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On dit souvent que le hasard réserve de belles surprises… Emma, une jeune Française trompée par son ex-petit ami, décide de partir s’installer à l’autre bout du monde pour reprendre sa vie en main. Arrivée au Canada, elle rencontre Sébastian, un homme mystérieux qui lui vient en aide à la suite d’une agression dans la rue. Son regard profond couleur émeraude et son charisme font chavirer le cœur d’Emma. Que réserve cette rencontre pour son avenir ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Claire Humbert s’engage dans des études de lettres modernes avec pour objectif de devenir enseignante. Elle se plonge dans la lecture avec avidité, mais son amour pour l’écriture la pousse également à se lancer dans la création d’une romance captivante. "Le charme de l’émeraude" est son premier ouvrage publié.
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Seitenzahl: 253
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Claire Humbert
Le charme de l’émeraude
Roman
© Lys Bleu Éditions – Claire Humbert
ISBN : 979-10-422-2878-1
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
À mon Chouchou, mon Poussin, ma Bichette,
ma Malo, mes parents, famille et amis.
Merci à vous qui m’avez encouragée dans cette aventure ! Je vous aime.
Enfin ! Depuis plusieurs semaines, je n’ai été que l’ombre de moi-même. Maintenant, je me sens mieux, neuve. Mon esprit est clair et léger. J’ai passé ces derniers mois à essayer d’oublier… ou plutôt à essayer de l’oublier, lui. Et le seul moyen que j’ai trouvé, c’est de partir, loin, et de tout recommencer. Après tout, qu’est-ce qui me retient ? Absolument rien… Je n’ai plus de famille, mes parents étant décédés il y a quelques années d’un accident de voiture. Je n’ai pas de véritable ami, les seules personnes que je fréquente sont les amis de mon ex, et je veux absolument oublier cet homme et tout ce qui s’en rapproche. Et en plus, je suis mon propre patron. Alors non, rien ne me retient. C’est pourquoi je me suis décidée à partir pour la Nouvelle-Écosse, ce coin que j’ai adoré quand je l’ai visité plus jeune lors d’un voyage scolaire. J’ai tout préparé : j’ai trouvé une maison dans une petite ville perdue, j’y ai envoyé le peu d’affaires personnelles que je possède et j’ai réservé mon billet d’avion. Tout est fin prêt ! Ma nouvelle vie commence !
Je débarque vers quatre heures du matin à l’aéroport d’Halifax. Je récupère mes quelques bagages et sors pour trouver un taxi. J’en trouve un rapidement malgré l’heure matinale, mets mes sacs dans le coffre et m’installe à l’arrière. Nous sommes en plein mois de janvier, et la neige tombe calmement à gros flocons. Je remonte mon col de manteau et réprime un frisson. J’indique ma nouvelle adresse au chauffeur qui se met en route prudemment à cause de la route enneigée.
Pendant tout le trajet qui me mène à ma nouvelle vie, j’observe ces paysages qui me rappellent des souvenirs d’enfance. Je les vois de mieux en mieux à mesure que le jour grandit. Nous longeons la côte et je découvre la mer qui s’étend à perte de vue. Une plage magnifique se dessine et je peux distinguer les vagues qui s’écrasent contre les quelques rochers qui s’y trouvent. De l’autre côté s’élève une petite colline dont les arbres sont couverts de neige, assez escarpée, derrière laquelle le soleil apparaît timidement. Je suis émerveillée par ce que je vois, et mon sentiment de liberté grandit encore plus en moi. Pour la première fois depuis des mois, je me sens bien. Tout laisse présager que cette nouvelle vie sera définitivement meilleure que l’ancienne. Épuisée par le voyage, je m’assoupis dans la voiture. Quand le chauffeur ralentit, je me réveille, avec le cou un peu douloureux. Je n’ai pas dormi longtemps, mais suffisamment pour être arrivée enfin à destination. Le taxi stoppe devant une maison blanche, entourée d’une clôture blanche également, comme on en voit parfois dans les vieux films.
— Vous êtes arrivée… me dit le chauffeur d’une voix monotone.
Je règle la course et sors de la voiture. Je récupère mes bagages, ouvre le portillon et me dirige vers la porte d’entrée. J’en profite pour jeter un œil à la boîte à lettres qui porte déjà mon nom, ce qui me rassure… Au moins, je me trouve au bon endroit ! Arrivée sur le perron, je pose mes bagages et fouille dans mon sac à main pour trouver mes clés. J’ai vérifié quinze fois que je ne les avais pas oubliées, ce qui aurait été dramatique étant donné que l’agence immobilière n’a plus de double. Je finis par les trouver dans mon fouillis et j’ouvre la porte de ma nouvelle demeure. Je n’ai jamais mis les pieds dans cette maison, pourtant, je la connais déjà très bien. Il est vrai que j’ai acquis ce bien d’une manière peu conventionnelle. J’ai acheté en me basant sur des photos et des vidéos que l’agence immobilière proposait sur son site Internet. J’ai d’ailleurs eu un peu peur de me faire avoir, mais maintenant que je la vois de mes propres yeux, je suis soulagée. Devant moi se trouve un long couloir qui mène, à gauche vers la cuisine, et à droite vers la salle à manger, le salon et la bibliothèque. Tout de suite à gauche dans l’entrée se dresse l’escalier qui mène aux deux chambres et à la salle de bain. J’ai littéralement eu un coup de cœur pour cette petite maison. Et c’est grâce à l’argent que j’ai réussi à mettre de côté que je l’ai achetée. Elle n’est pas très grande, mais c’est largement suffisant pour moi seule…
J’avance un peu dans le couloir, jette mon manteau sur mes bagages et croise mon image dans le grand miroir en pied qui se trouve dans l’entrée.
— Eh bien ! Ma pauvre Emma, une bonne douche et quelques heures de sommeil ne seraient pas du luxe ! pensé-je tout haut.
Mes longs cheveux bruns sont un peu en bataille et mes grands yeux marron sont cernés. Je suis habillée comme à mon habitude : un jean, un pull noir tout simple et des Converses. La mode et moi n’avons jamais été très amies. La plupart du temps, je prends ce qui vient dans mon placard, et comme je n’ai pratiquement que des jeans et des pulls, le choix est vite fait. Je m’éloigne du miroir, un peu dépitée par mon apparence, et j’entreprends de ranger mes bagages. Je m’affaire pendant une bonne heure et une fois tout à peu près à sa place, je me dirige vers la salle de bain pour prendre une bonne douche. Je me sèche rapidement les cheveux, enfile un T-shirt et un vieux short et je me glisse dans les draps propres de mon lit. Je jette un coup d’œil à mon réveil : 9 h 35. Je vais m’octroyer un peu de sommeil pour récupérer du voyage. Je m’endors presque aussitôt.
Quand je me réveille, il fait plus sombre. Je me sens lourde. Je n’ai jamais aimé dormir dans la journée, le réveil est toujours difficile ensuite. Je m’assieds sur mon lit et regarde de nouveau l’horloge. Il est 16 h. J’ai dormi plus que ce que je pensais. C’est pour cela que je me sens vaseuse. Je me lève, enfile un jean et un pull sortis de mon armoire au hasard, mets mes chaussures, attache rapidement mes cheveux, et décide d’aller visiter le coin. Je suis assez restée enfermée pour aujourd’hui, je ressens le besoin de me dégourdir les jambes. Je descends, enfile mon manteau et sors de chez moi. Un vent glacial souffle au même moment et un frisson parcourt ma colonne vertébrale. Je remonte mon col et me mets en route.
Ma maison se situe à l’entrée de la ville, un peu en retrait par rapport au reste des habitations. J’ai volontairement recherché cet isolement. J’ai un grand besoin de solitude et de tranquillité. C’est aussi pour cela que j’ai décidé de m’installer dans une petite ville, assez petite pour être tranquille, mais suffisamment grande toutefois pour posséder les commerces qui me permettront de vivre sans avoir à en sortir.
J’arrive au bout d’une dizaine de minutes au centre-ville. Je m’y promène quelque temps en essayant de mémoriser où se trouve chacun des lieux que je vois : épicerie, librairie, boulangerie… Cela ne sera pas trop difficile puisqu’il y a peu de magasins. Puis, je décide de continuer mon chemin en remontant vers un petit parc non loin de là où se dresse une jolie petite église. Plus je m’éloigne du centre, plus les silhouettes se font rares, bien que peu nombreuses déjà. J’arrive aux abords de l’église et entre dans ce que je crois être un parc. Il s’agit en fait d’un petit cimetière, très sobre, avec de la pelouse et des carrés de fleurs. Je le traverse rapidement, et en sors par l’arrière, me sentant tout à coup mal à l’aise dans ce lieu de recueillement. Je m’en éloigne et arrive sur un petit sentier. Je m’arrête et regarde aux alentours. Je ne sais pas trop quelle heure il peut être, mais la nuit commence à tomber. Je décide de repartir chez moi par où je suis venue, c’est-à-dire par la ville. Les habitants se font rares. Je ne croise que deux personnes dans le centre-ville. Je longe ensuite le trottoir qui mène chez moi. J’avance tranquillement, je ne suis pas pressée de rentrer. Je veux encore profiter de l’air frais du soir. Je continue ma route, et, au bout d’un moment, je vois au loin deux passants qui avancent en sens inverse. Ils vont vers le centre-ville, alors que moi, je vais dans l’autre sens. Plus ils approchent, plus je me dis que quelque chose ne va pas. Ils ont l’air d’être ivres. Leurs pas ne sont pas très assurés et ils titubent. D’ailleurs, je crois distinguer quelque chose dans la main droite du plus grand, probablement une bouteille. Ils approchent et ne donnent pas l’air de m’avoir remarquée. Tout à coup, je ne me sens pas très rassurée. Je veux changer de trottoir rapidement, mais discrètement, avant qu’ils ne remarquent ma présence. L’autre côté de la route est dans l’ombre, cela m’aurait permis de passer inaperçue. Mais ils sont trop près de moi maintenant pour que je traverse sans être vue, donc je me borne à forcer le pas en tâchant de ne pas regarder dans leur direction. C’est alors que l’un d’eux m’interpelle. Je sursaute.
— B-bonsoir… bafouille-t-il.
— Bonsoir, réponds-je rapidement sans m’arrêter, en espérant qu’il n’insiste pas.
Et j’accélère un peu le pas. À ce moment précis, j’ai vraiment envie de rentrer chez moi. Mais son compagnon prend la parole à son tour.
— Eh ! Tu es nouvelle dans le coin ? demande-t-il intrigué, en se tournant vers moi avec un grand sourire dévoilant quelques dents noircies probablement par le tabac.
Voyant que je m’éloigne sans répondre, ils font demi-tour pour me suivre et le plus grand ajoute :
— Te sauve pas, on va pas t’manger. On veut juste discuter.
Ils m’ont presque rattrapée. J’ai une peur bleue. Je m’apprête à crier si jamais ils me touchent. Pourtant, une espèce de boule s’est coincée dans ma gorge et probablement aucun son ne pourra sortir en cas d’attaque. Je prends alors mon courage à deux mains et me retourne brusquement vers les deux hommes. Ils sont beaucoup plus proches que je ne le pensais. Je leur fais face. J’inspire un grand coup et dis sèchement :
— Laissez-moi tranquille, j’aimerais rentrer chez moi !
Je refais demi-tour pour repartir en courant en direction de ma maison, mais l’un d’eux m’attrape le bras et m’attire vers lui. Je vois alors son visage de plus près. Il est grand et brun, avec des cheveux très courts. Il doit avoir une petite trentaine d’années, comme moi, et il sent l’alcool à plein nez. Son copain s’est approché aussi. Il est blond et un peu plus petit que son acolyte. Ils ne sourient plus maintenant. Ils ont un regard méprisant.
— À qui tu crois parler comme ça ? crie-t-il en me postillonnant dessus.
Et il serre mon bras encore plus fort. Je veux crier, mais comme je le pressentais, aucun son ne peut sortir de ma gorge.
— Que j’ te laisse ? Mais on va pas t’ faire de mal, si tu nous y forces pas… ajoute-t-il en jetant un regard complice à son copain. On va s’amuser un peu tous les trois, d’accord ?
Il s’approche encore plus de moi en resserrant son étreinte autour de mes bras, comme pour essayer de m’embrasser de force. Mais tout à coup, il tombe en arrière. Je crois d’abord qu’il est tombé tout seul, vu l’état d’ébriété dans lequel il se trouve, mais je me rends compte que ce n’est pas possible vu la vitesse à laquelle c’est arrivé. C’est alors que je vois que le blond est aussi sur le sol, tombé face contre terre. Je discerne une autre personne avec nous. C’est un homme assez jeune, dans la trentaine également. Il a des cheveux bruns un peu en bataille et un visage à la mâchoire carrée. Je ne vois malheureusement pas son regard ni la couleur de ses yeux dans l’obscurité. Il porte un jean et une veste noire. Mes agresseurs essaient de se relever, mais l’inconnu les en empêche. Il empoigne le plus grand par le col et approche son visage de ce dernier.
— Excuse-toi immédiatement et déguerpis, dit-il tout bas d’un air à la fois calme et menaçant. Si je revois l’un de vous dans les parages, je ne serai pas aussi indulgent…
Sa voix est grave, mais très apaisante pour moi. L’homme saoul, lui, se relève tant bien que mal et se fige devant mon défenseur.
— Tu t’ prends pour qui ? Toi, tu dégages ! On parlait avec la demoiselle.
— Je ne le répéterai pas… insiste mon inconnu qui ne le lâche pas du regard.
L’ivrogne tente alors de le bousculer, mais mon sauveur l’évite facilement et lui décoche un coup de poing à l’estomac qui coupe le souffle de mon attaquant, qui s’effondre.
L’autre homme, voyant comment tourne la situation, aide son compagnon à se relever et les deux ivrognes déguerpissent aussitôt, aussi vite que leurs jambes et leur état le leur permettent. Je les regarde s’éloigner et après quelques secondes, ils disparaissent dans la pénombre de la nuit.
Je ne me rends compte que je suis tombée moi aussi que quand l’inconnu me prend les mains délicatement pour m’aider à me relever. Son contact m’électrise aussitôt…
— Est-ce que ça va ? me demande-t-il inquiet. Ils ne vous ont rien fait ?
Il me fixe intensément, en attendant ma réponse. Je vois son regard à présent. Il a les yeux verts, d’un vert très profond. Ses deux émeraudes me fixent intensément. Il doit en effet avoir à peu près mon âge. Je mets quelques secondes pour me ressaisir.
— Euh non, ça va ! dis-je un peu secouée. Grâce à vous ! Merci beaucoup !
— Je vous en prie.
Nous nous regardons tous les deux, sans rien nous dire pendant quelques secondes puis il brise le silence de sa voix calme et suave.
— Voulez-vous que je vous raccompagne jusque chez vous ?
— Oh, c’est gentil, mais vous m’avez assez aidée, je ne veux pas vous déranger plus, réponds-je en rougissant. Et puis, j’habite la dernière maison là-bas.
Je lui montre du doigt où j’habite. Ma main tremble, et il s’en aperçoit.
— Vous avez l’air sous le choc, dit-il. Vous êtes certaine que ça va aller ?
Il a raison, je suis totalement hébétée. Je tremble, mais ce n’est pas uniquement à cause de mon agression, ça vient aussi de lui. Je ne parviens pas à savoir pourquoi, mais je ne peux pas détacher mon regard du sien. Je suis comme hypnotisée. Il est vraiment très beau. Ses traits sont parfaits, sa voix cristalline, et son parfum enivrant. Je me sens gênée. Et je comprends pourquoi immédiatement. J’ai été attirée par lui, à la seconde même où je l’ai vu. J’essaie de recouvrer mes esprits, ce qui me prend quelques secondes. Je lui réponds en bafouillant :
— Oui, merci, ça va aller maintenant.
— D’accord, dit-il.
Il me sourit et ajoute :
— Au fait, je m’appelle Sébastian. Sébastian Hansen.
— Emma Laurent, réponds-je.
— Ravi de faire votre connaissance, mademoiselle Laurent, même dans ces conditions, dit-il en s’inclinant galamment.
Je rougis derechef et il me sourit.
— Alors à bientôt, Emma, lance-t-il en s’éloignant.
— Au revoir, et encore merci, réussis-je à articuler difficilement.
Il se dirige doucement vers les lumières de la ville. Je secoue la tête pour recouvrer ma raison et je reprends rapidement le chemin de la maison. Quand j’arrive sur le perron, ma main tremble toujours et il me faut quelques secondes pour réussir à mettre la clé dans la serrure. Je finis par y arriver, je rentre rapidement et referme la porte derrière moi à double tour. Malgré mes heures de sommeil, je me sens exténuée. Je me déshabille et monte me coucher aussitôt. Mon lit est encore défait de ma longue sieste. Je me glisse dans les draps et essaie de dormir. Je me sens agitée. Je repasse le film de ce qui vient de se produire.
En y repensant, je suis prise de tremblements. Le contrecoup de l’agression, probablement. Jamais je ne pourrai assez remercier ce bel inconnu de m’avoir sortie de ce mauvais pas. Heureusement, il y a eu plus de peur que de mal. Je me sens vidée et pourtant, quelque chose m’intrigue. Pourquoi ai-je été aussi maladroite en lui parlant ? Habituellement, je suis plutôt à l’aise pour parler aux gens, même quand je ne les connais pas. C’est sûrement dû à la situation. Mais je suis trop épuisée pour répondre à cette question ce soir. Je me retourne de l’autre côté et finis par m’endormir.
Je me réveille le lendemain, reposée. J’ai plutôt bien dormi. Je n’ai pas pensé que ce serait possible étant donné les événements de la veille. Je me lève, prends une douche rapidement et me prépare. Ensuite, je descends à la cuisine pour prendre mon petit déjeuner. Je fais enfin un brin de ménage dans la maison avant de m’installer devant mon ordinateur portable. Cela fait des semaines que je n’ai pas écrit. Depuis toute petite, j’ai voulu devenir écrivain. Après mes études de lettres, j’ai essayé de commencer à écrire des petites nouvelles et des albums pour enfant. Mais ce que je veux vraiment faire, c’est écrire des romans. Quand mon histoire avec Alex s’est finie, je n’ai pas réussi à reprendre la plume. Quelque chose s’est brisé en moi, et jusqu’à aujourd’hui, je n’ai plus eu envie d’écrire. Pourtant, en me levant ce matin, des milliers d’idées germent dans mon esprit. Je comprends qu’il est temps de m’y remettre. Après tout, en plus de ma passion, c’est aussi mon gagne-pain. Il me reste encore quelques économies, mais ce n’est pas plus mal que je m’y remette. Je me mets donc à écrire, sans voir le temps passer. Je suis totalement déconnectée du monde réel quand j’écris. Pourtant, un bruit vient me distraire. Quelqu’un vient de frapper à la porte. Je jette un coup d’œil à l’horloge. Il est 19 h 10. J’ai passé ma journée devant mon ordinateur. Je ne suis ni coiffée ni habillée correctement : mes cheveux sont attachés en une queue de cheval désordonnée, je porte un jean brut slim et un T-shirt blanc. Je me lève et me dirige vers la porte d’entrée. J’écarte discrètement le rideau pour voir de qui il s’agit. Je préfère être prudente après ce qu’il s’est passé hier soir. J’aperçois une silhouette vaguement familière, la même que j’ai vu la veille penchée au-dessus d’un de mes agresseurs. C’est Sébastian ! Mon cœur fait un bond dans ma poitrine. Que fait-il ici ? Je déverrouille la porte maladroitement et l’ouvre.
— Bonsoir, me dit-il en souriant légèrement.
— Bonsoir, réponds-je en lui retournant son sourire, mais très timidement toutefois.
— Je ne vous dérange pas ?
— Non, non, pas du tout…
— Je venais m’assurer que vous alliez bien, continue-t-il.
— Ça va, grâce à vous ! Je ne saurai jamais assez vous remercier !
— N’importe qui en aurait fait autant.
Son regard vert émeraude est plongé dans le mien. Je ne peux pas m’en détourner. Je suis à nouveau comme hypnotisée. J’ai même du mal à me concentrer tant il me trouble. Il me sort de ma rêverie en me posant une question.
— Est-ce qu’on peut se tutoyer ? me demande-t-il poliment.
— Bien sûr… lui réponds-je.
— Je me demandais si tu me permettrais de t’inviter à dîner ce soir, dit-il sans cesser de me sourire.
Je ne m’attendais pas du tout à cette question ! Je mets quelques secondes avant de répondre en me reprenant.
— Euh, bien sûr, avec plaisir. Tu me laisses quelques minutes pour me changer ?
— Bien sûr, je t’attends là, dit-il calmement.
— Non, entre, il fait un froid de canard dehors.
Il fait effectivement très froid et son manteau n’a pas l’air très épais. J’ouvre complètement la porte pour le laisser entrer.
— Merci, dit-il simplement.
— Je me dépêche, lancé-je en montant l’escalier pour me diriger vers ma chambre.
Arrivée devant mon placard, je prends une minute pour trouver quoi mettre. Bizarrement, je ne veux pas enfiler n’importe quoi ce soir. Je fouille dans ma penderie et je sors une jupe couleur crème, très féminine bien qu’un peu courte pour la saison, une de celle que je mets rarement, et une chemise blanche. Je choisis enfin une paire de bottes à talons marron assortis à ma tenue. Je me brosse les dents rapidement, me démêle les cheveux et les laisse détachés. Je m’assieds ensuite à ma coiffeuse et entreprends de me maquiller légèrement. Tout cela ne m’a pris que sept ou huit minutes. Je redescends l’escalier. Sébastian est là. Il n’a pas bougé. Il me regarde descendre avec une petite étincelle dans les yeux, toujours un léger sourire aux lèvres. Je rougis un peu et me demande ce qu’il peut bien penser à cet instant précis. Il prend mon manteau accroché à la patère près de la porte et m’aide à l’enfiler.
— Merci, lui dis-je un peu surprise. Je pensais que les hommes galants étaient une espèce disparue.
— En voie de disparition seulement, ajoute-t-il en me gratifiant d’un grand sourire laissant entrevoir une rangée de dents blanches parfaites.
Décidément, il est vraiment très beau. Il m’ouvre la porte et me laisse passer la première. Je referme à clé et le suis jusqu’à sa voiture. C’est abasourdie que je découvre une magnifique Porsche 911 noire, pas un des modèles récents, mais un modèle de collection. Je n’y connais pas grand-chose en voiture, mais celle-ci est superbe.
— Belle voiture, lancé-je en cachant ma surprise et en feignant l’indifférence.
— Merci, répond-il en me regardant du coin de l’œil.
Il doit sentir mon trouble, car je ne réponds pas. Il sait probablement quel effet il fait aux femmes. Il m’ouvre la portière et fait le tour pour rejoindre la place du conducteur. Il met le contact et le moteur ronronne. Nous nous mettons en route. Pendant quelques minutes, nous gardons le silence. Lui a l’air concentré sur la route, moi, je suis perdue dans mes pensées.
Je me trouve dans la voiture d’un homme que j’ai rencontré la veille et dont je ne connais absolument rien. Pourtant, cet homme me fait un effet indescriptible. Après ma rupture avec Alex, j’ai été dégoûtée des hommes. Je ne voulais plus les voir, plus en rencontrer un seul, ni faire leur connaissance. J’avais tellement été déçue. Pourtant, je me sens en confiance avec Sébastian, je ne sais pas pourquoi… C’est pour cela que j’ai accepté ce dîner. Toutefois, je vais rester sur mes gardes. Même s’il a l’air différent, je sais de source sûre que les hommes peuvent être assez futés pour arriver à leurs fins quand ils le veulent. Et moi, j’ai toujours été naïve. Je ne veux plus me faire avoir, ça fait trop mal…
Je sors de ma rêverie et nous tournons la tête au même moment. Nos regards se croisent à nouveau. Je me sens gênée quand il me regarde. Je lui pose donc une question pour détourner son attention.
— Où m’emmènes-tu ?
— Si tu me permets, j’aimerais te faire la surprise, répond-il en souriant.
— Oh, euh… D’accord.
Je tourne la tête vers la fenêtre et regarde dehors. Mais je sens trop sa présence. Sans pouvoir m’en empêcher, je tourne doucement mes yeux vers lui pour l’observer. Il ne paraît pas s’en apercevoir. Je reste comme ça quelques secondes, peut-être plus, à le regarder, à le détailler, à imprimer chacun de ses traits dans mon cerveau. Il me fascine, j’ignore pourquoi.
— C’est impoli de dévisager les gens comme ça, me dit-il soudain sans me regarder, un léger sourire en coin sur les lèvres.
Je sursaute et me mets aussitôt à rougir. Il tourne les yeux vers moi, toujours souriant.
— Euh, excuse-moi, bredouillé-je comme je peux, très gênée de la situation.
Je détourne rapidement la tête. Maintenant, c’est lui qui me dévisage avec un air amusé. J’essaie de l’ignorer en regardant la route, mais c’est difficile. Je suis un peu vexée qu’il m’ait surprise. Mais d’un autre côté, il paraît amusé. Je décide donc de répondre sur le même ton que lui.
— Je croyais que c’était impoli de dévisager les gens… lui dis-je en feignant d’être sérieuse, un léger sourire sur les lèvres.
Il sourit, laissant entrevoir ses superbes dents blanches. Décidément, il est parfait. Rien ne cloche chez lui.
— Touché ! répond-il, encore un peu plus amusé.
Nous nous regardons maintenant. Nous ne disons plus rien pendant quelques secondes, puis il reprend la parole.
— Alors, dis-moi Emma, tu as l’air nouvelle par ici, quand as-tu emménagé ? demande-t-il pour changer de conversation.
— Hier, réponds-je.
— Hier ? reprend-il surpris. Tu n’as pas eu de chance pour ton premier jour !
— Ça dépend de quel point de vue on se place, ajouté-je plus bas, comme pour moi-même.
— Que veux-tu dire ? demande-t-il, intrigué.
— Disons que c’est assez long à expliquer…
— Nous avons toute la soirée, dit-il pour m’encourager.
— Je suis venue ici pour tout recommencer et quand je suis arrivée hier, je me suis sentie heureuse comme je ne l’avais pas été depuis très longtemps. Enfin, jusqu’à ma rencontre avec mes deux amis… ajouté-je en ironisant.
Sébastian sourit à ma remarque, mais rebondit toutefois sur mes propos précédents.
— Il y a un homme derrière tout ça, n’est-ce pas ?
Je rougis légèrement, mais ne réponds pas, et mon silence en dit long. Il le respecte et ne continue pas sur le sujet.
Quelques minutes plus tard, nous arrivons dans une autre ville, beaucoup plus grande que celle où je me suis installée. Sébastian tourne à droite puis à gauche et arrive dans une petite ruelle à sens unique. Il se gare le long du trottoir et vient m’ouvrir la portière.
— Décidément, tu es bien trop galant, ce n’est pas normal ! m’écrié-je amusée et surprise.
Il sourit, un peu gêné par ma remarque.
— Le restaurant est juste au coin de la rue, dit-il pour changer de sujet.
Nous nous dirigeons tous deux vers le petit restaurant qui se trouve un peu plus loin. Arrivés devant, j’inspecte de plus près la devanture et la carte qui se trouve dehors. Le restaurant est isolé, dans une rue où on ne peut le trouver que si on le connaît ou si on le cherche. En jetant un œil à la carte, je me rends compte que la cuisine est française. J’en suis très surprise, il s’en aperçoit et répond à ma question muette.
— Cuisine française dans un restaurant peu fréquenté… Ça te convient ? me demande-t-il, voyant que je regarde autour de moi.
— Tu es très observateur, tu sais… réponds-je. Je ne t’ai pas dit que j’étais Française.
— Je l’ai remarqué à ton léger accent, m’avoue-t-il. Et je me suis dit que tu aimerais être au calme après ce qu’il s’est passé hier.
— Bonne déduction, réponds-je ravie.
Il m’ouvre la porte du restaurant, me laisse entrer et me suit de près. Il parle au maître d’hôtel tout bas, et ce dernier nous demande de le suivre. Il nous conduit à une petite table au fond de la minuscule salle. Il n’y a qu’une dizaine de tables dans ce restaurant, et la salle est encore vide pour l’heure. Nous sommes les premiers clients de la soirée. Le maître d’hôtel me tient ma chaise, puis celle de Sébastian. Il nous tend les cartes et nous laisse seuls pour aller s’occuper d’autre chose. Je regarde alors autour de moi. Le cadre est magnifique. Près de nous se dresse une grande cheminée en pierre où brûle un feu de bois. Des canapés et fauteuils en cuir attendent les clients près du bar. Les murs sont d’un rouge sombre et les lumières tamisées. Les tables sont recouvertes de grandes nappes blanches qui descendent jusqu’au parquet en bois foncé. De petites bougies sont allumées sur chacune des tables.
— Ça te plaît ? me demande-t-il, voyant que je regarde autour de moi.
— C’est superbe, soufflé-je tout bas, comme si je me trouvais dans un lieu où le silence s’imposait.
C’est le bon moment pour aborder un sujet sur lequel je voulais revenir avec lui…
— Je voulais encore te remercier pour hier… sans toi, je n’ose pas imaginer ce qui se serait passé.
— Je t’en prie, dit-il simplement. N’importe qui en aurait fait autant.
— Détrompe-toi ! J’ai eu de la chance que tu passes par là.
— Oui, peut-être.
— En tout cas, je te remercie, vraiment, continué-je.
