Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
A la veille de la quarantaine, Magali Hack dresse l'inventaire de son corps de femme. Depuis l'enfance jusqu'à la maternité, sans tabou, elle explore ce qui nous constitue avant tout. Plus qu'un texte autobiographique, ce livre propose une réflexion multiple et riche sur le corps féiminin, sous toutes ses coutures. De son expérience personnelle, Magali Hack mène une réflexion riche aux accents divers qui a vocation d'avoir une portée universelle.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 63
Veröffentlichungsjahr: 2021
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
De la même auteure
Marengo Marengo, L´Harmattan, 2017
Confidences à un ange, L´Harmattan, 2019
France Maïs, Le Défriché, 2021
Miss L et Monsieur Perruchet, Le Défriché, 2021
À ma mère et à ma fille.
« Être en somme ethnologue de moi-même »
Annie Ernaux, La Honte
A - Accouchement
B – Baiser
B - Bobos
C - Clitoris
C - Complexes
C - Contraception
D - Dents
E - Élastique
F - Féminité
G - Grossesse
H - Hormones
I - Intestin
J - Jouir
J - Journal de mon corps
K - Kilos
L – Libido
M - Miroir
N - Nudité
O - Orgasme
P – Pied
P - Poils
Q – Quatorze et quarante
R - Règles
R - Rides
S - Sexualité
S - Souvenirs
S - Sport
T - Téton
T - Tripes
U- Utérus
V- Vagin
V - Végétarienne
V - Vessie
V - Violences
W - Wonderbra
X - film ou revue X
Y – Yoga
Z - Zézette
L’accouchement, en soi, s’est très bien passé. Une césarienne planifiée, une vraie partie de plaisir.
Le lundi 12 décembre 2016, très tôt le matin, nous nous rendons tranquillement à la maternité. Une fois changée, je peux encore me reposer. À un moment donné, je vais aux toilettes et la sage-femme m’annonce : « Dans dix minutes, c’est votre tour ». On nous conduit dans la salle de travail. Jusqu’au bout, Frank reste avec moi.
L’anesthésiste prend les commandes, je n’ai qu'à me laisser faire. Plus vite que je ne l’aurais imaginé, on ouvre mon ventre et mon bébé en sort. Je ne sens rien si ce n’est une lourde pression sur l’abdomen au moment où Juliette est retirée de mon utérus. Tout de suite, son cri et l’exclamation du médecin : « Quel beau gros bébé ! »
La sage-femme lave Juliette puis la place dans les bras de son père. Enfin, on me la donne. Les médecins s’activent à m’enlever le placenta et à me recoudre. Derrière un drap, pendant ce temps, je suis avec ma fille et mon mari.
Nous restons deux heures en salle de réanimation. Accouchée à onze heures, à quinze heures je marche, me forçant à faire deux allers-retours dans le couloir. Je prends des anti-douleurs, je veux me lever à tout prix. L’infirmière est réticente mais j’insiste pour quitter le lit, j’ai lu quelque part qu’une fois le corps remis en route, c’était plus facile. Maintenant, avec le recul, je crois que c’était un peu exagéré.En Allemagne, le pays où je vis, la césarienne est souvent vécue comme un échec par les futures mamans. Or, sans cette césarienne, Juliette serait aujourd’hui peut-être handicapée et moi, mutilée à jamais.
Plus que jamais, à ce moment, j’ai été reconnaissante des progrès de la médecine. Si c’était à refaire, c’est sûr, je ne changerais rien.
Bisous, bouche, baiser. Toute petite, pour moi, le trio gagnant. On fait ou on se fait des bisous sur la bouche et on trouve ça drôle. C’est l’époque du Club Dorothée et Carlos vient chanter Big bisous à la télé.
Ensuite, la curiosité pour le mot « baiser », sans doute à cause des contes de fée que l’on me lit ou que je regarde – les versions de Disney. Le baiser, c’est plus qu’un bisou. Il métamorphose la princesse plus qu’il ne la réveille. Le soir, maintenant, dans mon lit, je m’allonge comme Aurore dans La Belle au bois dormant, mes longs cheveux bien disposés sur mon oreiller.
Je rêve alors de baisers et de baise-mains.
Quand ai-je eu conscience de la polysémie de ce mot ? En classe sûrement même si j’ai déjà entendu plusieurs fois l’expression « mal baisée » dans la bouche des adultes pour qualifier une femme aigrie.
« Mal baisée ». « Tu t’es faite baisée ». « Tu vas voir, je vais te baiser ». Ce mot que je trouvais si beau devient une injure, presque une menace.
Moi-même adulte, lorsqu’au début de ma carrière, je souffre de la jalousie de femmes plus âgées et pas forcément bienveillantes avec la jeune professeure que je suis, j’utilise ce terme pour les désigner. Avec mes copines, nous inventons même un code. MB pour « mal baisée ». PBDT pour « pas baisée du tout ». Cette classification est pratique. L’affaire est classée, stratégie de dérision pour contrer la réalité, le fait que je suis harcelée. Je ne me rends pas compte qu’en nommant d’autres femmes ainsi, d’une certaine manière, c’est à moi aussi que je manque de respect.
Finalement, ce sont Voltaire et son Candide qui me réconcilieront avec ce verbe et notamment l’usage que l’on en fait. Je suis en classe avec mes lycéens allemands et nous découvrons ensemble l’Eldorado, cette cité utopique. Deux détails les amusent fortement : le fait que les moutons soient rouges et que « l’on baise le roi des deux côtés ». Moi aussi, chaque fois, ça me fait rire.
Enfant, les parties de mon corps qui m’intéressent le plus : mes genoux, mes coudes, mes mains. Mais surtout tous mes petits « bobos » qui, certains, deviendront cicatrices. Lorsque Maman ne me regarde pas, je mange les croûtes.
Quand je tombe et que je me fais un « bobo », je cours vers elle pour qu’elle me console. Elle me répond « Ça va, ma chérie ». J’enrage. J’ai besoin d’attention, de voir qu’elle se fait du souci pour moi. Son éducation à la résilience, parfois, elle me tape sur les nerfs.
Sur mon visage, sous l’œil gauche, j’ai un trait très fin. J’ai cinq, six ans. Nous sommes dans la cuisine et nous colorions. Nous faisons du bruit, nous chahutons. Nicolas, mon frère, prend un crayon et m’en donne un coup au niveau du visage. Heureusement, il rate l’œil. La remarque de Maman quand elle le gronde : « À cause de toi, elle ne pourra jamais être mannequin ».
Quelques années plus tard, toujours sur la même joue, la peau sera arrachée. Nous sommes au ski et sur une piste verglacée, je suis fauchée par un surfeur. Tout mon visage est éraflé. Longtemps, sur le côté gauche, j’ai une immense croûte en forme de larme.
Au niveau de mon sexe, deux cicatrices au départ, bientôt trois. Celles symétriques de mes opérations en tant que nourrisson - bébé, j’ai eu deux hernies. La troisième viendra beaucoup plus tard, c’est celle donc de ma césarienne.
Janvier 2021. Je suis dans la salle de bains et je les regarde, ces trois cicatrices. Trois traits blancs, assez fins. On dirait presque que c’est fait exprès, œuvre délicate, à la fois éphémère et éternelle de je ne sais quel artiste. Sous ces cicatrices, mes ovaires et mon utérus. De ces quelques centimètres est sortie ma fille. Je n’arrive toujours pas à le croire.
Mon clitoris comme l’iceberg dont on ne perçoit que la pointe. Mon clitoris, ce bouton de rose, si délicat et si puissant à la fois. Mon clitoris, ce n’est qu’un muscle. Mais ce n’est pas que ça non plus.
L’abréviation « clito », utilisée comme sobriquet presque, je ne l’aime pas. Dans la bouche de certains, de certaines même, sa réalité devient triviale, carrément vulgaire. Mon clitoris, c’est bien plus. Un peu de respect tout de même.
Le mot « clitoris », c’est un beau mot pour désigner quelque chose qui l’est aussi, beau. La source de mon plaisir. Avec ou sans partenaire.
