le deuxième chat de schrödinger - Aliénor Fleury - E-Book

le deuxième chat de schrödinger E-Book

Aliénor Fleury

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Beschreibung

-Tout part du chat de Schrödinger qui est à la fois mort et vivant. -Tu veux dire qu'Emma est à la fois morte et vivante ? -Non, pas du tout, enfin... Le chat de Schrödinger est une expérience mentale pour appréhender la mécanique quantique. A l'échelle de l'infiniment petit, dans le monde quantique, les particules sont dans deux états qui se superposent. Ce qui donne un chat, selon Erwin Schrödinger, qui serait à la fois mort et vivant. Le problème c'est qu'on ne peut pas être à la fois mort et vivant, être deux choses à la fois. D'où le problème pour appréhender la physique quantique et à la concilier avec la physique classique. Mais Hugh Everett apporte une solution. Il y a en fait deux chats. L'un est mort, l'autre est vivant, mais ils appartiennent à deux univers différents. Dès qu'un choix s'impose, l'univers, ou plutôt le multivers, se divise et créé des mondes comprenant chaque choix. Les mondes seront identiques sauf que dans l'un le chat sera mort, et dans l'autre il sera vivant. Le problème c'est qu'on ne peut pas être à la fois mort et vivant, être deux choses à la fois. D'où le problème pour appréhender la physique quantique et à la concilier avec la physique classique. Mais Hugh Everett apporte une solution. Il y a en fait deux chats. L'un est mort, l'autre est vivant, mais ils appartiennent à deux univers différents. Dès qu'un choix s'impose, l'univers, ou plutôt le multivers, se divise et créé des mondes comprenant chaque choix. Les mondes seront identiques sauf que dans l'un le chat sera mort, et dans l'autre il sera vivant. Et par conséquent, dans l'un des univers Emma est toujours vivante, heureuse de profiter de la vie, de sa famille, de sa soeur.

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Seitenzahl: 78

Veröffentlichungsjahr: 2018

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le deuxième chat de schrödinger

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Le deuxième chat de Schrödinger

1

L'histoire que je vais raconter est une histoire d'amour comme beaucoup d'autres, avec ses élans, ses déceptions, ses non-dits.

La première fois que je rencontrai Alexandre, ce fut à la bibliothèque universitaire durant l'une des nombreuses pauses que s'accordent les étudiants. Une amie commune, Leïla, nous présenta. Pour être tout à fait honnête, ce jour-là ne m'a pas marqué. Je ne fis alors pas particulièrement attention à ce gars aux yeux clairs et à la carrure de rugbyman qui laissait sa barbe pousser négligemment. C'est Alexandre qui me raconta ce moment par la suite. Il adorait se remémorer la manière dont il avait rencontré ses amis. Il faisait part de ses réflexions du moment sur la personne, ce qui pouvait en vexer certaines lorsque cette première impression n'était pas bonne. Sa mémoire extraordinaire lui permettait de retenir des détails qui échappaient totalement aux autres. Lorsqu'on le lui faisait remarquer, il répondait que sa mémoire n'était efficace que pour ce qui comptait à ses yeux. Et Alexandre plaçait l'amitié au-dessus de tout. Il aurait fait n'importe quoi pour ses amis. Il lui arrivait souvent de les aider en ronchonnant, mais il le faisait tout de même, quel que soit le désagrément que cela lui causait. Par la suite, il me dit que c'est mon sourire qui le marqua ce jour-là. Moi j'aimais beaucoup l'entendre rire. Ce n'était pas gracieux mais toujours communicatif. Un jour, il fut frappé d'un fou rire lors d'une de mes représentations théâtrales. Et bien que je lui en ai voulu beaucoup, je dû contenir mon rire sur le moment en me pinçant les lèvres. Je dû faire appel en plus à toutes mes pensées tristes pour ne pas exploser et ainsi ruiner totalement ce qui était une tragédie. Le fou rire d'Andromaque aurait fait tâche, si audacieuse que fut notre mise en scène.

A l'époque j'étais en troisième année de droit, lui en master de droit et de science politique. On se voyait régulièrement à la B.U, puis ensuite pour aller boire des verres. Parfois seuls, souvent en groupe. Une réelle amitié nous a rapidement liée. Difficile de déterminer le moment précis où je l'ai considéré comme un ami et non plus comme un copain. Lui-même malgré sa fabuleuse mémoire et son goût des souvenirs, devait être incapable de le déterminer. Un mystère qui participe de la magie de l'amitié je suppose.

Alexandre maniait l'ironie avec un naturel parfois désarmant. Sa causticité pouvait blesser les gens sans qu'il en ait l'intention. Il était pourtant la première cible de ses saillies sardoniques. Il se moquait souvent par exemple de son « bide à bières » ou de ses problèmes d’élocutions lorsqu’il avait bu plus que de raison. Il fit toujours preuve avec moi, en revanche, d'une certaine retenue. Il conservait son sourire en coin mais l'ironie laissait place à la douceur. Ca ne l'empêchait pas d'user parfois de son humour féroce devant moi, mais il se reprenait immédiatement comme s'il avait laissé échapper un gros mot devant un enfant. C'est vrai que l'humour noir n'a jamais vraiment été ma tasse de thé. Mais sa façon de me protéger comme si j'étais une enfant m'agaçait un peu. Il usait avec moi d'un autre type d'humour, avec autant d'efficacité. Il faut dire aussi que j'ai toujours été bon public. Je me souviens encore d'avoir été la seule à rire devant un film avec Kad Merad et Clovis Cornillac tandis que le reste de la salle demeurait consterné par le navet qu'il subissait.

2

Notre amitié avec Alexandre s'est vraiment approfondie à la mort de ma sœur. Emma succomba à un cancer, ce qu'on nomme « une longue maladie » mais qui nous surprend souvent par sa fulgurance. Il n'y a rien de pire que de regarder une personne que l'on aime mourir à petit feu, sans que l'on puisse faire quoi que ce soit. La rage qui s'empare alors de nous est la seule manière de maquiller notre détresse abyssale. N'importe quelle chose, personne, peut servir de défouloir. La cible de ma rage fut l'homme qui agressa ma sœur. Je m'étais persuadée que c'était lui, en la frappant, qui avait déclenché la tumeur qui devait emportée Emma en quelques mois. Malgré les explications des médecins, de mes parents, de ma sœur même, je n'arrivais pas à accepter que cette tumeur au cerveau ne soit pas la conséquence d'un acte malveillant, mais simplement le fait du hasard. Voir son visage gonfler à mesure que la tumeur grossissait, sa souffrance augmenter malgré les doses de morphine toujours plus importantes, et sa tristesse s'amplifier en sachant sa mort inexorable, était terrible. Les derniers jours, je sentis chez elle une certaine sérénité, ce qui me fit penser qu'une rémission était possible. Personne ne partagea le faux espoir qui avait germé dans mon esprit. Emma me répondit poliment en souriant et en prenant ma main. Elle mourut le lendemain, me laissant seule face à mes moulins à vent.

C'est Alexandre qui parvint à me rasséréner. Tous mes amis furent présents mais lui, bien qu'il n’appartînt pas à mon cercle proche, fut le plus actif pour tenter de me consoler. Dans ces moments, je ne dis jamais que ça ne va pas. Ce qui peut dérouter les gens, c'est ce que me fit remarquer Alexandre. Alors beaucoup de gens ne vont pas plus loin. Lui continua à me parler d'autres choses, ce qui ne me faisait pas oublier ma peine, mais me distrayait un peu. C'est ainsi que l'on se rapprocha. Les discussions étaient souvent légères, quelques fois plus graves, mais elles ne duraient alors jamais bien longtemps.

-Tu crois au paradis Alexandre ?

-Pas vraiment.

-Donc, tu ne crois pas qu'Emma nous regarde d'où elle est ?

-Non, sans pour autant en avoir la certitude. Et toi ?

-Oui, j'y crois, même si je n'arrive pas à déterminer si j'y crois véritablement ou si j'y crois parce que je l'espère. Ma foi vacille un peu depuis quelques temps. J'éprouve beaucoup de colère contre Dieu pour avoir laissé mourir Emma.

-Je ne crois pas en Dieu, mais pour se consoler il y a la physique quantique.

-Comment ça ?

-Tout part du chat de Schrödinger qui est à la fois mort et vivant.

-Tu veux dire qu'Emma est à la fois morte et vivante?

-Non, pas du tout, enfin… Le chat de Schrödinger est une expérience mentale pour appréhender la mécanique quantique. A l'échelle de l'infiniment petit, dans le monde quantique, les particules sont dans deux états qui se superposent. Ce qui donne un chat, selon Erwin Schrödinger, qui serait à la fois mort et vivant. Le problème c'est qu'on ne peut pas être à la fois mort et vivant, être deux choses à la fois. D'où le problème pour appréhender la physique quantique et à la concilier avec la physique classique. Mais Hugh Everett apporte une solution. Il y a en fait deux chats. L'un est mort, l'autre est vivant, mais ils appartiennent à deux univers différents. Dès qu'un choix s'impose, l'univers, ou plutôt le multivers, se divise et créé des mondes comprenant chaque choix. Les mondes seront identiques sauf que dans l'un le chat sera mort, et dans l'autre il sera vivant. Et comme il y a une infinité de choix possibles, il y a une infinité d'univers parallèles. Et par conséquent, dans l'un des univers Emma est toujours vivante, heureuse de profiter de la vie, de sa famille, de sa sœur.

Alexandre aimait beaucoup la science et la science-fiction. Il consacra même son mémoire de master aux menaces extra-terrestres. Sujet qui l'amusa beaucoup mais qui désarçonna un peu ses professeurs. La plupart de ses camarades s'imaginaient être les nouveaux Bourdieu de la sociologie politique française quand lui dissertait sur les réponses aux menaces d'astéroïdes, de chutes de vieux satellites voire de l'hypothèse d'une attaque alien. Il se promenait régulièrement avec sonSciences et vieexpliquant avec enthousiasme les potentialités ou les enjeux de telle découverte scientifique devant un auditoire souvent dubitatif. Il aurait rêvé appartenir à l'une de ces réalités parallèles et être un chevalier jedi. Selon lui, en effet, la guerre des étoiles se déroulait non seulement dans une galaxie lointaine il y a très très longtemps, mais aussi dans un univers parallèle où les lois de la physique, pour être proches des nôtres, n'étaient toutefois pas identiques. Une différence notamment s'agissant de l'usage de la force. Beaucoup de fans ont essayé de prouver l'existence de la force sans y parvenir. Je ne peux m'empêcher d'imaginer Alexandre fermer les yeux et se concentrer pour déplacer un objet à distance, et finalement renoncer pitoyablement après plusieurs essais.

C'est quand même drôle de trouver davantage de réconfort dans la physique quantique que dans la religion, quoique les deux fassent appel à une grande dose d'imagination. Le plus souvent, nos discussions étaient plus légères. Les thèmes étaient variés, mais nous aimions surtout parler de cinéma. Que ce soit le dernier navet sorti ou les classiques hollywoodiens.

-Ca y est Hélène, j'ai vuVacances romaines !

-Qu'est-ce que tu en as pensé ?

-J'ai adoré ! Audrey Hepburn est magnifique ! Et ça donne tellement envie d'aller à Rome !

-Oui !

-Par contre, c'est dommage que cela se termine mal.

-Bah ça ne finit pas mal.

-Bah si ! Elle doit sacrifier son amour à ses fonctions princières. Elle renonce à son bonheur par devoir. Devoir inutile en plus puisque les familles royales n'ont plus d'utilité depuis bien longtemps.

-Je ne suis pas d'accord. Ils s'embrassent à la fin, ont passé des moments magiques qu'ils garderont à jamais gravés dans leur cœur et que ni le temps ni le quotidien ne viendront dégrader.

-Mais elle aurait pu durer toute la vie cette histoire. Au lieu de ça, elle épousera un jeune prince dans le cadre d'un mariage arrangé.

-Mais le film retrace la pureté d'une histoire d'amour, son évanescence, sans que cela se traduise par une rupture. C'est beau, ça ne finit pas mal !