Le Mal tenac - Simon Baudry - E-Book

Le Mal tenac E-Book

Simon Baudry

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Beschreibung

Alors qu'ils se promenaient tranquillement dans les bois séparant leur village des Montagnes des Ténèbres, Niato et ses amis tombèrent nez à nez avec les deux dieux principaux de la mythologie de leur peuple, Ktalonia et Dulca. Ces derniers informèrent le groupe que leur pays, la Ktyria, était envahi par l'armée d'un pays du sud, composée principalement de mercenaires à la forme étrange. Les deux divinités donneront donc comme mission d'arrêter cette invasion et d'aller dans le pays envahisseur afin de mettre à mal leur plan. Ils devront affronter plusieurs problèmes, et et faire de nombreuses rencontres. Vont-ils réussir leur mission ?

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Seitenzahl: 405

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Le Mal tenac

NouvellePrologueChapitre 1 : Des remous aux confins sud du monde connuChapitre 2 : La découverte de la ManektaraChapitre 3 : La découvert de BonptikChapitre 4 : L'exploration d'un monde inconnuChapitre 5 : Le village des Nains d'ArgentChapitre 6 : L'apparition des Fantômes InfernauxChapitre 7 : Le départ vers TwontchiChapitre 8 : Un retournement de situationChapitre 9 : La caverne des NarwantaksChapitre 10 : La découverte de ma vraie natureChapitre 11 : Notre départ du village des NarwantaksChapitre 12 : La capitale de la ManektaraChapitre 13 : La capitale Manektaranienne, ses dangers et ses beautésChapitre 14 : L'entrée dans le palaisChapitre 15 : L'unification compromise de la Manektara et de la KtuloniaChapitre 16 : Détruire le cristal et retour au calmePage de copyright

Nouvelle

« Dans des temps immémoriaux, bien avant la création de notre planète, est apparu le dieu créateur, à l'origine de la vie, qui se nommait Ktalonia. Ktalonia est le dieu soleil, celui qui permit l'apparition des planètes, représentant chacune un dieu ou une déesse. 

« La déesse Dulca, représentée par notre Lune, est l'une des dernières déesses de notre Panthéon à être apparue. Il s'agit d'une partie du corps de la déesse mère qui nous abrite tous, que nous soyons humains ou animaux : Terria. Alors que cette dernière est calme et tranquille, sa fille ne rêve que d'inconnu. C'est pour cela que Dulca s'éloigne peu à peu de sa mère, à raison de quelques centimètres par an. 

« Un jour, Ktalonia s'éprit de Dulca, et ils vécurent leur amour d'une façon telle que naquit de leur union un être de prime abord jovial, mais aux penchants perfides : Ratara. Il aurait pu bien tourner, mais la relégation au rang de "dieu secondaire" assigné aux Enfers opérée par ses parents cristallisa et mit en évidence sa rancœur et sa méchanceté envers ce couple de divinités qu'il haïssait. 

« Ainsi, pouvait-on résumer la rivalité existant dans le Panthéon entre les dieux de la Lumières, Ktalonia et Dulca, et le dieu des Ombres et des Enfers Ratara », finit le vieux conteur Naktalio. Il s'agissait du plus vieil homme de notre village, il avait des connaissances sur tous les sujets (astrophysique, nature, Panthéon, etc.), et c'est pour cette raison que tout le monde le respectait au village, et surtout nous, les jeunes. 

Au fait, j'ai oublié de me présenter : je m'appelle Niato Kirtiaho. J'ai 18 ans et je suis fils et petit-fils de fermier. Avec ma petite-soeur Styulia et mes parents Ktular et Amaratia, nous vivons dans une ferme possédant 5 hectares de terrain alentours. Nous nous rendons souvent dans le village où je me trouve actuellement, à moins de dix kilomètres de notre ferme, pour y vendre le fruit de notre labeur (fruits, légumes) et pour discuter avec nos amis. 

D'ailleurs, je dois vous présenter les miens. Ils ne sont pas brillants en cours (tout comme moi, d'ailleurs), mais ce sont les meilleurs amis sur lesquels je peux compter. Il s'agit d'Yhata, de Knyata, de Riataho et de Niaktohe. 

Yhata et Kniata sont deux soeurs très soudées l'une avec l'autre. Il est vrai néanmoins qu'Yhata et moi éprouvons quelques sentiments l'un envers l'autre. La relation que j'entretiens avec sa soeur est plus informelle, plus « maitre-élève ». Je suis un peu son « dieu ». 

La relation que j'entretiens avec les frères Taktawa est beaucoup plus détendue, amicale. Ce que j'aime bien chez ces deux frères, c'est leurs tempéraments opposés. Alors que Riataho est foufou et veut s'amuser de tout, Niaktohe est mon plus vieil ami, peut-être grâce à son côté fin stratège qui me plait beaucoup. 

A présent, j'aimerais vous raconter une histoire, une histoire qui nous est arrivée à tous dans le village. 

Il y a de cela plusieurs semaines, nous nous promenions tranquillement, mes quatre amis et moi, dans les bois se situant sur les contreforts des montagnes des Ténèbres, au nord du village. Nous allions atteindre une clairière lorsque le ciel s'obscurcit soudainement, et deux faisceaux lumineux très puissants apparurent au centre de la clairière, nous obligeant à nous abriter derrière des arbres. 

Nous restâmes ainsi, les yeux fermés, pendant quelques longues minutes. Nous pouvions voir à travers nos paupières que la lumière s'intensifiait au fur et à mesure de ce laps de temps, puis elle s'interrompit brusquement. 

Nous prîmes un peu de temps à réagir, car nous étions encore sonnés par la violence de la décharge lumineuse que nous venions de prendre. 

Lorsque nous pûmes de nouveau utiliser notre vision, je fis un signe à mes amis pour savoir comment ils allaient. Après avoir eu une réponse de leur part, je me retournai face contre l'arbre et je me décalai légèrement vers la droite. 

Ce que je vis me pétrifia de peur, ce qui alerta mes amis, et les poussa à regarder eux aussi. Nous pouvions apercevoir un homme et une femme. L'homme était assez grand (dans les 1,80 m, je pense), fort, blond, aux yeux bleus, et muni d'une épée dans son dos. La femme, quant à elle, était légèrement plus petite que l'homme et portait une armure d'argent et un arc. 

« On dirait... », pensais-je, « on dirait la représentation que nous avons du Dieu du Soleil et de la Déesse de la Lune, Ktalonia et Dulca.» 

Pendant que je pensais, nous pouvions entendre ce qu'ils se disaient. 

« Ktalonia, es-tu bien sûr que ce sont eux? Lui demanda Dulca. 

-Oui, aucun doute là-dessus, lui répondit-il, ce sont bien les cinq jeunes gens dont je te parlais tout à l'heure.» 

Nous nous regardions tour à tour, sans comprendre vraiment. De nombreuses questions se bousculaient dans mon esprit : Qui étaient-ils? Que nous voulaient-ils réellement ? 

Je savais que je ne pourrais avoir ces réponses qu'en m'approchant d'eux, ce que je fis sous les yeux incrédules de mes amis. Je pouvais percevoir, sans me retourner, les mines de désapprobation que faisaient ces derniers. 

Dès lors que je m'étais mis entre les deux divinités, Dulca posa son bras autour de mon cou, m'apportant instantanément du réconfort. Je me demandais ce qui m'arrivait, pourquoi je ressentais des sentiments de calme et de tranquillité. 

Je savais que mes amis voulaient me porter secours, mais ils étaient partagés entre l'envie (énorme) de me sauver, et la crainte que leur inspiraient les deux personnages qui m'accompagnaient. 

« Euh... Monsieur, Madame... commençais-je. 

-Que se passe-t-il donc, Niato? me demanda Dulca en me couvant des yeux. 

-Vous... Vous connaissez mon prénom ? Répliquais-je, interloqué. 

-Oui, reprit Ktalonia, nous connaissons ton prénom, comme ceux de tes amis : les soeurs Yhata et Knyata, et les frères Riataho et Niaktohe. 

-Mais... Mais... Seriez-vous les... ? arquais-je timidement. 

-Effectivement, continua Dulca, nous sommes les divinités dont parlent vos légendes. Je suis la déesse de la Lune, Dulca, et voici le grand dieu du Soleil, Ktalonia », termina-t-elle en souriant. 

En entendant ces noms prestigieux, je sentis la tension disparaitre dans mon corps. Nous pouvions entendre les chuchotements de mes amis se trouvant (toujours) derrière les arbres où nous nous étions cachés. 

Au bout de cinq minutes, toutefois, je pris mon courage à deux mains et je me décidai à aller chercher mes amis. Lorsque je sortis du cercle protecteur créé par les deux divinités, je sentis le vent froid des montagnes dans mon cou, ce qui était une sensation désagréable, mais je sus inconsciemment que j'avais été chargé d'une mission. Pour la réussir néanmoins, il me fallait l'aide de mes amis. 

Tandis que je m'approchais du bord de la clairière, je sentis, en mon for intérieur, comme un changement dans l'attitude de mes amis. Ils étaient tous devenus silencieux lorsque j'avais quitté Ktalonia et Dulca. Ils devaient sûrement être heureux de savoir que je m'en étais sorti vivant, ou du moins sans séquelles apparentes. Mais ne faisons pas de conjectures inutiles. 

Alors que je passais la première rangée d'arbres, derrière laquelle nous nous étions réfugiés lors de l'apparition des divinités, je sentis une main s'agripper fermement à ma chemise et me tirer brusquement vers la gauche. Avant que je ne puisse réagir, je me retrouvais dos à un arbre. Celle qui s'était portée coupable d'un tel acte n’était autre qu'Yhata. Elle m'enserra très rapidement, signe (sans doute) de l'amour refoulé qu'elle me porte, qui sait ? 

La savoir ainsi contre moi me procura un sentiment de complète zénitude. «C'est ça le bonheur parfait», pensais-je, heureux. La réalité me rattrapa assez vite, et je dus repousser (à contrecœur) Yhata. Ses grands yeux vert pâle m'interrogeaient sur la raison de cet écart soudain. 

Feignant l'ignorer, je me lançai dans une explication de ce que j'avais vécu avant d'aller voir les divinités, les raisons qui m'y ont poussé, etc. 

« Pour finir, je tenais à vous dire que j'ai un pressentiment récurent depuis que je suis allé les voir, terminai-je dans un souffle. Il me semble que nous avons été choisi pour une mission,  mission dont je ne sais encore rien. » 

Tout le groupe se taisait, et réfléchissait aux conséquences possibles pour leurs vies respectives. Je pus les observer tranquillement. Les deux frères Rektawa, pour commencer, cultivaient, involontairement sans doute, leurs différences. Alors que le plus âgé des deux, Niaktohe, était penché sur le sol afin de marquer les « pour » et les « contre » concernant cette mission, Riataho, le plus jeune, avait l'air de ne pas s'y intéresser davantage. 

De leur côté, les deux soeurs Thiriark, Yhata et Knyata, étaient tout aussi partagées. Je pouvais lire deux sortes de crainte dans leurs yeux : Yhata avait, bien sûr, peur pour sa vie (normal), mais elle avait surtout peur de me perdre (au vu des nombreux coups d'oeil qu'elle me jetait). Sa petite soeur, Knyata, de trois ans sa cadette, avait surtout peur du nouveau. Elle n'avait jamais quitté la vallée dans laquelle nous vivions. 

C'est d'ailleurs vers ces dernières que je me tournai en premier pour avoir leur avis. Après s'être concertées, Yhata me répondit, pleine de courage. 

« Nous te suivrons où que tu ailles, Niato, et ce, malgré la peur qui nous tenaille. 

-Je trouve cela très courageux de votre part, les filles", lui répondis-je, en les prenant dans mes bras l'une après l'autre. 

Après avoir essuyé les larmes de Knyata, je me retournai vers les frères Rektawa, auxquels je n'eu même pas le temps de poser la question fatidique que Niaktohe me répondit. 

"Ecoutes, Niato, après ce que viennent de nous dire les filles, eh bien... (après un bref regard à Riataho) ...nous voulons bien venir avec vous.» 

A l'annonce de cette bonne nouvelle, je sentis mon coeur se libérer d'un énorme fardeau, celui de devoir partir seul vers l'inconnu. "Heureusement que je peux compter sur eux", me dis-je en les regardant fièrement. 

« Est-ce que cela vous dirait d'avoir un cri bien à vous ? Proposa le joyeux Riataho. Comme cela, nous pourrions nous reconnaitre. »

Nous nous regardâmes à tour de rôle d'un air enjoué. Nous acceptâmes avec enthousiasme la proposition du plus farfelu des membres du groupe. 

Après avoir effectué notre « salut militaire » (comme aimait l'appeler Riataho), nous partîmes dans la clairière et nous nous dirigeâmes vers les deux divinités, qui nous accueillirent à bras ouverts, ce qui étonna et rebuta un peu la plus jeune d'entre nous, Knyata. 

Heureusement, après un câlin à sa soeur et à son idole (c'est-à-dire moi), Dulca et Ktalonia purent nous expliquer où nous allions. Après ces quelques explications, le groupe fut enveloppé par un halo lumineux si puissant qu'il nous obligea à fermer les yeux. 

Quand nous les rouvrîmes, nous nous trouvions à l'entrée d'une grotte se situant dans lesMontagnes des Ténèbres. A première vue, nous n'étions pas très loin de notre point de départ, puisque nous pouvions voir la clairière d'où nous étions partis. 

« Où sommes-nous ? s'enquit la petite Knyata, toujours un peu craintive. 

-Eh bien, nous sommes à l'entrée d'un passage secret, lui répondit Dulca. Nous allons utiliser ce passage secret pour aller dans un monde parallèle où vous aurez un destin formidable, expliqua-t-elle en souriant. 

-Et ce « destin formidable », ce sera...? continua la jeune fille. 

-Chut, Knyata, reprit la déesse, nous vous expliquerons tout en cours de route. » 

Dulca se releva et alla rejoindre Ktalonia. Nous pouvions tous sentir la peur de l'inconnu suinter chez Knyata, et c'est pour cette raison que sa grande soeur Yhata et moi, nous lui prîmes la main. 

 Au signal des divinités, nous nous mimes en route vers l’inconnu, et nous entrâmes, les uns après les autres, dans le passage secret.

Je trouvai le trajet entre les deux mondes un peu long, mais ce fut sans doute le fait que la pente de la grotte était assez élevée (aux alentours des 10%), et que je devais porter ma « fan » sur mes épaules qui me donnaient cette impression. Heureusement pour moi, je pouvais compter sur la présence d’Yhata à mes côtés pour me faire oublier un instant mes tracas.

Je pouvais sentir le souffle chaud d’une petite fille qui dormait dans mon cou, et l’intervention de Dulca fut la bienvenue. Elle mit Knyata dans un porte-bébé à sa taille (8 ans) et accrocha le tout à mes épaules, me facilitant ainsi le trajet et me permettant (au passage) de donner ma main à celle que j’aime.

Finalement, après de longues minutes passées dans un tunnel de plus en plus lumineux, nous arrivâmes sur le promontoire rocheux surplombant une vallée verdoyante tapissée de forêts à perte de vue. Nous pouvions même entendre le débit calme d’une rivière qui coulait quelque part sous cette canopée magnifique.

Seul accro (minime) à ce tableau parfait : le fait que l’horizon en face de nous soit embrasé de mille feux. Cette vision nous terrifia tous plus ou moins, et fit naitre une question dans mon esprit.

«Que se passe-t-il donc là-bas?»

Ma question sonna comme un coup de tonnerre qui fit trembler d’effroi tous mes amis. Ce fut finalement Ktalonia qui répondit à ma question.

«Vous vous rappelez la mission que nous vous avions évoqué avant de partir?... (Tout le monde acquiesça) …Nous devons vous en dire plus sur cette fameuse mission. (Il regarda Dulca) … Vous devrez combattre et vaincre la cause de ces ravages, qui n’est autre que notre fils, le dieu des Enfers Ratara.»

Loin de nous, et des soucis que nous allions nous faire, dans notre village, se trouvaient nos parents. Ils se faisaient tous du souci pour leur progéniture, que ce soit les Thiriark, les Rektawa, et, bien sûr, mes parents.

Je peux vous garantir que mon père, Ktular, était entré dans une colère telle que même ma sœur, Styulia, de deux ans ma cadette, n’osait l’interrompre. Pourtant, elle avait le même caractère de chien que lui.

« Ah, Niato, tu es dans de beaux draps, tu sais. Que dis-je, tu es dans de très beaux draps, criait-il en faisant les cent pas dans la cuisine.

-Oui, surtout que l’orage monte doucement du Sud », rajoutait ma mère, Amaratia.

Styulia assistait à la scène de sa cachette sans pouvoir agir, par peur des représailles de la part de nos parents.

Notre père décida, en accord avec notre mère, de faire une réunion de crise dans la salle communale, en présence des deux autres couples de parents, dans le but d’établir une politique commune.

D’après ce que m’a raconté ma sœur à notre retour, cette réunion fut extrêmement tendue, tous me rejetant la faute de notre disparition. On y parlait également de l’orage qui avançait doucement, mais sûrement dans leur direction.

La réunion battait son plein tandis qu’on abordait le sujet météorologique. Tout le village ou presque s’était réuni dans la salle communale, et les retardataires se pressaient pour éviter les premières gouttes d’un orage qui s’annonçait, pour le coup, terrible.

Les premières gouttes tombèrent, selon Styulia, juste après l’arrivée très remarquée du conteur Naktalio, qu’on aurait, pour ainsi dire, jamais vu courir. Un cercle se forma autour de lui, et un de ses plus proches voisins (d’habitation) lui apporta, généreusement, une chaise.

De notre côté, les divinités venaient de terminer de nous expliquer les raisons de la fronde de leur fils lorsque le feu atteignit notre village. Nous étions tous horrifiés à la vue de cette épouvantable situation, et Knyata se mit à pleurer, craignant pour nos parents et les habitants du village.

Dulca nous rassura en nous disant que ce que nous voyions à l’«étage divin» n’est en réalité que le reflet d’une pluie torrentielle s’abattant à l’«étage humain». La tentative de la déesse n’eut qu’un effet restreint, puisqu’elle réussit à peine à tarir les larmes de ma protégée.

Je me décidai donc à la prendre dans mes bras et à essayer de la consoler avec l’aide de sa sœur, ce qui eut pour effet de l’endormir. Yhata me dépose un baiser sur ma joue, et me glissa à l’oreille «On forme un beau couple, tu ne trouves pas?». Cette réflexion me fit rougir de bonheur.

Niaktohe, quant à lui, discutait avec les divinités sur les modalités de remplissage de la mission, ce qui nous ramena à la réalité.

« Ratara nous attaque sur deux fronts, comme nous vous l’avons expliqué, commença Ktalonia. Mais vous ne devez pas oublier une chose, les enfants : derrière la pluie arrive l’armée de Ratara, armée composée d’êtres mi-hommes mi-rats, et qui est dirigée par un énorme homme-rat mutant.

-C’est pour cela que vous devez être munis de grands pouvoirs, pour réussir à les vaincre », continua Dulca.

Les deux divinités nous expliquèrent que les grands pouvoirs qu’ils allaient nous donner devaient être en adéquation parfaite avec notre nature profonde. Lorsqu’Yhata leur demanda ce que cela signifiait, Dulca nous expliqua plus en détail.

Selon eux, Yhata serait une vraie protectrice, ce qui lui donne une capacité d’amour et de rapprochement des personnes. Après réflexion et concertation avec Ktalonia, Dulca donna à la jeune femme les pouvoirs de lévitation et de contrôle de l’esprit, afin de déstabiliser l’ennemi.

Knyata, quant à elle, est un vrai cœur sur patte, mais qui ne donne son affection seulement aux personnes qui lui paraissent gentilles. Ainsi, Ktalonia lui donna les pouvoirs de vitesse et de force, ce qui lui permettra de slalomer entre les lignes ennemies et de les assommer en les faisant tomber.

Vu qu’il est de nature joyeux et rigolard, Riataho est la personne la plus difficile à cerner. C’est sans doute ce trait de caractère, ce côté mystérieux du jeune homme, qu’ont voulu souligner les divinités en lui offrant les pouvoirs de téléportation et de force.

Niaktohe étant un fin stratège et un lecteur des manuels de guerre en tout genre, Ktalonia décida, avec l’accord de Dulca, de lui donner trois pouvoirs au lieu de deux: l’agilité (pour qu’il puisse sauter d’arbre en arbre), la vision perçante et nocturne (pour discerner et voir venir les ennemis de loin), et la précision de ses tirs à l’arc.

Etant un meneur d’hommes capable de diriger une armée, Dulca me donna les pouvoirs suivants : la télékinésie (pour pouvoir communiquer avec mes camarades d’infortune), l’agilité avec les armes et une force physique surpuissante.

Quand nous eûmes tous reçus nos pouvoirs, nous nous regardâmes dans un petit étang se trouvant dans un coin de la grotte en nous félicitant. Les deux divinités nous regardaient en souriant, et Ktalonia murmura à l’oreille de Dulca. Cette dernière sourit un peu moins, et attira notre attention.

« Donc, à présent que vous avez reçu vos pouvoirs, vous devez vous préparer au combat qui vous opposera aux armées de Ratara. »

Nous nous regardions, mes amis et moi, et ressentîmes le besoin de nous parler.

« Que faisons-nous? demanda Knyata.

-Je pense que c’est clair, non ? lui répondis-je. Nous ne pouvons pas revenir en arrière, car, sinon, nous ne pourrons plus vivre longtemps.

-Et puis, nous sommes lesElus, nous ne pouvons pas refuse r», compléta Yhata.

Nous nous regardâmes en souriant avant de disloquer le cercle « familial ». Niaktohe prit la parole en notre nom à tous, et informa les divinités de notre volonté à aller au combat.

« Dulca, Ktalonia. Nous devions vous dire que nous vous remercions de nous faire ainsi confiance. Nous formons à présent une équipe plus que soudée, et nous savons que nous pouvons compter les uns sur les autres. Nous sommes donc prêts à partir au combat pour sauver notre monde et, par voie de conséquence, le monde des dieux qui en découle.

-Nous n’attendions pas moins que cela de vous, nous félicita Dulca. Nous devons vous emmener en amont du village, entre les premières maisons et l’armée des hommes-rats.

-Ok, c’est parti », répliquai-je après avoir lancé un regard à mes amis.

Nous nous approchâmes des deux divinités, et un nouvel halo surpuissant nous enveloppa en nous força à nouveau à fermes les yeux.

Nous les rouvrîmes quelques instants plus tard sur le chemin allant de notre village, Struktik, à un autre village se trouvant deux kilomètres plus au sud. Nous ne trouvâmes pas les divinités qui avaient sans doute dues repartir combattre leur fils dans le monde divin.

Elles nous avaient par contre placés à un endroit stratégique du chemin. En effet, nous nous trouvions au sommet d’une colline aux versants assez pentus (7,5% de moyenne) et nous avions une vue dégagée sur la vallée en contrebas et sur le chemin qui la traversait.

Malgré la pluie torrentielle qui s’abattait sur nous, nous pouvions voir l’autre versant de la vallée, versant placé sur la rive droit (côté sud) de la rivière Shaktarati. Au sommet de la colline qui nous faisait face, nous pouvions voir apparaitre quelques tâches lumineuses (que notre ami aux yeux de faucon associa avec des torches en bois).

Nous devions trouver rapidement un plan pour contrer l’avancée desarmées du Mal. Heureusement, nous pouvions compter sur le stratège du groupe, Niaktohe.

« Ecoutez, j’ai un plan en deux points. 1. Nous allons construire deux murs de bois: un au niveau de la rivière, l’autre au niveau de la crête. 2. Nous allons attendre bien sagement que l’armée se retrouve bloquée sur ce versant pour l’attaquer de toute part.

-J’ai une question : si nous ne réussissons pas ? demandai-je.

-Nous devrons faire preuve d’héroïsme », dit-il sur un ton implacable qui nous glaça le sang.

Nous nous mîmes directement au travail, ce qui nous permit d’avoir terminé le barrage de la rivière dans la matinée. Tandis que nous remontions la pente vers le village, le stratège du groupe, qui était parti plus avant pour voir l’avancée de nos ennemis, nous fit signe d’accélérer.

Quand nous arrivâmes à son niveau, nous nous retournâmes pour découvrir un spectacle étonnant : les hommes-rats avaient à peine franchi la moitié de la pente de la colline d’en face. Cela nous encouragea à redoubler d’efforts, mais nous nous posions tous des questions silencieuses sur cette situation.

Pour ma part, je me demandais pourquoi d’un personnage ayant une dose de haine aussi importante pouvait aller aussi lentement. Mais ces questions me ralentissaient plus qu’autre chose.

Tandis que nous continuions de construire le second mur de défense, Niaktohe jetait régulièrement des coups d’œil à l’armée des Enfers, armée qui semblait toujours peiner à descendre une pente au dénivelé pourtant relativement faible (environ 2,5%).

Nous pouvions néanmoins avoir un aperçu total de l’armée des hommes-rats à la fin de la deuxième heure de construction, et c’est à ce moment-là, semble-t-il, que son chef décida d’installer le bivouac. Les soldats défrichèrent un hectare de la partie est de la forêt, partie adjacente à la route.

Selon Niaktohe, les tentes composant le campement en formation étaient rudimentaires : une toile de fibres végétales (qui semblait être tressée) fixée sur une armature en bois de piteuse qualité.

Au bout de notre troisième heure de (dur) labeur, nous pûmes voir une sorte de camp retranché, à la manière des camps que construisaient les soldats antiques.

« Que penses-tu d’un tel camp ? me demanda Niaktohe.

-Si tu veux mon avis, lui répondis-je, nous avons sous-estimé la force de ces hommes-rats. Sans vouloir te vexer, mon vieil ami, nous devrions revoir nos installations défensives à la hausse. Tu ne crois pas ?

-En effet, nous devrions construire plus d’armements, plus de pièges. Mais nous devons également nous ménager, ne l’oublies pas. »

Durant la soirée, profitant de ses capacités de télékinésie, Yhata laissa son esprit s’envoler vers le camp des forces du Mal. Ce qu’elle y découvrit l’étonna.

Comme j’étais de nature prudente, je luis avais proposé de rester avec elle, et de lui servir de point de repère et d’ancrage avec son corps. Pour ce faire, je lui demandai ce qu’elle voyait afin de les consigner.

Reprenons. Alors qu’elle survolait le camp adverse, elle vit des choses qui l’étonnèrent. Par exemple, l’apparente lenteur de l’armée du Mal était due à des cuirasses de fer qu’ils transportaient dans des malles.

La chose qui retint tout particulièrement notre attention était leur chef. La description que m’en faisait Yhata était peu flatteuse : être mi-homme mi-rat, à forte corpulence, et possédant une peau grasse. D’ailleurs, son nom ne donnait pas tellement envie de le connaitre. En effet, il se faisait appeler « Général Karatikirp ».

Après ces quelques minutes d’un travail long et harassant, Yhata finit par faire réintroduire son esprit dans son enveloppe charnelle. Elle s’effondra de fatigue par la suite, et j’eu à peine le temps de la rattraper.

Je la portai jusqu’à sa couche, et l’enveloppa dans ses couvertures, avant de lui déposer un baiser sur le front.

Je rejoignis ensuite les garçons et Knyata autour d’un feu de camp près duquel je fus la cible de questions.

« Alors, quelles informations a-t-elle collectées ? me demanda directement Niaktohe.

-D’après ce qu’elle m’a dit, la lenteur de l’armée des hommes-rats est due au fait qu’ils transportent leurs armures de fer disposées dans de grandes malles.

-Ah, répliqua le stratège, il faudrait donc que nous revoyons nos plans.

-Mais nous devrons faire face à leur charismatique chef mutant, continuai-je, il n’a pas l’air commode. Il pourrait faire capoter notre plan. Nous devrons alors nous battre au corps à corps.»

Cette perspective nous assomma tous autant que nous étions. Knyata vint se réfugier dans mes bras, toute tremblante. Je la serrai contre moi et la berça afin qu’elle puisse s’endormir.

Une fois qu’elle se fut assoupie, je prévins mes amis que j’allais me coucher, et leur conseilla de faire de même.

Alors que je me dirigeais vers la couche d’Yhata contre laquelle je positionnai sa sœur, je pouvais entendre les commentaires des frères Rektawa, frères auxquels je lançai un regard courroucé. Ils n’insistèrent pas et allèrent se coucher.

Une fois ces derniers couchés, je pus regarder tranquillement les sœurs Thiriark dormir. Le sommeil d’Yhata semblait paisible, mais je pus remarquer quelques vibrations dans sa couverture. Sa sœur Knyata était nettement plus troublée par les informations de la soirée. Cette raison me poussa à me coucher derrière elle pour la rassurer, et je posai ma main sur l’épaule d’Yhata pour la rassurer.

Je fus réveillé aux alentours d’une heure du matin par un cri qui me parut strident sur le coup. Je me levai d’un bond et pris rapidement mes armes.

Alors que je scrutais l’obscurité, Niaktohe me rassura en me disant que l’ennemi était calme. Je me retournai vers Yhata qui était secouée par des spasmes musculaires. Je me précipitai à son chevet pour tenter de la rassurer.

Le fait que je sois près d’elle la calma quelque peu, et lui permit de se réveiller. Ce qu’elle me raconta m’horrifia. Pour la rassurer, je la câlinai quelques minutes, puis l’emmenai près du feu que venait de rallumer Riataho.

Lorsque nous nous assîmes, Yhata vint se coller à moi, sans doute pour se rassurer. Je l’accueillis à bras ouverts pour lui permettre de se calmer. Nous devions néanmoins comprendre ce qui lui était arrivé.

« Lorsque j’ai été survolé le camp de nos ennemis, j’ai dû éveiller le soupçon du Général Karatikirp. Il a sans doute dû demander à l’un de ses plus fidèles soldats-télékinésistes de m’attaquer, ce qu’il faisait lorsque je criais. Ca me fait frémir rien que d’y repenser. Brrr !!

-Il ne faut pas t’inquiéter, Yhata, la rassurai-je. Nous ferons tout notre possible pour les vaincre.

-Alors, mettons-nous au travail si nous voulons les arrêter», continua Niaktohe.

Une fois que les frères Rektawa se furent éloignés en compagnie de Knyata, Yhata put se relâcher un peu et se confier.

«Ce dont j’ai peur, c’est de la mort elle-même, commença-t-elle, et du fait que notre mort signifiera la fin de notre civilisation.

-Mais pourquoi vois-tu toujours tout en noir? lui demandai-je en souriant. Nous sommes peut-être minoritaires numériquement parlant, mais nous avons l’avantage du terrain. Tu ne crois pas?

-C’est vrai, avoua-t-elle en se blottissant contre moi. Je ferais n’importe quoi pour rester avec toi.»

Cette affirmation me toucha au plus haut point, et je me permis de la serrer entre mes bras pendant quelques instants. Nous nous séparâmes au bout de cinq minutes, et nous rejoignîmes rapidement nos amis pour les aider à creuser les trous.

Nous nous mîmes en équipes pour accélérer la création des fosses sur la pente. Riataho et moi étions affectés au creusement des fosses, tandis que Niaktohe et les sœurs Thiriark coupaient les arbres.

Nous travaillâmes tous jusqu’à l’aube pour terminer les trois grandes fosses creusées à trois mètres chacune. Au lever du jour, nous pûmes admirer notre travail (enfin) fini.

Nous nous trouvions face à une côte assez pentue trouée par trois énormes trous rectangulaires de cinq mètres de largeur et de profondeur et de sept mètres de longueur.

Nous nous félicitâmes d’avoir réussi un tel exploit en si peu de temps. La réaction qu’eut Yhata envers moi fut étonnante : elle m’embrassa sur le bord de la bouche en m’enlaçant lascivement.

L’action d’Yhata me fit énormément plaisir, et je la laissai faire pendant cinq minutes. Nous dûmes nous séparer au bout de ces quelques minutes pour aller manger au campement.

Tandis que nous regagnions notre campement, ma «petite amie» se rapprocha de moi et me donna la main. Cette nouvelle preuve de son amour me fit le plus grand plaisir, et me permit également de me calmer.

Nous nous régalâmes pendant ce repas qui nous fit du bien au moral. Nous sentions que notre groupe d’amis allait ressortir de cette épreuve encore plus soudé face à l’adversité.

Un bruit suspect assez fort pour supplanter le bruit incessant de la pluie nous fit tous sursauter. Niaktohe jeta un coup d’œil vers les lignes de l’armée du Mal.

«Préparons-nous rapidement, décréta-t-il. Les hommes-rats arrivent.»

Nous fûmes pris par un léger coup de panique, mais je réussis rapidement à reprendre le contrôle du groupe.

«Je propose que chacun des garçons se place au niveau d’une des trappes que nous avons creusé la nuit dernière. Les deux filles pourront voyager entre ces dernières.

-Pourquoi pas, répondit le stratège, mais que faisons-nous des murs?

-Ces deux murs sont faits pour retarder les hommes-rats. Allez, EN PLACE!»

Quelques instants plus tard, nous fûmes en place. Se trouvant sur la trappe du haut de la pente, Niaktohe nous informait de l’avancée de l’ennemi grâce à des talkies-walkies fait maison.

Il nous fallut attendre vingt minutes avant que l’armée du Mal ne réussisse à traverser la rivière Shaktarati, en crue. Alors que nous nous endormions, un bruit sourd se fit entendre derrière le premier mur défensif, ce qui eut pour effet de nous réveiller et de nous mettre en garde.

Le fait que le mur de rondins soit placé juste au bord de l’eau aida sans doute les premières embarcations des hommes-rats à chavirer, causant leur mort par noyades, un peu grâce aux crocodiles de la rivière.

Néanmoins, le mur finit par se disloquer sous l’attaque répétée des soldats. L’attaque fulgurante qu’ils firent ensuite tranchait avec leur rythme de la veille, mais ils furent rapidement ralentis par le fort dénivelé de la pente qui les obligea à la gravir au pas.

Ils ne sentirent pas les rondins des trappes sur lesquelles ils marchaient. Lorsqu’ils eurent atteint le mur du haut et que les derniers soldats (y compris le Général) se trouvaient sur la trappe que je contrôlais, je fis signe à Niaktohe et Riataho de les ouvrir.

75% de l’armée des Enfers se retrouva écrasée au fond des trous et nous réussîmes tant bien que mal à pousser le reste de l’armée dans les fosses auxquelles nous mîmes feu.

Loin de nous, dans le monde divin, Dulca et Ktalonia réussissaient à contenir l’avancée de Ratara dans la partie sud de la forêt qui composait leur monde, et notre victoire sur l’armée du Mal amoindrit considérablement les pouvoirs du dieu félon. L’affaiblissement de ce dernier aida grandement ses parents.

De notre point de vue de terrien mortel, nous pouvions suivre le combat entre les divinités, et nous sûmes que notre cause était gagnée lorsque nous vîmes que le rideau de pluie atteignait la rivière.

Nous sautions de joie tandis que la pluie quittait progressivement la vallée pour disparaitre à l’horizon. Je suppose que Dulca et Ktalonia ont dû enfermer pour toujours leur fils dans le monde des Enfers.

Alors que nous nous dirigions vers le haut de la côte pour défaire le mur fatal à l’armée des Enfers, nous entendîmes des choses (humaines ?) frapper contre ce dernier.

Nous prîmes peur tandis que le mur, déjà fragilisé par l’assaut des hommes-rats, commençait à s’effondrer. Lorsque ce dernier fut totalement aplati, nous fûmes aux premières loges pour un spectacle des plus étonnants.

Nous vîmes apparaitre un village entier, hommes en première ligne, muni d’armes plus rocambolesques les unes que les autres. Nous pûmes apercevoir nos pères (Ktular, Ribata et Binktar) accompagnés par le maire du village, Niobtik.

Tandis que nos pères allaient s’élancer dans la pente, ce dernier les arrêta d’un signe de la main. Tous purent alors admirer une côte d’une trentaine de striée par trois trous béants en flammes.

Nous nous rapprochions tout doucement des villageois lorsque je me décidai de prendre mon courage (et mes responsabilités) à deux mains. Je m’avançai vers des pères médusés de voir une telle scène.

« Je vais tout vous expliquer, leur annonçai-je en arrivant à leur hauteur.

-Alors, c’était donc vra i? commença mon père.

-La prophétie s’est donc réalisé », compléta le père des filles, Ribata.

En entendant ces mots, je fus pris d’une terreur soudaine. «Que voulait-il donc dire par «la prophétie s’est donc réalisée»?» Les questions se bousculaient dans mon esprit pendant que mes amis me rejoignaient.

Leur présence à mes côtés me calma un peu. Nous étions tous complètement atterrés de savoir maintenant que nous faisions tous partie d’une prophétie sur ce que nous venions de faire.

Yhata, située sur ma gauche, se rapprocha (instinctivement ou non) de moi, ce qui finit de me calmer. Cela n’enleva néanmoins pas les questions sur cette prophétie qui nous taraudaient tous, je pense.

«Que voulez-vous dire par prophétie?» demandai-je, penaud.

Ma mère, Amaratia, traversa la foule compacte pour venir se positionner entre mon père et celui des frères Rektawa, Binktar.

«Ecoutez, les enfants, commença-t-elle, nous devions vous le dire un jour. Avant ce jour fatidique, néanmoins.

«Vous n’êtes pas sans savoir que vous êtes les cinq Elus, les cinq Enfants censés sauver notre monde comme celui des dieux, ce que vous avez fait avec brio aujourd’hui.

-Ecoutes, maman, la coupai-je brusquement. Pourrais-tu en venir à la prophétie, s’il te plait?

-J’y arrivais, justement, continua-t-elle. Quelques jours avant votre naissance, une pierre monumentale de quatre mètres de haut sur trois de large est tombée du ciel pile au milieu de la place centrale du village.

«Il y était écrit que les cinq enfants qui naitraient dans trois familles différentes, nos familles, seraient les Elus. Il y était également inscrit que les trois ainés seront une fille et deux garçons, et que les deux derniers seraient une fille et un garçon.

«Quand vous naquîtes, nous constatâmes que la prophétie se réalisait. Il nous fallait donc cacher la pierre, que nous avons placé dans le monument de la place centrale.»

A ce moment précis, les deux divinités avec lesquelles nous avons combattu les Enfers apparurent dans un halo lumineux toujours aussi puissant, ce qui obligea les villageois à fermer les yeux.

Quand ils les rouvrirent, elles se tenaient à nos côtés, Dulca à côté de Knyata et Ktalonia à côté de Riataho. Dulca finit l’explication du déroulement de la prophétie.

«Par une nuit sans lune, commença-t-elle, après la naissance de Knyata et de Riataho, nous apparûmes sur la place où vos parents nous ont vite rejoint avec vous dans leurs bras.

«Nous vous avons alors bénis et liés dans une sorte de destinée commune, destinée qui s’achève aujourd’hui. A présent, Ktalonia et moi aimerions vous confier une nouvelle mission, nouvelle mission nettement moins dangereuse.

-Quelle est-elle? lui demandai-je.

-Eh bien, les enfants, reprit Ktalonia, nous avions pensé à une mission de partage de vos connaissances non seulement avec les villageois, mais aussi une mission de transmission intergénérationnelle.

-Je ne veux pas faire ma pointilleuse, tenta Yhata, ni ma critique en vous posant cette question, mais qu’entendez-vous par «mission de transmission intergénérationnelle»? Nous faudra-t-il voyager aux quatre coins de notre monde pour transmettre notre vécu?»

Les deux divinités se regardèrent en souriant, et Dulca nous expliqua avec moult détails ce qui nous attendaient dans les années à venir. Ce serait trop long à retranscrire, j’ai donc décidé de vous faire un court résumé.

Pour synthétiser, les divinités nous donnaient comme mission de raconter notre vécu à chaque fois que nous nous arrêtions dans un village.

Nous avons effectué notre mission avec tout notre cœur pendant dix ans, dix années où nous étions loin de nos familles.

« Et voilà, les enfants, comment se termine notre histoire, finis-je, heureux. Y a-t-il des questions? (Quelques mains enfantines se levèrent) Oui, Ugo ?

-Est-ce que tout cela vous est vraiment arrivé ? » demanda-t-il, tout penaud.

Nous nous regardâmes, mes amis et moi, et je laissai Yhata lui répondre.

« Ecoutes, Ugo, tu dois croire ton cousin, Niato. Il a été l’un des plus héroïques de notre groupe.

-Ah oui ? C’est vrai ? » questionna-t-il une nouvelle fois.

Yhata lui fit signe que oui, et ce dernier vint se blottir dans mes bras. Tout le monde souriait autour de nous, mais je finis par le repousser.

« Ecoutes, Ugo, mes amis et moi, nous devons aller nous coucher, car demain, nous devrons repartir vers un village plus à l’est.»

Ugo partit à contrecœur rejoindre ses parents, son oncle Nino et ma tante Oliwa, qui le ramenèrent chez eux.

De notre côté, nous nous apprêtions à nous séparer (à regret) pour rejoindre la maison de nos parents lorsque le maire nous arrêta et nous amena face à une grande bâtisse en pierre.

« Qu’en pensez-vous ? nous demanda-t-il alors.

-Mais… Mais… Pourquoi ? balbutiai-je, incrédule.

-Les héros de notre village méritent bien cela, non? reprit-il, tout sourire.

-Oui, c’est vrai, mais… essayai-je.

-Chut, calmez-vous et suivez-moi », ordonna gentiment ma mère, Amaratia.

Nous entrâmes donc dans le chalet à sa suite. Une fois dans nos chambres et nos affaires montées, nous nous allongeâmes pour nous endormir juste après.

Le lendemain, 8H00. Nous dîmes « au revoir » à nos familles et aux villageois, puis nous prîmes le chemin vers l’est.

Arrivés hors de vue, nous nous retournâmes vers notre avenir. Après avoir jeté un coup d’œil vers mes amis, je m’élançai en leur compagnie vers le prochain village, et, peut-être, vers l’aventure.

Prologue

Dans mon monde existe une prophétie, une prophétie concernant cinq enfants qui, par leurs exploits face à l’armée de l’Enfer, ont permis la victoire des dieux du Soleil et de la Lune, Ktalonia et Dulca, sur leur fils Ratara, dieu félon des Enfers.

Les légendes entourant ces rivalités entre les dieux peuvent être résumées ainsi : « Dans des temps immémoriaux, bien avant la création de notre planète, est apparu le dieu créateur, à l’origine de la vie, qui se nommait Ktalonia. Ktalonia est le dieu Soleil, celui qui permit l’apparition des planètes, représentant chacune un dieu ou une déesse.

» La déesse Dulca, représentée par notre Lune, est l’une des dernières déesses de notre Panthéon à être apparue. Il s’agit d’une partie du corps de la déesse-mère, déesse qui nous abrite tous, que nous soyons humains ou animaux : Terrai. Alors que cette dernière est calme et tranquille, sa fille ne rêve que d’inconnu. C’est pour cette raison que Dulca s’éloigne petit à petit de sa mère, à raison de quelques centimètres par an.

» Un jour, Ktalonia s’éprit de Dulca, et ils vécurent leur amour d’une façon telle que naquit de leur union un être de prime abord jovial, mais aux penchants perfides : Ratara. Il aurait pu bien tourner, mais sa relégation au rang de « dieu secondaire » assigné aux Enfers opérée par ses parents cristallisa et mit en évidence sa rancœur et sa méchanceté envers ce couple de divinités qu’il haïssait. »

Voilà comment nous pourrions résumer la légende qui a bouleversé la vie de mes amis comme la mienne. Je me dois de mes présenter, ainsi que mes amis et ma famille. Néanmoins, je vais vous présenter notre pays dans un premier temps.

Notre pays, la Ktyria, se situe entre deux chaînes montagneuses, les montagnes des Ténèbres au nord et des Enfers au sud. Il a également accès à la mer à l’ouest. Le territoire national est assez vallonné, ce qui permet facilement de se cacher.

Mon groupe d’amis et moi-même habitions à l’origine dans un petit village se trouvant à quelques dizaines de kilomètres de la côte ouest, dans une sorte d’entonnoir formé par les deux chaînes de montagnes. Notre village, se nommant Struktik, se trouvait près de la limite nord de notre pays.

Je dirigeais un groupe de cinq personnes. Sans me compter, ce groupe compte deux familles, les sœurs Thiriark (Yhata et Knyata) et les frères Rektawa (Niaktohe et Riataho). Pour ma part, je fais partie d’une famille très protectrice, très respectueux vis-à-vis de la religion : les Nitrata.

Nous avons dû combattre l’armée du Mal il y a de cela quelques années, permettant la réalisation d’une prophétie nous concernant. Selon elle, nous étions les seuls à pouvoir la battre, ce que nous avons réussi brillamment.

A présent, les divinités Dulca et Ktalonia nous ont donné la mission de transmettre notre vécu aux générations futures ou, plus généralement, à tous les habitants des villages où nous nous arrêtions.

Voici pour la partie « histoire passée ». A présent, je vais vous conter notre histoire telle qu’elle s’est déroulée depuis notre dernier passage à Struktik.

Quand nous fûmes hors de vue du village, nous partîmes vers le prochain village situé à trois kilomètres de notre position. Nous discutions tranquillement de notre aventure à venir lorsque nous entendîmes des bruits de sabots venant du sommet de la colline que nous allions attaquer.

Knyata se cacha derrière moi, tandis que nous nous mettions de côté. Nous vîmes un cavalier passer la crête au galop. Lorsqu’il nous vit, il fit freiner son cheval pour s’arrêter à côté de nous.

« Ah, vous voilà ! Je vous cherchai ! nous dit-il en descendant de cheval. J’ai une missive pour vous, cela concerne une mission très importante.

-Que se passe-t-il donc ? lui demandai-je, inquiet.

-La missive que je vous donne, continua-t-il, vient du colonel d’une forteresse qui se trouve sur les contreforts des montagnes de l’Enfer. Tenez ! »

Il me passa un parchemin cacheté, que je décachetai rapidement. Le papier en lui-même était très caractéristique de la région d’où il a été envoyé.

Le colonel qui était à la tête de ce fort, Tokia, nous informait de mouvements suspects de troupes inconnues dans les montagnes. Cette nouvelle nous assomma.

« Alors, que se passe-t-il ? me demanda le messager.

-Apparemment, il y aurait des armées inconnues qui rôderaient dans les montagnes en face de leur fort, lui répliquai-je.

-Que devrions-nous faire ? me demanda Yhata, un peu stressée.

Je la regardai en souriant d’un air déterminé. Je consultai les autres membres du groupe, puis je luis répondis.

« Écoutes, Yhata, nous devons y aller. Nous sommes les protecteurs de la vie dans notre monde. Nous ne pouvons donc pas y couper. »

Yhata me sauta alors au cou, ce qui me fit reculer un peu.

« Que se passe-t-il ? m’inquiétai-je.

-Je suis trop contente de pouvoir repartir en mission à vos côtés », répliqua-t-elle, heureuse.

Cette affirmation nous fit plaisir à tous. Une fois qu’Yhata eut bien voulu me lâcher, j’ai pu demander au messager, qui se nommait Korat, d’aller à Struktik prévenir les habitants du danger qui nous guettait tous, à présent.

Au village, tout allait assez. bien Je me présente : je suis le conteur du village de Struktik, Naktalio. Je suis le vieux sage du village, et c'est tout naturellement à moi que nos divinités s'adressèrent pour diriger la formation des nouveaux combattants qui devaient rejoindre le groupe de Niato.

L'arrivée du messager Korat dans le village a en quelque sorte accéléré la création de l'école de formation des guerriers. J'ai entrepris de mener la construction de l'école, école se trouvant en haut de la côte où les enfants vainquirent l'armée de l'Enfer.

Du côté du groupe de guerriers, nous nous dirigions d'un pas décidé vers les montagnes du Diable.

Nous étions tous un peu stressés par notre mission. Je marchais devant pour ne pas leur montrer mon angoisse. Je stressais tout particulièrement pour leur sécurité. Nous pouvions en effet être l'objet d'une attaque-surprise dans cette forêt ou, pire encore, d'une embuscade.

Je n'entendais rien d'autre que le bruit des pas de mes compagnons. Lorsque nous arrivâmes à l'orée d'une clairière, je me décidai qu'il serait temps de faire une pause pour la nuit. Nous cherchâmes du regard un endroit propice aux campements, à la fois abrité pour que nous ne nous fassions pas remarquer par des ennemis potentiels, et à la fois avec un visu sur la clairière pour voir ces derniers arriver.

Nous nous mîmes tous à scruter la clairière pour trouver le lieu parfait pour le campement quand, soudain, je remarquai un mouvement suspect dans le sous-bois de l'autre côté de la clairière. Je poussai juste à temps mes amis dans les fourrés sur notre droite, juste avant l'apparition de deux énormes monstres.

« Mais qu'est-ce donc ? Me demanda, apeurée, la petite Knyata.

-Je ne sais pas, lu répondis-je discrètement en lui faisant signe de parler moins fort. Je pense qu'il s'agit de deux hommes-rats d'une race différente de ceux que nous avons combattu il y a de cela quelques années.

-Non, répliqua Niaktohe, je ne pense pas. Regardez leur démarche : elle ne ressemble pas à celle des hommes-rats. Elle est beaucoup trop fluide.

-Oui, je sais, répondis-je, mais...

-Chut », fit Yhata en nous regardant d'un air apeuré et réprobateur.

Nous nous tûmes tandis que les deux étranges créatures faisaient le tour de la clairière et s'approchaient dangereusement de nous.

Lorsqu'ils arrivèrent près de nous, nous pûmes les observer plus précisément. Il s'agissait d'un mélange entre un homme et un ours. Cette vision nous horrifia, et je sentis que Knyata était en train de flancher. Je la serrai contre moi pour la rassurer et la calmer, nous évitant ainsi d'être repérés.

Fort heureusement, les hommes-ours passèrent devant nous sans notre remarquer, et ils quittèrent rapidement la clairière.

Nous attendîmes cinq minutes avant de rejoindre le chemin que nous avions emprunté pour venir. Nous décidâmes d'un commun accord que nous ne prendrions pas le risque de marcher à découvert. Nous longeâmes donc le bord de la clairière, à une distance de sécurité toute relative.

Nous trouvâmes un saule pleureur assez ample (ses feuilles touchant le sol) et assez éloigné du bord de la clairière pour qu'aucun être vivant ne puisse nous voir. Néanmoins, nous en avions une belle vue si nous daignions légèrement en écarter les branches.

Nous nous installâmes rapidement dans l'arbre. Nous y posâmes nos affaires, et, pendant que les jeunes femmes et Riataho organisaient le campement, Niaktohe m'accompagna pour chercher du bois.

Alors que nous marchions tranquillement entre les arbres, nous nous mîmes à discuter des hommes-ours.

« Que penses-tu de ces hommes-ours ? Lui demandai-je.

-Je pense qu'il s'agit d'une nouvelle sorte de mutation qui se produisent dans les montagnes du Diable, me répondit-il.

-Le fait que nous ayons croisé deux hommes-ours aussi loin des montagnes est inquiétant, continuai-je. Je ne voulais pas en parler en face des autres, mais je crains que nous devions faire très attention pour ne pas en croiser d'autres.

-C'est sûr, répliqua-t-il, nous devrons être très prudents. »

Nous hochâmes la tête de satisfaction, et nous continuions de ramasser du bois pendant quelques instants. Quand nous ne pûmes plus en prendre, nous retournâmes nous abriter derrière les feuilles du saule-pleureur.

Les quelques heures qui suivirent, nous discutions de tout et de n'importe quoi, et particulièrement de la mission. Les réactions étaient diverses et variées : Yhata et Riataho étaient pressés d'y arriver, Niaktohe était plus raisonnable et Knyata était stressée.

Au vu de la peur de cette dernière, je la pris dans mes bras et elle se blottis directement contre mon torse. Voyant cela, Yhata se rapprocha de moi et passa son bras autour de mon cou, ce qui fit sourire les frères Thiriark.

Nous nous couchâmes une heure plus tard. Knyata se coucha entre sa sœur et moi, ce qui la rassura et lui permit de s'endormir rapidement, ce que nous fîmes juste après elle.

Alors que le groupe s'endormait, deux yeux jaunes apparurent de l'autre côté de la clairière et fixa quelques instant le saule pleureur. Ils disparurent aussi vite et aussi mystérieusement qu’ils étaient apparus.

Chapitre 1 : Des remous aux confins sud du monde connu

Dans les montagnes du Diable, aux confins du monde que nous connaissions alors, une expédition scientifique Ktyrians avançait difficilement dans des conditions météorologiques piteuses. Cette expédition était composée de cinq scientifiques (Triktiano, Nokbine, Chrikta, Nikichbek et Tuchkrav) et était accompagnée par une brigade de quinze soldats dirigés par le brigadier Wortane.

Lorsqu'ils atteignirent la dernière passe des montagnes du Diable, ils purent voir un paysage très semblable à celui de notre pays. Le nouveau pays que l'expédition venait de « découvrir » était aussi vallonné que la Ktyria, avec des forêts et des cultures agricoles. Certaines zones de ce territoire étaient pourtant plates.

Après avoir admiré ce nouveau pays, ils descendirent des montagnes et s'approchèrent de la première forêt se situant sur les contreforts des montagnes. Ils y entrèrent prudemment, car des bruits bizarres provenaient des profondeurs de la forêt. Les scientifiques n'étaient pas rassurés alors que le groupe pénétrait dans le bois en empruntant un chemin très étroit.

Alors que l'expédition venait de prendre le premier virage, un groupe de « sauvages » l'arrêta en se positionnant face à eux. Quand ses membres se retournèrent, ils virent qu'un second groupe d'ennemis s'était positionné derrière eux.

Ces « barbares » les attaquèrent et les enlevèrent après les avoir baillonnés. L'attaque fut rapide. Néanmoins, les attaquants laissèrent un soldat qui semblait mort. C'est ce soldat qui revint en Ktyria et nous alerta.

De notre côté, après une nuit calme, nous mangeâmes assez rapidement pour reprendre le plus tôt possible. Knyata était toujours aussi peu rassurée, mais notre présence à ses côtés la rassura énormément. Pour lui éviter un stress supplémentaire, nous la mîmes au centre du groupe.

Nous marchâmes rapidement en longeant le chemin qui nous permettait d'arriver aux montagnes du Diables. Nous mîmes six heures pour traverser les douze hectares de forêt qui séparaient notre lieu de départ aux premiers contreforts de ces montagnes. Nous dûmes nous cacher de nombreuses fois, car nous croisions des patrouilles de deux à quatre hommes-ours de plus en plus souvent. Tandis que nous nous rapprochions des contreforts, des bruits d’activés que nous pouvions assimiler à des activités d'êtres intelligents se firent entendre.

Nous nous arrêtâmes à une distance plus que raisonnable de l'orée de la forêt. Nous pouvions voir des êtres vivants ressemblant à des hommes-ours marcher entre les premiers arbres et une rangée de ce qui semblait être des toiles de tentes. Je décidai de m'approcher tout doucement du camp pour en savoir plus sur le sujet. Je prévins mes amis de mon projet, et je m'avançai tout doucement vers le camp.