Le messager - tome 2 - Marie Gufflet - E-Book

Le messager - tome 2 E-Book

Marie Gufflet

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Beschreibung

Raphaëlle arrivera-t-elle à oublier son Ange ?

Quand elle s’envole pour La Réunion après sa rencontre avec la belle Athénaïs, Raphaëlle est déterminée à oublier son Ange. Or, comment se libérer de l’emprise du Voleur d’âmes sans l’aide du Messager dont le destin est de la protéger ? Peut-elle risquer de lui ouvrir à nouveau son coeur ? Les tribulations émotionnelles et surnaturelles, viendront-elles à bout de notre jeune héroïne ? Romance, fantastique, drame et rebondissements : les ingrédients d’un bon moment de lecture.

Découvrez le second tome d'une romance fantastique et dramatique pleine d'émotions de rebondissements, qui vous fera voyager sur l'île de La Réunion !

EXTRAIT

Une demi-heure plus tard, je m’étire hors de ce refuge cotonneux, prends un petit déjeuner copieux. De la musique en fond, le soleil dehors, une belle journée en perspective ! Tout en sirotant mon jus de kiwi, je lis un passage du Livre des Secrets :
Le Voleur d’âmes enchaîne ceux qui l’écoutent. Il a un désir ardent d’empêcher un grand nombre d’entrer dans l’Endroit. Il envoie des agents pour le servir. Sachant que les hommes aiment les nouveautés, il ne cesse de fabriquer toutes sortes d’objets voyants pour les détourner de la Vérité. Ainsi, ils ne voient que leurs désirs brûlants de posséder plus. Il utilise l’argent, la richesse et les femmes pour qu’un grand nombre lui appartienne sans même le savoir. Pour ses agents, il enlève les sentiments du cœur, faisant d’eux leur marionnette. Il leur donne des pouvoirs, mais il ne le fait jamais gratuitement. Seuls les Messagers, et ceux qui ont reçu le Message, voient leurs chaînes se briser. Seuls eux jouissent d’une vraie liberté. Puisses-tu être libre toi aussi…
~ Eliezer
Sans en comprendre la raison, un flot de questions m’assaillent : Suis-je réellement libre ? Suis-je tel un oiseau en cage ? De quoi parle-t-il exactement ?
Je suis encore dans cet état-là lorsque Daniel arrive chez moi. On doit sortir se promener, mais je me sens si misérable, tout à coup, engluée dans une série de réflexions sans fin.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE - À propos du premier tome

L'écriture et simple et fluide et le personnage de Raphaëlle reste attachant. Un roman agréable à lire. - Gémétys

À PROPOS DE L'AUTEUR

Marie Gufflet - Née le 15 août 1985 à l’île de La Réunion, Marie Fanny Bègue grandit dans une famille de quatre enfants au Tampon. Elle commence à écrire très jeune, pour exprimer ses joies, ses peines et ses rêves. Ce sont d’abord des petites histoires et des lettres pour dire à ses parents combien elle les aime, puis dès l’âge de 15 ans, Marie écrit ses premiers romans et des poèmes. Inspirée par ses amis lycéens, elle s’interroge alors sur le but de la vie et sa destinée. Passionnée de littérature, Marie choisit naturellement d’en faire l’objet de ses études. Elle obtient son baccalauréat littéraire, puis un D.E.U.G. en Lettres Modernes. Entre temps, elle épouse Djeems Gufflet en 2004 et le suit treize mois plus tard en Afrique du Sud où ils rejoignent l’église Destiny Harvest Centre. Là, pendant près de trois ans, elle se forme au Destiny Bible College, donne des cours de français, fait du baby-sitting et anime l’école du dimanche. Marie se découvre ainsi une autre passion : les enfants. De retour à La Réunion en 2009, motivée par son intérêt pour la cosmétique et la volonté d’aider les femmes à révéler leur beauté, Marie poursuit des études d’esthétique et travaille en parallèle dans une parfumerie ; une expérience enrichissante dont elle se sert par la suite, quand son cœur revient à l’écriture qui, elle le sait, fait partie intégrante de sa destinée. A travers ses écrits, Marie veut donner de l’espoir et montrer qu’il ressort toujours quelque chose de positif des circonstances difficiles que l’on rencontre si l’on sait regarder.

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Seitenzahl: 370

Veröffentlichungsjahr: 2019

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LE MESSAGER

Tome 2 : LEs chaînes brisÉes

Marie GUFFLET

Mentions légales

© 2019, Les Éditions du 20 Décembre. Tous droits réservés.

Les Éditions du 20 Décembre

Ile de La Réunion

Tél: +262692732 094

Email: [email protected]

Site web : leseditionsdu20decembre.ecwid.com

ISBN Le Messager :979-10-92429-00-8

ISBN Tome 2 : 979-10-92429-10-7

Couverture: Djeems GUFFLET

Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayant cause, est illicite et constitue une contrefaçon, aux termes des articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Table des matières

Prologue

1. Jamais plus je n’aimerai, Jamais je ne te le pardonnerai

Raphaëlle

2. Dépression

3. Retrouvailles

4. A glimpse of my future

5. Laisse-moi guider tes pas

6. Disparitions

7. Comme un oiseau en cage

8. Would you be my wife ?

9. Préparatifs

10. Compte à rebours

11. Take my hand, hold me closely

12. Honeymoon

13. Tensions

14. Sam

15. La proposition

16. Le Secret

17. Spiritual Warfare

18. La Prophétie

19. Désir maternel

20. Petites choses de la vie

21. Retour aux sources

22. L ‘Emménagement 

23. Attaques nocturnes

24. Les âmes damnées

25. Nouveau regard

26. Effervescence

27. Floreen

28. Ne me quitte pas

29. Qui suis-je ?

30. Qui es-tu ?

31. Mort à l’intérieur

32. Les mots sont trop difficiles à prononcer

33. Être ou ne pas être : telle est la question

34. Protège-la !

35. Pour le meilleur et pour le pire

36. Il est temps de rentrer chez moi

37. Fais-moi confiance

38. Abandon

39. Envoûté

40. Pour toujours

41. Quel qu’en soit le prix

42. La bonne décision

43. Un cœur droit

44. Leçons de séduction

45. You are a wonderland

46. La tête à l’envers

47. Surprise !

48. La vie est précieuse

Épilogue : Deux cœurs qui battent

Écrire un roman est toujours une aventure, un défi envers soi-même, un parcours semé d’embûches et un exutoire. Ce tome 2, cher lecteur, je l’ai écrit pour toi.

Je te remercie, toi qui tiens ce livre entre les mains, sur ta liseuse, sur ton smartphone ou en version papier. Sans toi, évidemment, rien de tout cela n’aurait de sens. J’espère que ce tome te plaira autant que le premier.

Je remercie mes fidèles lecteurs sur Youboox, Facebook, Fyctia et Wattpad. C’est grâce à tous vos commentaires que j’ai eu le courage de continuer malgré les épreuves. 

Merci particulièrement à Gloria, qui a su m’épauler durant l’écriture des Chaînes Brisées. Tes retours ont été bénéfiques et ont su m’aiguiller pour parfaire la suite des aventures de Raphaëlle et Daniel.

Merci à toi Gaëlle de m’accompagner dans ce défi.

Enfin, merci à vous ma famille et mes amis, je vous aime. 

Marie

Prologue

Daniel

Elle! Ici.Devant moi. Vivante. Inchangée.

Dans ma tête, des questions. Des interrogations. J’ai besoin. Besoin de réponses. Comment est-ce possible? Suis-je en train de rêver ? Je me pince. Je suis bel et bien éveillé. Une succession d’images me reviennent. Des flashs. Sa mort. Son corps inerte. Mon désarroi. Mes années de douleur. L’oubli. Le déni. La peur. La rage.

Puis, la réalité me rattrape. Elle a donc survécu. Athénaïs est en vie.

Sous le choc, je suis comme paralysé. Le fantôme, c’est moi. Je ne réagis plus. Mes yeux analysent à nouveau la situation. Je la regarde. Elle s’engage dans une ruelle. Elle disparaît. Une fois de plus. Impossible ! Je ne supporterais pas de la perdre encore. Des réponses. J’ai besoin de réponses.

Oubliant Raphaëlle, je bondis de ma chaise. Je cours tel un dératé dans les ruelles pavées. Où est-elle ? Peut-être, finalement, que je suis fou. J’ai certainement eu une vision, très réelle, de mon premier amour...

Soudain, la revoilà ! Elle arbore fièrement sa silhouette longiligne et darde sur moi un regard affamé. Je suis médusé. Envoûté. Assoiffé. Tiraillé. Mon cœur désire sa présence. Ma raison me pousse à la fuir. Pourtant, je succombe. Athénaïs s’approche. Près de moi. Trop près. Je sens son parfum. Son parfum qui réveille les réminiscences du passé. Nous deux. Nos amours. Nos baisers.

Ses mains me touchent. Doucement. Sûrement. Elle noue ses doigts aux miens. Elle m’emmène.

Je me laisse conduire ainsi dans un vieil hôtel délabré.Une chambre. Un parfum de rose. Des lumières tamisées. Des pétales de fleurs. Un lit.

Je m’arrête sur le pas de la porte. Je me sens mal. Très mal. Le doute s’empare de moi. Que suis-je en train de faire ? Je ne suis pas certain de vouloir entendre sa vérité.

— Viens ! Nous avons du temps à rattraper.

Sa voix. Sensuelle. Enivrante. Déroutante. Ses mots, tels des caresses, m’enveloppent, tentent de s’insinuer en moi. Elle avance. Se déhanche. Passe la langue sur ses lèvres. Pulpeuses. Rouges. Tendres.

Je reste là, immobile. Un sentiment dérangeant me colle à la peau. Je lutte. Je ferme les yeux. Je prie. Des pensées viennent s’imprimer en moi. Raphaëlle. Ma promise. Mon choix. Ma destinée.

Tout s’éclaire enfin. Tout me semble si limpide à présent. Je jette à nouveau un regard sur Athénaïs. Je la vois comme elle est réellement. Un pion du Voleur d’âmes.

Sans un mot, je referme la porte sur elle, ainsi que sur mon passé. Athénaïs est de l’histoire ancienne et le restera à jamais. Avant que la tentation ne revienne, plus forte, je m’échappe de ce guet-apens. Je cours. Mon cœur chargé a besoin de se vider. Je me rue chez moi où je m’enferme dans ma chambre. Et je pleure. Je la pleure. Finalement, c’est elle qui est prise au piège.

Je prends ma guitare et laisse mes doigts gratter rageusement les cordes, tandis que les larmes coulent le long de mes joues. Les notes s’élèvent, s’envolent et flottent dans la pièce, au rythme des émotions qui me submergent. Les sentiments coulent à flot et s’ondulent autour de mes doigts, alors que je plaque mes accords. Je gratte si violemment et passionnément qu’une corde se casse. Le la mineur reste en suspens quelques secondes, juste le temps de verser une dernière larme. C’est alors que j’abandonne ma haine, je ne veux pas qu’elle me retienne prisonnier. Je suis libéré.

Mon cœur s’est calmé, ma colère s’est apaisée. Or, quelque chose ne va pas, je le sais... Raphaëlle! Je sors de ma chambre et prends les clés de ma voiture pour retourner au café. Elle n’y est plus. J’ai beau l’appeler, elle ne répond pas au téléphone. Elle est en colère contre moi. J’entends les pensées noires qui embrument son esprit. La haine emplit son cœur. Elle m’insulte, me maudit,même ! C’est difficile, je ne parviens pas à discerner où elle est. Elle a comme dressé un mur entre nous. Je ne peux plus accéder à son cœur aussi facilement.

Aux feux tricolores, je tourne la tête et vois l’Autre, Athénaïs, qui me sourit fièrement. Je comprends qu’elle est pour quelque chose dans la disparition de Raphaëlle. Elles se sont rencontrées et l’Autre a menti.

J’avance vers ma bien-aimée mais elle s’envole. L’image que je perçois d’elle s’évapore.Désespéré, je laisse un message sur le répondeur:« Raphaëlle, mon amour. Quoi qu’Athénaïs t’ait raconté, je t’en prie, ne la crois pas mais fais-moi confiance. Rappelle-toi de nous. Où que tu sois, ne fais pas de bêtises. Je n’aime que toi. »

Elle est à l’aéroport. Je crie de toutes mes forces. Elle m’entend et me cherche du regard. Mais je suis impuissant, mon esprit ne peut pas la rejoindre au gré de mes émotions. Elle me rejette et doute de mon amour pour elle. Son âme est brisée par le mensonge. J’ai si mal !

J’appuie sur l’accélérateur, pourtant la voitureme paraît bien lente malgré la puissance de son moteur. Je l’abandonne au parking et fou d’amour, je me précipite vers la salle d’embarquement où je ne la trouve pas parce qu’elle est déjà dans l’avion prêt à décoller. À genoux, je supplie le ciel d’accomplir un miracle et voici, je suis transporté devant le hublot, bien qu’il n’y ait pas de danger imminent. Et je vois.Son visage.Apeuré.Ses yeux.Embués.Son âme torturée. Je ressens.Son cœur.Blessé. Elle lève les yeux et me voit qui la regarde, pourtant elle me refuse l’accès à son cœur.Il est trop tard, elle est partie.

1. Jamais plus je n’aimerai, Jamais je ne te le pardonnerai

Raphaëlle

Me voilà devant une immense porte de bois abîmée par les méfaits du temps. Intriguée, je l’ouvre. L’endroit révèle des couleurs chatoyantes, tandis qu’autour de moi, flottent des fragrances agréables, je reconnais le jasmin et la rose de mai. Curieuse, je franchis le seuil. J’entends des notes de piano, je tends alors l’oreille. J’écoute attentivement. La mélodie s’arrête le temps d’une courte pause, puis elle reprend, mélancolique et dramatique.

Brusquement, la porte se referme derrière moi. La musique cesse. Mon cœur bondit dans ma poitrine. Je suis sur le point de retourner sur mes pas, lorsqu’une voix familière me cloue sur place. Je la reconnaîtrais entre mille. Grave, rauque, insidieuse... Le voleur d’âmes ! Il me jette à la figure des « tu n’es pas capable». Il me crie des « tu n’es bonne à rien», « tu n’as pas de valeur». Il m’intimide. Dans ma tête, ses « tu» deviennent des « je». Mes pieds ne répondent de rien, je suis comme vissée au sol. De grosses larmes ruissellent le long de mes joues. Ses paroles, telles des lames de couteau, pénètrent mon âme. Elles ravivent de vieilles souffrances. Elles appuient sur les bleus de mon cœur. J’en suis meurtrie.

Vainement, je tente de le repousser hors de ma tête. Qu’il arrête ! Je m’évertue à me focaliser sur tout autre chose. Sur la plage. Mes parents. Une bonne crêpe au chocolat. Mais il a trouvé une faille. Il a fait effraction dans mon esprit. Il s’y installe confortablement et siège désormais sur le trône de mes pensées. Je le sens. Il libère, progressivement, son venin en moi, la culpabilité. Elle est en train de me ronger. Affamée, elle grignote mon identité. Lentement. Sûrement.

Qui suis-je à présent ?

Lasse de lutter, je finis par rendre les armes.

Soudain, des murs s’érigent de tous côtés. La poussière tourbillonne dans l’air. Je suis embastillée, pieds et poings enchaînés. Je ne suis plus libre de mes mouvements. Le Voleur d’âmes contrôle ma motricité. Je suis devenue sa marionnette. Sa longue main pèse sur mon dos, son toucher est si glacial, qu’il en est brûlant. Maintenant, il me fait errer dans le noir. Les ténèbres me couvrent tel un manteau. Sa voix se mêle à mes pensées hantées par les mensonges que je m’inflige moi-même. Usée de l’écouter, je désire me boucher les oreilles, mais mes mains sont entravées. J’aurais aimé m’arrêter de penser, mais ses douloureuses promesses ont fait naufrage dans ma tête. L’ancre de ses fabulations s’est amarrée au sol de mon âme.

Il me jette ensuite dans un abîme. Je m’écrase sur le sol. Éparpillée. Brisée. Vidée.

Je suffoque. Je suis en train de mourir.

En sursaut, je me réveille de cet horrible cauchemar, les poumons encore comprimés, le visage en sueur. Ce n’est qu’un rêve !

À nouveau, je m’enveloppe dans la chaleur familière de mes draps. S’il m’était possible de me tapir au fond d’un trou, j’y serais probablement. Cela fait des jours que je me cloître dans ma chambre. Dans le noir complet, je me suis réfugiée pour déprimer. Blottie sous la couette, je ne cesse de pleurer. Jamais je n’ai ressenti pareille douleur. Jamais mon cœur ne s’est déchiré de la sorte pour quelqu’un. Aussi, je ne veux voir ni parler à personne. Certainement pas à mamie Odile qui ne m’a raconté que des mensonges, encore moins à Daniel. D’ailleurs ma mère, très remontée contre lui, refuse de me transmettre ses appels.

Que vais-je devenir sans lui ? Lui, mon avenir. Lui, mon univers. Lui, mon oxygène.

J’ai le sentiment d’avoir fait naufrage. Telle une épave échouée sur une plage, la carcasse de mon cœur est éparpillée sur le sable. Les vagues de la vie sont venues se déchaîner sur mes pensées, emportant avec elles mes souvenirs les plus merveilleux. Seules les dernières minutes passées avec Athénaïs sont restées intactes.

Trois semaines se sont écoulées depuis mon retour à La Réunion. Des bouquets de fleurs m’ont été livrés de la part de Daniel, je les ai tous mis à la poubelle. Finalement, ses appels téléphoniques ont fini par cesser. Le silence total. N’est-ce pas ce que je voulais ?

Me voilà face à moi-même. Face à mes peurs. Face à mes blessures.

Aujourd’hui, ma mère m’emmène au Coin gourmand en bas de chez nous. Il n’y a pas grand monde à la pâtisserie ce mercredi, pourtant c’est l’heure du déjeuner. Le lieu est agréable, climatisé, un endroit où j’aurais pu venir avec Daniel. La carte propose, entre autres mets, une variété de chocolats artisanaux, de délicieux macarons macarons multicolores et de jus de fruits frais. Je commande une tarte fine au steak haché. Un délice qui, à chaque bouchée, me fait oublier ma souffrance. Pour le dessert, j’opte pour trois macarons : coco, vanille et chocolat noir, accompagnés d’un café viennois. Rien de tel pour me remplumer un peu !

Ma mère déploie tous ses efforts pour me faire retrouver le sourire. Ces instants partagés avec elle sont si précieux. Notre après-midi se prolonge au centre-ville où je craque pour des chaussures compensées, des sandales argentées, un sac fourre-tout doré... Les bras chargés de mes emplettes, nous rentrons à la maison à pied. La pente de la rue Sarda Garriga est bien difficile à grimper après cette séance de shopping, mais elle m’aide à éliminer les calories ingurgitées plus tôt.

À la maison, après la douche, je renfile mon pyjama et retourne à mon chagrin.

Cette nuit-là, ne trouvant pas le sommeil, je relis Le Livre des Secrets, mais les belles promesses qu’il contient sonnent désormais faux ! Même la lettre magnifique de «mon» Ange...

Ma belle Raphaëlle,

La nuit s’en va et laisse sa place au jour mais l’image de ton visage dans mes pensées luit.

Même si tu refuses de me parler, je sais lire en toi et comprendre tes peurs. Je te le dis, je serai toujours là pour toi. Je compte chaque jour que je vis dans ton silence, tant je les trouve longs et ennuyeux. Combien je souffre de ton absence, de ces regards que je ne croise plus, de ces paroles que tu ne dis plus. J’ai si mal !

Pourtant, lorsque tu t’emprisonnes dans ta chambre, je suis là. Tu ne me vois pas, tu me bouscules. Je te tends la main et t’ouvre mes bras, mais tu ne viens pas.

Je t’en prie, ouvre-moi ton cœur à nouveau. J’y déposerai un baume qui te guérira de tes peurs et chassera tes doutes.Je t’en supplie, reviens à moi car mon cœur se meurt sans toi.

Ton Ange

Le souvenir de sa voix est vite effacé par une autre, sombre et maléfique cette fois, une voix qui m’affirme que Daniel m’a menti. Déjà je revois la photo trouvée sur le net : Ange embrassant une femme dans le cou. Elle ne le prive pas de ses charmes. Elle qui sait être femme. Elle qui a déjà partagé son lit. Toute une partie de sa vie dont j’ignorais l’existence.

Je recherche une nouvelle fois le nom d’Athénaïs sur Google et après avoir consulté plusieurs sites, je suis surprise de trouver un blog dédié à leur amour. Des dizaines de photos d’eux défilent sur l’écran de mon ordinateur. Il y a notamment un cliché d’elle sensuellement allongée sur un tapis de velours blanc. Elle est légèrement vêtue d’un top noir et d’une culotte. À son nombril, un piercing. C’est sans doute Daniel qui a pris cette photo. En dessous, je peux lire son commentaire non daté :

Tu es époustouflante ! Ta beauté m’a envoûté.

En voilà une autre qui les montre s’embrassant passionnément sur un quai de gare. J’en suis très jalouse ! Il ne m’a jamais embrassée de la sorte. Que d’éléments qui prouvent que son amour pour moi a été purement platonique et dérisoire ! Je ne tiens pas la comparaison face à Athénaïs. Il est normal qu’il ne m’ait jamais désirée, moi, cette fille banale, manquant totalement d’assurance et encore vierge à vingt ans !

Sur une dernière image, Athénaïs semble me jeter un regard empli de dédain. Sa peau parfaite, son teint de porcelaine, ses cheveux châtains retombant sur ses épaules nues, sa bouche pulpeuse, tout en elle me nargue et me renvoie à mon insignifiance.

« 02:00 AM » affiche l’horloge digitale de mon ordinateur. Ereintée, je décide d’aller me coucher. Néanmoins, les images de leur bonheur continuent de danser dans ma tête. Je ferme les yeux, passe la main dans mon cou endolori pour y dénouer les nœuds.

Décidée, je me lève d’un bond. Je prends tout ce qui me lie à Daniel. Les mains pleines de ses lettres et du Livre des Secrets, je dévale les escaliers en silence. J’ouvre la porte en bois de la cuisine. Fort heureusement, elle ne grince pas. Je cours à la balançoire, à l’arrière du jardin. C’est à cet endroit que tout a commencé, c’est à cet endroit que tout va se terminer !

Avec frénésie, je fouille, à mains nues, un trou dans la terre humide. Quand j’estime qu’il est assez profond, je m’essuie le front avec le coude. L’odeur de la terre imprégnée sur mes doigts n’est pas désagréable. Je demeure immobile un moment, incertaine de ce que je vais faire.

Puis la voix se fait de nouveau entendre. Bizarrement, elle ne me fait plus peur. Elle me donne des ordres et je lui obéis. Avec rage, j’enfouis Le Livre des Secrets, les lettres, nos photos, tout ce qui me rattache à Daniel. « Tout doit disparaître ! » m’intime le Voleur d’âmes. Sous son emprise, je vide le bidon d’essence déniché dans le garage sur les précieux trésors. Glouc glouc glouc... Enfin, je craque une allumette et la jette dans le trou. Très vite, des flammes se mettent à danser. Les feuilles embrasées crépitent dans le silence de la nuit. Du plus profond de mon âme, s’élève un rire maléfique, tandis que des larmes d’amertume et de non-pardon ruissellent sur mes joues. De ma bouche je décrète cette promesse :

— Jamais plus je n’aimerai, jamais je ne te le pardonnerai.

J’avais pensé que tout se volatiliserait avec la fumée. Hélas ! ma colère et mes blessures pèsent encore plus sur mon cœur. À genoux, je me prends la tête dans les mains et je hurle. À ce moment-là, je ne me reconnais plus. Qui donc est cette fille enragée, embrouillée par les mensonges et la haine ?

Dehors à cette heure, il fait froid. L’atmosphère est chargée d’une présence noire, celle du voleur d’âmes. Je ne peux pas le voir, mais je sens son souffle sur ma nuque. Maintenant, je m’en fiche ! Qu’il prenne mon âme déchirée, s’il la désire tant que ça ! Je souhaite ardemment mourir pour être débarrassée de cette atroce peine. Peut-être que si je m’asperge d’essence et que j’y mets le feu, peut-être alors que tout s’achèvera.

J’ai recouvert le trou de terre. Plus aucune flamme folle, plus aucun crépitement ne s’en échappe. Juste moi et ma haine. Moi et ma peine. Une seule chose reste à faire. Je m’empare du bidon d’essence et m’en verse sur le corps sans regret. Mes cheveux, mes vêtements, en sont imbibés.

TU DOIS MOURIR. Répondant à cet ordre murmuré, je craque l’allumette et regarde la petite flamme vaciller, luttant pour survivre. Je l’approche doucement de moi, quand une force me soulève du sol et m’emporte malgré moi dans la maison. Avant que j’aie le temps de riposter, je me retrouve tout habillée sous la douche. Ange !

Une fois de plus, il m’a sauvée. Mais que croit-il ? Qu’il suffit de me sauver la vie pour que je passe l’éponge sur sa trahison ?! Trop facile ! Si j’ai été bien naïve dans le passé, ce n’est plus le cas ! Mes yeux se sont ouverts et je suis bien déterminée à ne pas le laisser gagner. Je ferme les robinets et sors dégoulinante de la salle de bains. Mamie Odile m’attend en larmes dans le couloir.

— Assez ! dit-elle. Regarde-toi ! Tu n’es plus toi-même.

— Oh toi ! Après tous tes mensonges, jamais plus je ne te croirai !

— Raphaëlle, ça suffit ! m’ordonne-t-elle. Tu es sous l’emprise du Voleur d’âmes, tu lui as donné accès à ton cœur.

— Au moins, il ne m’a pas menti, lui. Il m’a montré la vérité.

— Mais quelle vérité ? Tout ce qu’il dit est faux et au fond de toi, tu le sais. Il...

Elle s’interrompt et s’approche de moi. Je vocifère de ne pas me toucher. Heureusement mes parents sont à l’hôtel pour le week-end, ils n’ont pas à me voir dans un tel état. Cependant, réveillé par mon tapage, mon frère Ben arrive en renfort.

— Laissez-moi ! crié-je.

Les yeux noirs de colère, je les dévisage. Ma voix mue, elle devient sauvage et rauque. Prise de convulsions, je tombe au sol, me tordant de douleur. Mamie pose sa main sur mon épaule et calmement me dit :

— Raphaëlle, je t’aime. Rien n’est plus fort que l’amour. L’amour parfait bannit la crainte.

Ses paroles m’apaisent immédiatement. Ensuite, c’est le trou noir.

Je me réveille dans mon lit, parfaitement vêtue d’un pyjama parfumé à la rose. Mamie veille à mes côtés. Allongé près de moi, Ben passe la main dans mes cheveux.

Mon corps lourd et courbaturé porte les stigmates des évènements de la nuit précédente. Ma gorge me brûle, mes bras sont lacérés. Je lutte pour rester éveillée, mes paupières sont si lourdes... Malgré ma volonté, je me rendors.

Dans le vague, je perçois le son de sa voix. Ange... Dans le brouillard, je l’aperçois à mon chevet. Il pleure. Ses yeux magnifiques révèlent une tristesse que je ne lui connaissais pas. Le toucher de ses doigts dans mes cheveux, le goût de ses lèvres sur les miennes, me ramènent petit à petit à la réalité. Incapable de bouger, je ne parviens pas à le repousser.

Le trio est au complet. Je sombre une fois encore dans un sommeil profond, à mesure qu’ils parlent une langue inintelligible...

2. Dépression

J’ai lu quelque part, sur le net1, la définition du mot DÉPRESSION : « La dépression est une maladie qui se caractérise notamment par une grande tristesse, un sentiment de désespoir (humeur dépressive), une perte de motivation et de facultés de décision, une diminution du sentiment de plaisir, des troubles alimentaires et du sommeil, des pensées morbides et l’impression de ne pas avoir de valeur en tant qu’individu. »

Eh bien, c’est ce que je suis en train de vivre, du moins, j’en ai l’impression. Dans mes pensées, se livre une vraie bataille. La voix insidieuse et perfide est devenue une compagne, ou plutôt une invitée indésirable dont je ne parviens plus à me défaire. Je rumine sans cesse ma colère, tournant encore et encore ma haine dans mon esprit, mélangeant le tout dans les regrets. J’ai fini par donner libre accès au voleur d’âmes. Je lui ai donné la clé de mon âme.

J’ai besoin d’oublier. De ne plus méditer sur mon passé avec Daniel. Mais, comment l’effacer de ma mémoire ? Il me faudrait une sorte de remède... Je songe alors à tous ces ivrognes que j’avais l’habitude de critiquer. À présent, je les comprends. Ces personnes essayaient simplement d’avancer, mais elles n’ont pas réussi et ont noyé leur chagrin dans l’alcool. En voilà, une solution ! Ce sera ma thérapie.

Profitant de l’absence de ma famille, je fouille dans les placards du salon. Je sais où papa range les punchs. J’ouvre les tiroirs d’une main tremblante. Il y a tellement de bouteilles, par où commencer ? Je les prends une par une et fais danser le liquide ambré dans le récipient. Celle-ci me semble parfaite : du rhum aromatisé à la banane. Je la porte à la bouche et avale une première gorgée. La liqueur me brûle la gorge et me réchauffe de l’intérieur. Ce n’est pas si mal ! Sans le vouloir et sans le savoir, je suis en train de mettre des liens à mes pieds, des chaînes bien trop difficiles à briser.

Avachie dans le fauteuil en rotin, je cuve mon rhum. Je bois encore et encore jusqu’à apaisement. Ça y est, je me sens parfaitement bien ! Je flotte sur un nuage d’illusions. Je me mets à rigoler toute seule. Hilare, je me raconte des blagues. Ma voix me semble si aigüe et guillerette. C’est tellement drôle ! Pffff !!! Amusée, je contemple mes bras, ils me semblent lourds, si lourds. Pourtant, je me sens forte. Si forte. Puissante même. Extrêmement puissante. Je pourrais déplacer des montagnes et voler. Oui ! Voler, me parait être une idée géniale.

D’un bond, je me lève, mais suis prise de vertige. Oups ! Je déambule dans les couloirs, grimpe les escaliers et file sur le balcon. Je suis décidée à prendre mon envol, tel un oiseau. Je saisis la rambarde de mes mains. J’essaye de me hisser, mais je suis trop petite. Zut ! Il me faudrait une chaise. Je retourne à l’intérieur de la maison à la recherche de mon précieux bien. Purée de patate ! Ma tête est lourde. Ah, la voilà ! Quelle jolie chaise, dis-donc !

Empuissancée, je soulève l’objet comme si elle était une plume. J’avance, non sans me cogner partout, vers la terrasse. Hop ! Je pose le siège, le colle contre le garde-corps. Alors que j’entame mon voyage, je sens à nouveau des bras puissants qui me propulsent vers un ailleurs.

— Mais qu’est-ce que… ? Daniel !

J’égrène un chapelet de jurons. Pourtant, en une fraction de secondes, je me retrouve sur mon lit, sans pouvoir me mouvoir. Une puissance invisible me cloue sur place. Je tente de me débattre. En vain. Tout à coup, je suis épuisée. Fatiguée de lutter. Lasse. Désorientée. J’éclate en sanglots et sombre dans un sommeil lourd.

Les jours suivants, je continue ma nouvelle routine. C’est sans aucun problème que je me procure de l’alcool dans le bar voisin. Dès 9H00 du matin, des hommes accostent le trottoir, déjà ivres. Un quinquagénaire en particulier, un habitué des lieux se trouve souvent là. Ses yeux sont rougis par la fatigue. L’alcool ingéré cause des effets dommageables sur sa peau, ses joues ont une teinte violacée. Vais-je devenir ainsi ? Qu’importe ! Mes parents ne désirent plus que Daniel ne m’approche, ni ne téléphone. Ni moi non plus d’ailleurs. Seulement dans mes moments de folie, je sais pertinemment qu’il est là. Il vient lorsque mes parents ne sont pas là, quand moi, je suis livrée à moi-même. Bien que je ne veuille pas de lui auprès de moi, il veille sur moi.

Ce matin, mamie ne cesse de me dire :

— Donne-lui une chance de s’expliquer, tu ne lui donnes même pas le bénéfice du doute !

— Je n’en ai pas besoin. S’il m’aimait vraiment, pourquoi n’apparaît-il pas pour qu’on discute ?

— Parce que Daniel est un vrai gentleman, il ne te forcera jamais à lui pardonner ni à l’aimer si tu n’en as pas envie. Il attend que tu sois prête, dit-elle. Il pensait que tu lui faisais confiance.

— Tout ça, c’est n’importe quoi ! m’emporté-je, énervée. J’en ai marre de vos bêtises.

D’un coup violent à l’épaule, je pousse mamie, me fraye un chemin dans l’étroit couloir. Tel un zombie, tête baissée, les yeux vitreux, mes pas me conduisent derechef jusque dans ma chambre. Seule, j’ouvre la fenêtre qui donne sur le toit. L’odeur de vétiver dans le jardin me chatouille les narines. Les paupières closes, j’inspire bruyamment pour me calmer. Rien à faire ! J’attrape une bouteille puis enjambe le muret. Je me retrouve debout sur la tôle. Goulument, j’ingurgite la boisson. Voilà qui est mieux !

De nulle part, Athénaïs apparaît devant moi, plus vraie que jamais. Ce n’est ni le fruit de mon imagination, ni un effet de l’alcool. Non !

— Que me veux-tu ? lui aboyé-je

— Te remercier, rigole-t-elle avec sensualité, rejetant sa tête en arrière.

— De quoi ?

— Grâce à toi, je vis le parfait amour avec Daniel.

— Génial ! Tant mieux pour toi !

— On va se marier, m’annonce-t-elle, victorieuse, me montrant sa main où se trouve la fameuse bague de fiançailles, celle donnée par la mère de Daniel.

— Waouh ! J’en suis ravie pour vous.

Je ravale un sanglot. Sois forte, Raphy !

— Maintenant, laisse-moi ! Crié-je, en proie à une crise de larmes.

— Oh ! C’est mignon ! Tu le croyais ? Oh, non ! Lorsqu’il t’a dit qu’il t’épouserait, mais c’était un leurre ! Ce que tu es candide !

— Oui, avoué-je, sans me cacher.

— Quelle cruche !

— Va-t-en, hurlé-je, lui jetant la bouteille à la figure.

— Merci.

Elle me félicite, en rattrapant l’alcool avec une agilité féline. Avec défiance, elle avale quelques gorgées, portant un toast en mon honneur :

— À toi, Raphaëlle, qui a su par ta pauvre existence, faire quelque chose de bien. Me rendre mon Daniel.

Puis, elle part d’un rire sardonique et ajoute :

— Tu ne m’en voudras pas si… on ne t’invite pas au mariage.

— Il a lieu quand ? demandé-je soudain curieuse.

— Dans une semaine.

— Bien…

La vérité me foudroie. Décidément, il m’a vite remplacée et a rattrapé le temps perdu.

— Bon, ce n’est pas tout, dit-elle, mais j’ai des préparatifs à faire. Bye.

Rageusement, je regagne ma chambre sans prendre la peine de fermer la fenêtre. Fonçant dans le couloir, à vive allure, je descends les escaliers, deux à deux. Je ne vais pas rester là les bras croisés, à mourir à petit feu !

Dehors, la pluie déverse sa colère. Elle crache sur nous sa tristesse. Le ciel est ferreux.

— Où vas-tu ? Me questionne ma mère.

— Faire un tour.

— Mais, il pleut.

— Et alors ? Je suis majeure, si j’ai dit que j’ai envie de faire un tour, j’y vais !

Mon ton n’admet pas de réplique.

Le portail électrique s’ouvre dans un vacarme sourd. C’est sous la pluie battante que je sors de la maison, abasourdie par le flot de mes pensées.

Si seulement les gouttes pouvaient tout effacer. Si seulement l’eau pouvait faire couler sur ma peau toutes mes peines pour s’écraser sur le sol boueux.

Si seulement c’était plus facile…

Les mains dans les poches, je passe devant la poste, éclairée par les lampadaires. Je longe le boulevard du lycée. La rue est déserte. Seule, assise sur le trottoir devant Copy Fac, je repasse en boucle notre histoire, tel un vieux film. Cela fait presque deux mois que j’ai réduit Daniel au silence. Je ne l’ai toujours pas revu. Même s’il me manque terriblement, même malgré ce trou béant dans mon cœur, je ne parviens pas à le détester totalement.

De nouveau debout, je marche vers le lycée Roland Garros. Presque arrivée à l’entrée de l’établissement, une silhouette familière se découpe dans le noir. Un homme. Daniel.

Immobiles, tous les deux, nous nous toisons du regard. Abattue, ne sachant s’il faut accourir vers lui, lui parler ou fuir, j’esquisse quelques pas. Vêtu de noir, il paraît tout aussi accablé que moi. De là où je me tiens, je ne distingue pas s’il pleure, mais je ressens sa détresse.

Trempée jusqu’aux os, je grelotte maintenant de froid. Je ferme les yeux, telle en prière. Le cœur battant à tout rompre, je me décide. Je vais lui donner une chance. Quand j’ouvre les yeux, il a disparu…

Une fois à la maison, le doute s’empare de moi. Pourquoi n’est-il pas venu vers moi ? Pourquoi est-il resté éloigné ? Et s’il a dit vrai ? Et si Athénaïs m’a menti ? Non, j’ai bien trop de preuves. De toute façon, c’est peine perdue, il ne me pardonnera pas d’avoir douté de lui.

Déjà des images de leur couple surgissent dans mon esprit, ternissant les souvenirs de notre histoire. Je suis de nouveau ramenée à la réalité. Ils vont se marier ! Là, dans ma chambre, face au miroir, je m’examine. Mes cheveux sont ternes, sans aucune forme. Des cernes ont trouvé refuge sous mes yeux. Mon visage émacié me rappelle celui d’une folle à lier. Pour couronner le tout, je ne pèse lus que 47 kilos. Je m’empare alors du bougeoir en fer posé sur mon bureau et le lance violemment sur le miroir. Celui-ci se brise en morceaux. Au moins, il ne me narguera plus !

* * *

Je. Suis. Fatiguée.

Depuis quelques jours, je n’ai plus d’énergie pour rien. Je suis éreintée, mes muscles sont engourdis et je n’ai envie d’aucune chose.

Lire ? Non, cela me demande trop de concentration. Je ne suis pas en mesure de fournir des efforts pour faire quoi que ce soit d’intellectuel. M’abrutir devant la télévision ? Pourquoi pas ! Munie de la télécommande, je fais défiler les chaînes les unes après les autres. Mais, aucune émission ne me semble assez divertissante. M’enfiler des tonnes de nourriture ? À présent, debout devant le frigidaire, je contemple les étalages sans grande conviction. Aucun aliment ne me semble appétissant. Écouter de la musique ? Les mélodies que j’entends n’allègent pas ma douleur. Voir du monde ? Sûrement pas !

Les minutes se muent en heures, le temps suspend son vol. Je passe donc la plupart de mes journées suivantes, allongée dans mon lit, sous la couette. L’oreiller moelleux sur lequel je pose ma joue, m’apaise. Jamais, ô jamais, le sommeil ne m’a paru aussi récréatif. Je remonte la couverture jusque mon menton et je ferme les yeux. Sans trop tarder, je sombre dans le néant.

Je me réveille avec un terrible mal de crâne et les yeux bouffis. Ai-je pleuré durant mon sommeil ? Ça m’en a tout l’air. En dépit de ma torpeur, je me force à me lever. Je déambule vers la salle de bains à la recherche de médicaments adaptés pour soulager mes maux. J’ouvre l’armoire à pharmacie et déniche de l’aspirine. Parfait ! J’avale deux cachets et file me recoucher.

La dépression en moi se propage. Tel un cancer, elle s’avère de plus en plus grosse, prenant place dans chaque cellule de mon corps. Tout en moi est affecté. Ma façon de penser ; je broie du noir. La manière dont je m’habille ; je traîne en pyjama. L’intensité de mes émotions ; la tristesse de mon âme s’est approfondie. Ma vie se déroule au ralenti.

Alors que je m’enlise dans cet abattement, autour de moi, c’est l’effervescence. Ma famille et moi ne sommes plus sur la même longueur d’ondes. Nous vivons à un rythme décalé et la distance entre nous se creuse de plus en plus.

Je ne pensais pas qu’un jour les choses autour de moi deviendraient si ternes. Mon existence est vraiment nulle ! C’est comme si j’étais une tortue, repliée dans sa carapace. Vais-je retrouver de la force pour me sortir de là ? En ai-je seulement le désir ?

366 heures… C’est le nombre de temps écoulé depuis que j’ai sombré dans cet état-là.

Quelqu’un frappe à la porte. Je marmonne un faible « oui ». C’est mamie. Sans attendre que je l’invite à entrer, elle avance vers moi et s’assoit à mes côtés. Ses yeux sont brillants d’une lueur d’espoir. Son visage arbore des rides installées, mais elle n’en demeure pas moins élégante.

— Chérie, tu ne peux pas rester comme ça !

— C’est-à-dire ?

— À te refermer sur toi-même. À passer tes journées dans le lit. Tu es encore jeune. Il va falloir te reprendre !

— Ah mamie, ne commence pas à me faire la morale, grondé-je, en me redressant sur les coudes.

— Oh que si ! C’est mon rôle. C’est justement parce que je t’aime et que je suis déjà passée par là, que je suis la mieux placée pour te dire ceci ! Ce que tu traverses est difficile. La vie est difficile ! Mais, Raphaëlle, une déception amoureuse n’a pas à être la fin de tes rêves. Tu vois, d’une certaine façon, cette rupture t’apprend une leçon.

— Ah oui, vraiment ! Laquelle ?

— Daniel, même si je l’adore, avait pris trop de place. C’était malsain. Baser tout ton avenir sur un homme, ce n’est pas bon. Tu dois en tirer un principe au travers cette épreuve. Que Daniel ou toi, vous vous remettiez ensemble, tu es capable de te prendre en main.

— Mamie, laisse-moi, s’il te plait !

Ses mots me blessent profondément. Elle a sûrement raison. Seulement, je ne me sens plus d’aucune utilité. Je n’ai plus la capacité de me battre contre mes sombres pensées.

— Il ne tient qu’à toi de changer la donne ! Tu es plus forte que tu ne le penses !

Je lui lance un regard noir, empli de colère et de doutes. Malgré ma mauvaise humeur, elle demeure fidèle à elle et à ses principes.

— Je vais te laisser méditer.

D’un pas assuré, elle sort de la pièce, sans fermer la porte derrière elle. Mamie est tout mon contraire. Elle est pleine d’assurance et déterminée. Elle est comme une main de fer dans un gant de velours. Peut-on changer de personnalité ? Vais-je m’en sortir ? Serai-je à nouveau forte ? Capable de me prendre en main ?

Toutes ces questions assaillent mon esprit et je me sens encore plus lasse que tout à l’heure. J’écoute les moindre bruits dans la maison. En bas, papa est en train de bricoler. Je l’entends qui perce les murs. Maman, elle, aspire. Je n’ai pas besoin de les voir pour imaginer cette scène avec perfection. Je l’ai tellement vécue. Bizarrement, je me retrouve bercée par le vacarme. Une fois de plus, je sombre dans les méandres du sommeil.

1 https://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=depression_pm

3. Retrouvailles

Peut-on sombrer encore davantage ? Ne suis-je pas censée remontée après avoir touché le fond ? Peut-être ne l’ai-je pas encore atteint finalement ?

Avachie dans le fauteuil devant la télévision ce dimanche matin, je prends conscience de l’opportunité devant moi. Me voilà seule à la maison, sans surveillance.

Déterminée, je me dirige vers le meuble télé pour prendre la bouteille d’alcool : un délicieux punch coco. De quoi me faire oublier ma peine en un rien de temps. La mixture à mes lèvres, je sens le feu de la boisson faire son effet dans ma bouche, mais elle n’éteint pas les paroles de mamie. Celles prononcées hier soir.

« Que vas-tu faire ? On n’a qu’une vie. Ne la gâche pas ! Raphaëlle, regarde comment la haine te ronge. Elle te détruit. »

De toute façon, pouvais-je revenir en arrière ? Désormais, le regret se colle à moi, telle une seconde peau. Telle une tique, il se gorge de mes peurs.

J’aurais dû lui parler !

J’aurais dû le prendre dans mes bras.

J’aurais dû le couvrir de baisers.

J’aurais dû…

Mais, on ne refait pas le monde avec des « j’aurais dû », n’est-ce pas ? À l’heure qu’il est, il doit déjà être marié. Peut-être même qu’il est en voyage de noces. Sûrement en train de l’embrasser. À cette idée, mon cœur se serre comme dans un étau. À nouveau, des larmes labourent mon visage. Je ne prends plus la peine de les essuyer et les laisse rouler sur mes joues.

Désabusée, je me lève pour prendre une autre gorgée. Avec force, ma tête heurte le meuble. Aïe ! Soudain, ma vue se brouille, des fourmillements parcourent ma peau et je me sens lourde. Je peine à soulever mes jambes, je ne suis pas sûre qu’elles vont me soutenir bien longtemps. Sans prévenir, je m’étale sur le sol, inerte. C’est le brouillard.

À demi éveillée, les paupières lourdes, je me sens flotter. Suis-je en train de rêver ? Une silhouette se découpe pourtant. Peut-être qu’Ange est près de moi. Peut-être que… si je cesse de bouger, il va rester là à me caresser les cheveux. Ma peau est chaude sous son toucher. Des étincelles jaillissent sous chaque centimètre de mon épiderme. J’ignore si ce que je ressens là est une pure illusion, mais j’ai vaguement conscience de ce qui se passe. Je… je lutte pour garder les yeux ouverts.

Peut-être qu’Ange me soulève du sol. Peut-être… qu’il me porte. Humant son odeur familière, je me laisse envelopper dans ses bras d’acier. Enfin je crois… Je suis bien. Je pars à la dérive.

Ange…

Mon cerveau se liquéfie.

Ange est là… Je suis heureuse.

Est-ce que la nuit tombe ? Tout autour de moi semble s’assombrir. C’est… c’est maintenant le noir total.

Lorsque je me réveille, j’ai le cœur qui martèle ma poitrine avec force. Je suis dans une pièce… une pièce blanche et lumineuse, dégageant des odeurs de désinfectant et de Javel. L’hôpital.

Mamie, Ben et mes parents se tiennent à mes cotés.

— Je… je vais bien, dis-je, la voix pâteuse.

— Ma chérie, tu es enfin réveillée. Tu nous as fait une de ces frayeurs ! s’exclame maman.

— Où est Daniel ? Je l’ai vu. Il m’a emmené ici.

— Non, c’est mamie qui t’a trouvée, affirme Armelle, prise par une crise de larmes.

— Je ne suis pas folle. C’est lui, maman. Je me suis cognée la tête et je sais que…

— Tu as essayé de mettre fin à tes jours, assène mon père sans ménagement.

Il darde sur moi un regard empli de colère. Ses yeux bleus abritent une lueur menaçante, comme s’il en voulait à quelqu’un de m’avoir mis dans cet état-là.

— Non, je n’ai pas tenté de me suicider, pas cette fois, en tout cas.

Dépitée que personne ne m’accorde le bénéfice du doute, je me ferme telle une huître. À l’aide de mes coudes, je me hisse pour m’asseoir, leur faisant face.

— Tu iras mieux maintenant, on ne va pas t’abandonner comme lui, continue maman.

— Ça suffit ! Laissez-moi tranquille. Vous me croyez folle. Je ne suis pas une allumée ! Je sais que je l’ai vu, hurlé-je, hors de moi.

Mes parents sortent aussitôt, sur l’ordre de l’infirmière qui a débarqué dans la chambre, attirée par mes cris. Cette dernière m’administre une dose de calmants.

Mes pensées se brouillent. Lorsque je retrouve mes esprits, j’ai la gorge sèche, je déglutis pour l’humidifier. Personne autour de moi. Il faut vraiment que je sorte d’ici au plus vite. Hélas ! mon corps, lui, le traître, ne veut pas répondre à mon cerveau. Clouée dans ce lit, mes jambes refusent d’obéir aux ordres donnés. Ne sachant que faire, les yeux clos, je prie.

— Dieu, je suis si désolée. J’aurais dû lui laisser une chance de s’expliquer. Maintenant je suis en train de devenir folle, chuchoté-je.

— Non, tu ne l’es pas, objecte une voix.

Ce timbre-là, je le reconnaîtrais entre mille. Mélodieux et suave à la fois. Daniel se tient là, près de moi. Il est debout, comme statufié, les yeux rivés sur moi.

— Je… je suis tellement navrée, hoqueté-je.

Pendant quelques secondes insoutenables, il ne réplique rien. Ses yeux sont deux billes opaques. Il affiche un air impassible. Je l’ai perdu…

— S’il te plaît, pardonne-moi de t’avoir tenu à distance.

— C’est plus que ça, parvient-il à prononcer.

Il esquisse quelques pas. À mesure qu’il avance, réduisant l’espace entre nous, je vois ses traits se peindre de douleur. Je l’ai blessé.

— Raphaëlle, tu ne m’as pas fait confiance. Tu… tu ne m’as même pas accordé le bénéfice du doute.

— Je sais. Quand je t’ai vu t’en aller pour suivre cette femme et me planter là, ça m’a fait l’effet d’une trahison. Et puis, tu n’es plus revenu. Et… j’ai compris qui c’était. Elle… ton unique, dis-je la voix brisée.

— Mon quoi ?

Daniel lâche un long soupir. Il passe une main dans sa chevelure de jais.