Le Lait de la terre - Alain Bertrand - E-Book

Le Lait de la terre E-Book

Alain Bertrand

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Beschreibung

Rendez-vous au coeur de l'Ardenne belge, à la rencontre de personnages atypiques que vous n'êtes pas près d'oublier !

Charles quitte Bruxelles pour vivre dans un village d’Ardenne. Il espère y trouver le calme, le bon air et une nature souveraine. Mais les vieux clichés ne résistent pas au choc des rencontres et à la colère du monde agricole. 
Car rien ne se passe comme prévu… 
Certes, Maria cultive des escargots, et Jules sonne de la trompe de chasse, et André engloutit des casiers d’Orval pendant que le gros Louis circule à bord de son tracteur. Mais il y a Irène, la fermière aux cheveux roux et le cortège de menaces qui pèsent sur l’agriculture traditionnelle… 
La crise du lait contraint les paysans à déverser des tonnes de matière première dans les champs…

Un roman régional au style tout à la fois délicat et impertinent qui plongera le lecteur dans un monde rural attachant

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE 

- "Des morceaux de bravoure s’enchaînent les uns aux autres, avec une gouaille intarissable, une sorte d’autodérision constante." (Joseph Bodson, Association des écrivains belges de langue française)

A PROPOS DE L'AUTEUR

Alain Bertrand est né en 1959 et est décédé en 2014. Attaché à sa région natale des Ardennes, il fut professeur dans l'enseignement technique. A la fois romancier, critique littéraire dans des journaux mais aussi essayiste, son style d'écriture se caractérise par sa plume délicate mais aussi par son humour.

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Seitenzahl: 144

Veröffentlichungsjahr: 2014

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Du même auteur

ROMANSMassacre en Ardenne, avec Franz Bartelt, Labor, 1999 ; 2006.La Part des anges, Le Castor astral, 2000.Le Bar des hirondelles, Labor, 2003.Monsieur Blanche, Le Castor astral, 2004.

 

PROSE ET RÉCITSLazare ou la lumière du jour, Le Temps qu’il fait, 1998.La Lumière des polders, Arléa, 2003 ; Bernard Gilson, 2009.En province, Le Castor astral, 2005.On progresse, Le Dilettante, 2007.En Ardenne, avec des photographies de Jean-Pierre Ruelle, Bernard Gilson, 2008.Je ne suis pas un cadeau, Finitude, 2010.

 

ESSAISGeorges Simenon, La Manufacture, 1988 ; Cefal, 1994.Maigret, Labor, 1994.Jean-Claude Pirotte, Labor, 1995.

 

 

 

À tous ceux qui choisissent de vivre…

1

NATIONALE 4

Passé les tunnels de l’avenue de Tervuren, Charles pousse un large soupir et lance au galop les chevaux de son automobile : adieu jeunesse, et l’innocence des amours perdues, et la charge de professeur dans un collège où la tradition étend les privilèges des uns au détriment des pauvres.

Le voilà au sortir de la forêt de Soignes, prêt à affronter les éoliennes et les champs de betteraves ; le ruban déroule un asphalte grêlé par les nids-de-poule ; à hauteur de Louvain-la-Neuve, un doute l’étreint – et si la civilisation s’arrêtait juste après le campus universitaire ?

Plongée à bride abattue vers la Meuse, puis remontée suffocante entre les semi-remorques, virage sur l’aile vers la nationale 4, belle inconnue aux lignes adoucies par les longues courbes et les baraques à frites. Charles s’en émeut, car son ventre, noué depuis la veille, proteste comme un enfant.

Mais les frites, le long de cette artère provinciale, sont-elles aussi dorées, aussi croustillantes qu’à Bruxelles ? Charles ne transige ni en amour ni sur les frites ; c’est une règle qui en vaut de plus sages. Dès son adolescence, aucune pièce de théâtre, aucun film d’art et d’essai sans un pèlerinage au fritkot près de la Grand-Place. Refaire le monde, sous la pluie d’étoiles, un cône tiède à la main, de la sauce ointe entre le pouce et l’index. Et cet idéal du cornet renversé contre le cours des choses, et qui s’effeuille, afin d’atteindre une vérité qui se cacherait sous les empilements de sauce tartare.

Charles se souvient des habitacles totalement embués, les soirs de pluie ou de grand vent, et des conversations sourdes et indigestes avec tel ami. Point d’amie en ce temps-là, laquelle n’aurait supporté ni la cérémonie des frites ni l’odeur collante de la mayonnaise. Charles songe à ralentir, puis à délaisser son destrier, lui le voyageur crâne qui descend en province sans le moindre casse-croûte.

Descendre ou monter en province ?

Le temps de se poser la question et voici Charles au-delà d’une baraque vaguement retirée dans les herbes et qu’une lanterne isole dans le soir. Puis, c’est au tour d’un pavillon qui ressemble à une école gardienne, avec les tarifs griffonnés au feutre et des bricolages sur carton gras. Ensuite, une caravane dont on ne sait si elle a été abandonnée par une famille hollandaise ou si elle va s’enflammer dans la nuit.

Charles reste dans le doute ; encore un peu et il se prendrait pour Montaigne. Un Montaigne qui se pencherait sur les dates de péremption des fricadelles et à qui la sauce pickles aurait inspiré une citation.

« Quand je danse je danse, quand je dors je dors, quand je frite je frite », murmure Charles à hauteur de Marche-en-Famenne.

2

UN COIN PERDU

Charles en a encore les oreilles retournées : à Anderlecht, son domicile était situé près du stade de football. Tous les week-ends de match, la campagne l’éloignait de la liesse en mauve et blanc. Un dimanche, à Bastogne, dans la Grand-Rue, on lui versa dans l’oreille des airs d’hôpital psychiatrique et un accent hollandais tout pareil à celui de sa voisine de palier, fonctionnaire aux Communautés européennes.

Tirant la leçon des villes de province, Charles s’était enfoncé dans la campagne, loin des chansons à guirlandes, près des sangliers et des boules de paille sous plastique. La pluie briquait le tapis noir de la chaussée. Troué à gauche, à droite, celui-ci rétrécissait au fur et à mesure que la campagne élargissait la solitude du plateau ardennais.

Passé une sapinière, seul un panneau routier marqué Romeldange sembla encore se souvenir de la civilisation. Pour le reste, des vallonnements dénudés et un ciel d’un gris si gris qu’on en oubliait le printemps.

Charles s’était égaré dans un coin perdu.

C’est un sentiment délicieux d’être à l’abri des hommes.

On se croit au matin du monde ; la vie est à réinventer.

Derrière la clôture, une vache, les pattes engluées dans la sauce lapin, le cul trempé dans la graisse à frites. « On sent qu’on est peu de chose », murmure Charles, ahuri par ces étagements de chair. On croirait un arrière-train de sénateur flamand. Ou un ventre d’élu communal après la troisième mi-temps d’un match de football.

La pluie redouble d’intensité et résonne de mille clous plantés dans cent clôtures. Charles se penche sur son siège, contre le volant. De la panse ou des fessiers, l’animal remplit à présent toute la surface vitrée ; le ruissellement de ses volumes sur le parebrise laisse entrevoir une toile à la Francis Bacon.

Charles étouffe un juron : l’évocation d’un génie de la peinture, fût-il anglais, insinue un doute que la vache a tôt fait de grossir. L’homme n’est seul que dans la mort ; pour le reste, c’est le peintre qui établit l’existence de la vache ; laquelle démontre celle du fermier ; lequel prouve celle du marchand de bestiaux, de son banquier et de son notaire.

De là à prévoir que la fermette de ses rêves se terre dans un vallon, au mitan d’un village équipé d’un clocher, d’un café des Sports et d’une ribambelle de chiens, il n’y a qu’un tour de clé – que Charles donne, avant d’affoler le moteur rétif à désembourber son véhicule. Les roues épileptiques maculent les flancs brunis de l’Alfa Romeo. Les pneus rugissent comme des bêtes prises au piège. La grosse vache n’a pas bougé d’un cil et le contemple d’un air si vague que Charles se pince pour se donner l’impression d’exister.

Du reste, la voiture semble suspendue au bord du chemin, les roues braquées sur le vide.

Voilà donc Charles ruisselant et froid, entre chien et loup, l’aiguille du réservoir dans le rouge. Comme pour le punir, la pluie lui cravache le visage et les mains, tandis que l’obscurité s’allonge, que les arbres craquent, que la vache se presse contre la clôture qui ne tient qu’à un fil. Frissonnant des pieds à la tête, Charles craint que la vache cache l’ombre d’autres vaches encore plus grosses, et peut-être un taureau, monstre à la fureur attisée par les banderilles du ciel, créature sanguinaire et baveuse, entraperçue à la télévision.

Charles a, dans les yeux, le spectacle de ce toréador empalé sur une brochette, écouillé comme un chapon. Illico, le voici de retour dans le cocon précaire de son Alfa Romeo. De tous ses muscles, le cheptel luit dans le halo mouillé des phares. Soudain, un spécimen plus fâché que les autres culbute la barrière de son pré.

Appeler au secours ? Mais qui ? Le portable a perdu le réseau qui le reliait aux pompiers du monde entier. Pas le temps d’évoquer un salut, car la barrière s’est couchée devant l’impatience d’un troupeau dont les mamelles réclament d’urgence une traite, puis une litière sous abri.

Charles pousse un cri. Du coup, la vache de tête contourne la calandre et longe la carrosserie qui hoquette ; le reste du troupeau suit à la queue leu leu.

Et le taureau ? Point de mâle véritable dans cette aventure boueuse alors que la nuit voit défiler dans les phares ce qui ressemble à de bons gros supporters de football. Charles en a dénombré une trentaine, en noir et blanc, plus un gendarme sous l’aspect d’un chien de ferme ; trente vaches majestueuses qui courent vers la buvette, pressées par une jeep que conduit une fermière à la chevelure d’un roux de feuille morte.

Elle s’appelle Irène et connaît le bétail mieux que personne.

Elle demande à Charles si ça va. À son visage détrempé dans la nuit, elle a senti que cet homme est un de ces types qu’il faut treuiller comme un naufragé.

3

EN CHEVILLE

Charles en fait l’expérience en province : lui dont le pas, en ville, ne croisait que des hommes ou des réverbères, le voilà sacrifié à une route de campagne. Il n’a pas le temps de se rappeler s’il faut marcher à droite ou à gauche qu’il glisse sur une bouse fastueusement azotée. Cette débâcle molle entraîne une chute suivie d’une torsion de cheville. Ce genre de glissade s’apparente à la roulette russe – appelée ici roulette campagnarde.

À ras de terre, les flaques d’eau se parent de phares ronds comme des assiettes, d’un jaune de science-fiction. Charles, dans le soir coulant, craint une attaque de soucoupes volantes et se relève, le pantalon déchiré.

Assis sur son trône d’altitude, le gros Louis, en tracteur, lui concède un salut de roi.

Rasant le bitume, un coupé sport, jaune lui aussi, bat la mesure jusqu’au fond des étables : c’est le fils du fermier. Comme lui, il porte une casquette, mais à l’envers, pour marquer le conflit des générations.

Et puis ? On retrouve Charles à quatre pattes, au cœur d’une insomnie.

Même le drap sur son pied foulé lui semble d’un poids de jument.

Sur le chemin des toilettes, son corps roule de travers dans les escaliers. Coudes et genoux râpant le plancher des vaches, Charles ponctue la nuit de cris et de geignements ; un accès de dignité lui fait lever la patte infirme à portée du vase de faïence.

Dans le silence de la nuit, le tintement des éclaboussures ramène Charles à sa condition de mortel.

Le matin, il n’a pas dormi, et la douleur l’aurait conduit, clopinant, à la clinique, si son voisin ne lui avait dit, sur un air entendu, de pousser jusqu’au fond du village.

Une ferme, sur la gauche, flanquée d’une serre, et un nom : « Maria ».

Charles oscille sur un pied, l’autre remonté à la façon des flamants roses. Dans le doute, il fait la moue : que peuvent les superstitions locales contre un cocktail de Dafalgan, d’Imodium et de Voltaren ?

« Allez-y de ma part, lui répond Jules, d’un air de marchand de vaches, avant de le pousser dans son automobile : venez, je vous emmène ! »

L’Opel du fermier exhale de ces miasmes bovins qui ont conduit à la chute de Charles, la veille, au terme de sa promenade. Il rentre la tête dans les épaules et se laisse cahoter dans les vapeurs de cigarette roulée. De flaque en ornière, le voilà dans une cour, flairé par un braque, la bouche pincée d’inquiétude.

Jules frappe à la porte ; une femme, le cheveu poivre et sel, l’œil d’un bleu vif, fait entrer le duo directement dans la cuisine.

Chaleur épaisse et moite du fourneau à bois, relents de café réchauffé, grande horloge à balancier, calendrier de la poste, attrape-mouches en tirebouchon : Charles capte les détails au vol, comme pour se raccrocher à ces clichés qui encombrent les téléfilms rustiques.

Maria lui décoche un sourire de mère ; elle sait qu’à la moindre douleur, les hommes redeviennent de grands enfants.

Jules a tiré trois chaises paillées de sous la nappe à carreaux : une pour lui, une pour Charles, une pour la cheville démaillotée de Charles.

Maria fronce les sourcils, jette un œil sur la croix piquée de buis à laquelle, aussitôt, elle s’abandonne.

Son visage s’est figé comme un masque. On l’imagine au centre de la douleur, déjà, à moins qu’à l’intérieur d’elle-même, dans le fluide qui parcourt les veines, les nerfs. Ses lèvres remuent pour une prière muette, tandis que la tension lui creuse peu à peu des rides. Son front se couvre d’une fine sueur, puis des gouttes glissent le long de ses tempes ; ses joues prennent une couleur de crête de coq, sa bouche se pince. Charles sent monter une force : la cheville est un enfant que les doigts de Maria réchauffent par de rapides effleurements.

Les mots aspirent le mal dans le secret de leur origine.

Au bout des doigts crevassés par le labeur, la pulpe ramène le sang propre dans l’articulation.

À Anderlecht, on prendrait Charles pour une de ces âmes que la superstition alanguit comme la bière d’abbaye ; ici, dans la cuisine de Maria, il est un homme sous la prière d’une femme. Les frôlements et les mots créent un langage qui réduit la douleur à n’être plus. Charles sent que ses orteils bougent souplement ; la chair rosit, le cœur bat la chamade. Maria le somme de poser le pied sur le carrelage et de se lever de sa chaise tombale. Charles ne se sent point Lazare, ni même Achille, le héros de la guerre de Troie.

« Vous pouvez marcher », lui répète Maria.

D’un geste vague, Jules confirme la sentence, avant de vider, d’une gorgée, sa tasse de café refroidi. Alors, Charles se lance dans le vide comme un bambin qui fait ses premiers pas : nulle souffrance, à peine une raideur. Un second tour de table le confirme : il est guéri, sa cheville consent à l’espace, comme avant.

Son air ébahi rend au fermier un sourire de magicien alors que Maria semble lasse. Comme elle se retourne pour jeter une bûche dans la cuisinière, Charles tend la main vers son portefeuille.

Jules, alors, lui fait les grands yeux : pas question de payer ce qui se donne, à l’image de l’air, de l’eau, de la lumière dans les vallons, sur les flancs de colline.

« Vous prendrez bien une petite tasse de café… » propose Maria tout en déployant sur un coin de table un exemplaire de L’Avenir du Luxembourg.

Encore étonné d’être là, sous l’attrape-mouches surchargé de points noirs, Charles accepte le café. Maria se met à éplucher les oignons, à couper les poireaux et le céleri, comme à l’ordinaire. Charles lui trouve un petit air de ressemblance avec une vedette des années 1930, partenaire de Louis Jouvet : Suzy Delair ? Non, Madeleine Ozeray.

4

PÉDAGOGIE DU VENDREDI

« Serez-vous des nôtres, cher nouveau collègue… Charles ? »

André est professeur d’antiquités gréco-latines ; il ne sort jamais sans son parapluie. C’est lui qui gère le stock de bières religieuses à l’école. Charles n’a pas osé refuser l’invitation du vendredi, bien que ce genre de prolongation lui fasse craindre fiel et blagues légères, soit l’ordinaire des cercles vicieux. Mais il faut s’intégrer dans le groupe, dit la chanson, pour éviter de se désintégrer dans la solitude des vies provinciales. Charles s’assied donc au fond de la salle des professeurs, alors que sautent les premières capsules. On est à la veille d’un week-end, les fauves sont lâchés, les dompteurs las se consolent du métier qu’ils aiment, à l’ombre du tableau noir.

Placide, Charles réclame une gueuze, avant d’éprouver une poussée d’acide et de fruit rouge.

« On n’est pas à Anderlecht, ici, hein fieu ! » grimace le mathématicien de service.

Certains collègues gloussent de voir Charles à sec de réplique.

C’est alors que, sur un ton de chanoine, André en appelle à la pédagogie de l’orval.

Parmi les senteurs de craie et de poussière, et tandis qu’un quatuor s’exerce au couyon, les bouteilles jouent aux quilles et font de la relation pédagogique un art de vivre.

D’abord, les proportions idéales du calice : pied circulaire, d’un diamètre de jeune bouleau, tronc d’église romane, vase en mesure de recueillir le bouillonnement de matière, d’une amertume au goût d’éternité. Ensuite, l’écoulement du houblon et des levures pour une fermentation haute.

Les programmes en vigueur, cher collègue, ont omis que l’éducation est de haute fermentation, et que le brassage des âmes réclame non seulement un savoir-faire, mais l’art surtout de marier les ingrédients et de les porter à ébullition : que chacun, à l’école, devienne ce qu’il est de meilleur.

Quiconque est capable de savourer un orval vieux et tempéré s’en trouve grandi comme un étudiant qui admet de se laisser attirer en des sphères inconnues des crétineries de notre temps. L’orval a la mousse large, abondante, mais qui s’effondre vite : restent l’ampleur, le caractère, la singularité d’une saveur sublimée par les mythes et la fraternité.

Enseigner, c’est choisir d’aller plus loin que soi, enflammé par l’œil du barman – je veux dire du professeur.

Oui, en province du moins, Charles, le maître possède des vertus de cafetier : patience, ironie, sagesse, mauvaise foi et conversation élargie, en mesure de conduire les jeunes âmes ailleurs que là où l’air du temps étouffe leur créativité et leur désir de penser.

André a laissé glisser le flux de bière le long du calice à peine incliné, et le tend à Charles qui le reçoit comme un geste d’amitié, avant de laisser l’ambre amer lui mouiller la gorge.