Le goût des promesses - Blandine Bertaux - E-Book

Le goût des promesses E-Book

Blandine Bertaux

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Beschreibung

À l'âge de 10 ans, Elyse fait face à une triste vérité : sa mère ne l'aimera jamais. À travers son journal intime, elle va se décharger du poids de ses conditions de vie qui, d'année en année passeront de la maltraitance psychologique au pire : le viol. Alors qu'elle doit entériner des décisions qui influeront sur son avenir, un lourd secret va lui être révélé. Réussira-t-elle à surmonter les épreuves que la vie lui inflige ?

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Seitenzahl: 478

Veröffentlichungsjahr: 2022

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À ma famille qui me soutient contre vents et marées, À ma relectrice et amie sans qui ce roman ne serait pas, À Patrick Lagneau, auteur, pour son aide précieuse, À Alain dit « Le Parrain » pour son dépannage informatique de dernière minute, À Sylvie ma belle-sœur pour sa relecture particulièrement efficace, À mes lecteurs de la première heure qui n’hésitent pas à donner leur avis et en qui j’ai placé toute ma confiance. À ceux qui me partagent leur impatience de lire ce nouveau roman. J’espère ne pas vous décevoir.

Sommaire

PROLOGUE

CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3

CHAPITRE 4

CHAPITRE 5

CHAPITRE 6

CHAPITRE 7

CHAPITRE 8

CHAPITRE 9

CHAPITRE 10

CHAPITRE 11

CHAPITRE 12

CHAPITRE 13

CHAPITRE 14

CHAPITRE 15

CHAPITRE 16

CHAPITRE 17

CHAPITRE 18

CHAPITRE 19

CHAPITRE 20

PROLOGUE

Au tout début de cette histoire, Élyse est une petite fille de 10 ans. Sa maîtresse d’école va lui jouer un drôle de tour : lui donner comme sujet d’écriture la rédaction d’un journal intime. L’enseignante n’imagine pas à quel point ce devoir impactera son élève dont la vie peu banale parvient jusqu’à vous aujourd’hui.

La langue française n’est pas le point fort de cette enfant, mais comme Élyse est scolaire et courageuse, elle s’attelle à la tâche en suivant les directives et conseils de madame Touret, son institutrice. Ainsi, elle relève le défi qui lui est proposé, mais en trichant un peu. Contrairement à ses camarades, elle s’aidera de son ordinateur et utilisera le correcteur orthographique.

J’espère qu’au début de ce roman, le style et les mots de cette élève de primaire ne vous rebuteront pas pour aller plus avant dans cette histoire qui, je vous le promets, ne manquera pas de sel.

CHAPITRE 1

Journal d’Élyse

Lundi 9 octobre 2000

Premier devoir long de l’année : la maîtresse nous demande de rédiger un journal. Pfff, je n’ai vraiment pas de chance. Je n’ai pas une belle écriture, je fais des fautes et je n’ai pas d’idées meilleures que les copines à raconter. Je suis une fille triste, banale et pas intéressante. Gwladys, ma « mère » et Gervais, son mari me le disent tout le temps.

En plus, je ne veux pas qu’ils connaissent mes pensées. Ah ça non alors ! Pour m’aider, je triche et je tape sur mon ordi. J’utilise le correcteur qui affiche des petites vagues rouges sous mes fautes et tant que ces « zigouigouis » n’ont pas disparu, je cherche la bonne écriture. Trop cool ce truc ! Souvent, ça me fait comprendre des leçons de ma maîtresse et je m’améliore en français.

Je dois trouver un titre qui ne leur donnera pas envie de lire tout ce que je copierai. Ben oui, parce que si j’écris : journal d’Élyse, ils le regarderont et sauront tout sur moi. Hourra, j’ai trouvé ! Mon devoir d’école, je t’appelle à partir de maintenant « Recettes de cuisine ». Ça les fait rire que je les collectionne, mais ils ne savent pas que je cuisine tout le temps, quand je vais après la classe chez une adulte que j’adore et qui est très spéciale. En fait, ils ne savent rien sur moi. Je ne ressemble pas à Gwladys qui ne connaît même pas le nom des ustensiles. Mais bon, je ne veux plus parler d’elle pour ne pas lui donner trop d’importance. Moi, j’ai plein de livres et de cahiers et je gribouille dessus tous les plats et tous les desserts qui me passent par la tête depuis deux ans. Alors, un cahier de recettes de plus, mais cette fois sur mon ordinateur, ça ne leur donnera pas envie de regarder dedans. Tu comprends, je ne veux pas qu’elle te connaisse. Tu es moi, je suis toi, ces mots ne regardent que toi et moi, et-pis-c’est-tout !

Comme je vais tout te raconter, je t’explique : quand j’écris elle, je parle de ma « mère ». J’ai appris qu’une femme qui met un enfant au monde, ça s’appelle une génisse trisse Ah ! Ah ! Trop drôle, non, une génie triste pfff, nan, je rigole. Elle est ma génitrice. Bref, à ce qu’il paraît, je lui dois tout, enfin, c’est ce qu’Ils me disent tous les jours.

En vrai, je vis grâce à elle, mais c’est tout, na !

Maintenant, je me rends compte que je suis en train de te créer. Donc, quelque part, je suis ta maman et ça me plaît. Non, je ne plaisante pas, alors je te promets de t’aimer, de prendre bien soin de toi et d’être toujours là, avec toi, mon bébé intime (ça, c’est un mot doux). J’adore les mots doux, mais elle ne m’en dit jamais et ça me rend souvent un peu triste. Je te raconterai pourquoi, mon Recettes de cuisine, mais pas maintenant.

Si tu es mon bébé intime, ça veut dire que je suis maman. Su-per ! Alors je te souhaite bienvenue dans mon monde, mon Recettes de cuisine ! Pour être maman, normalement, il faut être deux. L’autre personne s’appelle madame Touret, c’est ma maîtresse et je l’adoooooooore !!!

Rien que deux mamans pour une naissance ! Je suis sûre que ma meilleure amie, elle dirait : « v’la aut’ chose » !

Le devoir que notre puits de science (C'est un élève très beau et super intelligent qui l'appelle comme ça) nous a donné ? C’est facile, qu’elle nous a dit. Nous devons raconter, le plus souvent possible, des trucs sur nous. Ce que nous ressentons et tout et tout. Bref, nous ne devons rien cacher à notre confident en papier (moi, c’est mon ordi) c’est pour ça qu’on l’appelle un « journal intime ».

Ma maîtresse a promis qu’elle ne lira pas notre travail.

Elle ne corrigera pas non plus. Juste elle regardera si on a écrit à peu près tous les jours.

À la fin du trimestre, on devra dire, devant toute la classe, si on a écrit des choses importantes pour nous, si on a aimé écrire (n’importe quoi, comme si on pouvait aimer faire ça !) et si on veut continuer après qu’on aura présenté notre exposé.

Je ne sais pas comment on commence un journal. Je sais juste qu’on met les dates. Alors j’écris tout ce qui me passe par la tête et ça marche ! Maintenant que je regarde ce que j’ai tapé, je m’aperçois que ça fait vite beaucoup de mots et donc de lignes.

Je suis fière de moi, mon bébé intime, tu es déjà grand. Ce n’est pas si difficile que ça d’écrire, en fait.

Je l’ai déjà dit, tu vas voir, ce n’est pas toujours gai dans ma vie ; c’est même parfois un peu triste, mais je ne te cacherai rien, promis.

Surtout, je te dirai tout ce que j’ai de bon en moi. Si si, j’ai du bon. Et surtout, je ne suis pas si mauvaise.

Il paraît que j’ai plein de défauts. Mais ce n’est pas vrai. Je te rassure, je suis plus gentille qu’ils le disent. Moi, je sais qui je suis et tu le sauras aussi parce que je ne vais pas te nourrir avec du lait, mais avec les vrais mots de mon histoire. Ceux qu’on me dit et qui font mal et puis les autres aussi, qui racontent la vie d’une dame qui m’aide et qui m’aime comme je suis.

Mon Recettes de cuisine, je vais te confier un truc que je fais souvent : j’adore donner des surnoms. Mais je les garde des fois pour moi. Je le fais pour rire, mais surtout pour dire à ma manière que j’aime bien quelqu’un. Tu vas voir, je vais te trouver un surnom très vite.

J’écris parce que c’est un devoir donné par ma maîtresse. Mais j’ai de la chance par rapport aux copains de l’école parce que j’ai déjà lu un journal. Ben oui, pendant les grandes vacances, j’ai fait pareil que des millions de curieux : j’ai lu un journal intime qui n’est pas le mien (je sais, ce n’est pas bien), et en plus, je l’ai a-do-ré. Je t’explique :

C’est une fille plus vieille que moi qui a écrit dans des cahiers. Elle avait 13 ans. Moi, j’en ai 10. Je m’appelle Élyse et elle s’appelait Anne. Je suis française et elle était néerlandaise. Elle était coiffée d’une épaisse chevelure mi-longue brune et ses yeux bruns rieurs, sur la photo, me font comprendre qu’elle vit un moment de bonheur.

Moi, mes cheveux sont blonds, presque roux, épais et très bouclés. J’ai du mal à me coiffer et ça me prend du temps (grrrr) et mes yeux sont vert lagon. Au mois de septembre, on travaillait sur le portrait avec deux copines et on a été obligées de créer un visage composé de nos caractéristiques physiques. Nous avons utilisé la chevelure de Wendy, la bouche et le menton de Jeanne et mes yeux. La maîtresse nous a donné des poèmes et des portraits à lire. Nous avons piqué des idées et des mots pour faire notre travail. Pour mes yeux, nous avons cherché toutes les trois et finalement nous avons trouvé : vert lagon. Je suis d’accord, et en plus, ça me transporte dans des îles loin, très loin d’ici.

Maintenant, je te parle de cette fille incroyable.

Le visage d’Anne est ovale et son sourire immense. Il attire l’attention. Moi, on me dit que j’ai un visage en forme de cœur. On dit aussi que je suis une petite fille triste et pas intéressante. Normal, je ne parle pas beaucoup, comme ça on me laisse tranquille. Depuis deux ans, je suis devenue plutôt méfiante, je te dirai pourquoi un peu plus tard. J’ai des fois des remarques sur mes lèvres. Elles sont petites et fines et surtout, elles sont très colorées. Elles sont vermillon (j’ai trouvé ce nom sur mon tube de gouache, il est trop cool. Le nom, pas le tube !) Parfois, on me dit que je mets du rouge à lèvres. Peuh ! N’importe quoi !

Elle a encore du succès, Anne Franck, son livre se vend par milliers d’exemplaires chaque année.

Je suis triste pour toi « Recettes de cuisine » parce que tu resteras caché dans mon ordi ! Et donc, personne ne te lira. Mais tu es mon secret. J’aime avoir un secret rien que pour moi.

« Le Journal d’Anne Franck », je l’ai dévoré, lu et relu. J’ai encore des frissons et l’impression désagréable d’avoir les cheveux dressés droit sur la tête. Ben oui, c’est quand j’ai compris pourquoi le journal ne sera jamais terminé. Et là, tout de suite, j’ai les larmes qui mouillent mes yeux. Alors, pour ne pas pleurer, je bats des cils vite, très vite pour que rien ne coule. J’ai l’habitude et ça marche.

J’espère que rien de grave comme Anne ne m’arrivera. C’est même sûr. Ma « mère » dit tout le temps que rien n’est grave. Je me demande si elle a raison.

En fait, maintenant, je ne crois plus rien de ce qu’elle me dit. Et puis l’autre, il ne m’aime pas. J’en suis vraiment sûre.

Si je t’écris là, tout de suite, cher RDC (ça y est, j’ai trouvé ton surnom ! C’est plus court et je me comprends) c’est pour te raconter que depuis une semaine, mon cœur, y me fait des farces. Il joue des timbales comme dans « Pierre et le loup » à chaque fois que je suis avec le plus beau garçon du village. En fait, c’est bizarre, je n’ai même pas besoin de le voir. Tout à coup, mon cœur, cogne et s’accélère tellement que j’ai soudain très chaud. J’ai même des fois l’impression que je transpire. Je me rends compte que je respire à mille à l’heure. Mes oreilles bourdonnent et j’ai envie de sourire, comme ça, pour rien. Je me retourne, je cherche autour de moi pour comprendre et alors… je l’aperçois. Haaaaa !!! Ça fait deux ou trois fois que ça m’arrive et hier, j’ai compris : je suis amoureuse. Mais, chut ! C’est un secret. Il a un prénom qui vient de Bretagne, c’est lui qui me l’a dit. Il s’appelle E.R.W.A.N.

Il est super beau. Ses cheveux noirs sont toujours ébouriffés. C’est comme si le peigne était son pire ennemi. Il a les yeux noirs aussi, je ne pensais même pas que ça pouvait exister. Et il est plus grand que moi d’au moins vingt centimètres. Ce n’est pas difficile, puisque moi je suis petite, mais quand même, c’est le plus grand des garçons de ma classe ! Quand il arrive le matin, je lève la tête pour que mes yeux puissent attraper son regard.

Il est super méga intelligent. Il connaît plein de mots que je ne comprends même pas et il réussit à faire tous les exercices sans se tromper. Il y en a dans la classe qui le traitent d’intello, ils disent qu’il fait son intéressant. C’est juste que des jaloux.

Il est venu vivre il y a quinze jours dans mon village de Meuse avec sa mère. Il est entré dans ma classe et pouf, il a chamboulé ma vie.

Zut, Gwladys m’appelle, il ne faut pas le faire attendre, sinon il me redira ces mots méchants et faux que je n’aime pas. Je reviens tout à l’heure, après le repas, c’est promis.

Erwan

Installé à mon bureau qui prend toute la place de ma petite chambre, je sors une à une mes affaires et fouille dans mon cartable. L’école, c’est galette pour moi. Tout coule de source, j’ai la chance de retenir les leçons pendant les cours ; il faut dire que j’ai une mémoire d’éléphant et j’excelle en français et en mathématiques. Pour les autres matières, elles m’intéressent toutes et mon cerveau enregistre les informations pour toujours. Je suis comme ça.

La maîtresse m’a accueilli d’un grand sourire et m’a choisi des voisins sympas. Rien que d’y penser, j’ai le rouge qui me monte aux joues, car une fille m’a tapé dans l’œil, pour de vrai.

Une de mes activités préférées : m’allonger, fixer le plafond et retrouver ce regard qui me ramollit comme du beurre sorti du frigo et surtout, sentir son parfum qui me rend fou. Mais ce n’est pas le moment de me plonger dans ce monde nouveau qui me fout un peu la frousse, maman va m’appeler dans quelques minutes. Tout à l’heure, j’aurai tout le temps pour ça. En attendant, j’ai toujours le nez dans mon cartable et je trouve enfin l’objet de ma recherche : mon agenda. Je veux juste relire le sujet du projet d’écriture donné en fin de journée par madame Touret. Voilà un devoir qui me plaît vraiment : « Vous allez consigner jour après jour, dans un cahier, tout ce que vous ressentez, ce que vous vivez, ce que vous aimez ou n’aimez pas. N’oubliez pas d’y inscrire vos découvertes, vos rencontres, ce qui fait de vous qui vous êtes. À la fin du trimestre, vous présenterez à vos camarades votre démarche d’écriture, ce qu’elle vous a apporté et vous conclurez par : je poursuis l’écriture, ou je ne la poursuis pas parce que… »

Cette enseignante a un petit quelque chose qui éveille ma curiosité. Cette année s’annonce moins ennuyeuse que celle de l’année dernière, me semble-t-il. Les élèves l’adorent et attendent ses blagues ou ses jeux de mots qui les détendent et les font rire. L’ambiance est agréable, mais un rien peut tout faire basculer, car madame Touret ne tolère aucun faux pas. Politesse, respect, discipline et travail font la loi en classe. J’ai eu droit à un aperçu de sa colère sur deux camarades qui ont échangé des noms d’oiseaux hier. Autant dire que ça a chauffé ! C’est une maîtresse juste, mais sévère quand il le faut. Sinon, elle paraît extra ! En général, je donne des surnoms à mes enseignants, je n’ai pas encore trouvé le sien.

Une clochette résonne dans l’escalier : maman m’appelle via ce système qu’elle a inventé pour ne pas crier. J’ai faim et je me guide à l’odeur délicieuse qui m’arrive de la cuisine de notre nouveau logement. Le calme règne dans la maison. Le rituel est respecté : une musique d’ambiance en sourdine (du jazz) m’accueille. Je m’installe à la petite table et raconte ma journée en détail.

J’ai à peine parlé du sujet d’écriture que je vois maman prendre un air de conspiratrice, se lever et se diriger vers un grand sac de courses posé près du frigo. Elle me montre un carnet. Je sursaute en apercevant la couverture vert d’eau et je souris, les yeux rivés sur l’objet tout neuf. Comme toujours, elle m’a cerné. Je ne peux vraiment rien lui cacher. Un élastique le tient fermé. Mamoune me le tend d’un air entendu et me dit alors en me taquinant :

— Ta maîtresse m’a parlé de votre prochain sujet d’écriture quand je t’ai inscrit dans ta nouvelle école. Si je me souviens bien, tu m’as confié avoir découvert très récemment la plus jolie couleur jamais vue. Vert très clair, me semble-t-il.

Elle s’amuse de mon air embarrassé, puisque j’ai rougi de la base du cou jusqu’à la racine de mes cheveux, mais elle fait mine de rien et poursuit :

— Alors je t’ai acheté ce carnet de Moleskine. Je te fais une promesse : jamais je ne le lirai sans ta permission, car on appelle cela un journal intime. Tu me racontes ce que tu veux, comme nous en avons l’habitude, mais à lui, tu lui confieras bien plus de choses. C’est normal, c’est son rôle. En tout cas, fais-toi plaisir, mon grand, me conseille-t-elle avec un petit clin d’œil taquin.

Son regard est rempli d’amour, elle a l’art de me combler. J’ai un sourire qui doit partager mon visage en deux. J’ai l’impression qu’il tire les lobes de mes oreilles.

Elle est comme ça, ma mamoune. Inutile de lui expliquer. Elle me connaît par cœur, elle sait surtout quoi faire pour me rendre heureux. Elle est parfaite. Elle tiendra la promesse qu’elle n’avait même pas besoin de me faire. J’ai une confiance aveugle en elle.

J’adore ses yeux chocolat au lait, son visage bien rond et sa bouche charnue à l’éternel sourire. Elle est grande. Si je me souviens bien, elle dépassait de peu mon père. Elle retrouve son air triste, parfois, et je comprends alors qu’elle pense à lui qui est parti, depuis un an maintenant.

— Aucun sujet tabou, m’a-t-elle confié le jour de l’enterrement. On parle de papa quand tu veux. Ne plus rien dire de lui le ferait disparaître définitivement. Il demeure là, elle a pointé son doigt sur son cœur, puis sur le mien, et rien ni personne ne l’en délogera. Pas même son absence.

Elle est forte, ma mère et rien ne l’abat. Du moins, elle souhaite que je le croie.

Je prends le carnet qu’elle me tend, me lève pour lui faire un gros bisou bien bruyant sur sa joue, puis admire ce bel objet dont la couleur m’enivre. Je caresse la couverture, le toucher est agréable, comme la peau douce et lisse d’un bébé (enfin, je me l’imagine ainsi). Il est très épais. Maman ne doute pas un instant de ma capacité à le remplir et son éternelle confiance en mes facultés gonfle mon orgueil d’une chaleur réconfortante. Je détends lentement l’élastique rouge qui retient toutes les pages et l’écarte : les premières feuilles m’apparaissent, elles sont lignées tous les centimètres. Mon écriture fine tiendra sans problème. Là encore, ma mère dévoile à quel point elle me connaît. Par la force des choses, j’utilise en classe des cahiers d’écoliers Séyès, mais j’ai en horreur ces carreaux au lignage qui sert de guide dont je n’ai plus besoin. Mon écriture lisible et régulière respecte la taille de chaque lettre depuis le jour où j’ai su les former, car je suis un élève « très appliqué ».

Je n’ai jamais été un rebelle. Je n’ai jamais eu l’idée de contredire mes parents. Mon père m’a souvent répété que nous avons fait bon ménage depuis ma naissance. Ils m’ont élevé avec amour, tendresse, calme, patience et tolérance et m’ont appris à ne pas monter sur mes grands chevaux pour rien, à ne pas hausser le ton. Et tout naturellement, je suis entré dans les clous, sans me forcer. Je n’ai jamais eu une raison de ne pas suivre les règles de l’éducation de mes parents qui ne m’ont jamais demandé de faire plus que ce que je pouvais réaliser. Ma bonne étoile a fait en sorte que tout a toujours été facile pour moi. Les connaissances, au fil du temps, s’impriment dans ma mémoire sans difficulté. Ce n’est pas de la vantardise de ma part, c’est comme ça, je suis fait ainsi. Une fée a dû se pencher sur mon berceau le jour de ma venue au monde. Elle m’a doté d’un caractère facile et d’un cerveau muni d’une matière grise bien organisée et avide d’engranger les savoirs. J’imagine que c’est par pitié pour ce couple de vieux qui a réussi sur le tard à s’offrir une progéniture.

J’ai dû rester un bout de temps debout près de la table, à contempler, humer, déployer le carnet et me perdre dans mes pensées, car la musique s’est tue et ma mère respecte le silence qui nous entoure. Elle me sourit avec bienveillance, sans bouger, certainement pour conserver dans sa mémoire ce moment qu’elle aimera se rappeler. Mamoune est une collectionneuse de souvenirs.

Je cours dans ma chambre y ranger mon précieux cadeau sur le bureau (je ne veux pas risquer de le tacher), puis je rejoins ma cuisinière favorite qui nous a préparé un minestrone dont elle a le secret. Avant d’aller m’attabler, alors qu’elle met une dernière touche à sa recette, la casserole dans une main et une spatule dans l’autre, je me place derrière elle pour l’enserrer longuement de mes bras. Je fais un constat : j’ai grandi. Ma joue se trouve maintenant entre ses deux omoplates. Elle arrête de bouger, repose son corps contre le mien. Après ce tendre câlin, je m’assieds devant mon assiette et m’apprête à me régaler du repas préparé avec beaucoup d’attention, tout en écoutant la journée vécue par ma mamoune. Le dîner terminé, mes lèvres à peine essuyées sur ma serviette de table (nous nous servons encore à la maison de serviettes et de mouchoirs en tissu), je me lève et me penche pour faire un doux baiser sur sa pommette qui commence à se rider. Je débarrasse et rejoins, sous son sourire amusé, l’intimité de ma chambre.

Dans la cuisine, la musique a repris ses droits, par contre dans mon antre, c’est le calme plat. Le silence m’accompagne, c’est mon meilleur ami. Je m’installe à mon bureau et regarde le carnet, puis, pour la seconde fois, ma main le frôle. Une fois l’élastique détendu, la première page m’apparaît de nouveau, attendant les mots que je m’apprête à lui confier.

Je choisis un stylo-plume (j’en fais la collection) et comme j’adore écrire, tout me vient facilement, car j’ai déjà mon idée du sujet qui commencera mon devoir. Je souris rien que d’y penser et tout d’un coup un grand rayon de soleil s’empare de moi.

Tout d’abord, la date. Ce n’est pas un journal intime pour rien ; fidèle à mes habitudes, je respecterai les règles de l’art !

Je place le stylo dans ma bouche et le fais glisser entre mes lèvres. C’est un tic, un rituel peu orthodoxe et à l’hygiène contestable, mais ça me permet de réfléchir. Ce n’est pas comme si je partageais mes précieux porte-plume à d’autres personnes ! Je me sens heureux et je soupire d’aise. La Tit’Chouette ! C’est décidé, je vais appeler ma maîtresse comme cela parce qu’elle est petite et qu’elle porte de grosses lunettes avec une monture ronde en plastique. Ces mots affectueux, je les garderai rien que pour moi (je les aime déjà : le surnom et l’enseignante). Grâce à elle, je peux maintenant rédiger un journal intime. J’ai bien eu l’idée avant, mais je ne savais pas trop quoi écrire. Et puis, aucun copain autour de moi ne m’a dit qu’il en avait un.

J’ai toujours eu envie de copier sur un cahier ce que je ne raconte pas à ma mère, mais je n’avais jamais osé le faire. Par exemple, je ne lui ai jamais confié que ça me pèse, des fois, d’être comme je suis. Elle ne peut pas y faire grand-chose et je ne peux pas changer… Maintenant qu’on m’y force, je n’ai plus qu’à obtempérer. Merci la Tit’Chouette.

Quand on a quitté les Vosges pour venir habiter en Meuse, ça m’a fichu un sacré coup. Perdre le peu de copains que j’avais, la belle maison, ma vie quoi… Je ne lui ai pas dit, je n’ai pas cherché à me plaindre. J’ai très bien compris pourquoi nous devions laisser derrière nous notre havre de paix : le manque d’argent ! Papa est décédé des suites de son cancer à 65 ans (eh oui, je suis un fils de très vieux) et maman qui en a aujourd’hui 55 n’a plus que sa rente pour nous faire vivre. Notre hôtel-restaurant de bord de lac à Gérardmer a été vendu pour une somme très importante. Les dettes et les frais réglés, si nous gardons un train de vie raisonnable, cette ressource nous assure des jours heureux à Euville, dans la petite demeure de mes grands-parents dont ma mère a hérité à leur mort.

Un jeune couple l’avait louée « en l’état », car le loyer proposé était dérisoire. Tout lui convenait, du mobilier usé et passé de mode à la salle de bain équipée d’une vieille baignoire en émail écaillé. Un unique poêle à bois bien pratique et très puissant chauffe sans problème toutes les pièces et permet de faire des économies. Mon grand-père était prévoyant, et la dépendance qui se trouve contre l’habitation était remplie de bûches qu’il fallait toutefois fendre. Ce détail semblait amuser les locataires. Ils ont libéré les lieux il y a trois mois environ, « avec nostalgie » c’est ce qu’ils nous ont dit. Comme la maison avait seulement deux chambres, un second bébé les a obligés à chercher un nid plus grand pour abriter leur foyer. Cette opportunité a permis à ma mère de ne pas avoir la délicate tâche de leur demander de partir.

Notre nouveau chez nous va exiger beaucoup de travaux et ça me fait un choc de vivre dans une bicoque alors que nous étions, il y a peu de temps, dans une véritable villa qui a été, elle aussi, vendue.

Pour trouver notre « chez nous », rien de plus facile, c’est juste à côté de l’écluse installée sur le canal de l’Est, à la sortie d’Euville. Nous habitons un endroit calme. Quelques bateaux de plaisance et parfois des péniches perturbent la quiétude du coin, sans oublier, bien sûr, les voitures qui quittent cet adorable petit village situé à trente minutes de deux villes, Nancy en Meurthe-et-Moselle et Bar-le-Duc en Meuse. Et aussi à dix minutes à peine de Commercy qui vaut le détour rien que pour y voir des vaches bleues, campées sur un rond-point. Ça ne s’invente pas un truc pareil !

Il y a six mois, quand mamoune m’a annoncé la nouvelle, j’ai décidé que ce ne serait pas grave. Je vis avec mon amour de maman et nous avons un toit au-dessus de la tête. Pour le reste, nous ferons faire des travaux, elle les a prévus et je sais qu’elle tiendra sa promesse. Quant aux copains que j’ai laissés à Gérardmer, j’imagine qu’ils m’ont déjà oublié. C’est même sûr. J’espère de toutes mes forces que je m’en ferai de nouveaux ici et des vrais, cette fois.

Maman vient frapper à la porte de ma chambre. Sans entrer, elle me souhaite bonne nuit. À ses pas qui s’éloignent de ma tanière, je comprends qu’elle va rejoindre la sienne. Elle m’a permis de retrouver le présent. Je suis pressé de m’y mettre, car mes premiers mots seront pour « elle » ! Je me penche sur le carnet et lui confie enfin, juste sous la date :

Journal d’Erwan

Euville, ma chambre,

Lundi 9 octobre 2000

Elle s’appelle Élyse, c’est la plus belle fille de la terre. Son visage est en forme d’amour, ses yeux ressemblent à la pierre que maman porte à son doigt, une émeraude, je crois. À chaque fois que je la regarde, j’ai l’impression que mon cœur va s’arrêter de battre. Quand elle me parle de sa petite voix timide, il se remet à tambouriner. Ça cogne si fort dans ma cage thoracique que mes oreilles n’entendent que lui. Elle est juste en face de moi en classe. La maîtresse a placé tous les bureaux d’élèves deux par deux, côte à côte et face à deux autres, ce qui forme comme des îlots. J’étends souvent mes grandes jambes et il m’arrive de lui donner un coup dans ses pieds, à Élyse, pas à la table. Elle sursaute et me fixe surprise. Je lui demande pardon et elle rougit, comme moi. Je le fais parfois exprès, rien que pour la regarder et me noyer dans un vert à l’eau des plus pures.

Juste après notre emménagement, il y a deux semaines, pour mon premier jour dans ma nouvelle école, j’étais en retard. À Gérardmer, les cours commençaient à 9 heures, soit une demi-heure plus tard qu’à Euville. J’étais resté sur mes vieilles habitudes. Le temps qu’on se souvienne de ce petit détail, il était trop tard. Mamoune m’a emmené en voiture jusqu’au centre du village et m’a déposé sur la place, face à la mairie, mais rien n’y a fait. Cela faisait au moins dix minutes que le silence était installé dans l’école. J’ai cherché le nom de mon institutrice sur la porte : « Classe de CM1/CM2 Mme Touret » et, emporté par mon élan, j’ai frappé si fort qu’elle s’est ouverte, sans même que j’actionne la poignée. J’ai failli tomber ! La maîtresse donnait des explications ; elle s’est arrêtée net de parler et d’écrire, a gardé la main en l’air, la craie collée au tableau et a tourné son visage vers moi. Je suis resté figé sur place, la peur au ventre. Merde, je commençais mal ! Je m’étais promis d’essayer de ne pas me faire remarquer, et j’ai réalisé une entrée en fanfare ! Les élèves surpris ont murmuré, certains me fixaient bizarrement. Superbe arrivée pour se faire des copains !

J’ai avalé ma salive et regardé ma maîtresse. J’ai découvert alors un petit bout de femme, souriant et énergique. Elle est venue devant moi, a repoussé ses lunettes sur son nez (je me suis aperçu très vite qu’elle a ce tic quand elle est déconcertée), et m’a accueilli avec un de ses traits d’humour :

— Il m’arrive, jeune homme, d’ordonner aux élèves perturbateurs de prendre la porte. Tant qu’à faire, ne la démontez pas !

La classe s’est mise à rire, je me sentais au fond du trou. À bien regarder la maîtresse, j’ai vu qu’elle réprimait un sourire que révélaient des petites rides au bord des yeux. Ouf, elle plaisantait. Rassuré, j’ai poussé un soupir. D’un geste de la main, madame Touret m’a désigné une place libre. Je me suis empressé de m’y installer. Aussi rapide que l’éclair, j’ai ouvert mon cartable, sorti ma trousse et ma règle est tombée sur le sol ; en la ramassant, je me suis cogné le front sur la table, toute la classe a éclaté de rire. Quand j’ai levé la tête, j’ai alors été frappé par la foudre. Une fille à la chevelure toute en feu se trouvait juste en face de moi. L’air très sérieux, elle me fixait avec son regard d’un vert qui m’a fait penser aux bords du lac Vert1 en plein soleil. J’ai cru y lire une lueur furtive de compassion.

Mon voisin m’a donné un coup de coude et, grâce à lui, j’ai pu répondre à la question que l’enseignante avait dû poser plusieurs fois, mais que je venais tout juste d’imprimer dans mon esprit confus :

— Erwan, je m’appelle Erwan Villermin. J’habitais Gérardmer, dans les Vosges. Maintenant, je demeure rue du Port à Euville.

Madame Touret m’a souhaité la bienvenue, imitée par tous les élèves de la classe. J’ai souri, très mal à l’aise, et j’ai baissé les yeux sur mes mains sous lesquelles j’ai alors découvert le cahier du jour qui m’a servi depuis le mois de septembre (ma mère l’avait certainement remis à la directrice au moment de mon inscription), dans lequel figuraient déjà des lignes d’écriture, préparées par ma maîtresse. Je me suis enfin intéressé à mon nouvel environnement. Un problème était noté au tableau. Des mesures de durée, super ! Tranquillisé, je me suis détendu, trop fastoche ! Cette notion ne me pose pas de difficulté. Je me suis attelé au travail et, comme à mon habitude, j’ai suçoté le bout de mon stylo-plume et, machinalement, j’ai fixé la personne assise devant moi. Ce que j’avais pris pour une boule de feu se révéla en fait une chevelure blonde ou rousse ébouriffée et touffue, toute en boucles que des rayons de soleil sont venus frapper au travers de la fenêtre placée juste derrière elle. La rétine de mes yeux en a été imprimée et je garderai, je pense pour toujours, cette image et l’émoi qui, depuis, ne me quittent plus.

En bon élève, j’ai rattrapé mon retard, fait l’écriture en respectant la taille des lettres et résolu le problème en un temps record. J’ai pu ainsi terminer de sortir toutes les affaires contenues dans mon cartable pour les ranger dans le casier de mon bureau, comme l’avaient fait mes camarades avant que je ne débarque, tambour battant, dans mon nouveau territoire.

En fin de journée, je connais les prénoms de tous les enfants de ma classe et le plus beau, c’est celui de la fille qui me fait face. Elle s’appelle Élyse.

J’essaie de l’observer sans être remarqué et je vois bien que je lui fais aussi de l’effet. Elle bredouille parfois et s’arrête de parler de sa voix presque inaudible. Elle fait semblant de m’éviter alors qu’on travaille en groupe, mais sourit jusqu’aux oreilles quand je m’arrange pour rester avec elle, ça me fait plaisir parce que j’ai constaté qu’elle a souvent un petit air triste. Cette année promet d’être sympa.

1 Le lac Vert ou lac de Soultzeren est un petit lac des Vosges dans le fond de la vallée de Munster

CHAPITRE 2

Élyse

Je prends ma douche et j’enfile mon pyjama tout en maudissant le mauvais sort qui m’a offert ce sale type comme beau-père. Je déteste tout en lui. Il est grand et gros et quand je suis à côté de lui, j’ai l’impression d’être un minuscule insecte qu’il pourrait écraser avec ses mains énormes. Ses joues et son nez rose me font penser à un cochon. Ce n’est pas méchant, c’est juste la vérité vraie. Il n’a pas beaucoup de cheveux et s’arrange comme il peut pour cacher la peau de son crâne. Moi, je le trouve vraiment moche. Gwladys, elle, dit qu’il est beau. À côté de lui, on dirait la Belle et la Bête. Elle est petite et mince et ne mange pas beaucoup pour garder la ligne. Que des salades et surtout pas de viande. Elle a des cheveux épais blonds qu’elle n’attache jamais, il ne veut pas. Et ses yeux sont presque comme les miens, mais en plus clairs, beaucoup plus clairs.

Quand j’étais petite, j’aimais bien la regarder. C’est sa bouche qui m’empêchait de venir chercher des câlins. Elle a toujours eu les lèvres serrées et quand elle les ouvre, ce n’est pas pour dire des gentillesses.

Je m’installe à mon bureau. Je relis ce que j’ai écrit et zut ! Il y a plein de zigouigouis rouges sous les mots. En fait, ils sont soulignés avec des vagues rouges et je comprends que j’ai fait plein de fautes. Je crois que c’est en conjugaison avec les auxiliaires. Quand je fais un « clic droit » ça me propose plusieurs solutions. Si je veux m’améliorer en français, je dois réussir à me corriger. Ça me prend du temps, mais je m’aperçois que ce sont toujours les mêmes fautes. J’oublie les négations et je mélange tout en conjugaison. Une fois que le correcteur d’orthographe ne me souligne plus mes erreurs, je continue de tout raconter à mon nouvel ami. Mes doigts s’agitent sur le clavier et je me lâche.

Journal d’Elise

Le repas s’est mal passé, comme très souvent. Tu dois savoir, RDC, que je suis une ingrate, trop gâtée et mal élevée. Je sens mauvais (ça, c’est parce que j’ai un parfum vanille-noix de coco que j’adore et que l’autre ne peut pas sentir) et je suis triste à faire peur. C’est lui qui me le répète. Lui ou l’autre, c’est Gervais, le mari tout nouveau de Gwladys. Il n’arrête pas d’être très désagréable avec moi. Ma « mère » qui est d’accord pour tout avec lui me regarde avec de gros yeux plein de reproches. Elle ne prend pas ma défense. Je n’existe plus pour elle depuis qu’il habite avec nous.

Il a encore piqué une crise ce soir. C’est toujours pareil. Je n’ai pas réussi à tout manger et Gervais m’a expliqué pour la dix-millième fois que je ne dois pas gâcher la nourriture qu’il met dans mon assiette. J’ai mordu ma langue pour ne pas lui cracher à la figure que ce n’était pas lui qui mettait la nourriture dans mon assiette, mais Jeannette, notre si gentille femme de ménage et cuisinière. Si je répondais, ce serait pire. Il m’a menacée, comme d’habitude, de m’obliger à retrouver la même assiette le lendemain midi. Heureusement, sa méchanceté lui a fait oublier que je mange tous les jours à la cantine. Jeannette jettera mes restes à la poubelle. Je l’adore, c’est ma Jeannette.

Ce soir, il m’a mis les nerfs en pelote. Il m’a gavée, mon moche-père de me crier dessus encore et encore. Je n’ai pas su me taire et j’ai osé rappeler que je n’aime pas la langue de bœuf. C’est vrai quoi, c’est son repas préféré, à lui et pas à moi ! Il est devenu aussi rouge que des tomates trop mûres et m’a renvoyée dans ma chambre. Pour lui, c’est une punition, pouf, pouf, pouf !

Je le hais, je le hais, je le hais, ce gros veau de Gervais. Mon RDC, je rêve des fois que je lui dis tout ce que je pense de lui. Dommage, c’est que des rêves. Quand il me crie ses méchancetés, je lui donne des noms d’animaux. Ça me fait du bien.

À chaque fois qu’il est méchant avec moi (et c’est souvent), et qu’il me répète que je suis une rien du tout qui deviendra rien du tout, je serre mes lèvres pour ne pas lui répondre et je me fais une promesse : un jour, je serai quelqu’un, j’aurai un bon métier et je lui dirai droit dans les yeux : « tu vois, t’avais tout faux, j’ai réussi ma vie. »

En vrai, RDC, t’es trop génial. Je t’écris et tu es comme un copain qui garde pour toujours mes secrets. Je commence à vraiment aimer l’idée de ma maîtresse.

Je vais t’avouer un truc qui me fait vachement honte. Je me demande parfois, si ma « mère » m’aime encore, ou pire, si elle m’aime depuis que je suis née. Ce n’est pas bien, je sais. Depuis qu’elle a rencontré « l’homme de sa vie », elle a changé, et pas en bien.

Tout tourne autour de lui. Et Gervais par-ci, et Gervais par-là. « Comme dit Gervais… » « Gervais pense que… » « Il ne faut pas dire cela sinon Gervais va se fâcher ». « Mais non, ne t’habille pas comme cela sinon Gervais va te trouver vulgaire ». « Parle moins fort, Gervais fait sa sieste… » Je crois qu’elle a peur de lui presque autant que moi.

Des fois, mais c’est rare, quand il est trop scotché sur moi et qu’il me regarde avec son air de dégoût (je dois avoir le même air quand je vois la langue de bœuf), elle m’aide à retourner dans ma chambre. Elle me punit pour de faux, du style :

— T’es trop insolente, dégage dans ta chambre.

Elle existe, respire et pense maintenant comme son petit-suisse. Quand il hausse le ton, Gwladys fait tout pour calmer son minou et va jusqu’à me mettre dehors, comme si j’étais responsable du caractère impossible de son homme de Néandertal.

Je ne t’écris pas tout, cher RDC parce que je ne veux pas que le gros bœuf prenne trop de place dans mon bébé intime, mais je peux te le dire, à toi : ma vie ici ne me plaît plus du tout et je rêve de m’évader loin, très très loin.

Mardi 10 octobre 2000

Avant lui, c’était moins pire. Elle me faisait des fois des bisous et elle ne me regardait pas avec ses yeux qui me collent sur ma chaise et qui me font comprendre que je dois me taire et surtout ne pas réagir, jamais.

Attends, RDC, je vais mieux t’expliquer. En fait, je n’ai pas de papa. Enfin, si, j’en ai un, c’est sûr, mais je ne le connaîtrai jamais. À ma naissance, j’étais trop moche, il n’a pas voulu de moi (paroles de Gwladys soufflées par son nouveau copain). Quand j’étais bébé et pendant cinq ans, on habitait à Nancy dans un petit appartement. Comme ma « mère » n’a jamais su cuisiner (elle était comme qui dirait allergique aux casseroles), elle achetait souvent des repas traiteur et les samedis soir elle m’emmenait dans des brasseries. Elle était secrétaire comptable pour une grande entreprise. Tout allait bien pour nous. À cet âge, je ne sentais pas mauvais et elle ne me trouvait pas encore moche à faire peur.

Même si elle ne me faisait pas beaucoup de câlins, me disait jamais qu’elle m’aimait, des fois elle me faisait des petits cadeaux. Elle m’achetait des livres ou des jouets, et aussi un parfum parce que j’adore sentir bon. J’étais heureuse, enfin, je crois.

Et puis, un jour, elle est venue me chercher à la garderie en pleurant. Elle m’a dit qu’elle n’avait plus de travail. Je n’ai pas bien compris. Mais finis les repas et les sorties en brasserie. On mangeait du riz et des pâtes au beurre, du jambon et du fromage râpé. Moi, j’aimais plutôt bien.

Tu vois, RDC, je n’écris jamais maman quand je parle d’elle. Des fois j’écris que c’est ma « mère » et je mets des guillemets. Je t’explique : un jour, Gwladys n’a plus voulu que je l’appelle maman. Comme ça, pfff, terminé. Je ne sais pas pourquoi.

Déjà, elle n’avait pas l’habitude de sourire, mais depuis qu’elle n’avait plus de travail, c’était encore pire. Elle faisait souvent la soupe à la grimace (ma maîtresse utilise souvent cette expression quand un élève fait la tête) ! Heureusement, j’allais à l’école ! Elle me mettait très tôt le matin à la garderie. Je mangeais à la cantine à midi. J’avais des copines et on jouait jusqu’à la fin de l’heure de garderie. C’était pareil pour ma copine V’la (j’ai donné ce surnom à ma meilleure copine et c’est devenu son prénom entre nous).

Un soir, ma « mère » est venue me chercher plus tôt que d’habitude. Elle souriait, un vrai sourire banane. Je me souviens presque de tous les mots de ce moment :

— J’ai une bonne nouvelle, j’ai trouvé du travail. Le seul souci, c’est que nous allons quitter Nancy pour partir habiter en Meuse. Tu verras, on sera heureuses là-bas.

Je n’ai pas tout compris, mais j’avais chaud dans le cœur de voir Gwladys sourire. Et puis, quand elle a fait les cartons, j’ai compris qu’on changeait d’endroit de vie.

Comme une fois je pleurais dans un coin de la garderie, V’la est venue pour me consoler. Alors j’ai dit à ma copine pour la vie que je partais bientôt. Elle a répondu, comme d’habitude « Ben v’la aut’ chose ! »

Mon RDC, tu comprends, maintenant pourquoi c’est son petit nom ! Et même si je réfléchis longtemps, je ne me rappelle plus de son prénom parce que je l’ai toujours appelée V’la.

Quand elle a compris que dans deux mois, je ne serai plus avec elle, V’la a pleuré. Un jour, je suis arrivée à la garderie et elle n’a pas dit un mot. Elle a pris ma main et on a été sous notre escalier pour nous cacher. Elle m’a fait un gros bisou et m’a mis une drôle de peluche dans la main.

— Elle s’appelle Fifi. J’ai la même. Tu verras, elles sont magiques.

J’ai regardé ma Fifi, elle n’avait presque plus de poils. Je l’observe, là pour te la décrire : elle est recousue avec deux bouts de tissus, un gros ovale sur le ventre et un autre carré. Je pense que le bras droit s’est détaché, un jour, je vois bien qu’il est plus court que l’autre. Ma Fifi a une queue, c’est un bout de ficelle. Elle ne ressemble plus à la jolie peluche qu’elle était et elle a perdu l’odeur de V’la, du coup, je suis triste. Mais je l’aime, enfin, je les aime, V’la et ma Fifi, de tout mon cœur.

Pour de vrai, les Fifi sont magiques. Si ! Elles parlent, mais seulement à leur inséparable (V’la et moi). Depuis que je l’ai, Fifi est toujours avec moi. Elle connaît tout sur moi depuis plus longtemps que toi. Elle me dit de gentilles choses, me câline, m’empêche même des fois de pleurer. Sans elle, je ne sais pas ce que je ferais. Tu n’es pas jaloux, hein, mon RDC ?

Je continue mon histoire pour que tu comprennes bien. J’ai terminé ma grande section de maternelle rue de Boudonville et le 1er juillet, nous avons quitté Nancy. V’la a crié à me péter les tympans quand je suis montée dans la voiture pour suivre le camion de déménagement : « Pas ma Lili, pas ma Lili ! »

Heureusement que sa maman la serrait dans ses bras parce que je crois qu’elle voulait courir derrière nous. Des fois, j’entends encore ses cris quand je pense à elle.

Et nous sommes arrivées à la campagne, dans le village d’Euville, au pays des madeleines.

Fifi et moi, nous l’avons adoré, ce village, depuis le premier jour. J’ai eu comme un coup de foudre.

Nous habitions au 5 rue des Carrières, dans un appartement au-dessus du bureau de la Poste qui touche la belle église. Très vite, je m’y suis sentie super bien. Nous étions au centre et c’était très animé. Comme à Nancy, j’entendais le bruit des voitures. Les cloches sonnent encore aujourd’hui toutes les heures et font chanter l’Angélus à 7 heures, 12 heures et 19 heures.

Gwladys nous emmenait en balade et Fifi restait au chaud contre mon cou à regarder tout autour d’elle. Nous longions le petit ruisseau, le terrain de handball puis nous nous promenions dans les lotissements pour rejoindre la place du village avec sa grande mairie.

J’ai appris à l’école qu’elle appartient à un mouvement artistique : « l’École de Nancy », des fois, on dit « Art Nouveau ». Je passe tous les jours devant et je la trouve super belle. Sur la façade, il y a des balcons et les pierres sont sculptées avec des feuilles de marronnier, je crois. À l’intérieur, il y a un immense escalier. On marche sur de la pierre, mais pour ne pas tomber, il y a une barrière toute en fer très décorée. Il y a des grandes fenêtres avec des vitraux qui représentent des décors de la nature.

À chaque fois que je la longe pour aller jusqu’aux portes de ma classe, je me dis que vraiment il y a des artistes qui savent montrer le beau de la vie. Cette mairie, je ne m’en lasse pas, car je t’assure, mon RDC, qu’elle vaut vraiment le détour !

Erwan

Mardi 10 octobre 2000

Je veux comprendre (en écrivant, ça va peut-être m’aider) pourquoi, même ici, ils me regardent bizarrement, pourquoi je n’ai jamais de vrais amis. Pourquoi tout, quoi ! Depuis tout petit, ma mémoire engrange de façon définitive toutes les informations qui lui parviennent : les mots qu’on me dit, y compris les expressions compliquées. J’ai parlé très tôt comme mes parents puis comme Vince, mon « nounou » homme. Chez moi, ils ont toujours trouvé ça normal. On n’a pas beaucoup de famille, j’ai été entouré uniquement d’adultes, je n’ai donc pas tout de suite vu que je ne suis pas vraiment comme les enfants de mon âge.

À la maison, il n’y a pas la télé. Nous nous amusons avec des jeux de société. Pour me faire plaisir, on m’a offert des livres, emmené à la médiathèque du Tilleul de Gérardmer, trimballé dans les musées et les centres culturels de la région. Et moi, j’ai tout avalé, gobé, enregistré.

Depuis que je fais des phrases, tout le monde s’émerveille « Quelle intelligence pour un si petit bout de chou ! Il a quel âge ? Mais comment sait-il tout ça ? »

Pendant que les copains campaient devant la télé, moi, je construisais des cabanes avec des couvertures que supportait mon lit et parfois même des chaises. Grâce à mon imagination déjà infinie, je devenais le héros des histoires que je rejouais : Peter Pan, Luke Sky Walker (nous allions aussi au cinéma) et j’en passe.

Par contre, quand mes camarades parlaient de films ou d’émissions qu’ils avaient vus la veille, je séchais. Et donc je ne pouvais pas participer aux jeux ni aux discussions. Forcément, j’étais mis à l’écart.

Les livres étant mes amis, à 3 ans, je connaissais l’alphabet et je combinais les sons. À 4 ans, je lisais couramment et j’écrivais déjà pas mal. Très tôt, à l'école, ils ont proposé de me faire sauter une classe, mes parents ont refusé. Une fois, mamoune s’est fâchée : « Et puis quoi, il va arriver au baccalauréat à 15 ou 16 ans ! Mais pour quoi faire ? Non, non, non ! Si besoin, occupez-le avec des livres, donnez-lui plus de travail, proposez-lui de préparer des exposés. Hors de question d’en faire un singe savant ! »

Mes parents souhaitaient que je profite de tous les avantages de la maternelle et surtout du jeu. En plus, mon enseignant était génial et je ne me suis pas ennuyé.

Tout ça pour dire que je suis un excellent élève, incapable de parler autrement qu’avec un vocabulaire châtié et trop à l’ouest pour mes copains qui m’intègrent difficilement. Alors trop souvent à mon goût, ils me font ressentir que je leur semble étrange, qu’ils ne me comprennent pas et m’envoient balader, rarement gentiment. J’essaie pourtant de simplifier mes phrases, mais ça ne fonctionne pas toujours. En CM2, j’écris déjà pratiquement sans fautes et il y a peu de matières qui me posent problème, à part tout ce qui touche au sport. Là, c’est véritablement une catastrophe. Ce n’est vraiment pas mon truc. Bien sûr, mes camarades en profitent pour se moquer de moi.

En fait, il faut que je l’accepte une bonne fois pour toutes : je ne suis pas normal. Je n’y peux rien, je suis comme ça, et c’est tout. J’ai bien essayé de rater des évaluations, d’arrêter de participer, cela ne me rapportait pas plus de copains.

Jamais je n’ai parlé à mes parents de cette différence que j’ai du mal à porter. Pour mamoune et papou, je représentais « leur soleil », « leur grand bonheur ». Avec eux, j’ai toujours été heureux. Ils ont tout fait pour moi. Grâce à eux qui m’ont doté de tous les jeux, livres ou encyclopédies que je désirais, je sais m’occuper tout seul, mais parfois, ça me pèse. J’aimerais partager mes passions avec quelqu’un de mon âge.

Très tôt, j’ai eu une « nounou » à domicile. Pendant que mes parents travaillaient à l’hôtel-restaurant, elle me surveillait et avait pour tâche essentielle de m’éveiller le plus possible. Nous avons fréquenté une ludothèque et je suis devenu expert en jeux de société. Je n’ai jamais mis les pieds à la garderie, je pense que cela m’aurait aidé à m’adapter aux jeunes de mon âge.

Je n’ai pas souffert de l’absence de ma mère et de mon père, parce qu’ils s’arrangeaient toujours pour que l’un ou l’autre rentre pour être avec moi le plus tôt possible et veille à ce que j’occupe sainement mon temps libre.

La nounou est partie et Vince est arrivé, j’avais 4 ans. Cet étudiant américain est venu comme « au pair », au départ pour une année. Il est resté jusqu’à la mort de papa.

Avec Vince, nous sommes sortis par tous les temps. J’ai tout fait avec lui : du camping sauvage, du bateau (je suis un pro en navigation à bord d’un Optimist), des cabanes dans les bois. J’ai même pu conduire la voiture sur des chemins blancs, assis sur ses genoux.

J’ai appris ainsi beaucoup de choses, mais pas à vivre avec des enfants. Quand je parle, au bout d’un moment, mes camarades croient que je fais mon intéressant et m’appellent « l’intello » ou le chouchou de la maîtresse (ça encore c’est gentil). D’autres se bouchent les oreilles et me font comprendre que je devrais me taire. Le pire, c’est quand ils chuchotent et partent plus loin, me laissant planté comme une endive, au milieu de la cour. Heureusement que je suis grand et un peu costaud, ils cherchent rarement les coups.

Élyse, elle, ne me regarde pas comme les autres. Elle ne m’évite pas, ne détourne pas la tête quand je m’adresse à elle. Je vois bien qu’elle aime être avec moi. Elle ne parle pas beaucoup. J’ai vraiment envie de la connaître mieux. Pourvu que je ne lui fasse pas peur si un jour on devient copains !

Élyse

Mercredi 11 octobre 2000

Déjà 10 pages. Madame Touret a raison, même si on est jeune, on a plein de choses à raconter. Nous travaillons le passé composé en ce moment. C’est vachement compliqué et je comprends maintenant la différence entre les temps du passé, mais j’ai encore du mal. À l’aide des leçons de ma maîtresse et du correcteur de mon ordi, je vais faire moins de fautes de conjugaison, c’est sûr.

Ce n’est pas comme Erwan. Lui, il est super fort. Il est incroyable même. Il connaît des mots que je n’ai jamais entendus. Il explique plein de choses et il a même dit à madame Touret que la date qu’elle nous donnait en histoire de France n’était pas bonne. Il était tout rouge. J’ai l’impression qu’il était malheureux. Je ne comprends pas, c’est génial de savoir presque tout ! Il ne lève pas trop la main, mais je sais, maintenant, qu’il connaît presque toutes les réponses. Les autres élèves, des fois, se regardent l’air de se dire : « Il ne pourrait pas se taire un peu celui-là ? »

Moi, je le trouve trop cool et je crois que c’est pareil pour lui avec moi.

Je vais lui faire rencontrer une personne géniale, qui m’aime comme je suis. Je vois bien qu’il est des fois un peu triste des mots jaloux des copains de la classe. Elle, elle l’adorera aussi, c’est sûr !

Vendredi 13 octobre 2000

Maintenant, mon bébé intime, je te raconte mon Commercy et mon Euville.

À peine on était arrivées dans notre nouveau logement que « ma mère » a travaillé. Elle était secrétaire dans une entreprise qui fabrique la spécialité du coin : les madeleines. Pendant les vacances, j’étais inscrite au centre aéré et j’étais parfois gardée par Fred. Il s’occupe du café-restaurant. Il me préparait un délicieux chocolat chaud et m’aidait à faire mes devoirs.

À l’école, j’ai appris qu’il y a un grand château à Commercy parce qu’un roi est venu de Pologne pour y habiter : il s’appelait Stanislas. Je le connais bien, il a fait aussi parler de lui à Nancy. On ne voit que ce grand personnage sur une grande place. Dans une leçon, j’ai appris qu’il avait aussi un château à Lunéville et qu’un nain appelé « Bébé » l’égayait de ses péripéties (c’était les mots à apprendre). La légende raconte que c’est grâce à sa cuisinière qu’on se régale avec les fameuses madeleines de Commercy. Allez, je vais faire ma maligne en recopiant les mots que madame Touret a utilisés pour te faire découvrir cette belle histoire.

Un jour, alors que le roi Stanislas honorait de sa présence la petite ville commercienne, il a goûté un gâteau qu’il a trouvé délicieux. À sa demande, la cuisinière est venue se présenter et, pour la féliciter de sa merveilleuse recette, il a appelé le gâteau de son prénom : Madeleine. C’est une spécialité très connue puisqu’un certain écrivain qui porte un nom rigolo : Proust (ça me fait penser à ouste ! ou à prout !) en a fait toute une caisse dans un roman.

Ouh là là, mon RDC, je m’y perds dans mon histoire. Où est-ce que j’en étais ? Ah oui, je me souviens. Donc Gwladys est allée travailler comme secrétaire aux Madeleines.