! Une rabattante a plaqué son aile volante contre les rochers juste après le décollage. Une jambe et une épaule cassées. Il ne pense pas revoir Antoine à Douarnenez avant de longs mois.

Puisque la suppression du commissariat semble actée par les autorités, il veut mettre un point d’honneur à résoudre cette affaire. Il a décidé de demander des renforts auprès du commissaire divisionnaire de Quimper.

1. Matelot en breton.

2. Le commissariat de Douarnenez a fermé en 2005. Pour les besoins du livre, l’auteur l’a laissé ouvert.

3. Célèbre gâteau breton réputé pour sa haute teneur en beurre…

4. Les Gras : nom donné au carnaval de Douarnenez.

Chapitre II

Assise dans un fauteuil en rotin, Pauline regarde, avec sa mère Irène, son père Jean occupé à ranger du bois près de l’abri de jardin. Oscar, le malinois, est couché dans l’herbe, attentif aux gestes de son maître. Le soleil de cet après-midi d’automne chauffe l’atmosphère dans la véranda de la maison familiale. Les deux femmes savourent ce moment hors de l’agitation du monde en papotant devant une tasse de café. Pauline est heureuse de passer quelques jours de vacances avec ses parents dans le département de la Haute-Loire. Ici, à près de 800 m d’altitude, on respire le bon air. Ce matin, elle a accompagné son père à la cueillette de champignons dans les bois du Courtial. Sa mère les a cuisinés avec du beurre, de l’ail et du persil : un vrai délice. Pour Pauline, se promener dans ces forêts de hêtres, de chênes et de noisetiers à la recherche de girolles et de bolets est toujours un vrai plaisir. Ces bois, elle les connaît comme sa poche pour y avoir ramassé, pendant son enfance, non seulement des champignons mais aussi des airelles, des noisettes et des châtaignes avec son père et son oncle, le frère de sa mère.

À l’approche de la Toussaint, les conversations portent sur le nettoyage des tombes et leur fleurissement. Pour Pauline, ce moment est difficile à vivre et lui rappelle un douloureux souvenir.

L’ambiance automnale et la quiétude du lieu font ressurgir les souvenirs du passé.

Elle est née il y a près de quarante ans à Yssingeaux, sous-préfecture de sept mille habitants à une vingtaine de kilomètres de Grazac, petit village fondé au Xe siècle par des moines clunisiens, où résident ses parents.

Elle se revoit enfant écoutant les notes s’échappant du piano de la ferme voisine. Elle pense à Colette, ancienne professeure au Conservatoire de Paris venue vivre sa retraite sur les terres du Velay, lui donnant des cours de musique au retour de l’école.

Elle se rappelle l’odeur du foin fraîchement rentré dans la grange Charroin et son émoi lorsque Guillaume, le fils du paysan du hameau, lui fit l’amour pour la première fois un soir d’été.

Ses brillantes études de droit, son intégration à l’École Nationale Supérieure de Police de Saint-Cyr au Mont d’Or dans la banlieue lyonnaise, remontent dans sa mémoire. Elle se souvient de son choix pour une affectation au commissariat du Puy-en-Velay afin de vivre dans son département natal, près de sa famille et de son amoureux, alors que son statut de major de promotion lui ouvrait d’autres portes plus prestigieuses.

Elle se souvient de la période de vie commune avec Guillaume, de ses rébellions paysannes et de ses coups de gueule contre les autorités qui la mettaient mal à l’aise vis-à-vis de ses collègues policiers.

Elle voit la naissance de sa fille Sarah, son décès quelques jours plus tard, l’enterrement dans le cimetière du village et la dépression qui a suivi. Elle revit sa séparation avec Guillaume, sa mutation dans un commissariat de la banlieue parisienne avant d’intégrer un corps spécial, dépendant de la Direction Générale des Services, chargé de renforcer les équipes de terrain, en raison de sous-effectif ou de complexité d’enquêtes.

C’est ainsi qu’une mission particulière avec une équipe de policiers, de gendarmes et de douaniers l’avait envoyée du côté de Narbonne. Pauline avait passé plus de trois semaines à faire des filatures et des planques. L’opération avait permis le démantèlement total d’une filière de trafiquants. À Paris, son directeur, très heureux du travail accompli, lui avait donné deux semaines de congé pour récupérer des longues journées sur le terrain. Elle avait décidé de les passer chez ses parents qui étaient ravis de la présence de leur fille unique. À Lyon, elle avait quitté le TGV pour louer une voiture et rejoindre la Haute-Loire.

La vibration de son téléphone portable la ramène à la réalité du moment.

— Excuse-moi maman ; c’est le bureau qui m’appelle. Bonjour, Monsieur le directeur, vous vous ennuyez déjà de moi ?

— Bonjour, Pauline. Je dois avouer que vous me manquez un peu. Cela fait un mois que je ne vous ai pas vue. J’ai une question à vous poser : connaissez-vous la Bretagne ?

— Non, on dit que c’est une jolie région et qu’il y pleut souvent.

— C’est très beau en effet et il n’y pleut pas plus qu’à Paris. Je pense que les Bretons font courir le bruit de la pluie pour éviter le tourisme de masse. Mais vous verrez, c’est une belle région.

— Comment ça, je verrai ?

— J’ai une mission pour vous. Il y a quatre jours, un type a été décapité. Le commissariat de Douarnenez est en sous-effectifs avec des policiers malades ou indisponibles. Cette mission est délicate et tout porte à penser qu’elle est en lien avec les coutumes locales. On a retrouvé près du cadavre une figurine représentant l’Ankou, le messager de la mort dans les légendes bretonnes si j’ai bien compris. Il ne faudrait pas qu’une personne rende la justice à sa manière et coupe les têtes de tous ceux qui ne lui plaisent pas. Je vous ai réservé une place sur un vol Lyon-Brest demain matin avec Easyjet à 7 h 10, une voiture de location à l’aéroport de Brest et une chambre dans un hôtel à Douarnenez. Je pense qu’avec vous en renfort, cette affaire sera résolue rapidement. Ne comptez pas trop sur du soutien local, la fermeture annoncée du commissariat ne doit pas être bien vécue par les collègues.

— Autrement dit, je risque d’être toute seule ! Ça ne va pas être une partie de plaisir. Et mes congés, que deviennent-ils ?

— Vous les prendrez après. Je vous connais bien, je sais que vous préférez travailler seule. Vous allez pouvoir donner libre cours à votre imagination et suivre vos intuitions. Vous aimez les fruits de mer et les crêpes, je crois. Vous allez trouver tous ces délices sur place et en plus au frais du contribuable ! Finalement, j’ai l’impression de vous envoyer en vacances. N’oubliez pas le maillot de bain ! Je vous transmets un mail avec les réservations et un topo rapide sur l’affaire.

— Pour prendre un vol à 7 h 10 demain, il faut que je parte ce soir. Vous me privez de la soupe aux choux et d’une soirée au coin du feu avec mes parents.

— Vous êtes mon meilleur élément et je sais que je peux compter sur vous. Donnez le bonjour à vos parents et rappelez-moi quand vous serez sur place.

Après la conversation avec son patron, Pauline reste un moment songeuse. La Bretagne est une région qu’elle ne connaît pas et ce n’est peut-être pas le meilleur moment de l’année pour la découvrir.