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Il était une fois. N'est ce pas ainsi que débutent contes et légendes. Plutôt légende que conte, l'histoire qui vous est retracée ici est un légendaire vivant, une représentation de la vie à jamais gravée dans la mémoire collective aux premiers jours de l'humanité, un postulat légitime qui aurait pu s'appeler "proposition offerte" à votre imagination, mais auquel lui a été préféré le terme acceptable d'uchronie, histoire alternative d'une terre inconnue, à côté et hors du temps, chère au philosophe.
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Seitenzahl: 253
Veröffentlichungsjahr: 2023
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«Le monde a commencé sans l’homme, il peut finir sans lui»
Claude Levis-Strauss
Il était une fois.
Il était une fois.
N’est-ce pas ainsi que débutent contes et légendes.
Plutôt légende que conte, l'histoire qui vous est retracée est un légendaire vivant, une représentation de la vie à jamais gravée dans la mémoire collective aux premiers jours de l'humanité, un postulat légitime qui aurait pu s'appeler proposition offerte à votre imagination, mais auquel lui a été préféré le terme acceptable d'uchronie, histoire alternative d'une terre inconnue, à côté et hors du temps, chère au philosophe.
Faites le vide en vous, imaginez alors que vous êtes hors du temps, dans un non-temps, un temps qui n'existe pas, une époque qui aurait pu être fictive, un monde parallèle d'anticipation qui est, en réalité, l'origine du monde.
Vous ne sentez pas votre corps, il n'existe pas encore, vos yeux n'ont pas encore été baignés de larmes sur vos rêves, ni ouverts pour la première fois sur un ciel diurne pas encore bleu azur, vers un inconnu en métamorphose qui n'existe pas encore.
Vous ne sentez pas même le vent sur l'échelle de Beaufort ou de Fujita.
Parce que de rafraîchissante brise marine, de doux zéphyr, de bourrasques en rafales, de grains suivis d'averses, de vent à décorner les boeufs, de mistral catabatique, d'épisode de tramontane, de caresse du levant, de vent d'autan qui rend fou, du sirocco qui souffle le chaud, de la bise aigre qui cingle les doigts, il n'y en a pas.
Pas même de bouffée d'air bienfaisant sur votre joue, de soleil caresse, de vent coulis dans vos cheveux, de courant d'air frais qui claque portes et fenêtres.
Absence de vent, de respiration, de pluie, de goutelettes de givre, de la morsure du gel, de neige poudreuse, de giboulées de mars, de voie lactée, de poussières d'étoiles, de matière noire, des quatre qualités des quatre éléments.
Absence du premier souffle.
Absence d'air.
Absence de feu.
Absence de terre.
Absence d'eau "Qué s’appelerio Quézac".
Absence du parfum de la dame en noir, de la senteur subtile du délicat chèvrefeuille, de l'odeur entêtante du volubilis jasmin étoilé, de la puissance évocatrice des fleursdu bigaradier, des effluves enivrantes des glycines et des senteurs miellées de la clématite armandii.
Inexistence des inflorescences du cierge d'argent, des panicules plumeuses des rustiques astilbes, des ombellifères belles de jour, des épis violets des lavandes mellifères, des rameaux pubescents de l'arbre à papillons, de l'exotisme épicé du généreux daphné.
Pas non plus d'odeur du tabac, celle de la drôle de veste en cuir immortalisé par la photographe Lotte Jacobi sur la couverture du Times en 1938, celle d'un génie aux cheveux longs en lunettes roses, la "Menlo Cossak" rééditée par Levi's.
Pas de baiser de l'hôtel de ville par Robert Doisneau, pas de période bleue de Pablo Picasso, d'oreille coupée par Vincent Van Gogh, de celles en feuilles de chou à la Serge Gainsbourg, pas d'égérie Brigitte Bardot, d'aigle noir de Barbara, de nénuphars par Claude Monnet, de "J'accuse" par Emile Zola, de Misérables par Victor Hugo.
Pas d'Einstein, de Galilée, de relativité générale, de spectre électromagnétique, de cosmologie quantique, de courbure spatiale, de trous noirs, ni même d'atomes, de particules élémentaires, de géante rouge, ni de voûte céleste parsemée d'étoiles, de couchers de soleil mourant sur la ligned'horizon et de « preuves de l’existence de Dieu à la lumière de la science actuelle de la nature ».
Ni de galaxie d'avant l'instabilité gravitationnelle, seulement la nébuleuse Andromède, la matière, seulement la matière, quasi stationnaire.
Encore moins de nébuleuses, d'ovnis, d'observatoires, de calendrier, d'années-lumière, d'aurores polaires ou boréales, de Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus ou Neptune.
Encore moins d'astronomes, d'astronautes, de cosmonautes, de taïkonautes, de station spatiale, de rovers, de vaisseaux, de navettes, de sorties extra-véhiculaires, d'ISS, de Mir, de Starlink, ni même d'impesanteur et de NASA.
Pas de rivaux, d'exoplanète, de disque protoplanétaire, de gazeuse ou de tellurique.
Parce que de planète, il n'y en a pas.
Ni même de trous noirs.
Pas même le silence.
Le vide inter-sidéral.
Pas même de caramels mous.
Vous êtes avant le commencement du monde.
Avant la première rosée du matin, le murmure matinal du brouillard, les pas feutrés dans le silence de la ville, le premier chant de la moisson, le goût des fruits mûrs, le soleil auréolé de son halo, l'arc-en-ciel aux couleurs du drapeau LGBT, le petit chemin qui sent la noisette, l'herbe tendre constellée de primevères, le champ de blé parsemé de coquelicots et de bleuets, les premiers météores lumineux du scintillement de l'aube, le voile blanchâtre de l'aurore, le crépuscule qui décline, les couchers de soleil sublimés de rose ou d'ocre.
Dans l'entre-deux mondes.
Parce qu'il a fallu des conjonctions extraordinaires, pas seulement une parcelle en ignition, pas uniquement une lueur scintille, pas seulement un embrasement, mais des conditions probiotiques plausibles, des molécules aléatoires d'ARN, la réalisation de la synthèse des protéines, en soi une combinaison extrêmement complexe qui a nécessité des milliards d'années.
Un monde qui aurait pu ne pas naître, ne jamais exister, faute d'une petite étincelle, de petits débris d'étoiles, une histoire qui aurait pu ne pas commencer il y a 4,56 milliards d'années par un nuage moléculaire, une aimantation naturelle rémanente, une gravité d'avant la loi d'Isaac Newton, une naissance faite de chocs, de collisions, de stromatolithes, de météorites, d'oxygène et d'eau.
Et d'une force créatrice dense et chaude.
Pas même, alors, une petite fleur sauvage du bord des chemins, de celles qui constellent les champs de blé mûr comme le petit coquelicot du souvenir à la livrée rouge de ses pétales froissées ou le bleuet casse-lunettes aux aigrettes de soie et qui ne subsistent, éphémères, que sur les talus, dans les prés non pâturés ou dans les terrains en friche malgré ses capsules aux 60.000 graines.
Pas même un battement d'ailes de papillon des prairies, Lépidoptère, Lycaenidé ou Nymphalidé aspirateurs du nectar des corolles au sortir de sa chrysalide de soie, dimorphisme sexuel de ses écailles, annonciateur de l'inégalité homme-femme, imago en surchauffe malgré une posture adaptée.
Pas de pollinisateurs vulnérables comme les abeilles, ouvrières butineuses qui piquent avec leurs dards quand, alors, guerrières sentinelles, elles ne se fâchent si on attaque leur mielleuse colonie avant que, domestiques ou sauvages, solitaires ou bien sociales, elles ne collapsent pour cause de néonicotinoïdes NNI.
Ni de fidèles canards mandarins au plumage resplendissant de leurs ailes, ni les étonnantes chenilles herbivores voraces, même pas les urticantes processionnaires, ni le fouisseur lombric commun facilitateur organique, ni le si laid rat-taupe nu, ni la scatologique mouche à merde, les coccinelles à sept points, bêtes à bon dieu du condamné qui raffolent des pucerons défendus par les fourmis, chaîne alimentaire du vivant en réseau trophique.
Tous ces taxons si précieux, de l'écureuil roux empanaché, du perce oreille lucifuge niché au creux des oreillons, des papillons monarque en énigmatique migration, de la brouteuse et funeste cétoine grise, de la rainette coquette, de Robert le diable, du clairon des abeilles, de leur organisation si bien faite à leur aptitude au camouflage en passant par leur mimétisme cryptique, du plus mignon ver luisant au moins ragoûtant charognard, toute une biodiversité qui restait à inventer.
Un monde sans inventaire à la Prévert de tous les oiseaux du ciel, l'accenteur mouchet, la bergeronnette des ruisseaux, grise ou printanière, le bouvreuil pivoine, le bruant jaune, le chardonneret élégant, la chouette effraie nyctalope, la corneille noire, le corbeau ébouriffé, l'étourneau sansonnet, le faucon crécerelle, le geai des chênes, la grive musicienne, l'hirondelle rustique des fenêtres, la linotte mélodieuse, la si mignonne Chevêche d'Athéna, le martinet insomniaque, le merle noir, la mésange bleue, le moineau commun, le pic vert arboricole, le pipit des arbres, le rossignol philomèle, le rouge gorge familier, la tourterelle des bois.
Sans solstices pour marquer les saisons, ni fictif chemin de traverse, ni montagnes qui rehaussent de reliefs nos lignes d'horizon, ni aucune des 992 teintes du nuancier de couleurs, ni concours de châteaux de sable, ni gazouillis d'oiseaux, ni de formation de nuages dans l'étage élevé, moyen ou inférieur, ni cascades où le courlis cendré et la mésange boréale ont fait leur lieu de nidification et d’hivernage.
Seulement des amas de poussière, de minuscules particules sans encore d'accrétion moléculaire, de matière, de gaz, d'électricité, de vent, de fer et de rouille, de feu et de glace et de flux de plasma.
Une future atmosphère qui n'avait pas encore une gueule d'atmosphère.
Pas plus de lune rouge ou lune de sang, semblable aux feuilles roussies, si chère aux jardiniers. Je dirais qu'elle a plutôt l'aspect du cuivre vieilli, rouge blanche, cendrée ou jaune, qu'elle est la vraie couleur de la lune, celle de sa face cachée pas encore turquoise, pas encore satellite en rotation asynchrone de la Terre puisqu'elle s'est formée à partir des débris d'un impact géant, collision avec un corps de la taille de Mars appelé Théia et auquel je préfère le nom d'Orphée.
Orphée qui n'était pas encore aux enfers à la recherche d'Eurydice, pas encore muse figurative d'Apollinaire, pas encore légende iroquoise, pas encore inventeur de cithare mais musicien enchanteur de la lyre d'Apollon devenue constellation, toujours inconsolable de la perte de son amour qui aurait pu enchanter le monde si la jalousie n'avait déjà gagné le coeur de femmes en furie.
Pas même d'Ariane dont je déroule le fil.
Voilà.
Vos paupières vont commencer à frémir, c'est l'univers primordial.
Vous sentez la chaleur de l'énergie dégagée par les particules.
Non, vous ne pouvez la sentir car elle dépasse en intensité celle d'un accélérateur de particules.
Protons, neutrons, électrons, noyaux atomiques et atomes se forment, il y a 13,8 milliards d'années.
Bien sûr, ce n'est même pas un résumé, pas un abrégé, un bréviaire, un condensé, un promptuaire, un extrait, une esquisse, une synthèse, un synopsis, un abstract, un tapuscrit, ni même une estimation de sa durée, juste une spéculation, une supputation, une étude, seulement des théories sur l'agrégation de la matière.
Trois premières minutes après le vide.
Des ondes gravitationnelles à la fin de la fusion nucléaire.
La première seconde.
Jusqu’à 10–43 secondes après le Big Bang.
WIP ! CLIP ! CRAP ! BANG ! VLOP ! ZIP ! SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ ! VLAM ! SPLATCH ! CHTUCK ! BOMP ! HUMPF ! PFFF ! SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIZZ et BANG ! BANG !
Le commencement du monde.
De tous les matins du monde.
Ce bruit.
S'est déployé dans l'Univers.
Ce bruit, presque décevant, du refroidissement et l'extension de l'univers qui a étiré les longueurs d'ondes pour créer "un instrument de type basse".
Ce bruit dont il a fallu accroître les fréquences, trop basses pour l'oreille humaine, 100 quadrillions de fois, soit 100 fois suivies de 24 zéros, pour qu'il soit audible.
100 000 000 000 000 000 000 000 000.
L'ère de Planck, de la Grande Unification, des quarks, hadronique, des leptons, la baryogenèse, l'inflation cosmique, la brisure de supersymétrie, la nucléosynthèse, la domination de la matière, la réionisation et la formation des étoiles, des galaxies et de notre système solaire, 9 milliards d'années après l'explosion originelle.
Alors que ce qui deviendra la Terre n'était qu'une boule de lave en fusion, des bactéries ont commencé à se développer dans les océans formés par la condensation de la vapeur d'eau.
L'être ou le néant.
Des cellules à noyaux eucaryotes aux lichens, des diatomées unicellulaires aux mollusques sans coquilles, des espèces à corps mou aux coraux, des organismes pluricellulaires aux éponges métazoaires, de Thalassiosira pseudonana eucaryote à la production de l'oxygène terrestre, de Hallucigenia des schistes de Burgess aux
péripates actuels, toute une évolution biologique au delà du paradoxe de l’oeuf et de la poule.
La Terre n’est alors composée que d'un seul continent : la Pangée.
Amphibiens à sang chaud ou reptiles " terriblement grands ", mutant de megalosaurus en dinosaures non aviaires, clade diversifié des maîtres de l'univers pendant 240 millions d'années.
Bipèdes ou quadrupèdes, marins ou volants, carnivores ou herbivores, ailes d'oiseaux en descendance directe des bras du théropode Tyrannosaures.
Jurassic Park jusqu'à leur mort venue du ciel, corps céleste en létal coup de grâce dont témoigne l'astroblème de Chicxulub au Yucatan.
L'histoire de l'évolution en devenir d'une civilisation en déclin depuis les éruptions des Trapps du Deccan et leurs rejets de dioxyde de carbone.
Une fenêtre s'ouvre sur le monde.
Chronologie à rebours.
Sur une terre immergée, apport du vernis tardif avant l'enfouissement de l'eau des océans dans l'olivine minérale volcanique du manteau terrestre tandis que l'eau primordiale s'évaporait dans l'atmosphère lors de l'accrétion.
De cette eau superficielle, déclencheur de la tectonique des plaques, est née l’orogenèse, plissements sans mimique, relief sans repli, froissement sans rictus, froncement sans ride, montagnes en proéminence sur les sept continents, fascinantes altitudes en défi majeur.
Buttes, pics, monticules, mamelons, ballons, collines, tumulus, hills, sommets, chaînons, chaînes, cimes, pitons, éminences, sierras, cordillères, djebels, toutes montagnes, moyennes, arides, granitiques, à vaches, sacrées, neigeuses, russes, d'or, authentiques et plurielles, elles se dressent dans leur sublime multitude comme les trapps ou les volcans à cônes, stromboliens, péléens, surgis des profondeurs de la terre, rouges et gris.
Avant le cratère du Kelimutu avec ses trois lacs colorés.
Avant le dragon de Komodo.
Après Jurassic Park et les dinosaures.
Les insectes sans ailes ont survécu à leur extinctions, mais
point encore d'Aeschnidiidae aux ailes rayées patrouillant à
la surface des rivières, dans le clair-obscur des sous-bois,
phylogénie des insectes du cloporte, premier crustacé
terrestre.
Sans oublier les cyanobactéries planctoniques et benthiques, usines chimiques en efflorescence de transformation du gaz carbonique en oxygène, partenaires en reconnaissance qui façonnent la planète depuis trois milliards d'années et ont permis aux plantes la synthèse chlorophylienne.
Taxinomie des premiers insectes fragmentaires, certains sont aériens, d’autres terrestres, agents parasites ou pathogènes, détritivores, herbivores, insectivores, généralistes comme les blattes ou encore mangeurs de champignons. Même les coloris sont variés par l'aposématisme, l'homomorphie et le mimétisme batésien ou ostensible et la diversification qui s'intensifie depuis l'apparition des plantes à fleur et la pollinisation, l'arrivée des insectes sociaux : nymphes herbivores (chenilles, criquets) coprophages (bousiers) prédateurs (libellules) nectarivores (papillons) suceurs de sèves et de sang (cochenilles et taons).
Comme la métamorphose de la larve en nymphe, la mue de la nymphe en imagos, de la soupe primitive aux protozoaires, des algues aux plantes à fleurs, des homéothermes à sang chaud aux poïkilothermes, des insectes aux amphibiens, des poissons aux cétacés, de la vie aquatique à la vie terrestre, des gibbons aux gorilles, des primates à l'hominidé, des chimpanzés à l'homme.
Si le singe peut devenir homme, l'homme peut il redevenir singe comme Tarzan de la jungle, le singe blanc ?
Quelle est la frontière de cette mutation génétique en similitude ou relation généalogique par simple analogie de la bipédie ?
Collatéraux de nos ancêtres hominidés, il est, dans un endroit au monde, des indigènes qui n’ont jamais vu – ne serait-ce qu’en une apparition fugace – un autre être humain que ceux de leur tribu.
Dieu les en a épargnés.
En communion avec la nature, les Sentinelese, peuplade qui compte environ 39 individus, vivent à la frontière du Brésil et du Pérou sur l’île de North Sentinel qu’ils occupent depuis 60.000 ans, bien avant la création adamique et le Tohu-Bohu ethnique, puisqu’on pense qu’ils sont les descendants de la première génération humaine qui a migré depuis le continent africain.
Organisés dans une société patriarcale sous la domination d’un vénérable vieillard « Bananian Tinta Sangre », surnommé BTS par ses intimes, le farouche chef de tribu vit nu comme les autres membres de la communauté, son corps albinos de coton tige tout de rouge peinturluré par une sorte de pâte d’argile, dans la luxuriance d’une bananeraie perdue dans l’archipel de l’Andaman.
Blanc comme neige, il appartient pourtant au groupe anthropologique appelé negrito ou « petits noirs » depuis le XVIIe siècle.
Pourtant, ce n’est que très récemment qu’ils ont été découverts par l’anthropologue anglais Nigel Barley qui est le seul à pouvoir survoler leur territoire. Il le fait, de très rares fois, pour tenter de les apercevoir, avec un ULM ou d’aussi peu invasifs vieux coucous de l’Aéropostale.
Ils ne songent pas à s’évader dans le méli-mélo des fourrés au passage de l’appareil, mais brandissent plutôt l’aiguillon de leurs flèches en sa direction, prêts à en découdre, nullement effrayés et même plutôt hostiles malgré le peu d’agressivité de cette visite car ils vivent reclus et réfractaires à toute intrusion extérieure depuis l'enlèvement, en 1880, de six des leurs par le missionnaire britannique Maurice Vidal Portman.
Méfiance fondée.
Vue du ciel, l’île semble idyllique et préservée avec des plages magnifiques et une forêt très dense qui permet de deviner le campement, aperçu dans une déchirure de la canopée.
Elle révèle une communauté d'Indiens prospères, vivant en autarcie, nullement fatigués, en parfaite santé selon leur taux de prévalence, leurs paniers remplis d’un bric-à-brac de racines de manioc, d’ignames, d'urus, des puants durians, de cynorhodons, des fruits à pain du chataîgnierpays, de cultivars de patates douces et de baies de sureau noir, pistaches, noix, graines diverses, bourgeons, dattes, miel, pignons de pin, bulbes de nénuphar, champignons, écorces de saule pour les céphalées, mousses et lichens en beignets, fleurs et feuilles en salade, exotiques papayes et mangues sauvages fraîchement récoltées dans leurs jardins aux influences de la lune.
Coupés du monde par un choix judicieux, ceux qui, en imprudence téméraire, les ont accosté involontairement par dérive et échouage, y ont laissé leur vie, leurs cadavres accrochés à des pieux en bambou.
Comme John Allan Chau, 27 ans, missionnaire chrétien qui croyait les évangéliser en dépit des risques connus et l'interdiction formelle de les approcher, et a fini, le corps transpercé de flèches, dépouille abandonnée, enterrée dans le sable.
Vamos a la playa.
L’on sait ainsi, depuis qu’ils ont abandonné son cadavre dans une tombe de fortune, qu’ils ne sont pas anthropophages, plutôt végans, crudivores et entomophages, se nourrissant principalement de larves d'insectes, de fourmis, chenilles et orthoptères et même d'araignées mais aussi de plantes et de fruits, parfois seulement de racines tubéreuses car ils ne pratiquent pas l’agriculture et ignorent le feu qu’ils ne savent pas produire.
Le gabarit de leurs arcs comme seul moyen de défense est dédié à la chasse aux ouistitis en réappropriation territoriale des rives du fleuve El Baroque.
Cette autre tribu particulière, placée sous l’influence du mâle dominant, Guardios del Foresta, repousse à coups de torgnole et en lui filant le train, tout prétendant au trône, par crainte du désamour de Soluce, la femelle de ses pensées. Faut dire qu’elle l’a déjà trahi avec un écureuil de Corée, beau à se damner avec son ventre clair et son dos rayé, lequel a goûté à sa jalousie, assouvie à titre posthume.
Alors, pour la Saint Valentin, il lui offrira un amour de crinoline et une sérénade à l’hélicon sous son arbre de prédilection, le Passiflora alata, au fruit comestible et à la grenadille parfumée.
Quant à nos antihéros, probables survivants de massacre, ils n’ont pas longtemps balancé à fuir la société, se réfugiant dans une clairière peuplée d’engoulevents à travers d’insondables corridors.
Très vulnérable, la tribu, une des dernières véritablement isolées du monde, serait très rapidement décimée au contact de la civilisation même autochtone, faute d'avoir développé d’immunité naturelle contre les maladies les plus bénignes, nos virus et nos germes infectieux.
Elle est également redoutable et redoutée - même si c’est la peur qui prédomine - et une zone d'exclusion de trois miles, sans possible interférence, a été mise en place par le gouvernement pour leur protection contre l'acculturation.
Tout contact avec la société dominante pouvant leur être fatal, les autorités péruviennes leur ont concédé un périmètre impénétrable de sécurité, de sérénité afin qu’ils ne subissent aucun trouble, Uncontacted people à jamais en absolue osmose avec la nature nourricière, dans l’espoir que ces Andamanais, à l’instar des Mashco-Piro, Awas, Yanomami, Ashaninka de Simpatia et Akuntsu menacés par l’inéluctable incursion des bûcherons illégaux du mahogany de la forêt amazonienne, les opérateurs miniers « garimpeiros » de l’orpaillage et les trafiquants de drogue, susceptibles de les exterminer irrémédiablement.
Vestiges de la civilisation, les herboristes Yanomami et leur savoir millénaire des espèces végétales, les Jarawa en autosuffisance alimentaire, les Puroik Arunachal Pradesh au chignon reconnaissable, les 9 nomades de la tribu Pintupi Nine d’Australie, les Kogis en désappropriation de leurs terres, les Mashco-Piro menacés par l’exploitation pétrolière, les Ankavés du peuple Anga et les Jarawas par les safaris humains, les Ashaninka de Simpatia par les guérilleros maoïstes, avaient déjà disparu, décimés comme les Onge, les Jeru, les Bea, les Bo, les Khora et les Pucikwar, tous victimes de l’apartheid, de l’esclavage, des abus sexuels ou de l’huile de palme.
Les Awas, derniers survivants de leur groupe dans l’État du Rondônia, à l’ouest du Brésil, avaient été témoins du génocide de leur peuple perpétré par les hommes de main armés, seringueiros à la solde des éleveurs de bétail comme l’énigmatique ″ homme dans le trou ″, métaphore de la rationalité infantile.
En quelques décennies, les cinq Akuntsu disparurent aussi définitivement, isolés et primitifs, et avaient fini par périr d’anomalies congénitales et, une fois de plus, notre planète avait perdu, pas seulement les derniers autochtones, mais des peuples, des langues et des cultures uniques.
Génocide des minorités ethniques, colonisées, exploitées, contraintes au travail forcé, empêchées dans leur mode de vie, asservies, déshumanisées, humiliées, anéanties, réduites en esclavage, tuées, violées, privées de leurs territoires, converties, enrôlées, vendues.
Ouïghours, arméniens, palawas, aborigènes, tibétains, rwandais, tous massacrés parce que minoritaires au nom de la modernité qui veut uniformiser les races, leurs cultures, leurs moeurs et leurs religions.
Ils sont les peuples autochtones, les aborigènes oubliés, les marginalisés de la pauvreté, les exclus minoritaires, les primitifs colonisés, les délaissés marginaux relégués au rang de non-dominants alors qu'ils sont les ancêtres de notre identité, les survivants de la continuité historique, ils sont la source qui ne se tarit jamais de notre ascendance commune, la continuité historique de notre civilisation, l'enracinement de la diversité culturelle du monde comme ceux du site éponyme de Solutré-Pouilly, près de Mâcon, qui venaient d’Espagne, du Portugal et ont probablement coexisté en Camargue, puisqu’on trouve l'empreinte de leur passage dans la Grotte Cosquer, découverte en 1985 près de Marseille.
Pourtant, les principaux sites se situent plutôt dans le Sud-Ouest où l’on trouve les traces de l’art pictural solutréomagdalénien dans la Grotte de Lascaux I, Chauvet, Gargas, Niaux, Rouffignac, d'Arcy et Altamira en Espagne.
Des "traces", que dis-je, une pure merveille d’art pariétal paléolithique, figures totémiques, vestiges d’une chapelle Sixtine du Périgordien colorée de rouge, résultat de la cuisson de colorants jaunes ou noirs, charbon de bois broyé puis récupéré à l’amassette, peintures rupestres en pictogrammes d’un bestiaire d’équidés, animaux marins, bovidés, cervidés, mégacéros, herbivores, antilopes saïgas, bisons, félins ou silhouette anthropomorphe proche d'un phoque qui n’avaient rien de coquecigrues : la « Vache rouge à tête noire », la « fabuleuse Licorne », le « Grand Taureau Noir », le « Cheval renversé », le « Cheval noir », les « Cerfs nageant », les « Bisons adossés ou croisés », le « Cheval acéphale polychrome », le « Cheval chinois », les « Sept bouquetins » « Tête d’auroch », la « Vache à la corne tombante », « l’Ours noir », les « cerfs élaphes », "le bison au corps de points rouges", " les Lions sans crinières" « l'antilope saïga », « les trois pingouins » dont on sait qu'ils cohabitaient avec nos aïeuls, décorateurs d’intérieur avancés des grottes où ils vivaient.
Difficile d'imaginer en Méditerranée des pingouins et des pingouines, phoques et méduses, animaux marins des régions froides présents dans les calanques de Marseille il y a 18.000 ans, rarement représentés comme dans la grotte de Cosquer, encore accessible par le niveau marin d'avant le réchauffement et la montée des eaux., espèces éteintes ou exterminées désormais.
L’artiste apposait sa main sur la paroi et soufflait de l’argile tout autour, laissant ainsi apparaître sa main « en négatif ». Certaines de ces mains apparaissent mutilées, amputées de plusieurs phalanges et l’hypothèse la plus plausible est qu'elles traduisaient une sorte de code, usage iconique d'un langage de communication, lien entre chasseurs-cueilleurs, prosodie illustrative d'avant le langage parlé, langage des signes sans gestuelle en reconnaissance réciproque d'une même communauté mais aussi transmission du savoir, des techniques, des dangers de prédation ou encore des opportunités de chasse et de pêche.
On pense qu'elles étaient l’oeuvre de ces chasseurs-cueilleurs archaïques mais, en réalité, dans ces sociétés patrilinéaires, ce sont les femmes, moins soumises à l'ascendance et tirées par les cheveux qu'on ne le croit, qui, décoratrices d’intérieur avancées, laissaient leurs empreintes qu'elles ne savaient pas intemporelles, perpétuelles, immuables et éternelles quand elles ornaient au pochoir les grottes où elles vivaient pendant la dernière glaciation.
Ce n’était pas neige de l'Avent, déroulant ses lourds flocons sur les toits et balcons d’un jardin en noir et blanc, que la ouate soyeuse d’une écharpe cotonneuse peignait en une bichromie délicieuse.
Pas une fantaisie de l'âpre saison qui réveille les tisons, ni un de ces ″ ice-hôtel ″, sculptures éphémères taillées dans la neige où l’on savoure une fondue au fromage en contemplant, depuis le plafond de verre, la voûte céleste en bonification spatio-temporelle par-delà les constellations dans une cathédrale de glace nordique, emmitouflés, bien au chaud, dans de luxueuses fourrures.
Mais un continent englacé, inlandsis d’Islande, des Rocheuses, de l'Himalaya, du Groenland ou de Sibérie où il fallait pour survivre à la sélection naturelle quand l’estomac crie famine, tuer le mammouth laineux d’avant l’Holocène qui a eu sa peau, et trouver refuge dans des abris préhistoriques mal éclairés d’Homo nocturnus ou dans des cavernes troglodytes néolithiques humides, à l’atmosphère enfumée - au-dessus du niveau d’alerte d’AirParif comme chez les Dotcom - et à l’odeur âcre et piquante d’un feu de cheminée qu’ils venaient de découvrir et de domestiquer, leur petite portion de protéines échappant, par la cuisson, à l'ère du cannibalisme pour survivre.
Finis alors l'alimentation exclusivement carnée de rennes, chevaux sauvages, hyènes des cavernes ou bisons des steppes, le régime crudivore du gibier cru, les aliments putrides et autres charognes, avec une petite composante végétarienne de racines comestibles et plantes fibreuses et dures, rhizomes et tiges, tubercules et autres racines qu'ils faisaient bouillir.
Mais ils mangeaient aussi, en saisonnalité, le saumon sauvage frais, salé ou fumé, es poissons migrateurs de rivières en court bouillon, les oiseaux sans pratiquer la chasse à la glu, la viande animale boucanée sur de grands foyers depuis l’apparition du feu et on parle désormais bouillons gras, soupes et galettes, gigots de kangourou, morceaux de choix en pot-au-feu à la moelle et aux herbes aromatiques, tubercules de manioc en purée, steaks de rhinocéros laineux cuits à la broche ou à l'étouffée et même pain aux saveurs inédites de la pierrade, toute une gamme de menus " retour du marché " qu'ils dévoraient en échangeant des borborygmes gutturaux, prémices de l'art culinaire et d'un langage articulé proche de celui de Tarzan, roi de la jungle, ignorants de la ″ mal bouffe ″, du diabète et de l’obésité, régime alimentaire oblige sans BK, MCD, BBQ, CK, A & W, KFC et autres fast-foods, snacks et prêts à manger.
Pas question, même bien nourris, puissants et trapus, de devenir replets, dodus, potelés, grassouillets encore moins ventrus ou ventripotents car eux-mêmes, comme fétus de paille, étaient des proies pour les grands carnivores.
Il faut imaginer ce que représentait leur vie dans un monde hostile, depuis le grand froid hivernal alternant avec le Gulf Stream en influence. Cela décuplait à l’extrême leur déconvenue passagère, révélatrice de dépendance, en décodage composite aux frontières d’un inconnu qui leur paraissait sans doute immense et qu’il leur appartenait de conquérir dans leur périple colonisateur.
Il leur fallût un nombre incalculable de remue-méninges, qu’on n’appelait pas encore ″ brainstorming ″, pour passer du stade de l’Australopithèque à celui du chasseur-cueilleur, de l’Homo-erectus brachycéphale en une mutation paléontologique, technologique et sociale majeure, à l’Homo-sapiens de ″ Out of Africa ″, fruit du hasard de notre arbre généalogique.
En cette période du Paléolithique supérieur, ils inventèrent, car ils étaient très ingénieux, la feuille de laurier, pas celle aromatique de l’arbuste à feuilles coriaces mais l’outil bifacial taillé dans le silex : poinçons en os, feuilles de saule, pointes à crans de sagaies foliacées, bâtons percés, coins tranchants, propulseurs mâles, racloirs, harpons à partir de nucléus et lames prismatiques en obsidienne dont la technicité d'affûtage faisait leur orgueil, mais aussi provoquait la jalousie et l’exaspération de leurs voisins, à cause des trophées léonins qu’ils exhibaient à leur retour de chasse : mastodontes et mammouths laineux, caribous des bois, bisons des steppes, glyptodons, paresseux géants, lions primitifs, ours des cavernes, aurochs, en évitant, toutefois, les griffes des smilodons fatalis et des machairodus à dents de sabre.
C’est d’ailleurs en ce temps-là qu’est née, bien avant Victor Hugo, l’expression ″ se tailler la part du lion ″; le vainqueur ayant droit à la plus belle part démesurée du partage.
Mais c’est aussi pourquoi, envies jalouses en prémisse, ils déménageaient sans cesse leur campement sous les imprécations menaçantes et invectives génératrices de conflits oublieux des règles sociales d'une communauté. Ils avaient déjà tellement été sujets à chamailleries à cause de leurs différences qu’ils étaient devenus insensibles à ce chassé-croisé, sorte de mithridatisation aux chicaneries amères, diatribes et médisances ataviques, jusqu’au jour où ils se dirent qu’au lieu de faire la sourde oreille, ils devaient tirer leur révérence à cette détestable cohabitation.
Pas de salto arrière, ni de roulade ou de galipette, juste un grand écart clandestin pour ces Solutréens européens désireux de fonder une espèce, clé de voûte et dynamique de population en abondance.
C’est ainsi que leur long périple nomade débuta et que, de transhumance en cabotage le long de la banquise, ils traversèrent l’Atlantique le long de ses rives glacées et seraient les premiers migrants.
Homme de Kennewick de type caucasoïde, femme de Peñón et Luzia de type europoïde, ils sont les grands ancêtres du premier peuple d’Amérique, les Amérindiens puisque l’on a retrouvé leurs vestiges sur le site de Clovis au Nouveau Mexique : artefacts de pointes lancéolées, mollusques en bracelets, colliers de gastéropodes façonnés, parures de serres d'aigles, statuettes en ivoire, dents animales percées en pendeloques, rondelles gravées et notamment le percuteur tendre, le propulseur et l’aiguille à chat, leurs principales inventions datées par luminescence optiquement stimulée.
Pardonnez mon lapsus, vous l’aurez deviné, je voulais dire l’aiguille à chas. Mais à ainsi naviguer entre le basque et l’algonquin, j’en suis venue à perdre mon latin.
Ils sont les premiers migrants, passagers sans demande d'asile, ni immigration clandestine.
Ils sont les premiers réfugiés climatiques.
Ils sont les premiers déplacés environnementaux.
Ils sont les premiers héros patriotiques.
Las du zéro absolu, même avant l’échelle Kelvin, Fahrenheit ou Celsius, fuyant le rhume, le coryza, la grippe aviaire, le chikungunya, la dengue, la maladie de Lyme, la rage, le tétanos,
