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Réalistes ou fantastiques, ces dix-huit nouvelles dialoguées à deux personnages mettent en scène des couples (Elle et Lui, L’Un.e et L’Autre...) qui, à un moment déterminant de leur existence, se cognent, s’interpellent, s’interrogent, s’appellent, se détruisent ou tentent de s’unir contre un monde absurde et le plus souvent indifférent, pour ne pas dire cruel. Un livre introuvable, un père disparu, une bouteille à la mer, un sauveteur pris de panique, une vitre qui tue, etc. L’humour qui irrigue ces « nouvelles à jouer » est le plus souvent ironique, sinon d’un sang noir. Et si ces êtres humains parviennent parfois à se comprendre ou à s’aimer, alors le Destin… Que peut parfois contrebalancer la force du rêve et de la dérision…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Jean-Claude Martin, poète, a publié une trentaine de livres. Il a été plusieurs fois traduit, primé, invité à des festivals internationaux... En théâtre, son autre passion, cinq de ses œuvres ont déjà été éditées et représentées… En poésie comme en théâtre, la forme courte a sa préférence.
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Veröffentlichungsjahr: 2024
Jean-Claude Martin
Le Livre de Knockandré
Et autres histoires
Théâtre
ISBN : 979-10-388-0879-9
Collection : Entr’Actes
ISSN : 2109-8697
Dépôt légal : juin 2024
©couverture Ex Æquo
©2024 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
Toute modification interdite.
(Dans une librairie, un homme - la trentaine environ - s’approche d’une vendeuse - la trentaine aussi.)
LUI
Excusez-moi, auriez-vous le livre de Knockandré ?
ELLE
Ça ne me dit rien. Knock André est le nom de l’auteur ?
LUI
Je ne sais pas.
ELLE
Je veux dire : Knock est le nom, et André le prénom ?
LUI
Je l’ignore.
ELLE
Ah ! Je vais regarder à Knock... Knock avec un k, comme le docteur ?
LUI
Peut-être.
ELLE
Vous n’avez pas beaucoup de renseignements !
(Elle consulte l’ordinateur de la librairie.)
ELLE
Je ne vois rien dans nos stocks. Il y a un Wilhelm Knock (auteur américain), qui a écrit une histoire de Wall Street. C’est cela ?
LUI
Pas du tout.
ELLE
Où avez-vous entendu parler de ce livre ?
LUI
À la radio, je crois.
ELLE
Vous souvenez-vous dans quelle émission ?
LUI
Non, je n’avais jamais entendu cette émission avant.
ELLE
Quelle station ?
LUI
Ce n’était pas chez moi, c’était une radio que j’entendais dans le voisinage.
ELLE
Parce que vous auriez pu regarder sur internet quel était le programme de la station.
LUI
ELLE
C’était une émission littéraire ? (Devant l’air innocent du jeune homme, Elle sourit et ajoute.) Je parie que vous ne savez pas.
LUI
C’est vrai, ça a été très court.
ELLE
De quoi parlait-elle ?
LUI
De voyages, de pays, d’îles.
ELLE
C’est vague. Et vaste.
LUI
Je suis confus. Mais tout le temps revenait ce nom : Le Livre de Knockandré.
ELLE
C’était Knock André, André Knock lui-même, qui parlait ?
LUI
Pas du tout.
ELLE
En tout cas, on n’a pas cet ouvrage. (Elle jette un œil autour d’elle.) Excusez-moi, il y a du monde, je dois vous laisser. Tâchez d’avoir davantage d’informations, et on pourra faire une recherche plus générale si vous voulez, savoir si ce livre existe vraiment quelque part.
LUI
Je vous remercie de votre amabilité. À bientôt.
(Il s’en va. Un jour passe.)
(Il revient dans la librairie et se dirige vers la vendeuse.)
ELLE
Je vous reconnais. C’est vous qui êtes venu hier pour ce livre introuvable. Quel est son nom déjà ?
LUI
Le Livre de Knockandré.
ELLE
Avez-vous du nouveau ?
LUI
Non.
ELLE
Vous êtes passé à la médiathèque faire des recherches ?
LUI
Elle était fermée.
ELLE
Bon, j’ai un peu de temps ce matin, on va voir si le livre existe dans une base de données générales. Donc, Knock le nom, avec un K ?
LUI
Je ne sais toujours pas.
ELLE
(Rit.)
ELLE
Il n’y a pas de quoi. Cherchons… (Elle consulte l’ordinateur.) Je ne vois rien. Knock n’est pas un nom répandu dans la base. Trois occurrences. Mais pas d’André Knock.
LUI
J’en avais peur.
ELLE
Au fait, son nom ne commence peut-être pas par un K, mais par un N ?
LUI
Possible.
ELLE
N-O ? N-A-U ? (Elle rit encore plus fort.) Pourquoi est-ce que je vous demande ça ? Vous n’en savez rien.
LUI
Excu…
ELLE
Ne vous excusez plus. Je regarde… Pas de Noque ou Nauque André non plus. Êtes-vous sûr au moins d’André comme prénom ?
LUI
Je ne suis sûr de rien. J’ai juste entendu « Le Livre de Knockandré », mais j’ignore si c’est un nom de personne ou un nom de lieu ou…
ELLE
Vous avez vérifié sur les émissions de radio à cette heure-là ?
LUI
Oui. Rien de probant.
ELLE
Donc ce pourrait être « Le Livre de Nocandré », comme il y a « Le Livre de la jungle » ou « Le Livre des merveilles » ?
LUI
Tout à fait, je crois même que c’est plutôt cela.
ELLE
Ça change tout. Regardons à « Le Livre de… »… Oh, la patronne me surveille d’un mauvais œil. Je passe trop de temps avec vous. Continuez des recherches de votre côté, et vous me tiendrez au courant un de ces jours, ça m’amuse.
LUI
Avec plaisir. À bientôt.
(Le lendemain, retour à la librairie.)
ELLE
Je ne pensais pas vous revoir si tôt… Écoutez, j’ai eu des remarques de la directrice, elle trouve que je suis trop « attentionnée » avec les clients.
LUI
Excu…
ELLE
(Sévère et ironique, lui prend le bras.)
Qu’est-ce que j’ai dit ? Plus d’excuses !
LUI
Pard… Avez-vous une pause dans la journée ?
ELLE
Douze heures trente, je vais déjeuner.
LUI
Ça vous ennuie si je vous invite ?
ELLE
Pas du tout.
LUI
Je vous tiendrai au courant de mes recherches.
ELLE
D’accord. Midi trente au Floridor, en face de la librairie.
(Au Floridor, douze heures trente-cinq. Lui est assis à une table, Elle arrive et s’asseoit.)
ELLE
Ouf, un peu de répit… (Ils commandent par signes à déjeuner.) Dites, votre recherche d’un livre introuvable, c’est peut-être juste... pour me draguer ?
LUI
(Interloqué.)
Excus… Je déteste ce mot. En plus, vous n’avez rien d’un déchet qu’on pourrait remonter du fond de la vase.
ELLE
Merci.
LUI
Je cherche vraiment à découvrir « Le Livre de Knockandré ». C’est la professionnelle « attentionnée » que je veux d’abord interroger.
ELLE
Et la professionnelle « trop-à-l’écoute-des-clients » vous demande si vous êtes repassé à la médiathèque ?
LUI
Ils sont moins obligeants que vous. M’ont laissé me perdre dans quantité de catalogues de bibliothèques où je n’ai rien trouvé.
ELLE
J’ai fait des recherches chez moi, sur mon ordinateur.
LUI
Vrai ?
ELLE
J’ai regardé tous les titres qui commençaient par « Le livre de… ». Et il y en a !
LUI
Alors ?
ELLE
Rien avec Knockandré. (Un temps.) Il vous tient tellement à cœur ce livre. Pourquoi ?
LUI
L’envie de savoir.
ELLE
Juste cela ?
LUI
(Un léger temps.)
Non, pas vraiment.
(Un autre léger temps.)
ELLE
C’est peut-être un titre de film, de vidéo ?
LUI
Je ne crois pas… Possible par contre que ce soit une traduction.
ELLE
J’y ai pensé. Elle aurait été répertoriée.
(Ils mangent un instant silencieusement, puis Elle claque des doigts devant son visage.)
ELLE
« Le livre de NOS CONTRÉES » ? Un livre de géographie, un bouquin pour les enfants ?
(Lui a un air dubitatif.)
ELLE
Je regarderai quand même tout à l’heure à la librairie quand j’aurai cinq minutes. (Coup d’œil à sa montre.) Il faut que j’y aille maintenant, sinon, je vais me faire engueuler. Et si je perds mon boulot !
LUI
(Bredouillant.)
Vous… Vous vivez seule ?
ELLE
J’accepte cette question, même si elle n’est guère « professionnelle »... Pour le moment oui, et je tiens à mon indépendance. Vous avez un portable ? (Il lui écrit sur un bout de papier son numéro.) Simple nécessité pour vous tenir au courant de mes résultats.
(Puis Elle s’enfuit. Lui tente de la rattraper.)
LUI
Votre numéro à vous ?
(Peine perdue.)
(Un autre café, deux jours plus tard. Elle et Lui sirotent un jus de fruit.)
LUI
Je pensais que vous ne m’appelleriez pas.
ELLE
Votre histoire m’intéresse. J’ai tout regardé : les catalogues des bibliothèques nationales de plusieurs pays. Rien. « Le Livre de nos contrées » : pas trace. « The Book Of No Country»: « Le livre de nulle part ». Joli, non ? Rien chez les Anglo-saxons. Le livre de Knockandré reste introuvable. (Un temps.) Vous l’avez rêvé ?
LUI
J’en ai peur. Je me suis réveillé un matin avec ce nom dans la tête : il me semblait l’avoir entendu la veille au soir sur une radio, mais je n’en suis plus si sûr.
ELLE
De quoi parlait au fait le… ?
LUI
De voyages, d’îles, de « contrées » où l’on a envie d’aller… les clichés habituels…, mais différents, vivants, vrais, désirables, attirants…
ELLE
Ne désespérez pas. On va chercher encore. (Elle se lève tout à coup.) Je suis pressée. À bientôt.
LUI
(Court derrière Elle.)
Votre téléphone ? Votre téléphone ?
(Encore en vain.)
(Mais nous les retrouvons plus tard marchant sur un trottoir côte à côte.)
LUI
Une semaine sans vous voir, sans pouvoir vous parler ! J’ai fait chaque jour le guet devant la librairie, attendant votre sortie. Il n’y a qu’aujourd’hui que vous réapparaissez.
ELLE
J’ai dû m’absenter. Des problèmes à régler.
LUI
Graves ?
ELLE
Non.
LUI
Si je peux vous aider ?
ELLE
Pas d’inquiétude… Des nouvelles de Knockandré ?
LUI
Je n’y crois plus.
ELLE
Y’a pas de raison. Il faut continuer les recherches. (Elle l’arrête.) Pour commencer, on va se tutoyer. Et s’appeler par nos prénoms.
LUI
Joachim.
ELLE
Audrey.
LUI
Audrey ? Le livre de Knock Audrey, c’est ça. C’est vous… c’est toi qui l’as écrit ?
ELLE
Hélas non. J’aimerais bien écrire, mais ne m’en sens pas encore capable. Pourtant, végéter dans ce boulot de vendeuse où je perds ma vie sans la gagner me tue… On va chercher encore. Le Livre de Knockandré doit exister. (Elle se lève.) J’y vais. À plus.
LUI
(Parvenant cette fois à la retenir.)
Ton numéro de téléphone.
(Elle le lui donne avant de partir.)
(On le retrouve quelque temps plus tard - pas si longtemps en fait - au téléphone. Et qui appelle-t-il ?)
LUI
Audrey, je suis désespéré. On ne trouvera jamais « Le Livre de Knockandré ».
ELLE
Si. Il va exister.
LUI
Comment ?
