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Extrait : "Pour donner une idée exacte des mœurs contemporaines, il ne suffit pas de fréquenter les salons, ou de lire des mémoires écrits au coin d'un bon feu, sous l'inspiration d'un entourage d'ambre et de musc : il faut encore connaître la nudité sociale, et ne pas décrire un habit doré lorsqu'on se charge de représenter la nature."
À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN
Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de qualité de grands livres de la littérature classique mais également des livres rares en partenariat avec la BNF. Beaucoup de soins sont apportés à ces versions ebook pour éviter les fautes que l'on trouve trop souvent dans des versions numériques de ces textes.
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Seitenzahl: 29
Veröffentlichungsjahr: 2015
Paris, ou le Livre des Cent-et-Un publié en quinze volumes chez Ladvocat de 1831 à 1834, constitue une des premières initiatives éditoriales majeures de la « littérature panoramique », selon l’expression du philosophe Walter Benjamin, très en vogue au XIXe siècle. Cent un contributeurs, célèbres pour certains, moins connus pour d’autres, appartenant tous au paysage littéraire et mondain de l’époque, ont écrit ces textes pour venir en aide à leur éditeur qui faisait face à d'importantes difficultés financières… Ainsi ont-ils constitué une fresque unique qui offre un véritable « Paris kaléidoscopique ».
Le présent ouvrage a été sélectionné parmi les textes publiés dans Paris ou le Livre des Cent-et-Un. De nombreux titres de cette fresque sont disponibles auprès de la majorité des librairies en ligne.
Pour donner une idée exacte des mœurs contemporaines, il ne suffit pas de fréquenter les salons, ou de lire des mémoires écrits au coin d’un bon feu, sous l’inspiration d’un entourage d’ambre et de musc : il faut encore connaître la nudité sociale, et ne pas décrire un habit doré lorsqu’on se charge de représenter la nature. Si vous trouvez cette étude nécessaire et que le courage ou le dévouement ne vous manque pas, passez une année, un mois seulement chez un commissaire de police, et puis publiez une situation morale de la société ; ce sera du moins en toute sûreté de conscience ; vos tableaux ne seront pas flattés, je vous en réponds, et vous pourrez bien être quelque peu honteux de plus d’un aveu qu’il vous faudra faire de notre barbarie et de notre ignorance.
N’allez pas croire cependant que la vertu n’apparaisse jamais dans le cabinet d’un commissaire ; n’allez pas croire que les baillons ne peuvent cacher un cœur noble, pur, généreux. Il ne s’agit pas ici de misère, il ne s’agit pas de cette classe vertueuse et souffrante, qui végète sous la tuile et passe une vie de privation et de dénuement dans des travaux rudes et peu lucratifs : cette classe estimable, vous la confondriez injustement dans votre mépris. Celle-là, croyez-moi, a rarement besoin du commissaire, et ce n’est pas non plus pour elle probablement que les fonctionnaires de la police ont été institués, rétribués. Qu’avait-elle à faire avec eux ? elle travaille, elle ne vole pas, et elle n’a rien pour tenter les voleurs. Mais il s’agit d’un peuple incurable et stationnaire, de ce peuple qui semble démentir l’heureuse expression d’un moderne : « L’homme est éminemment perfectible ! » C’est celui-là que le commissaire est spécialement chargé de gouverner ; et son mode de gouvernement est littéralement positif et pratique. On ne connaît pas là les raisonnements, les théories, les systèmes. On ne vous écoute pas, on vous empoigne, on vous enferme ; avez-vous tort, êtes-vous pris en flagrant délit ? cette puissance du siècle vous envoie coucher en prison ; êtes-vous seulement accusé par de fausses apparences ? en prison ; avez-vous quelque bonne querelle avec votre voisin ? en prison ; êtes-vous décrété d’arrestation pour cause politique, sur mandat de quelque procureur courtisan ? en prison. Ainsi le permet le pouvoir discrétionnaire du commissaire.
Poussé par l’attrait d’un traitement de cinq mille francs, et persuadé que ces fonctions de commissaire pouvaient bien être, comme certaines autres, de riches sinécures, l’idée me vint un jour de demander le premier emploi de ce genre qui se trouverait vacant. Et ce qui doit peu surprendre, si l’on considère que je n’y avais aucun droit, mes sollicitations ne furent pas vaines.
