Mémoire de glace - Christophe Bladé - E-Book

Mémoire de glace E-Book

Christophe Bladé

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Beschreibung

Une équipe de scientifiques spécialisés dans la cryogénie tente d'améliorer les capacités de l'être humain. Il faut l'adapter à l’accélération des changements climatiques en lui assurant une quasi immortalité biologique.
Mais les progrès scientifiques ne doivent-ils servir que la mécanique des choses en occultant toute dimension humaniste ? Croyant encore à l'histoire de l’humanité sur sa planète, Craig Mackenzie fera une découverte à ses dépens. Traqué, il entraînera ses collègues dans une course haletante, jusqu'en 2085, jusqu'aux confins des glaces, jusqu'au « berceau du nouvel Homme ».


À PROPOS DE L'AUTEUR


Né à Bordeaux en 1960, Christophe Bladé a très tôt aimé partager son amour du voyage et un regard humaniste sur le monde à travers ses écrits. Il a à cœur de créer une ambiance avec des mots et jouer avec les émotions.

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Seitenzahl: 277

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Christophe Bladé

Mémoire de glace

Thriller fantastique

ISBN : 979-10-388-03663-3

Collection Atlantéïs

ISSN : 2265-2728

Dépôt légal : mai 2022

© couverture Ex Æquo

© 2022 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

Préface

Auteur Ex Æquo découvert en jeunesse, Christophe Bladé s’essaie ici à la science-fiction pour adultes avec Mémoire de glace. Après le très poétique Gardien des saisons, véritable coup de cœur de 2020, le ton se durcit quelque peu dans ce thriller d’anticipation, mais le sujet et l’engagement restent les mêmes : l’environnement, les changements climatiques, l’action humaine et la préservation de la vie.

Avec Monasphère tomes 1 et 2, Le Dernier Écrivain, Criminodroïdes et maintenant Mémoire de glace, le roman d’anticipation est désormais un marqueur fort de la collection, toujours porteur de réflexions sur le monde qui nous entoure, nos sociétés actuelles et à venir et nos modes d’action et d’organisation (rebelles ou non).

Christophe Bladé aborde ici les sujets de la cryogénisation et de l’éternelle contradiction entre intérêts privés et considérations humanistes. Des thèmes classiques et importants, traités au sein d’un thriller sombre et palpitant.

Bonne lecture !

Faustine Galicia

Je me sens maladroit, comme engourdi, non par le froid, mais par un trop long sommeil…

Suis-je ici par hasard ? Je n’arrive pas à ordonner mes idées, pourtant, il me semble connaître ou reconnaître ces lieux. Cette atmosphère. Je suis inquiet, sur la défensive… Traqué.

Mes oreilles bourdonnent et mon pouls s’emballe parfois, sans raison apparente. Je cherche quelque chose autour de moi, quelqu’un… je ne sais plus.

Le vent agace le voile déchiré d’un grand cocon semi-rigide dans lequel s’est figé un désordre de machines et de câbles. Étrange certitude d’être dans le camp de base d’un centre de recherche ou plutôt, de ce qu’il en reste. Une sorte de champ de fouille archéologique abandonné après une violente activité.

Au-dehors, la lumière laiteuse efface tout relief. Elle souligne l’ivresse où tous nos sens s’entrechoquent pour tenter de trouver un équilibre.

Pourtant je sais que ma mémoire ne me trahira pas. Les événements sont là, tapis, je ferme les yeux et me concentre. Mon corps se souvient. Il a mal par endroit, mais il conserve sa mobilité.

Une brutale décharge me fait sursauter. Dans ma tête un torrent d’images jaillit. Comme un film à l’envers : des visages et des actions s’entrechoquent, des paysages se mélangent dans une totale incohérence. J’ouvre les yeux pour chercher des repères et me retrouve sur le dos, haletant, une douleur lancinante dans la poitrine me bloque la respiration.

Suis-je blessé ? Je ne suis pas tombé de bien haut puisque j’étais assis dans la neige un instant plus tôt. Pourtant, je crois avoir perdu la notion du temps. Dehors, la lumière varie du jaune sale au bleu profond. Et le vent… ce vent qui semble lutter avec ce reste de présence humaine… Il s’arme du froid pour assaillir l’espoir de durer, pour infiltrer chaque pensée construite et sans cesse raviver le doute.

Qui suis-je vraiment ? Je me redresse lourdement ; mes vêtements me serrent par endroits. En regardant de plus près, je constate que des bouts de tubes flexibles de différents calibres à moitié arrachés y sont reliés. Ce qui « m’habille » est une sorte de combinaison dont je n’identifie pas la texture. Elle est à la fois souple et résistante, en tout cas imperméable au froid. Seuls mes mains nues et mon visage sont exposés à la morsure glacée.

Accident ? Bataille ? Évasion ? Je titube un instant en me mettant debout. Dans ma bouche : le goût métallique du sang m’intrigue, mais très vite, une agréable chaleur se diffuse dans mon corps et jusqu’aux bouts de mes doigts. Dans un de mes cordons transparents s’écoule encore un liquide brunâtre. Je regarde et j’écoute autour de moi, hagard, comme un découvreur de terre nouvelle. Pourtant je connais cet endroit ! Les choses amoncelées ici et là ont un écho dans ma mémoire.

Et puis très vite il est revenu.

Le sentiment du danger imminent.

Un bruit sourd quelque part suivi d’un grincement plaintif ont transpercé le vacarme du vent. Et puis j’entends… des voix, des mots incompréhensibles lâchés avec force, comme un jet de harpon.

Un flash dans ma tête : alerte.

Une décision à prendre : fuir.

Il n’y a plus à fouiller sa mémoire quand l’instant impose cette décision. Tenter seulement de se souvenir d’un terrain familier pour se cacher plus loin. Un refuge improbable pour réfléchir et réapprendre de soi-même. Un quelque part où survivre un peu plus longtemps.

Gagner du temps, s’il représente encore quelque chose…

Bucarest — Roumanie — juillet 2013dans le quartier de Râmnicu Vâlcea, 13h40

Une porte s’ouvre au rez-de-chaussée du bloc 20b du plus grand centre de cryogénie d’Europe.

Une silhouette élégante, un homme, se dirige à pas pressés vers le parking du bâtiment en fer à cheval. Dans sa main droite : une mallette sécurisée fermement maintenue. À l’intérieur : des conclusions de rapports, des calculs scientifiques, des photos et l’immense espoir d’une expérience financièrement largement dotée.

La chaleur de cet été orageux fait vibrer l’air et haleter le marcheur.

Une voiture sombre aux vitres teintées se dégage lentement de son stationnement, l’homme ne prend pas le temps de se retourner.

Avec des gestes sobres, il s’engouffre dans l’ombre de l’habitacle. Le moteur puissant vrombit et le véhicule remonte calmement les méandres de bitume pour sortir sur la strada Ramnicu Valcea, en direction du boulevard Camil Ressu.

***

Une heure plus tôt, une main gracieuse et néanmoins ferme s’était emparée d’un téléphone portable pour composer un numéro. Une femme brune en blouse blanche, tapie dans un coin peu fréquenté du 3e étage du bloc 20c de l’ICSI (Institut National de Recherche pour le développement de la technologie cryogénique et isotopique), avait rapidement échangé quelques mots. Puis elle était descendue par l’escalier de service et avait présenté son iris au lecteur biométrique. L’accès au laboratoire de cryogénie et supraconductivité était libre. Celui-ci baignait dans une lumière tamisée bleutée dans laquelle évoluaient, tels des fantômes, des scientifiques emmaillotés aux gestes appliqués.

***

Le contraste saisissant entre le bleu du lac Herastrau et le vert émeraude du parc riverain fait cligner les yeux de l’homme assis dans la voiture, la mallette sur ses genoux. La lumière ici se fiche du temps qui passe et de l’enjeu des calculs scientifiques. Pourtant, dans le silence de l’habitacle, le passager se souvient que l’alliance de la science avec la politique s’était fragilisée après les anciennes catastrophes écologiques à Copsa-Micà, Zlatna ou encore Suceava…

Le Danube offre encore un beau visage aujourd’hui, mais son âme a souffert. L’homme sait que, plus loin, la mer Noire s’épuise, que ses rivages s’assèchent inexorablement, que les monts Apuseni ont définitivement été amputés par l’exploitation d’une mine d’or gorgée de cyanure, que les chiens errant sur place y sont morts et que leur agonie a été le creuset de plusieurs autres calamités en Roumanie.

Herastrau Hotel.

Le véhicule s’arrête devant le hall.

Dans une grimace, l’homme chasse ses sombres pensées en descendant du véhicule, sa main toujours crispée sur la poignée de la mallette.

Respirer profondément.

Se détendre un instant.

Marcher un peu dans le parc.

La femme brune est là.

Elle a troqué sa blouse blanche contre un blouson de cuir usé et un pantalon kaki à larges poches plaquées. Son regard clair est déterminé. Assise sur un banc, la tête droite, elle semble attendre quelque chose ou quelqu’un. Depuis le parc, elle a une bonne visibilité sur le hall d’entrée d’Herastrau Hotel où l’homme à la mallette s’est engouffré.

Un peu plus tard, alors qu’il redescend pour s’offrir une promenade bien méritée, celui-ci est interpellé par le groom à l’accueil.

— Professeur Bobescu s’il vous plaît ! C’est pour vous au téléphone.

Le groom lui tend l’appareil.

Un peu frustré d’être accroché dans sa fuite discrète, Alexandru s’approche lentement de la banque d’accueil. Il sonde l’agent d’accueil d’un regard noir, mais celui-ci l’encourage en souriant :

— Une femme, Professeur !

— Merci.

Professeur Alexandru Bobescu, je vous écoute.

— Bonjour, Alexandru, j’ai besoin de vous voir. C’est important. Maintenant.

La voix est à la fois douce et grave, mais le ton est impérieux : celui d’une personne impatiente.

— Important pour quoi, Madame… Vous êtes ?

— Irina. Mais peu importe. S’il vous plaît, pouvez-vous me rejoindre dans le parc Herastrau, près du kiosque ?

— J’ai déjà répondu aux journalistes scientifiques sur les dernières applications de…

— Il ne s’agit pas de ça, coupe-t-elle, mais de votre vie.

Alexandru marque le coup, un silence gêné s’installe. Irina relance :

— S’il vous plaît, maintenant. Au kiosque, je serai assise sur le banc près de l’arbre.

La communication est coupée.

L’air hagard, Alexandru redonne le combiné au groom, se masse les tempes, se sentant brusquement fatigué. Finalement, cette invitation tombe bien puisqu’il avait décidé de s’aérer un peu.

Sa mallette est en sécurité dans l’un des coffres de l’hôtel, comme chaque soir depuis trois jours.

17h 15.

Dehors la chaleur est toujours aussi moite, mais les ombres s’allongent en offrant quelques couloirs tempérés aux rares promeneurs.

Alexandru traverse le parking en ruminant cette étrange communication téléphonique.

Il prend le sentier pédestre conduisant au bord du lac en savourant cependant la tranquillité ambiante : les chants des oiseaux qui résonnent, le raclement lointain des râteaux du personnel d’entretien. L’air est chargé du parfum des robiniers.

La coupole du kiosque apparaît bientôt dans son écrin de verdure, et il la voit assise, sereine et jolie, les bras étendus sur le dossier du banc, jambes croisées devant elle. À son approche, elle tourne lentement la tête vers lui.

Il marque un temps d’arrêt, regarde autour de lui. Elle l’invite à s’approcher d’un signe de la main, le saluant en même temps.

— On se connaît ? lui demande-t-il en s’asseyant près d’elle.

— Peut-être !

Elle lui fait plus de place en déplaçant son grand sac de toile frangée.

— Bon, vous m’appelez par mon prénom, à mon hôtel, alors même que je suis sur le point de sortir et vous faites un mystère de cette entrevue. Qui êtes-vous d’abord ?

Elle lui sourit en s’étirant, puis incline la tête en le regardant fixement.

Il attendait une réponse.Elle soupira en souriant.

Il sentit à peine la minuscule piqûre à la base de son cou, la ferme pression de la pointe de deux doigts au creux de son sternum lorsqu’elle l’enlaça. Il ne comprit rien au grand voile blanc qui enveloppa son cerveau tandis qu’elle calait sa tête sur son épaule en lui caressant les cheveux.

Le promeneur d’un soir avait cessé de respirer dans ce poumon de verdure roumain.

L’éminent Professeur Alexandru Bobescu était mort, sans bruit, sans combat, dans les bras d’une inconnue…

Comme assoupi.

Au même instant, une silhouette s’activait en silence dans le couloir à moitié éclairé du sous-sol d’un grand hôtel conduisant à la salle des coffres. Des mains adroites ouvrirent un casier pour intervertir des mallettes. Une ombre féline se coula ensuite à pas feutrés vers un escalier de service, jusqu’au palier supérieur, puis en alerte, se tint immobile.

OK, la voie était libre.

Une porte s’ouvrit sur un accès au parking extérieur.

Un homme se dirigea prestement vers une grosse voiture en stationnement.

Dans le hall du grand hôtel au style ancien et raffiné, il n’y avait plus personne à l’accueil.

Le groom avait disparu.

Paris — 2085

Les déchets refoulés par le souffle des hydroglisseurs flottaient lourdement dans les grandes artères de la capitale.

Déjections de tout ce que fut jadis cette société modèle, construite sur l’éphémère de l’avoir et des modes.

Le sillage des engins ne soulevait du passé que les boues gluantes de conflits stériles. Par endroits, la cime des grands arbres des anciens jardins publics n’était qu’un brise-courants, et les matières qui s’y accrochaient servaient de refuge à une faune maladive, en mutation.

Vingt ans auparavant, les déluges incessants avaient eu raison des techniques d’endiguement les plus prometteuses. Partout en Europe, les fleuves avaient vomi les ouvrages humains en reconfigurant les territoires. Des lacs s’étaient répandus dans les villes et les campagnes, creusant des plaies brunâtres dans la terre et jusque dans la roche. Les hommes avaient fui les habitats les plus endommagés pour se réfugier sur les collines, squattant ce qui pouvait encore être consolidé ou surélevé. Les tsunamis saisonniers avaient effacé le littoral sur des kilomètres, redessinant ainsi toutes les côtes. Les hauteurs des agglomérations n’étaient que terres spongieuses où s’étaient développés des foyers de malaria. Heureusement, l’évolution des technologies hydrologiques avait dopé celle du bâtiment et l’on voyait pousser, dans les grandes villes, des structures articulées semi-flottantes.

Paris n’avait plus son réseau de métro, lequel, une fois inondé, avait entraîné l’effondrement de bon nombre d’édifices. De larges avenues liquides avaient avalé tout ce qui avait jadis servi à rouler ou marcher.

Aujourd’hui malgré tout, l’eau permettait un trafic plus aisé, car les nombreux ponts-tunnels suspendus laissaient aux piétons plus de tranquillité pour passer d’un îlot urbain à un autre. Leurs dômes de verre laissaient passer une lumière agréable filtrant l’intensité des rayons du soleil grâce à un procédé de polarisation, relayé à des générateurs photovoltaïques. La nuit, le cœur de ville ressemblait à une matrice d’où partaient des cordons ombilicaux multicolores. Leurs attaches ondulantes s’adaptaient à un nouveau phénomène de marées.

La très légère, mais constante, modification de l’axe de rotation de la Terre avait entraîné un dérèglement des saisons, lesquelles d’ailleurs n’avaient plus vraiment de cycles établis. De courtes périodes de très fortes chaleurs alternaient avec des pluies diluviennes et, depuis quelques années, les séquences de glaciation se prolongeaient en s’intensifiant dangereusement. Les autorités avaient mobilisé, à titre préventif, tout un arsenal de scientifiques, dotés de moyens quasi illimités, afin de trouver des matériaux et des techniques pour concevoir une protection urbaine contre le froid. Des milliers de personnes avaient péri à cause de lui, plus que par les guerres des années 2000 ou même que les migrations des miséreux du vingt et unième siècle. Ce froid violent avait entraîné un exode massif vers les villes équipées, et d’immenses territoires avaient ainsi été désertés.

À l’initiative de la Confédération des États du Monde (C.E.M), des modules relais d’urgence avaient été installés provisoirement dans les secteurs isolés, mais stratégiques, tels des miradors, pour répondre au mieux à la famine et aux épidémies dans les terres inondées.

Paradoxalement, l’accélération des périodes de grand froid était considérée comme l’avenir d’un nouveau mode d’existence, salvatrice pour l’espèce humaine…après mutation.

Craig Mackenzie, quarante-cinq ans, la démarche souple et tranquille, le visage buriné de l’explorateur endurci, empruntait l’un des boyaux transparents suspendus, en direction du quartier des sciences appliquées (ex 5e arrondissement).

À travers le dôme de verre irisé par une lumière dorée de fin de jour, son regard clair et intense se posait sur une bande de terre ambrée. Un bout de la montagne Sainte-Geneviève émergeait du milieu liquide comme une île. Des bâtiments aux formes arrondies étaient reliés les uns aux autres, formant une gigantesque toile d’araignée qui emprisonnait un concentré de savoir en ébullition.

Craig se passa la main dans ses cheveux mi-longs, à l’image de ses lointains ancêtres écossais dont il voulait garder l’héritage.

L’Écosse !

L’appartenance à un pays avait encore un sens pour lui, quelque chose de quasi mystique. Son dévouement pour la science n’avait jamais altéré ses racines, sa spiritualité. L’histoire même des peuples devait-elle disparaître aussi avec l'épuisement de la Terre ?

Dans le labyrinthe des couloirs, les horloges holographiques affichaient déjà 18 h 10.

En cette période, les jours déclinaient à peine dans un soleil pâle. Le Grand Hiver n’était pas encore arrivé et les hydroglisseurs dessinaient des arabesques dans les canyons de l’ancienne capitale. Les sommets des vieux immeubles de pierre, joyaux d’une époque d’un Paris artistique et bourgeois, émergeaient çà et là. Ils étaient aujourd’hui les vestiges où étaient encore accrochées les plaques rouillées balisant les boulevards Saint-Michel ou Saint-Germain.

Craig connaissait un peu l’histoire de ce vieux quartier étudiant, qui avait été appelé « quartier latin », et dont le mode de vie lui aurait très certainement plu.

En d’autres temps.

Il en souriait dans sa barbe de trois jours, lui qui avait été élevé dans les Highlands d’une Écosse où les cailloux semblaient encore pousser entre herbe rase et chardons.

« Aux Grands Hommes, la Patrie reconnaissante. »

L’inscription sur le fronton du Panthéon apparut bientôt dans son champ de vision. Malgré l’érosion, elle était encore visible et témoignait de cette volonté d’afficher une pensée vertueuse, difficile à comprendre aujourd’hui. Les catastrophes naturelles avaient profondément modifié les conceptions d’appartenance à un lieu, celles de frontières, de nation ou de patrie. Même si une morale subsistait, elle avait perdu son intensité face à la nécessité de sauvegarder l’espèce humaine. Des valeurs avaient disparu pour en faire naître d’autres, induites par les nouveaux modes d’existence.

C’était ainsi.

Craig prit, à gauche, un tapis roulant menant au cœur du nouveau pôle de biologie et génétique, lui-même construit sur les fondations de l’ex-Sorbonne. Il ne savait pas vraiment s’il s’agissait d’un clin d’œil de l’Histoire ou d’un devoir de mémoire. Toujours est-il que seuls étaient encore visibles le bâtiment principal et ses trois clochetons. Le cerclage de la vieille horloge à aiguilles, à moitié arrachée, flottait entre deux eaux au gré des flux. Des piliers en métal et carbone encadraient tout l’édifice, supportant une autre structure semi-rigide en kevlar, servant elle-même de ponton. Au-dessus, une magnifique pyramide de verre et d’acier occupait toute la surface : Biogénécry ; l’ex « Bioteck France » regroupait les laboratoires et les centres décisionnels, véritable marmite de matière grise.

Le tapis roulant ralentit enfin pour déposer Craig devant une large porte vitrée au fond d’un vaste hall. Des inscriptions en hologramme lui indiquaient qu’il entrait dans un secteur hautement sécurisé.

Il présenta son visage devant une cellule biométrique qui captura son iris. La porte s’ouvrit dans un bruit feutré et une voix de synthèse lui souhaita la bienvenue chez Biogénécry. C’est ici que des scientifiques comme lui avaient déposé leurs travaux les plus récents en matière de biologie, de génétique et de cryogénie-génétique. Ce dernier domaine était justement ce qui l’avait mobilisé, en qualité de spécialiste, puisque des applications des plus spectaculaires étaient aujourd’hui possibles.

Consigné dans ces laboratoires depuis cinq ans, il gérait la cellule « cryogénie et avenir » qui regroupait une équipe de trois généticiens et de deux biologistes, pionniers dans leurs expériences. Leur mission était d’inclure les techniques de cryogénie pour doper la santé humaine. Le but étant de ralentir le processus de vieillissement des cellules voire de les rajeunir. Il savait que l’immortalité était visée par l’ambitieux Directoire. Ce dernier était composé de puissants investisseurs dont certains avaient des liens privilégiés avec des membres de la Confédération des États du Monde. Si le pouvoir par l’argent avait disparu, celui du savoir l’avait remplacé, mais de façon perverse. On ambitionnait une existence conditionnée dans un nouveau monde, et destinée à une caste d’élus dotés des toutes dernières connaissances et savoir-faire scientifiques. Mais, ce nouveau monde, il fallait, semble-t-il, le conquérir au-delà de notre Terre…

On optait ainsi pour l’extinction pure et simple de l’espèce humaine sur sa planète, abandonnant l’espoir de se « reconstruire à domicile ».

Les tentatives d’améliorations ou de réparations biologiques, en vue d’adapter les individus aux changements climatiques, devenaient moins prioritaires.

Craig était malgré tout mal à l’aise avec ce concept, surtout depuis que ses travaux avaient fait un grand bond en avant à la suite d’une énième manipulation génétique. Mais son équipe tâtonnait encore. Si son rapport parlait du danger éventuel inhérent à toute manipulation en milieu étranger, il se devait de souligner l’impact sur les valeurs spirituelles et l’importance de préserver la dimension humaniste. Cela demeurait le vecteur fédératif des populations épargnées des dernières catastrophes naturelles. Nefallait-il nous concevoir qu’à travers une révolution ou devions-nous soigner une évolution ? La question dérangeait l’esprit du moment.

Les croyances, les religions, les philosophies étaient effacées par les gouvernements face aux urgences de subsistance. Mais Craig Mackenzie, Craig le scientifique, Craig l’explorateur le savait bien comme certains autres, l’Homme ne pouvait occulter la part d’irrationnel, de spirituel, ancrée en lui malgré tout. Cela faisait partie de la conscience collective.

L’avancée de la science dans le domaine de la cryogénie ne devait, ne pouvait de toute façon se soustraire à la loi de la vie et de la mort. Même si l’on pouvait aujourd’hui reculer toujours davantage l’échéance de cette mort.

Il conservait précieusement le livre qu’il avait reçu en cadeau lors d’un voyage en continent asiatique, alors qu’il était jeune étudiant. Le « Tao Te King » ou livre de la Voie et de la Vertu. Certains soirs, la relecture de quelques chapitres donnait un sens à ses travaux, ou plus exactement le guidait dans la réflexion de ses travaux.

Cela le soulageait lorsqu’il se remémorait, malgré lui, le drame vécu auparavant avec Léa, sa compagne, à la fin de son séjour en Australie.

Dans une ancienne vie comme il disait.

18 h 30.

Benjamin Harper, le Commandant-contrôleur − le « com-co » −, attendait déjà Craig dans son laboratoire. Ce dernier arriva enfin, mais il sentit très vite la tension de ses confrères interrompus dans leurs tâches. Il voulut briser la glace :

— Oh, Benjamin, déjà là ! Je ne suis convoqué que dans une heure par le Directoire !

— Mackenzie ! Pas de soucis, je discutais un peu avec tes collègues. Je t’attends en salle de réunion comme prévu, lui dit-il en se dirigeant vers la sortie.

Le ton était sec, mais courtois. Les deux hommes se connaissaient bien depuis l’arrivée de Craig à Paris, mais ce dernier savait que la chose était sérieuse lorsque le Com-co l’appelait par son nom.

Le Commandant-contrôleur servait de liaison entre les scientifiques et le Directoire. Il était mandaté pour vérifier le cahier des charges des travaux et coordonner les équipes.

— C’est pour quoi cette fois ? interrogea Craig faussement désinvolte.

— Un peu de patience encore Mackenzie, je dois les prévenir de ton arrivée.

Benjamin Harper, Américain d’origine, s’en alla calmement après un clin d’œil furtif à l’intéressé. Craig interrogea ses quatre collègues du regard. Ils semblaient tous embarrassés.

— Bon les gars ! C’est quoi le problème ? Je dérange là, ou on est viré ?

— T’as le sens du choix toi ! rétorqua Mickaël, l’un des biologistes à la forte stature et au visage d’angelot. Tu sais bien que nous ne sommes que des souris de laboratoire et qu’ils ont trop besoin de nous.

— Et nous, nous avons besoin d’eux Mickaël. Les moyens pour travailler, c’est eux, les expéditions et les frais de voyages c’est encore eux, ton appart, le mien, c’est toujours eux !

— Tu veux dire qu’on se fait acheter plutôt, ironisa Sylvia, les dents serrées, bras croisés, à demi assise sur la paillasse en inox.

— Alors quoi ? Vous avez l’air chavirés là !

— Ouais, on peut dire ça comme ça, murmura Mickaël.

— Bon allez, explications s’il vous plaît !

Amish, le généticien longiligne, plia sa carcasse en s’asseyant sur un coin de desserte en désordre. Son sourire légendaire était crispé dans sa barbe hirsute. Il se lança :

— Bien. En ton absence hier on a trouvé par accident un truc très curieux… Il fallait deux échantillons pour la simulation et Sylvia devait déclencher le processus apoptotique d’une chaîne conditionnée pour un prototype. Dans l’excitation on a chopé l’un des tubes que t’avais mis là, de côté.

Amish désignait le coin de paillasse réservé à Craig. Il avait le souffle court en revivant la situation et hésitait en cherchant ses mots. Craig le fixait :

— Et ?

— Sur les deux essais, un seul s’est opposé à l’apoptose, poursuivit Mickaël. Pourtant les variables étaient si minces !

Craig ouvrit ses mains, appelant la suite.

— On a dû isoler la section ADN de l’échantillon réactif… et on a trouvé une variable qu’on a voulu appliquer au dernier prototype cryogénique, conclut Sylvia nerveuse.

— Alors… vous avez trouvé la molécule ADN universelle pour accélérer nos travaux ! s’exclama Craig enthousiaste. C’est ça ?

— C’est ça… et…

— Mais c’est génial les gars ! Où est votre rapport ? Et c’est pour ça qu’ils veulent me voir au Directoire ?

Les visages des scientifiques restaient fermés devant celui enjoué de Craig.

— Mais quoi, c’est une très bonne nouvelle, non ?

— C’est super oui, sauf que la molécule d’ADN… c’est la tienne, assena Alexandra, l’autre généticienne, blonde et menue, mais au regard bleu acier.

Craig resta figé, les yeux rivés sur ceux d’Alexandra, les neurones en ébullition. Un silence se posa sur le laboratoire qui semblait exploser au ralenti.

— Comment… comment êtes-vous certains que ce soit la mienne ? Peut-être que…

— Le tube venait de ta paillasse. Pour s’en assurer on a fait des prélèvements sur nous-mêmes… C’était tellement incroyable tu comprends, tellement accidentel à ce stade !

— Il faut encore vérifier, il faut aller jusqu’au bout… Faites-moi un prélèvement de suite ! Il nous reste une heure, s’empressa Craig.

Amish s’avança et mis une main sur son épaule.

— Mais… on a rendu un premier rapport au Com-Co.

— Bordel les mecs ! s’écria Craig, il fallait m’appeler d’abord ! Rien ne doit partir sans mon aval… Quels cons vous faites ! Vous voulez ma perte ou quoi ?

— Calme-toi. Que veux-tu qu’il t’arrive ? Y a pas mort d’homme !

— Pas encore peut-être, mais ça veut dire que je vais devenir le cobaye de laboratoire et que je risque le congélateur à vie pour satisfaire l’Expérience ! On n’a rien de prêt, on n’a aucune conclusion aux opérations post-cryogéniques intégrales sur un être humain…

— Attends, on n’en est pas encore là, le rassura Mickaël.

— C’est bien ce qui m’inquiète… Je vais leur raconter quoi au Directoire ? Qu’on a fait « abracadabra » avec des tubes à essai ? Sylvia ! Il est où l’autre sorcier de Peter, il était avec vous hier ?

— Non, il était de repos chez lui, je l’appelle de suite, répondit-elle.

— Ouais, parce qu’on n’est pas couché ce soir, les gars ! Va falloir recadrer tout ça, mais d’abord Alexandra, fais-moi quand même une analyse. C’est quand même incroyable cette histoire, ça fait cinq ans qu’on bosse ensemble et on n’a jamais pensé à… Craig ne trouvait plus ses mots.

Tandis qu’on lui préparait le frottis buccal, Amish lui demanda :

— Comment se fait-il qu’on ait trouvé ton ADN sur le tube à essai. Sur du matériel aussi sensible, tu ne prends plus de protections pour tes manipulations ?

— Ben faut croire que j’ai été distrait un moment, répondit Craig songeur.

— Ouais, surtout qu’il y avait des traces acides de transpiration, peut-être des particules en suspension à cause de la chaleur. C’est vrai qu’on a bossé tard comme des fous ces derniers temps !

— Dans un sens, ça nous a servi quelque part hein ! Bon, tu as pu contacter Peter, Sylvia ? s’impatienta Mackenzie.

— Non, j’ai pourtant insisté. Je le relance sur son bip-oreillette aussi…

Le dernier test se révéla évidemment positif et Craig partit à sa convocation, les pieds et la tête lourde.

Au même moment une ombre se faufilait dans l’appartement de Peter Svensson. Une lumière ocre filtrait à travers les fenêtres-bulles de la grande pièce centrale. Des mains expertes fouillaient dans les meubles, tiroirs et placards avec application.

Indécelable dans un coin du salon, recroquevillé dans les confortables coussins autochauffants du canapé, Peter sommeillait. Tout à coup, il sentit du mouvement près de lui et ouvrit les yeux. Il distingua très vite une silhouette qui s’activait silencieusement près du bahut en acier poli de son bureau, celui contenant ses archives diverses. Il n’osait bouger cependant.

Que cherchait le visiteur ?

Une infime vibration se fit entendre : le bip-oreillette de Peter se déclenchait. L’ombre s’immobilisa, se redressa et s’avança déterminée, en direction du canapé. En un instant Peter roula au sol et cueillit son adversaire aux jambes. Celui-ci chancela pour s’effondrer sur le dos, mais, tel un félin, il esquiva une nouvelle attaque et frappa la poitrine de Peter d’un coup de pied précis. Crachant et jurant, ce dernier attrapa un bronze décoratif, mais n’eut pas le temps d’armer, l’autre était déjà sur lui. Un coup au genou puis sur la tempe et tout bascula dans le noir total.

Sur le canapé, le casque-téléphone vibra encore une fois.

Peter n’eut pas conscience de l’appel de Sylvia.

***

Le Commandant-contrôleur sourit à l’entrée de Craig dans le grand bureau hexagonal de Biogénécry. Il l’invita à s’asseoir à la table où se tenaient quelques membres du Directoire, dont le directeur de recherche ; une figure sans expression. À ses côtés, deux hommes qu’il ne connaissait pas, aux visages émaciés, vêtus de noir, se penchèrent pour lui dire quelques mots à l’oreille. Le directeur de recherche hocha lentement la tête sans quitter Craig du regard.

— Mackenzie, vous nous êtes décidément précieux ! déclama joyeusement Adriana Walker, la Présidente de Biogénécry qui se tenait au centre.

— Je suis heureux que vous en soyez convaincue, Madame.

Craig restait fermé à toute forme de séduction intéressée. Walker perçut sa réserve et leva lentement les bras en souriant pour désamorcer la tension. Puis elle alluma la petite tablette informatique devant elle pour relire rapidement les dernières conclusions :

— Bon, nous n’allons pas vous retenir très longtemps. Nous avons lu le pré-rapport de vos collègues sur la belle avancée de vos travaux que vous devrez avaliser bien sûr. Je ne doute pas que votre équipe vous en ait informé ce soir.

Walker se tourna vers Benjamin Harper :

— Nous allons donc pouvoir accéder à un autre stade indispensable à la légitimité de Biogénécry, n’est-ce pas. Ce n’était évidemment pas une question. Vous connaissez les impératifs de votre projet ainsi que leurs applications pour l’avenir de la cryogénie. Votre rôle est déterminant et, à présent, votre personne.

« Nous y voilà. Je vais être disséqué, analysé, prisonnier de mes propres travaux, » se dit Craig.

Il dardait son regard clair sur Walker, ses deux mains bien à plat sur la grande table pour rester calme. La directrice poursuivit :

— Vous allez rendre compte à Benjamin de l’avancée dans chaque secteur d’activité de votre équipe et vous établirez avec lui le planning des contrôles. Par ailleurs vous vous prêterez à tous prélèvements et analyses jugés nécessaires à cette avancée. Cela vous semble légitime, je pense ?

— Bien entendu, Madame. Je comprends l’importance de ce dernier rapport. Cependant, avant de l’avaliser, je tiens à vérifier certaines données qui ne peuvent être négligées, notamment en matière immuno-enzymatique.

Adriana Walker se fendit d’un sourire crispé en guise d’acquiescement. Elle se leva pour indiquer la fin de la séance. Les deux « corbeaux » escortant le directeur de recherche s’approchèrent d’elle, ils échangèrent quelques mots, Walker acquiesça. Contenant sa rage, Craig pivota brusquement sur son fauteuil pour se lever à son tour. Benjamin Harper s’approcha pour l’entraîner vers la sortie avec bonhomie. Une fois à l’écart du flux, ils s’isolèrent dans un coin à l’initiative du scientifique.

— Qu’est-ce qui t’a pris Ben pour leur donner ce rapport ? Tu marches à quoi ?

— Oh ! Ne t’emballe pas, Monsieur le super génie. Avoue que tu gagnes à être connu non ?

— Fais pas chier, je l’ai même pas regardé, même pas avalisé, rien… et tu le savais très bien !

— Je fais mon boulot Craig. Et tu sais que ton équipe, c’est du concentré de bonnes volontés. Tu leur fais confiance non ?

— D’accord, je n’étais pas présent quand ils ont découvert la séquence additive, mais fallait attendre ma conclusion. C’est moi le responsable de ce labo, merde !

Son bip-oreillette vibra. Il activa la communication.

— Oui !

— C’est Mickaël.Remonte au labo, on a un problème.

La nuit promettait d’être longue. Craig abandonna Harper et s’empressa de prendre l’ascenseur à circulation électromagnétique. Il appuya sur le bouton booster. Il appréciait la grande vitesse de ce type d’engin qui domptait parfois ses sautes d’humeur.

La pyramide de Biogénécry était maintenant nimbée de sa lumière bleue, contrastant à présent avec la noirceur de la nuit extérieure. Paris avait perdu la parure lumineuse de ses boulevards d’antan. Il n’y avait plus de monument à orner. Seule la Tour Eiffel, ramenée à une fonction de phare et de corps mort à la fois, vibrait de divers flashs. Elle servait aujourd’hui de plateau-relais où s’arrimaient divers ponts-tunnels. Son sommet avait été élargi pour recevoir une piste d’hélicoptères et un immense complexe de caméras de sécurité. Celles-ci veillaient sur la contrée, car pouvait-on parler de ville à présent quand les eaux digéraient inlassablement les limites urbaines…

Craig s’efforça de conserver sa lucidité pour aborder les événements. La mine défaite, il entra dans son laboratoire sans regarder personne. Les mains dans les poches, la tête dans les épaules, il préféra le petit autoclave vertical au fauteuil, pour s’asseoir.

— Bon, Mickaël, il s’agit de quoi maintenant ?

— Mickaël est parti chercher Peter.Il s’est fait buter, lança Amish.

— Putain ! Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Craig s’était brusquement redressé.

— Je l’ai bipé plusieurs fois, ajouta Sylvia, comme tu me l’avais demandé. Il nous a appelés y a dix minutes à peine.Il était dans le cirage, pas trop de casse, mais son appart a été retourné. Le mec savait ce qu’il cherchait apparemment… Il va nous raconter.

***

Craig était sur la copie du dernier rapport, révisant également la conclusion « Elisa » (dosage immuno-enzymatique sur support solide) lorsque Peter entra dans le laboratoire, soutenu par Mickaël.

Les yeux vitreux et le teint terne, Peter, le généticien surdoué spécialisé dans l’application cryogénique, s’avachit à son bureau. Tel un enfant fatigué, il se prit la tête dans les mains et se massa les joues. Sylvia interrogea Mickaël du regard, celui-ci haussa les épaules en signe d’impuissance.

— Café s’il vous plaît, arriva-t-il à articuler.