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Dans un monde où une montagne rejoint les cieux, où des guerres enflamment le pacifique et où les cerfs gardent leurs forêts, une méduse s’ennuie. Elle erre sans but au gré des flots, elle n’a peur de rien, elle est immortelle. Jusqu’à ce qu’un aventurier tombe du ciel. Le fameux chat qui divertit les étoiles.
Elle a peur de l’ennui.
Il a peur de sa fin.
Chacun envie l’autre.
De leur amitié naîtront de nouvelles contrées, des terres inexplorées et d’étranges créatures. Ils vivront l’effroi de la guerre civile, la magie du spectacle, l’excitation de l’aventure, la crainte de la solitude et le parfum des rencontres. De l’hippocampe créateur à la baleine pacifiste, en passant par l’araignée stellaire et la taupe intrusive. C’est à la surface des mers d’Orient, dans la profondeur des mers du Nord, la froideur de la Voie lactée et la chaleur de l’amitié, qu’ils affronteront leur peur.
Dans la lignée onirique du Petit Prince, ce superbe conte philosophique nous amène à nous questionner sur la mort et l'ennui.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Emile Rose, de son faux nom, est un jeune écrivain médecin qui a grandi en Tunisie pendant la période révolutionnaire avant de revenir en France pour ses études. Il aime les mondes féériques où la forme incite les enfants à la lecture et où le fond invite les adultes à la réflexion.
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Seitenzahl: 86
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Vincent ROSE
Le Chat Médusé
Roman Court
Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN Papier : 978-2-38157-294-9ISBN Numérique : 978-2-38157-265-6
Dépôt légal : Décembre 2023
© Libre2Lire, 2023
Il y a des nuits où les étoiles s’ennuient. Mais ce soir-là, elles s’amusaient à observer un petit chat. Au milieu du cosmos, il jouait les funambules sur d’immenses fils suspendus entre les astres.
Une patte après l’autre, le félin progressait avec parcimonie. Il plaça ses bras en balancier et enroula sa queue autour du fil. Puis, prenant ses aises, il débuta la danse de ceux qui ne se soucient de rien.
Les étoiles, davantage habituées à être admirées, voulurent prendre part au spectacle. Les plus scintillantes s’improvisèrent projectionnistes sans pour autant réussir à suivre ses acrobaties. Rondade, cabriole arrière, pirouette devant les nébuleuses, toutes ces figures ne suffirent bientôt plus. Il voulut bondir plus haut, plus loin.
Hélas, sans doute agacée par tant d’audace, une odieuse comète vint le frôler. Le funambule perdit l’équilibre et tomba.
Durant sa chute, il salua Mercure, qu’il tenta de rejoindre d’une vaine brasse. Puis, il se prélassa sur le dos et s’éprit des caresses du vent. Lorsqu’il croisa les cigognes postières d’amour, le félin tourna le dos au ciel pour admirer la terre. Face à lui se déployait une immense nappe de verdure. Le paysage qui s’offrait à lui dévoilait les mille secrets de la forêt.
Les montagnes s’élevaient pour converser avec les cieux. Grelottantes, elles demandaient aux arbres de les couvrir et aux nuages de leur nouer une écharpe. L’hiver, offusqué par tant d’ardeur, peignait leur cime d’un éternel blanc et ordonnait au vent d’éroder leur ascension.
Le félin admirait cette lutte et ses nuances de brun vieillissant en une ravissante blancheur. Le sol s’approchait de plus en plus lorsqu’une touche de bleu se dessina sous lui :
À quelques secondes de la fin du voyage, il réalisa la galipette dont les chats se transmettent le secret à travers les générations.
Au bord de la rive flottait une méduse. D’une discrétion à faire pâlir les coquillages, elle décorait l’eau : pas une vague, une ombre, un murmure.
L’observatrice n’avait rien manqué de cette scène qui rompait son éternelle routine. Elle examina le funambule qui explorait les alentours. La méduse demeurait calme, inerte, presque sans vie, mais déjoua sa timidité pour l’apostropher :
Lui, qui n’avait jamais entendu la mélodieuse voix des méduses, s’approcha lentement. Dissimulée dans le décor, il mit un certain temps à discerner son interlocutrice.
Après la contemplation vint l’interprétation :
—Pourquoi dessine-t-elle une casserole ici ? demanda-t-elle en désignant un amas d’étoiles.
Ils partagèrent ensemble le rire des amitiés naissantes. Le félin, curieux, demanda :
Ils rirent à nouveau. Elle ne voulait pas qu’il parte. Pour le retenir, elle s’empressa :
Le chat s’enroula sur lui-même, prenant l’allure d’une pelote de laine dont seule sa queue rompait l’uniformité. Ses oreilles dressées vers l’avant étaient prêtes à se rabattre comme pour tenir toute confidence en chartre privée. Le clair de lune reflétait son pelage d’un bleu saphir si profond que seul l’or de ses yeux s’y révélait.
Le félin découvrait l’élégance des méduses. Dame Nature ne l’avait encombrée d’aucun squelette, d’articulations grinçantes, de sang chaud ou de poumons bruissants. Pas de fantaisie, pas de superflu, que l’éternelle beauté́ de l’essentiel, qui, dans sa symétrie parfaite, danse dans l’eau sans même que la pesanteur n’ose la perturber.
Malgré tant d’éclats, sa nouvelle amie semblait belle à ses dépens. Elle flottait comme un radeau de méduse abandonnant son corps au destin de l’eau qui l’entoure.
Le funambule ouvrit grand les yeux.
Le chat se mit à rire.
Il y eut un moment de flottement.
La méduse écarquilla les yeux, visiblement intriguée par cette bienveillance naturelle.
À ces mots, le chat plongea dans le lac.
Elle noua ses tentacules autour de son pelage.
C’est alors qu’attachés l’un à l’autre, ils fendirent l’eau.
*
Mille routes s’offraient à eux dans cette mosaïque d’îlots. Le lac dessinait des marécages, des lagunes et même un delta ! Une mangrove naissait au pied du rivage, puis se déployait en une jungle décorée de lianes. Certaines branches accueillaient des nids d’oisillons, réveillés par les chœurs de cigales et leur concerto nocturne.
Des riverains protestaient contre les vagues engendrées par le passage du félin :
Une brume épaisse vint habiller la surface comme si le lac, timide, ne souhaitait pas dévoiler ses atouts au premier coup d’œil. Alors, la méduse découvrit de proche en proche ces îles de coquillages, ces récifs coralliens ainsi que ces gigantesques cascades dont l’écume épousait le brouillard. Les chutes offraient un peu de remous à ces eaux calmes que seule la faune animait : par ici, des chorales de grenouilles, par là des olympiades de limaces et d’escargots, et même, en traversant un marais maquillé de nénuphars, deux libellules en lune de miel.
Le félin expira et se laissa couler. Il se fraya un chemin à travers des branchages pour ressortir quelques mètres plus loin.
Du courant ! Il y avait du courant ici ! La méduse se retourna et vit au loin, trois castors vilipender son guide. Trop tard, les flots les emportaient, personne ne pourrait les rattraper.
Le courant offrait un repos bien mérité au funambule. Se laissant porter par la force des eaux, il pouvait à son tour admirer le paysage sublimé par la lune et ses somptueux jeux de lumière. La passagère s’amuït, médusée par la beauté́ de son odyssée.
Le cours d’eau les porta un temps, puis les déposa avec délicatesse sur une plage au gré d’une ultime vague.
*
Le chat creusa un trou que certaines houles eurent l’aménité de remplir. Il invita la méduse dans son nouveau bain. Puis, rassemblant des brindilles, il parvint à éveiller quelques flammes : les discussions au coin du feu attisent des braises de confidences.
Résonna alors le silence des prémices de discussion. Ces instants, loin de l’embarras, où l’éventail de sujets est si ample que l’on ne sait par où commencer. La méduse s’enquit de simplicité :
