Le monde en fables - Bryan de La Rillie - E-Book

Le monde en fables E-Book

Bryan de La Rillie

0,0
9,99 €

-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Les fables reviendraient-elles dans l'air du temps ? Bryan de La Rillie vous propose de découvrir le monde avec des querelles de voisinage qui parfois dégénèrent en bagarres, des aventures incroyables à l'autre bout du monde, des amours souvent impossibles, des cocasseries déconcertantes, au travers de fables se déroulant sur les six continents et mettant en scène les traditionnels loups, renards et ours, mais aussi les mammouths et aurochs, les pygargues et quetzals, les requins et baleines, les tyrannosaures et condors, et tant d'autres... Une lecture divertissante qui vous étonnera par des styles originaux d'écriture (fables monorimes, acrostiches, dorica castras, lipogrammes).

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
MOBI

Seitenzahl: 162

Veröffentlichungsjahr: 2020

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Sommaire

Mensonges, magouilles et vantardises

Le lièvre et la grenouille

Les trois jouvenceaux

Le bal des vantards

De plus en plus fort

Le bélier, le sanglier et le pigeon ramier

Le loup et le hibou

La pie et l’otarie

Le cygne et la bernache

L’élan et son faon

Le cerisier et le noyer

La baronne de La Courtivonne

L’abbé Lesage

Le rat du Sénat

Le chat, le chien et l’oie

Les baroudeurs

Le condor

À la ferme de la Manade

Le yack et le macaque

L’oie et le cygne

La bécasse

Prune

Elvire et le vizir

Gribouille et Ratatouille

Les amours impossibles

Le crocodile et la couleuvre

La pygargue et le vautour

Le papillon et le frelon

Le gibbon et la guenon

Le scarabée et l’araignée

La chèvre et le chevreuil

La baleine et la sirène

Le phoque et l’aurochs

La caniche et le scottish

Laurence et le matelot

Mélisande

La glycine et l’églantine

Les disputes

Le coyote et le puma

Le marsouin et le requin

La gélinotte et la marmotte

Le cerf et les brebis

La taure et le castor

L’épinoche et l’enfant

Au pays du soleil levant

Le pinson et le caméléon

Claire et la buse

La perdrix et la brebis

Ursule et sa mule

La hase et la gerboise

La comtesse et le cacatoès

Les bagarres

L’oie et le putois

Le crabe et le scorpion

L’ibis et l’écrevisse

L’orang-outang, l’éléphant et les pélicans

Le renard et le chasseur

Pétronille et l’étrille

Césarine et la vipérine

L’éléphant et le flamant rose

Ils perdent la partie

Le renard et le milan noir

Le loir et les cafards

Le chacal et les cigales

La génisse et l’écrevisse

Le boa et l’alligator

La laie de la forêt de Ségur

Le pêcheur et le martin-pêcheur

La vache et les bernaches

La chamelle

Le loup et la mouche

Le corbeau et le crapaud

La pipistrelle

Le chien et le cloporte

Les piafs et la girafe

La marquise de Tournebise

Le mariage pour tous

Le berger et les étourneaux

La lionne et l’antilope

La buse

Ils succombent

Le renard et le kangourou

La fourmi et la cigale

L’éléphante et la mante religieuse

Le zèbre et les zébus

Les pipelettes

La luciole et le rossignol

Le hêtre du presbytère

Le saumon et l’ourson

Le papillon et la pie

La coccinelle et la sauterelle

Le mélèze et les punaises

Le connétable et l’érable

Au château de Champlitte

Le chêne et le lichen

Entre chien et chat

Ils s’en sortent

L’hermine et la lapine

La poule et le mammouth

La libellule et la tarentule

La tortue et le lièvre

La panthère et le phacochère

Le mainate et le mille-pattes

La pie-grièche et le pic-épeiche

Les deux petites seiches

Le lynx

Le roitelet

Le dromadaire et la vipère

Le colibri, l’aigle et les fourmis

L’ingratitude

La pie et la brebis

Le loir et le campagnol

L’écureuil et les deux tourterelles

La grue et la tortue

La caille et le coq

L’ours brun

Styles de vie

La corneille et les abeilles

L’hirondelle et la tourterelle

La limace et la grenouille

L’autruche et la perruche

Le quetzal et le paresseux

L’escargot et la chenille

La salamandre et le mille-pattes

Blanche et la mésange

Les deux retraités

L’explorateur et les manchots empereurs

Les deux amis

Une fable dingue

À la ferme

Le coq du château

Les joyeux lurons

L’agneau philosophe

Le lapin et le poulain

Le baudet et le bœuf

La vache, la chèvre et le lapin

Le coq et le pottok

Demoiselle Jeanne

Acrostiches

La course à la présidence

Le faucon, l’aigle et le vautour

Réunion au sommet

L’aigle corse

Le renard et le loup

Dorica castras

Le renard imprudent

Querelle de basse-cour

L’hirondelle et la chauve-souris

Le panda et l’ours brun

Le loup et le renard

Le poussin et le serin

Un coucou à Moscou

Lipogrammes

L’inconsciente petite puce

Un anaconda au djihad

La poule rousse

La truite et l’ermite

Les chrysanthèmes

Rimes alphabétiques

Le boa et le corona

Le tyrannosaure atteint du sida

Index alphabétiques

Index alphabétique des animaux

Index alphabétique des plantes

Index alphabétique des personnages

Index alphabétique des lieux

Mensonges, magouilles et vantardises
Le lièvre et la grenouille

Dans une contrée méridionale, un jeune lièvre

Qui trottine dès potron-minet dans une allée de genièvres

Se voit aborder par une grenouille très attentionnée.

« Ô joli lièvre, comme ton poil est bien lustré

Et tes jambes fines et musclées à la fois !

- Tu vois juste, petite rainette. De la course, je suis le roi !

- Je voulais te demander si tu pouvais ce matin

Au cours de ta balade porter ce parchemin

À ma mère qui habite près de l'étang aux nymphéas.

Je mitonnerai pendant ce temps-là

Une gibelotte d'escargots de Bourgogne au fenouil gratinée

Que nous dégusterons ensemble dès ta promenade terminée.»

La proposition de la batracienne paraît fort intéressante

Et le charmant levraut part aussitôt l'humeur rayonnante,

Humant çà et là de la nature toutes les senteurs,

Imaginant celle du fumet qu'il dégustera tout à l'heure.

Dès son retour, l'appétit aiguisé, il se met à table

Chez sa nouvelle amie qui annonce d'une voix irréprochable:

« Et voici un salmigondis de limaces rouges aux orties.

- Ah, s'étouffe notre coursier, ce n'est pas ce que tu m'as promis !

- Certes, mais aujourd'hui le soleil dès l'aube s'est enflammé,

Rétorque la cuisinière pas le moins du monde gênée,

Les escargots ne sont pas sortis

Et le fenouil est tout rabougri.»

Il en est souvent ainsi,

En politique comme dans la vie,

Ne croyez rien des promesses

Que l'on vous fait sans cesse

Avant votre passage à l'isoloir

Et qu'on laisse ensuite choir.

Les trois jouvenceaux

Par une belle soirée d’été, trois fringants jouvenceaux

À peine sortis du berceau

Sortirent éprouver leurs charmes de damoiseaux.

Le premier, un malin renardeau,

Proposa une visite chez le hobereau

Qui venait de s'installer au château.

« On y trouvera, dit-il, à manger de bons morceaux.

- Et que boirons nous ? Pas de l'eau

J'espère, s’inquiéta le deuxième, un jeunet de blaireau.

- Je connais près de l'église un petit caveau

Rempli de bouteilles dont nous descendrons le niveau,

Reprit le troisième, un audacieux louveteau.»

Et nos trois compères d’enfiler leurs vieux manteaux,

D'ajuster leurs affreux chapeaux

Et de partir jouer les godelureaux.

Quand ils revinrent au jour nouveau

On devinait les mets consommés sur leurs museaux

Et les vins bus à l’haleine de leurs naseaux,

Mais pour sûr, ils étaient encore puceaux.

Sachez jeunes tourtereaux

À table manger comme un moineau,

Avec les vins vous tenir à carreau

Et toujours portez vos habits les plus beaux.

Le bal des vantards

Ils sont tous là ces vieux briscards

Réunis dans l’archipel de Zanzibar

Pour fêter comme il se doit la Saint-Médard.

Venu de l'océan Indien, le terrible épaulard

Se targue d'avoir terrassé un requin près de Madagascar.

Fier de ses puissantes pinces, le féroce homard

Se fait fort de broyer les huîtres d'un seul coup gaillard.

Roi des océans, le beau balbuzard

Se vante d'avoir pêcher d'énormes bars.

Félin de la savane, le gracile guépard

S'enorgueillit de rattraper le plus rapide des brocards.

Drapé dans son habit blanc, le belliqueux jars

Prétend pouvoir mettre en fuite tous les pillards.

Avec aplomb et bagout, le rusé renard

Affirme pouvoir s’emparer des gibiers les plus rares

Simplement en montant des traquenards.

Arrive en dernier un petit lézard

Qui leur tient ce discours sur un ton goguenard :

« Votre vantardise m’effare !

Vous ne parlez que courses, chasses et bagarres

Racontées avec fanfare.

Vous pensez être de vieux grognards

Mais vous n’êtes que des vantards

Aux méthodes de soudards.

À vos exploits, je ne me compare

Et retourne me chauffer au soleil dare-dare.»

Si vous croisez quelques lascars

Par trop présomptueux et bavards,

Faites leur tout de suite savoir

Que vous n’êtes pas le dernier des jobards.

De plus en plus fort

Sur le plateau de la Sierra del Ore

Se tient une discussion qui s’envenime fort.

« Depuis des lustres, déclare le condor,

Ma famille vit dans ce sublime décor

Et mes ancêtres y combattaient les conquistadores.

- La mienne est plus ancienne encore,

Mes origines remontent, affirme l’alligator,

Au temps du pharaon Horus Hat-Hor

Qui vivait dans le palais de Louxor.

- Un de mes aïeux, assure le lama, s’honore

D’avoir été chef d’état-major

De l’armée du roi Nabuchodonosor.

- J’oubliais de vous dire, reprend l’alligator,

Que nous descendons en droite ligne des dinosaures,

Plus précisément du redoutable tyrannosaure.

- Toute votre ascendance est fort incolore,

Renchérit l’étalon à la crinière d’or.

Je suis de la dynastie grecque des centaures

Et l’un de mes cousins n’est autre que Pythagore.»

La surenchère est bien souvent un sport

Qui peut vous embraser telle une météore

Jusqu’à vous en faire perdre le nord.

Gardez plutôt votre humilité comme un trésor.

Le bélier, le sanglier et le pigeon ramier

Par un beau matin printanier,

En quête de nourriture un vénérable sanglier

Croise en bordure de prairie un impétueux bélier.

« Voilà de belles défenses déployées

Qui te font honneur, lui dit ce dernier,

Mais elles doivent te gêner pour la terre fouiller.

- Pas du tout, lui répond le sanglier.

Et avec elles pas besoin de crier,

Mes assaillants ont appris à s’en méfier.

- Pour ma part je préfère, reprend le bélier,

Affronter mes adversaires à coups de collier.

Avec mes cornes, je défonce n’importe quel bouclier.»

Sur ces entrefaites, perché sur un marronnier,

Intervient un audacieux pigeon ramier.

« Avec votre force vous pensez toujours gagner,

Cependant vous êtes de bien piètres guerriers.

Je suis plus fort que vous, moi, frêle chevalier

De l’azur.» Et ce disant il descend, pas du tout effrayé,

Se poser juste devant eux pour les défier.

« Coquin de volatile ! Nous allons t’étriller

Et aux allégeances qui nous sont dues t’initier,

Fulminent les deux compères injuriés

Fonçant sur lui, tête baissée pour le bélier

Et défenses en avant pour le sanglier.»

Alors au dernier instant, notre pigeon ramier

S’envole prestement d’un air princier

Au-dessus des attaquants, clamant fièrement : «Voyez,

Je vous l’avais dit que me vaincre vous ne pourriez ! »

Jamais sur une facile victoire il ne faut parier.

Un revers inattendu peut vous balayer

Et on ne saurait mieux vous conseiller

De ne point claironner avant d’avoir gagné.

Le loup et le hibou

Dans la forêt domaniale de Crottefou

Chassait ce jour-là un vieux loup

Qui pour réussir sa traque était prêt à tout.

Lorsqu'il aperçut perché sur un chêne un hibou,

Il l’accosta en usant de son bagout :

« Bonjour Monsieur du Hibou !

Pouvez-vous me dire du haut de votre gracieux cou

Quelle direction a prise ma proie, le caribou ?

- Je le pourrais volontiers, je l'avoue

Mais ai-je une bonne raison de vous le dire pour le coup ?

Lui répondit le grand duc en faisant la moue.

- L'entraide entre chasseurs prévaut partout

Et vous y oblige, reprit complaisamment le loup.

- Ah, vous parlez d'une entraide ! répliqua le hibou.

Votre ami le renard sur mon domaine s’ébroue

S’empiffrant de mes campagnols, je suis à bout !

- Vous avez raison, ce coquin de goupil est un sacré filou.

Je vous promets, assura le canidé, de le mettre à genoux.»

Et de lâchement obtenir la direction prise par le caribou

Contre le bannissement du renard de la forêt de Crottefou.

C'est ainsi que beaucoup

S'arrangent de bons coups,

Copains comme voyous,

Et la morale bafouent.

La pie et l’otarie

Sur les rivages de Californie

Une jeunette d'otarie

S'amuse à quelques facéties

Avec une sardine toute étourdie

Qu’elle fait tournoyer comme une toupie.

Perchée sur un rocher, une ingénue pie

L'observe un moment et lui tient cette causerie :

« Tu es très adroite, belle otarie.

Je me demande si tu saurais faire cette jonglerie :

Lancer ta proie en l'air avec énergie

Et la rattraper avant qu'elle ne s'enfuie.»

Piquée au vif, notre agile otarie

Exécute aussitôt cette pitrerie.

« Six coudées de haut ! Bravo, lui lance la pie.

Et à douze coudées, le pourrais-tu aussi ?

- Rien de plus simple, assure l’otarie

En projetant la sardine encore estourbie.»

La rusée alors s’élance telle une harpie

Et gobe en plein vol cette chair bénie

Toute heureuse de sa filouterie.

Gentilles dames, jamais ne soyez étourdies

Par de fallacieuses flatteries

De circonstance et plus réfléchies

Aux propositions qui ne sont que roueries.

Le cygne et la bernache

Sur le bord de la Bléone à Dignes

Se pavane un jeune cygne

Devant une acerbe bernache

Qui dévisage cet immaculé hors ligne.

« As-tu remarqué, lui lance le cygne,

La beauté de ma robe blanche sans aucune tache ?

- Oui c'est vrai, lui répond la maligne,

Mais la nature ne t’a pas gâté sur toute la ligne

Autant que nous, elle a même été un peu vache.

- Comment cela ! Ta robe n'a pas le panache

De la mienne à ce que je sache,

S’étonne le vaniteux cygne.

- De la couleur de ma robe, comme d'une guigne

Je me soucie, lui rétorque la bernache.

Serais-tu capable de me suivre en migration ? lâche

La coquine. Ta belle carrure, de frêles ailes cache

Et à rester au bord de cet étang tu te résignes.

- Point du tout ! Bien au contraire, de migrer je trépigne,

Réplique l’oisillon de neige ondulant la tête d’un air digne.

- Je crains fort que ce ne soit possible, lui assène la bernache.

Tes vols au-dessus de l’étang où à grand peine tu t’arraches

Sont de ton impuissance l’infaillible signe.»

Devant tant de goujaterie, notre majestueux s’esbigne

Et va pavoiser seul la rivière qu’il empanache

De son vierge plumage en maugréant : « De Dignes,

Je suis le plus bel oiseau quoiqu’en dise cette sotte bernache.»

Révéler la vérité quelquefois égratigne

Ceux que le mauvais sort désigne

Et il peut être de votre part indigne

De raviver de blessantes insignes.

L’élan et son faon

Dans la forêt de Grand-Champ

Chemine, attentive, une mère élan

Accompagnée de son bambin de faon.

« Que ferons-nous si nous croisons un loup, maman ?

Demande ce dernier tout tremblant.

- Je l’affronterai de face en lui assénant

De vigoureux coups de pattes dans les flancs

Qui le feront s’enfuir, affirme la mère tranquillement.»

Un peu plus tard, dans le sous-bois un long hurlement

Se fait entendre, aussi lancinant que terrifiant.

« Vite, fuyons, ordonne la mère immédiatement.

- Comment cela ? Tu ne vas pas combattre ce loup errant

Avec la force de tes jambes ? s’étonne le faon.

- Je le pourrais mais restons prudents, répond la maman,

Parfois les loups attaquent en meute, cela dépend.

- Et si on rencontre un chasseur ? s’inquiète l’enfant.

- Jamais à une mère suitée l’homme blanc ne s’en prend,

Assure l’aînée, nous ne risquons rien normalement.»

Dans leur fuite, soudain elle s’arrête, humant

Tête haute l’air alentour longuement.

« Montons sur les collines, décide-t-elle sur le champ,

Car je sens dans la vallée des effluves de campement.

- Je suis là, nous n’avons rien à craindre, lance le faon.

- Certes mais certains trappeurs, c’est assez fréquent,

Veulent à tout prix mettre à leur tableau de chasse un élan

Et pour y parvenir échafaudent des guet-apens.»

Souvent nous ne disons pas toute la vérité aux enfants

Et cela est fort dommageable à leur entendement.

Le cerisier et le noyer

En ce début de printemps à Forcalquier

Dans un verger en espalier

S’épanouit un imposant cerisier

Fier de son majestueux damier

De fleurs blanches émaillé.

Jetant un coup d’œil en-dessous à un noyer,

Il ne peut s’empêcher de le railler.

« Tu as bien pâle allure, cher fruitier.

Avec tes chatons pendouillant comme chandeliers

Renversés, tu sembles tout déguenillé.»

Quelques semaines plus tard, émoustillé

Par ses multiples baies en train de rougeoyer

Lui donnant un air altier,

Il nargue une fois de plus le fade écalonnier.

« Ton feuillage est encore très anémié

Et tu fais toujours grande pitié

Dans ton habit tout de vert feuilleté.

- Attends coquin ! lui répond l’injurié.

La gente à plumes bientôt sur ton houppier

Se répandra et tous tes fruits va grappiller.

Avant peu elle t’aura supplicié

Et tes piteux pendentifs pillés

Ne seront plus que breloques rouillées

Au milieu de feuilles jaunies par un soleil d’acier.

On verra alors qui de nous deux sera le va-nu-pieds.»

Si vous êtes par la nature privilégié,

Avec humilité ses bienfaits appréciez

Mais de votre beauté ne vous glorifiez,

Encore moins votre voisin humiliez.

La baronne de La Courtivone

Au château de La Courtivonne,

En cette fin d'année Madame la baronne

Reçoit son fermier qui à son chapeau se cramponne.

« Les blés ont pourri sur pied cette année, marmonne

L’homme. Il a plu tout le printemps, Madame la baronne,

Et les champs ont été inondés sous les eaux de l'Yonne.

- Ah, voilà pourquoi il y a moins de gibier, réplique la baronne.

Plus rien à manger ! Pauvres bêtes ! De pitié, je frissonne.

Moi qui pensais que sur mes terres on braconne.

- Et la canicule de cet été ! bougonne

Un peu gêné le paysan. Les vendanges n'ont pas été bonnes.

Des raisins desséchés juste bons à faire du vinaigre en bonbonne.

- N'exagérons rien, reprend la baronne.

Chacun sait que le soleil des sucs au raisin donne.

- Et la récolte fruitière ! continue le fermier aphone.

Tout a gelé en mai dernier. Résultat : aucun fruit cet automne.

- Aucun n'est pas exact, corrige la baronne.

Cette année, les comptes en banque de croissance bourdonnent,

On dit même que l'argent à profusion se moissonne.»

Si tu penses qu’on te pigeonne,

Comme Madame la baronne

En son domaine de La Courtivonne

Avec subtilité ton adversaire désarçonne.

L’abbé Lesage

Il y a de cela très longtemps - mais qui s’en souvient ? -

La foudre s'abattit sur le clocher Saint-Omer de Verchin

Détruisant la cloche qui du bourg était le pouls.

Tous les villageois étaient sens dessus dessous

Et chacun voyait là des cieux un mauvais présage.

Le curé de la paroisse, l’abbé Lesage,

Avait lui l’âme plutôt maligne.

« Non, prêchait-il, ce grand malheur

N'est pas de la colère divine le signe,

Tous ceux qui le pensent se leurrent.

Beaucoup de clochers brûlent ainsi en ce royaume

Sans qu'on n’y puisse rien empêcher par prières ou psaumes.

Les orages aiment trop les clochers droits et pointus

Et s’en amusent en faisant glisser leur foudre dessus.

Ce qu'il faut à notre église pour éviter ces foudroiements

C'est un clocher tors, à ce point tordu

Que la foudre de s'y aventurer soit retenue

Par peur de partir en vrille dans un mortel tournoiement.

Voyez les clochers tors de Fougeré, Vieil-Baugé et Pontigné,

Jamais de mémoire d’homme on ne les vit foudroyés.»

On fit donc appel à un charpentier du pays Baugeois

Qui construisit un clocher si biscornu