Le chemin de traverse - Elisa Barriau - E-Book

Le chemin de traverse E-Book

Elisa Barriau

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Beschreibung

Mathilde, en vacances, rencontre Amaury. Une étrange relation va débuter entre les deux personnages...

Mathilde part en vacances et pour elle, c’est quelque chose d’exceptionnel. Sous l’influence de ses amis, elle s’est laissé séduire par une parenthèse en leur compagnie. Amaury, qu’elle ne connaît pas encore, les accueille dans la région de La Rochelle et met sa maison à leur disposition. Comment va-t-elle gérer cette rencontre ? Elle qui est encore fragile, hantée par un drame survenu trois ans auparavant.
Quant à Amaury, il s’efforce de cerner le drôle de spécimen qui parcoure les sentiers de sa propriété. Entre fascination et agacement, son cœur balance. Alors comment communiquer avec cette fée des bois ?
Et si, pour l’un comme pour l’autre, ce mois de septembre marquait un tournant décisif dans leur vie…

Plongez-vous dans le récit de la rencontre d'un homme et d'une femme pour qui la vie ne sera jamais plus pareille.

EXTRAIT

Après le repas, le rituel du soir s’imposa. Pour la première fois, nos bavardages ne tournaient pas autour de la maison. Faucheurs de champs OGM, séquestrations de patrons véreux, tels furent quelques-uns de nos sujets de débat ce soir-là. Ce fut également le choc des cultures. Je tenais le rôle de la libertaire tendance anarchiste ou de la naïve irresponsable selon les points de vue. Amaury était le défenseur de la règle, du légal, du droit. Régis et Cécile constituaient le ventre mou de toute opinion publique : les indécis ou même parfois les indifférents.
— La société a besoin d’être bousculée pour évoluer. Je ne crois pas que les choses se fassent d’elles-mêmes. Et il faut une certaine force de persuasion ou d’influence pour arriver au changement puisque la nature humaine a horreur du changement.
Amaury prit son temps pour me répondre. Il n’était plus le type bien élevé et poli. Il devenait l’homme de loi : celui qui est sûr de lui et de son fait. Le spécialiste, capable de réciter les textes par cœur à la virgule près. Sa métamorphose m’impressionnait et me donnait encore plus la volonté de faire mouche. J’avais devant moi un adversaire à ma taille.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Après un passage dans le Yorkshire, des études en communication et une dizaine d’années à travailler en région parisienne, Elisa Barriau est revenue vivre dans sa Normandie natale. Elle y a trouvé l’inspiration pour ce premier roman. L’observation des comportements humains et de leurs contradictions est sa matière première.

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Veröffentlichungsjahr: 2018

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Table des matières

 

Résumé

Préface

1. Quand Mathilde rencontre Amaury

2. Quand Amaury rencontre Mathilde

3. Quand Mathilde se met à crier

4. Quand Amaury envoie une paire de claques

5. Quand Mathilde la joue fair-play

6. Quand Amaury se fâche

7. Quand Mathilde se réveille

8. Quand Amaury joue avec le feu

9. Quand Mathilde et Amaury se regardent en chiens de faïence

10.Quand Amaury parle de ses cicatrices

11. Quand les aïeux s’en mêlent

12. Quand Amaury a honte de sa famille

13. Quand Mathilde a les oreilles qui traînent

14. Quand Amaury se souvient

15. Quand Mathilde claque la porte

16. Quand Amaury tente le tout pour le tout

17. Quand Mathilde dit adieu

18. Quand Amaury résiste

19. Quand Mathilde met de l’ordre dans ses affaires

20. Quand Amaury savoure

Dans la même collection

 

Résumé

Mathilde part en vacances et pour elle, c’est quelque chose d’exceptionnel. Sous l’influence de ses amis, elle s’est laissé séduire par une parenthèse en leur compagnie. Amaury, qu’elle ne connaît pas encore, les accueille dans la région de La Rochelle et met sa maison à leur disposition. Comment va-t-elle gérer cette rencontre ? Elle qui est encore fragile, hantée par un drame survenu trois ans auparavant.

Quant à Amaury, il s’efforce de cerner le drôle de spécimen qui parcoure les sentiers de sa propriété. Entre fascination et agacement, son cœur balance. Alors comment communiquer avec cette fée des bois ?

Et si, pour l’un comme pour l’autre, ce mois de septembre marquait un tournant décisif dans leur vie…

Après un passage dans le Yorkshire, des études en communication et une dizaine d’années à travailler en région parisienne, Elisa Barriau est revenue vivre dans sa Normandie natale. Elle y a trouvé l’inspiration pour ce premier roman. L’observation des comportements humains et de leurs contradictions est sa matière première.

Elisa Barriau

Le chemin de traverse

Roman

ISBN : 978-2-37873-475-6

Collection Blanche : 2416-4259

Dépôt légal septembre 2018

© Couverture Ex Aequo

© 2018 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

Toute modification interdite.

Éditions Ex Aequo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières les bains

Préface

Ce roman est un jeu de piste ou de cache-cache entre deux êtres qui s’observent, s’inquiètent et usent de subterfuges pour masquer leurs différences. L’une est happée par un drame récent qui lui impose prudence et culpabilité, l’autre se surprend à ne plus regretter ses aventures légères.

Mais au-delà d’une rencontre hasardeuse et d’attirances équivoques, ce long cheminement amoureux est surtout l’occasion pour l’auteure de visiter les ressorts d’une vie parsemée de douleurs. Comment oser aimer à nouveau sans idéaliser le passé, se défaire des règles de la bienséance et reconstruire une liberté perdue ? Comment se démarquer du jugement d’autrui ?

Cette histoire aux nombreux rebondissements nous aide ainsi à savourer la lueur des chemins de traverse. Chacun progresse vers l’autre, lutte contre ses propres freins et ouvre les lucarnes pernicieuses de sa prison mentale pour enfin libérer un avenir partagé.

 

 

 

1. Quand Mathilde rencontre Amaury

 

 

 

Paris, en mars

Journée de grande mélancolie. L’horizon est plombé et la pluie ne va pas tarder. Mon cerveau vagabonde et se demande comment les corps se repèrent et s’attirent. Il paraît que les phéromones y sont pour quelque chose et que notre profil hormonal serait décisif dans le choix du partenaire. Tomber amoureux et être attiré serait-il la même chose ?

 

 

***

 

 

La Rochelle, en septembre

— Bonjour, vous êtes bien Mathilde ? Je suis Amaury.

Je venais de descendre du TGV. Comme d’habitude, j’avais attendu la dernière minute pour sortir du wagon. J’aimais savourer les arrivées à destination, surtout quand celle-ci m’était inconnue.

Le quai était maintenant presque vide. Je regardai l’armature métallique au-dessus de ma tête. Le contraste entre l’intérieur du wagon climatisé et l’air lourd de chaleur et d’humidité de la gare me donnait un peu la nausée. J’avais quitté Paris sous un ciel gris et bas, dans une ambiance ni chaude ni froide et je n’étais pas préparée à ce changement de température. Maintenant mon pull avait le poids d’une cotte de mailles. Mon jean commençait à faire office de bouillotte. Mon imper était largement de trop pour cette ambiance de fin d’été. J’avais donc commencé à me décharger de ces éléments encombrants. C’était en sortant la tête de mon pull que je vis cet homme devant moi.

 

Amaury, c’était bien le prénom que m’avaient donné Régis et Cécile. Un bon mètre quatre-vingt, des épaules larges, un buste trop long qui lui donnait l’allure d’un personnage de cartoon, quarante ans environ, cheveux ondulés châtains foncés, un regard vert perçant et une jolie fossette sur le menton. Une belle gueule quoi. Il n’était pas besoin de voir sa déclaration d’impôts pour savoir que ce type vivait dans une opulence certaine. Même habillé d’un jean déchiré et d’un t-shirt déformé, il aurait gardé cette élégance naturelle qui m’agaçait déjà. Il tenait au bout de ses doigts des lunettes de soleil, celles qui étaient portées par les aviateurs et qui lui donnaient le style aventurier des temps modernes en costume gris et chemise bleue. Chaussures sur mesure pour petits petons sensibles. Montre rutilante au cadran rectangulaire équipée de multiples aiguilles pour suivre en direct les fuseaux horaires de l’autre bout du monde. Le costume trois-pièces avait le tomber impeccable d’une robe de mariée et la veste laissait apercevoir des boutons de manchette : ronds, plats et ciselés. Définitivement raffiné. Mais… pas de cravate ! Son côté rebelle, sans doute. Sa coiffure dénotait aussi du reste de la panoplie : un carré s’arrêtant au milieu du cou encadrait ses mâchoires anguleuses. J’avais devant moi l’homme, le vrai, celui qui assure. Mais Amaury était le mécène de mes vacances, alors je me moquerai plus tard !

— Oui, Mathilde, c’est moi ! dis-je avec un sourire timide en lui serrant la main sans avoir eu le temps d’ôter les manches de mon pull.

Il prit ma valise d’autorité et on se dirigea alors vers la sortie où une voiture haut de gamme nous attendait : coupé de marque allemande au nom évoquant une chaîne de télé, habitacle élégant, intérieur cuir et laque piano.

— Mon bureau est à deux pas. J’ai donc proposé à Régis et Cécile de venir vous chercher.

 

Droite, gauche, gauche, droite puis gauche et encore gauche… Je me sentais mal dans cette voiture climatisée qui sentait fort le cuir. Ma nausée ne voulait pas passer et les virages successifs ne m’aidaient pas à gérer la situation. Sentant que les choses allaient m’échapper, j’ouvris la fenêtre de mon côté : persuadée qu’un peu d’air frais me ferait du bien. Amaury demanda aussitôt :

— Tout va bien ?

— Oui… euh… enfin… non. On peut s’arrêter un peu ?

Et il gara la voiture sur le bas-côté. J’en descendis aussitôt pour m’éloigner. Une série de haut-le-cœur me prit la gorge. Mais tout rentra dans l’ordre au bout de quelques minutes. Je rejoignis Amaury, resté adossé à la portière.

— Ça va mieux ? Je peux conduire moins vite si vous voulez ?

— Oh, votre conduite n’y est pour rien. Ça m’arrive de temps en temps. Ça passera.

On reprit la route et le reste du chemin se déroula dans le silence. Ma nausée ne me lâchait pas, mais, heureusement, elle se fit plus discrète. J’en profitai pour observer le conducteur dont toute l’attention se portait sur la route.

J’essayai de me souvenir comment Régis et Cécile m’avaient brossé le portrait de leur ami. Notaire à La Rochelle. Grosse étude. Issu d’une grande famille bourgeoise locale. Divorcé et sans enfant. Grand séducteur. Sportif de haut niveau à une époque et surtout drogué du travail. Devant ma peur de vivre chez un inconnu, ils m’avaient d’ailleurs rassurée : « Tu ne le verras que le soir ».

La légèreté de la conduite de mon chauffeur me donnait la sensation que je survolais la route. Les paysages se succédaient rapidement devant mes yeux tandis que la voiture serpentait à travers champs. Quelques petits villages se présentaient à nous pour mieux s’éloigner ensuite et être remplacés par un défilé de vastes parcelles de tournesols dorés par le soleil et de champs de blé moissonnés. Pas de vent dans les oreilles, pas de bruits, juste les larges étendues végétales que mon regard saisissait à la volée. Je flottais dans la réalité.

Puis la voiture bifurqua sur la gauche et s’engagea sur un chemin de cailloux. Elle dépassa une grille blanche en métal aux arabesques fines et entrelacées, portée par deux piliers en pierre. Chaque colonne était surmontée d’une imposante pomme de pin posée dans une vasque décorée de feuillages. J’aperçus brièvement un nom inscrit sur la barrière « My Delhi Ma… ». Le véhicule amorça alors une descente le long de laquelle une rangée de vieux frênes nous montrait la voie et formait une haie d’honneur. Chaque tronc mesurait bien cinquante centimètres de diamètre et leur ampleur faisait se croiser les feuillages au-dessus de nos têtes. Cette ombre bienfaitrice reposait mes yeux engourdis par les UV. J’étais impressionnée par cet écrin de verdure qui entourait la maison. Au bout de cette allée, un perron et une porte d’entrée se dressaient. Enfin, le bâtiment à l’imposante silhouette offrit à mon regard son élégance et sa prestance. À ce moment, il m’annonça sobrement :

— Voilà ma maison

Je ne pus m’empêcher de rire.

— Une maison ? Un manoir, une demeure, une propriété, un château à la rigueur !

Ce qu’il désignait comme sa « maison » était une bâtisse carrée sur trois niveaux. Les pierres de la façade étaient usées par le temps. Les fenêtres formaient des arcs plein cintre et étaient distribuées de façon égale autour de la porte d’entrée elle-même ornée d’un fronton reprenant le style et les symboles des piliers de la grille. Un toit à quatre pans chapeautait le tout. Légèrement en saillie, une corniche courait le long de la façade et faisait une belle parallèle avec les bandeaux sculptés en pierre de taille des étages inférieurs. L’ensemble était d’une beauté romantique et mystérieuse : imposant, mais pas hautain, chaleureux, mais pas exubérant. Amaury interrompit ma contemplation :

— Je vous fais visiter ? Si cela vous intéresse ?

Je lui répondis par un simple hochement de tête. En descendant de voiture, il tira de sa poche une clé antique au panneton fendu et finement travaillé qu’il enfonça dans le canon de la serrure. La porte s’ouvrit et il posa ma valise sur le sol de ce que je devinais être un vestibule. Soudain je vis un chien surgir du fond du couloir pour venir faire la fête : d’abord à son maître puis, pour saluer mon arrivée.

— Pilote, du calme !

À ces mots, l’animal s’arrêta de sauter sur moi et poursuivit son accueil en remuant la queue et en jappant gentiment.

— Il ne vous fait pas peur, j’espère ?

— Non, j’adore les chiens. Il est beau. C’est un Braque de Weimar, n’est-ce pas ?

— Oui, tout à fait. Il est d’amitié vous verrez. Parfois un peu collant, mais jamais méchant.

Le dallage était absolument magnifique et rappelait les dessins typiques des maisons mauresques d’Andalousie avec ses couleurs vert émeraude, brun soyeux, noir profond et blanc nacré.

Il joua quelques secondes avec la clé de la porte d’entrée entre ses doigts puis commença la visite :

— L’ensemble de la maison date de la fin du XIXe siècle. Elle fut construite par un propriétaire viticole qui avait fait fortune grâce au commerce du cognac. Il avait épousé une femme issue d’une des plus vieilles familles aristocratiques de la région. Ce mariage permettait surtout à cette noblesse de redorer son blason grâce à la richesse du monsieur. Échange de bons procédés, en quelque sorte !

Il me fit signe de le suivre vers une pièce aux murs entièrement recouverts de boiseries qui devait s’apparenter à une salle à manger. Il continua :

— Bien que l’alliance des deux familles fut acceptée, le monsieur n’arrivait pas à se faire apprécier de sa future femme qui ne le considérait pas comme un homme respectable, mais plutôt comme un aventurier sans éducation. Animée par quelques ressentiments face à ce mariage imposé, la belle imagina toutes sortes d’exigences plus onéreuses les unes que les autres, dont celle de faire construire une maison à sa convenance. Les vitraux qui ornent ces fenêtres, par exemple, représentent chacun le blason d’un des ascendants de la dame. Le sol fut d’abord recouvert d’un parquet aux motifs particulièrement complexes. Puis, comme cela ne lui convenait pas, il fut déposé, transféré au premier étage et remplacé par ce dallage d’inspiration mauresque et provenant de Grenade. Tout le rez-de-chaussée en est recouvert.

La passion transpirait de chacune de ses explications. Ses bras et ses mains s’animaient, ponctuaient ses phrases. Le timbre de sa voix était riche, cuivré et son intonation trahissait une éducation au cordeau où toute erreur de syntaxe semblait improbable. De là, il m’emmena vers une cuisine aux dimensions impressionnantes.

— C’est la pièce que j’ai le plus fait transformer pour l’adapter aux exigences du quotidien. Mais déjà à l’époque de la construction, elle était très fonctionnelle.

On s’engouffra ensuite vers un salon qui était équipé d’une large cheminée beaucoup trop imposante pour les dimensions de la pièce. En désignant l’âtre, je lui dis :

— Encore une excentricité de la dame ?

— Tout à fait. L’habillage en bois fut acheté en Angleterre pour répondre à ses désirs. Et à ma connaissance, les bibliothèques proviennent, elles, d’un couvent de Provence où elles ont été négociées par le mari pendant de long mois.

Nos pas se dirigèrent ensuite vers la pièce mitoyenne où je découvris un décor très froid de stucs et de marbre. La pierre était sculptée avec une finesse exceptionnelle et représentait des angelots, des paniers fleuris, des scènes pastorales. Tous ces détails affolaient mes yeux qui ne savaient plus où se poser. L’association entre le dallage mauresque et le marbre style XVIIIe siècle produisait un effet étrange qui me fit sourire.

— Je n’ai pas eu encore le temps de faire des changements ici. C’est mon bureau pour le moment. Je vous fais visiter les chambres ?

Il saisit alors ma valise et prit la direction de l’escalier au fond du vestibule. Les marches en bois craquaient sous notre poids. Au premier étage, le même long couloir qu’au rez-de-chaussée desservait deux alignements de pièces. Amaury se dirigea vers la première porte sur sa droite.

— Régis et Cécile se sont installés ici.

Il fit quelques pas et ouvrit une seconde porte.

— Voici une des chambres libres.

Il me laissa passer. La pièce était spacieuse et le parquet splendide : constitué d’entremêlements de différentes essences de bois et formant des figures géométriques savamment enchevêtrées les unes aux autres. Je me tournai vers mon guide.

— Fini les extravagances ici ?

— À l’étage, c’était surtout le mobilier qui était l’objet des fantaisies de l’aristocrate. Il a dû être vendu par la suite. De son goût prononcé pour les choses rares, il ne reste que deux éléments : le parquet et les salles de bains.

Derrière la cloison, je découvris un espace aux parois recouvertes de bois exotiques. J’interrogeai Amaury du regard.

— Toutes les boiseries des cinq salles de bains proviennent des cabines d’un yacht de la flotte royale anglaise, démantelé pour l’occasion.

Puis il ressortit de la chambre et entra dans une autre pièce où il déposa sa veste et son gilet.

— Ma chambre est ici. Il ne vous reste plus qu’à choisir la vôtre et je me ferai un plaisir d’y déposer votre valise.

Je pointai du doigt une cloison au bout du couloir :

— Et là ?

— Oh, non… C’est petit et la fenêtre n’a pas de volet.

Il me fit entrer et tout de suite, je sentis que c’était ici que j’allais m’installer pendant mon séjour. Je partis au bout du couloir et ramenai ma valise que je posai dans cette alcôve.

— Il y a encore un étage ?

— Oui, il mène au solarium.

Il sourit et passa devant moi. Le nombre de marches était plus conséquent et j’arrivai en haut de l’escalier un peu essoufflée pour passer la large porte à deux battants. Mes yeux étaient attaqués par le soleil qui frappait le sol clair. L’endroit était baigné de lumière et le vent chaud venait caresser mon front. La surface était vide à l’exception d’un grand coffre en bois, d’une table très massive et d’un fauteuil tout aussi imposant. Mes pas étaient hésitants : la chaleur pesait sur mes épaules comme une chape de plomb alors que mon guide était déjà appuyé sur la balustrade.

— Venez voir.

Au loin, les maisons d’un hameau pointaient leur nez au travers des arbres centenaires qui entouraient la maison. Sur le côté, des champs de vignes s’étalaient à perte de vue.

— Vous voyez les toits là-bas, c’est là que se situent les bâtiments d’une propriété viticole et sur votre gauche, ce sont des vignes qui sont encore exploitées.

— Cela vous appartient aussi ?

— Oh non, je n’ai pas l’âme d’un viticulteur. Le vin, je préfère le boire !

J’entendis pour la première fois son rire : franc et musical.

— Où se situent les limites de votre propriété ?

— Après le bois que vous voyez là-bas de ce côté et il en est de même à l’avant de la maison.

— Cela doit demander beaucoup d’entretien ?

— Oui. J’ai heureusement les moyens d’employer quelqu’un qui gère l’activité forestière et à qui je dois l’agencement du parc et du jardin.

— Je sens que je vais adorer y faire des balades.

— Je vous tiendrai au courant des dates de chasse alors.

Je ne m’attendais pas à celle-là !

— La chasse ? Ce n’est pas un passe-temps d’un autre temps ?

Je le sentis sur la défensive. Tout son corps s’était mis en retrait d’un coup. Il me regardait de côté et sa bouche avait pris une moue qui exprimait bien l’inconfort dans lequel ma remarque l’avait mis. Ma franchise ne passait pas. Afin de ne pas laisser le malaise s’installer, je pris l’initiative de changer de sujet.

— Mais dites-moi, vous ne m’avez pas raconté la fin de l’histoire. Est-ce que la dame a fini par être convaincue des sentiments que son mari lui portait ?

— Oui. Elle s’est ensuite laissé amadouer, s’installa dans la maison et y vécut le reste de ses jours.

— Et eut beaucoup d’enfants comme dans les contes de fée ?

— Pas vraiment. Elle mourut à 25 ans après avoir donné naissance à une petite fille.

Histoire de casser l’ambiance, ça se posait là. Mon habitude de mettre les pieds dans le plat était au rendez-vous. Chacun de nous resta silencieux pendant quelques minutes. Puis, je finis par reprendre la parole pour, de nouveau, dissiper le malaise :

— C’est vous qui aviez raison tout à l’heure. C’est bien votre maison.

Il tourna son visage vers moi, me sourit et me proposa de redescendre pour prendre une boisson fraîche. La perspective d’un endroit tempéré me séduisait vraiment. La chaleur commençait à me peser et j’imaginais déjà que ma peau ressemblait à celle d’une tomate sur le point d’être cueillie.

 

Une fois confortablement installée à l’abri des attaques du soleil, un verre d’orangeade à la main, je laissai ma curiosité entretenir la conversation. Un très bel escalier en colimaçon avait attiré mon attention.

— Où mène-t-il ?

— Vers des chambres. À l’époque, les logements des domestiques n’étaient pas desservis par le même escalier. Je ne sais pas encore quoi faire de ces espaces. Ce ne sont que des pièces vides pour le moment.

— Vous avez dû faire beaucoup de recherches pour en savoir autant sur l’histoire de cette propriété ?

— Pas vraiment. Le destin m’a largement facilité la tâche…

Mais je n’eus pas droit à une réponse plus développée, car c’est à ce moment-là que mes amis arrivèrent. Régis me serra dans ses bras :

— Jusqu’au dernier moment, nous n’étions pas sûrs de te voir. Ça me fait vraiment plaisir que tu sois là.

— C’est vrai. J’ai failli accepter un boulot juste avant de partir. Et puis je me suis regardée dans un miroir et là je me suis dit : « Ma vieille, t’as vraiment une sale tête. T’as besoin de repos et de soleil ».

— Le principal, c’est que tu sois là. Vous avez eu le temps de faire connaissance ?

— Oui et je connais tous les secrets de cette maison maintenant.

— Et tu as visité aussi là-bas derrière ? s’exclama Cécile en m’embrassant.

Amaury prit la parole :

— Non pas encore. Nous vous attendions.

— Alors, viens…

Elle me saisit le bras et m’entraîna à travers la cuisine.

 

150 m2. Une couleur lagon. Du sable fin en guise de plage. Une terrasse ombragée en bois pour le farniente ou les barbecues. Une végétation savamment dosée aux abords pour assurer la filtration de l’eau. Et puis juste derrière moi, j’entendis la voix grave de notre hôte :

— C’est une piscine naturelle que Régis a eu la gentillesse de faire pour moi.

— À cette heure, elle a chauffé toute la journée. Elle est super bonne. Il ne te reste plus qu’à passer un maillot et à venir piquer une tête !

Je reconnaissais bien là l’enthousiasme de Cécile. Je montai donc dans la chambre que j’avais choisie pour y défaire ma valise. Me voyant redescendre, Cécile se leva :

— Messieurs, si vous voulez bien nous excuser, nous allons profiter de la piscine.

Elle me fit un clin d’œil et je la suivis après avoir déposé ma robe bain de soleil sur un transat. Alors qu’elle entrait d’un coup dans l’eau, de mon côté, je profitais de la sensation de frisson qui m’envahissait au fur et à mesure que le liquide entrait en contact avec ma peau. Cécile me tira de ma rêverie.

— On n’est pas bien là, non ?

— C’est super.

— Tu vas voir, tu vas adorer cette maison et pas seulement pour la piscine.

— Je l’aime déjà cet endroit. Faudrait vraiment que je sois difficile pour ne pas l’apprécier.

Et aussi surprenant que cela puisse me paraître, je me sentais bien ici. L’appréhension qui ne m’avait pas quittée depuis Paris venait de prendre congé. Les minutes passèrent ainsi avec toute la légèreté d’une plume portée par le vent à tel point que l’heure du repas arriva sans crier gare.

 

Je pris place à table avec la ferme intention de ne pas y faire de vieux os. Pas la peine d’en rajouter pour cette première journée de contact, j’avais déjà eu ma dose de mondanités. Heureusement, Cécile et Régis étaient de bons médiateurs. D’abord, ils insistèrent pour qu’Amaury et moi passions au tutoiement. Après tout, nous allions cohabiter sous le même toit pendant un mois : autant mettre tout le monde à l’aise. Puis, ils me racontèrent leur première semaine ici sans épargner notre hôte qui endurait sans broncher les plaisanteries de ses amis sur son mode de vie qualifié tour à tour comme celui d’un patachon, d’un esclave du travail, ce que personnellement, je considérais comme étant simplement un pléonasme, ou encore d’un prédateur à l’affût de la moindre proie et ils ne parlaient pas de la chasse. Le temps passa vite et mes bâillements m’obligèrent à me soustraire à cette sympathique équipe. Je pris donc congé de la tablée. J’avais besoin de me retrouver seule pour prendre mes marques dans ce nouvel environnement avant l’épreuve de la première nuit.

Une fois arrivée dans la chambre, je m’assis sur le lit et je poussai un long soupir. Ces vacances allaient être plus amusantes que je ne l’avais imaginé. Et ici, dans cette pièce, j’étais bien. Sa petite taille me sécurisait. Et puis la fenêtre sans volet allait me permettre d’observer les humeurs du ciel, de jour comme de nuit. Un vrai luxe dont je n’avais pas profité depuis un moment.

 

 

***

 

 

Le lendemain, je me réveillai très tôt. Ma première envie fut de partir à la découverte du parc pour me familiariser avec les lieux. Pilote me servit de guide. Plus je m’éloignais de la maison, plus la végétation devenait dense. Je surpris quelques bêtes sauvages. J’adorais ces rencontres où l’animal vous toisait du regard, tous les sens en alerte, pour vous jauger. C’était furtif, mais magique.

Pour ce premier contact, ma balade s’étira jusqu’en milieu de matinée. Lorsque mes pas reprirent la direction du manoir, la voiture d’Amaury avait disparu et Régis était assis sur les marches du perron.

— Je parie que tu n’as rien mangé avant de partir fureter.

— Exact. Et j’ai faim maintenant. Ça ouvre l’appétit.

Il me prit dans ses bras.

— Tu ne peux pas savoir comme je suis content que tu sois là.

— À ce point ?

— Ça veut dire beaucoup pour nous, tu sais. Tu acceptes de renouer avec les plaisirs de la vie. C’est formidable.

— Tu as sûrement raison… Ce qui est sûr c’est que mon estomac me rappelle à l’ordre.

— Alors, rentrons. Cécile prépare ses fameux œufs au bacon.

Une fois à table, je voyais mes deux amis échanger des regards et des sourires complices.

— Qu’est-ce que vous avez tous les deux ?

— La soirée semblait te plaire hier, me répondit Cécile avec un large sourire.

Je fis un signe d’approbation de la tête et laissai passer un silence.

— Qu’est-ce que vous avez raconté précisément à Amaury ?

Ce fut Cécile qui prit la parole.

— Le strict nécessaire pour qu’il comprenne pourquoi il était important que tu nous rejoignes.