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Si vous lisez ce livre, ne plaignez surtout pas Victor ! Ce n’est pas le but du récit. L’auteur vous demande seulement de porter un regard critique mais bienveillant sur les adultes qui l’ont accompagné dans sa jeunesse. Certains vous paraîtront pittoresques, d’autres généreux ou cyniques. Un mariage complexe entre la Comédie humaine de Balzac et les Caractères de La Bruyère, ponctué d’épisodes dramatiques. Jacob, l’un des héros du livre mérite une place particulière. Personnage introverti, au destin très engagé dans la défense de l’école laïque, il exercera une influence déterminante sur le sort de Victor, dont les péripéties de la vie s’imbriquent avec l’Histoire troublée de l’Afrique.
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Seitenzahl: 97
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Du même auteur
Quand l’Afrique s’éveille entre le marteau et l’enclume
L’urgence de forger une résistance tous azimuts
Par Paul Samba
BoD, juin 2016
À ma famille
À la mémoire de mes parents
À la mémoire de ma soeur et de mes frères partis trop tôt
Chapitre 1 : EMBUCHES
Chapitre 2 : LA LAICITE ET L’ASCENCEUR SOCIAL
Chapitre 3 : L’ANNEE DE TOUS LES DANGERS
Chapitre 4 : SECOND DEPART
Chapitre 5 : L’ASCENCEUR A L’ETAGE SUPERIEUR
Chapitre 6 : L’ENVOL
Chapitre 7 : PLAFOND DE VERRE
Chapitre 8 : SUR LE CHEMIN DE L’INTEGRATION
Chapitre 9 : JACOB, L’HOMME ENGAGÉ
Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse ne peuvent que chanter la gloire du chasseur.
Proverbe africain
Je venais de créer un atelier « LIRE, ECRIRE et PENSER en FRANCOPHONIE » à la Maison Internationale de Rennes, dans le prolongement du mouvement initié par Alain Mabanckou, élu professeur au Collège de France en 2016.
Puis vient opportunément ma rencontre avec Paul Samba en personne, et à travers son livre « Quand l’Afrique s’éveille entre le marteau et l’enclume », BoD Editeur.
Un roman social et politique « à lire au premier et au second degré par tous les amoureux de la liberté », comme il est prescrit en quatrième de couverture. J’adhérais immédiatement à cette démarche donnant la parole à des acteurs célèbres de l’Histoire récente et j’y trouvais précisément une liberté de ton et un humour propices à la critique et à l’analyse. A travers cet ouvrage, Paul Samba met l’Afrique et l’Europe face à leurs responsabilités. Il fait également honneur à la Francophonie en mettant en exergue ce qui nous rapproche.
Son deuxième ouvrage raconte l’histoire d’un petit Burundais, Victor, affrontant mille difficultés pour s’instruire, de l’école primaire à l’Université. Belles leçons de courage et de ténacité également démontrées par son père Jacob, convaincu comme Mandela que « l’éducation est l’arme la plus puissante qu’on puisse utiliser pour changer le monde », et qui fera du développement de l’école de Ndagano l’affaire de sa vie.
Devenu médecin spécialiste, Victor, comme la plupart de ses confrères africains formés en Europe ne peut retourner servir un continent en perpétuelle instabilité. Il devra batailler dur pour obtenir le droit d’exercer son métier en France.
La même inégalité laisse des traces ici, mais surtout là-bas, entretenue par une décolonisation incomplète des esprits. Pour connaître un peu le Congo Brazzaville, je sais qu’il existe des petits Victor à Brazza ou dans le Mayombe qui parcourent encore chaque jour de nombreux kilomètres pour aller à l’école. Et combien de patients y meurent tous les jours faute de soins dans des hôpitaux inadaptés, alors que leurs dirigeants viennent se faire soigner en Europe.
Merci Paul Samba de nous renvoyer un passé récent, qui ne manque pas d’interroger la réalité du continent africain, où les mêmes questions et les mêmes problèmes n’ont pas encore trouvé réponses ni solutions.
Francis LE HERISSE
Président du Mouvement International pour le Développement de l’Afrique Francophone
« La chute n’est pas un échec. L’échec c’est de rester là où on est tombé. – Socrate
« La feuille qui grandit a besoin de lumière », chantait Mike Brant.
Il en va de même pour un jeune enfant, bien que ses besoins physiologiques soient beaucoup plus complexes.
Des lumières, Victor en a eu besoin pour « voir le bout du tunnel », affronter les montagnes d’obstacles qui jonchaient sa route.
Le chemin de Victor est un roman autobiographique qui vous fait visiter un ascenseur social au parcours très sinueux. Il est le siège de nombreux combats, tournant souvent à l’avantage du jeune Victor. La « machine » à intégrer s’arrête à tous les étages, mais subit quelques blocages intempestifs délicatement réparés par des agents très humanistes.
Une occasion offerte pour revenir sur une jeunesse peu gâtée des indépendances africaines, le diktat des Pères blancs de la même époque ou sur la longue et difficile intégration des médecins d’origine étrangère en France.
Bienvenue à bord. Mais, attention aux secousses !
Note de l’auteur : certains prénoms ont été volontairement modifiés.
L’histoire commence fin avril 1964, à quelques encablures de Ndagano, un petit centre scolaire situé dans la Province de Bururi au Sud du Burundi. Au cours d’une soirée sombre et pluvieuse, Vénérand essaie de traire Bigoro, la seule vache laitière du maigre troupeau familial. Son petit frère Victor tente de l’aider. Du haut de ses sept ans, il immobilise difficilement le jeune veau qui veut s’accrocher au pis de sa mère.
Vénérand essuie deux coups de sabot de la part de Bigoro, visiblement énervée. L’un des deux ayant renversé la moitié du précieux breuvage, ils ne « récolteront » finalement qu’un demi-litre. Un peu juste pour toutes les bouches qui attendent impatiemment.
Tant pis ! Seul le benjamin de la famille sera au petit lait, dans tous les sens du terme.
Vénérand est longuement chahuté sur ses performances, mais l’évènement de la soirée pour lui est la petite phrase prononcée dehors par Victor, en français parfait : « Il fait très obscur ce soir ». Des mots en langue étrangère venant d’un petit frère qui n’a jamais quitté la maison !
On est au Burundi, tout juste indépendant. Dans cette ancienne colonie belge d’Afrique Centrale, les enfants ne sont scolarisés qu’à partir de sept ans. Il n’existe pas encore d’école maternelle.
L’étonnement est donc total pour le frère aîné, en vacances de Pâques depuis dix jours. Une demisurprise pour Jacob, le père de famille, qui observe discrètement depuis quelques mois les progrès de Victor. Rien qu’en suivant ses grand-frères, il a appris à lire et à écrire presqu’en cachette. Il prononce même quelques rudiments de français.
Tout le monde attend impatiemment la rentrée de septembre pour qu’il exprime enfin ses talents. Les difficultés viennent pourtant de commencer.
Si son premier contact avec l’école est passionnant, les espoirs de ses parents sont malheureusement vite douchés. Les débuts scolaires de Victor sont tout simplement décevants, mais indépendamment de sa volonté.
Un mois après la rentrée, un grave accident domestique vient compromettre le premier trimestre. La moitié de son bras gauche est brûlée au troisième degré par de l’eau bouillante. Il s’en suivra trois mois d’hospitalisation et de soins très longs et douloureux.
Pendant la convalescence, une pneumonie aiguë l’oblige à rejoindre l’hôpital en urgence. Mais la seule civière du village est déjà en service. En l’attendant, il faut relancer le cœur qui présente déjà quelques défaillances. Mathias, un ami de la famille suggère un « choc électrique » traditionnel.
Pour cela, il fait chauffer un long couteau, saisit le manche et dirige la pointe rouge de chaleur sur le thorax du jeune malade. Il y réalise six scarifications profondes entre les côtes (Victor en garde toujours les marques), mais du côté droit !
L’anatomie n’est manifestement pas le point fort de Mathias, car le cœur se situe habituellement à gauche. En plus, traiter un brûlé récent par de la brûlure, il fallait oser ! Cela permet néanmoins à Victor d’oublier la douleur profonde pour penser uniquement à celle de la peau.
La civière se faisant toujours attendre à la fin de la journée, c’est à Stéphane – le commis familial – , qu’incombe la lourde tâche de l’amener sur ses frêles épaules, jusqu’à l’hôpital provincial de Bururi.
La mission est finalement accomplie, même si la rivière Siguvyaye a failli les emporter durant la traversée. Cette rivière du Sud du Burundi s’est rendue célèbre par ses crues et rapides qui ont endeuillé tant de familles.
Traduit littéralement, son nom signifie ainsi : «assure-toi de laisser une descendance avant de traverser».
Après trois semaines d’hospitalisation, l’état de Victor s’améliore progressivement. Et c’est sur les mêmes épaules de Stéphane qu’il regagne le domicile. Le retour sera toutefois moins pesant pour le « transporteur », tellement le jeune malade a maigri dans l’entretemps.
Quand il reprend l’école, le deuxième trimestre est déjà largement entamé. La motivation s’est émoussée avec les péripéties de santé.
Séverin, le maître de première année ne lui facilite pas non plus la réintégration. Il est réputé au sein de l’école pour sa sévérité. Les leçons de gymnastique sont particulièrement éprouvantes pour le jeune convalescent. Pas seulement physiquement mais aussi moralement.
Comme la moitié de la classe, il oublie encore sa culotte un jour sur deux. Il n’en avait jamais porté. Séverin exige pourtant que les garçons soient torse nu pendant les heures de sport. Très culotté ce maître qui fait semblant d’oublier la misère qui règne encore au Burundi !
A l’époque, filles et garçons commencent l’école dans le même style de vêtement, souvent sommaire. Faut-il rappeler qu’au début des années 60, les Africains profitent modestement du plan Marshall ? Grâce aux Américains, des sacs de farine et de lait, tous marqués de la bannière étoilée affluent au Burundi. Les toiles d’emballage en coton sont systématiquement récupérées et cousues en petites robes, qui habillent indistinctement filles et garçons. Seul le positionnement du drapeau américain permet de repérer facilement son copain (ou sa copine). Selon les fantaisies du couturier, il peut figurer sur le cœur, le dos et parfois sur les fesses. Les jeunes écoliers burundais sont pourtant très loin de s’assoir sur l’aide américaine. Grâce au lait et aux flocons d’avoine offerts tous les midis, leur déficit en protéines est ainsi réduit.
Cependant, même avec un estomac bien rempli, torse nu pour les petits garçons signifie souvent « nu » tout court, le haut étant solidaire du bas. Mais tant pis pour les étourdis, le sport n’attend pas de culotte. Et en plus de la honte de courir nu au milieu des filles, la tenue d’Adam et Eve dévoile un autre secret. N’ayant pas toujours le temps de se laver correctement, les élèves plongent brièvement leurs jambes dans les ruisseaux en allant à l’école, ce qui laisse une marque très nette entre la partie trempée et le reste du corps.
Parmi les activités physiques, la course de 100m écœure particulièrement Victor. Il met souvent trois minutes pour l’effectuer, très loin derrière les autres !
« Victor court moins vite que les filles », répètent en boucle ses copains, qui font semblant d’ignorer sa situation.
Des poumons récemment fragilisés, fonte musculaire généralisée, démotivation, il cumule en effet des handicaps à couper le souffle.
Ses maigres performances contribuent à énerver Séverin dont la sanction physique n’est jamais loin. Ainsi, une de ses grosses gifles le renvoie à l’école buissonnière durant un mois, après deux trimestres gâchés par la maladie. Ebloui par le coup, Victor a cassé en trébuchant toutes les ardoises de la classe, bien rangées devant le maître.
Un véritable drame, car les élèves n’ont plus d’outils de travail. Une double peine pour lui aussi. Il doit en effet revenir avec son père dès le lendemain pour rembourser et surtout subir, comme il est d’usage, sa correction devant toute la classe. Il est pourtant rassuré sur ce dernier point. Jacob n’est pas du genre à humilier publiquement quelqu’un, encore moins son enfant.
Mais la punition sonne comme la goutte de trop, qui fait déborder le vase. Non seulement Victor ne dit rien aux parents, mais désormais, il décide de fréquenter l’école buissonnière.
Il se réveille normalement tous les matins, fait semblant d’aller à l’école alors qu’il passe ses journées à méditer dans la vallée de Buzimba, à huit cent mètres de chez lui. Parfois, il est obligé de décamper pour ne pas attirer l’attention de Stéphane qui garde les vaches, non loin de sa planque.
Après de longues siestes, il arrive souvent à la
