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Prêt à accompagner Timothée et Nathalie et participer à leur voyage dans un monde parallèle pour sauver la conscience humaine ?
D’après les vieux Sages, des signes subtils se manifestent à travers la réalité pour nous aider à exprimer notre propre légende.
Deux adolescents, Timothée et Nathalie, découvrent l'existence d'un monde parallèle après une étrange rencontre. Guidés par un sage guerrier, ils vont affronter des épreuves et conduire une mission capitale pour la sauvegarde de la conscience humaine.
Un récit plein de rebondissements, où poésie et sagesse se mêlent à l'action.
Le lecteur lui-même accompagne les personnages pour participer à ce voyage initiatique.
Roman ados
Lectorat : + de 14 ans
À travers une multitude de rebondissements, poésie et sagesse trouvent également leur place dans cette aventure !
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Seitenzahl: 310
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Christophe Bladé
Le gardien des saisons
Roman
ISBN : 979-10-388-0059-5
Collection Passerelle
ISSN : 2729-2843
Dépôt légal : décembre 2020
© Couverture Ex Aequo
©2020 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite
« On ne voit bien qu’avec le cœur.
L’essentiel est invisible pour les yeux. »
L’étrange visite
Le soir commence à allonger les ombres des grands arbres sur la campagne dorée de cette fin septembre. Il traîne dans l’air un parfum de callune humide, de bois coupé et de fougère cendrée. Les grillons prolongent leur concerto, répondant aux fauvettes qui se chamaillent dans les buissons d’aubépine bordant les champs, à présent reposés.
Timothée rentre du lycée en prenant le chemin qui serpente de colline en colline.Il aime s’y promener seul, surtout à cette saison lorsque le soleil paresse. Il ne s’est jamais vraiment demandé où ce chemin commence ni où il finit. C’est Son chemin. Il l’a choisi et lui a donné un nom, parce qu’il faut toujours donner un nom aux choses qu’on aime... Il l’a appelé : le chemin de nulle part.
C’est donc par le chemin de nulle part que Timothée rentre chez lui en ce vendredi soir, dans le sillage des ombres et des lumières.
Le village de Boisrivière est blotti dans son écrin de verdure sertissant les façades blanches et les toits roux des maisons de pierres. Celles-ci dessinent une ronde immobile autour d’une fontaine exhalant la fraîcheur, tel un souffle subtil et bienfaisant.
Un souffle qui communie avec tous les éléments de la terre.
Sa famille vit dans la maison construite par l’aïeul paternel. Et les solides pierres de ses murs font oublier qu’on est grand ou petit.
On est simplement vivant.
La grande cheminée du salon a toujours ressemblé à une bonne grosse mamie assise qui veillerait sur toutes les pierres blanches que le Grand Père a posées. L’hiver, quand il y a du feu, on croirait voir la « mamie » danser ! Tout comme les saxifrages à longues feuilles qui bornent le promontoire où se tient Tim à présent.
Il contemple l’aquarelle du paysage. Il écoute les bruits alentour en essayant de reconnaître le cri de chaque oiseau. L’ombre de sa silhouette élancée coule sur les pierres du chemin. Alors il s’amuse un instant à ébouriffer les mèches brunes de ses cheveux, en imaginant changer de tête. Il roule un peu les épaules et son ombre lui renvoie alors des formes improbables.
Un jour, il sera un homme robuste et fier de plaire aux filles. Il sourit en évoquant cela, mais l’ombre reste impassible.
C’est bon de laisser ainsi ses pensées se bousculer, trébucher, s’assembler en un joli désordre. Alors, tous les projets qu’il a faits avec ses amis — Paul, Sylvain et Nathalie — lui reviennent !
Il se remémore les aventures qu’ils se sont tous juré de vivre un jour, demain, plus tard... Timothée en sera l’organisateur et il trouvera bien quelques bonnes idées dans ses livres d’expéditions qu’il garde, comme un trésor, au fond de son grenier.
Tous ces mots planqués qui le font voyager ! Et le papier des pages qui sent bon les siestes d’été ou les matins câlins... Le livre, pour Timothée, c’est d’abord cet instant fébrile, bercé entre l’attente sereine et l’excitation du savoir.
Soudain un merle s’envole d’un fourré en criant, il se dirige vers le toit de sa maison ; rose dans le soleil couchant, avec la petite fenêtre chapeau qui regarde vers l’ouest, vers la forêt. C’est justement la fenêtre du grenier.
Cet endroit est en dehors du temps. Riche de choses d’hier et d’aujourd’hui ; boîtes et armoires mal fermées, choses usées, souvenirs calmes, feutrés, craquements de plancher...
C’est son coin à lui, son refuge où l’on ne parle qu’à voix basse pour ne pas déranger son mystère. Et comme les choses qu’on aime doivent avoir un nom, il l’appelle : le refuge aux voyages. Parfois, pour savourer la solitude d’une bonne lecture, il s’installe sur le vieux tapis rouge et vert posé juste sous la poutre maîtresse du toit, face à la fenêtre qui s’ouvre sur la forêt...
Six heures sonnent au clocher lointain. Timothée saisit un caillou, blanc comme les pierres des murs de sa maison, pour le lancer le plus loin possible, vers le cœur imaginaire de la forêt, en direction des plus hautes branches d’un vieux chêne pourpre et or. « Magnifique ! », pense-t-il enthousiaste, moins par le jet tendu de sa pierre que par la prestance de ce très vieil arbre. Il semble le découvrir brusquement !
Après un dernier virage, la ferme du fromager semble en effervescence. Tentes et tables se dressent en préparatifs d’une quelconque noce ou banquet. Explosion de couleurs dans le sage tableau général.
Timothée arrive à la place de la fontaine où se prélassent les odeurs chaudes de la boulangerie, et rentre chez lui par la petite porte du jardin, toujours entrouverte. Il se souvient alors d’une phrase que son père lui a dite un jour, et qu’il n’a jamais bien comprise : « Grandir, c’est savoir conserver son âme d’enfant pour toujours s’étonner et s’interroger. » Il avait ajouté en riant : « Fiston, je dis ça pour conjurer le sort de devenir un vieux con ! ». C’est peut-être ça s’émouvoir, devant tout ce petit monde qu’il connaît si bien, mais devant lequel il s’émerveille chaque fois.
Et quelque part, dans un désordre tranquille, attend son univers de livres et d’aventures... le tapis rouge et vert, les craquements familiers de son grenier : le refuge aux voyages.
Et toi Lecteur, tu es bien, là ? N’as-tu pas ton univers bien à toi aussi ? Ce refuge, ce quelque part où tu aimes te rendre pour t’échapper plus que pour te cacher... C’est là que tout peut s’inventer, non ?
Alors, à toi de décider du moment...
Après le dîner et la retraite près de la « bonne grosse mamie » ayant d’ailleurs bien dansé, Timothée monte dans sa chambre. Sa petite sœur Émilie lui demande :
— Tim, toi qui as tout plein de livres, quand est-ce que tu nous écris une histoire ? Adrien, y m’dit que tu vas devenir savant !
— Oh, tu sais, je ne connais pas tous les livres et puis Adrien il est chez les grands au lycée, il sait plus de choses que moi ! Mais je te promets de te lire une histoire dans le grenier ce soir... Tu viendras ?
— Non ! m’fait peur le grenier... C’est plein de trucs qui sont vieux... Et puis, y a des araignées.
— Hé, hé ! Moi je sais qu’il y a des secrets et des tas de belles aventures !
— Pas vrai... pas envie.
— Tant pis pour toi !
En rentrant dans sa chambre et en passant devant le bout d’escalier qui mène à son repère, Timothée croit entendre un appel... Il regarde la montée de marches et sourit ; le bois a seulement craqué.
Pourtant... Quelqu’un attend.
La nuit s’étire douce et étoilée. Les maisons se reposent en éteignant leurs yeux dorés l’un après l’autre, et le chant des grillons accompagne le lointain clapot de la fontaine.
Baigné dans cette douce ambiance, Tim ne peut cependant s’endormir.
Il rêve, les yeux ouverts dans l’obscurité et pense déjà au lendemain, à son projet de construction de cabane près de la rivière avec Paul et Sylvain.
Ces deux copains se complètent si bien ! Le premier, vif et trapu, aime faire des farces malgré un visage angélique. D’une nature fantaisiste, il semble ouvert à tous les dangers que Sylvain, quant à lui, préfère maîtriser en toutes circonstances. Ce dernier, beaucoup plus posé, préfère une bonne organisation à l’action d’urgence. Malgré son physique athlétique, il n’est pas vraiment adepte des défis sportifs ou même des acrobaties quand elles ne sont pas indispensables.
C’est pour tout cela que la cabane ne peut être qu’une bonne construction ! Ils ont imaginé les plans, oh simples, mais... solides ! Pour s’abriter du froid, du vent, de la pluie, des éclairs, des ours, des loups, des lutins malfaisants et des trolls, des farfadets, des Indiens et de leurs sorciers, des mauvaises plaisanteries des grands du lycée, des interros de maths et des yeux sombres de Madame la Proviseure. Et même des élucubrations du « simplet du village ». Bref, pour s’abriter de beaucoup de choses qui n’existent que si l’on ne construit pas suffisamment solide et, perché !
C’est en plein inventaire que Tim entend un bruit insolite. En haut... Quelque chose tape. Il essaie d’identifier sa provenance : « La fenêtre, la fenêtre du grenier ! Mais personne que moi ne l’ouvre d’habitude ! Et je suis certain de l’avoir fermée hier en descendant... »
Puis cet étrange appel !... Hypnotique, profond, intense.
— Viens.
Tim allume la lumière et s’assoit dans son lit, mal à l’aise. Il vaut mieux aller fermer cette fenêtre qui tape et agace.
Sautant du lit, pieds nus, Tim ouvre doucement la porte. Toute la maison dort. En bas, le feu de cheminée chante et le bois craque ; seule vie dans la nuit... La « Mamie » veille toujours !
Montant les escaliers il entend un faible miaulement, doux et plaintif à la fois.
Intrigué, il pousse la porte avec précaution. Un air frais l’accueille accompagné d’un parfum de feuilles mortes et de châtaignes. Puis il allume la petite lampe du coin « bric-à-brac », celle de son coin lecture ensuite... Timothée s’étonne presque de voir ce décor baigné dans une lumière tamisée. Instant émouvant dans le silence d’une attente.
Alors, il s’assoit en tailleur sur le vieux tapis pour en savourer l’intensité.
Le clair de lune, traversant la petite fenêtre, ajoute du mystique à ce lieu et il n’ose pas encore aller la fermer.C’est comme si quelque chose allait se passer. Ses yeux balayent la pièce, il est heureux devant toutes les choses qui y reposent.
Par leur seule présence, chacune raconte son histoire...
Et là, juste sous la fenêtre, assis sur la valise en cuir durci d’un vieil oncle, une ombre lui fait face.
Deux yeux dorés dans une touffe de poils gris-perle...
Un chat.
Tim avait bien entendu tout à l’heure ! Un peu troublé, il se met à genoux et lui dit :
— Mais comment es-tu entré toi ?... Par la fenêtre sûrement.
Avec un petit miaulement bref, le chat s’étire en bâillant.
— Je t’attendais, lui répond-il.
Tim sursaute, un frisson le parcourt. Le chat lui a parlé ! Impossible, il a cru entendre, son imagination sans doute ! Pourtant...
— Ne crains rien, je t’ai... choisi, dit encore le chat sautant de la valise pour se frotter contre les jambes de Timothée.
Celui-ci, ébranlé, ne pense plus, ne bouge plus, mais la crainte s’apaise, rapidement remplacée par une sensation de réconfort. Dans ce décor tranquille créé pour lui et par lui, que peut-il y avoir de monstrueux ? Après tout, pourquoi pas un chat qui parle ? !... Toutes ces vieilleries alentour et ce bric-à-brac lui racontent bien des choses extraordinaires !
Tim se rassoit lentement tout en grattouillant les bas-joues du félin. Sa dernière phrase le gêne, cependant il la répète dans sa tête : « Ne crains rien, je t’ai choisi ». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Le regardant fixement comme s’il avait lu en lui, le chat répond :
— Parce que tu es élu et que tu dois apprendre... La richesse de ton âme en dépend.
D’un pas souple et silencieux, le félin saute sur la valise puis sur le rebord de la fenêtre toujours entrouverte. Il se glisse alors souplement au-dehors, Tim se lève prestement.
— Attends, comment tu t’appelles ? Pourquoi tu parles ? Où tu vas ?... Reviens !
Mais le chat gris a déjà disparu. Timothée le cherche du regard sur le toit, dans la gouttière, sur les branches du mélèze proche, mais, plus rien...
Évaporé.
Les grillons chantent toujours dans la nuit claire et un petit air léger chatouille les feuilles des arbres.
Timothée referme la fenêtre en soupirant, avec un dernier regard sur la campagne. C’est alors qu’il discerne au loin la silhouette d’un très bel arbre que la lune semble plus particulièrement éclairer.
C’est certainement le grand chêne qu’il a remarqué en rentrant du lycée. À présent, il est bleuté dans la nuit, presque irréel. Dans un souffle, il murmure :
— C’est beau !...
Troublé, il regagne enfin sa chambre et s’affale sur son lit. « Mais qu’est-ce qui se passe ce soir ? » se demande-t-il.
Il repense un instant à cet étrange chat et à ce chêne transcendé, essayant de faire un lien, puis le sommeil l’emporte ailleurs et profondément.
Dehors, la nuit sent bon. Au loin, une chouette hulule doucement... Quelque part, un chat s’enfonce dans la campagne fraîche de l’automne marquant peut-être la fin de l’enfance.
Là-haut, dans le grenier, au milieu du bric-à-brac éclairé par la lune, tous les livres sommeillent.
Sauf un.
Un seul veille, ou plutôt attend quelque part. Caché depuis longtemps... très longtemps.
À l’intérieur, une histoire prend vie...
Une île
Clac !... Poc !... La mère de Timothée pousse un volet et le matin coule, mielleux, dans la chambre engourdie de sommeil.
— Bonjour, mon grand !
Tim entrouvre un œil en s’étirant.
— Ahaooh... fait-il en bâillant bruyamment.
Se redressant sur son lit, il plonge le regard par la fenêtre où ce samedi un peu brumeux lui apporte l’odeur chaude du pain grillé.
— Allez, viens déjeuner, papa t’attend. Il a besoin de bras pour couper et rentrer un peu de bois.
En descendant l’escalier jusqu’à la cuisine, Tim chantonne en roulant les « r » :
— Du bois d’arrrbrrre pourrr la grrrosse Mami-i-i-e...
Sa mère sourit en pensant à la cheminée qui, comme d’habitude, a un peu refoulé pour marquer son territoire. L’odeur du feu de bois mêlée à celle du café chaud promet un bon week-end.
— Tiens, voilà mon bûcheron ! lance son père enjoué, une tartine à la main. Bon allez dépêche-toi et ne joue pas au minet devant son bol de lait, y a du boulot mon gars !
Tim marque un temps d’arrêt. Levant les yeux en direction du grenier, il repense aux yeux dorés qui l’ont fasciné cette nuit.
— Allô, j’écoute !... Un, deux, trois... Tu entends des voix fiston ? T’es déjà parti dans tes livres là-haut ?
Tim le regarde et les questions commencent à se bousculer dans sa tête. Doit-il raconter la rencontre de cette nuit, comme ça ? Peut-être qu’on le croira malade ! Peut-être qu’on va le chambrer ! Peut-être que...
Et puis, après tout, c’est son secret.
— Ouais, Cap’tain ! s’écrie-t-il.
Tous deux rient un instant
— Tu sais que Paul et Sylvain passent te voir avec leurs outils ce matin ! dit sa mère en lui tendant un bol de chocolat.
— Ouais, on va faire une cabane dans la forêt là-bas, près de la rivière. J’ai tout prévu ; les plans, les clous, la scie et...
— Les coups sur les doigts ! coupe son père amusé. D’abord, tu vas t’échauffer avec moi et après je te passerai de la cordelette. C’est mieux que les clous pour fixer les rondins de ta cabane !
— D’ac’ ! lance Tim enjoué.
Il fait presque chaud quand Paul et Sylvain arrivent, leurs sacs à dos plein de choses utiles à la construction.
— Nathalie viendra nous rejoindre après... T’as dit à tes parents où c’était ? lance Sylvain inquiet. C’est top secret jusqu’à ce que ce soit fini, tu sais !
— T’inquiète, j’ai pas dit où exactement, seulement le secteur.
— En avant, dit Paul, la journée ne sera pas de trop !
Le village s’anime avec son marché. Les couleurs et les voix se mélangent, soulignées par le glouglou régulier de la fontaine que l’on entend de presque partout.
Le sentier s’étire vers l’ouest, du côté de la rivière, et le trio s’enfonce en direction d’un petit bois encadrant une clairière. Un shoot dans un gros champignon joufflu engage les moqueries des adolescents.
Arrivé près du lit de la rivière, Paul exhume un solide rondin caché dans les fougères, leur permettant d’improviser un pont. Timothée est le dernier arrivé sur l’autre berge. Il déclame alors en ouvrant les bras :
— Voici notre île les amis ; notre pays magique rien qu’à nous, et nous allons y installer notre magnifique cabane !
— Super ! s’exclament les autres.
— On a bien fait de repérer les lieux cet été, dit Paul. Avec toutes les feuilles mortes et les branches cassées, on ne reconnaît plus la clairière.
— Ouais, mais le chêne qu’on a choisi pour la cabane, c’est le plus beau, vous avez remarqué ? ajoute Sylvain.
Un instant émus, les trois amis contemplent cet arbre vénérable offrant au ciel des branches larges et confortables.
— Chut ! dit soudain Timothée, écoutez !
Les trois amis se sont immobilisés. Une harmonie règne dans ce décor entre les arbres, la terre et l’eau, dans une lumière chaude. Tim poursuit à voix basse :
— Les Anciens disent que lorsque c’est beau comme ça et qu’on a envie de rien dire, c’est que « le mariage est réussi avec l’âme du monde ».
— Oui, renchérit Paul, et alors ? Je comprends pas trop là...
— Moi non plus, rétorque Sylvain, mais je crois que c’est comme quand on est bien d’un coup sans savoir vraiment pourquoi, non ?...
— Allez, on y va ? s’écrie Tim en s’ébrouant.
Une bonne partie de la journée est ainsi occupée à couper et tailler le bois trouvé sur place pour assembler le châssis du refuge, sur les plus basses branches du « Vénérable ». C’est ainsi que le chêne, leur chêne, a finalement été baptisé...
Parce que les choses que l’on aime doivent avoir un nom, n’est-ce pas !...
Fourbus, mais contents, les trois amis s’en retournent tandis que le soir bleuit l’horizon. Leurs mains ont hissé, tressé, cloué, scié, et leur cœur s’est rempli du bonheur de construire quelque chose qu’ils espèrent éternel. Leur « territoire » prend ainsi forme et n’a pour frontières que les touffes de genêts et les gros rochers de la rivière.
Tandis qu’il ferme la marche, Tim sent très vite une présence derrière lui. Il se retourne, attentif. Il lui semble que quelqu’un le regarde. Concentré, il reste un moment immobile alors que les autres vont devant. Il scrute chaque zone d’ombre, mais ne voit rien. Pourtant, c’est comme si le « Vénérable » ou peut-être, le gros rocher lisse là-bas, au bord de la rivière, lui parlait !
Haussant les épaules, il tourne les talons pour rejoindre Paul et Sylvain. « La fatigue peut-être », pense-t-il.
Pourtant, quelque part dans l’ombre, un chat se déplace souplement d’une branche à l’autre du grand chêne.
En regagnant le village, Tim se persuade que quelque chose de singulier réside bien là. « Étrange sentiment », se dit-il, les yeux dans le vague.
— Eh ben, t’as vu un extra-terrestre ? s’étonne Paul.
— Hein ? Oui, peut-être, bredouille Tim.
— Ouais, ben moi j’suis le schtroumpf grincheux, dit Sylvain renfrogné. Nathalie n’est pas venue nous aider alors qu’elle avait promis.
— C’est vrai, elle n’est même pas venue admirer sa vedette ! se moque Paul, à l’attention de Timothée.
Ce dernier grommelle en haussant les épaules. Il a toujours eu un faible pour Nathalie, qui le perçoit bien du reste.
Les trois compères se séparent sur la place du village. Le clocher sonne cinq heures et les odeurs croustillantes de pain frais sortent du fournil tout proche.
En approchant de chez lui, Tim aperçoit Nathalie assise sur le banc près de la fontaine. Jeune fille au rire clair et à la démarche féline. Son regard émeraude éclaire un teint naturellement hâlé. Elle semble attendre là, lissant délicatement ses longs cheveux bruns sur une épaule. Timothée devine les fossettes qui encadrent son sourire quand elle tourne la tête dans sa direction.
— Salut, Nath ! On t’a attendue cet aprèm’ et...
— Je sais. Je suis allée chercher ma grand-mère à la gare, c’est pour ça. J’ai préféré attendre votre retour ici, pour savoir. Enfin, pour te voir aussi...
Touché par cet aveu, Timothée s’assoit à côté d’elle. Il commence à lui raconter le chantier de la cabane, lui montre ses égratignures et ses mains rougies par l’action.
Le soir s’installe bientôt dans sa lumière tisane et les bruits familiers du village s’estompent. Seule, la fontaine diffuse son tintement clair et irrégulier.
C’est dans cette quiétude que Tim ose lui raconter son incroyable histoire de la veille avec le chat parlant, la phosphorescence de l’arbre et même, cette drôle d’impression de présence étrangère, en repartant de la clairière cet après-midi. Il s’arrête enfin, un peu honteux d’avoir tout dévoilé d’un coup, attendant la réaction.
Tout au contraire, il a droit à un silence respectueux et, se rapprochant de lui, Nathalie lui dit d’un ton grave :
— C’est étrange ce que tu me dis parce que je m’y suis promenée un jour avec mon père, là où vous avez fait la cabane. J’ai eu un drôle de sentiment moi aussi en partant... Comme si quelque chose d’inconnu m’attirait !
— Ah, tu vois ! C’est peut-être l’endroit d’un ancien culte peut-être !
Tim a lâché ce mot comme ça, et cela sonne bien. Les deux ados restent alors plongés dans le rêve un instant.
— Bon, je vais rentrer... Tu veux que j’te raccompagne Nath ?
Elle lui sourit pour acquiescer.
— Oh, regarde ! fait-elle soudain, pointant le nez en direction de la maison de Tim.
Suivant son regard, celui-ci contemple la belle lumière qui habille les murs de sa maison : un halo doré l’enveloppe ; celui-là même qu’il a vu la veille autour du gros chêne.
— Comme c’est chouette ! souligne-t-elle.
C’est vrai que la saison habille élégamment ce village tranquille.
— C’est bien chez nous, poursuit-elle, j’voudrais jamais en partir.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Comme ça... Ma grand-mère me dit souvent que lorsqu’on grandit, on préfère partir loin et on oublie tout ce qui est beau.
— Ben, elle a bien grandi elle aussi, sans rester ici !
— Oui, mais elle a rien oublié puisqu’elle revient me voir ! fanfaronne-t-elle.
Riant tous deux en arrivant devant sa porte, Nathalie sort de sa poche son « carnet de route » qui ne la quitte jamais, et se met à griffonner.
— Qu’est-ce que t’écris ?
— J’écris pas, je dessine.
— T’aimes toujours ça hein, t’arrêtes jamais !
En réponse, elle lui offre son œuvre.
— Tiens, c’est pour toi... C’est mon secret. Moi aussi, je te le donne.
— C’est quoi ? interroge Tim en tournant le bout de papier dans tous les sens.
— J’sais pas, mais je crois que c’est un truc ancien, lâche-t-elle en haussant les épaules, la tête penchée.
Tim affiche un sourire perplexe et, dans les mille et une questions suspendues dans l’air, Nathalie lui décoche deux bises furtives en lui glissant à l’oreille :
— J’ai trouvé des curieuses gravures ressemblant à ça sur un gros rocher de la rivière, l’autre jour avec mon père... Des lignes s’entrecroisent à l’intérieur de formes rondes et rectangulaires.
— Ah bon, mais où ! ? Lequel de gros rocher ?
— J’sais plus... J’essayais d’attraper un beau chat, peut-être celui que t’as vu chez toi, mais il s’est sauvé, conclut-elle avant de refermer la porte derrière elle.
Tim reste un instant sur le seuil, perplexe. Que d’étranges coïncidences ! Et ce dessin énigmatique entre ses doigts ; comme un cadeau d’un soir.
Cadeau pour la vie, peut-être...
Il est de ces instants uniques dont on se souvient très longtemps après... Après avoir bien vécu.
De retour chez lui, les membres endoloris, Tim lance un « b’soir tout l’monde ! » et s’affale sur la chaise basse près de la cheminée en transe.
— Ben, mon vieux, t’as l’air claqué ! lance son père en riant.
— Raconte-nous, dit Émilie, elle est comment ta cabane ?
— Elle est pas finie, mais elle sera super ! répond-il en soupirant. Tu viendras que quand tout sera terminé, Milie, promis et... ça sera du solide ! ajoute-t-il en regardant ses mains.
Le dîner se passe à rêver de ce futur « paradis » où seuls les copains seront admis. Adrien, le grand frère, explique à Timothée comment bien ajuster les rondins avec de la corde et des nœuds particuliers. Sa mère recommande de prendre du chanvre pour colmater les interstices et rendre le toit le plus étanche possible. Son père lui fait un clin d’œil entendu après lui avoir glissé qu’il a un « truc » pour lui, après.
Décidément, c’est la journée des secrets...
La nuit s’installe, étoilée et fraîche sur les toits roux. Çà et là, un vent léger rabat la fumée des cheminées. Elle habillera bientôt les pierres des maisons engourdies. La fontaine murmure et les feuilles mortes glissent le long des murs, emportant la rouille des jours tendres et les vestiges de l’enfance insouciante.
Avant de monter dans sa chambre, Timothée rejoint son père assis sur le banc du jardin.
— P’pa... C’est quoi ton secret ? Tu m’as dit tout à l’heure à table... C’est pour la cabane ?
Son père sourit et respire profondément avant de lui dire :
— C’est pour la cabane, oui, mais surtout pour toi et la cabane. Pour l’endroit que tu as choisi. Pour tout ce que tu as fait et ce que tu y vivras...
— Silence.
Il poursuit :
— Mets-y toujours du rêve, écoute chaque instant comme s’il était unique, car il est unique...
Ces derniers mots ont été dits gravement, comme façonnés avec soin. Il lui ébouriffe gentiment les cheveux, s’étire sans rien ajouter et s’en va plus loin.
Tim reste sur sa faim. Dans sa tête, les images de la journée tournent ; les rigolades avec les copains, les mystères de Nathalie, l’air grave de son père... Alors, bientôt la fatigue s’installe.
Haut dans un ciel limpide, la lune joue avec les nuages, avec les bruits de feuilles et d’eau, avec toutes les vies qui dorment ou courent, glissent ou volent...
Sur un toit, un chat attend, patient, immobile. Il regarde la nuit comme on lit dans un livre...
La vieille malle
L’automne s’efface avec l’arrivée des premiers froids qui blanchissent la nature et engourdissent la course de la rivière. Quelque part trône maintenant une superbe cabane de rondins de bois sur les branches basses d’un grand chêne.
Paul, Sylvain et Timothée ont finalement bien travaillé et Nathalie a assuré l’isolation du toit et des côtés. Elle a même déniché un vieux tapis pour mettre sur le plancher, cela donne du cachet à l’ensemble. Mais il pique un peu les jambes ! C’est d’ailleurs la première chose qu’a clamé Émilie lorsqu’elle s’y est assise, en qualité de première invitée, pour inaugurer comme promis « l’Île-cabane ».
On y a fait un beau pique-nique à la fin octobre, avec un grand feu de joie au milieu de la clairière, « comme les hommes préhistoriques » a dit Émilie. Et on a dansé autour, « comme les indiens » a ajouté Paul.
Au cœur de l’hiver, il y a eu une expédition « Grand Nord » en imaginant les trappeurs canadiens du début du XIXème siècle, en route pour chasser l’orignal et chercher l’or de la rivière toute proche, leur rivière alors rebaptisée « N’concagua ».
« Mets-y toujours du rêve !», a dit le père de Timothée...
Et c’est alors que tout a commencé.
Un dimanche de pluie, Tim s’enferme dans son grenier en quête d’un livre relatant justement les aventures des trappeurs du Grand Nord. Il veut organiser une nouvelle expédition extraordinaire, plus grande, plus riche, et cherche des idées de scénario. Il lui faut improviser des tenues, des traîneaux les plus réels possible, et il fouille dans le coin le plus reculé et le plus froid du grenier. Là où il n’est jamais allé jusqu’alors.
Tandis qu’il tire avec beaucoup de mal sur une vieille couverture coincée entre poutres et plaque de fonte de cheminée, il découvre un petit espace épargné du désordre ambiant, ou plutôt, protégé.
« Curieux... », pense-t-il.
Un rayon de soleil timide traverse soudain la fenêtre comme pour éclairer la scène. Un peu de poussière, dérangée par la découverte, neige sur un objet massif qui semble attendre là, devant Tim. C’est une malle trapue qui s’offre, sombre, impressionnante.
Se courbant sous la pente de toit, Timothée s’approche doucement comme s’il avait peur de briser le silence pesant de l’instant.
La maison tout entière semble attendre...
Elle attend certainement que Tim écrive la suite de l’histoire par un geste, un mot, un soupir ; ce petit quelque chose qui peut parfois déclencher un grand événement.
Ému, mais curieux, Timothée tend la main pour caresser le couvercle bombé recouvert de cuir, les lourdes ferrures et les renforts de bois cloutés.
« Une vraie malle à trésors »,se dit-il.
Tout en la regardant, il lui semble que quelque chose ne colle pas. L’endroit est retiré certes, presque inaccessible, mais pas oublié pour autant. Comme si ce lieu devait renaître un jour ! Il est perplexe.
— Étrange en effet ! lui dit une petite voix derrière lui.
Cette voix, il la connaît ! Il se retourne d’un coup et découvre le chat gris assis tranquillement sur une pile de friperies, sa silhouette bien découpée dans la lumière blafarde du grenier.
— Tu... tu es là ! bafouille Timothée.
— Je suis toujours là où sont tes émotions, répond le chat en sautant de son trône.
Comme la toute première fois, il vient se frotter contre ses jambes en ronronnant, puis ses yeux dorés plongent dans ceux de Tim.
— Tu es intrigué par ta découverte et bientôt tu vas vouloir connaître son secret.
— C’est quand même extraordinaire ! finit par dire Timothée, comment se fait-il qu’elle soit là, comme ça ? Elle est si... belle !
— Non, elle est mystérieuse.
— Oui, j’avoue.
— N’aie pas peur, dit le chat en sautant cette fois sur la fameuse malle. Tu es là où tu dois être et c’est bien... Tu es dans l’instant qu’il faut pour partir faire un grand voyage. C’est l’instant lui-même qui t’a choisi.
Tim écarquille les yeux en essayant de comprendre.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Tu sais regarder et écouter de l’intérieur. Ton intuition te guide, ta façon de vivre les moments importants est la clef de ta vie.
— Mais je comprends rien, tu vas m’expliquer à la fin ! lance-t-il irrité par tant de mystère. Qu’est-ce qu’elle a cette malle, pourquoi elle est là et qu’est-ce qu’il y a dedans ?
Le félin grimpe prestement sur une poutre basse et remonte souplement sous le toit.
— Tu comprendras, Timothée, et tu garderas précieusement ce que je te dis là... Encore un petit peu de temps. Si peu...
— Ça, c’est toi qui le dis ! Mais comment tu sais ?
— C’est écrit...
Comme une ombre, le chat se coule dans une anfractuosité entre mur et toit, et disparaît.
Abandonné lâchement, Tim décide alors d’aller jusqu’au bout de sa découverte et de fouiller le ventre de cette malle.
Il s’agenouille pour caresser le couvercle bombé, le cœur battant fort dans ses tempes. Les lourdes ferrures de cuivre patiné contrastent avec le bois sombre hors d’âge. La serrure frontale, massive et ouvragée, un brin émoussée, est la seule ornementation de la malle.
« Ouvrir ! »
Avec appréhension, Timothée glisse le bout de ses doigts sous le rebord rugueux du couvercle et tire en retenant son souffle. Rien... Pas de déclic, pas de grincement de charnière... Il tire encore, sans résultat.
« Bien sûr, elle est fermée à clef »,pense-t-il
« Chercher la clef »
Celle-ci n’étant pas engagée dans la serrure, Tim se met à tâtonner par terre pour la trouver. Il regarde aux alentours, sur une étagère proche, plus loin, peut-être pendue à un clou sur la poutre... Mais il ne semble y avoir aucune clef délaissée.
— Soupir —
« Où la chercher ? »
Ses parents peut-être savent ! Mais bon, c’est à lui seul de trouver. C’est sa découverte après tout. Et puis finalement cette malle laissée là ne doit intéresser personne à présent, alors...
« Une pince, un tournevis ! Quelque chose ! »
— Je vais forcer la serrure, souffle-t-il.
Une petite voix s’insinue dans sa tête : « Ce ne serait pas bien de tout casser quand même ! »
Il se rappelle soudain ce que lui a dit le Chat-gris : « La façon de vivre les moments importants est la clef de ta vie. » Pourquoi lui revient-elle à présent ?
La clef !... Il y a un rapport avec tout ça, il le pressent.
Timothée essaie de raisonner lorsqu’il entend quelqu’un dans l’escalier, c’est Émilie. Elle ouvre doucement la porte du grenier et lance :
— Coucou ! Le savant fou, où êtes-vous ?
Tim s’extirpe de son coin en se hâtant de remettre le désordre originel ; boîte, vieux chiffons, cadre, chaînes cassées, poupées manchotes... Poupées !
— Tim ! T’es là ?
— Mais non, tu sais bien qu’il n’y a que des fantômes ici, lui répond-il en ajoutant un rire caverneux.
— Arrête, tu m’fais toujours peur... Et tu m’avais promis de me raconter une grande histoire de tes livres du grenier.
— Regarde ce que j’ai trouvé ! Une poupée moche... Regarde !
— Oh oui, elle est moche, ça, c’est sûr ! fait Émilie radieuse. On pourrait lui mettre des bras avec des bâtons, dis !
— Bof... On va la mettre sur la chaise là, ce sera la gardienne du grenier, tu veux ?
Émilie balaie du regard toutes les étagères de livres : l’univers feutré et secret de Timothée.
— Tu dois en avoir des histoires là-dedans !... Un jour tu m’en écriras une pour moi, dis ? Et puis, tu seras écrivain et tu vivras dans un grenier avec les araignées ! ajoute-t-elle en riant.
— Et j’aurai des tas de poupées cassées !
— Oh hé, les aventuriers du pays imaginaire, vous venez dîner ?
Leur père passe la tête dans le chambranle de la porte.
— On arrive ! lâche Timothée un peu frustré.
Le charme de la découverte de la malle est rompu et la question de la clef reste entière. Tant pis, il y pensera plus tard.
En bas, la bonne « Grosse Mamie » transforme son bois sec en un feu nourri et le couvert se met gaiement. Le grand frère entame une balade musicale au piano. En ce début de soirée pluvieuse, il règne une douce ambiance qui sent bon la cuisine mijotée et le feu de cheminée. La maison se fait cocon.
L’hiver s’achève dans ses longues soirées velours. Le froid laiteux glisse sur l’onde des jours. Dehors, sous le soleil timide, les grains de lumière pétrifiés se suspendent aux branches des arbustes. Le vent, parfois, semble jouer de la flûte sous les tuiles et les portes, et la fontaine débite un filet hésitant et cristallin, animant la rouille des feuilles mortes qui tapissent le bassin.
À Boisrivière, le froid fait son temps comme passe un ami ; jamais mordant, jamais en colère. Il blanchit parfois les chemins creux et la crête des collines.
Quelque part, derrière les grands arbres près de la rivière engourdie, la cabane des copains commence son histoire de cabane. Elle craque parfois sous les bourrasques de vent qui joue avec les flocons ou la pluie... Dedans, blotti sur le vieux tapis, un chat gris dort souvent. Un chat dont les yeux dorés regardent jusqu’au fond des âmes.
Timothée ne l’a plus revu depuis le début de l’hiver. Depuis qu’il a été complice de la découverte de la malle. Pourtant, ses derniers mots ne le quittent pas.
Il se souvient qu’à Noël, tandis que ses parents décoraient la cheminée, son père lui avait demandé devant son air songeur :
— Alors, fils, tu penses à tes prochaines aventures avec tes copains ou à celui qui est parti sans laisser d’adresse ?
Interloqué, Tim avait répondu :
— Qui c’est qui est parti ?
— Tu le sais bien mon gars... Le magicien du grenier, le chat gris !
C’est comme s’il y avait eu une détonation dans sa tête, car il n’avait jamais parlé du chat à ses parents. Alors, pourquoi ? Comment avaient-ils su ?...
Sans répondre, il était allé aider son père à installer une guirlande et discuter d’autre chose, pour brouiller les pistes.
Plus tard, au moment de se coucher, Timothée lui avait demandé timidement :
— P’pa, pour le chat... tu l’as vu toi ?
— Ah, le chat gris aux grands yeux dorés !... Je vous ai vus ensemble une ou deux fois, oui, ou plutôt, je l’ai vu te suivre à la cabane.
— À la cabane ?
— Et comme j’avais entendu miauler un soir, là-haut dans ton grenier, j’ai pensé que tu l’avais adopté, non ?
— Oui, enfin pas vraiment, c’est lui qui...
— Tu sais mon bonhomme, j’ai connu un chat qui lui ressemblait beaucoup quand j’étais plus jeune. On s’est croisés un moment, mais je n’ai jamais su d’où il venait.
— C’est peut-être le même !
— Oh, tu sais, depuis le temps ! Allez, tu le retrouveras sûrement, j’en suis sûr.
Timothée avait eu soudain envie de tout raconter, mais quelque chose l’en avait empêché. Son père l’avait embrassé sur le front et lui avait soufflé avant de le laisser seul :
