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Extrait : "Salut, profondes allées, épais et verts ombrages, arbres chenus, retraite silencieuse, les Tuileries de la jeunesse et de l'enfance, où mon enfance a tant de fois promené ses jeux, et ma jeunesse ses douleurs, salut ! Beau jardin des Médicis, j'habite près de tes murs, et combien il y a d'années que mes pas ne s'étaient détournés jusqu'à tes portes ? C'est que tu n'es plus la ville, et tu n'es point la campagne encore."
À PROPOS DES ÉDITIONS LIGARAN
Les éditions LIGARAN proposent des versions numériques de qualité de grands livres de la littérature classique mais également des livres rares en partenariat avec la BNF. Beaucoup de soins sont apportés à ces versions ebook pour éviter les fautes que l'on trouve trop souvent dans des versions numériques de ces textes.
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Seitenzahl: 29
Veröffentlichungsjahr: 2015
Paris, ou le Livre des Cent-et-Un publié en quinze volumes chez Ladvocat de 1831 à 1834, constitue une des premières initiatives éditoriales majeures de la « littérature panoramique », selon l’expression du philosophe Walter Benjamin, très en vogue au XIXe siècle. Cent un contributeurs, célèbres pour certains, moins connus pour d’autres, appartenant tous au paysage littéraire et mondain de l’époque, ont écrit ces textes pour venir en aide à leur éditeur qui faisait face à d'importantes difficultés financières… Ainsi ont-ils constitué une fresque unique qui offre un véritable « Paris kaléidoscopique ».
Le présent ouvrage a été sélectionné parmi les textes publiés dans Paris ou le Livre des Cent-et-Un. De nombreux titres de cette fresque sont disponibles auprès de la majorité des librairies en ligne.
VIRGILE, Æneid., I. VI.
Salut, profondes allées, épais et verts ombrages, arbres chenus, retraite silencieuse, les Tuileries de la jeunesse et de l’enfance, où mon enfance a tant de fois promené ses jeux, et ma jeunesse ses douleurs, salut ! Beau jardin des Médicis, j’habite près de tes murs, et combien il y a d’années que mes pas ne s’étaient détournés jusqu’à tes portes ? C’est que tu n’es plus la ville, et tu n’es point la campagne encore. Point la campagne !… pourquoi m’aurais-tu attiré ? Plus la ville ! et, quand je suis emprisonné dans ses barrières, comme le tisserand fait sa toile, comme le manœuvre fait sa tâche, ainsi je fais la mienne, me pressant afin de retourner où l’air est abondant et pur, l’horizon vaste et paisible, la nature libre et féconde. Là, elle est la compagne et la muse de l’homme. Ici, elle est son esclave ; comme l’esclave, inanimée, muette, flétrie, montrant partout les stygmates de la servitude. Pour horizon, des murailles de tous côtés, de tous côtés des maisons à six étages, en qui la ville semble se dresser à nos yeux avec son entassement d’hommes, et nous poursuivre jusque dans cet asile ! Pour parterre, quelques rangées méthodiques de fleurs qu’on est réduit à voir captives et voilées, comme les femmes espagnoles, derrière des grilles de fer ! Pour tapis, du sable, de la poussière, et rien de plus ! Car pas un brin d’herbe n’est souffert aux pieds de ces arbres citadins. Ce n’est point le park Saint-James avec ses chênes superbes et ses vaches pittoresques, également jetés çà et là sur une verte pelouse, prairie vivante qui semble la campagne demeurée, avec son abandon et sa richesse comme une protestation de la nature, au milieu même de la cité. Ici, ne cherchons de verdure que sur nos têtes. Mais enfin cette tente est belle, plus belle que ne me le rappelaient mes souvenirs. Il y a de la majesté dans ces dômes séculaires ; il y a de l’émotion dans ces épaisses ombres. Nos ancêtres avaient raison : Dieu se révèle dans la profondeur des bois.
