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Cet ouvrage sur ce que représente d’être Écrivain-Biographe aujourd’hui ou comment le devenir, porte en lui maintes orientations, littéraires, relationnelles, documentaires, rédactionnelles, médiatiques. Avec pour axes principaux de multiples ouvertures sur des terrains moins abordés par les biographes du moment, ne sont pas uniquement traitées, loin de là, les possibilités d’écrire les mémoires de gens en vue ou de personnes anonymes vivantes ou disparues. On y trouve en outre, un champ de vision très documenté sur de vastes pistes de travail. Angles de vue à travers la société actuelle ou en regard de l’Histoire contemporaine, ses pistes sont autant abondantes qu’inédites. À travers sources et commentaires, fragments de textes, références, adresses, contacts, conseils, exemples, recommandations, points de vue, subjectifs quelquefois, objectifs souvent, avec ses informations nourries, dans tous ses aspects le propos a plusieurs buts : ouvrir, informer, étendre, élargir.
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Seitenzahl: 430
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Première partie/
Auteurs, Biographes, de l’ombre à la lumière
Chapitre N°1:Chroniqueurs de l’intime et passeurs de souvenirs
Aux racines de l’esclavage pour servir l’histoire des autres
Célèbres malgré tout, les nègres littéraires le prix de leur silence
Seconde Partie/
Les grandes pistes de travail
Chapitre N °2 Écrire sous l’angle de l’actualité
Reflux, solidarités, rejets, alliances métissées, tout fait le tissus humain à présent
Chapitre N °3 Écrire sous l’angle de l’Histoire contemporaine
L’amnésie, une pathologie française
7 motifs dominants pour inscrire la plume des biographes dans la marche du monde
Chapitre N °4 L’Histoire d’Hier est celle d’Aujourd’hui
Chapitre N °5 Au cœur de la société une pléade de trajectoires
Prendre en marche le train des Success Story
La civilisation du Moi trésor de guerre des biographes
Chapitre N°7 Entrée des artistes, par delà le grand écran et derrière le rideau rouge
Le Sésame du métier, les agents de comédiens et les annuaires du spectacle
Troisième partie/
Étayer sa charpente d'auteur & de Biographe
Chapitre N °8 Et donner des ailes à sa propre légende
Quatrième partie/
Émulation, concurrence, budgets
Chapitre N °9 Qui seraient vos concurrents désormais ?
Ils pourraient devenir de sérieux rivaux ou vos futurs narrateurs
Se vendre quoiqu’il advienne?
Cinquième partie/
L’organisation du travail,son environnement
Chapitre N °11 Biographie, le grand ménage intérieur/extérieur
Chapitre N °12 L’acte biographique :simple quête du passé ou psychanalyse?
Influences & cuisine rédactionnelle, comment gérer l’entourage
Les bienfaits d’une oxygenation cérébrale comme domestique
Sixième Partie/
L’oreille biographique:les interviews & l’écoute
Chapitre N °13 Prévoir et conduire les interviews
Afin d’éviter les premiers égarements
Les petits cailloux des gens de presse
Chapitre N °14 Les 5 adverbes magiques pivot du questionnement fondamental
Les 5 sens de la nostalgie
15 notions précieuses pour un inventaire affectif
La question fondatrice :devoir de mémoire pourquoi, pour qui ?
Charmes inégalables du stylo plume
L’écoute à sens unique et le langage de l’autre
Septième Partie/
La Rédaction
Chapitre N°15 Courte traversée historique et littéraire du genre
Bref survol des littératures de l’ego, hardies, contestataires ou licencieuses
100 concepts imagés pour nourrir l’impulsion, avec ses formules écrites et des angles de vue pour animer le récit
Les images de la mémoire: 500 mots ou notions évoquant le passé avec locutions, équivalences ou substantifs
Huitième Partie/
Leur existence est-elle un véritable roman ?
Chapitre N°16 Du quiproquo au malentendu,comme au théâtre
Confort, luxe et volupté d’écrire:
Chapitre N °17 Avec la trame romanesque pour seconde étoile
De si jeunes auteurs…
Neuvième Partie/
Chapitre N°18 Les écrivains-biographes,questions d’identité et de sauvegarde
Dixième Partie/
Les Corrections
Chapitre N°19 Auteurs entre delirium et méditation salutaire
Onzième Partie/
Publier autrement
Chapitre N °20 Les maisons d’édition traditionnelles, les encombrer ou un peu moins ?
Publier ses propres ouvrages:édition participative, autopublication, édition à la demande ou à compte d’auteur
Moi édité? Non je refuse annonçent-ils
DouzièmePartie/
Festivals, rencontres, manifestations, communication
Chapitre N °22 Salons de la Biographie, lieux d’échanges,évènements, villages du livre. Prix pour la Biographie, aides et Bourses
Annexes :
normes et prérogatives en matière de droits d’auteur et en ce qui concerne les déclarations d’activité
Libres sont les oiseaux de nuit et les bateliers de la mémoire. Enfin, s’ils préfèrent la liberté.
Fécond je le crois, profitable je l’espère, formateur pour ceux qui veulent aller loin dans la connaissance de cette voie, ces chapitres sur ce que représente d’être auteur-biographe actuellement ou de le devenir, portent en eux plusieurs orientations. Ne sont pas uniquement traitées, loin de là, les possibilités d’écrire les mémoires de gens en vue ou de personnes anonymes, vivantes ou disparues.
Auteurs récents ou beaucoup moins, plumes aguerries voulant se diversifier, souris de bibliothèques, amateurs éclairés à la recherche de conceptions différentes, chacun aura sa vision de ce drôle de métier : biographe. Ils y trouveront en outre, un spectre documenté pour de vastes pistes de travail, elles sont à retenir selon les exigences, les inclinations, les besoins. Et des biographes aventuriers qui franchissent les continents aux autobiographes en chambre, jusqu’aux aux nègres ou aux « auteurs métis », il n’y est pas seulement question de parcourir les incalculables formes à prendre pour entrer dans la lumière ou de choisir la part de l’ombre en devenant nègre.
Être nègre est un choix possible, je n’en ai pas eu l’envie pour ma part. Ni dans mes débuts, moins encore en 2007 où un vieil idéaliste me proposera de tracer son histoire, mais en mon nom. Cette année là, l’écrivain, philosophe 1Alain Finkielkraut est parmi les seuls à user de l’expression, non pas de nègre, mais d’ « Écrivain fantôme ». Il cite le film de Roman Polanski The Ghostwriter. Offrant ainsi la traduction à la française de l’expression anglophone, il met en situation l’ombre portée sur l’auteur clandestin.
Une période étonnante l’année 2007, celle où l’on vit l’intrépide madame Royal, déclarer, les pieds bien plantés sur la Grande Muraille : «[].qui n’est pas venu sur la Grande Muraille n’est pas un brave, et qui vient sur la Grande Muraille conquiert la « bravitude ».
Son néologisme pour le moins baroque déclenchera des vagues de railleries. Bien avant celui-ci, d’autres suffixes placés derrière le radical avaient moins porté au sarcasme : solitude, inquiétude, incertitude, servitude, négritude…
Négritude, la connotation liée à l’esclavagisme, par conséquent à la position d’hostilité violente envers un groupe racial, fait qu’elle en devient de plus en plus toxique aujourd’hui. Une forme politiquement correcte fait qu’on l’emploie en la cernant entre des guillemets de temps à autre. Ce serait heureux qu’elle disparaisse, tout bonnement.
Considéré dans l’entre-deux-guerres comme un courant politique et littéraire, la Négritude pourtant avait eut pour dessein de rassembler de belles signatures noires de la francophonie. À l’occasion de son intronisation à l’Académie Française, l’écrivain voyageur Haïtien 2Dany Laferrière qui évoqua dans son discours, Haïti, le Québec et les grandes figures de ce mouvement, rapportera que pour lui : «ce fut d’abord un trio qui inscrivit la dignité nègre au fronton de Paris » : le Martiniquais Aimé Césaire, le Guyanais Léon-Gontran Damas, et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor. [] »
La dignité n’est plus ce qu’elle était et l’image de l’assujettissement, si offensante pour ceux qui furent le bien meuble exploitable à l’envie au temps des traites négrières, et encore à notre époque, n’amuse-t-elle pas toujours le public en matière rédactionnelle, de la même façon qu’elle l’égayait autrefois ? Certains auteurs ont fini par admettent d’être appelés ainsi ou se contentent de reproduire les interviews sans les réécrire totalement, comme le ferait un copiste scrupuleux.
Pour l’étrange «métier » de biographe on trouve autant de variantes à présent que de tonalités aux palettes des peintres. Il y a plus encore d’options biographiques permettant d’animer les histoires de vies. L’architecture du récit sera fonction des requêtes, des multiples suggestions que l’on pourra faire à ceux qu’il est convenu d’appeler : les Narrateurs.
Je, tu, il, vous, voici la valse des pronoms. Se posera seulement l’énigme de l’orientation à décider en tant qu’auteur et biographe. Sera-t-on écrivain à part entière ou il y aura-t-il d’autres aménagements plus ou moins confortables ? Que le manuscrit soit publié ou non, qu’il soit réalisé pour la beauté du geste ou en tant que cosignataire ou bien comme auteur unique, on me l’a demandé plusieurs fois, j’appartiens donc à la tranche de ceux qui signent leurs textes. Ce qui est fort bien accepté d’ailleurs.
Mais en ce qui vous concerne, êtes-vous, serez-vous l’écrivain secret des anonymes ? Si vous choisissez la voie biographique de toute façon abeille ouvrière des souvenances vous le deviendrez.
Bien après qu’on ait soupçonné l’intervention de Pierre Corneille dans l’œuvre de Molière, des lustres après l’armée de l’ombre agissant sous le nom d’Alexandre Dumas, juste pour le coup d’œil revenons seulement vers le siècle dernier. Ne serait-ce que pour avoir une idée du système de pensée d’alors, pour se mettre en mots situons nous déjà à la fin des trente glorieuses qui s’étendirent de la fin de la Seconde Guerre jusqu’aux sixties. Passé l’expansion économique fulgurante, puis la folle démographie qui donna son baby boom vertigineux, vers le milieu des années soixante-dix il était toujours de mise de déconsidérer les forçats de l’écriture. Ceux, qui, voués à la nébuleuse se coltinaient des travaux gigantesques. En dépit des mutations sociales qui virent la renaissance des pays dévastés par le second conflit mondial, ces auteurs là, qui avaient le sens de la tournure allié à une idée certaine de la confidentialité, demeuraient des plumes à peine visibles. Hors leurs œuvres personnelles, pour des ouvrages finissant sous le nom de gloires en vue il ne serait pas venu à l’idée d’admettre qu’ils étaient, des auteurs à part entière. Beaucoup de gens ignorent qui a été la plus productive d’entre eux à l’époque, Marcelle Routier.
Romancière, journaliste, dramaturge, best-seller prolifique du reflet littéraire de 1960 à 1995 environ, célèbre malgré elle celle-ci parlait de son approche littéraire avec la circonspection réservée que se reconnaitront les spécialistes de l’écrit au secret. Hors ses propres romans bien-sûr ou lorsqu’elle signait ses parutions journalistiques, au mieux on pourra voir son nom donné sur la page de garde avec quelques mots sibyllins du genre : « propos recueillis par », « avec la collaboration de », « avec l’aide de », « écrit avec la journaliste… ». Certains de ses narrateurs la remercieront en exergue, mais elle restera d’autant pudique sur son implication littéraire, qu’elle ne s’occupait pas seulement de figures célèbres telles Piaf ou Michelle Morgan. La plus secrète des biographes ne cachera pas toujours d’avoir recueilli certains souvenirs toutefois, comme ceux de l’artiste peintre Hélène de Beauvoir la sœur de Simone
Au cours de deux années d’investigations elle récoltera discrètement les douloureux témoignages d’une centaine de rapatriés, l’ensemble sera publié chez Stock. Une retenue qui peut se comprendre dans certaines situations puisqu’elle traduira l’inimaginable. En particulier dans Sursis pour l’orchestre (Editeur : n/a 1982) elle libérait la parole de la chanteuse Fania Fénelon qui appartint à l’orchestre de femmes d’Auschwitz. À l’intérieur ou devant le Block 24, sur les lieux de travaux forcés, selon les ordres SS les formations d’instrumentistes escortent les marches du travail, jouent lors d’exécutions ou produisent de vrais concerts. Il en fut ainsi à Térézin, à Birkenau, comme dans une vingtaine d’autres camps d’extermination ou de déportation. De la Pologne à la Yougoslavie où la musique, ainsi que les chants de déportés instrumentistes hommes ou femmes ont scandé la désespérance. En retrait également elle œuvrera sur « J’ai donné la vie dans un camp de la mort », parution aux éditions J’ai lu en 1999 à propos de la résistante française Madeleine Aylmer-Roubenne. Celle-ci donna le jour à sa fille 3Sylvie Aylmer dans l’un des pires lieux qui fut, Ravensbrück.
Humaniste, témoin de son temps et du passé, Marcelle Routier sera aux infortunés, aux sans grades comme aux personnages réputés, ce que 4Françoise Verny fut à l’édition : une papesse, en moins spectaculaire.
Les périodes ont un peu évolué au sujet des coulisses de l’écriture, sans doute la colère d’Anne Bragance y est-elle pour quelque chose. Ceci après l’affaire de son livre « La Nuit du sérail ». Un titre à retombées mondiales qu’elle écrivit pour le Prince Michel de Grèce en 1983, sans voir son nom apparaître (. Suite à ce manquement, pour lequel les avocats de Michel de Grèce jouèrent sur la complexité de cession des Droits entre les États-Unis et la France, son action certainement n’a pas été étrangère à une évolution de la démarche de négritude. Un procès retentissant allait passer par là pour donner à voir toute l’ambivalence de faire écrire par autrui. S’affichant ou pas, aussi repérables qu’Anne Bragance sont les hautes signatures qui inscriront dorénavant leurs répliques comme auteurs-chimère.
De Max Gallo à Basile de Koch, fameux nègres en littérature ils se bousculent sur les rayonnages. L’académicien, acharné bourlingueur Erik Orsenna qui siège au Conseil d’Etat, Patrick Rambaud Prix Goncourt ainsi que Grand lauréat prix du roman de l’Académie française et bien d’autres joliment primés. L’auteur de Best Sellers Dan Franck, romancier, scénariste prolifique et labellisé lui aussi avec le Prix Renaudot notamment, demeure parmi les mieux reconnus. Celui-ci a rédigé une soixantaine de témoignages ou documents biographiques pour autrui, mais s’est toujours refusé de jouer le prête-plume au bénéfice d’un quelconque titre romanesque.
Idée à développer pour d’autres domaines, les lieux et les objets, dans sa volumineuse production on trouve un 5trio savoureux d’ouvrages dédiés à la biographie de rendez-vous littéraires et bistrots d’artistes.
Ils firent l’histoire de Montmartre, de Saint-Germain des Près, de Montparnasse.
Comment s’évalue le prix à payer des signatures qu’on escamote ? D’un point de vue palpable, jadis, au profit d’une gloire au zénith tout en haut de la pyramide Marcelle Routier demandait dans les 22 000 de nos euros environ en à valoir sur ses ventes futures. Anne Bragance pour sa part fut payée ridiculement en regard du succès considérable de l’ouvrage, 17000€ env, ceci pour l’écriture entière de la « Nuit du Sérail ». Toujours dans les années quatre-vingt, concernant un public élargi il faut savoir que pour un nègre moins côté, un peignage, (l’opération d’assainissement d’un livre en partie rédigé), se négociait par forfait entre 760 € et 1500€ env. Ce sont des estimations en regard de l’époque. Ont-elles beaucoup évolués de nos jours, sensiblement, bien que certains auteurs doivent se satisfaire d’une aumône allant de 20 000€ à 40 000 € pour la biographie complète d’un ersatz de vedette, ceci avec cinq à six mois de travail au minimum.
C’est plus approprié en comparaison de Jean-François Kervéa qui, en 2001, n’eut que 15 000 € pour coucher les souvenirs de Loana Petrucciani sur le papier. Chez cet éditeur, la négritude absolue subsistait encore. En définitive Kervéa serait présent comme coauteur à l’intérieur des pages. La starlette elle-même empochant dix fois plus pour s’être livrée.
Pour ce genre de travaux consacrés à des personnes médiatisées, si l’on s’appuie sur un prix public de 20€ l’exemplaire actuellement, au mieux la majorité des biographes touchera entre 1,60€ à 2€40 par livre publié vendu en édition traditionnelle. Nonobstant, quelques auteurs pourront accéder aux sommets s’il a s’agit de l’histoire de personnalités de renom sur la scène internationale, politique ou du spectacle.
Jacques Chirac accepta de partager le fruit de ses mémoires pour un montant confidentiel. Michel Drucker de son côté avait promis à l’écrivain Calixte Beyala 200 000 € pour rédiger les réponses qu’il serait sensé faire à Régis Debray dans un ouvrage d’entretiens.
À l’heure où les peoples n’ont la côte qu’on veut bien leur octroyer, portées au pinacle ou expédiées aux oubliettes du jour au lendemain, dans l’ère où les poupées péri-oxygénées soulèvent les lecteurs esbaudis, il arrive que le travail d’écriture dépasse les 40 000 €. Les figures de l’actualité fugitives ou pérennes, admettant que leurs pages soient coécrites par d’authentiques écrivains. Raison pour laquelle il arrive que le milieu éditorial use de temps à autre d’une expression plus récente. Il ne s’agira pas de nègres, mais « d’auteurs métis ». Est-ce moins dépréciatif, pas sûr, sournois de toute manière.
Ce qu’il convient d’adopter à jamais pour les auteurs nouvelle cuvée prêtant efforts, leur temps, leurs mots, leur talent à autrui, est d’apposer définitivement leur nom sur la couverture ou bien la page de garde peut effacer l’anonymat. Effacement qu’a résolu Catherine Sigurel qui cosigna la rédaction de l’égérie de Chanel de l’ère quatre-vingt-dix, Claudia Schaeffer.
Ce sera 50 000 € pour la biographie du Top Modèle allemand. Ce genre de pic financier n’arrivant que tous les dix ans. Aux dires de Catherine Sigurel qui, en quatorze années a tracé ou coécrit trente-cinq ouvrages dont quatre romans sous son nom et le nécessaire 6« Enfin nue, Confessions d’un nègre littéraire » chez Intervista édition.
Afin de compléter, en Note de bas de page j’insère deux liens d’articles édifiants et remarquablement documentés sur ce thème. Bien que publiés en 2007 et en 2010, ils sont toujours d’une actualité criante. Sous la griffe d’Alexandre K.
Ounadjela le 1er papier 7«Fantôme, deuxième plume, pour en finir avec le « nègre » est paru chez Rue 89/L’Obs.Sorti dans l’Express, le second « Molière trahi par l’ordinateur », est de 8Claire Chartier rédactrice en chef du service Société du magazine.
Quel est votre sentiment au sujet de la Négritude, avez-vous une opinion négative et tranchée ou pensez-vous que la mienne est trop radicale ?
Un clin d’œil pour faire la jointure, avec les bourdes orthographiques, coquilles, barbarismes, le regard extérieur sur les absences diverses vous fait-il perdre votre Latin ? Délits de grammaire, frasques de l’étourderie, lubies du langage, tout ceux qui raturent, réécrivent, ne sauraient oublier ceci, quoi qu’on fasse il y a toujours des absences, des perles, des coquilles lors des relectures. N’ayez crainte, cet avertissement je me le fais à moi-même.
En attendant que vous ne repériez mes erreurs funestes, égarements et digressions, distrayons-nous de nos complexes, penchons nous sur nos tares, réjouissons-nous de celles des autres.
Car les toquades syntaxiques, les vacarmes littéraires, un bon nombre de grandes plumes d’hier et d’aujourd’hui n’y échappent pas.
Ignoriez-vous que Zola allait publier : « Oui, nous partons, dit Pierre, qui se détourna, cherchant son chapeau pour s’essuyer les yeux. » Ou bien que Ponson du Terrail coucha sur sa feuille : « Le vieux gentilhomme se promenait tout seul dans son parc, les mains derrière le dos en lisant son journal ». Saviez-vous que Lamartine s’accorda, selon Sainte-Beuve, un excès de licences littéraires, inversions contorsions, tortillements et autres défections tout exprès façonnées pour que sa poésie en vers trouve son compte de syllabes. Il est plutôt rassurant de se souvenir que la Marquise de Sévigné fut plutôt en conflit avec certains usages de la grammaire ou que Balzac exécuta quelques espiègleries du genre : « Je n’y vois plus clair, dit la vieille aveugle ».
« Il faut les yeux de la raison pour se corriger », dira Voltaire, l’infatigable polémiste. En 1764 lui-même allait démasquer deux cents fantaisies orthographiques lors des corrections de la somme imaginée au cours d'un souper philosophique chez Frédéric II à Postdam, en 1752. Pour ce projet vertigineux d’une encyclopédie à mettre en poche contre les sots et les dévots, il improvisera quelques articles, mais ne reprendrait l’idée que douze ans plus tard sous le titre de 9« Dictionnaire philosophique portatif »
Des signatures telle celle de10Proust avec ses longueurs de phrases interminables ne sont pas exemptes non plus de lubies syntaxiques. Sa correspondance non datée en atteste. Avec Anouilh, avec Cocteau, on voit du goût pour l’aventure grammairienne. De nos jours Daniel Picouly, Daniel Pennac, Erik Orsenna, admettent qu’ils eurent des doutes en ce sens.
Restif de la Bretonne lui, ne fit pas grand cas de quelconques règles pour, non pas nous donner sa vision des biographes, mais pour signer son « Glossographe », une réforme très particulière du langage. Berger de son état, typographe, libertin édité sous le manteau, déiste athée, libre penseur, ce paysan citadin tourmenté du premier aux cent quatre-vingt quatorzième volumes par le sexe et la vertu, suggéra également un retournement de situation de la prostitution dans « Le Pornographe ». Par là même il commettra des variantes formatrices pour l’éducation des filles dans « Les Gynographes », puis des garçons dans « L’Andrographe », et autres rénovation des lois et de la société dans « Les Thesmographes ». Ainsi que des changements de décors réformateurs pour le Théâtre dans « Le Mimographe », on ne saurait être plus réformographe…
« L’orthographe est comme la propreté, une question de respect de l’autre, elle permet d’être intelligent [] Chaque auteur faisant son propre jeu avec l’ensemble les normes plus ou moins ludiques qui règlent notre langue », il y a quelques années c’est ce que déclarait le malicieux dramaturge, auteur et metteur en scène, Éric-Emmanuel Schmitt. C’était à l’occasion de l’évènement qui, en quelque sorte fait un relais avec les 11 « Dicos d’or » et qu’on connait maintenant sous la désignation facétieuse de 12« Dictée des Timbrés de l’Orthographe ».
Bernard pivot a refermé nos cahiers d’école le 22 janvier 2005 avec une ultime dictée nostalgique à l’Académie Fratellini. Étourdissantes règles de la Langue française faites pour donner ses coups de plumeau à nos coups de plume. D’autant que, comme le dit un illustre inconnu, la linguistique remonte aussi haut que la plus haute Antiquité. 30 000 ans devant séparer les traces rupestres de Lascaux des inscriptions hiéroglyphique attestée des tombeaux d’Egypte.
La confondante manière dont l’Homme a pu glisser de la narration dessinée de l’art pariétal à celle des signes symboliques, est tout aussi énigmatique que les raisons qui poussèrent d’instinct nos ancêtres ébouriffés du Paléolithique à tracer de grands aurochs sur des parois caverneuses. D’une poursuite d’animal migrateur à un autre, les tribus primitives ne disposant, pour avoir l’air un brin érudites, que des moyens d’expression griffonnés d’où l’usage du Latin autant que la connaissance de la Philologie, furent absents.
Ils eurent une sérieuse patte, admettons-le. Reconnaissons en même temps, qu’un certain goût de la répartie était en train de naitre. Du coup, la rencontre fortuite d’un ursidé nécessitait alors que les dites manœuvres d’approche fusent exploitées avec moult grognements ne tenant aucun compte des variations ni de la forme ni du verbe. Là je n’aurais aucun œil critique néanmoins, chacun à la sémantique qu’il veut et puis on me connait un net penchant pour certains ours des cavernes dont les aïeux d’aïeux remonteraient à quinze, voire vingt cinq millions d’années.
Entre mammouths et bisons, la culture puis l’agriculture ne trouvèrent donc pas immédiatement un premier langage commun. La formation d’une langue un peu plus élaborée ne se manifesterait qu’au moment où les peuplades commencèrent à se fixer.
Mais si, comme eux, vous avez des dispositions pour la controverse avec conjugaisons adéquates sans trop d’écarts grammaticaux à dresser les poils sur la tête, je vous encourage à les imiter. Ceci en vous accrochant aux tribunes polémistes des meilleurs journaux débateurs de l’hexagone pour des contributions en toute liberté. Contribuer n’est-ce pas l’une des bonnes façons de laisser sa trace sur la toile en tant que conteur d’histoires de nos tribus ? Les luttes d’opinion et les rivalités tribales ayant à faire avec la polémique, puisque issue du terme grec « disposé à la guerre ». Je conseille même de débuter par 13Médiapart pour faire savoir de quoi il en retourne de vos courroux. Les grondements, ils connaissent
Il y a un temps certain, entre clameurs incoercibles, bougonnements furtifs et accessoires contondants, l’ordre d’utilisation de ces alternatives était vital pour se faire comprendre. Heureux que vous êtes, vous n’aurez point besoin de grogner plus que de raison, votre clavier rebelle suffira.
On ne pouvait trouver meilleure représentation que la sienne pour souligner les pages sur les auteurs au secret. Paul Auster eut une idée pionnière en publiant que des « romanciers désargentés, anciens journalistes, universitaires sans emploi », mettraient leur souffle à la disposition d’un public méconnu. En ouvrant la voie sur une manière qu’il qualifia d’incongrue, Auster ne prévoyait probablement pas que certains d’entre eux rentreraient dans l’écrit de la clandestinité. Des intellectuels traçant la biographie de « gens ordinaires », après la publication d’« Oracle Night » il fut le premier à lancer le concept. Ce sera par le truchement de deux de ses personnages. De Tom notamment qui vient de lâcher son Doctorat en Littérature. Pour quelle raison ne se chargerait-il pas de rédiger l’existence des autres ? Voici ce que l’écrivain du New Jersey en dit dans ce passage extrait de son roman14« Brooklyn folie » :
« [] Mais qui se soucierait de publier les biographies des gens ordinaires, de ceux qu’on ne chante pas, de ceux qu’on rencontre dans la rue tous les jours de la semaine et qu’on ne prend même pas la peine de remarquer ? La plupart des vies disparaissent. Quelqu’un meurt et, petit à petit, toutes traces de sa vie s’effacent. Un inventeur survit dans ses inventions, un architecte dans ses immeubles mais la majorité des gens ne laissent derrière eux ni monument ni réalisation durable : une série d’albums photo, un bulletin scolaire de cinquième primaire, un trophée gagné au bowling, un cendrier piqué dans une chambre d’hôtel en Floride le dernier jour de vacances quasiment oubliées. Quelques objets, quelques documents, quelques impressions vagues conservées par des tiers. Ceux-là ont invariablement des histoires à raconter à propos du défunt, mais le plus souvent en mêlant les dates, en oubliant des événements, et la vérité en sort de plus en plus déformée et quand ces gens-là meurent à leur tour, presque toutes leurs histoires s’en vont avec eux. [] Sauvegarder les histoires, les événements et les documents avant qu’ils ne s’évanouissent et leur donner la forme d’un récit continu, le récit d’une vie. [] J’imaginais que je les écrirais moi-même mais, si la demande devenait trop importante, je pourrais toujours me faire aider par d’autres auteurs : poètes et romanciers désargentés, anciens journalistes, universitaires sans emploi, voire, peut-être, par Tom.
Le coût de la rédaction et de la publication de tels livres serait considérable mais je ne voulais pas que mes biographies deviennent un privilège accessible seulement aux riches []. Étais-je fou de rêver que je pourrais faire quelque chose de ce projet incongru ? Je ne le pensais pas. Quelle jeune femme n’aimerait pas lire la biographie véridique de son père - même si ce père n’avait été qu’un ouvrier d’usine ou le sous-directeur d’une banque rurale ? Quelle mère ne souhaiterait lire l’histoire de son fils policier, tué dans l’exercice de ses fonctions à l’âge de trente-quatre ans []… ».
Traducteur de poètes français, poète lui-même, romancier, réalisateur, comme dans Chronique d’hiverl’artisan de l’écrit à tiroirs conjugue sa narration à la seconde personne. Un mode inépuisable qui permet un regard distancié, ouvrages dans lesquels il pose ses nuances et couleurs sur le genre autobiographique. Ce que les critiques anglais nommèrent le Self-biography au 18ème siècle, devient une œuvre d’Art à sa mesure. Hors un titre sorti aux 15éditions Belin « Les ambiguïtés de la négation », comme pour toutes celles traduites en Français les œuvres de Paul Auster sont publiées aux éditions 16Actes Sud.
Les librairies d’éditeurs sont des lieux rêvés pour une prise de contact initiale si l’on ne peut rencontrer un narrateur à domicile un jour. Près des rayonnages de la librairie Gallimard, de ceux de Flammarion ou d’Albin Michel, du côté du groupe de La Martinière/le Seuil ou d’Actes Sud parmi les belles adresses.
Pour la même raison, les cafés littéraires tels le plus vieux de la capitale Le Procope ou Le Flore, La Belle Hortense, Le Café des lettres au Centre National du Livre ou le Salon By Thé des écrivains par exemple, toujours à Paris, sont autant de charme à offrir pour une première jonction.
1 Alain Finkielkraut : voir cet article sur Enquêtes&débats à propos du Monde obscur des nègres littéraires et des discentions sémantiques sur le mot Nègre. Ainsi que sur la locution Écrivain fantôme soulevée par Claude Ribbe puis venue d’Alain Finkielkraut. « L’écrivain Fantôme » est également un titre de l’auteur serbe, essayiste, éditeur et traducteur Zoran Zivkovic. C’est aussi celui d’un ouvrage de l’auteur Bauvarie Mounga chercheur en sciences du langage et en grammaire. The Ghostwriter est l’adaptation du livre de Robert Harris L'Homme de l'ombre (Plon, 2007) qui servit de base au scénario de The Ghostwriter. Dans ce film, Polanski met deux Nègres dans des postures redoutables. Le coeur du premier va lâcher, le second, dont on ne connaitrait pas l’identité, mettra à jour des secrets explosifs susceptibles d’ébranler la planète. De facétieux admirateurs du cinéaste, dont je suis, y verront, soit un vibrant thriller, soit une métaphore sur les risques du métier.
2Dany Laferrière dira encore de Léopold Sédar Senghor que « c’est lui qui nous permit de passer, sans heurt, de la négritude à la francophonie [] ». (Fragments du discours d’investiture du 23 mai 2015).
3 Le 03 novembre 2013, quelques mois avant la disparition de Madeleine Aylmer-Roubenne, la journaliste Marie Quenet recueillait le témoignage de sa fille Sylvie pour le JDD.
4 Sur le très élitiste Who's Who, qui depuis 2002 possède son portail sur la toile, on trouve un résumé biographique de l’une des plus illustre directrice littéraire de son temps, Françoise Verny
5 Les biographies de lieux littéraires de Dan Franck : « Bohèmes », «Les années Montmartre : Picasso, Apollinaire, Braque et les autres... », « Libertad : les aventures de l'art moderne 1931- 1939 », et « Minuit » parutions au Livre de poche.
6 « Enfin nue ! Les confessions d'un nègre littéraire » de Catherine Sigurel est à la collection « Les mues », 2008. Dans les blogs culturels du Courrier international on peut en lire une critique tout à fait intéressante sous le titre « Un sang d'encre" ou les tourments du nègre littéraire ».
7L’article d’Alexandre K Ounadjela est sourcé sous ce lien hypertexte Le livre est sa passion, lui qui envoya tout promener pour écrire puis devenir éditeur, a publié le texte le 25 novembre 2010 dans son blog de Rue 89/L’Obs. Le Blog et ses autres contributions
8 L’article de Claire Chartier est à suivre avec ce lien dans l’Express titré Molière trahi par l’ordinateur :
9Le Dictionnaire philosophique portatif édité sans le patronyme de son auteur, est la première encyclopédie qualifiée « de poche ». Le professeur émérite Sylvain Menant qui conduit trois thèses à Paris-Sorbonne et en a dirigé 49 dont Voltaire est souvent le sujet de recherches, explique dans son ouvrage La Littérature par alphabet. Le Dictionnaire philosophique de Voltaire Paris, Champion - Slatkine, 1994, que c’est: « au cours d'un souper philosophique chez Frédéric II, à Postdam, en 1752, que l'idée d'une encyclopédie de poche contre les sots et les dévots est venue à Voltaire.»
10Analyses sur Google Book sujet des hardiesses littéraires de Proust
11La Finale nationale des Dicos d'or avec le corrigé de la dernière dictée dans l’Express du 24 janvier 2005.
12 Créés il y a cinq ans par les Editions de l’Opportun « Les Timbrés de l’Orthographe » ont pour bannière la lutte contre l’illettrisme et la promotion de notre langue. Ils sont parrainés par Lorànt Deutsch cette année après Daniel Picouly en 2014. Pour les choix éditoriaux savoureux de ces éditions fondées par Stéphane Chabenat, je saisi l’occasion pour mettre l’accent sur leur originalité. Au coup de coeur voici trois titres de leurs collections : Les 50 décisions les plus absurdes de l'Histoire de Luc Mary, Mes sincères Condoléances de Guillaume Bailly qualifié de « petit bijou » par Clara Dupond-Monod chez France-Inter. Mon préféré : Vive les vieux ! 85 bonnes raisons de penser que le vieillissement est une chance, et dieu que je partage la réflexion de l’auteur, Olivier Calon. Si l’on cherche des opportunités d’écriture elles sont peut-être ici, leurs bureaux sont 16 Rue Dupetit-Thouars à Paris.01 49 96 57 09. 01 49 96 57 09
13Médiapart qui a le triomphe un peu modeste malgré les dossiers cuisants sortis ces dernières années. En regard de l’exigence, le quotidien aux trois éditions d'Edwy Plenel peut se targuer d’être resté en adéquation avec la « radicalité démocratique » voulue depuis son ouverture en mars 2008. Ouverture est le mot : toutes ouvertes sont les portes pour l’entrée au club Médiapart. Participatif et de qualité c’est ainsi qu’il se propose. Le contenant, les contenus, le réseau social d'échanges pour débateurs toutes pointures, toutes postures entre les dits abonnées et les 25 membres de la rédaction étant accessibles. Sans obligation qu’une bonne plume, qu’une cervelle en état de fonctionner et l’aubôle de 9€ chaque mois. Et libres seront ces abonnés de consulter les archives du journal remontant à 2008 (voir aussi la rubrique dédiée aux archives de la presse p173) Et sans entraves sera leur accès à la création d’une tribune à la libre parole. « Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter » annoncent-ils. Donc on ne peut acheter aucun membre du comité de rédaction ! Comité dont fait parti Fabrice Arfi qu’on voit partout pour ses fracassantes révélations. Il n’est pas plus monnayable qu’Edwy Plenel et ses malicieuses bacchantes. Mais qui sait pourrez-vous les croiser au 8 du passage Brulon à Paris 01 44 68 99 08.
14« Brooklyn folies » parution septembre 2005 Actes Sud, voir le complément d’information pages suivantes.
15« Les ambiguïtés de la négation »aux éditions Belin 2003. De l’écrivain Annick Dupperay une analyse de l’œuvre austérienne dans la Revue d’études américaines en ligneTransatlantica.org. (à ne pas confondre avec la délicieuse comédienne et romancière Anny Duperey signataire en particulier du bouleversant travail autobiographique Le Voile Noir et sa suite Je vous écris. toujours au Seuil.
16Actes Sud : dans la vallée des Baux de Provence, au sein de cette belle maison différente fondée en 1969 par Hubert Nyssen et Jean-Philippe Gautier, en plus de la librairie qui se déploie en un fond de 40 000 titres et où sont reçus écrivains, acteurs pour lectures et débats, l’Association du Méjan convie des nuées d’artistes virtuoses lors des Matinées et Soirées musicales d’Arles. À noter qu’Actes Sud a repris la gestion d’un cinéma Art et essai avec ses 3 salles de projection. La maison est en Arles, également sur La Canebière, aussi au Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée toujours à Marseille. Ainsi qu’à Paris à la Librairie du Rond-Point des Champs Elysée, à la Grande Halle du Parc de la Villette ou à la Librairie Picard & Epona de la rue Bonaparte. Des lieux qui sont un réservoir inépuisable pour tout biographe cherchant à enrichir ses idées ou à prendre ses destinées en mains.
Réaliser des biographies avec le point de vue du romancier à best-sellers qu’ils deviendront peut-être, traverse l’esprit des biographes nouveaux. C’est d’avoir le regard d’un grand reporter qui vient à l’idée de quelques autres lorsqu’ils s’investissent dans le domaine.
Ici, toutes proportions gardées je me suis un peu placée dans cette optique. Soyons humbles, je ne propose pas de singer les grands correspondants qui, pour nous informer, de reportages sur les terrains des guerres, sur les routes perpétuelles des peuples migrants d’investigations en mutations, agissent à des degrés les plus dangereux. En dépit des pressions politiques ou des contraintes de la diplomatie, au fur et mesure du temps, grace à leur travail les distances se sont réduites avec ce que nous ne pouvons plus ignorer.
Par leurs documents écrits, filmés, par la force de leur verbe, je vois pourtant dans leur énergie des objectifs communs avec l’impératif biographique :
Écouter, recueillir, analyser les retentissements, observer, recouper, fouiller, décrire les univers, chercher à comprendre les besoins, la pensée, les mots, les silences, explorer, formuler.
Autrefois ces populations nous semblaient à des années lumières. Alors je vois les biographes à leur place pour aller au fond des choses, pour rencontrer des témoins, pour connaitre des familles de réfugiés ayant obtenu leur droit d’asile en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne ou sous d’autres cieux en paix, jusqu’en Suède de temps à autre.
Ce qui se traduira par le fait d’aller à la rencontre de miraculés, de survivants. Eux-mêmes, les leurs, ont pu s’en sortir, témoigner leur importe. Ils appartiennent aux échappées de populations entières où le contact avec les vérités crues mériterait une rédaction en profondeur en phase avec la réalité individuelle, autant qu’avec une écriture rétrospective.
Démunis certes ils le sont pour avoir tout quitté et mais ce dont ils n’ont pas besoin reste la 17pitié dangereuse.
Un cadre, un regard où le rôle du biographe va prendre de l’épaisseur de bout en bout, dès lors :
Qu’il se sait assez solide pour aller à la rencontre de toutes les formes de solitudes, de familles dévastées, de couples séparés par les conflits intérieurs, les guerres civiles
Qu’il restera dans la neutralité, dogmes personnels et convictions religieuses n’ayant rien à faire avec l’implication biographique
Dès lors qu’il aura une bonne approche de la langue anglaise ou qu’il a un correspondant à même de s’adapter et se sera assuré de contacts vérifiables
Qu’il sera certain que son plan de travail pourra se structurer solidement autour d’histoires vécues.
Que s’il est amené à passer les frontières pour établir des échanges, il aura fait preuve d’une vigilance maximum quant au choix du pays. Ceci en tenant compte des instructions du Gouvernement données par le site
Diplomatie.gouv
pour la Sécurité des Français à l’étranger
18
.
Avant de prendre quelque contact que se soit auprès de services gouvernementaux, d’institutions, d’associations humanitaires, avec des responsables associatifs, des bénévoles :
En principal aménagez-vous des questions précises qui permettront d’être dirigé vers les bonnes personnes et de ne pas oublier ce que vous souhaitez transmettre en priorité.
Présentez-vous comme auteur-biographe sans tarder, restez concis, prenez des notes, dressez l’oreille.
Je suis également à écoute si vous en aviez besoin et afin de peaufiner le ton ou la substance des premières approches.
Qu’il se sera informé sur certaines aides financières : dans un cadre très règlementé, des possibilités de
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mécénat sont quelquefois envisageables pour un projet armé d’un dossier sans faille. Le mécène peut alors accorder son aide à un individu, à une association ou à une entreprise.
(Voir aussi le chapitre « Publier autrement » où je documente les thèmes de l’édition participative qui sont une forme de micro-mécénat réactualisé, à consulter également la rubrique des Bourses et diverses aides venant des Fondations.)
Peut-être aussi auront été programmés des échanges avec un éditeur au départ ou en cours de la rédaction assurant un
à valoir
ou une mensualisation.
Le rôle du biographe va prendre de la hauteur à condition également, que moult recherches d’infos, échanges en amont auront été faites tous azimuts. Auprès d’associations humanitaires bien sûr (des contacts avec de tels groupes étant également une source possible de travaux pour rendre compte d’expériences d’intervenants sur le terrain du bénévolat.)
Une détermination forçant l’adhésion qu’on retrouve chez des ONG tel 20Amnesty international. Sous le thème « Transformer l’indignation en action », il faut savoir qu’ils sont ouverts à l’engagement de volontaires révoltés par la torture, l’emprisonnement arbitraire, la pauvreté, la peine de mort, l’injustice, les expulsions forcées, l’impunité.
Volonté comparable du côté de 21« Médecins sans Frontières » qui assurent : « l’assistance médicale à des populations dont la vie ou la santé est menacée, en cas de conflits armés, d’épidémies, de pandémies, de catastrophes naturelles ou d’exclusion. ».
Ces foules qu’on a tendance à discerner comme des entités ne sont pas des masses, mais ne sont faites que d’individus. Avant de fuir leur pays, comme nous ils eurent une existence sociale, au mépris du malheur ils avaient des rêves extravagants ou modestes. Malgré les bombes ils adoraient lire, ils aimaient leur travail, ils étaient commerçants, avocats, ingénieurs, infirmiers, étudiants, quelquefois de haut niveau. Parmi eux on comptait de jeunes instituteurs, de jeunes médecins, des mères malades, beaucoup allaient se marier, avant les attentats. Pour avoir tout perdu ils étaient des amants tout de même, elles venaient d’enfanter. Ils riaient facilement pour braver l’adversité, ils avaient un toit, des amis d’enfance. Une fraction de leur famille qu’ils vénèrent ou avec qui ils sont en désaccord, sont restées au pays, la vie quoi.
Le sens du travail biographique peut avoir du poids s’il est question aussi de recueillir la parole de compatriotes sauvés d’un désastre climatique ou purent échapper au pire sur des terres hostiles.
Les chocs auxquels je pense sont encore ceux des secousses à grande échelle déjà oubliées, négligées ou toujours mal reconnues aujourd’hui. L’organisation adaptée qui serait la votre et dont je viens d’énumérer quelques aspects, se dessinera de même pour se pencher sur les conséquences de génocides comme celui du Rwanda ou d’Arménie.
Pour ce que vécurent les déportés arméniens avec les thèses négationnistes dont ils sont l’objet, à les interroger, nos compatriotes n’en ont qu’une lointaine idée. De ces massacres titanesques du début de siècle, environ 58 000 arméniens trouvèrent refuge en France, Beaucoup vont s’établir dans des camps de fortune, une part d’entre eux tenterait sa chance dans la vallée du Rhône ou à Paris. Les survivants, leurs filles, leurs fils, sont porteurs ou dépositaires de trajectoires personnelles terribles.
Le point culminant de l’extermination arménienne serait sans doute aussi mal connu qu’il le fut en 1915 s’ils n’avaient pas comme ambassadeur d’Arménie en Suisse pour 22l’Unesco, un certain 23Chahnour Vaghinag Aznavourian qui combat le négationniste turc de toutes ses forces.
Vous trouverez des informations sur ce que sont, ce que font les ambassadeurs de l’UNESCO ci-dessous, et prenons aussi pour modèle une autre institution, 24l’UNICEF :
À moins que vous ne cherchiez à réaliser la biographie d’une des 33 personnalisés ambassadrices actuelles pour l’Unicef ou celle d’un de ses hauts communicants, comme Khaled Mansour directeur de la Communication qui, dans son pays d’origine l’Egypte qui plus tard en Afrique du Sud couvrit les premières élections multiraciales, si vous envisagez plutôt rencontrer des bénévoles dont vous aimeriez réaliser le témoignage, commencez par viser les Comités de région en général et les Comités régionaux pour l’Unicef.
tout fait le tissu humain à présent
Les européens n’ont pas de frontières, s’épousent ou se rejettent les couleurs de peaux depuis des lustres, autant que les langages qui s’enrichissent l’un l’autre. Fraternités composites, unions errantes, ce sont de très puissants sujets à écrire de la chronologie individuelle.
Et partout sur terre où s’éveillent les consciences il y a l’angle journalistique, non loin la vision intime des biographes a des chemins à parcourir. J’ai supposé qu’on me qualifierait d’inconsciente, qu’on m’accusera de sortir du cadre, puisque je vais jusqu’à entraîner le lecteur à s’enquérir de l’histoire de survivants de génocides passés ou de rescapés d’insurrections actuelles.
Irréalisable ? Pas forcément, je vois les biographes à leur place pour aller au fond des choses, pour rencontrer des témoins ou des familles de réfugiés venus de soulèvements, de conflits tunisiens, égyptiens, maliens, syriens.
Au delà des horizons en feu, venus d’Asie du Sud-est, d’Afrique, du Soudan du Sud, du Burundi, arrivés du Moyen-Orient, d’Asie, d’Afrique du Nord, une part d’entre eux a pu fuir les territoires où grondent affrontements armés, désastres climatiques, dictatures.
Serais-ce vraiment absurde de songer à transmettre à notre façon des témoignages de réfugiés venus des rébellions populaires ? Comme nous le savons, les guerres civiles, les antagonismes ethniques, religieux propulsent d’incalculables flux migratoires avec leurs vagues d’émigrés en continu jusqu’à nos portes. De telles destructions humaines impliquent de songer à des paroles, à des trajectoires à recueillir.
De Syrie où les 25ONG spécialisées dans l’aide d’urgence sont en première ligne là aussi. Des 26femmes de France d’origine syrienne ou non, veulent témoigner de même et s’investissent. Certains 27ressortissants ou français nés en Syrie, s’engagent comme volontaires pour défendre les terres profanées.
En juin 2015 on apprenait ce qui pouvait s’entrevoir, aussi lucratif que le trafic de la drogue, profitant du chaos les cartels des Mafias étendent le négoce d’êtres humains à l’échelle planétaire.
Avant ou après la Sicile porte d’entrée de l’Europe, s’ils ne périssent pas en mer, s’ils ne tombent dans la traite d’humains, la forme de trafic la plus répandue sur terre, rescapés par miracle les réfugiés accosteront à l’île de Malte, sur les côtes siciliennes qui ne parvient plus à les contenir.
Et partout dans le monde où s’éveilleront les consciences il y aura l’angle journalistique, puis non loin, la vision intime et historique des biographes. Parce qu’il faut reconnaitre les choses, au chapitre « La Rédaction » je fais un panorama des Prix qui leurs sont consacrés.
Destinées aux grands reporters les récompenses 28internationales avec le très convoité 29Prix Albert Londres seront une reconnaissance de leur investissement journalistique et humain, comme celui crée aussi par l’éditeur américain Pulitzer.
D’après l’information du 30HCR, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés : « [] seul un tiers des 10,5 millions de réfugiés dans le monde est hébergé dans des camps ».Au seuil du mois d’avril 2015, dans son plan d’action la Commission Européenne, sur le principe d’un quota de migrants, 31appelait à davantage de solidarité dans la politique migratoire de l’Union Européenne. La France devrait accueillir alors 9127 réfugiés d’ici deux ans.
L’Histoire récente nous a démontré que d’anciens demandeurs d’asile ont pu aller au de-là du malheur, ceux-là sont parvenus à changer le monde.
Quelques fussent les périls, sera le sentiment commun d’anciens réfugiés dont 32l’UNHCR a dressé une magnifique galerie de 42 biographies résumées. Ils sont devenus réalisateur, sage-femme, musicien, sculpteur, peintre, militant des droits de l’homme, travailleur social, député, politicien, anthropologue, dramaturge ou artiste du peuple. Je serais heureuse que quelques uns de mes lecteurs puissent recueillir des témoignages de cette nature.
Le fol espoir, c’est ce que connaitrait Florence Balagiza étudiante et chanteuse en Pologne maintenant après avoir échappé au génocide rwandais, contrairement à sa mère victime du massacre. L’espérance, est ce vivrait Sonya Aho, journaliste aujourd’hui elle fut l’une des premières des réfugiés assyriens à s’établir en Suède dans les années soixante-dix. Alicia Partnoy qui subira l’emprisonnement et la torture, un sort commun à plus des 30 000 desaparecidos d’Argentine, milite à présent pour les Droits de l’Homme.
S’embarquer dans les navires de l’exil pleins à craquer d’où la plupart disparaîtront ou à travers d’immenses barbelés pour des escalades insensées, est ce qui soulève les migrants d’aujourd’hui. Ils atteindront des abris éphémères ou la mort.
Par extraordinaire, certains miraculés auront pu atteindre la porte de l’école de 33Pierre Claver à Paris dont le projet d’apparence tout ce qu’il y a d’utopique est digne d’attention. Puisqu’il propose aux demandeurs d’asile un lieu pour se rencontrer durant le temps d’attente de leur titre de séjour. Un endroit où ils recevront un véritable enseignement du Français, un lieu pour consulter le Net, prendre part aux séances de culture générale, aux événements sportifs, dessin, théâtre etc.
Des villes en flammes jusqu’aux campagnes françaises, plus tard retrouvera-t-on qui sait tel ou tel d’entre eux dans l’un des 245 lieux d’accueil rural de la France profonde. Depuis 34février 2013 une proposition de loi a pour but de faire évoluer les textes sur le droit d’asile des réfugiés. Peut-être alors, ils auront l’écoute, l’écrit et la fraternité pour guide.
17La Pitié Dangereuse est le fameux roman de Stefan Zweig mis en scène par Stéphane Olivié-Bisson pour le festival d’Avignon en juillet 2013.
18 Sur Diplomatie.gouv, le Ministère des Affaires étrangères et du Développement international invite les Français envisageant de se rendre à l’étranger à consulter régulièrement la rubrique « Conseils aux voyageurs » du site France Diplomatie. où est précisé ceci :
Créée en 1999, elle met à la disposition du public 211 pages d’informations visant à faciliter tout séjour à l’étranger et comprend pour chaque pays des recommandations de nature sécuritaire, réglementaire ou sanitaire. Les conseils sont établis sur la base d’informations provenant de l’ensemble de notre réseau diplomatique et consulaire et des analyses du centre de crise du ministère. Ils sont actualisés en temps réel, aussi souvent que nécessaire et parfois plusieurs fois par jour : en 2013, les fiches ont ainsi fait l’objet de 1265 modifications : 395 modifications pour la zone Europe/Amériques, 215 pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, 394 pour l’Afrique subsaharienne et 261 pour la zone Asie/Océanie. »
19 Le mécénat : certaines organisations médiatrices dont s’est le métier, exemple Connecting-mecenat.fr sont structurées pour apporter leur expertise dans la recherche de mécènes (cet organisme propose l’achat d’un guide où sont répertoriés plus de 70 d'entreprises mécènes dans divers domaines et où sont réunis un maximum d'information, de coordonnées, d’entités et liens vers des sites dédiés au Mécénat.).
De très grands programmes philanthropes sont actifs depuis des décennies en ce sens, les Fondations Edmond de Rothschild, les bourses de la Fondation d’Entreprise Francis Bouygues en sont une illustration. De puissantes organisations mécènes telle le Groupe Imérys soutiennent de très beaux projets.
20Amnesty International ; selon ses disponibilités, ses centres d’intérêt, sa personnalités ou ses compétences en se joignant à eux on pourra : Devenir membre de l'association, militer au sein d'un groupe local d'Amnesty International ou d'une antenne Jeunes, travailler comme bénévole au siège, agir en rejoignant un réseau d'action en ligne
21 L’association médicale humanitaire internationale Médecins sans Frontières, a été créée en 1971 par des médecins et des journalistes. À lire les témoignages de ceux qui parmi les 2000 volontaires engagés chaque année ont été recrutés pour leurs compétences spécifiques adaptées aux programmes et ses contextes d’intervention.
22L’UNESCO fait paraitre le répertoire complet avec leurs coordonnées des délégations ambassadrices permanentes dont Ch. Aznavour fait partie. L’UNESCO dispose de plus de 50 bureaux hors siège dans le monde, celui de Paris est Place de Fontenoy.
23Charles Aznavour tenait déjà le rôle permanent en Arménie auprès de l'Unesco, mais le 12 février 2009 après quelques hésitations il acceptait la proposition qui lui fut faite de devenir Ambassadeur d’Arménie en Suisse. Indigné devant l'attitude négationniste turc envers les massacres de 1915 où 1500000 de ses semblables furent décimés, à 90 ans à présent, il espère «une réconciliation avant de mourir».
24 Pour retrouver les informations sur chaque région, l’Unicef, qui publie également des biographies condensées de ses 33 personnalités ambassadrices itinérantes actuelles, à listé tous les Comités de France et du monde. Celui de Paris organise des réunions d'information pour les personnes bénévoles présidé par Dominique Chevalier 7 rue Saint-Lazare 75009 PARIS Tél : 01.48.74.74.60. 01.48.74.74.60
25Médecins sans frontières, Médecins du monde, la FISCR, le CICR, Solidarités International etc. Certaines ONG internationales ayant une approche globale en agissant en même temps sur les urgences humanitaires, sur des programmes de développement et en regard des activités de plaidoyer (Oxfam international, CARE…). La distinction se faisant entre les Organisations de Solidarité Internationale (OSI) et les Organisations de Solidarité Internationale des Migrants (OSIM). On peut consulter le répertoire des acteurs de la solidarité internationale en commandant l’annuaire des Organisations de Solidarité Internationale auprès du réseau RITIMO ou Coordination Sud qui regroupe également les 100 principales OSI françaises d’aide au développement et d’action humanitaire.
26Voir l’article de l’Express sur l’implication des femmes depuis mai 2013.
27Un élan comparable dont un papier du Figaro daté du 4 mars 2015 fait écho. Caroline Piquet y analyse le mouvement émergent qui commence à gagner l'Hexagone : « Ces Français cherchant à prendre les armes pour venir en aide aux chrétiens persécutés ».
28 Sur le Site des assises internationales du Journalisme et de l’Information sont listés et sourcés les Prix des professionnels de l’information.
29 À propos d’Albert Londres : voir l’analyse très intéressante d’Anne Favre chercheur au Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages : « Albert Londres et la réalité coloniale » sur le portail de UNIL Viaticalpes l’Université de Lausanne, à la page « Le discours de la presse, ses héritages, ses nouvelles missions, ses ambivalences ».
C’est le plaidoyer d’Albert Londres « Au bagne » pour la fermeture de celui de Cayenne avec une première publication dans Le Petit Parisien
