Le Credo est-il encore crédible ? - Vincent Hanssens - E-Book

Le Credo est-il encore crédible ? E-Book

Vincent Hanssens

0,0

Beschreibung

Que ressent le chrétien, désireux de vivre sa foi comme une méditation d’amour envers Dieu, lorsqu’il se voit tenu de la proclamer par le Credo tel qu’il est rédigé encore aujourd’hui ?

Un texte où il est question d’un dieu créateur de toutes choses, d’un fils de ce dieu, incarné, né d’une vierge, n’ayant consacré que le dixième de sa vie à se manifester et à enseigner, exécuté comme un criminel et ressuscité après trois jours pour nous délivrer, à la demande de son père, du poids d’une faute commise par un « premier » homme dont on sait aujourd’hui qu’il n’a jamais existé en tant que tel... Où il est question d’une vie éternelle qui verra bons et mauvais définitivement séparés à l’issue d’un jugement global et dernier.
Peut-il réellement s’investir dans ce qu'il proclame ? N’éprouve-t-il pas un sérieux malaise en prononçant ce Credo pour exprimer l’élan spirituel qui l’anime ? D’autant plus que ses termes s’éloignent toujours plus des apports de la science et de la sensibilité culturelle actuelle.
L’auteur se propose ici de s'attacher à la démarche de celui qui est invité à le réciter et qui se voit confronté à la difficulté de conjuguer sa foi profonde, le contexte socioculturel et scientifique dans lequel il la vit et la manière dont l’Église lui demande de l'exprimer.
Est-il possible de recadrer cette profession de foi en réinterrogeant son sens profond et en lui rendant son souffle de vie ?

Un livre interpellant qui pousse les croyants à s'interroger sur leur foi.

EXTRAIT

Il y a deux « Credo » dans la liturgie de l’Église chrétienne.
Le premier est connu sous l’appellation de « Symbole des Apôtres », le deuxième sous celle de « Symbole de Nicée ».
Le symbole des Apôtres, que d’aucuns qualifient de credo des catéchumènes, s’est constitué progressivement à partir des questions que l’on posait aux candidats au baptême et dont les réponses constituaient leur profession de foi. Déjà présent aux IIe et IIIe siècle, sous forme de textes embryonnaires, certains conservés dans la Tradition Apostolique d’Hippolyte, il apparaîtra au IVe siècle, sous une forme plus institutionnalisée, rédigé d’abord en grec par Marcel, évêque d’Ancyre, qui participera au concile de Nicée, et ensuite, en latin, par Rufin d’Aquilée, pour être finalisé au VIe siècle.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Vincent Hanssens est belge et psychosociologue. Il a été vice-recteur de l’Université Catholique de Louvain. Engagé dans le dialogue interculturel et interuniversitaire, il est aussi co-auteur, avec Marcel Bolle De Bal, de Le croyant et le mécréant paru aux éditions Mols.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 143

Veröffentlichungsjahr: 2017

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Remerciements

Ma gratitude va à Monique Tiberghien, mon épouse, qui m’a accompagné au long de cette quête et a eu la patience de lire ce texte avec la sagesse et le soin qui lui sont coutumiers, ce qui m’a permis d’y apporter corrections et ajouts ayant largement contribué à sa rédaction actuelle.

Elle va également à mon hôte romain attentionné, Fabrizio Di Michele, qui a suivi mon parcours en me recevant notamment à de nombreuses reprises chez lui, ce qui m’a permis de me rendre régulièrement à Santa Maria in Trastevere, berceau des réflexions écrites au fil des pages qui suivent.

Elle va enfin à mon éditeur, dont les nombreuses remarques et suggestions pertinentes m’ont été particulièrement utiles.

En hommage à

Germaine Tiberghien-Leurent,Décédée le jour où j’achevais ce texte au sujetduquel elle aimait m’interroger et partagercroyances et espérances.Elle a inscrit chaque instant de sa vie dans unCredo gravé à présent dans le livre d’éternité.

Préface

Croire, qu’est-ce que cela veut dire ? Croire en quoi ? En qui ? Pour un chrétien, croire, c’est faire confiance au Christ vivant, « avant toute adhésion à un texte particulier ». Plus qu’adhérer à une parole écrite, la foi chrétienne est faire confiance à la Parole devenue chair et os en Jésus.

C’est la conviction de l’auteur de ce livre, conviction que je partage avec lui et que j’ai pu approfondir grâce à mon engagement dans la Communauté de Sant’Egidio. Tout comme Vincent Hanssens a lui-même été touché par la liturgie de cette Communauté, qui a été pour lui une invitation à approfondir sa foi, à l’exprimer dans un langage transmissible, la rencontre avec cette communauté priante a été pour moi une invitation à faire confiance à la Parole de Dieu et à trouver un langage adéquat pour inviter d’autres à partager cette foi.

Pour un intellectuel, il est important de comprendre les paroles avec lesquelles on prie et de pouvoir s’expliquer les textes de la tradition et de la liturgie chrétiennes afin de ne pas vivre dans une sorte de schizophrénie, qui finit par devenir une excuse pour se détourner de cette tradition.

Le Credo est un texte issu d’une longue discussion sur la foi chrétienne, une cristallisation dans un langage de compromis de temps révolus, un texte dans lequel les générations de nos pères ont reconnu leur unanimité, mais un texte qui ne se comprend plus aujourd’hui sans un effort d’interprétation du jargon théologique du passé.

Avec l’auteur, il faut bien l’admettre : un texte qui ne se laissera jamais comprendre totalement puisqu’il essaie d’exprimer le mystère divin de la vie qui surpasse notre intelligence et « qu’on ne finit jamais de comprendre » pour employer l’expression du père Janthial, cité dans ces pages.

J’espère donc que ces réflexions de Vincent Hanssens pourront aider le lecteur à découvrir dans le Credo « l’hymne d’amour adressé à Celui qui transcende toute règle particulière de croyance ». Qu’elles soient une invitation à s’engager dans une vie de confiance en Celui que la liturgie chrétienne accueille comme la source de la vie et de la joie dont l’allégresse de la liturgie byzantine n’est qu’un prélude…

Baronne Hilde Kieboomvice-présidente de la Communauté de Sant’Egidio

Que celui qui chercheSoit toujours en quêteJusqu’à ce qu’il trouveEt quand il aura trouvéIl sera dans le troubleAyant été troubléIl s’émerveilleraIl régnera sur le tout.     (Évangile de Thomas)

Prologue

Comme j’ai coutume de le faire, chaque fois que je me rends à Rome, j’assiste le dimanche soir à la liturgie byzantine de Saint Jean Chrysostome.

Cette liturgie, dont la beauté et la profondeur me pénètrent l’âme et le cœur, est célébrée dans la basilique Santa Maria in Trastevere par la communauté de Sant’Egidio, avec laquelle j’ai eu l’occasion d’être en contact, au cours des années 1990, lorsque j’étais secrétaire général de la Fédération internationale des universités catholiques.

La Fédération était active alors dans le domaine du dialogue interreligieux, domaine privilégié également par Sant’Egidio.

Je suis frappé par le rôle que joue cette communauté, tant au niveau international qu’à celui, plus local, de son environnement immédiat. Elle n’hésite pas à s’engager fermement dans le monde pour préserver ou restaurer, par le dialogue, la paix là où elle est menacée, tout en conviant ses membres à vivre une intériorité spirituelle et à assurer une présence attentive aux personnes pauvres et fragiles de leur entourage.

Paix, prière et pauvreté, tels sont les trois grands mots-clés qui la caractérisent, comme le résumait le Pape François lors de la visite qu’il leur fit récemment à la basilique.

Ce sont des moments de grande intensité que je vis ainsi le dimanche soir, étant saisi par un mouvement de foi qui s’empare de mon être et l’immerge dans un état où joie et gravité s’entrelacent pour le porter à la méditation.

Lorsque l’office se termine et me ramène à une appréhension plus rationnelle de ma démarche religieuse, m’incitant à traduire cette émotion dans un langage transmissible, je me sens souvent déchiré entre ce que j’ai vécu dans ces instants de grâce et l’invitation, pour ne pas dire l’obligation, que me fait l’Église d’exprimer ma foi selon les modes et dans les termes qu’elle propose, notamment le Credo. Il me semble qu’il y a un tel écart entre ce vécu et ce texte que vouloir les associer ou réduire le premier au second est une tâche probablement impossible.

Suis-je donc devenu un mécréant au regard de l’Église, gardienne du dogme et de la doctrine ? L’adepte d’une foi individuelle qui entend se manifester selon ses propres modes et ses registres particuliers ? Ou suis-je seulement conscient du fait que les énoncés de la foi, tels que repris dans le texte du Credo prennent de plus en plus de distance à première lecture, par rapport à la sensibilité et la recherche spirituelles de l’homme d’aujourd’hui ?

Dans son dernier ouvrage, Le Royaume, Emmanuel Carrère1 voit dans chaque phrase du Credo, une insulte au bon sens.

Mais, comprend-il vraiment ce Credo ? Et le fais-je moi-même ?

Il y a quelque temps, l’idée me vint soudain avec force, au cours de cette célébration à Santa Maria, de me resituer personnellement par rapport à ce texte au cœur de la foi chrétienne.

S’agit-il d’un texte fondateur ? Si tel est le cas, on ne peut pas le changer ; on ne change pas un texte fondateur, disait récemment Daniel Sibony au cours d’une émission religieuse dominicale sur France 2, on peut seulement, et il le faut, en parler.

En parler, c’est, certes, dans cet esprit que je livre ces réflexions en m’interrogeant toutefois sur la vraie nature de ce texte. S’il est présenté par l’Église comme la synthèse de la foi, il n’a pas fondé celle-ci, il l’exprime.

Si je me définis en tant que croyant, comme je l’ai fait notamment dans le dialogue vécu, Le Croyant et le Mécréant2, avec mon ami franc-maçon et athée, Marcel Bolle De Bal, quel rapport y a-t-il entre cette croyance et celle proclamée formellement par l’Église ? Est-elle fidèle, ne l’est-elle pas, suis-je un croyant orthodoxe ou suis-je marqué d’une certaine, si pas forte, hétérodoxie ?

J’eus le sentiment très net d’avoir une tâche à accomplir, et je devais l’accomplir par écrit.

Déjà, par souci d’honnêteté envers moi-même et envers l’Église, il me paraît important de me poser ces questions. Peut-être cette interrogation intéressera-telle d’autres personnes interpellées par ce qui apparaît comme un fossé grandissant entre la culture de ce temps, le développement de la science et la profession traditionnelle de foi de l’Église.

Origine du Credo

Il y a deux « Credo » dans la liturgie de l’Église chrétienne.

Le premier est connu sous l’appellation de « Symbole des Apôtres », le deuxième sous celle de « Symbole de Nicée ».

Le symbole des Apôtres, que d’aucuns qualifient de credo des catéchumènes, s’est constitué progressivement à partir des questions que l’on posait aux candidats au baptême et dont les réponses constituaient leur profession de foi. Déjà présent aux IIe et IIIe siècle, sous forme de textes embryonnaires, certains conservés dans la Tradition Apostolique d’Hippolyte, il apparaîtra au IVe siècle, sous une forme plus institutionnalisée, rédigé d’abord en grec par Marcel, évêque d’Ancyre, qui participera au concile de Nicée, et ensuite, en latin, par Rufin d’Aquilée, pour être finalisé au VIe siècle.

Il a été reconnu comme le Credo officiel de l’Église d’Occident sous le pontificat d’Innocent III, fin du XIIe siècle et est utilisé dans l’Église catholique romaine, dans l’Église anglicane et dans de nombreuses églises protestantes, celles-ci remplaçant toutefois le qualificatif « catholique » par « universelle ». L’Église orthodoxe, comme l’Église d’orient, n’y a pas recours.

Le Symbole de Nicée a été promulgué par le Concile qui s’est tenu dans cette ville en 325, et confirmé lors du concile suivant, à Constantinople, en 381.

Si le symbole des Apôtres s’est élaboré sur le « terrain », à partir des questions-réponses faites lors du rituel du baptême, le symbole de Nicée est le produit d’un travail doctrinal des Pères de l’Église.

Le concile de Nicée avait été convoqué par l’empereur Constantin, inquiet des hérésies qui se développaient et pouvaient diviser l’Église, alors qu’il voyait en elle un ferment d’unité pour son empire.

Ce Credo est universel ; il est utilisé dans toutes les Églises chrétiennes, d’Orient comme d’Occident, à la différence du symbole des Apôtres. Il est le seul Credo pour l’Orthodoxie et les Églises de rite oriental, l’Église d’Occident y recourant plus particulièrement lors de liturgies solennelles.

Fondamentalement, s’il porte sur les mêmes croyances que celles énoncées par le Symbole des Apôtres, avec une formulation qui s’en distingue parfois, il ne reprend ni la mention de la descente aux enfers à l’article 6, ni l’article 11 qui traite de la communion des saints.

Par ailleurs, la version de l’Église orthodoxe est différente de celle des autres églises chrétiennes, en ce qui concerne les modalités de rapport au sein de la Trinité. Pour elle, le Saint Esprit procède seulement du Père et non du Père et du Fils. En d’autres termes, elle supprime le « filioque » dans le texte latin.

C’est du symbole des Apôtres dont il est question ici.

Voici le texte initial :

Je crois en Dieu le Père tout-puissantEt en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur,Qui est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie,Qui, sous Ponce Pilate, a été crucifié et enseveli,Le troisième jour est ressuscité des morts,Est monté aux cieux,Est assis à la droite du PèreD’où il viendra juger les vivants et les morts,Et au Saint-Esprit,À la sainte Église,À la rémission des péchés,À la résurrection de la chair. Amen.

S’il est appelé Symbole des Apôtres, c’est parce que, au cours des premiers siècles, la croyance qu’il avait été écrit par les Apôtres eux-mêmes était largement répandue.

Guillaume Durand, au XIIIe siècle, présentait comme suit, la rédaction soi-disant faite par les Apôtres :

Pierre : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre

André : Je crois en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre Seigneur ;

Jacques : Qui a été conçu du Saint Esprit et qui est né de la Vierge Marie ;

Jean : Il a souffert sous Ponce Pilate ; il a été crucifié ; il est mort ; il a été enseveli ;

Thomas : Il est descendu aux enfers ; le troisième jour, il est ressuscité des morts ;

Jacques, fils d’Alphée : Il est monté au ciel ; il siège à la droite de Dieu le Père tout-puissant ;

Philippe : Il viendra de là pour juger les vivants et les morts ;

Barthélémy : Je crois en L’Esprit Saint…

Matthieu : Je crois à la sainte Église universelle, la communion des saints…

Simon : la rémission des péchés…

Thaddée : la résurrection de la chair…

Matthias : et la vie éternelle. Amen.

Cette légende, tenace, disparut au VIe siècle.

Le texte comportait 12 articles et non 14, comme le texte en usage aujourd’hui, qui y a ajouté « la communion des saints », précision apportée à la croyance à la sainte Église, et « la vie éternelle », précision apportée à la croyance à la résurrection de la chair.

La version actuelle est la suivante :

Je crois en Dieu le Père tout-puissant,Créateur du ciel et de la terre,Et en Jésus-Christ son Fils unique Notre Seigneur,Qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la ViergeMarie,A souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, estmort et a été enseveli,Est descendu aux enfers, le troisième jour estressuscité d’entre les morts,Est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieule Père tout-puissant,D’où il viendra juger les vivants et les morts.Je crois au Saint Esprit,À la sainte Église catholique,À la communion des saints,À la rémission des péchés,À la résurrection de la chair,À la vie éternelle. Amen.

Perspective de travail

Je reprendrai le texte du symbole des Apôtres, article par article, tel qu’il nous a été transmis, sans autres intentions que celle d’exprimer ce qu’il suscite en moi comme résonnances et interrogations, au risque d’être considéré par d’aucuns comme hérétique.

Il ne s’agit pas tant de vouloir supprimer des termes, en s’efforçant de les remplacer par d’autres plus acceptables aujourd’hui, que de s’interroger sur leurs véritables significations, d’essayer de les comprendre en ne s’arrêtant pas à une lecture de premier niveau, mais de rechercher leur sens profond et de les interpréter en les resituant dans le contexte actuel, ce qui peut amener déjà un certain recadrage du texte.

La question d’une reformulation nécessaire, voire d’une refonte plus marquée de ce texte, ne peut toutefois être évitée, comme celle de se demander, en toute honnêteté intellectuelle et spirituelle, s’il est le canal essentiel par lequel il faut passer pour vivre et exprimer sa foi.

Foi et croyances

Une question importante qui vient à l’esprit, est celle de savoir s’il y a lieu de distinguer entre la foi et la croyance, croyance étant entendue ici comme l’adhésion à un certain nombre d’énoncés spécifiques que l’on tient pour vrais.

Pour beaucoup de personnes, la foi est la démarche essentielle et elle ne se réduit pas dans la formulation d’énoncés ou l’attachement à d’autres objets de croyance. D’emblée, je ne peux qu’être d’accord avec cette opinion. La foi se situe au-delà de toute croyance spécifique.

Aucun livre ne peut être le fondement ultime d’aucune foi », écrit Raimon Panikkar, « parce qu’il faut justement la foi qui donne au livre valeur de témoignage.3

Ceci ne nie toutefois pas le fait qu’elle s’exprime aussi par des croyances. C’est la position de l’Église qui a fait du Credo, qu’il soit le symbole des Apôtres ou celui de Nicée, le texte même de proclamation de la foi. Ce faisant, elle lie donc la foi à l’adhésion aux croyances reprises dans les articles de ce Credo. Mais faut-il la lier à ce point ? Est-ce vraiment nécessaire ? Cette position pose un nombre croissant de problèmes aujourd’hui dans la mesure où certains de ces énoncés, du moins tels qu’ils sont formulés dans ce texte, s’avèrent de plus en plus difficilement crédibles au regard de la sensibilité culturelle et des connaissances scientifiques contemporaines.

Dès lors, celui qui n’y adhère plus intégralement, est-il encore croyant ? Est-il encore dans la foi ou est-il devenu mécréant ? La même question peut d’ailleurs être posée à l’égard des dogmes. Ils ne sont pas repris tels quels dans le Credo mais leurs contenus, pour la plupart, s’y retrouvent. Est-ce de la mécréance le fait de se poser des questions sur la pertinence actuelle de certains d’entre eux ?

Avant de tenter de répondre à cette interrogation, je tiens à faire trois remarques.

D’abord, la motivation essentielle et profonde du chrétien est, me semble-t-il, avant toute adhésion à un texte particulier, qu’il s’agisse du Credo ou de quelque autre texte sacré, d’exprimer une démarche de foi et la foi chrétienne, c’est la foi dans le Christ ressuscité. C’est cela qui pour moi est essentiel.

Ensuite, dans un texte, il y a, d’une part, les mots utilisés pour exprimer tel ou tel contenu et, d’autre part, ce contenu lui-même. Il y a lieu de distinguer les premiers du second et ce, plus particulièrement encore, quand celui-ci est une abstraction comme une vérité par exemple.

C’est ce que fait une discipline de science humaine, comme la linguistique, quand elle distingue le « signifiant » (les mots) du « signifié » (la vérité).

Cette distinction est fondamentale, aucun signifiant, si recherché soit-il, n’étant à même d’exprimer la plénitude du signifié auquel il se réfère.

Je songe, par exemple, à un roman relativement récent d’un écrivain français, Michel Houellebecq, La Carte et le Territoire. Il souligne bien, symboliquement, les limites de la « carte » à refléter toute la profondeur et la complexité du « territoire ». La difficulté qu’éprouve un amoureux à trouver les mots adéquats pour exprimer à l’être qu’il aime toutes les nuances et l’intensité de son sentiment est un autre exemple de ces limites auxquelles se heurtent les mots.

En réalité, lorsqu’il s’agit de croire à ce qui est formulé dans un texte, à quoi suis-je invité ? À croire à la formule ou plutôt à ce à quoi elle renvoie, à la vérité qu’elle veut manifester ? La réponse me paraît évidente. Les mots ont certes leur importance mais ils ne sont jamais là que pour permettre l’accès à cette vérité. Quelquefois les modes d’accès auxquels on a recouru jusque-là deviennent obsolètes, les routes se dégradent, il faut rechercher d’autres voies.