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Désormais à la tête d'une famille nombreuse et épanouie, Hamish et Kirsty vont devoir faire face à l'arrivée d'un intrus...
Alors qu’Hamish et Kirsty vivaient paisiblement dans le comté de Ross avec leurs enfants, la soudaine apparition d’Henri Buchanan, ancien prétendant de Kirsty, va bouleverser le cours des évènements et mettre l’amour des deux héros à l’épreuve. Des Highlands aux Lowlands, en passant par Édimbourg, la famille se déchire. Dans ce même temps, Alasdair, le fils cadet, doit s’adapter à la dure loi des Highlanders. Au cours d’un périple insensé à travers l’Écosse du XVIe siècle, le jeune homme s’éprend de la douce Neilina, une domestique du clan Cameron. Si l’amour parvient souvent à surmonter les plus grands obstacles, peut-il néanmoins survivre à l’honneur, aux intrigues et aux plus hautes trahisons?
Le Fils du Highlander poursuit les aventures de Kirsty, devenue femme et mère dans le premier tome intitulé
La Pupille de Sutherland (Plaisir de Lire, 2013). La suite de cette saga, sensible et passionnée, emmène une nouvelle fois les lecteurs dans un souffle puissant au cœur de l’Écosse du XVIe siècle. Le troisième tome est attendu...
Découvrez sans plus attendre le deuxième épisode de cette saga romanesque !
EXTRAIT
– Que se passe-t-il, Bean Sith ?
Malgré les larmes qui coulaient abondamment sur mes joues, je ne pus m’empêcher de sourire à l’évocation de mon surnom. Depuis notre première rencontre, il m’avait nommée ainsi, à cause de mon caractère rebelle aux convenances dans lesquelles je vivais alors.
Hamish me serra dans ses bras et passa une main dans mes longs cheveux bruns en m’embrassant tendrement le sommet de la tête. Je me collai contre son torse et laissai mes larmes couler de plus belle. Hamish attendit patiemment que je me calme, puis il me repoussa doucement et me leva le menton pour me faire plonger dans ses superbes yeux bleus.
– Pourquoi pleures-tu, ma Bean Sith ?
– J’ai reçu une lettre de lady Morag, dis-je faiblement.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Ce deuxième tome est vraiment palpitant, on passe de surprises en suspens ! Lorsque l’on referme le livre, on se rend compte que l’auteur a aussi voulu parler de sujets plus sensibles et profonds, car elle y intègre la culpabilité, la difficulté des choix, mais aussi l’homosexualité, ou la maltraitance des femmes. -
Bouquiner
À PROPOS DE L'AUTEUR
Rachel Zufferey est née en 1986 à Genève. D’origine valaisanne, elle a grandi dans le canton de Neuchâtel après avoir quitté sa ville natale en 1991 avec sa famille. Enfant, elle s’inventait des histoires qu’elle faisait vivre par ses jeux en incitant, à leur insu, les adultes à y prendre part, jusqu’à cette année de 1999, où comme punition scolaire, Rachel doit rendre « quatre pages A4 d’exposé ». Son amour pour l’écriture était né, ce qui lui fit enchaîner les punitions...
Passionnée par l’histoire de l’Écosse et la Renaissance, dont ses histoires sont largement inspirées, elle passera plusieurs mois dans ce pays où elle s’enrichira de la culture celte et des mythes et légendes qui parcourent les plaines sauvages des Highlands.
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Seitenzahl: 505
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Cet ouvrage paraît grâce aux précieux soutiens
de la Ville de Neuchâtel, du Canton de Neuchâtel
et de la Loterie Romande
ISBN : 978-2-940486-51-9
© Éditions Plaisir de Lire. Tous droits réservés.
CH – 1006 Lausanne
www.plaisirdelire.ch
Couverture : Marlyse Baumgartner
Version numérique : NexLibris – www.nexlibris.net
DU MÊME AUTEUR
La Pupille de Sutherland,
éd. Plaisir de Lire, coll. Aujourd’hui, 2013.
À Walace et Kaithleen,
qui avant même de voir le jour,
avaient déjà pris naissance dans mon esprit
et trouvé leur place dans cette histoire.
RACHEL ZUFFEREY
LE FILS DU HIGHLANDER
Trilogie du Sutherland, t.2
– Hamish !
Je me précipitai sur la petite colline où se tenaient mon mari et son fidèle Irving. En m’entendant arriver, les deux hommes se retournèrent. Après toutes ces années, ils n’avaient pas tellement changé. Toujours aussi imposants, leurs cheveux, noirs pour Irving et roux pour Hamish, étaient cependant plus longs qu’à l’époque de nos mariages respectifs.
Hamish délaissa son ami et s’avança vers moi.
– Que se passe-t-il, Bean Sith[ 1 ] ?
Malgré les larmes qui coulaient abondamment sur mes joues, je ne pus m’empêcher de sourire à l’évocation de mon surnom. Depuis notre première rencontre, il m’avait nommée ainsi, à cause de mon caractère rebelle aux convenances dans lesquelles je vivais alors.
Hamish me serra dans ses bras et passa une main dans mes longs cheveux bruns en m’embrassant tendrement le sommet de la tête. Je me collai contre son torse et laissai mes larmes couler de plus belle. Hamish attendit patiemment que je me calme, puis il me repoussa doucement et me leva le menton pour me faire plonger dans ses superbes yeux bleus.
– Pourquoi pleures-tu, ma Bean Sith ?
– J’ai reçu une lettre de lady Morag, dis-je faiblement.
– Elle est souffrante ?
Je secouai négativement la tête. J’avais rencontré Morag lorsque j’étais dame de compagnie de la reine Marie Stuart. Nous partagions la même chambre et nous nous étions tout de suite liées d’une grande amitié qui n’avait fait que s’amplifier avec les années. Elle était mariée au deuxième fils du baron Fergusson et ils avaient ensemble cinq magnifiques enfants.
– Alors que se passe-t-il ? insista Hamish.
– La reine est morte…
Et j’éclatai une fois de plus en sanglots. Hamish m’enlaça à nouveau.
– L’Angleterre l’a fait exécuter il y a un mois, sanglotai-je. Je n’arrive pas à y croire, Hamish… Pourquoi son fils n’a-t-il rien fait pour la sauver ?
Depuis toutes ces années, Marie Stuart était retenue en Angleterre où elle avait cherché protection auprès de la reine Élizabeth qui l’avait honteusement trahie. Marie Stuart s’était fait beaucoup d’ennemis au cours de son règne en Écosse, et ceux-ci n’avaient eu aucun scrupule à l’accabler des pires maux que le pays ait connu. Le roi Jacques VI, qui régnait depuis plusieurs années déjà, n’avait jamais rien entrepris pour faire sortir sa mère de sa prison anglaise. Et maintenant, ma reine était morte. La reine avec laquelle j’avais passé une partie de ma jeunesse, que j’avais appris à connaître et à aimer.
– Calme-toi, ma Bean Sith, calme-toi. Dis-toi que ce n’était pas une vie pour elle.
Il avait raison, bien évidemment, mais c’était plus fort que moi. Hamish me fit lever les yeux vers lui et se pencha vers moi pour m’embrasser. Je me mis aussitôt à frissonner, comme au premier jour. La passion entre nous ne s’était pas atténuée après toutes ces années.
– Lady Morag te donne-t-elle seulement des mauvaises nouvelles ? demanda-t-il en mettant fin au baiser.
– Non, souris-je. Elle m’annonce également que Maisie demande l’autorisation de venir au village…
Hamish fronça les sourcils.
– Elle veut voir Seumas, précisai-je.
– Évidemment…
Hamish resta songeur quelques instants.
– Dis-lui que c’est d’accord.
– Mais Seumas…
– Se comporte toujours très bien avec elle. Je le soupçonne d’ailleurs de bien l’aimer.
– Justement, marmonnai-je.
Hamish fronça à nouveau les sourcils et je détournai les yeux. Nous étions souvent en désaccord concernant Seumas, mais Hamish avait toujours le dernier mot. Il m’embrassa et m’inspecta ensuite soigneusement.
– Pourquoi avoir mis une vieille robe de Lesley ? demanda-t-il alors.
– Pour courir à travers le village, c’est plus pratique que mes belles et précieuses robes…
– C’est pas faux…
Il m’embrassa une fois de plus, puis il se tourna vers Irving, qui n’avait pas bougé et attendait patiemment la fin de notre entretien. Hamish fit signe à son ami de nous rejoindre et celui-ci s’avança vers nous.
– Bonjour, Milady, dit-il en arrivant.
– Bonjour, Irving. Lesley t’attend, le repas est prêt, et la petite Kirsty mange avec vous ce soir.
– Oh, je sens que la soirée va être longue…
Nous nous mîmes à rire tous les trois.
– D’ailleurs, cela me fait penser que rien n’est prêt chez nous, ajoutai-je en grimaçant.
– À mon avis, Mary aura pris les choses en main, dit Hamish. Et ne le prends pas mal, Bean Sith, mais ce sera probablement meilleur.
– Merci beaucoup, je sens que tu vas dormir sur le sol ce soir, Hamish…
Hamish ne put s’empêcher de rire. Je devais bien avouer que, côté cuisine, je n’avais guère réussi à m’améliorer avec le temps. Nous nous mîmes tous les trois en route et retournâmes au village, où Irving nous laissa pour retrouver sa femme. Je ne pus m’empêcher de sourire en découvrant la table dressée et nos sept enfants installés en train de manger.
En nous voyant, notre petite dernière, Bonnie, se leva et courut pour me sauter dans les bras, mais son père l’intercepta au passage en lui lançant un regard sévère. Bonnie fit aussitôt demi-tour et se réinstalla à table. Les règles d’Hamish étaient claires et quiconque les transgressait devait s’attendre à une bonne correction, même la petite Bonnie. Je m’avançai jusqu’au lit, en déposant au passage un léger baiser sur le haut de la tête d’Alasdair, et me laissai tomber sur le matelas pendant qu’Hamish vérifiait le feu et jetait un œil dans la marmite.
– J’en ai préparé pour vous aussi, précisa l’aînée de nos filles.
– Merci, Mary, dis-je en souriant.
J’observai alors mes enfants les uns après les autres, avec fierté :
Alasdair allait sur ses seize ans et était de caractère agréable, calme, mais parfois irréfléchi. Il était en plus de cela un combattant doué et accompli. En face de lui se tenait Seumas, notre aîné, qui avait déjà passé dix-huit ans et était tout l’opposé de son frère, du moins côté caractère. À côté de Seumas se tenait Leslie, l’enfant le plus vigoureux de la famille, bien qu’il ne quittât jamais l’ombre de Craig, assis en face de lui, et qui était son aîné d’une seule année. Mes deux petits garçons étaient si semblables qu’on les prenait souvent pour des jumeaux. Enfin, s’occupant de la petite Bonnie, il y avait Idwal, le seul de mes fils qui détestait la vie dans les Highlands et les bagarres…
Tous étaient beaux, en bonne santé, et le village entier louait leur comportement agréable, hormis pour Seumas et Alasdair, les deux seuls à créer des problèmes.
Hamish vint s’installer à côté de moi et s’éclaircit la gorge. Le silence se fit aussitôt autour de la table et tous nos enfants se tournèrent vers nous.
– Ne nous annonce pas que tu es de nouveau grosse, maman ! s’écria Alasdair.
– Oh par le ciel, non, m’exclamai-je. Je ne suis pas grosse…
Tous les enfants autour de la table eurent le même soupir de soulagement.
– Alors, que se passe-t-il ? demanda Seumas.
– Miss Maisie va bientôt nous rendre visite, répondit Hamish.
Seumas eut un sourire que je jugeai aussitôt inconvenant. Mais je n’étais pas très impartiale au sujet de mon aîné. Alasdair lui lança un regard mauvais et je vis nettement son pied partir sous la table pour frapper le genou de son frère. Seumas se leva brusquement.
– Seumas ! m’exclamai-je aussitôt.
Celui-ci tourna les yeux vers moi et se rassit docilement.
Hamish se leva, me lança un regard agacé, se plaça derrière Alasdair et sans prévenir, donna un coup de pied dans le tabouret sur lequel il se trouvait assis. Je me relevai, indignée. Mais avant que mon fils ne touche le sol, Hamish le retint par le bras et le mit debout.
– Je t’ai vu, Alasdair, dit mon mari d’une voix menaçante et le regard dur. Alors tu vas te tenir tranquille jusqu’à ce que j’aie terminé et ensuite, tu iras faire un tour pour te calmer, si tu ne veux pas que je m’en mêle…
Je sentis aussitôt une bouffée de colère monter en moi, mais avant que j’aie pu dire quoi que ce soit pour défendre mon fils, Hamish me lança un sombre regard d’avertissement. Je repris alors place sur le lit, en croisant les bras.
Mon mari relâcha finalement Alasdair et lui rendit son tabouret.
– Comme je le disais, reprit Hamish, miss Maisie va passer un peu de temps auprès de nous. Ce qui signifie qu’elle résidera chez votre cousine Kirsty. Et lors de son séjour, je vous conseille fortement de ne pas oublier les bonnes manières que votre mère vous a enseignées…
Tous acquiescèrent d’un signe de tête et je souris en remarquant Mary et Bonnie se redresser sur leur tabouret pour se tenir bien droites et la tête haute. À tous, j’avais appris ce que l’on m’avait enseigné durant mon enfance au château de Dunrobin, sous la tutelle du comte de Sutherland, mon oncle. Comme Hamish ne tenait pas à ce que je renie mon éducation, je m’étais fait une joie de la transmettre à mes propres enfants. Mais il fallait reconnaître que cela fonctionnait bien mieux avec mes deux filles qu’avec les garçons, hormis Seumas, qui respectait les convenances à la lettre.
– Quand arrive-t-elle ? demanda Alasdair.
– D’ici un mois je pense, répondis-je.
– C’est pour ça que tu pleurais, maman ? demanda Craig.
Je ne pus retenir un sourire.
– Non, répondit Hamish. Ça, c’était la bonne nouvelle.
– On n’est pas censé commencer par les mauvaises nouvelles ? demanda Idwal.
– Je préfère les bonnes d’abord, moi, dit le petit Leslie.
Hamish s’éclaircit à nouveau la gorge et le silence revint aussitôt autour de la table.
– La mauvaise nouvelle c’est qu’il y a environ un mois, la reine Marie, la mère du roi, a été exécutée en Angleterre.
Je vis ma Mary, que j’avais nommée ainsi en l’honneur de ma reine, porter une main à sa bouche en signe d’horreur.
Hamish n’ajouta rien et revint s’installer à côté de moi alors que nos enfants continuaient de manger, sans dire un mot. Hamish m’attira contre lui et lorsqu’ils eurent terminé, les enfants se mirent à ranger et sortirent ensemble pour laver leurs ustensiles sur la place du village. Hamish et moi nous levâmes et je m’installai à table tandis qu’Hamish nous servait.
– Tu as été injuste, dis-je à mon mari alors qu’il prenait place à côté de moi.
– À quel sujet ?
– Alas…
Hamish tourna les yeux vers moi.
– Non, Bean Sith, c’est toi qui as été injuste avec Seumas. Je sais que tu as vu le coup de pied. Il était clair que Seumas allait riposter. Je m’en suis pris à Alasdair parce qu’il avait commencé.
– Si Alas a frappé Seumas, c’est qu’il a dû se passer quelque chose avant, que nous n’avons pas vu…
– Bean Sith, arrête !
Seumas et Alasdair faisaient l’objet d’un sujet délicat de discussion entre nous deux, mais le pire c’était que je savais qu’Hamish avait raison ; seulement c’était plus fort que moi, je ne pouvais m’empêcher de toujours prendre la défense d’Alasdair.
– Est-ce que tu penses que nous pouvons confier les enfants à la garde d’Alas, ce soir ? demandai-je finalement.
– Tu as besoin d’un peu d’intimité, Bean Sith ?
Je lui souris et acquiesçai d’un signe de tête. Il se pencha vers moi et m’embrassa. Je délaissai mon bol pour passer une main dans ses cheveux alors que la sienne se posait sur ma taille. Ma respiration commença à s’accélérer, mais ce fut à ce moment que nous entendîmes la porte de la maison claquer. Hamish me délaissa pour regarder la fenêtre. Les enfants avaient certainement voulu rentrer, mais s’étaient vite éclipsés en nous voyant…
– Tu as raison, Bean Sith, un peu d’intimité nous fera beaucoup de bien.
Je me rapprochai de lui et posai un baiser délicat sur ses lèvres avant de me remettre à manger, me réjouissant déjà de notre soirée.
1 Fée maléfique du folklore écossais dont le cri annonce mort et désolation. [retour]
Maisie Fergusson n’allait plus tarder. Deux Highlanders avaient repéré l’escorte, et Seumas étant parti à leur rencontre, Alasdair devait terminer les tâches que celui-ci avait délaissées.
– J’en ai assez, je fais une pause, râla Alasdair en se laissant tomber sur le sol.
Tuathal, son cousin, leva les yeux et regarda autour de lui d’un air inquiet.
– Si ta mère te voit assis, elle va s’énerver.
– Maman ne s’énerve jamais contre moi.
Alasdair s’allongea sur le sol dur. En ce mois de mars 1587, la neige venait enfin de disparaître.
– Qu’est-ce que tu as à la jambe ? demanda son cousin.
Le jeune homme se redressa vivement et observa sa blessure. Il grimaça en voyant qu’elle prenait une mauvaise couleur violette.
– C’est rien, répondit Alasdair. Un petit différend avec Seumas.
– C’était sur quoi la dispute cette fois ?
Alasdair haussa les épaules.
– Je ne sais même plus, répondit-il. Mais comme d’habitude, il s’est énervé et a tiré la claymore. J’ai riposté et il a fini par me toucher...
– Tu étais à terre ?
– J’ai fait l’erreur de lui tourner le dos pour esquiver un de ses coups.
Tuathal grimaça.
– Si ton père vous avait vus, Seumas aurait reçu une sacrée raclée…
– Je m’en fiche, dit Alasdair en se levant. Moi, je le bats en combat loyal, alors qu’il continue à essayer de me battre ainsi si ça lui fait plaisir.
– En attendant, tu en ressors amoché. Fais attention que ça ne s’infecte pas.
– Aucun risque, j’irai voir Cary en cachette. Elle me donnera bien quelque chose.
Alasdair regrettait quand même qu’Edan, le frère de Maisie ne viennent pas également. Non pas qu’il n’appréciât pas la jeune lady, au contraire elle était charmante et de conversation agréable, mais elle passait la plupart de son temps avec Seumas.
– Regarde qui arrive, dit soudain Tuathal.
Alasdair se retourna et vit son frère aîné arriver sur la place du village. Il immobilisa son cheval, sauta à terre et aida Maisie Fergusson à descendre.
– Je n’en reviens pas ! s’exclama Tuathal. Elle a quitté son escorte pour monter avec lui !
Alasdair observa la jeune femme qui s’accrochait avec grâce au bras de Seumas. Il y avait longtemps qu’il ne l’avait pas vue, mais elle n’avait pas changé. Ses cheveux blonds tombaient avec discipline dans son dos et ses yeux verts pétillaient de malice. Elle était très mince et il émanait d’elle la même grâce et le même respect qu’imposait lady Morag. Alasdair vit sa sœur Mary s’avancer avec un sourire charmant, Bonnie trottinant derrière elle.
– Hey, Alas ! Tu ferais peut-être bien d’aller la saluer, non ?
– J’y vais, oui.
Alasdair délaissa son cousin et s’avança d’un pas lent jusqu’à la nouvelle venue. En le voyant, Maisie eut un grand sourire ravi.
– Bonjour, Alasdair ! dit-elle.
Alasdair lui baisa la main, comme il se devait de le faire avec les dames de qualité.
– Bonjour, miss Maisie. Je suis heureux que vous soyez bien arrivée.
– Je le suis aussi ! Je n’en pouvais plus de cette voiture. Heureusement que vous êtes venu à notre rencontre, Seumas, ajouta-t-elle en battant des cils à l’égard du jeune homme.
Seumas lui adressa un sourire charmeur et Alasdair ne put s’empêcher de ressentir une pointe de jalousie. Il se demandait vraiment ce que Maisie pouvait trouver à Seumas. Certes, il était très grand et ses muscles marquaient sa silhouette pourtant fine, à la perfection, sans oublier ses longs cheveux bruns qui lui donnaient un côté à la fois fascinant et troublant. Mais des deux frères, il était quand même le moins recommandable…
– Venez, miss, dit Seumas, ma mère est impatiente de vous voir.
Et les deux jeunes gens s’éloignèrent dans le village, Mary et Bonnie sur leurs talons. Alasdair, lui, retourna auprès de son cousin.
– Ça fait bizarre d’avoir une autre lady au village, tu ne trouves pas ? demanda Tuathal.
Alasdair haussa les épaules.
– C’est vrai que cela ne fait pas grande différence pour toi, reprit Tuathal. Tu vis avec trois ladies en permanence…
– Je ne pense pas qu’on puisse compter Mary et Bonnie pour des ladies, répliqua Alasdair. Elles essaient d’imiter maman, mais il leur manque le « truc » essentiel…
– Et c’est quoi le « truc » essentiel ?
– Ça, il faut le demander à Seumas… grommela Alasdair. Ce sont les seules fois où maman le félicite, même si c’est du bout des lèvres… Quand il se comporte en lord.
– Alas, tu ne peux pas être supérieur à ton frère en tout…
Le jeune homme ne répondit rien, mais il se sentit agacé. Tout le monde avait l’impression qu’Alasdair faisait tout pour surpasser Seumas… et il ne savait pas comment leur faire comprendre que ce n’était pas le cas.
De loin, Alasdair vit son père et son oncle Irving partir avec leurs chevaux. Ils allaient probablement rejoindre l’escorte de Maisie, délaissée par leur maîtresse. Le jeune homme se tourna alors vers son cousin.
– Je peux te laisser finir avec les seaux ? Je vais vite chez Cary…
– Vas-y.
Alasdair se mit à courir à travers le village, mais il se figea de stupeur au moment où il entrait chez la vieille guérisseuse, car sa tante Lesley et sa mère se retournèrent d’un même mouvement à son entrée.
– Alas ? Que fais-tu ici ? demanda sa mère, surprise de le trouver là.
– Euh…
Il se sentait mal à l’aise sous le regard soupçonneux de sa tante qui le détaillait avec attention. Il aimait beaucoup Lesley, mais savait qu’il était difficile de lui cacher quoi que ce soit. Peut-être parce qu’elle était plus âgée et moins naïve que leur mère ? D’ailleurs, alors qu’il restait planté là à observer les deux femmes, Alasdair fut frappé de voir combien sa tante était affaiblie. Lesley était malade depuis quelques temps, mais là il se rendait compte à quel point : elle avait les joues creuses et le regard fatigué. Même ses beaux cheveux bruns bouclés ne lui rendaient plus sa vitalité d’autrefois.
– Je te cherchais, dit-il finalement. Miss Maisie est arrivée.
– Où est-elle ? demanda sa mère.
– À la maison, je pense.
– Viens-tu, Lesley ? Un peu de tisane te fera le plus grand bien.
Lesley se saisit du bras que lui tendait sa belle-sœur et les deux femmes quittèrent la maison. C’est alors qu’Alasdair remarqua la vieille guérisseuse, assise, qui le regardait fixement.
– Euh, votre assistante n’est pas là aujourd’hui ? demanda-t-il.
Elle secoua négativement la tête et attendit qu’il continue.
– J’ai une blessure, j’aurais aimé qu’on me la soigne, dit Alasdair.
– Pourquoi ne pas demander à ta mère ? demanda la guérisseuse de sa voix rocailleuse et tremblante.
– Vous la connaissez, dit Alasdair avec un sourire. Elle s’affole pour peu…
La vieille femme lui fit alors signe de s’approcher. Alasdair s’exécuta et s’installa sur la table en face d’elle. Elle lui saisit la jambe sans rien lui avoir demandé auparavant. Cary remarquait toujours tout de suite la moindre blessure.
– Tu t’es encore battu avec ton frère ?
– Ce n’était rien de bien méchant.
– La plaie est profonde…
Décidément, Seumas ne l’avait pas raté… Alasdair serra les dents pendant que Cary s’occupait de sa plaie. La guérisseuse n’était pas une femme douce, aussi Alasdair préférait toujours se faire soigner par sa mère ou sa tante, mais lorsqu’il sortait d’une bagarre avec son frère, il valait mieux que quelqu’un d’extérieur à la famille s’en charge. Alasdair évitait ainsi les questions embarrassantes et Seumas les ennuis. Finalement, les deux frères pouvaient facilement s’entendre quand ils le voulaient…
– Miss Maisie ! appela Seumas, perché sur son cheval.
La jeune femme passa la tête par la fenêtre de leur maison et eut un grand sourire en voyant Seumas.
– Une promenade dans les landes vous tente-t-elle, miss ?
– J’arrive !
Et Maisie disparut. Seumas descendit de sa monture et attendit patiemment qu’elle vienne le rejoindre. Il y avait maintenant deux semaines qu’elle était arrivée et le jeune homme passait la plupart de son temps libre avec elle.
Maisie sortit enfin de la maison et Seumas ne put s’empêcher de la détailler avec attention. Elle portait une des vieilles robes de l’Irlandaise et Mary lui avait attaché les cheveux en une longue tresse.
– Devant ou derrière, miss ? demanda-t-il lorsqu’elle arriva à sa hauteur.
La jeune femme eut un sourire provocateur.
– Je tiens à être devant vous aujourd’hui, répondit-elle en papillonnant des cils.
– En amazone ?
– Non, pas cette fois…
Les yeux de Seumas se posèrent un instant sur sa robe. Elle semblait un peu trop serrée pour monter de cette manière, mais Maisie en savait certainement bien plus que lui en matière de chiffons…
Seumas aida la jeune femme à monter en selle, puis pris place à son tour, se collant bien derrière elle pour attraper les rênes de sa monture. Sans aucune gêne, Maisie se cala confortablement contre lui.
– Accrochez-vous bien, miss… lui murmura-t-il à l’oreille.
Puis il fit partir le cheval au galop. Ils traversèrent le village, en prenant bien garde de ne pas écraser les enfants et ne s’arrêtèrent qu’une fois au loin, presque à la frontière de la mer. Seumas sauta de cheval et réceptionna de justesse Maisie qui l’avait imité. Elle avait les joues rougies par l’excitation et son sourire charmeur était plus grand que jamais. Seumas la mena un peu plus loin dans la plaine, puis il s’arrêta, détacha son plaid et le posa au sol pour que la jeune femme puisse s’installer. À peine le jeune homme se fut-il posé sur l’herbe que Maisie s’allongea en posant la tête sur ses genoux.
– Combien de temps as-tu prévu que nous restions là ? demanda-t-elle.
– Avec toi, je ne prévois rien.
Maisie eut un petit rire.
– Qu’as-tu fait hier ? Je ne t’ai pas vu de la journée, tes sœurs sont très gentilles, mais au bout d’un moment, je voulais m’amuser…
– Désolé, j’étais en surveillance avec mon père.
– Tu es rentré tard ?
– La nuit était tombée depuis longtemps quand nous sommes arrivés.
– Oh, alors s’il faisait noir, tu aurais dû venir me rejoindre… Tu sais qu’il y a toujours une place pour toi dans…
– Ne t’offusques pas, Maisie, mais je n’ai pas envie de mourir jeune, l’interrompit Seumas. Et si mon père me surprend à te tourner autour, je suis un homme mort.
Maisie se redressa, s’installa à califourchon sur ses jambes et avança son visage tout près du sien.
– Et moi, j’ai envie de m’amuser… susurra-t-elle.
Très lentement, elle saisit la lèvre inférieure de Seumas entre ses dents et la mordilla. Seumas sentit aussitôt le désir monter. Elle le connaissait bien, elle savait ce qu’elle devait faire pour le titiller… En tachant de rester maître de son corps, Seumas repoussa doucement la jeune femme.
– Tu ne t’amuses pas assez chez toi, Maisie ?
– Personne ne m’approche chez moi, tu le sais bien… Il n’y a que toi qui aies droit à cet… honneur…
Son sourire s’élargit et elle recommença à papillonner des cils.
– Arrête ça, Maisie…
– Pourquoi ?
– Tu sais très bien pourquoi.
La jeune femme gloussa, puis elle replongea ses yeux verts dans ceux sombres de Seumas et dit d’une voix très sérieuse :
– Je t’aime, tu sais.
Seumas ne put s’empêcher de sourire.
– Je sais, Maisie, et je t’aime aussi. Seulement, tu as quand même un fiancé qui t’attend chez toi.
– Et bien, qu’il aille en enfer ! s’écria Maisie en se levant brutalement.
Elle lui tourna le dos et s’éloigna de quelques pas. Seumas soupira, se releva et alla enlacer la jeune femme en posant sa tête sur son épaule.
– Désolé, dit-il.
– Tu crois que si je disais à mon père que…
– Non, mauvaise idée. Ça ne changerait rien pour toi et ça nous attirerait des ennuis.
Elle se dégagea de son étreinte et se tourna lentement vers lui.
– Alors, profitons-en tant que nous pouvons, murmura-t-elle.
Elle passa ses mains sous sa chemise, mais Seumas la retint.
– Arrête, Maisie !
Il ne devait pas céder à son caprice.
– Alors, embrasse-moi, susurra-t-elle en se mettant sur la pointe des pieds.
Même s’il avait voulu refuser, il n’aurait pas pu. Il se pencha vers elle et l’embrassa en y mettant tout son désir et toute sa frustration.
Alasdair et Seumas étaient en plein entraînement. L’oncle Irving et l’oncle Iagan les surveillaient de près. En aucun cas il ne fallait que cela dégénère en règlement de compte. Alasdair était le plus rapide, mais Seumas portait des coups plus puissants. Par moments, Irving intervenait entre eux, lorsque les deux jeunes se laissaient un peu trop emporter.
– Doucement ! On abaisse son arme maintenant ! déclara Irving.
Les deux frères s’exécutèrent et en profitèrent pour reprendre leur souffle.
– C’était pas mal du tout, commenta Irving.
Seumas rangea sa claymore.
– Avons-nous terminé ? demanda-t-il.
– Pourquoi ? fit Alasdair.
– Ce n’est pas à toi que j’ai posé la question.
Alasdair retint du mieux qu’il put la colère qui bouillonnait en lui. Irving se tourna vers Iagan qui acquiesça d’un signe de tête.
– Je pense en effet que cela suffit pour aujourd’hui, déclara alors Irving. Vous pouvez y aller.
Seumas remercia ses oncles, se détourna et partit à grands pas. Alasdair rangea sa claymore, adressa un signe de tête aux deux hommes et s’éloigna à son tour dans le village. Il savait que Seumas était allé chercher miss Maisie. Leur mère commençait à voir d’un mauvais œil ces escapades, mais leur père préférait en rire, en disant que Maisie ne risquait absolument rien et que c’était plutôt à Seumas de se méfier. Quoi qu’il en soit, Alasdair voulait en avoir le cœur net…
Il se précipita chez lui, où il retrouva ses deux parents debout vers la table, Seumas près de la porte, Maisie, Mary et Idwal assis. Il n’y avait aucun signe des trois derniers de la fratrie.
– Parfait, tu tombes bien Alas, dit leur père. Je veux que Seumas et toi alliez faire un tour du domaine.
– Seulement nous deux ? s’étonna Alasdair.
Hamish acquiesça.
– Normalement, Irving et moi devions nous en charger, ajouta-t-il. Mais vu l’état de Lesley…
Il s’interrompit. Alasdair vit sa mère détourner le regard. Personne ne savait de quel mal souffrait la tante Lesley, mais ses parents et l’oncle Irving étaient très inquiets. Sans parler de l’Irlandaise.
– Nous irons, dit Seumas d’une voix éteinte.
Ses projets de la journée étaient gâchés, mais il ne refusait jamais d’apporter son aide à leur père quand celui-ci en avait besoin, et c’était là une qualité que même Alasdair appréciait chez son frère. Heureusement, il n’avait pas que des défauts.
– Prenez garde à vous, dit alors leur mère d’une voix douce mais pleine de recommandation. Ne vous disputez pas, surtout. La situation sera sûrement assez dangereuse sans que vous compliquiez les choses.
– Ne t’inquiète pas, maman, dit Alasdair. Ce n’est pas la première fois que nous partons ensemble, et nous ne sommes jamais rentrés amochés.
– En effet, intervint Hamish. Je sais que vous savez faire la part des priorités.
Seumas lança un coup d’œil à miss Maisie, qui lui adressa un faible sourire, puis il quitta la maison, après avoir adressé un signe de tête à son père. À son tour, Alasdair salua Hamish, mais sa mère s’avança vers lui et l’enlaça tendrement avant de le laisser rejoindre Seumas à l’extérieur. Celui-ci n’était d’ailleurs nulle part en vue. Alasdair se rendit donc directement aux écuries.
Lorsque les chevaux furent prêts, Alasdair et Seumas quittèrent le village sans échanger un mot. Ils ne partaient pas souvent en mission ensemble, mais lorsque c’était le cas, les deux frères évitaient de s’adresser la parole pour ne pas provoquer de dispute. Alasdair se réjouissait tout de même du fait qu’il pouvait patrouiller avec Seumas en bonne harmonie.
Au bout de trois heures de chevauchée, ils firent une halte. Seumas sauta aisément de cheval et s’allongea sur l’herbe. Alasdair l’imita, sans rien dire. Il aurait bien aimé interroger son frère sur ses relations exactes avec Maisie, mais il savait d’avance que la discussion allait se transformer en bagarre.
Au bout d’un moment, Seumas se redressa et sortit de sa sacoche un peu de pain, dont il lança un morceau à Alasdair. Celui-ci en fut étonné, il n’avait pas vu son frère faire une réserve, mais après tout, Seumas était également quelqu’un de discret. Alors que les deux frères grignotaient tranquillement, des bruits de sabots attirèrent leur attention. Seumas se redressa, la claymore déjà à la main, et Alasdair l’imita. Cinq cavaliers avançaient vers eux. Alasdair plissa les yeux et crut reconnaître le tartan des Stuart. Seumas était tendu à côté de lui et Alasdair lui-même était sur ses gardes. En s’approchant, il reconnut plus distinctement le tartan, c’était bien des Stuart, mais du comté de Moray. Les cinq cavaliers s’immobilisèrent avant d’arriver à la hauteur des deux frères. L’un d’eux mit pied à terre et s’avança, les mains levées, signe qu’il n’était pas là en ennemi. Il avait l’air plus âgé que Seumas, mais pas de beaucoup ; cependant ce qui frappa Alasdair, ce fut la couleur de ses cheveux et son regard froid… pratiquement les mêmes que Seumas ! Alasdair cligna des yeux plusieurs fois. Il se faisait des idées…
– Que faites-vous sur les terres des Ross ? demanda Seumas d’une voix menaçante.
– Nous ne faisons que traverser en amis, répondit l’autre.
Il fronça les sourcils alors qu’il détaillait les deux frères.
– Nous connaissons-nous ? demanda-t-il à Seumas.
– Je ne pense pas, non, dit-il.
L’homme se tourna pour regarder ses compagnons et fit signe à l’un d’eux de s’approcher. Seumas se fit plus menaçant et Alasdair lui-même leva sa claymore. Le deuxième homme était nettement plus âgé que le premier et n’était pas un Stuart. Il portait le tartan des Buchanan, avait des cheveux grisonnants et une barbe encore plus fournie qu’Hamish Ross.
– Tiens, tiens, marmonna l’homme. Voilà un visage qui m’est familier…
– Vous devez probablement faire erreur, messire.
– Qui est votre mère, fier Highlander ? Je pense connaître votre père, mais il y a eu tellement de femmes dans son entourage qu’il est difficile de savoir de qui il s’agit.
Alasdair fronça les sourcils. Impossible que cet homme connaisse leur père. Les seuls lords qu’Hamish Ross ait fréquentés étaient les comtes de Sutherland et le père de Maisie, John Fergusson. Et de toute la famille, Seumas était bien le seul à ne pas ressembler à leur père.
– En quoi cela vous intéresse-t-il ? demanda Seumas avec colère. Si vous ne faites que passer sur les terres des Ross, alors vous feriez bien de les traverser rapidement.
L’homme sourit.
– Pardonnez-moi d’insister, reprit-il, mais la ressemblance est tellement évidente. Je suis Henri Buchanan et j’ai fait nombre de connaissances depuis le temps ; si je connais effectivement votre mère, c’est avec joie que je lui transmettrai mes meilleurs messages.
Alasdair n’en croyait pas un mot. Ce Buchanan ne lui inspirait guère confiance et du coin de l’œil, il vit que Seumas avait toujours le même air refrogné et menaçant, signe qu’il ne baissait pas la garde.
– Nous vous avons déjà affirmé que nous n’étions pas sur vos terres en ennemis, ajouta Buchanan. Ne craignez donc pas une colère quelconque de notre part, après tout, qu’avons-nous à faire des bâtards, même de sang partiellement royal.
Alasdair écarquilla les yeux d’étonnement. Comment osait-il les traiter de bâtards ? Il sentit son sang palpiter dans ses veines, mais il se maîtrisa. Par contre, il lança un regard à son frère et vit tout de suite que celui-ci était prêt à frapper. Alasdair se rapprocha de lui et, d’un geste discret et rapide, lui donna une tape sur le bras pour l’inciter au calme.
– De quel droit osez-vous émettre de telles insinuations ? demanda Seumas, la voix vibrante de colère.
– Je me fie à ce que je vois, répondit Buchanan. Je vous prie cependant d’excuser mon manque de tact. Mais de nous tous, je doute que je sois le plus surpris, ajouta-t-il en se tournant vers son compagnon. Quel effet cela-vous fait-il, lord Callum, de vous retrouver en face d’un frère illégitime ?
Alasdair avait de plus en plus de mal à maîtriser sa colère, mais il devait se contrôler.
– J’en suis très surpris, répondit le dénommé Callum en fixant Seumas. Ce n’est guère dans le comté de Ross que je m’attendais à trouver un… frère.
– J’ignore où vous voulez en venir, messires, répliqua Seumas d’une voix forte. Mais mon frère se trouve à mes côtés.
Alasdair ne put s’empêcher de se sentir flatté. Jamais encore auparavant Seumas n’avait mentionné leur lien de parenté avec autant de fierté.
– Quel est le nom de votre mère ? demanda à nouveau Buchanan.
– Kirsty Dunbar ! répondit Alasdair, au comble de l’impatience. Fille de lord Patrick Dunbar et épouse d’Hamish Ross !
Buchanan eut soudain un sourire de triomphe. Les deux frères échangèrent un rapide regard avant de reporter leur attention sur les deux autres.
– Lady Kirsty, évidemment ! s’exclama Buchanan. La putain préférée de Moray, j’aurais dû me douter qu’elle n’était pas morte.
Fous de rage, les deux frères brandirent leur claymore d’un même mouvement et maintinrent en respect les deux lords.
– Calmez-vous, jeunes gens, dit alors Buchanan, la voix moins assurée. Je peux me permettre de tels mots, j’ai très bien connu votre mère…
Il désigna son jeune compagnon.
– Lord Callum est le troisième fils légitime du comte Moray, ancien régent d’Écosse sous Jacques VI. Si vous abaissez vos armes, je veux bien vous raconter ce que je sais du passé de votre mère, continua Buchanan.
– Nous connaissons notre mère et nous savons ce qu’était sa vie, répondit Alasdair. Nous n’avons pas besoin que vous nous fassiez un résumé.
– Pourtant il semble que vous ayez quelques lacunes… N’avez-vous jamais remarqué que votre frère ne vous ressemblait guère, jeune homme ? Et n’êtes-vous pas étonné de constater sa ressemblance avec Lord Callum ?
Alasdair n’allait certainement pas lui faire le plaisir d’acquiescer, même si, en y réfléchissant bien, Seumas était le seul de la famille à n’avoir aucun trait physique de leur père et, en voyant Callum Stuart s’avancer, il avait effectivement été frappé par sa ressemblance avec son frère. Mais cela signifiait-il vraiment quelque chose ?
Buchanan dut voir l’expression de doute sur le visage du jeune homme, car son sourire se fit plus large.
– Kirsty Dunbar a fait tourner la tête de beaucoup de lords à Holyrood, reprit-il. Elle savait dans quel lit s’allonger pour obtenir ce qu’elle désirait… Comme toutes les femmes, elle ne voulait que la puissance et la gloire.
– Notre mère a épousé un Highlander, siffla Seumas.
– Qui d’autre aurait voulu d’une femme avec un bâtard ? demanda Buchanan. Les rêves de grandeur s’effacent quand on quitte celui qui vous a tout donné…
Alasdair vit que son frère commençait à trembler, un signe qui montrait qu’il était plus que jamais prêt à frapper…
– Je suis étonné que vous n’ayez jamais rien soupçonné, fit songeusement Buchanan. Lady Kirsty était une des maîtresses officielles du comte Moray, même la comtesse était au courant. Elle a passé de longs mois dans sa résidence d’Édimbourg, le comte n’était jamais avare d’éloges sur ses… hum… capacités.
Il regarda alors Seumas avec attention.
– Quand votre mère était enceinte, je me souviens que le comte était ravi. C’était le meilleur moyen de garder une maîtresse. Il faut croire que lady Kirsty avait changé ses vues… Elle a honteusement poignardé le comte dans son sommeil et elle a fui. Moray a mobilisé beaucoup de monde pour la retrouver, sans succès. Nous étions tous convaincus qu’elle était morte avec l’enfant. Et voilà que je découvre que non… c’est très intéressant.
Au fil du récit de Buchanan, Alasdair avait vu son frère changer de couleur et devenir beaucoup trop pâle pour paraître indifférent. Lui-même ne devait pas en mener plus large. Il y avait des lacunes dans l’histoire qu’ils connaissaient de leur mère. De sa vie à Holyrood et à Dunrobin, ils connaissaient les moindres détails ; ils savaient aussi qu’elle avait vécu un temps à Édimbourg, lorsque Marie Stuart était en fuite, mais de cette vie-là, ils ignoraient tout. Ni leur mère ni leur père n’étaient bavards à ce sujet. Et la ressemblance de Seumas avec lord Callum, le fait que leur aîné ne ressemble à personne d’autre de la famille…
Seumas abaissa soudain sa claymore, malgré son regard brillant de fureur. Alasdair savait que maintenant, sa colère n’était plus dirigée contre les deux hommes, mais contre leur propre mère.
– Qu’est-ce qui me prouve que vous ne mentez pas ? demanda-t-il sèchement.
Buchanan sourit.
– N’est-ce pas évident quand vous y réfléchissez ? Je peux voir au visage de votre frère qu’il est arrivé à une conclusion, alors pourquoi continuer les mensonges ? Interrogez votre mère… Lady Kirsty, enfin je devrais plutôt m’habituer à dire madame Ross, est fourbe et capricieuse mais pas au point de nier l’évidence.
Alasdair s’avança d’un pas, la claymore toujours pointée sur les deux hommes.
– Vous feriez mieux de passer votre chemin ! dit-il entre ses dents. Nous n’avons que faire de vos racontars !
– Interrogez votre mère, répéta Buchanan. Vous verrez bien lequel de nous deux est le menteur…
Et sans rien ajouter, les deux hommes rejoignirent leurs compagnons, Callum Stuart lançant néanmoins un regard glacial à Seumas, et ils disparurent. Alasdair rangea sa claymore, mais son aîné demeurait immobile, le regard plein de fureur et les muscles tendus sous la colère.
– Seumas…
D’un geste, Seumas envoya voler sa claymore, poussa un grand cri de rage et se laissa tomber à genoux sur le sol. Alasdair ignorait ce qu’il convenait de faire. Il aurait voulu dire à son frère que tout ceci n’était que mensonge, mais lui-même ne pouvait s’empêcher de douter.
Soudain, Seumas se leva, alla récupérer sa claymore et retourna à sa monture.
– Qu’est-ce que tu fais ? demanda Alasdair.
– Je rentre au village.
– Non, nous devons terminer ce que père nous a demandé.
– Le tien ou le mien de père ? demanda méchamment Seumas.
– Le nôtre ! répondit Alasdair.
Seumas monta en selle. Alasdair se dépêcha de rejoindre sa propre monture.
– Trois jours, dit-il. Ça va nous prendre trois jours pour faire le tour. Tu auras le temps de réfléchir.
Seumas hésita. Alasdair attendit patiemment.
– Très bien, trois jours, grommela Seumas.
Alasdair faillit en tomber de son cheval. Jamais encore les deux frères ne s’étaient mis ouvertement d’accord sur quelque chose. Officieusement oui, quand l’autre n’avait aucune chance de l’apprendre, mais jamais ils ne se le seraient avoué face à face.
Alasdair eut alors un signe de tête appréciatif.
– Et si on retombe sur ce Callum Stuart, je lui fais goûter de la claymore, marmonna Seumas.
– Et moi, je m’occuperai de ce Buchanan, ajouta Alasdair.
Sans rien répondre, Seumas fit partir son cheval au galop, et Alasdair le suivit.
Alasdair et Seumas mirent plus de temps que prévu pour rentrer au village. Il faisait déjà nuit noire lorsqu’ils arrivèrent aux écuries, huit jours après en être partis. Il semblait à Alasdair qu’il avait passé les huit jours les plus longs de sa vie. Seumas et lui n’avaient pas échangé un seul mot de toute leur mission. Alasdair aurait pu se croire seul, mais même s’il ne parlait pas, Seumas était dans une telle colère qu’Alasdair la ressentait comme s’il s’agissait de la sienne. À plusieurs reprises, Seumas s’était défoulé sur des arbres ou des buissons, mais rien ne semblait le calmer. Alasdair, lui, avait quand même profité de cette « trêve » entre son frère et lui pour réfléchir aux informations que Buchanan leur avait données. Il en était arrivé à la conclusion que le meilleur moyen d’avoir le fin mot de l’histoire était tout simplement d’en parler à leurs parents. Mais il ne voulait pas aborder le sujet sans Seumas. Même si Alasdair avait beaucoup de mal à s’entendre avec son frère, même s’il aurait bien voulu parfois lui planter sa claymore dans le ventre pour lui faire ravaler ses méchancetés, Seumas restait son frère et personne n’avait le droit de s’attaquer aux membres de sa famille sans en payer le prix.
Alasdair descendit de cheval en même temps que Seumas. Ce dernier ne prit pas la peine de s’occuper de sa monture. Il quitta les écuries à pas rapides. Alasdair se précipita à sa suite.
– Attends, Seumas !
Son frère s’immobilisa et se tourna lentement vers lui.
– Rentre à la maison, petit frère. On se verra demain.
– Où est-ce que tu vas ?
– Ça ne te regarde pas.
Et Seumas s’éloigna. Alasdair ignorait où il pouvait bien aller, en tout cas, ce n’était pas à la maison, il n’avait pas pris la bonne direction. Alasdair retourna dans l’écurie, s’occupa des chevaux, leur donna de quoi manger, puis il sortit et traversa le village pour retourner chez lui. Par la fenêtre, il vit que la maison était faiblement éclairée. En cette période encore fraîche de l’année, les feux de cheminée étaient toujours allumés, mais il était tard, normalement la lumière aurait dû être moins vive. Cela signifiait donc que quelqu’un était encore debout.
Alasdair passa la porte. Son père était assis à table, un bol devant lui, un œil sur sa femme, endormie dans le lit. Il se tourna vers lui en l’entendant entrer, fronça les sourcils en le découvrant seul, puis lui fit signe de venir s’asseoir.
– Bonsoir, Alas.
– Bonsoir.
Alasdair s’empara d’un bol et se servit un peu du potage qui bouillait toujours dans la marmite au-dessus du feu de cheminée avant de s’installer en face de son père.
– Où est Seumas ?
– Quelque part dans le village. On a chevauché toute la nuit, il avait besoin de se dégourdir les jambes.
– Tout va bien ?
– Rien à signaler.
– Ce n’est pas de ça que je parle…
Alasdair posa son bol.
– Vous vous êtes disputés ? demanda Hamish.
– Non, je suis fatigué, c’est tout.
Alasdair vit son père acquiescer lentement de la tête.
– Très bien, nous parlerons demain dans ce cas, dit-il.
Le jeune homme jeta un coup d’œil à sa mère endormie. À la voir comme ça, il trouvait impossible qu’elle ait pu être la maîtresse de quelqu’un, même d’un régent. Une fée ne faisait pas de telles choses, sa mère n’était pas vile comme Buchanan le laissait entendre, il en était persuadé. Il l’aimait trop pour en douter. Mais qu’en était-il de Seumas ?
Hamish suivit le regard de son fils, mais ne fit aucun commentaire. Finalement, Alasdair vida son bol, se leva, salua son père puis disparut derrière la couverture qui cachait les chambres des enfants. Au début de sa vie, Alasdair se souvenait qu’il n’y avait qu’une pièce à cet endroit, mais après la naissance d’Idwal, son père avait détruit deux murs et avec plusieurs Highlanders, ils avaient créé deux pièces supplémentaires. Ainsi, les filles dormaient dans leur propre chambre, celle du milieu, qui était l’ancienne pièce ; Idwal, Craig et Leslie se partageaient celle de droite ; Alasdair et Seumas occupaient celle de gauche.
Alasdair rejoignit sa paillasse, en se demandant néanmoins si son aîné allait finir par se calmer.
Seumas entra le plus discrètement possible chez l’Irlandaise. Il jeta un coup d’œil sur la paillasse de sa cousine et constata qu’elle dormait profondément. Sur la pointe des pieds, il se dirigea de l’autre côté de la pièce et s’agenouilla devant la paillasse de Maisie, en lui serrant doucement l’épaule.
– Maisie… chuchota-t-il. Maisie, réveille-toi.
La jeune femme bougea, mais n’ouvrit pas les yeux pour autant.
– Maisie…
Il se pencha sur elle et lui déposa un baiser sur la joue. Maisie bougea et finit par cligner des yeux à plusieurs reprises avant de les ouvrir complètement.
– Seumas ? s’étonna-t-elle.
– Chut…
– Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle à voix plus basse.
– Viens avec moi...
Il lui saisit la main et ne lui laissa pas le temps d’enfiler quelque chose de plus chaud par-dessus sa chemise de nuit. Il l’entraîna hors de la maison et ils traversèrent le village en courant. La route était longue, mais il n’avait pas voulu prendre les chevaux, les gens les auraient entendus et il n’avait pas l’intention de se faire remarquer.
Ils marchèrent très longtemps, Maisie ne se plaignit pas une fois, alors que le vent soufflait et qu’elle était à peine vêtue. Seumas la guidait sur les chemins les plus praticables qu’il connaissait pour éviter qu’elle ne se fasse mal, mais il ne ralentissait pas l’allure pour autant. Finalement, ils arrivèrent à l’entrée de la grotte. Seumas sentit la main de Maisie se crisper dans la sienne. Il se tourna vers elle, lui adressa un clin d’œil, puis il pénétra dans la grotte. Il ne lâcha la jeune fille qu’une fois à l’intérieur, au moment où il entreprit de retrouver le coin qui servait à allumer un feu. Maisie se tenait absolument immobile, probablement trop effrayée pour pouvoir bouger. Une fois que le feu fut allumé, Seumas vint la rejoindre.
– Qu’est-ce que c’est ? demanda Maisie.
– Une grotte…
– Oui, je pense avoir remarqué. Ce n’était pas vraiment ce que je voulais dire…
Seumas eut un sourire crispé, il s’installa contre la paroi froide de la grotte et fit signe à la jeune femme de le rejoindre. Elle s’avança et s’installa entre ses jambes, contre son torse. Seumas bougea pour ajuster son plaid autour du corps de la jeune lady. Il posa alors sa tête sur son épaule et soupira de frustration.
– Qu’as-tu, Seumas ?
Il ne répondit pas tout de suite. Il se redressa un peu et embrassa sensuellement le cou de la jeune femme qui frissonna contre lui.
– C’est mon père et Irving qui ont découvert cette grotte quand ils étaient enfants, dit Seumas d’une voix lente et grave. Quand ils avaient besoin de s’isoler et de se faire des confidences, ils venaient ici.
– C’est une sorte de refuge ?
Seumas acquiesça lentement de la tête. Maisie s’écarta et se tourna vers lui.
– Pourquoi nous réfugions-nous ici ? demanda-t-elle doucement.
Seumas soupira. Maisie lui caressa tendrement la joue.
– Tu es triste, murmura-t-elle. Je sais que tu es triste. Dis-moi ce qu’il y a…
– Je viens de tomber de très haut, Maisie chérie…
Maisie s’installa plus confortablement contre lui et cala sa tête dans son cou, attendant qu’il continue. Seumas lui raconta alors en détail la rencontre qu’Alasdair et lui avaient faite, les paroles de Buchanan et toutes les réflexions qui l’avaient agité depuis.
– Tu penses vraiment que ce qu’il a dit est vrai ? demanda Maisie.
– Tu le sais aussi bien que moi, répondit Seumas un peu sèchement. Tu as été la première à me dire que je ne ressemblais pas à mon père.
– J’avais six ans à l’époque…
– Sérieusement, Maisie, est-ce que tu vois une quelconque ressemblance entre ma mère et moi ?
Maisie se redressa et plongea ses yeux dans les siens.
– Oui, dit-elle.
– Buchanan n’a pas pu dire qui était ma mère pourtant…
– Ce n’est pas flagrant Seumas. Les ressemblances que tu as avec ta mère ne sont pas physiques. Il faut vous connaître les deux pour découvrir ce qui vous lie, mais tu tiens la plupart de tes attitudes, ou devrais-je dire de tes mimiques, d’elle. Ma mère et moi en parlons souvent…
Seumas appuya sa tête contre la paroi de la grotte.
– Qu’est-ce qui te met en colère, Seumas ? demanda doucement Maisie. Est-ce d’apprendre que ta mère a eu un passé ou que tu ne sois pas le fils d’Hamish ?
– Un peu les deux, je crois.
– Et bien tu es le fils d’Hamish. Il l’a toujours dit, non ? Ne t’a-t-il pas toujours présenté comme son aîné ? Sa première fierté ? Si tu n’étais pas vraiment un fils pour lui, tu aurais su beaucoup plus tôt que tu étais…
– Un bâtard ? siffla Seumas en redressant la tête, les yeux pleins de colère.
Maisie détourna les yeux, un peu effrayée.
– Ne crois pas tout ce qu’Henri Buchanan t’a dit, continua-t-elle. Je le connais, tu sais. Il est de la famille de ma mère et elle m’a parlé de lui. Ta mère devait l’épouser quand elle était au service de la reine Marie. Peut-être qu’il veut tout simplement se venger…
– Lady Morag t’a-t-elle dit ce que ma mère a fait pendant qu’elle vivait à Édimbourg après avoir quitté le Sutherland ?
Maisie secoua négativement la tête.
– Alors tu ne peux rien prétendre, Maisie.
– Toi non plus. Pas avant d’en avoir parlé à tes parents.
– Alasdair l’aura probablement fait avant moi.
– Je ne pense pas. À mon avis, il a été sûrement très affecté par les propos d’Henri Buchanan, il attendra que tu te décides.
Seumas eut un sourire sceptique.
– Je pense au contraire qu’Alasdair est bien content de savoir que je ne suis pas réellement son frère…
Maisie ne répondit pas et se contenta d’embrasser Seumas.
– Combien de temps as-tu prévu que nous restions là ? demanda-t-elle après avoir mis fin au baiser.
– Je n’ai pas prévu de rentrer avant un long moment…
– Dans ce cas, il va falloir me réchauffer… je vais mourir de froid sinon…
Elle papillonna une fois de plus des cils. Seumas soupira. Elle recommençait son petit jeu… Lentement, Maisie passa ses mains sous la chemise de Seumas et lui caressa langoureusement le torse. Il ne la repoussa pas cette fois, il se contentait de la regarder alors qu’elle ne cessait de le provoquer avec son regard plein de malice… Elle se rapprocha un peu plus et lui mordilla doucement la lèvre, comme elle savait si bien le faire. Il sentit les mains de la jeune femme descendre un peu plus sur son torse. Seumas sentit l’excitation monter et il se mit à songer à ce que Buchanan avait dit sur sa mère : Elle savait dans quel lit s’allonger pour obtenir ce qu’elle désirait… Était-ce un trait caractéristique de toutes les ladies ? Toutes ces femmes étaient-elles fourbes et indignes de confiance ?
Maisie entreprit alors de desserrer le kilt de Seumas et soudain, il n’en eu que faire des convenances et de la bonne éducation. Les ladies étaient manipulatrices et égoïstes et bien soit, il leur ferait voir ce qu’il valait !
Seumas enlaça fermement Maisie et l’allongea sur le sol froid de la grotte en l’embrassant à pleine bouche. La jeune femme, ravie, se mit à frissonner sous son corps et sa main ne quittait pas le kilt du jeune homme qu’elle s’évertuait à vouloir desserrer. Pendant un moment, Seumas eut l’impression qu’elle avait déjà séduit un homme de cette manière. À la façon dont elle répondait à ses caresses, il était impossible que Maisie soit encore une innocente vierge… Cette pensée le fit ricaner, mais passa inaperçue de la jeune fille. Aussi, Seumas mit de côté sa colère et s’abandonna au désir qui montait en lui.
Hamish revint chez lui après avoir fait plusieurs fois le tour du village à la recherche de Seumas, sans l’avoir trouvé. Son fils était certainement parti s’isoler et cela découlait sûrement d’une nouvelle dispute avec Alasdair. Seumas avait besoin d’être seul quand il allait mal. En cela il ressemblait beaucoup à la Bean Sith, à la différence d’Alasdair qui ne perdait jamais son temps à ruminer les mauvais souvenirs. Il ne s’inquiétait cependant pas, Seumas finirait par réapparaître au lever du soleil.
Hamish s’avança jusqu’au lit, défit ses chaussures, retira ses armes qu’il posa sur le sol près du pied du lit, se déshabilla et s’allongea sous les couvertures. Sa femme vint aussitôt se blottir contre lui et il ne put s’empêcher de rire. Il aurait dû savoir qu’elle ne dormait pas.
– Depuis quand es-tu réveillée ? demanda-t-il.
– J’ai entendu Alasdair rentrer, répondit-elle d’une voix ensommeillée. As-tu trouvé Seumas ?
– Non. Mais il sera probablement là demain matin.
La Bean Sith cala sa tête dans son cou.
– Je leur parlerai demain, reprit Hamish. Je veux savoir pourquoi ils ont mis si long à revenir.
– Penses-tu qu’il se soit passé quelque chose ?
– Une mission de trois jours qui en dure huit, un Seumas qui disparaît à peine rentré et un Alasdair pas très bavard, ça prouve qu’il y a un différend caché là-dessous.
La Bean Sith redressa la tête et l’embrassa tendrement.
– Je suis sûre que ce n’est rien, dit-elle.
– Probablement, mais je veux quand même en avoir le cœur net.
– En attendant, j’ai besoin d’être rassurée…
Hamish se redressa sur un coude en fronçant les sourcils. Son épouse eut un faible sourire.
– Il manque toujours un fils dans la maison, dit-elle d’une toute petite voix.
Hamish se pencha vers elle et l’embrassa. La Bean Sith détestait quand un des enfants était absent. Généralement quand Seumas et Alasdair étaient en mission, elle dormait très mal.
Hamish laissa lentement glisser sa main sur le corps de sa femme. Pour lui changer les idées, il n’y avait rien de tel…
– Tu es incorrigible, Bean Sith, murmura-t-il.
Mais avant qu’il ait pu l’embrasser à nouveau, elle le repoussa gentiment.
– Promets-moi que Seumas sera de retour demain, dit-elle faiblement.
– Ne t’inquiète pas, il sera là.
Il repoussa ses mains et l’embrassa à nouveau avec ferveur, en continuant à la caresser. Une nouvelle nuit blanche s’annonçait…
– Hamish ! Kirsty !
L’Irlandaise pénétra en courant dans la maison, sans même frapper. Hamish se redressa brutalement, en faisant toutefois attention à rester couvert, puis il se tourna vers la jeune femme avec des yeux furieux.
– Kirsty, ici on frappe et on attend avant d’entrer ! hurla-t-il. Seul Irving peut se permettre un tel sans-gêne et uniquement en cas d’urgence !
Elle s’immobilisa et Bonnie se mit à pleurer dans sa chambre. La petite fille prenait toujours peur quand Hamish se mettait à crier. La Bean Sith se redressa à son tour, attrapa l’une des couvertures délaissées par son mari, la passa autour d’elle, et quitta le lit. L’Irlandaise la retint par le bras.
– Kirsty, je ne trouve plus miss Maisie…
La Bean Sith s’immobilisa et observa avec attention la jeune femme. L’Irlandaise avait bientôt trente ans mais elle était toujours aussi vive, joyeuse et belle avec ses cheveux roux et ses yeux pétillants. Hamish trouvait dommage qu’elle demeure célibataire, mais après tout, elle avait choisi la vie qu’elle voulait et elle n’enviait personne, pas même Ceasg, sa sœur, qui avait épousé un homme du clan Chattan et qui avait quitté le village pour vivre avec son époux et ses quatre enfants.
– Comment ça, tu ne trouves plus miss Maisie ? demanda Hamish.
– Sa paillasse est défaite et elle n’est nulle part dans le village. Personne ne l’a vue depuis hier soir et je me suis pourtant couchée en même temps qu’elle…
– Est-ce que Seumas est au village ? demanda la Bean Sith.
– Je l’ai cherché aussi, mais personne ne l’a vu.
Hamish grommela furieusement. Alasdair et Mary, qui tenait une Bonnie toujours en larmes dans ses bras, arrivèrent dans la pièce. La Bean Sith s’avança vers eux et prit la petite fille qui se blottit contre elle.
– Alas, où est ton frère ? demanda sèchement Hamish.
– Je l’ignore, répondit Alasdair. Nous sommes arrivés ensemble hier soir, puis il s’est éloigné, mais je n’ai pas vu où.
– Tu penses qu’il est avec Maisie ? demanda la Bean Sith.
– J’en suis sûr, grogna Hamish. Et je pense avoir une petite idée de l’endroit où ils sont. Kirsty, va chercher Irving.
L’Irlandaise s’exécuta aussitôt.
– Je viens avec toi, dit alors Alasdair.
– Pas question ! répondit Hamish. Tu restes ici et tu attends mon retour. Bean Sith, si tu peux t’organiser pour que les plus jeunes soient dehors quand je reviendrai, ça m’arrangerait. Nous aurons à parler, il me semble…
Sa femme acquiesça d’un lent signe de tête, les yeux chargés d’appréhension. Hamish se leva, se vêtit rapidement, prit ses armes et alla embrasser sa femme avant de sortir à son tour de la maison. Il se rendit directement aux écuries. Le cheval de Seumas était toujours là. Ils étaient donc partis à pieds, bien sûr, pour ne pas se faire repérer. Hamish sentit la colère monter. Il aurait mieux fait d’écouter sa femme un peu plus tôt…
Sans attendre, il prépara son cheval et celui d’Irving, puis les mena dehors au moment où son ami pénétrait dans les écuries.
– La grotte ? demanda-t-il seulement.
– La grotte, confirma Hamish.
Ils se mirent en selle et poussèrent les chevaux au galop. Le trajet n’était pas long jusqu’à la grotte, mais Hamish allait tout de même profiter de ce laps de temps, soit pour maîtriser sa colère, soit pour la laisser éclater. Il ne savait encore que choisir.
– Tu veux les surprendre ou tu as l’intention de les prévenir de notre arrivée comme un fou furieux ? demanda soudain Irving.
– Je préfère la surprise…
– Miss Maisie sera mal à l’aise…
– Et bien qu’elle assume ! grogna Hamish. Elle est autant fautive que lui si mes soupçons se confirment.
– Il faudra laisser les chevaux un peu plus loin que d’habitude si tu veux les surprendre correctement.
– Je n’ai jamais eu peur de marcher.
Irving eut un faible sourire et reporta son attention sur la route devant eux.
– Comment allait Lesley ce matin ? demanda Hamish.
– Mieux. Je ne sais pas ce que lui a donné la vieille Cary, mais ça fait son effet, heureusement.
– Elle ira bien, mon ami. Tu la connais, elle ne se laisse pas abattre comme ça.
Ils continuèrent leur route en silence. Hamish fulminait toujours, mais il savait maintenant qu’il allait devoir se maîtriser face à la jeune lady, elle serait déjà assez gênée d’être surprise, alors si en plus il se mettait à hurler…
Ils arrivèrent finalement à quelque distance de la grotte. Hamish et Irving descendirent de cheval et firent le reste du chemin à pied, le plus silencieusement possible. Aucun bruit ne leur parvenait. En entrant, Irving retint le bras de son ami. Miss Maisie et Seumas étaient allongés sur le sol, enlacés et nus. Sentant la rage l’envahir, Hamish donna un coup de pied dans la claymore posée contre la paroi de la grotte et celle-ci tomba avec fracas sur le sol. Seumas sursauta et pâlit en découvrant les deux hommes. Miss Maisie aussi ouvrit les yeux, mais son visage rougit furieusement et elle baissa les yeux, honteuse.
