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Ken Imori, qui prend les traits de Bill le lézard dans le monde onirique, se retrouve face à une nouvelle énigme : qui est Clara, cette nouvelle étudiante qui semble le connaître ? Et pourquoi est-elle menacée ? Lettres anonymes, accident de voiture, pièges, disparitions, faux-semblants… Bill sera-t-il à la hauteur de cette nouvelle aventure ou y laissera-t-il sa tête ?
Après le monde fou des Merveilles de Lewis Carroll du Meurtre d’Alice, Yasumi KOBAYASHI plante le décor d’un monde où les personnages sont manipulés comme des robots : des êtres mi-mécaniques, mi-enchantés sont mêlés au mystère de Clara : poupées, souris, automates… Les personnages des contes romantiques hoffmanniens sont repris avec précision, de Casse-Noisette à Madame de Scudéry. Le marchand de sable effrayant et le personnage du savant fou semblent avoir inspiré l’auteur, qui réserve à Bill d’autres tourments que son ignorance de lézard amnésique.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Yasumi Kobayashi (1962–2020) est un auteur de romans de science-fiction et d’horreur. Ingénieur diplômé de l’université d’Osaka, son premier roman "Le réparateur de jouets, 1995" reprend le mythe de Faust sous la figure d’une femme cruelle qui répare les jouets pour le prix d’un enfant. Cette œuvre lui vaut le Grand Prix d’Horreur Japonais dans la catégorie fiction courte et a été adaptée en manga, en long-métrage et au théâtre. Son œuvre originale tend à superposer l’horreur et la fantasy, les créatures surnaturelles et les contes merveilleux. Y
asumi Kobayashi est décédé en novembre 2020 à Osaka.
Un auteur renommé au Japon
1995 – Prix du roman d’horreur japonais catégorie nouvelle pour Le réparateur de jouets, catégorie premier roman
1998 – Prix Hayakawa catégorie nouvelle pour "L’homme qui regardait la mer"
2001 – "Le réparateur de jouets" est adapté en film
2009 – Prix Galaxy du meilleur auteur étranger en Chine
2012 – Prix Seiun catégorie roman pour "Le ciel et l’enfer"
2014 – Grand Prix Keio Shoseki pour "Le Meurtre d’Alice"
2017 – Prix Seiun catégorie roman pour "Ultraman F"
2021 – Grand Prix d’Excellence SF japonaise pour l’ensemble de son œuvre
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Seitenzahl: 265
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Titre original : Clara Goroshi
© Yasumi Kobayashi, 2016
© Les Éditions d’Est en Ouest, 2022 pour la traduction française.
Édition française publiée avec l’autorisation de Tokyo Sogensha Co., Ltd.,
par l’intermédiaire du Bureau des Copyrights Français, Tokyo.
ISBN papier : 9782957260744
Ken Imori, doctorant qui rêve souvent du Pays des Merveilles
Klara Roten, jolie jeune fille en fauteuil roulant dont la vie est en danger
Drosselmeier, professeur d’université et oncle de Klara
Hayato Moroboshi, écrivain et connaissance de Klara
Retsu Shindô, femme intelligente aidant Imori dans son enquête
Bill, lézard qui parle, habitant du Pays des Merveilles
Clara, fille du médecin consultant Stahlbaum
Drosselmeier, juge à la haute cour de justice
Mademoiselle de Scudéry, vieille écrivaine intelligente enquêtant aux côtés de Bill
Spallanzani, professeur de physique et inventeur
Nathanael, élève de Spallanzani
Olympie, automate créé par Spallanzani
Coppelius, avocat
Coppola, marchand de baromètres/le marchand de sable
Marie, Pirlipat, Serpentine, amies de Clara
— Je suis perdu ? se demanda Bill à haute voix.
Il avait murmuré ces mots sous forme d’une question, mais à vrai dire, il ne s’en posait pas. Il était bel et bien perdu.
— Il ne manquait plus que ça !
Ses paroles ne trahissaient pourtant aucune panique. C’était normal : au Pays des Merveilles, les problèmes étaient monnaie courante et Bill en causait chaque jour entre cent et mille. Se perdre était embêtant, mais il était habitué à ce genre de désagrément.
Sans la moindre inquiétude, il chercha le chemin du retour, promenant son regard de tous côtés.
Bon… Quand on est perdu, il faut respirer un bon coup. Et puis d’abord, pourquoi je suis perdu ? Je sais ! Parce que j’ai perdu mon chemin. Mais pourquoi j’ai perdu mon chemin ? Ah ! C’est parce que je marchais sur un chemin.
Tiens tiens, on dirait que je vais bientôt découvrir le fin mot de l’histoire !
Mais alors, pourquoi je marche sur un chemin ? Ah, je voulais aller chez le Lapin Blanc. Mais pourquoi ? Ah oui, c’est parce que je voulais lui parler.
Et voilà, j’ai trouvé pourquoi je me suis perdu ! Il faut que je supprime cette cause et mon problème sera résolu !
Bon. Mon erreur est d’avoir voulu discuter avec le Lapin Blanc. Alors il suffit que j’arrête d’en avoir envie.
Bill regarda tout autour de lui.
Tiens ? C’est curieux.
— Je n’irai pas tailler une bavette chez le Lapin Blanc ! dit-il tout haut. Ah mais, j’y pense, c’est quoi une bavette ?
Malheureusement, la situation fut bien loin de s’améliorer.
J’ai supprimé la cause, mais j’ai toujours mon problème sur les bras. Qu’est-ce qu’il faut faire dans ces cas-là ?
Il essaya de se mettre à la place d’Imori. C’était un jeune homme très malin, son avatar dans l’autre monde.
Il faut que je retrouve l’endroit où je me suis perdu. En y retournant, plus de problème !
Si je me suis égaré, c’est que quelque part, j’ai choisi la mauvaise route. Je vais retourner là où les chemins se séparent et repartir de là.
Ouah, qu’est-ce que je suis intelligent ! J’arrive à réfléchir avec logique ! Grâce à ça, je n’aurai pas de mal à retrouver mon chemin !
Euh, mais où est-ce que je me suis trompé ? Je dois me souvenir du trajet entre chez moi et chez le Lapin Blanc…
Bill ferma les yeux et visualisa l’itinéraire entre les deux maisons.
C’était un sentier direct sans le moindre embranchement. En plus, les habitations n’étaient qu’à une minute à pied l’une de l’autre pour un lézard tel que Bill. En ouvrant sa porte, il tombait nez à nez sur celle du Lapin Blanc. Même un idiot ne pouvait pas se tromper.
Ah non, moi je me suis perdu, donc il y a au moins un idiot qui s’est trompé !
— Comment m’en sortir ? Le trajet est tellement simple que je ne sais pas où j’ai fait une erreur ! fit Bill, perdant son sang-froid.
Mais comme il avait très peu de sang-froid, ce n’était pas si grave que ça.
Je ne sais pas quoi faire !
Pris de panique, il réfléchit avec son flegme habituel. C’est-à-dire aucun.
Je dois rebrousser chemin. Je suis sûr qu’Imori dirait « c’est tout à fait logique ! »
Au fait, d’où je viens ?
Bill le lézard regarda autour de lui.
Il n’y avait aucun chemin. Ou plutôt, il n’y avait que ça. Une multitude de chemins sinueux s’entrelaçaient comme les mailles d’un filet. Les sentiers étaient si nombreux et enchevêtrés qu’ils ne remplissaient plus leur fonction, ce qui équivalait à dire qu’il n’y en avait pas.
Comment j’ai bien pu arriver là ? Bizarre d’avoir pris un chemin si compliqué…
Bill s’efforça de fouiller dans sa mémoire. Mais il se rappelait la minute précédente, tout au plus, et à ce moment-là, il était déjà perdu.
Qu’est-ce que je dois faire ? M’asseoir ici et attendre de l’aide ? Ou marcher en espérant m’en sortir tout seul ?
Dans ce genre de situation, je crois qu’il vaut mieux garder ses forces et rester où on est.
Ah, mais ce n’est pas parce que j’attends que les secours viendront. Parce qu’au Pays des Merveilles, il n’y a pas de secours. Personne ne remarquera mon absence. Seule Alice peut m’aider, mais elle s’entend si mal avec les gens d’ici que même si elle dit à quelqu’un que j’ai disparu, pas sûr qu’il fasse circuler l’information.
Dans l’immédiat, Bill, paniqué, décida de marcher.
Au début, il avança sans grande conviction le long du chemin, mais il le jugea d’un tel ennui qu’il se détourna du sentier pour couper tout droit. Il fit simplement comme s’il n’y en avait pas. À peine eut-il pris cette décision que ce labyrinthe gigantesque et extraordinaire se transforma subitement en Grandes Plaines. Ses chances d’être sauvé n’en augmentèrent pas pour autant, mais se croire en voyage dans les Grandes Plaines était plus agréable que d’être perdu dans un labyrinthe.
Tout en marchant, Bill remarqua que le sol était boueux.
Ses empreintes y restaient imprimées.
Avait-il plu ? Quelqu’un avait-il pleuré ? Sur Terre, on considèrerait d’abord la pluie, mais au Pays des Merveilles, une crise de larmes et c’était l’inondation.
Bill hésita : devait-il poursuivre en terrain sec ou en terrain boueux ?
Pourquoi se limiter à ces deux directions ? Parce que c’étaient les seules qui se présentaient à lui. En tout cas, le ciel était nuageux, sans aucun autre indice expliquant l’humidité du sol.
Après quelques secondes d’hésitation, il opta pour le terrain boueux.
C’est rigolo de laisser des traces dans la boue ! Sur le sec, je serai juste perdu et triste, sans rien pour m’amuser !
Il pataugea bruyamment dans la gadoue.
Les projections étaient telles que son corps tout entier fut couvert de taches, dont il n’avait que faire.
Peu à peu, ses pattes s’enfoncèrent profondément. Le simple fait de les retirer exigeait une énergie considérable. L’eau boueuse s’engouffrait dans les trous créés par ses pattes.
La vue de l’eau lui rappela sa soif.
Je me demande si elle est buvable…
Elle était si trouble qu’elle n’avait pas l’air potable. Mais Bill était un lézard. Il pouvait avaler de l’eau boueuse.
Il la renifla.
Pouah !
C’est l’eau des égouts ! Je n’en veux pas, sauf si je n’ai pas le choix.
Bill secoua la tête et se remit à crapahuter dans la boue.
Il s’enfonça jusqu’aux genoux.
Oh, c’est marrant ! Je savais bien que les bêtes sauvages étaient faites pour ça !
Il finit par s’enfoncer jusqu’aux hanches. La consistance de l’eau était maintenant plus liquide que pâteuse, mais peu visqueuse. La quantité d’eau avait augmenté et elle était désormais assez boueuse.
Bill avança vers une zone liquide.
À présent, c’était plus un marais qu’un terrain boueux.
Il progressa tout en s’amusant.
L’eau lui arrivait jusqu’au cou. Elle se faufila dans sa bouche.
Beurk ! Ça pue !
Il la recracha, mais pour la recracher, il ouvrit la bouche, si bien que l’eau y pénétra de plus belle. Plus il crachait, plus l’eau pénétrait dans sa bouche grande ouverte. Au final, il n’eut d’autre choix que d’avaler l’eau à grandes gorgées.
Glou, glou, glou !
Même s’il avait soif, il y avait une limite à ce qu’un lézard pouvait ingurgiter. D’autant que l’odeur était nauséabonde. Bill fit une petite pause.
L’eau afflua dans sa trachée.
Glou, glou, glou !
Il se mit à tousser.
Mais il avait toussé dans l’eau, alors le liquide envahit rapidement ses poumons.
Glou, glou, glou !
À ce stade, il comprit que la situation empirait. Il était un reptile. Contrairement aux tritons et aux salamandres, à qui il était apparenté, il ne pouvait pas respirer sous l’eau. S’il essayait, il s’étoufferait et se noierait.
Je ne veux pas mourir !
L’instinct de survie lui donna une idée.
Il se dressa sur la pointe des pieds et sa bouche émergea légèrement hors de l’eau.
Il toussa à deux ou trois reprises : l’eau sale qu’il rejeta par la bouche fit des ronds dans l’eau.
Enfin, l’air s’engagea dans ses poumons. Mais son odeur pestilentielle à la surface des eaux usées le fit grimacer.
Oh là là, j’ai failli mourir ! J’ai oublié que je ne peux pas respirer sous l’eau, il faut que je fasse plus attention !
Il regarda à nouveau aux alentours.
Le ciel occupait la moitié de son champ de vision. Un ciel lourd, couleur de plomb, sans la moindre trouée bleue. Il était d’une seule et même luminosité, rendant indétectable la position du soleil. Bill savait qu’il ne faisait pas nuit, mais était-ce le matin, le midi ou le soir, il n’en avait aucune idée.
Dans la seconde moitié de son champ de vision, il y avait les eaux usées. De faibles remous en agitaient la surface marron foncé. Le reflet du ciel plombé ondulait doucement. Mais l’eau ne semblait pas s’écouler.
Bill ne trouva aucun repère pour s’orienter.
Il réfléchit.
Ah oui ! La direction du vent peut m’aider à me repérer ! On dirait qu’il n’y en a pas, mais si ça se trouve, il y a une petite brise. Euh, comment on fait pour trouver d’où vient le vent, déjà ? Dans mes souvenirs, il faut se lécher le doigt.
Ce qu’il fit.
Pouah !
Il patienta un moment, se léchant le doigt avec vigueur. Mais il eut beau répéter l’opération, il n’apprit pas pour autant la direction du vent.
Si ça avait été de la boue, j’aurais pu aller là où c’est liquide, mais avec de l’eau, je ne sais pas quoi faire ! Ah mais… du liquide et de l’eau, c’est pareil ! Si c’est liquide, c’est qu’il y a plein d’eau, alors je n’ai qu’à aller là où c’est plus profond !
Tout fier de son ingéniosité, Bill prit cette direction.
Après une dizaine de pas, l’eau atteignit à nouveau sa bouche. Il se laissa descendre un peu, et quand ses pointes de pieds touchèrent le fond, il leur donna une forte impulsion. Grâce à cela, il flotta légèrement et sa bouche sortit hors de l’eau.
Au bout de plusieurs inspirations il trouva l’astuce : il fallait respirer quand sa bouche était hors de l’eau et expirer dans l’eau. Ainsi, il ne s’étoufferait pas. Le mouvement inverse lui causa une douleur atroce, mais à force d’entraînement, il parvint à respirer.
Bill reprit sa marche.
Il respirait parfaitement en repoussant le fond de l’eau à chaque pas.
Il progressa petit à petit vers un endroit plus profond sans trop sortir la bouche de l’eau. Il inspirait dès qu’elle sortait, mais souvent, il avalait aussi de l’eau par le nez. Au bout d’un moment, sa bouche ne sortit plus du tout de l’eau.
Il avança, retenant sa respiration pendant plusieurs dizaines de secondes. Ses yeux n’émergèrent plus à la surface. Il les ouvrit bien grand dans l’eau sale, mais elle était si trouble qu’il n’y vit rien du tout.
J’ai mal ! Je retiens ma respiration depuis longtemps ! Mais je ne peux pas respirer sous l’eau. Je suis un lézard. Si j’essaye, je vais mourir. Ah, mais si je ne respire pas, je vais mourir aussi ! Comment faire ? Je ne veux pas mourir ! Je ne reverrai plus Alice !
Bill chercha une solution. Le manque d’oxygène lui embrumait l’esprit, mais alors que ses forces commençaient à l’abandonner, il eut enfin une idée.
Je peux respirer si je garde la tête hors de l’eau ! Il faut que je nage !
Bill évolua avec facilité dans l’eau des égouts.
Je dois aller là où c’est encore plus profond !
Il nagea durant des heures vers le large. À chaque coup de fatigue, il faisait la planche.
Les minutes s’écoulèrent, jusqu’à en perdre toute notion du temps et toute orientation. Il se contentait d’alterner périodes de nage et de repos, inlassablement.
J’ai faim !
Bill regretta de ne pas avoir apporté à manger.
Tant pis. Je ne peux rien y faire.
Il était épuisé.
Et sans s’en rendre compte, il s’endormit.
À son réveil, il se retrouva sur une plage.
Il y a de l’eau partout devant moi. Elle n’est pas très sale et n’a pas non plus d’odeur.
Bill approcha son visage de l’eau et la goûta du bout de la langue.
Elle est plutôt propre !
Il regarda autour de lui.
C’était un ciel d’azur où flottaient des nuages blancs. Une chaîne de montagnes abruptes s’étendait, parsemée de nuages à ses sommets. Sur la terre, une étendue d’herbe verdoyante où voletaient des papillons et soufflait la brise.
Au loin dans la prairie, Bill aperçut des points blancs. En regardant bien, on aurait dit des herbivores. Ils mâchaient de l’herbe, couverts d’un soyeux pelage blanc, avec des cornes pour certains. Leurs cris étaient insupportables. Plusieurs étaient accompagnés d’un petit, aspirant les mamelles pendantes sous leur ventre.
Je sais ! Ce sont des mammifères qui allaitent !
Bill se réjouit de sa sagacité.
Puis il vit un mammifère différent de ces bêtes blanches.
Il venait vers lui assis, comme monté sur une machine lui servant de moyen de locomotion.
Bill décida d’attendre la venue de cet être.
Petit à petit, il distingua nettement sa forme.
C’était un humain, comme Alice. Une jeune femme de la même couleur de peau. Sa chevelure était blonde, ses yeux, son nœud dans les cheveux et ses vêtements étaient bleus.
— Bonjour, Monsieur le lézard, dit la jeune fille.
— Bonjour, Madame l’humaine, répondit Bill. Tu viens de me parler en allemand ?
— Je n’en sais rien. Mais c’est possible. Toi, tu parles en quelle langue ?
— En anglais, normalement. Ou peut-être en japonais. J’ai décidé de ne plus y penser.
— Ah oui ? Alors je vais faire comme toi.
— C’est quoi ton véhicule ? demanda Bill.
— Un fauteuil roulant. Un lézard, ça n’en utilise pas, hein ?
— Tu m’as appelé « Monsieur le lézard » juste avant, c’était très poli, mais là, tu viens de dire « un lézard ». Ce n’est pas très poli !
— Je suis désolée. Je ne parlais pas de toi, mais des lézards en général.
— Moi aussi, quand je parle des humains en général, je peux dire « un humain » ?
— Bien sûr, Monsieur le lézard.
— Là, ça veut dire les lézards en général ?
— Non, juste toi, Monsieur le lézard.
— Moi ? Mais je ne m’appelle pas « lézard », Madame l’humaine.
— Pourtant, tu en es bien un ?
— Oui, mais c’est bizarre d’être appelé « Monsieur » juste avant le nom de mon espèce, Madame l’humaine.
— Tu as raison, Monsieur le lézard.
— Oui. Tu le fais exprès, Madame l’humaine ?
— Évidemment. Mais toi aussi, Monsieur le lézard.
— Qu’est-ce que je fais exprès, Madame l’humaine ?
— M’appeler « Madame l’humaine ».
— Ah bon ? Tu n’en es pas une ?
— Hein ? fit la jeune fille, un peu perdue. Je n’ai pas dit ça, je trouve juste étrange d’être appelé « Monsieur » ou « Madame » devant le nom de notre espèce, comme toi, Monsieur le lézard.
— Ah, d’accord. Alors comment faire pour que tu arrêtes, Madame l’humaine ?
— Si tu préfères, j’arrête. Mais c’est délicat car je ne connais pas ton nom.
— J’en ai un ! Je m’appelle Bill, Madame l’humaine.
— Merci, Bill. Tu sais, moi aussi, j’ai un nom.
— C’est vrai ? Incroyable ! Tu es comme moi, tu as un nom, Madame l’humaine !
— S’il-te-plaît, appelle-moi par mon nom.
— Ah, d’accord, mon nom.
— Mais non ! Mon nom à moi ! Je m’appelle Clara.
— Ah, d’accord. Dis, ton véhicule, ton fauteuil roulant, il est facile à piloter ?
Clara sembla un peu triste.
— Ça va. Mais je préfèrerais ne pas en avoir besoin.
— Pourquoi tu l’utilises quand même ?
— Je vais tout t’expliquer, annonça un vieil homme derrière Clara.
— Oh ! Monsieur le grand-père ! Tu es là depuis quand ? s’exclama Bill.
— Depuis le début.
— Je ne t’avais pas vu !
— Lézard, de là où tu es, tu as des angles morts. Le dossier du fauteuil roulant est haut et toi, tu es petit.
— Ah bon. Je ne savais pas. Je ferai attention à l’avenir.
— Grand-père est doué pour fabriquer et réparer tout un tas de choses. C’est lui qui a fait ma chaise roulante, expliqua Clara.
— Lézard, que fais-tu là ? demanda le vieil homme.
— Je n’en sais rien. Je me suis perdu et à force de marcher dans la boue, j’ai fini dans la mer. C’est sûrement les larmes de quelqu’un.
— Je ne comprends pas. Il n’y a pas de mer ici, mais un lac.
— Vraiment ? Comment tu le sais ?
— Goûte. L’eau n’est pas salée.
— C’est vrai ! Et qu’est-ce que ça prouve ?
— Que ce n’est pas la mer, dit Clara.
— Ah non ?
— Tu viens de constater par toi-même que ce n’était pas salé, Bill.
— Ah oui, je m’en souviens. Si ça avait été il y a cinq minutes, j’aurais déjà oublié.
— Donc, c’est un lac.
— Ah oui ? Quand on oublie au bout de cinq minutes, c’est un lac ?
— Inutile d’essayer d’avoir une discussion sérieuse avec lui, Clara, dit le vieil homme avec un regard méprisant.
— Quoi ? Vous ne voulez pas m’expliquer ?
— C’est la vérité. Nous sommes au beau milieu d’une chaîne de montagnes de mille deux cents kilomètres de long. Il ne peut pas y avoir de mer.
— Ah bon ? Je ne savais pas qu’il pouvait y avoir autant d’eau ailleurs que dans la mer !
— Dans cette chaîne de montagnes, il existe même un lac de six cents kilomètres carrés. À ce qu’il paraît, son nom permettrait de faire un jeu de mots vulgaire en japonais.1
— D’accord. C’est important, je vais le noter, dit Bill en se tripotant un peu partout.
— Bill, que fais-tu ?
— Je cherche mes poches.
— Pourquoi ?
— Ben, pour prendre des notes, j’ai besoin de mon carnet et mon crayon !
— Mais pourquoi ?
— J’ai la mémoire courte.
— Non, je veux dire, pourquoi tu cherches tes poches alors que tu ne portes pas de vêtements ?
— Ah ? Qui ça ?
— Toi, Bill.
— Quoi ?! Oh, je suis nu devant une dame !
— Ce n’est pas grave. Tu es un lézard.
— Ouf, soupira Bill. J’ai toujours été nu devant Alice, j’ai cru que je devais m’excuser… Mais ?
— Quoi ?
— Quelqu’un n’a pas dit qu’il expliquerait quelque chose ?
— Si, grand-père a dit qu’il raconterait pourquoi je suis en chaise roulante.
— Ah oui ! Raconte-moi vite !
— Comment m’y prendre ? réfléchit-il, bras croisés. Non, l’expliquer à un lézard aussi idiot ne sert à rien.
— S’il te plaît, grand-père.
— En réalité, Clara peut marcher.
— Ah ? Donc vous m’avez menti quand vous avez dit qu’elle ne le pouvait pas ? Vous avez dit ça quand ?
— Nous ne t’avons rien dit, s’agaça le vieil homme. En clair, le corps de Clara est terminé, mais il me reste quelques réglages à faire.
— Cette machine sert à quoi ?
— Un fauteuil roulant remplace les jambes, lézard.
— Il peut sautiller ? Enfiler des baskets ?
— Tu poses bien trop de questions. Je vais t’en poser une à mon tour.
— D’accord, tout ce que tu veux.
— Qui es-tu ?
— Bill.
— Je ne te demande pas ton nom. Je veux connaître ta véritable identité.
— Euh… Comment ça ?
— Tu es de quelle espèce ?
— Je ne suis pas sûr, mais je crois que je suis un lézard.
— D’où viens-tu ?
— De la mer… non, du lac.
— Tu n’es pas un animal aquatique.
— Un quoi ?
— Tu n’es ni un poisson ni un amphibien.
— Je sais.
— Les lézards ne vivent pas dans l’eau.
— Merci, je le sais aussi.
— Tu ne vis pas dans le lac, que je sache !
— C’est vrai. Parce que je ne peux pas respirer sous l’eau.
— Où habites-tu ?
— Euh… Près de chez le Lapin Blanc.
— J’ignore où ça se trouve.
— Près de la maison du Lièvre de Mars et de celle du Chapelier fou.
— On y rencontre d’autres fous comme toi ?
— Des tas !
— Cet endroit n’est pas la Terre, n’est-ce pas ?
— Non. C’est l’autre moi, Imori, qui y vit.
— Je vois. Ainsi, tu connais la Terre, dit le vieil homme en attrapant la tête de Bill. Laisse-moi jeter un œil là-dedans.
D’une manière mystérieuse, il sépara habilement la tête de Bill de son torse.
— Clara, regarde cette structure cérébrale simplissime.
— Parce que c’est un lézard, non ? dit-elle en observant son cerveau.
— Évidemment. Même si j’ai du mal à croire qu’avec ça, il arrive à parler, dit-il en continuant à démonter le cerveau de Bill.
— Son avatar est sûrement très intelligent.
— Possible. Nous savons que ce lézard ne vient ni d’ici ni de la Terre.
— Alors d’où vient-il ?
— Nous ignorons même si ce lieu a un nom.
— Comment a-t-il pu arriver jusqu’ici ?
— Les frontières de notre monde sont plus fragiles qu’on ne le croit. Il a dû les franchir par hasard.
— Un passage se serait ouvert entre les mondes ?
— Peut-être, temporairement. Il s’est sûrement déjà refermé, expliquant pourquoi ce lézard est seul ici. Mais… réfléchit le vieil homme.
— Quoi ?
— Nous pourrions peut-être nous servir de lui. Le démonter et le jeter serait regrettable.
Il remonta le cerveau de Bill et emboîta sa tête sur son corps.
— Ouah ! Qu’est-ce qui m’est arrivé ?
— Je voulais t’améliorer, mais j’ai renoncé.
— C’est quoi le mieux, m’améliorer ou pas ?
— Les deux sont sans intérêt.
— Alors peu importe, non ?
— Comment s’appelle le monde d’où tu viens ?
— Le Pays des Merveilles, je crois.
— Ton avatar, tu as dit qu’il s’appelait Imori. Il est sur Terre ?
— Oui.
— Fantastique ! Nous irons te voir là-bas. Mais d’abord, tu veux bien nous parler d’Imori ?
J’ai rêvé d’un monde qui n’était pas le Pays des Merveilles.
À son réveil, Imori était déconcerté.
Où était-ce ?
Peut-être que c’était un rêve ordinaire. Sinon, j’ai atterri dans un troisième monde qui n’a rien à voir avec la Terre et le Pays des Merveilles. Ça devient complexe. Et puis, j’ai rencontré cette jeune fille, Clara, et le vieil homme. Je me demande si c’est vraiment son grand-père. Il a dit qu’on se reverrait sur Terre. Si c’était plus qu’un rêve, leurs avatars existent ici, mais j’en doute. Jusqu’à maintenant, seuls la Terre et le Pays des Merveilles étaient connectés. Pourquoi un lien avec un troisième monde, tout d’un coup ?
Si ça se trouve, un nouveau passage s’est ouvert parce que Bill s’est perdu là-bas. Dans ce cas, est-ce que les habitants de ce monde ne vont pas se retrouver sur Terre eux-aussi ?
Imori était l’avatar de Bill. Tous deux avaient des caractères bien différents, mais ils étaient liés par leurs rêves et partageaient les mêmes souvenirs. Imori n’était pas concrètement présent dans le corps de Bill, mais les souvenirs du lézard s’infiltraient dans le cerveau d’Imori au travers de rêves. À l’inverse, les souvenirs d’Imori devenaient les rêves de Bill. Le jeune homme savait que plusieurs personnes étaient liées à un habitant du Pays des Merveilles. Par exemple, l’une de ses connaissances, le post-doctorant Tamao Ôji, était l’avatar d’Humpty Dumpty, personnage en forme d’œuf. À partir de ses suppositions, Imori remplissait un tableau avec les correspondances dans les deux mondes. Il avait bien avancé, la partie concernant son entourage était presque terminée.
C’est dans ces circonstances que Bill s’était retrouvé dans un nouvel univers.
Si ce troisième monde existait réellement, Imori devrait réétudier toutes ses hypothèses. Il n’avait pas écrit d’article sur le sujet, mais si ses suppositions étaient entièrement balayées, il serait découragé.
Bon, il faut que j’aille à la fac.
Imori se leva avec difficulté, s’habilla en prenant son temps et sortit. Puis, son sac sur le dos, il se traîna comme une âme en peine jusqu’à l’université.
Au portail, se tenait une jeune fille, stupéfaite.
Imori en devina plus ou moins la raison.
Elle était en fauteuil roulant. La marche pour atteindre le portail était si haute qu’elle était infranchissable en chaise roulante.
Pourquoi ma fac a-t-elle autant de retard pour rendre les lieux accessibles aux handicapés !? s’indigna Imori.
Il s’approcha du portail et voulut passer à côté de la jeune fille.
— Excuse-moi… l’interpella-t-elle.
Il se tourna vers elle.
Elle avait une chevelure blonde. Les yeux bleus, aussi bleus que ses vêtements et son nœud dans les cheveux.
Mais ? Cette fille me dit quelque chose…
Imori cogita un moment.
— Euh… Excuse-moi, répéta-t-elle.
— Oui ? dit Imori en se retournant.
— Tu peux m’aider à entrer ?
— Bien sûr.
Il souleva légèrement l’avant du fauteuil pour gravir la marche.
— Merci !
— De rien. Tu étudies ici ?
— Mon oncle y est professeur.
— Dans quel département ?
— Technologie.
— Moi aussi !
— Oui, c’est vrai, sourit-elle.
Hein ? Qu’est-ce que ça veut dire ?
— Tu le savais déjà ?
— Oui.
— Comment ça se fait ?
— C’est interdit de faire des recherches à ton sujet ?
— Non, mais… tu me connais ?
— Oui.
— De quelle manière ?
— Tu m’as dit que ton avatar sur Terre était Imori.
Il se raidit.
— Tu… habites au Pays des Merveilles ?
La jeune fille secoua la tête.
— Je n’y suis jamais allée.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Rappelle-toi. Bill n’a rien vécu de spécial récemment ?
— Il… il s’est perdu en quittant le Pays des Merveilles.
— C’est ça.
— Et il est arrivé dans une zone montagneuse qui ressemblait aux Alpes… Mais je ne me l’explique pas.
— Expliquer quoi ?
— Comment est-il arrivé là-bas à la nage ? Ce n’est pas le déluge de la Bible et il est impossible d’aller en montagne par la mer. Peut-être que cet endroit borde le Pays des Merveilles.
— En partant du principe que les lois physiques de la Terre s’y appliquent.
— Ces lois sont les mêmes partout. Que ce soit sur Terre ou dans l’espace… dit Imori avant de reconsidérer son affirmation. Je me demande s’il s’est déjà passé quelque chose au Pays des Merveilles qui soit en opposition avec la physique.
— Pour être exact, il n’obéit pas aux lois physiques terrestres, mais il ne s’y oppose pas pour autant… D’après mon oncle.
— Il est spécialisé en physique ?
— Plutôt en technologie mécanique.
— C’est de la physique au sens large, dit Imori avant de comprendre. Ton oncle est au courant pour les avatars ?
— Oui. Il est aussi dans l’autre monde.
— Au fait, comment tu t’appelles ?
— Klara Roten.
— Klara ? Tu n’es pas Japonaise ?
— Si.
— Mais tes cheveux, tes yeux...
— Coloration et lentilles de contact.
— Ah bon.
— Mais mon oncle est d’origine allemande.
— Ton oncle par alliance ?
— Oui. Mais je ne le précise pas à chaque fois.
— Logique, dit Imori en réfléchissant. Vous portez le même prénom par hasard ?
— Avec qui ?
— Clara de l’autre monde.
— Mon prénom s’écrit avec un K.
— Donc dans l’autre monde, ça s’écrit avec un C ?
— Sûrement.
— Désolé de poser la question, mais tu as toujours été handicapée ? Clara peut marcher en réalité.
— C’est temporaire. J’ai eu un accident et je me suis blessée à la hanche.
— Mince ! Là, tu veux aller où ?
— Voir mon oncle.
— Je peux t’accompagner ?
— Je pense. De toute façon, j’ai l’impression qu’il m’a appelée pour une affaire en lien avec toi.
— Avec moi ? Comment ça ?
— Je crois qu’il s’intéresse à Bill.
— À ce stupide lézard ?
— Idiot ou pas, il a réussi à voyager entre les mondes.
— Mais nous, on le fait tout le temps, non ?
— Seulement via nos souvenirs. Mon oncle étudie les voyages corporels directs entre les mondes.
— Même s’il est en technologie mécanique ?
— Tu te doutes bien que ce ne sont pas des recherches universitaires, mais personnelles.
— Dans un cas comme dans l’autre, j’ai envie d’entendre ce qu’il a à dire.
— Je dois aussi te prévenir.
— Ah oui ? Mais bon, plus grand-chose ne m’étonne.
— Ce n’est pas sûr, mais très probable, selon mon oncle.
— Je ne peux pas en juger tant que tu ne m’en parles pas.
— Je crois que quelqu’un veut ma mort.
— Qui ?
— Je l’ignore.
— Comment le sais-tu ?
— J’ai été renversée par une voiture et j’ai fini en fauteuil roulant.
— Un délit de fuite est un crime odieux, mais pas forcément volontaire.
— Sauf que la semaine dernière, c’était la cinquième fois.
— Je vois, dit Imori une lueur dans les yeux. Ça m’intrigue. Allons tout de suite voir ton oncle !
Le bâtiment 2 de la faculté de technologie, où se trouvait le département de technologie mécanique, était assez éloigné du bâtiment 1 que fréquentait habituellement Imori. Connaissant mal le chemin, il fit un léger détour, mais parvint à l’entrée en une dizaine de minutes.
Là encore, l’accès n’était pas adapté aux fauteuils roulants.
— Heureusement que je t’ai accompagnée. Toute seule, tu n’aurais pas pu entrer.
— Merci. Je trouve toujours quelqu’un de gentil pour m’aider, alors j’aurais sûrement pu me débrouiller.
— Je suis surpris que cette fac ne soit pas si horrible ! dit Imori en poussant la chaise roulante jusqu’à l’ascenseur. C’est à quel étage ?
— Au sixième.
Une fois arrivés, Imori vérifia le plan.
— Aucun professeur ne s’appelle Roten.
— Mon oncle et moi n’avons pas le même nom.
— Ah oui, c’est ton oncle par alliance. Je comprends mieux.
— C’est ici.
Klara se déplaça seule. Imori se hâta de la suivre.
Le laboratoire de recherches était juste là.
Sur la porte du bureau, figurait un nom à la fois en idéogrammes et en lettres.
Klara frappa.
On entendit le parquet craquer à l’intérieur, puis la porte s’ouvrit avec fracas.
Un petit homme maigre apparut. Son visage était sillonné de rides profondes, avec un emplâtre sur l’œil droit. Sur sa tête, était posée une perruque blanche, à moins que ce ne soit un chapeau. L’objet semblait en verre, avec de multiples fils blancs, semblables à des fibres, entrelacés les uns aux autres.
De son œil gauche, le vieil homme fixa Imori.
C’est lui !
Imori en était sûr.
Cet homme avait poussé la chaise roulante de Clara dans ce magnifique décor alpin. Son apparence était identique.
— C’est lui, Klara ? demanda le vieil homme dans un japonais parfait, l’air renfrogné.
— Oui, voici Bill, le lézard de l’autre jour.
— Hmm. Ce garçon me paraît un peu plus intelligent.
— Oui, car cette fois, vous êtes en présence d’un primate ! dit Imori, gêné.
Bill me fiche vraiment la honte !
— Enchanté, salua Imori, main tendue.
Le vieil homme observa sa main et ricana.
— Si tu crois que les Occidentaux se serrent tous la main, tu te trompes sur toute la ligne !
— Ah, je suis désolé, répondit-il en la rabaissant.
— Je m’appelle Drosselmeier. Je suis l’oncle de Klara.
— Enchanté, Monsieur Drosselmeier.
— J’ai à te parler. Entre.
Imori pénétra dans la pièce en poussant le fauteuil.
— Lézard, je m’appelle Drosselmeier, dit le vieil homme, les mains sur les poignées du fauteuil de Clara. Je suis juge à la haute cour de justice.
— Tu t’es blessé à l’œil droit ? osa demander Bill.
— Je n’ai pas d’œil droit.
— Pourquoi ?
— Je l’ai utilisé dans une expérience.
— Quelle expérience ?
— Ce ne sont pas tes affaires. Même si je t’expliquais, tu ne comprendrais pas, dit-il en poussant la chaise roulante. Suis-moi, lézard.
Bill lui emboîta le pas.
Ils descendirent lentement une colline verdoyante dont la pente s’adoucissait peu à peu.
Ils atteignirent une zone légèrement boisée avant d’arriver dans une grande forêt.
— Où est-ce qu’on va ?
Drosselmeier se garda de répondre.
— Suis-nous en silence, dit Clara.
Ils sortirent soudain de la forêt et se retrouvèrent en plein centre-ville.
