Les p'tits délires - Christophe Bladé - E-Book

Les p'tits délires E-Book

Christophe Bladé

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Beschreibung

— Vous en pensez quoi, vous ?

— De quoi-donc ?

— Ben, de tout ça !

— Tout ça, quoi ?

— Mais de ces situations pittoresques de la vie courante, ces p’tits délires sur nos maladresses, nos humeurs…

— Je trouve ça drôle, joyeusement arrogant, parfois même émouvant… En tout cas tellement « Nous » avec nos tracasseries, nos tendres défaillances, nos travers incorrigibles. Vous êtes un facétieux…

— C’est censé être un compliment ?

— À vous de voir. L’humour n’est pas chose facile mais il est souvent curatif dans notre monde cabossé. J’avoue m’être ici amusé, merci.

— J’en suis ravi ! À votre tour maintenant de croquer vos semblables, en commençant par vous-mêmes, tiens ! Souriez, jetez-vous dans le bain et vous serez à la page…

À PROPOS DE L'AUTEUR 

Après nous avoir invités au voyage et à l’aventure à travers ses romans, contes et nouvelles tous publics, Christophe Bladé ici joue à saute-mouton comme un enfant, pour nous présenter le burlesque des situations de la vie courante. Chacun peut s’y reconnaître, s’y retrouver avec espièglerie et émotions. "Chat-balai" avait ouvert la voie de façon poétique. "Les p’tits délires" nous entraînent aujourd’hui, avec encore plus d’humour et de malice, dans cette balade récréative où les tableaux s’enchaînent et se marient, cruellement drôles et joyeusement déjantées.

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Seitenzahl: 110

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

 

 

 

Christophe Bladé

 

Titre

Les p’tits délires

 

(Histoires courtes)

 

 

 

 

Copyright

ISBN : 979-10-388-0971-0

Collection : Blanche

ISSN : 2416-4259

Dépôt légal : février 2025

 

 

 

 

©couverture Ex Æquo

©2025 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

 

 

 

 

Éditions Ex Æquo

6 rue des Sybilles

88370 Plombières-les-bains

 

www.editions-exaequo.com

 

 

Préambule

 

 

 

Vlan !...

C’est chiant de ne pas fermer les portes avec ces courants d’air !

Bon, on va dire que ça donne de l’air à l’époque qui veut que rien ne soit simple, souple, soft.

La tendance, quoi…

Vous avez remarqué que ce mot est beaucoup plus charmant lorsqu’il est écrit ainsi : « temps danse ». On peut s’en amuser d’ailleurs. Oui, parce que l’autre, la tendance, évoque une façon de penser, d’être, de vivre en fonction d’un courant rassemblant tous les tourbillons d’étiquettes, conventions, formatages, modes et règles plus ou moins imposées pour être identifié. Pour exister en vertu d’un code-barres sociétal…

N’aimeriez-vous pas parfois : devenir saumon, truite brillante remontant le courant pour danser dans l’onde libre et cristalline ?

Vivre la rivière d’une autre façon !

D’où mon choix ici pour « temps danse », parce qu’il est amusant d’avoir un angle différent sur le monde que ce que le politiquement correct veut nous imposer.

Ce n’est pas de la rébellion, seulement une prise de risque pour emprunter un chemin différent, histoire de baliser nos travers, souligner nos aspérités avec humour, s’amuser de nos imperfections en tout cas. La dérision est sucrée dans ce monde chahuté, elle permet de révéler notre résilience dans l’épreuve.

 

Je croque donc ici quelques scénettes ou tableaux : ces petites choses qu’on observe, que l’on consigne parfois — je ne dirai rien sur le jeu de mots avec « consigne » — et nous agacent un peu, beaucoup, à la folie. Elles nous sont pourtant si familières !

Peut-être vous y reconnaîtrez-vous d’ailleurs, pour y avoir participé directement ou non avec tout l’arsenal de forces et de maladresses, de jugements hâtifs et d’habitudes héritées.

Déraison, dérisions dérisoires qui bousculent l’Ego et rendent les situations cruellement cocasses ou dramatiquement humaines.

Je suis dans l’instant en partance pour une « mise au vert », une parenthèse temporelle souhaitée afin de trouver un repos mérité après de longues semaines de travail. Beaucoup d’entre nous sont dans ce cas à en juger par la fréquentation de ce quai de gare…

 

Va pour le train !

 

« Ding, deng, dong. Le train en provenance de… »

Quelle voix douce et suave !

Comme celle d’une hôtesse hyper glamour invitant à entrer dans un club échangiste.

L’annonce diffusée dans le haut-parleur s’évanouit dans l’écho des crissements de freins chauffant le métal, le couinement de roulettes souffrant sur les pavés faussement baptisés « espace piétonnier / aire de convivialité », et dans le brouhaha continu d’une foule en errance.

Dommage, on s’était un instant imaginé la belle dame à l’air mutin alanguie sur un sofa avec un regard de velours. Rien de tout cela…

Celle qui se cache derrière le micro nous envoie rejoindre la grande chenille métallique qui va manger toute la horde des humains-fourmis. Malgré l’organisation affichée il règne ici un joli désordre se mêlant aux diverses pressions, compressions, absorptions : mises en bouche du voyage.

Restons focus !

Les panneaux nous informent. Trop. Il y en a partout ! On se sent seul dans le labyrinthe tagué de signes indiens aux murs et au sol, flashé par des écrans lumineux qui brassent publicités et informations. Il faut faire vite, on le sait.

Le temps est toujours compté dans une gare, peut-être pour souligner notre extrême lenteur lorsque l’on n’est pas dans la quête du transport. Sentiment étrange d’être en décalage, peinant à trouver sa place dans ce monde de résonnances ininterrompues. À moins que ce soient les prémices de la schizophrénie, car je crois reconnaître quelqu’un là-bas, une silhouette furtive ! Veste sombre froissée sur pantalon trop court. Mince, je ne le remets pas ! Ah, peut-être mon voisin de quartier à qui j’ai prêté ma tondeuse ? Ou le tout nouveau membre de mon association de bricolage et recyclage, sympa, mais peu dégourdi ? Je ne sais plus… Je lui fais des signes, timides certes, pour le saluer de loin. Lui aussi, mais pas dans ma direction… cette casquette de Super Mario sur la tête, ces mains qui s’agitent et impriment une manœuvre en cours : ce n’est qu’un des membres du personnel de quai, suis-je bête ! Son bref coup de sifflet me renvoie à l’arbitre du match PSG/OM d’hier soir. Les joueurs ne sont pas les mêmes aujourd’hui, aucun ne se roule par terre en grimaçant.

Comme quoi une image en entraîne une autre et…

Je trouve finalement un peu ridicule cette casquette avec cette masse de cheveux qui en dépasse. Ça fait crème meringuée ! L’uniforme ne va pas à tout le monde, l’élégance ferroviaire des années folles du Grand Chemin de Fer n’est plus. Remarquez, la gare est un lieu sans âge où se télescopent les époques.

C’est quand même mieux que les trains…

Pour l’instant ceux-ci ronronnent sagement dans les courants d’air des hangars aux verrières salies, museaux tendus, yeux mi-clos. Ils vibrent en sourdine dans des émanations de graisse rance, se souvenant peut-être de tous leurs voyages. Des monstres d’acier contenus dans leur cage au style Eiffel, seule résurgence artistique dans cette technologie concentrée…

 

Ding, deng, dong…

Une nouvelle annonce pour signaler… des retards.

Il fallait s’y attendre ! On vit une époque formidable où la ponctualité devient un luxe. Tout comme la comestibilité des sandwiches proposés ou du café court, mais bien lavé au fond de son godet surdimensionné. J’en comprends les disproportions en l’arrachant des griffes de la machine à café. Le col s’est effondré dans l’étreinte laissant couler le liquide brûlant sur les doigts, aïe ! Heureusement il en reste juste assez pour encaisser la deuxième annonce d’un « retard probable ».

Cela me donne de la marge pour prendre un billet, la réservation internet ayant encore échoué la veille. Faut dire que le site informatique a le pouvoir de nous perdre dans des méandres étonnants. Si l’on veut éviter le trajet aux changements fantaisistes, les billets aux prix abordables ne sont proposés que tous les trente-deux du mois d’une année bissextile et si l’on parvient à les bloquer entre minuit trente et minuit quarante-cinq. Oui, mais là, l’assurance annulation est tout de même possible !

Je suis sidéré…

Je cherche alors un ou une interlocutrice disponible pour m’éclairer et me dirige vers le « plateau d’informations et conseils » : une salle Hi-Tech où est distillée une musique d’ascenseur de grand hôtel dans un éclairage tamisé.

L’endroit est feutré et je repense à la belle brune alanguie qui se cache derrière « le Ding, Deng, Dong ».

Mauvaise pioche !

Adieu coussin moelleux et sofa, on est loin de l’échange intimiste, car dans « l’Espace Informations » il y a plus d’espace que d’informations. Je me retrouve en présence de gros parcmètres cyclopéens dotés d’un cœur lumineux et d’écrans où dansent les publicités de la compagnie ferroviaire.

Ma tension en prend un coup.

Je comprends alors la présence des nombreuses banquettes dans ce salon de courtoisie A.O.C : Assistance Orale Calamiteuse. Les otages de ce lieu doivent nécessairement avoir de sérieux coups de barre avant de comprendre la marche à suivre pour communiquer virtuellement ! En effet, comment exposer posément et intelligemment ma situation sans me contraindre à une interrogation écrite ?!

Je me lance quand même avec courage et détermination : je suis moderne.

Dans cet espace feutré aux allures de salle d’attente de notaire, je pianote, j’intègre des données en essuyant mon doigt sur l’écran qui a déjà capté toutes les bactéries du monde. J’espère ne pas me tromper sinon je vais devoir tout recommencer et le train qui m’intéresse part normalement dans dix minutes, retard au démarrage compris. Je valide à l’arrache pour décrocher un billet. La machine m’apprend que le trajet est soumis à changement dans un bled situé à l’opposé du parcours attendu et que la correspondance est prévue trois minutes après y avoir été détournée. Va falloir s’activer les neurones dans le transit !

Les voyages forment la jeunesse et font fondre toute rationalité.

Bingo ! Le prix est tout de même séduisant, je zappe l’option assurance annulation. De toute façon j’embarque dans trois minutes chrono si la bécane veut bien me restituer ma carte bancaire.

« L’Espace Informations » prend soudain des allures de vestiaires de salle de boxe après les douches. Je vois presque de la buée se déposer sur l’écran des distributeurs à tickets et j’ai des envies de meurtre. Derrière moi, un prétendant aux bactéries s’impatiente. Il n’a qu’à faire une réclamation à la compagnie ferroviaire, il y a un site très intelligent pour ça… Avec tout plein de cases à cocher.

J’ai quand même récupéré ma carte visa, mais j’ai dû pour cela interrompre la transaction et annuler les opérations en cours. Pas celle de courir maintenant sur les quais, sous les quais, sur des passerelles, sous des escaliers, sur les plafonds de couloir qui mène en dessous pour rejoindre la voie indiquée par un tableau d’affichage bipolaire jouant à 1,2,3, soleil. J’ai cependant capté furtivement l’info avant effacement total, comme dans Mission Impossible, quelques pics d’adrénaline en sus, avant de sauter dans le premier wagon avec Tom Cruz…

Un poil vieillissant l’beau gosse !

Je n’ai donc aucun billet, tant pis c’est l’aventure ! Je régulariserai auprès du chef de bord : un individu en chair et en os, certainement bienveillant et reconnaissable à sa grande sacoche d’écolier de sixième.

 

Voiture 6, siège… aucun.

Évidemment…

À l’intérieur, tout me semble gris et sombre. Dans cet exode en noir et blanc, comme Jean Luc Godard savait le mettre en scène, ma valise a perdu une roulette et le wagon est bondé, je crains d’être expulsé par les bons élèves. Je me reprends, peut-être qu’il y a d’autres cas en détresse comme moi et j’aspire alors à la communion des désœuvrés, à la fronde des malchanceux.

Le flux m’entraîne inexorablement dans la travée tandis que le train s’ébroue. Les jeux sont faits…

Je piétine un instant dans le sillage moite des repêchés de dernière minute. Ceux-là mêmes qui poussent rageusement leurs bagages devant eux sans se soucier d’accrocher genoux, coudes et chargeurs de portables des autres, les bien installés.

Tiens, une place de libre ici !

Je m’y faxe après avoir catapulté mon sac, qui n’a d’ailleurs plus de forme reconnaissable, dans le logement supérieur adéquat, lequel dégueule de toute part. Je m’en étonne, on dirait le rangement aléatoire d’un ado geek déprimé en mal de relations virtuelles. Des visages offusqués se tournent alors vers moi comme si j’avais pété trop fort.

Ben quoi, faut bien faire sa place !

D’ailleurs ce n’est pas un parfum délicat qui s’échappe du siège de mon futur voisin. Certainement une flatulence conséquente d’un repas familial ennuyeux. Mon vis-à-vis est avachi, casque audio greffé aux oreilles, musique à fond et affiche une neutralité déconcertante. Son atout est qu’il se trouve dans le sens de la marche. Pas moi. Pas de chance. Pas le choix.

 

La première classe doit être très loin devant, enfin derrière moi ! Ici : dossier raide. Assise étroite et dure, mais assise quand même.

Comme celle de François en face de moi qui détend ces grands compas sans aucune gêne. Son nom est écrit sur son ordi portable dont l’écran éclaire un visage exsangue, légèrement bleuté le faisant ressembler au Comte Dracula. Son assise à hautes oreillettes en renforce les traits.

Je souris malgré tout de l’étrange association : « François d’Assise ». Le décalage avec le Saint moine italien du XIIIème siècle est violent, du coup l’image précédente de Dracula se floute. Prenant peut-être mon sourire pour une invitation à échanger, mon voisin hyper branché sort de son monde virtuel, les yeux éclatés, et se présente :

— François…

Bien sûr… Je n’ose pas lui avouer avoir déjà lu son prénom tracé au feutre au dos de son écran : son « deuxième lui ».

On échange quelques banalités de concierges retraités, c’est mieux que les flatulences, jusqu’à ce que le chef de bord s’engage dans la travée. L’allure est lourde, chemise et barbe de trois jours, regard suspicieux. Ça va être dur de défendre ma cause de « clandestin » !

Il arrive au pas du marin passant le cap Horn, mais ses yeux rougis ne sont pas dus aux vents salés, sa casquette vissée sur le crâne cachant probablement une calvitie précoce. C’est un mélange de Golum et de Tintin, sans Milou. C’est-à-dire dépressif. Pas le chien, mais Golum. Il ne doit pas avoir beaucoup dormi la nuit précédente ce qui rend le capitaine de la route du rhum peu loquace. Il est vrai que les conditions de travail ne sont pas toujours réjouissantes dans le rail-Enterprise.

Nous avons changé de cap sur l’océan du rail dès que son regard s’est vidé dans le mien. Il a senti le contrevenant, je suis grillé ! S’il tangue un peu ce n’est certainement pas dû au rhum, mais plutôt à l’engagement d’une manœuvre de « blocage-au-fraudeur », même de bonne foi. Je me suis juste levé pour fouiller dans mon sac gisant au-dessus afin de récupérer fébrilement papiers et moyens de paiement.

Je vais casquer !

— Contrôle, M’ssieur-dames !

Sans blague !