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C'est l'histoire d'un groupe d'amis à partir des années soixante, des filles et garçons qui voyagent, se séparent, se retrouvent, chacun avec son destin particulier. C'est l'histoire d'une ville agréable à vivre, grande ville aux possibilités multiples, concerts, bals, petits cafés, promenades dans les parcs fleuris, baignades dans le Danube, et soirées à refaire le monde autour d'une glace. C'est l'histoire d'un exil assumé dans un pays nouveau, d'une autre langue à vivre, de nouveaux amours dans le Midi de la France, d'un épanouissement dans un paysage ensoleillé. Et ces jeunes adultes trouvent leur place et se réalisent avec bonheur là où ils ont choisi de vivre.
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Seitenzahl: 77
Veröffentlichungsjahr: 2021
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La vie est comme une valse, les danseurs tourbillonnent, tournent de plus en plus vite, un tour à l’endroit, un tour à l’envers, puis ralentissent en douceur. La valse étourdit, enchante, fatigue, redonne de l’élan, du courage, de la gaieté, de la joie. Et parfois un peu de mélancolie.
A ma famille nombreuse d’ici et de là-bas
Merci à mes enfants pour leur soutien
Et à mes amies en écriture pour leurs
encouragements
Décembre 1999
Sabine
Février 1959
Elise
Printemps 1959
Paul
Anna
Décembre 1999
Sabine
Eté 1959
Le concert
Eté 1960
Le mariage
Thomas
Tina
Été 1970
Elise
Tina
Anna
Sabine
Tina
Eté 1973
Victor
Tina
Retour dans le Sud
Les années 80
Quelques années plus tard
Tina
L'année 2000 a commencé à Vienne
Sabine
J'attends Victor.
Dehors il neige, mais je suis bien à l’abri dans ce café accueillant. Bois sombre, miroirs aux cadres dorés, banquettes en velours rouge. Ambiance intime dans cette fin de journée, feutrée et calme malgré l’affluence. Les garçons s’activent pour porter la commande aux clients, thé, café, pâtisseries, mais aussi des plats du jour et des soupes au gulyas à toute heure de la journée. Je l'aime, ce café, j'y viens souvent depuis mes années d'étudiante. C'est Monsieur Jean qui me sert. Il est dans la maison depuis des lustres. Il les connaît, ses habitués, ceux qui viennent tous les jours, retrouvent les mêmes places, passent les mêmes commandes, font partie de la vie du café. Il me salue d'un mot gentil, avec une pointe d'accent hongrois qui lui reste de sa jeunesse.
Il se tient devant moi, tablier noir noué autour de la taille, serviette blanche posée sur le bras plié, portant un plateau en argent avec élégance. Je commande un capucin, une des multiples spécialités de café viennois, il me sert donc un long café noir avec un chapeau de crème Chantilly. J'aurais pu choisir un fiacre ou un franciscain ou tout simplement un mélange parmi les nombreuses façons d'accommoder le café à Vienne. Puis Monsieur Jean pose devant moi une assiette avec un feuilleté aux pommes, le célèbre Apfelstrudel, surmonté, là encore, d'un joli dôme de crème Chantilly que je déguste délicatement.
Victor est en retard, comme souvent autrefois. Je parcours les journaux mis à disposition sur un comptoir en bois ciré, et jette un œil sur les programmes des théâtres et de l’opéra qui sont affichés sur un mur près de la porte. Incroyable, le nombre important de propositions culturelles. J'aime ma ville pour ça aussi. Vienne est à la fois intime et internationale, facile d'accès et ambitieuse. On dit que Vienne vit sur son passé, mais la ville s'est ouverte, va de l'avant, innove.
A travers la vitre, je vois tomber la neige à gros flocons, doucement, tourbillonnant à peine, couvrant le sol d'une épaisseur blanche encore immaculée. Les lampadaires éclairent la rue. Les voitures passent plus lentement, le tramway grince et tinte en tournant, les bruits sont étouffés par le temps.
Voilà enfin Victor ! Il passe la tête par la portière en velours rouge, et me retrouve avec un grand sourire. On s'embrasse tendrement. Victor, mon frère, tu étais absent depuis bien trop longtemps.
« Alors raconte ! Qu'est-ce que tu deviens ? Et d'abord, qu'as-tu pensé de la cérémonie ? »
Nous nous étions vus tout à l'heure au Cimetière Central de Vienne. Il avait fait froid. Le vent était glacial. Les pieds glissaient sur le tapis de feuilles mortes. Des arbres centenaires se penchaient sur les pierres tombales. Les allées rectilignes, tracées au cordon, sillonnaient les grands espaces de verdure. Çà et là, quelques fleurs et des bougies sous verre résistaient à l'hiver. Ce grand jardin des morts respirait l'harmonie, pendant que nous accompagnions notre père à sa dernière demeure. Les gens étaient venus nombreux pour lui rendre hommage. Les couronnes exposées autour du cercueil, le discours des vieux amis retraçant sa vie, l'oraison du prêtre, les chants de la chorale paroissiale. La chorale que mon père avait fondée il y a longtemps et qu'il avait portée à bout de bras pendant près de quarante ans. Nous avions écouté des extraits du Requiem de Mozart, son compositeur préféré. Le moment était solennel, les pensées tristes remontaient, des souvenirs joyeux aussi. Mon père était musicien, chef d'orchestre, Leo Reiser, le Maestro. La renommée de la chorale avait dépassé les limites de la paroisse et les répétitions comme les concerts étaient suivis avec enthousiasme par les chanteurs amateurs. Mon père s'y était consacré totalement, c'était l'entreprise de sa vie, la réussite l'avait rendu heureux, mais notre famille avait souffert de ce sacerdoce, il fallait suivre sans rechigner, participer sans poser de questions, filer droit. Un chef. Il régentait ses deux fils comme il dirigeait sa chorale, avec enthousiasme, avec poigne et sans douter. Victor en avait souffert longtemps, alors que Paul, en fils aîné, avait su garder avec lui des relations sans heurts. Moi, j'étais la plus jeune, et puis j'étais une fille, je n'avais pas ressenti cette contrainte de la même manière. J'aimais chanter, aller aux répétitions, participer aux concerts qui me transportaient de joie.
La cérémonie finie, l'assemblée dispersée, j'avais envie de me retrouver dans l'intimité avec mes frères. Paul, une fois de plus, s'excusait, il fallait qu'il repasse à l'agence, on aurait pu croire que tout allait s'effondrer sans lui. J'avais pris l'habitude, je ne lui en voulais même plus. Victor devait me rejoindre un peu plus tard au Café Mozart.
« Brr ! Qu'il fait froid ! J'ai les pieds tout mouillés ! J'ai voulu marcher dans la neige, mais j'ai fini par prendre le bus. Dis, je ne reconnais plus le quartier ! »
L’ancienne gare était devenue un nœud ferroviaire important. La grande halle du marché avait fait place à un hôtel moderne. Le centre commercial n’existait plus, un cinéma multiplexe et une belle librairie assuraient un passage animé. Malgré le brouillard et le froid, il y avait foule pour les derniers achats de Noël. Décembre n'est pas clément à Vienne, mais l'ambiance de Noël rassemblait les gens. Les éclairages, les grands sapins décorés dans la rue, les marchés de Noël scintillants sur les places des quartiers, cette atmosphère chaleureuse me séduisait chaque année, mais Victor n'y était plus sensible. Il était resté absent trop longtemps. Il grelottait, l'hiver viennois l'avait surpris. Mais il était content de retrouver sa sœur.
Il commande un grog pour se réchauffer, et -- les mains autour du verre – se détend.
« C'est vrai, il y avait beaucoup plus de monde que je n'aurais cru ! Il était une célébrité, le Maestro. Il aurait été content de la cérémonie ! Mais pour moi, c'était un moment difficile. J'ai tant de mauvais souvenirs ! Père passait tout son temps à la chorale dans la paroisse. Et il m'obligeait d'y participer, alors que j'avais tant d'autres projets ! Tu te souviens de mes succès sportifs ? Basket, gym, ski, tennis, natation, je me sentais bien dans toutes ces disciplines. Et lui, il ne parlait que chant. La musique, ça va, mais il n'y a pas que la chorale ! Tu te rappelles comme il me houspillait, il me reprochait de me dissiper. Alors on s'accrochait, on se disputait. Il voulait tracer ma vie, mais c'était la mienne ! Il fallait que je parte à la fin ! »
Mais il y avait aussi des souvenirs heureux. Victor, dans sa fatigue, se laisse aller. Une enfance au sein d'une famille unie, quand sa mère vivait encore. Une adolescence aux quatre cents coups, il avait toujours été un peu rebelle. Ses liens avec Paul, son frère, son ami ! « Paul et Victor. Victor et Paul. Inséparables dans l’enfance, dans l’adolescence. Les exploits comme les bêtises, tout se faisait à deux. La vie semblait tracée. Aucun doute nous effleurait. L’avenir nous appartenait ! »
Puis, il y a eu Elise.
« Frange blonde qui lui mange le visage, queue de cheval accrochée bien haut sur la tête, petit nez mutin, jolie bouche remuant sans cesse, une démarche de danseuse...
C'est comme ça que je l'ai connue, c'est comme ça que je la vois encore aujourd'hui devant moi. Tu te rappelles, tu étais en classe avec elle. On était tout juste ados, on voyageait dans le même tramway pour aller à l'école. On s'était revus aux compétitions du club de gym, elle était douée, vive, élégante dans tous ses mouvements. Elle habitait dans notre quartier, on faisait le chemin ensemble. On discutait de tout, on riait beaucoup. La vie était belle. Puis nous avons grandi. »
Il l'avait entraînée aux répétitions de la chorale. Ils se retrouvaient avec des amis. Anna, Paul, Tina et les autres... Les sorties du dimanche dans la forêt viennoise, piscine et rencontres de danses, surprises-parties. Après les soirées pour la chorale, l'entraînement sportif ou le cinéma, on finissait toujours chez le marchand de glaces italiennes. Puis il y avait la saison des bals, les grands bals de Vienne, dans les salles dorées des palais majestueux, les robes longues et les habits sombres, la musique toute la nuit. On dansait jusqu'au petit matin et repartait ensuite à l'école ou au travail.
Victor est plongé dans son passé, il oublie son entourage.
