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Lors de l'inauguration de son musée, Zagbou disparaît mystérieusement en entrainant de force tous les savants présents, à l'exception de quatre amis qui arrivent à s'échapper in extremis. Menés par Delphia, une éminente historienne, les quatre rescapés vont tout tenter pour retrouver les disparus. Leur recherche les guidera à travers l'histoire de l'Egypte ancienne où un Atlante leur donne accès à l'ensemble de ses connaissances afin de traquer leur ennemi commun, Zagbou , un Atlante lui aussi. Leur épopée va durer deux siècles . Pace, une planète paradisiaque créée par Zagbou selon ses propres désirs sera le théâtre de révélations surprenantes. Zagbou est-il un monstre sanguinaire ou un humaniste éclairé?
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Seitenzahl: 241
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Chapitre 1 - Les savants disparus.
Chapitre 2 - Les lendemains qui déchantent.
Chapitre 3 - Interrogatoires.
Chapitre 4 - Les premières pistes.
Chapitre 5 - Une rencontre capitale.
Chapitre 6 - Lendemain de soirée.
Chapitre 7 - Premières retrouvailles.
Chapitre 8 - Un univers paradisiaque.
Chapitre 9 - Un Nœl 2125 particulier.
Chapitre 10 - La découverte tant attendue.
Chapitre 11 - Sésame, ouvre-toi.
Chapitre 12 - Rencontre inattendue.
Chapitre 13 - Un repas troublant.
Chapitre 14 - Enfin seuls.
Chapitre 15 - La capsule.
Chapitre 16 - Une réunion du Conseil décisive.
Chapitre 17 - De découvertes en découvertes.
Chapitre 18 - Période de doutes.
Chapitre 19 - Un plan abominable.
Chapitre 20 - Epilogue.
Le cercle des savants disparus traverse les siècles. Débutant en 1906, il se termine dans les années 2130. Roman de pure invention, j’ai pris le parti de laisser des anachronismes afin de donner du rythme à l’histoire. Ni les prises de sang, ni les lignes aériennes Le Caire- Paris Orly, ni le pastis n’existaient au début du XX siècle. Vous en remarquerez d’autres. N’y prêtez pas trop attention et laissez-vous porter.
- Delphia, dépêche-toi, nous allons encore être en retard et le Sensézar est très chatouilleux sur le protocole.
Cela fait maintenant plus d’une heure que Delphia est dans la salle de bain. Tous les moyens en sa possession seront utilisés pour éblouir le Sensézar Wilfried Zagbou lors de la cérémonie d’ouverture de son nouveau musée d’arts primitifs. Mickael parierait qu’elle va choisir son élégante cotte de cuir ouverte sur le devant, uniquement fermée par des cadenas argentés.
Invité à cette soirée en tant qu’historien, Mickael doit y présenter les évolutions des costumes traditionnels depuis l’invention de la roue. Véritables marqueurs culturels, leurs modifications au fil des siècles permettent d’appréhender l’évolution de la société sous un angle nouveau.
Mickael a parcouru avec Delphia le monde à la recherche des modes vestimentaires de civilisations connues ou méconnues. Outre sa beauté métissée, sa chevelure noir corbeau, assortie de merveilleux yeux bleus en amande, Delphia maîtrise parfaitement certaines techniques de combat qui les ont souvent aidés à sortir indemnes de situations quelquefois tendues. De nature distraite, parlant à tort et à travers, l’historien a commis quelques grosses bévues auprès de peuplades choquées par son franc-parler et son habitude de se pavaner avec ses armes préférées, le dialogue et l’humour. Enfin son humour, car il ne fait généralement rire que lui.
En plus de son ventre un peu rond, un oreiller mou comme le surnomme son épouse, sa myopie avancée l’oblige à porter en permanence des lunettes. Homme très coquet et sensible sur son élégance vestimentaire, il possède une série de lorgnons de toutes les couleurs. Ce soir, ils seront jaunes en l’honneur de leur hôte.
L’inauguration s’annonce festive même si la personnalité du Sensézar est très intrigante. Nul ne sait qui il est réellement ni d’où il vient. Un peu ventripotent comme un bouddha, ses yeux jaunes dissimulés derrière des lunettes de soudeur ne laissent percer aucune de ses émotions. Ses mains sont toujours recouvertes de gants, comme si tout contact physique le répugnait. Sa poignée de main ferme et sèche révèle une volonté de fer et une arrogance sans limites. Cinq hommes vêtus de longs imperméables noirs l’entourent en permanence. Mickael compte s’assurer ce soir de la texture exacte de ces pèlerines, a priori en cuir même s’il n’a pas encore eu l’autorisation officielle de Zagbou de les toucher et les apprécier. Cette interdiction étrange augmente son attrait pour la réelle spécificité de ces gabardines. Ne pas pouvoir effleurer la main de Sensézar ou les tissus de ces gardes conforte cette impression de suspicion envers Zagbou. Beaucoup d’histoires circulent sur des disparitions soudaines de visiteurs, de lueurs étranges autour de la maison du Sensézar. Cette soirée va éventuellement amener des réponses à toutes les questions qui tourbillonnent dans l’esprit alerté de l’historien.
Delphia apparaît enfin au seuil de la salle de bain. Une merveille… Une combinaison marron foncé ouverte sur le devant met en évidence ses longues jambes. L’échancrure de son chemisier blanc nacré laisse plus que deviner la naissance de ses seins. Loin de le laisser insensible, Mickael s’approche d’elle, le regard égrillard.
- J’espère qu’il ne va pas pleuvoir, car tu vas rouiller, ma belle.
Devant cette blague pas très drôle, elle fait sa jolie moue que Mickael s’empresse d’embrasser en souriant.
- Stop, mon chéri, pas touche ! Peut-être ce soir en rentrant. Je n’ai rien oublié, ajoute-t-elle en soulevant le bas de sa robe. Elle lui dévoile son Jambia, un poignard yéménite à pointe recourbée qu’elle porte généralement dans les situations critiques. Et toi ? Es-tu aussi bien équipé ?
Sans répondre directement, il exhibe la montre à gousset subtilement accrochée à son gilet de soie jaune pâle assorti à ses lorgnons. Un fil extrêmement résistant, pouvant soutenir le poids de quatre personnes, y est dissimulé. Sa manche gauche retroussée dévoile le minuscule pistolet accroché à son avant-bras droit qui peut se déclencher automatiquement sur une simple flexion du doigt. Satisfaite de cet équipement, Delphia s’approche et lui tend une paire de lorgnons verte :
- On ne sait jamais avec toi, tu perds toujours quelque chose.
Mickael propose élégamment son bras gauche. Elle l’attrape tout en douceur et lui glisse sensuellement dans l’oreille.
- Tu es beau. J’espère pouvoir rentrer tôt et passer un peu de temps dans tes bras. Dépêche-toi, tu vas encore nous mettre en retard et le taxi est déjà arrivé.
Le chauffeur les dépose dans la cour du château et aussitôt un sentiment étrange mêlé d’angoisse les assaille. Des agents de sécurité habillés de noir quadrillent scrupuleusement l’ensemble du jardin. Ils tranchent nettement avec la magnificence des décors et la quiétude des lieux imprégnés de senteurs orientales. Tous portent autour de leur ceinture une grande écharpe jaune descendant jusqu’à mi-cuisse. Un casque de cuir avec des lunettes jaunes complète leur accoutrement étrange.
- J’ai eu le nez fin de porter des lorgnons ocre, on va me prendre pour un garde ! soupire Mickael.
Un majordome les accueille en haut du perron et sans un mot les scrute des pieds à la tête avant de leur céder le passage. Même pas un regard ou un sourire à Delphia malgré son évidente beauté. Même pas un sourire de connivence envers Mickael et la couleur de ses lunettes démontrant qu’il fait partie de leur secte. Drôle d’accueil …
Zagbou a réussi à se procurer, dieu sait par quel miracle, des lampadaires de gaz de ville, une denrée rare en ce début du XXe siècle. Ils éclairent une grande pièce circulaire, mais certains recoins restent cependant plongés dans une totale obscurité. Sans se réfléchir un tant soit peu sur les murs, la lumière semble domestiquée comme si un écran l’empêchait de rayonner normalement. Un son sourd, grave, régulier et persistant égrène comme un métronome un compte à rebours. Dissimulées en partie par des rideaux jaunes, au fond de la salle, de grandes roues de moulin de plus de dix mètres de diamètre tournent lentement, alimentées par des fontaines d’eau. Il faudra aller voir à quoi servent exactement ces roues, se promet Mickael. Une fumée blanche et jaune emplit l’atmosphère jusqu’au plafond, beaucoup plus haut que l’architecture extérieure ne le laissait prévoir. Étrange ambiance moderne, mystérieuse, envoûtante et sinistre avec ces espaces obscurs et cette couleur jaune omniprésente.
La salle est remplie de toute la communauté scientifique issue des quatre coins de l’Europe. Il y a là des médecins, des philosophes, des mathématiciens, des physiciens. Mickael reconnaît entre autres Ferdinand Zeppelin tout de noir vêtu, Graham Bell avec une veste à poix rouge, Ivan Pavlov accompagné de son fidèle labrador, Pierre et Marie Curie habillés de blouses blanches comme s'ils sortaient de leur laboratoire, Alexandre Flemming harcelant Thomas Edison qui semble ne rien vouloir écouter.
Einstein, ami de longue date de Mickael, porte une chemisette bleue avec une cravate verte à fleurs rouges. Toujours autant de mauvais goût. Il discute avec Louis Lumière arborant son sempiternel costume noir en alpaga de toute élégance. Son Fedora rond juché sur la tête et les pieds écartés pour mieux prendre appui sur sa canne le rendent reconnaissable de loin. Delphia et Mickael se rapprochent de leur groupe.
- Bonjour, Louis, arrête de faire ton cinéma avec Albert, il va se prendre pour un génie, entame Mickael.
- Toujours aussi lourd avec tes blagues, Mickael, répond Albert tout en s’inclinant devant Delphia pour lui baiser la main.
Les puissantes vibrations graves et sourdes d’un grand gong résonnent soudain. Une estrade surgit du plancher, s’élève et s’arrête avec Wilfried Zagbou à cinq mètres au-dessus de leurs têtes. Une étoile à cinq branches recouvre le podium. Chacune d’elles est d'une couleur différente allant du bleu au noir profond. Le Sensézar a troqué ses lunettes de soudeur pour un monocle jaune fixé par un harnais au teint identique. Chaussé de grandes bottes de cavalier munies d’étriers aux talons, il arbore dans sa main une boule, jaune bien sûr, qui déborde de fumée et dont les volutes emplissent progressivement la pièce. Habillé de cuir, un chapeau à claque noir aux pourtours dorés complète sa tenue extravagante. Il enlève quelques instants son lorgnon et parcourt du regard l’assistance. Ce simple geste suffit à faire taire toutes les conversations et le silence devient complet.
- Wilfried aurait presque de plus jolis yeux que toi, ne peut s’empêcher de commenter Mickael. Par contre, je commence à haïr cette omniprésence du jaune. Il aurait pu varier les couleurs.
Delphia lui lance son œillade des mauvais jours. Il décide de se faire tout petit et d’arrêter pour ce soir ses mauvaises blagues.
Cinq gardes du corps sont placés géométriquement à la pointe de chaque branche de l’étoile. D’un même geste, ils retirent leurs rubans jaunes et sortent de leurs gabardines des armes inconnues. Une aiguille translucide de quinze centimètres prolonge un canon long très fin. Des scintillements bleus et jaunes clignotants s’échappent de la crosse évidée sertie de pierres précieuses.
- Ce soir c’est ma fête, la fête de Sensézar, lance Wilfried Zagbou d’une voix forte. J’ai réuni dans cette salle le fleuron de la société scientifique. Chacun d’entre vous participe à l’amélioration de votre environnement. Tous ensemble nous allons bientôt créer une nouvelle planète plus saine, plus humaine, en annihilant l’instinct grégaire de destruction. Je vous raconterai mon projet de cette nouvelle vie un peu plus tard dans la soirée quand vous serez tous réunis dans mon univers. Dès à présent, passons à la fête. Elle va commencer par un grand feu d’artifice. Un ascenseur, une de mes dernières inventions, vous mènera jusqu’au toit d’où vous pourrez admirer un spectacle grandiose. Pour des raisons de sécurité évidentes, personne ne doit rester dans cette salle.
La voix caverneuse de Sensézar remplit l’édifice et la technologie utilisée laisse Louis bouche bée. Il sort son petit calepin rouge qui ne le quitte jamais et note quelques mots dessus en chuchotant:
- Comment a-t-il pu amplifier sa voix de cette façon, c’est grandiose.
Devant l’assemblée piaffant d’impatience, s’ouvre de manière théâtrale un grand rideau qui dévoile un monte-charge à plateforme. Des poulies entraînent des plateaux d’une capacité d’environ 10 personnes. Les invités s’y précipitent afin d’être les mieux placés pour le feu d’artifice.
- Zagbou parle d’une planète plus humaine, mais en attendant cet endroit idéal, allons boire un verre au bar avant de monter, propose Mickael. Tout ce jaune commence à m’insupporter. Sûr que je ne vais pas commander un pastis.
- N’oublie pas que tu es allergique au jaune d’œuf, répond Delphia avec un petit sourire.
«Tiens, bizarre, elle aussi commence à faire du mauvais humour», pense Mickael en la regardant se diriger d’une démarche gracieuse vers le comptoir.
Le malaise ressenti par Delphia dès son entrée dans cette salle immense continue de l’envahir. Aux aguets dans cet environnement spécial, elle s’arrête soudain et demande à ses amis d’observer le plus discrètement possible les alentours. Connaissant l’intuition de sa femme, Mickael se baisse et fait mine de relacer sa chaussure en observant par-dessous son aisselle. Ce qu’il entrevoit lui fait froncer les sourcils. Une cinquantaine de gardes placés en demi-cercle et armés de ces mystérieux fusils à aiguille guide la foule vers les plateformes comme s’ils rabattaient du gibier. Aucune issue possible, toutes les portes ont été condamnées par de lourdes charpentes et les fenêtres recouvertes de volets intérieurs.
- Restons tous les quatre groupés. Delphia a raison, il se passe des trucs pas clairs. La tête me tourne un peu avec ces fumées. L’injonction des gardes à monter sur le toit ressemble plus à un ordre qu’à une aimable invitation. Séparons-nous quelques instants et allons glaner des informations. Rendez-vous devant le bar dans cinq minutes.
D’un pas décidé, Mickael bifurque vers les grandes roues aperçues à son arrivée. Celles-ci tournent de plus en plus vite, entraînées par le puissant jet des fontaines. Les vilebrequins qui y sont reliés disparaissent au fond d’un immense gouffre et alimentent vraisemblablement un quelconque moteur. L’eau recueillie en bas du trou est réinjectée en haut de cet échafaudage par un système inconnu défiant les lois de l’apesanteur. Bizarre !
Il s’approche d’un agent de la sécurité et par mégarde touche son imperméable. Eurêka, ce n’est pas du cuir, mais du métal très léger. Curieux que cette invention soit restée secrète, car sa texture promet de très belles perspectives d’utilisation. Mickael commence à s’interroger sérieusement sur le silence de Zagbou au sujet de ces vêtements. Le garde qui ne s’est aperçu de rien, se retourne. Il lui désigne d’un geste autoritaire les ascenseurs. Mickael obtempère et se décide à revenir vers ses amis.
Delphia de son côté a vu certains invités refuser de monter sur les plateformes. Un agent s’approchait alors rapidement et touchait ces personnes avec le bout de son arme. Dès que l’aiguillon les avait effleurées, elles affichaient un sourire béat, les yeux dans le vague et montaient sans plus rechigner, comme si elles étaient droguées.
Inséparables comme toujours, Louis et Albert sont allés vers le bar. Louis y a retrouvé Charles, son barman préféré croisé lors de ses nombreuses sorties nocturnes dans la capitale. Ils avaient sympathisé au fil des verres ingurgités et une confiance réciproque les animait. Charles indiqua que tous les serveurs avaient reçu l’ordre absolu de quitter les lieux à 23h30, sans explications. Charles lui a chuchoté qu’ils étaient très grassement payés, mais avec obligation de taire tout ce qu’ils auraient vu ce soir sous peine de représailles terribles auprès de leurs familles. La voix du barman chevrotait de peur à cette perspective.
Delphia propose de quitter cette réception devenue inquiétante et ils se dirigent d’un pas décidé vers la porte de sortie. Trois gardes les arrêtent sèchement. Leurs armes pointées de manière menaçante, ils les enjoignent de faire immédiatement demi-tour vers les plateformes. Delphia les gratifie d’un grand sourire enjôleur en prétextant qu’elle avait oublié son indispensable rouge à lèvres dehors. Avec un large mouvement de sa chevelure noire, elle entame une volte-face, aussitôt imitée par ses amis. Mickael constate qu’elle a profité de ce mouvement pour saisir discrètement son Jambia.
« Si Delphia sort son poignard, c’est qu’elle ressent un certain risque et que ça va bientôt chauffer » se dit Mickael en remontant derechef sa manche gauche. Il pourra lui aussi utiliser son pistolet de poing si nécessaire.
Delphia leur ordonne de trouver un autre moyen de sortir. Elle commence, suivie de ses amis, à fendre la foule rapidement pour se placer devant l’ascenseur. Albert observe les plateformes qui redescendent vides de l’autre côté des chaînes et annonce :
- Il y a exactement 12 secondes entre chaque passage, donc on doit monter à environ 2 km à l’heure.
Mickael, tout en maudissant intérieurement ces mathématiciens qui mettent tout en équations et en nombres, murmure:
- Écoutez-moi bien, on ne monte pas là-haut. Si Albert a raison, on peut sauter tous les quatre en même temps pour atterrir sur l’autre plateau. D’accord? Alors on attend la cinquième plateforme descendante : une deux …………….. Delphia, t'es folle !
Cette dernière s’est élancée sans les attendre. Elle préfère toujours être la première à affronter le danger. Son air farouche lui donne l’apparence d’une walkyrie ou d’une amazone, mais avec deux seins, ne peut s’empêcher de penser Mickael. Comme à son habitude, il rate magistralement la marche et s’étale de tout son long sur la plateforme.
- Je suis à tes pieds, ô déesse sublime, bredouille-t-il pour ne pas paraître trop emprunté.
Delphia balance la tête de gauche à droite en soupirant. À peine arrivée en bas du système, elle saute puis s’accroupit, les sens en alerte. Tous la rejoignent. Tapis dans l’obscurité, ils cherchent une issue à leur situation incongrue. Un ensemble de cinq galeries se présente devant eux et personne ne sait laquelle pourrait mener à une quelconque sortie. Pris d’une inspiration subite, Mickael sort son grand fil de rasoir et noue l’une des extrémités à une plateforme et l’autre à un des piliers. Le système essaie en grinçant de rompre cette attache inattendue et finalement s’arrête dans un grand bruit. Des voix se mettent à hurler dans une langue inconnue. Le martèlement des pas lourds de gardes avançant dans leur direction les galvanise. Sans hésiter, ils se lancent dans une des conduites noires, guidés par Delphia dont le sens de l’orientation est sans faille.
- Louis, tu pourrais allumer la lumière ? demande Mickael pour détendre l’atmosphère.
Entendant leurs poursuivants se rapprocher dangereusement, leurs pas s’accélèrent et c’est en courant qu’ils continuent leur progression. Un vacarme assourdissant retentit soudainement et un frémissement parcourt l’ensemble de la structure. Les murs et les planchers commencent à bouger fortement, donnant l’impression de tremblement de terre. Pressentant la nécessité de sortir de ce piège au plus vite, Delphia vire brusquement à gauche et plonge dans un siphon noir rempli d’eau. Sans réfléchir, ses amis la suivent et sautent dans le boyau. Albert et Louis se cramponnent l’un à l’autre tandis que Mickael est balloté en tout sens. Tantôt sa tête émerge de l’eau, tantôt elle y disparaît. La chute paraît durer une éternité. Ses poumons ressentent un manque d’air chronique, sa vue se brouille, son cœur palpite. L’évanouissement le guette quand tout à coup le voilà éjecté de la canalisation à la vitesse d’une balle de canon. L’eau très froide du lac de la propriété l’accueille dans un grand plouf. Sa vision reste trouble et après une grande bouffée d’air pur, il peut de nouveau respirer à pleins poumons. Soulagé, il entend ses compères, eux aussi choqués, mais en vie. Il ne se rend même pas compte que dans cette chute il a perdu ses lorgnons. Sans leur laisser le temps de reprendre leur souffle, Delphia les harcèle pour rejoindre la rive opposée au château qu’ils atteignent sans encombre.
Les poursuivants ont abandonné leurs recherches et c’est en relative sécurité que les rescapés récupèrent lentement de cette sortie en catastrophe. Épuisés, ils assistent alors au plus grand feu d’artifice de leur vie tandis que la terre tremble sporadiquement. Le bruit sourd des machineries des roues s’intensifie pour finir dans une sonnerie persistante et stridente. Ils se bouchent les oreilles tellement le tintamarre devient stressant, mais ne peuvent détacher leurs yeux de ce musée illuminé de toutes les couleurs du feu d’artifice.
- Regardez, elle bouge et commence à monter ! hurle Albert en leur tapant à plusieurs reprises sur les bras.
Effectivement, l’ensemble de la structure oscille avant de se mettre à quitter le sol. Des flammes apparaissent sous l’édifice. Soudain, le bâtiment se détache lentement puis s’élève dans les airs comme le font les montgolfières. Des flammes impressionnantes apparaissent à la base du musée et accélèrent le décollage. Dix mètres, cinquante mètres, plus vite, plus haut… Cette énorme boule de feu s’envole littéralement et s’éloigne rapidement de la Terre, laissant un cratère immense en lieu et place du musée. Très rapidement, elle devient un unique petit point dans le ciel, identique à une étoile. Puis elle disparaît complètement à leurs yeux.
Albert est bouche bée et répète inlassablement :
- Newton s’est trompé, Newton s’est trompé, Newton a oublié un paramètre…
Transis de froid, ils restent serrés les uns contre les autres, hébétés. Mickael livre d’une voix grave ses pensées :
- Je l’avais dit. Ce Sensézar n’est pas normal. Je pressentais qu’il cachait quelque chose, mais là, ça dépasse mon entendement. Je comprends maintenant le vrai sens de son discours quand il parlait de nous réunir dans son univers. Il a kidnappé nos collègues pour les emmener on ne sait où. Voyagent-ils vers le soleil ou vers une autre planète ? Ce Zagbou est-il un extraterrestre ?
Après un long moment de silence où chacun reste prostré par ce qu’il vient de voir, Delphia regarde ses compagnons de survie et sa voix grave résonne dans la nuit :
- Je suis du même avis que Mickael. Nous venons d’assister à quelque chose de surréaliste, de surnaturel. Sans notre évasion, nous serions nous aussi kidnappés par cet être maléfique. Nous restons les seuls témoins de cet évènement étrange. Tous les meilleurs esprits de notre civilisation viennent de s’évaporer sous nos yeux. Je décide dès à présent de consacrer le reste de mon existence à les retrouver et à comprendre ce qui s’est déroulé ce soir. Allons nous reposer, nous en avons grandement besoin. Nous verrons demain ce qu’il nous est possible de faire.
Tous acquiescent aux paroles de Delphia et font le même serment. Ils se dirigent, harassés, vers leurs domiciles respectifs. En chemin, la jolie métisse se penche subitement vers son mari en lui susurrant à l’oreille:
- Tu te rends compte. Tous ces savants qui viennent de s’envoyer en l’air. Si on rentrait pour le faire aussi ?
Mickael met ses lorgnons verts de rechange en pensant: si elle aussi commence à faire de l’humour, je ne sais pas ce que l’humanité va devenir.
Comme d’habitude, les secours arrivent juste après la bataille. Les quatre compères sont interceptés par une meute de policiers et de gendarmes. Ils passent rapidement du statut de victimes à celles de complices. Embarqués presque manu militari dans un fourgon, ils se retrouvent parqués au deuxième étage de l’hôtel de police. Delphia n’arrête pas de râler, de crier, d’appeler. Louis et Albert, d’un calme olympien, papotent près de la fenêtre. Albert est exalté à l’idée de trouver une explication sensée à cette disparition, de découvrir l’équation qui a permis l’envol du musée de Zagbou. Il parle à Louis de masse, de kilos, de tonnes et de l’énergie nécessaire pour soulever cette structure. Louis l’écoute d’un air distrait. Plongé dans son monde intérieur, il tente de comprendre les lumières diffuses, les différentes teintes aperçues pendant la soirée. Tous les deux notent sur un petit calepin leurs impressions et les questions y afférant. Mickael boude dans son coin, évitant de trop regarder sa belle Delphia. Faisant table rase de ses retrouvailles sensuelles avec sa dulcinée, il réfléchit aux raisons de cet évènement et à ses implications. Déjà un plan germe dans son esprit aventureux. Il va retrouver ce Sensézar et sauver les malheureux captifs. Il s’imagine ouvrir les geôles pour les libérer et être accueilli comme un héros, comme le Sauveur.
La porte s’ouvre. Un individu très grand arborant fièrement une grosse moustache comme pour affirmer sa virilité s’arrête sur le seuil sans un mot. Mickael le reconnaît instantanément, c’est le fameux commissaire Marcel Guillaume, surnommé l’as de la PJ. Il regarde longuement chaque personne à tour de rôle en caressant amoureusement sa bacchante. Delphia s’avance vers lui, mais d’un seul geste de la main, il l’arrête dans son mouvement. Marcel avance lentement d’un pas boitillant en s’appuyant ostensiblement sur sa canne. Il s’assoit ensuite à califourchon sur une chaise et demande, les avant-bras fermement appuyés sur le dossier :
- Alors ?
À cette seule question, tout le monde se met à donner sa version des faits en même temps. Au bout de cinq minutes de brouhaha, le commissaire leur demande vigoureusement de parler chacun à leur tour, en commençant par Delphia en galant homme qu’il est.
L’interrogatoire dure plusieurs minutes. Il est surprenant de voir ce fameux commissaire ne prendre aucune note et écouter sans les interrompre. Il stoppe simplement assez sèchement Albert quand celui-ci veut exprimer son analyse sur l’énergie nécessaire pour bouger le bâtiment et décrire les équations qui pourraient expliquer le phénomène.
De sa voix grave et mesurée, Marcel conclut :
- Je vois que vous avez eu l’intuition de vous enfuir au bon moment et que la réaction spontanée de Madame vous a sauvé d’un triste sort, dit-il en s’inclinant respectueusement vers Delphia. Vous comprendrez que cette affaire déclenche une polémique à tous les niveaux de l’État. La presse attend dehors pour nous arracher des informations. Pour l’instant, rien n’a filtré, les journaux ne soupçonnent pas votre existence. Je vais devoir de mon côté expliquer la situation à ma hiérarchie. Il me faut trouver une solution avant que vous ne puissiez rentrer chez vous.
Sans prendre la précaution de frapper à la porte, un gendarme fait irruption dans la pièce avec plusieurs feuilles à la main qu’il tend au commissaire. Ce dernier se lève et commence à arpenter la pièce d’un pas claudicant. Il prend tout son temps pour lire en silence le rapport.
Enfin il daigne leur donner les informations reçues :
- C’est la liste officielle des disparus. Pour les scientifiques : Vingt-deux physiciens, dix-huit mathématiciens, dix médecins, cinq chirurgiens, trois anesthésistes, cinq géologues et trois professeurs d’université. Ce Sensézar a l’air de s’intéresser aux sciences, tout comme vous Monsieur Albert Einstein. Il a également l’air de s’intéresser à la culture comme Monsieur Louis Lumière: trois cinéastes, cinq romanciers, quatre acteurs, un philosophe, deux photographes et trois mannequins. La spécialité de Madame Delphia Kolvaski n’est pas épargnée: trois anthropologues, deux égyptologues, un spécialiste des cultures mayas et aztèques. Toutes les religions sont représentées avec deux prêtres, un imam et un moine bouddhiste. Tiens, pas de représentant juif. On décompte de plus une vingtaine de politiciens de tous bords et cinq généraux. À moins que Monsieur Fragon ne soit juif ou ministre, dit-il avec un léger sourire en direction de Mickael. Bref, une longue liste macabre de ces intelligences et de leurs connaissances maintenant disparues. Quelle affaire ! J’oubliais : on a trouvé des traces de gaz sur vos vêtements et ils sont totalement inconnus. Vous êtes les seuls rescapés. Permettez-moi de penser que vous êtes chanceux. Je vais être obligé de vous mettre au vert pendant quelques jours dans un hôtel et vous demander de ne pas en bouger. J’ai besoin de vous pour comprendre pourquoi tout ce charivari, vous êtes mes seuls témoins.
Tout en exposant les faits, le commissaire continue de faire les cent pas. Il bougonne sans jamais arrêter de triturer sa moustache.
Mickael intervient pour expliquer tout haut sa théorie relative à une puissance extra-terrestre qui aurait enlevé pour une obscure raison l’intelligentsia humaine. Il appuie son argumentation avec l’aide d’Albert sur le décollage de ce bâtiment, preuve irréfutable que les moyens employés ne sont pas compatibles avec la connaissance scientifique actuelle. Delphia surenchérit avec les détails notés sur l’accoutrement des gardes, la couleur de leurs vêtements et les armes singulières aperçues. Afin d’aider de leur mieux les forces de l’ordre, tous donnent leur accord pour une retraite forcée. Mickael exige cependant une chambre double avec Delphia. Pour éviter de devenir la proie des journalistes déchaînés, un sergent les guide le long de couloirs et de portes dérobées afin de les conduire dans leur demeure provisoire.
Les chambres sont somptueuses et dotées de tout le confort. Delphia se fait couler un bain moussant relaxant tandis que Mickael opte pour une douche afin d’enlever toute trace de boue. Puis il se blottit dans le lit en attendant le moment délicieux où il pourra se repaître du parfum et de la douceur de la peau de sa femme.
Elle le secoue le lendemain matin pour le réveiller, sans omettre de lui faire comprendre qu’elle a été très déçue de le retrouver ronflant comme un buffle après son bain.
Les quatre compères se retrouvent autour d’un petit déjeuner gargantuesque et le savourent en silence. Tous les journaux mis à leur disposition relatent les évènements de la vieille. Les éléments en possession des journalistes sont peu nombreux. Certains évoquent une trentaine de scientifiques disparus, d’autres de quatre cents. Toutes les hypothèses sont avancées: coup des Russes, enlèvement par des Chinois, mafia sicilienne pour une rançon, vengeance des États-Unis et de la Grande-Bretagne, voire même de l’Allemagne. Certains supposent que tout n’est qu’une invention pure et simple du gouvernement sous prétexte de lever des impôts supplémentaires et augmenter le budget de la police. Aucun ne mentionne un évènement extraterrestre. Aucune allusion sur les quatre survivants, le secret a bien été gardé.
- Dis donc, Mickael, tu lis maintenant le journal sans lunettes. Toi, bigleux comme pas un, tu arrives donc à t’en passer, dit Delphia en lui agitant devant les yeux sa petite paire de lorgnons de rechange.
- Arrête, tu vas m’éborgner. Je vois très clair depuis mon réveil. Et toi, tu ne veux qu’une chose, m’ôter cette délicieuse sensation de t’observer telle que tu es, divine.
