Le jeu de l'amour - Tome 2 - Roxane GAGNÉ - E-Book

Le jeu de l'amour - Tome 2 E-Book

Roxane GAGNÉ

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Table des matières

CHAPITRE UN

CHAPITRE DEUX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

CHAPITRE NEUF

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Gagné, Roxane, 1999-, auteur

Le jeu de l'amour. Tome II, Double jeu / Roxane Gagné.

I. Titre.  II. Titre : Double jeu.

PS8613.A436J482 2018               C843'.6                C2018-940556-2

PS9613.A436J482 2018 

2022©Éditions du Tullinois

www.editionsdutullinois.ca

Tous droits réservés.

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’Auteur, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle.

Auteure :Roxane GAGNÉ

Titre: Double Jeu(Tome II du jeu de l'amour)

Révision de Textes : Anne-Laure PEREZ

Infographie : Mario ARSENAULTTendance EIM

Photographies:Claude REY

ISBN version E-Pdf : 978-2-89809-176-6

ISBN version E-Pub : 978-2-89809-177-3

Bibliothèque et Archives Nationales du Québec

Bibliothèque et Archives Nationales du Canada

Dépôt légal E-Pdf : 1e trimestre 2022

Dépôt légal E-Pub : 1e trimestre 2022

Nous remercions la Société de Développement des Entreprises Culturelles du Québec (SODEC) du soutien accordé à notre programme de publication.

SODEC - QUÉBEC

CHAPITRE UN

Assise sur le bord de son lit, triturant la breloque argentée de son collier, Naomie attendait fébrilement Anna. Cette dernière, après être passée au garage dans lequel Kendrick s’était miraculeusement fait embaucher, devait venir la prendre pour rendre visite à Antoine. Le jeune homme, toujours dans un état critique, était plongé dans un profond coma depuis le malheureux événement. C’était d’ailleurs la première fois que la jeune femme allait lui rendre visite à l’hôpital. Sa mère tenait à ce qu’elle y aille, pour éviter d’avoir des regrets plus tard.

La lettre qui, ce soir-là, lui avait été adressée, gardait une place toute spéciale dans son sac à main auprès de souvenirs qu’elle avait accumulés au fil du temps, et certainement même, à côté de quelques vieux mouchoirs souillés. Ce n’était peut-être pas digne d’une jeune femme, ni d’une meilleure amie d’ailleurs, mais elle se doutait bien que personne ne lui en voudrait pour cela. Naomie n’avait pas osé la montrer à sa meilleure amie ni à personne d’autre, en fait. Elle avait bien songé à en parler à Catherine, la mère d’Antoine, mais pour le moment, pour aussi longtemps qu’il le fallait, elle sentait qu’elle devait garder cela pour elle. Mais, un jour, le moment propice viendrait, elle le sentait.

Bien qu’il ne s’agisse que d’une visite à l’hôpital, ce vieil établissement regorgeant d’âmes en peine et de personnes âgées qui se plaignaient d’avoir raté leur vie, elle avait dû passer une demi-heure à choisir sa tenue. Bien sûr, elle n’était pas allée jusqu’à l’extravagance, une robe n’était jamais une bonne option dans ce genre de situation. Elle était passée de la petite blouse bleu marine au t-shirt noir simpliste à l’effigie d’un groupe de rock populaire. D’ailleurs, c’était celui que préférait Antoine parmi la collection de la jeune femme.

— Naomie !? Anna est arrivée ! annonça Robert depuis le rez-de-chaussée.

« Déjà ? », s’étonna la jeune femme en jetant un coup d’œil à sa montre. Une main sur son cœur qui, sans surprise, battait la chamade, elle prit une grande inspiration, le regard rivé sur le plancher. Cela faisait déjà un bon moment qu’elle n’avait pas passé l’aspirateur dans sa chambre, et des amas de poussière et de saleté s’étaient accumulés dans les recoins. Heureusement que sa mère ne venait pas souvent dans cette pièce, parce que cela ferait longtemps qu’elle aurait fait une crise à ce propos.

Debout devant son miroir, elle replaça une mèche rebelle derrière son oreille et chuchota de petits mots pour elle-même. Elle voulait avoir l’air forte devant cette épreuve même si, au fond d’elle, elle était littéralement en train d’éclater. N’importe qui ayant déjà vécu une expérience pareille pourrait la comprendre et réussir à se mettre dans sa peau.

— Naomiiie ! Tu as entendu ? fit Sylvie, un peu plus fort.

— Oui, j’arrive ! s’exaspéra-t-elle.

Elle tritura l’une de ses boucles d’oreilles en forme de tête de mort, puis les yeux fermés, serra les poings le plus fort possible. « Tu es forte, Naomie. Ce n’est pas une épreuve pareille qui va te tenir couchée au tapis, tu es une Stanton. » Les ongles enfoncés dans ses paumes, elle se débarrassa de son chewing-gum et s’engagea dans les escaliers après avoir refermé la porte de sa chambre derrière elle. Ses parents tenaient compagnie à sa meilleure amie qui, dans sa robe jaune canari, rayonnait. Elle portait un bandeau à cheveux noir au sommet de sa tête et avait renvoyé sa chevelure de feu bouclée par-dessus ses épaules.

— Wow, Anna, tu es magnifique ! Tu te rappelles qu’on va juste à l’hôpital et non faire les boutiques, j’espère ? rigola la jeune femme après lui avoir fait la bise.

— Naomie, ma chérie, tu ne sais jamais qui tu peux rencontrer dans la rue...

La jeune femme roula des yeux et se laissa attirer dans les bras de sa meilleure amie. Elles s’étaient vues la veille, mais à chaque fois, c’était comme si elles avaient été séparées pendant des années. D’ailleurs, c’était pour cette raison qu’Anna voulait vivre en appartement avec elle, plus tard. Elle sentait la rose. Cela sentait bon, la rose. C’était le parfum favori d’Antoine. Après ceux du bacon et de la pizza, bien sûr.

— Es-tu certaine de pouvoir y arriver toute seule, ma chérie ? J’aurais tellement aimé pouvoir t’y accompagner, mais le temps me manque..., s’excusa Sylvie, derrière elles.

Rompant leur accolade, Naomie se détourna d’Anna quelques instants, un sourire en coin.

— Ça va, maman, ne t’en fais pas pour moi. Je comprends que tu n’aies pas le temps et je ne t’en veux pas. De toute façon, je ne suis pas toute seule, j’ai Anna ! Tu es toute pardonnée.

La maternelle eut l’air soulagé, un peu comme si elle craignait la réponse de sa fille.

— Fais attention à toi, surtout, ajouta Robert, plaçant une main réconfortante sur l’épaule de sa conjointe.

Roulant des yeux, désespérée par l’éternelle inquiétude de son père, Naomie soupira un bon coup avant de lui expliquer qu’absolument rien ne pourrait lui arriver dans un hôpital.

— Tu pourrais être surprise, il y a des fous partout.

Les paroles de son père eurent l’effet d’augmenter son rythmecardiaque au point d’en avoir des haut-le-cœur. Ce n’était pas du tout le genre de choses à dire à son enfant anxieux !

Au moment où les filles allaient quitter la maison, Sylvie retint Naomie.

— Hé, tu n’oublies pas quelque chose ?

Une main tendue vers l’avant, elle lui tendit son sac à main noir à franges qui donnait un style un peu plus western à tout ce que la jeune femme portait. Vraiment, que ferait-elle sans elle ? Naomie la remercia d’un sourire presque sincère, peinant à détacher son regard de celui de sa mère. Elle aurait aimé pouvoir lui dire à quel point elle était triste et brisée de savoir que son ami ne s’en sortirait peut-être jamais, mais elle n’avait pas envie de l’inquiéter.

— Ne m’attendez pas, ce soir. Je vais souper chez Anna et je risque de rentrer tard.

Cela, c’était ce qu’elle voulait que ses parents croient. Elle n’avait pas toujours besoin de dire la vérité, pas vrai ? Même que parfois, il valait mieux sortir un petit mensonge si l’on tenait le moindrement à sa vie. Ce soir-là, Naomie et Anna avaient prévu quelque chosed’énorme. C’était planifié depuis déjà un mois, et il était hors de question d’annuler à la dernière minute. Depuis quelque temps, la jeune femme trouvait cette idée un peu débile puisque le fêtard en personne était dans le coma à l’hôpital, mais sa meilleure amie lui avait fait comprendre que c’était l’occasion ou jamais de s’amuser.

— Bien, mais promets-moi d’être revenue avant minuit. Je n’aime pas te savoir dehors en pleine nuit.

— C’est bon, maman, je ne suis plus un bébé ! soupira la jeune femme en roulant des yeux.

Les bras croisés sur sa poitrine, Sylvie considéra sa fille de la tête aux pieds, un sourire en coin, puis fit :

— Très bien, alors je suppose que ça ne te dérange pas que je jette tes peluches ?

— Quoi !? Non, mais t’es dingue ! Tu ne touches pas à mes peluches..., fit tristement Naomie, n’osant pas croiser le regard de sa meilleure amie.

Derrière elle, elle savait qu’Anna se moquait d’elle. Oui, elle avait dix-huit ans et elle avait encore des peluches, c’était quoi, le problème ? Ces dernières lui apportaient un certain réconfort dansles périodes difficiles et avaient toutes un prénom. D’ailleurs, sa préférée était Toutou brun, un ours brun, d’où l’identité peu originale.

— Naomie, je te demanderais de bien vouloir parler autre-ment à ta mère !

La jeune femme leva les yeux au ciel, prenant une grande inspiration, et se tourna vers son père. Les mains sur les hanches, il fronçait les sourcils et arborait un air furieux. Décidément, il aimait bien user de son autorité parentale.

— Robert, ça va, pas besoin d’ajouter ton grain de sel toutes les fois... Elle rigolait, pas vrai, Naomie ?

Sylvie jeta un regard complice à sa fille, qui acquiesça d’un geste de la tête, toute souriante. Elle était bien surprise, c’était bien l’une des premières fois que sa mère défendait sa cause ! Le père de famille haussa les épaules et retourna au salon, son journal sous le bras.

— De toute façon, je n’ai jamais mon mot à dire dans cette maison, marmonna-t-il.

— Quoi ? Qu’est-ce que tu as dit ? grinça la mère de Naomie, les dents serrées.

La jeune femme lui caressa l’épaule et posa un baiser sur sa joue pour l’apaiser. Elle n’avait pas du tout envie d’assister à une dispute entre ses parents et elle savait que sa meilleure amie non plus ne voulait pas forcément voir cela.

— Je vais y aller, d’accord ?

— Oui, oui, vas-y ma belle. Tu m’appelles s’il y a quoi que ce soit.

— Bien sûr, tu me prends pour qui ? blagua Naomie, exerçant une pression sur la poignée de porte.

Sylvie passa une main sur sa nuque, les yeux vers le sol, l’air triste, mais força un sourire en guise de réponse.

Dehors, il faisait beau et chaud, certes avec quelques gros nuages gris, mais beau quand même. Les cheveux roux d’Anna semblaient briller; une raison de plus pour laquelle Naomie enviait la crinière de sa meilleure amie. Ses lunettes de soleil rouges sur le bout de son nez, l’adolescente fit volte-face au moment où la jeune femme s’imaginait avoir cette ravissante chevelure, ne serait-cequ’une journée. Du haut de ses échasses roses, elle haussaun sourcil au moment de déverrouiller son véhicule.

— Je n’en reviens pas..., soupira Anna, en envoyant ses cheveux par-dessus son épaule.

— De quoi, au juste ?

Montant dans sa voiture, l’adolescente aux lèvres fardées de gloss rose eut ce sourire moqueur qu’elle réservait aux commentaires de garces.

— Voyons, Naomie ! Tu n’as pas remarqué la façon dont tes parents te traitent ? Ils te prennent pour une enfant ! Sans me vanter, moi, mes parents, ils me laissent faire tout ce que je veux.

— Tu veux savoir quelque chose, Anna ? Il n’y a que les vrais bons parents qui savent s’occuper de leurs enfants.

Comme si son amie venait d’insulter toute sa famille, Anna eut un air vexé qui en disait long. Naomie avait touché un point sensible, elle le sentait. Mais, après tout, ce n’était pas de sa faute si ses parents étaient (pratique-ment) incompétents.

— Est-ce que tu te rends compte de ce que tu viens de dire ? T’es vraiment devenue une garce depuis un certain temps !

Bon, bon, bon, et est-ce que l’on en parle, d’elle ? Non.

Un deuxième roulement des yeux plus tard, Naomie eut le réflexe de se racler la gorge, comme lorsqu’elle voulait discrètement insinuer quelque chose. Pas de nouveau commentaire du côté d’Anna. Elle devait être à court de réponses. En effet, cette dernière fit plutôt démarrer le moteur tandis que la jeune femme réalisait que ses parents jouaient aux voyeurs par la fenêtre.

-o0o-

Voilà, c’était le moment. Elles allaient revoir Antoine pour la première fois depuis le soir de l’accident.

— Tu stresses ?

Figée devant la porte, se rongeant frénétiquement les ongles, Naomie ne trouvait nulle part le courage de tourner la poignée qui les mènerait vers un Antoine dans un piteux état. D’un côté, elle était contente d’enfin pouvoir le voir, mais de l’autre, elle avait peur de ce qu’elle allait trouver derrière cette porte.

— À ton avis ? répondit-elle sèchement, levant à peine les yeux vers Anna.

L’adolescente soupira, prenant fermement la poignée de porte dans sa main. Si Naomie ne se décidait pas à l’ouvrir, ce serait ellequi le ferait à sa place. Après tout, elles n’étaient pas venues pour rien. La jeune femme sursauta lorsque la porte s’ouvrit dans un grincement pitoyable. Les hôpitaux n’avaient-ils donc pas les moyens d’avoir des portes qui soient un minimum silencieuses ?

À l’intérieur de la chambre, Antoine semblait sans connaissance dans son lit d’hôpital entouré d’une multitude de machines et de babioles que seul le personnel était capable d’identifier. Une petite plante à l’apparence de cactus logeait sur le bord de la fenêtre, dont les rideaux étaient fermés. Les néons du plafond étaient la seule source de lumière dans la pièce; heureusement qu’Antoine était inanimé, sinon il serait fort probablement tombé en dépression avec si peu de luminosité autour de lui.

— Bah, qu’est-ce que tu fais là? Tu comptes rester dans le corridor longtemps ? ironisa Anna alors qu’elle tenaitla porte à l’intention de Naomie.

— Je... Euh…

Sans que Naomie ait le temps de compléter sa phrase, l’adolescente la tira par le bras. La jeune femme resta paralysée devant le lit qu’occupait son meilleur ami; Antoine avait les yeux clos, et sa peau était pâle. Sans même avoir à le toucher, elle savait qu’il était glacé, du moins ses mains, mais cela, c’était habituel. Seul le bruit du moniteur qui suivait son rythme cardiaque avait le pouvoir de la rassurer. C’était le seul moyen pour elle de savoir qu’il était bien en vie.

— Naomie ? Qu’est-ce qui se passe ?

Anna était surprise par les yeux reluisants de sa meilleure amie, mais encore plus par son sourire. C’était tellement contradictoire.

— Je pleure de joie ! Il est encore en vie ! Il est en vie, Anna !

Un sourire en coin, l’adolescente serra Naomie le plus fort possible dans ses bras. Elle savait que c’était cela dont avait besoin sa meilleure amie à ce moment-là. La tête enfoncée dans le creux du cou d’Anna, la jeune femme ne put s’empêcher de penser à ce qu’Antoine dirait s’il voyait une telle scène entre ses deux amies. Il les aurait sûrement trouvées légèrement stupides et un grain hypersensibles, mais c’était le prix à payer pour être ami avec des filles, pas vrai ?

-o0o-

Après être restées auprès d’Antoine une bonne heure etdemie àdiscuter de tout et de n’importe quoi comme dans le bon vieux temps, Naomie et Anna avaient quittél’hôpital, pleines d’espoir. Entendre le cœur del’adolescent avait été le plus beau cadeau que pouvait espérer la jeune femme. Ses mains tremblaient alors qu’elle ne pouvait s’empêcher de sourire. Tandis que Naomie se baladait tranquillement dans la ville sans but précis, elle se sentait moins coupable de faire la fête ce soir-là.

— Tu crois que j’ai besoin de plus de verres ou ça ira ?

Anna venait de s’immobiliser devant un dépanneur, d’où les gens sortaient et entraient comme dans une fourmilière. L’affiche fluorescente sur la porte annonçait qu’il était ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre et qu’il offrait le meilleur service de la ville.

— Non, ça ira. C’est pas comme si t’avais invité beaucoup de gens.

Anna contracta sa mâchoire, puis prit une grande inspiration avant de rouvrir les yeux.

— Ouais, ah ah...

Même si la fête s’annonçait énorme, il avait été prévu d’inviter seulement les membres de la bande et personne d’autre. Sachant que sa meilleure amie était du genre plutôt trop sociable, Naomie lui avait fait promettre de s’en tenir au plan de base et de ne rien changer à la dernière minute, mais son petit doigt lui disait qu’elle n’aurait pas dû lui faire confiance à propos de cela.

— Oh, mon Dieu ! T’as vu qui est à la caisse !? s’écria Anna en s’accrochant au bras de la jeune femme.

Naomie plissa ses yeux, une main au-dessus des sourcils. Bien que le soleil ne soit plus aussi fort que tout à l’heure, il était toujours aussi dérangeant pour la vision.

— Je ne vois pas, mais laisse-moi deviner... C’est Marco ?

Marc-Olivier, Marco pour les intimes, était le mignon caissier dont Anna était tombée amoureuse il y avait quelques années, bien avant qu’elle ne rencontre Kendrick. Timide, l’adolescente lui fit un signe de la main, puis se dépêcha de rejoindre sa meilleure amie, qui avait pris un peu d’avance.

— Tu crois qu’il m’a vue !?

— À moins qu’il ait une paire de lunettes de soleil qui fasse aussi des jumelles..., non.

L’adolescente, dans un moment de « fangirlage » intense, sembla déçue de la réponse de Naomie, mais de toute façon, elle avait déjà Kendrick, « l’amour de sa vie ».

Tandis qu’elles marchaient, silencieuses, et qu’un chien aboyait au loin, le ciel commençait à se couvrir tranquillement de nuages. Si la présentatrice du bulletin météo, qu’elle avait écouté avec sa mère la veille, ne s’était pas trompée, il y aurait une forte pluie et une possibilité d’orage ce soir. Ce n’était pas le temps désiré pour une fête réussie...

— Je crois qu’on devrait rentrer, il ne va pas tarder à pleuvoir.

Anna leva la tête; quelques nuages aussi gris que menaçants commençaient à couvrir le bleu du ciel. Elle hocha la tête, puis elles prirent la direction de la demeure de l’adolescente. Sa mère était de sortie et n’avait pas prévu de rentrer avant le lendemain matin. Elle avait même confié sa cadette à la grand-mère des jolies rousses.

La maison d’Anna était une petite cabane que Naomie s’était longtemps amusée à comparer à la demeure de lafamille Stuart, dansStuart little. Vous savez, la petite souris blanche ? Oui, c’était exactement cela ! Un petit jardin à moitié entretenu trouvait sa place entre un pommier et un cerisier presque morts. D’ailleurs, c’était le seul terrain qui faisait autant pitié dans le secteur. L’adolescente ne semblait pas trop embarrassée par ce détail; à vrai dire, elle s’en moquait plus qu’autre chose. Tant qu’il y avait une grande cour arrière pour faire ses exercices, elle était aux anges.

— Qu’est-ce que tu regardes comme ça ? demanda Anna en fouillant dans la poche de sa veste en jeans.

— Oh ! Pas grand-chose.

Un frisson parcourut le corps de Naomie, qui se caressa les bras tandis que son amie déverrouillait la porte en silence. Les yeux vers le ciel, la jeune femme regardait les gouttes de pluie qui avaient commencé à tomber. Elle eut immédiatement une pensée pour son petit frère, qui avait une peur bleue des orages.

Il était dix-sept heures tapantes lorsqu’elles posèrent les pieds dans le vestibule. La maison silencieuse était d’un froid électrisant. Quelqu’un avait probablement oublié de fermer les fenêtres avant de partir. Les murs de la cuisine avaient été repeints depuis la dernière fois que Naomie y avait mis les pieds. Le ton blanc crème qu’avait utilisé Isabelle rendait l’espace glacial; ajoutez-y des rideaux noirs, et c’était presque un décor de film d’horreur.

Le salon, quant à lui, avait conservé sa teinte aubergine. Les peintures que la mère d’Anna s’entêtait à faire dans ses temps libres restaient éternellement accrochées aux murs, prenant parfois la place d’anciennes photos de famille. Sur la table à café, le cadre qui entourait les visages d’Isabelle et de son ex-mari avait été mis à plat. Peut-être trouvait-elle trop dur de revoir quotidiennement ce souvenir heureux ?

-o0o-

— Où t’as pris ça ? demanda Naomie, voyant son amie avec une bouteille de whisky à la main.

Les préparatifs allaient bon train, le ménage était fait, la nourriture était servie, et la musique serait démente. Anna s’était chargée de faire une playlist sous la promesse de ne pas mettre uniquement Justin Bieber ou Shawn Mendes. Pas le choix de se charger de la musique quand le DJ de la soirée était Kendrick ! C’était cela ou écouter du rap jusqu’aux petites heures du matin.

— Oh, ça ? Ça vient de la collection de mon père. Il a dû l’oublier quand il est parti. Je ne crois pas qu’il le remarquera, autant s’en servir avant qu’il ne soit plus bon.

Le ton qu’elle avait utilisé n’était ni triste ni sarcastique. Juste impassible. L’évocation de son père ne semblait même pas la déranger. En même temps, cela avait été un gros soulagement pour elle et sa mère lorsqu’il avait quitté la demeure. C’était un homme violent, il frappait pour du fric et volait son employeur, qui avait confiance en lui. Un escroc, diriez-vous ? Non, seulement un homme qui avait besoin d’attention... et d’argent.

La jeune femme posa son verre sur la table et frotta ses mains moites sur la jolie robe rouge que lui avait prêtée son amie. Lors de l’essayage, Anna lui avait garanti qu’elle était beaucoup tropsexypour qu’elle rentre chez elletoute seule ce soir-là. Elle ne semblait pas connaître ses parents, celle-là ! Si jamais elle se faisait prendre avec ungarçon à la maison, elle aurait droit à un interrogatoire complet et, surtout, à des sous-entendus de la part de sa mère, qui lui aurait même offert un clin d’œil. À cette idée, Naomie grimaça et sentit un frisson lui parcourir le dos. Non, vraiment, si jamais elle rencontrait un garçon, un jour, ce serait chez lui que les chosesse passeraient.

— Ils arrivent quand, les gars ? demanda la jeune femme en jetant un coup d’œil à l’heure.

— Qui ça ?

Elle bougea les yeux de gauche à droite et arqua les sourcils. Comment son amie ne pouvait-elle pas comprendre qu’elle parlait des garçons de la bande ?

— Bah ! Gabriel, Sébastien et Kendrick, qui d’autre ?

L’adolescente gloussa doucement, se servant un premier verre de vin rouge, puis sans même lever le regard, le porta à ses lèvres pulpeuses. L’horloge au fond de la cuisine brisait le profond silence qu’avaient créé les deux jeunes filles.

— Ah, je les avais oubliés, ceux-là ! Aucune idée, tu veux les appeler ?

Bouche bée, Naomie resta sans bouger alors que son amie lui tendait son téléphone. Un sourire en coin se glissa sur les lèvres d’Anna alors qu’elle ajouta :

— Ferme ta bouche, chérie. Tu risquerais d’avaler une mouche.

Sur ces douces paroles, elle s’approcha de sa meilleure amie, se dandinant dans sa robe moulante aussi rose que ses lèvres, puis retira la bouteille de whisky des mains de la jeune femme. Elle lui jeta un coup d’œil qui se voulait complice avant de vider quelques gorgées du liquide ambré dans un gobelet.

— Tiens, bois ça. Ça devrait t’aider à passer par-dessus ce qui t’attend tout à l’heure.

Incertaine du conseil de l’adolescente, Naomie prit le verre que lui tendait son amie avec méfiance. Sans la lâcher du regard, elle porta celui-ci à ses narines, reniflant l’infecte odeur de l’alcool. S’efforçant de ne pas grimacer, elle prit une première gorgée qui, contre toute attente, n’était pas si ignoble que cela.

— Alors, il est bon ?

Naomie acquiesça, faisant mine de prendre une seconde gorgée pour éviter de devoir parler et la recracha lorsque son amie eut le dos tourné.

Devant la fenêtre, sa meilleure amie commençait à s’exciter, sautant sur place en tapant dans ses mains. La jeune femme faillit se moquer d’elle, mais fut vite ramenée à l’ordre par son stress. Les mains tremblantes, elle se dégagea la gorge et fit :

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Ils commencent à arriver !

Naomie déglutit, puis réalisa avec tristesse que par « ils », Anna ne voulait pas du tout parler de leurs amis. Elle parlait plutôt des intrus avec lesquels elle allait devoir faire semblant de s’amuser. Le cœur battant la chamade, Naomie la bouscula et leva un coin du rideau fuchsia pour regarder dehors. À la lumière des lampadaires, un 4x4 rappelant celui de Guillaume venait de se stationner dans la rue. Une lueur d’espoir vint l’animer quelques instants, suffisamment pour qu’elle coure jusqu’à la porte pour ouvrir.

— Mon Dieu, qu’est-ce qui se passe avec toi ?

Sans prendre le temps de répondre à son amie, Naomie ouvrit la porte. Devant elle, une grande brune aux cheveux au-dessus des épaules lui souriait en lui tendant une caisse de bière. Légèrement déçue, elle débarrassa la jeune fille et l’invita à rentrer. Elle était suivie d’un mec à la peau noire, qui rappelait vaguement quelque chose à Naomie. Selon ses souvenirs, il était joueur de foot ou guitariste, quelque chose dans le genre.

— Hé, William ! Tu me présentes ta copine ? s’empressa de demander Anna en passant son bras autour de celui du jeune homme.

C’est qu’elle était pressée, celle-là ! C’était à croire qu’elle l’aimait bien et qu’elle était jalouse qu’une fille autre qu’elle l’accompagne à une fête. La jeune femme roula des yeux et garda ses bras croisés sur sa poitrine jusqu’à ce que les prochains invités arrivent. L’adolescente était partie démarrer la musique au sous-sol, et Naomie se retrouva seule avec le tic-tac de l’horloge.

Assise sur un banc en bois dans le vestibule, elle profita de sa solitude pour regarder les alentours. La mère d’Anna était partie sans même penser à prendre avec elle sa précieuse statue de Cupidon. C’était un cadeau qu’elle avait reçu de sa belle-sœur avant que cette dernière ne perde son combat contre la maladie. Apparemment, il n’en existait aucun autre exemplaire, mais Naomie avait bien du mal à y croire. Son ordinateur portable gisait sur le sol, probablement qu’elle l’avait oublié là le matin même. La jeune femme pensa bien le ramasser pour qu’il ne lui arrive rien, mais à son retour, la maman d’Anna remarquerait bien qu’il avait changé de place, non ?

Un cognement contre la porte la fit sursauter, comme quoi presque n’importe quoi pouvait la faire sortir de ses pensées. Le visage familier de Sébastien était écrasé contre la fenêtre, ce qui lui donnait l’allure d’un cochon.

— Enfin, tu nous ouvres ! s’exclama Gabriel.

— Ça fait longtemps que vous êtes là ?

Les garçons s’échangèrent un regard complice, puis Sébastien lâcha :

— Assez longtemps pour t’avoir vue te fouiller dans le nez.

— Quoi !? Non ! Je ne me fouille pas dans le nez ! Vous êtes dégoûtants...

Embarrassée, Naomie regarda les alentours pour être certaine que personne n’avait entendu ce que son ami venait de dire. Elle ne tenait pas forcément à ce qu’une rumeur sur elle soit lancée, surtout si elle était fausse.

— Elle est où, ta sœur siamoise ? demanda Kendrick le plus sérieusement du monde.

— Wow, gloussa la jeune femme, en bientôt six ans d’ami-tié avec Anna, c’est bien la première fois que quelqu’un nous compare à des sœurs siamoises ! Plus sérieusement, elle est en bas avec William.

Kendrick fronça les sourcils et serra la mâchoire ainsi que ses poings. Il prit une grande inspiration et fonça en direction des escaliers. Naomie se sentit immédiatement plus conne, elle n’aurait jamais dû lui dire cela. Une main sur le front, elle se laissa glisser le long du mur, mais Gabriel voulut immédiatement l’aider à se relever.

— C’est pas le temps de pleurer sur ton sort, Naomie, c’est le temps de sauver la fête de ta meilleure amie en empêchant Kendrick de faire un bain de sang.

Elle savait qu’il avait raison, après tout, ce n’était pas de sa faute s’il avait agi comme ça. Il avait qu’à ne pas être aussi possessif, non ?

Les trois adolescents dévalèrent l’escalier, non sans trébucher une ou deux fois, sans craindre de s’écorcher un genou ou un bras; après tout, ce serait déjà mieux que d’assister à une bagarre. Ils étaient là, Kendrick dans son kangourou rouge et William dans sa chemise blanche. Le premier, la mâchoire crispée et les poings serrés, semblait prêt à sauter au cou de son adversaire tandis que l’adolescent semblait en maîtrise de toute émotion. Aux yeux de Naomie, il semblait détendu et avait même l’air de trouver la situation comique. Ils étaient entourés par les gens qui arrivaient l’un à la suite de l’autre tandis qu’Anna se tenait en retrait, se rongeant les ongles.

— Bougez de là ! hurla Sébastien en utilisant ses mains pour faire un porte-voix. Il ne va y avoir aucune bagarre, alors...

— Dispersez-vous ! le coupa Gabriel en entrant dans la foule.

L’adolescent s’accrocha aux épaules de Kendrick et le traîna près d’un mur pour qu’il puisse respirer calmement.

Pendant ce temps, la jeune femme s’empressait de rejoindre sa meilleure amie, non sans bousculer deux ou trois personnes au passage. Cette dernière avait la tête enfouie dans ses bras et semblait être en train de pleurer.

— Tu vas bien ? demanda Naomie en s’assoyant à côté d’elle.