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Les fables reviendraient-elles dans l'air du temps ? Bryan de La Rillie vous propose de découvrir le monde avec des querelles de voisinage qui parfois dégénèrent en bagarres, des aventures incroyables à l'autre bout du monde, des amours souvent impossibles, des cocasseries déconcertantes, au travers de fables se déroulant sur les six continents et mettant en scène les traditionnels loups, renards et ours, mais aussi les mammouths et aurochs, les pygargues et quetzals, les requins et baleines, les tyrannosaures et condors, et tant d'autres... Une lecture divertissante qui vous étonnera par des styles originaux d'écriture (fables monorimes, acrostiches, dorica castras, lipogrammes).
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Seitenzahl: 162
Veröffentlichungsjahr: 2020
Mensonges, magouilles et vantardises
Le lièvre et la grenouille
Les trois jouvenceaux
Le bal des vantards
De plus en plus fort
Le bélier, le sanglier et le pigeon ramier
Le loup et le hibou
La pie et l’otarie
Le cygne et la bernache
L’élan et son faon
Le cerisier et le noyer
La baronne de La Courtivonne
L’abbé Lesage
Le rat du Sénat
Le chat, le chien et l’oie
Les baroudeurs
Le condor
À la ferme de la Manade
Le yack et le macaque
L’oie et le cygne
La bécasse
Prune
Elvire et le vizir
Gribouille et Ratatouille
Les amours impossibles
Le crocodile et la couleuvre
La pygargue et le vautour
Le papillon et le frelon
Le gibbon et la guenon
Le scarabée et l’araignée
La chèvre et le chevreuil
La baleine et la sirène
Le phoque et l’aurochs
La caniche et le scottish
Laurence et le matelot
Mélisande
La glycine et l’églantine
Les disputes
Le coyote et le puma
Le marsouin et le requin
La gélinotte et la marmotte
Le cerf et les brebis
La taure et le castor
L’épinoche et l’enfant
Au pays du soleil levant
Le pinson et le caméléon
Claire et la buse
La perdrix et la brebis
Ursule et sa mule
La hase et la gerboise
La comtesse et le cacatoès
Les bagarres
L’oie et le putois
Le crabe et le scorpion
L’ibis et l’écrevisse
L’orang-outang, l’éléphant et les pélicans
Le renard et le chasseur
Pétronille et l’étrille
Césarine et la vipérine
L’éléphant et le flamant rose
Ils perdent la partie
Le renard et le milan noir
Le loir et les cafards
Le chacal et les cigales
La génisse et l’écrevisse
Le boa et l’alligator
La laie de la forêt de Ségur
Le pêcheur et le martin-pêcheur
La vache et les bernaches
La chamelle
Le loup et la mouche
Le corbeau et le crapaud
La pipistrelle
Le chien et le cloporte
Les piafs et la girafe
La marquise de Tournebise
Le mariage pour tous
Le berger et les étourneaux
La lionne et l’antilope
La buse
Ils succombent
Le renard et le kangourou
La fourmi et la cigale
L’éléphante et la mante religieuse
Le zèbre et les zébus
Les pipelettes
La luciole et le rossignol
Le hêtre du presbytère
Le saumon et l’ourson
Le papillon et la pie
La coccinelle et la sauterelle
Le mélèze et les punaises
Le connétable et l’érable
Au château de Champlitte
Le chêne et le lichen
Entre chien et chat
Ils s’en sortent
L’hermine et la lapine
La poule et le mammouth
La libellule et la tarentule
La tortue et le lièvre
La panthère et le phacochère
Le mainate et le mille-pattes
La pie-grièche et le pic-épeiche
Les deux petites seiches
Le lynx
Le roitelet
Le dromadaire et la vipère
Le colibri, l’aigle et les fourmis
L’ingratitude
La pie et la brebis
Le loir et le campagnol
L’écureuil et les deux tourterelles
La grue et la tortue
La caille et le coq
L’ours brun
Styles de vie
La corneille et les abeilles
L’hirondelle et la tourterelle
La limace et la grenouille
L’autruche et la perruche
Le quetzal et le paresseux
L’escargot et la chenille
La salamandre et le mille-pattes
Blanche et la mésange
Les deux retraités
L’explorateur et les manchots empereurs
Les deux amis
Une fable dingue
À la ferme
Le coq du château
Les joyeux lurons
L’agneau philosophe
Le lapin et le poulain
Le baudet et le bœuf
La vache, la chèvre et le lapin
Le coq et le pottok
Demoiselle Jeanne
Acrostiches
La course à la présidence
Le faucon, l’aigle et le vautour
Réunion au sommet
L’aigle corse
Le renard et le loup
Dorica castras
Le renard imprudent
Querelle de basse-cour
L’hirondelle et la chauve-souris
Le panda et l’ours brun
Le loup et le renard
Le poussin et le serin
Un coucou à Moscou
Lipogrammes
L’inconsciente petite puce
Un anaconda au djihad
La poule rousse
La truite et l’ermite
Les chrysanthèmes
Rimes alphabétiques
Le boa et le corona
Le tyrannosaure atteint du sida
Index alphabétiques
Index alphabétique des animaux
Index alphabétique des plantes
Index alphabétique des personnages
Index alphabétique des lieux
Dans une contrée méridionale, un jeune lièvre
Qui trottine dès potron-minet dans une allée de genièvres
Se voit aborder par une grenouille très attentionnée.
« Ô joli lièvre, comme ton poil est bien lustré
Et tes jambes fines et musclées à la fois !
- Tu vois juste, petite rainette. De la course, je suis le roi !
- Je voulais te demander si tu pouvais ce matin
Au cours de ta balade porter ce parchemin
À ma mère qui habite près de l'étang aux nymphéas.
Je mitonnerai pendant ce temps-là
Une gibelotte d'escargots de Bourgogne au fenouil gratinée
Que nous dégusterons ensemble dès ta promenade terminée.»
La proposition de la batracienne paraît fort intéressante
Et le charmant levraut part aussitôt l'humeur rayonnante,
Humant çà et là de la nature toutes les senteurs,
Imaginant celle du fumet qu'il dégustera tout à l'heure.
Dès son retour, l'appétit aiguisé, il se met à table
Chez sa nouvelle amie qui annonce d'une voix irréprochable:
« Et voici un salmigondis de limaces rouges aux orties.
- Ah, s'étouffe notre coursier, ce n'est pas ce que tu m'as promis !
- Certes, mais aujourd'hui le soleil dès l'aube s'est enflammé,
Rétorque la cuisinière pas le moins du monde gênée,
Les escargots ne sont pas sortis
Et le fenouil est tout rabougri.»
Il en est souvent ainsi,
En politique comme dans la vie,
Ne croyez rien des promesses
Que l'on vous fait sans cesse
Avant votre passage à l'isoloir
Et qu'on laisse ensuite choir.
Par une belle soirée d’été, trois fringants jouvenceaux
À peine sortis du berceau
Sortirent éprouver leurs charmes de damoiseaux.
Le premier, un malin renardeau,
Proposa une visite chez le hobereau
Qui venait de s'installer au château.
« On y trouvera, dit-il, à manger de bons morceaux.
- Et que boirons nous ? Pas de l'eau
J'espère, s’inquiéta le deuxième, un jeunet de blaireau.
- Je connais près de l'église un petit caveau
Rempli de bouteilles dont nous descendrons le niveau,
Reprit le troisième, un audacieux louveteau.»
Et nos trois compères d’enfiler leurs vieux manteaux,
D'ajuster leurs affreux chapeaux
Et de partir jouer les godelureaux.
Quand ils revinrent au jour nouveau
On devinait les mets consommés sur leurs museaux
Et les vins bus à l’haleine de leurs naseaux,
Mais pour sûr, ils étaient encore puceaux.
Sachez jeunes tourtereaux
À table manger comme un moineau,
Avec les vins vous tenir à carreau
Et toujours portez vos habits les plus beaux.
Ils sont tous là ces vieux briscards
Réunis dans l’archipel de Zanzibar
Pour fêter comme il se doit la Saint-Médard.
Venu de l'océan Indien, le terrible épaulard
Se targue d'avoir terrassé un requin près de Madagascar.
Fier de ses puissantes pinces, le féroce homard
Se fait fort de broyer les huîtres d'un seul coup gaillard.
Roi des océans, le beau balbuzard
Se vante d'avoir pêcher d'énormes bars.
Félin de la savane, le gracile guépard
S'enorgueillit de rattraper le plus rapide des brocards.
Drapé dans son habit blanc, le belliqueux jars
Prétend pouvoir mettre en fuite tous les pillards.
Avec aplomb et bagout, le rusé renard
Affirme pouvoir s’emparer des gibiers les plus rares
Simplement en montant des traquenards.
Arrive en dernier un petit lézard
Qui leur tient ce discours sur un ton goguenard :
« Votre vantardise m’effare !
Vous ne parlez que courses, chasses et bagarres
Racontées avec fanfare.
Vous pensez être de vieux grognards
Mais vous n’êtes que des vantards
Aux méthodes de soudards.
À vos exploits, je ne me compare
Et retourne me chauffer au soleil dare-dare.»
Si vous croisez quelques lascars
Par trop présomptueux et bavards,
Faites leur tout de suite savoir
Que vous n’êtes pas le dernier des jobards.
Sur le plateau de la Sierra del Ore
Se tient une discussion qui s’envenime fort.
« Depuis des lustres, déclare le condor,
Ma famille vit dans ce sublime décor
Et mes ancêtres y combattaient les conquistadores.
- La mienne est plus ancienne encore,
Mes origines remontent, affirme l’alligator,
Au temps du pharaon Horus Hat-Hor
Qui vivait dans le palais de Louxor.
- Un de mes aïeux, assure le lama, s’honore
D’avoir été chef d’état-major
De l’armée du roi Nabuchodonosor.
- J’oubliais de vous dire, reprend l’alligator,
Que nous descendons en droite ligne des dinosaures,
Plus précisément du redoutable tyrannosaure.
- Toute votre ascendance est fort incolore,
Renchérit l’étalon à la crinière d’or.
Je suis de la dynastie grecque des centaures
Et l’un de mes cousins n’est autre que Pythagore.»
La surenchère est bien souvent un sport
Qui peut vous embraser telle une météore
Jusqu’à vous en faire perdre le nord.
Gardez plutôt votre humilité comme un trésor.
Par un beau matin printanier,
En quête de nourriture un vénérable sanglier
Croise en bordure de prairie un impétueux bélier.
« Voilà de belles défenses déployées
Qui te font honneur, lui dit ce dernier,
Mais elles doivent te gêner pour la terre fouiller.
- Pas du tout, lui répond le sanglier.
Et avec elles pas besoin de crier,
Mes assaillants ont appris à s’en méfier.
- Pour ma part je préfère, reprend le bélier,
Affronter mes adversaires à coups de collier.
Avec mes cornes, je défonce n’importe quel bouclier.»
Sur ces entrefaites, perché sur un marronnier,
Intervient un audacieux pigeon ramier.
« Avec votre force vous pensez toujours gagner,
Cependant vous êtes de bien piètres guerriers.
Je suis plus fort que vous, moi, frêle chevalier
De l’azur.» Et ce disant il descend, pas du tout effrayé,
Se poser juste devant eux pour les défier.
« Coquin de volatile ! Nous allons t’étriller
Et aux allégeances qui nous sont dues t’initier,
Fulminent les deux compères injuriés
Fonçant sur lui, tête baissée pour le bélier
Et défenses en avant pour le sanglier.»
Alors au dernier instant, notre pigeon ramier
S’envole prestement d’un air princier
Au-dessus des attaquants, clamant fièrement : «Voyez,
Je vous l’avais dit que me vaincre vous ne pourriez ! »
Jamais sur une facile victoire il ne faut parier.
Un revers inattendu peut vous balayer
Et on ne saurait mieux vous conseiller
De ne point claironner avant d’avoir gagné.
Dans la forêt domaniale de Crottefou
Chassait ce jour-là un vieux loup
Qui pour réussir sa traque était prêt à tout.
Lorsqu'il aperçut perché sur un chêne un hibou,
Il l’accosta en usant de son bagout :
« Bonjour Monsieur du Hibou !
Pouvez-vous me dire du haut de votre gracieux cou
Quelle direction a prise ma proie, le caribou ?
- Je le pourrais volontiers, je l'avoue
Mais ai-je une bonne raison de vous le dire pour le coup ?
Lui répondit le grand duc en faisant la moue.
- L'entraide entre chasseurs prévaut partout
Et vous y oblige, reprit complaisamment le loup.
- Ah, vous parlez d'une entraide ! répliqua le hibou.
Votre ami le renard sur mon domaine s’ébroue
S’empiffrant de mes campagnols, je suis à bout !
- Vous avez raison, ce coquin de goupil est un sacré filou.
Je vous promets, assura le canidé, de le mettre à genoux.»
Et de lâchement obtenir la direction prise par le caribou
Contre le bannissement du renard de la forêt de Crottefou.
C'est ainsi que beaucoup
S'arrangent de bons coups,
Copains comme voyous,
Et la morale bafouent.
Sur les rivages de Californie
Une jeunette d'otarie
S'amuse à quelques facéties
Avec une sardine toute étourdie
Qu’elle fait tournoyer comme une toupie.
Perchée sur un rocher, une ingénue pie
L'observe un moment et lui tient cette causerie :
« Tu es très adroite, belle otarie.
Je me demande si tu saurais faire cette jonglerie :
Lancer ta proie en l'air avec énergie
Et la rattraper avant qu'elle ne s'enfuie.»
Piquée au vif, notre agile otarie
Exécute aussitôt cette pitrerie.
« Six coudées de haut ! Bravo, lui lance la pie.
Et à douze coudées, le pourrais-tu aussi ?
- Rien de plus simple, assure l’otarie
En projetant la sardine encore estourbie.»
La rusée alors s’élance telle une harpie
Et gobe en plein vol cette chair bénie
Toute heureuse de sa filouterie.
Gentilles dames, jamais ne soyez étourdies
Par de fallacieuses flatteries
De circonstance et plus réfléchies
Aux propositions qui ne sont que roueries.
Sur le bord de la Bléone à Dignes
Se pavane un jeune cygne
Devant une acerbe bernache
Qui dévisage cet immaculé hors ligne.
« As-tu remarqué, lui lance le cygne,
La beauté de ma robe blanche sans aucune tache ?
- Oui c'est vrai, lui répond la maligne,
Mais la nature ne t’a pas gâté sur toute la ligne
Autant que nous, elle a même été un peu vache.
- Comment cela ! Ta robe n'a pas le panache
De la mienne à ce que je sache,
S’étonne le vaniteux cygne.
- De la couleur de ma robe, comme d'une guigne
Je me soucie, lui rétorque la bernache.
Serais-tu capable de me suivre en migration ? lâche
La coquine. Ta belle carrure, de frêles ailes cache
Et à rester au bord de cet étang tu te résignes.
- Point du tout ! Bien au contraire, de migrer je trépigne,
Réplique l’oisillon de neige ondulant la tête d’un air digne.
- Je crains fort que ce ne soit possible, lui assène la bernache.
Tes vols au-dessus de l’étang où à grand peine tu t’arraches
Sont de ton impuissance l’infaillible signe.»
Devant tant de goujaterie, notre majestueux s’esbigne
Et va pavoiser seul la rivière qu’il empanache
De son vierge plumage en maugréant : « De Dignes,
Je suis le plus bel oiseau quoiqu’en dise cette sotte bernache.»
Révéler la vérité quelquefois égratigne
Ceux que le mauvais sort désigne
Et il peut être de votre part indigne
De raviver de blessantes insignes.
Dans la forêt de Grand-Champ
Chemine, attentive, une mère élan
Accompagnée de son bambin de faon.
« Que ferons-nous si nous croisons un loup, maman ?
Demande ce dernier tout tremblant.
- Je l’affronterai de face en lui assénant
De vigoureux coups de pattes dans les flancs
Qui le feront s’enfuir, affirme la mère tranquillement.»
Un peu plus tard, dans le sous-bois un long hurlement
Se fait entendre, aussi lancinant que terrifiant.
« Vite, fuyons, ordonne la mère immédiatement.
- Comment cela ? Tu ne vas pas combattre ce loup errant
Avec la force de tes jambes ? s’étonne le faon.
- Je le pourrais mais restons prudents, répond la maman,
Parfois les loups attaquent en meute, cela dépend.
- Et si on rencontre un chasseur ? s’inquiète l’enfant.
- Jamais à une mère suitée l’homme blanc ne s’en prend,
Assure l’aînée, nous ne risquons rien normalement.»
Dans leur fuite, soudain elle s’arrête, humant
Tête haute l’air alentour longuement.
« Montons sur les collines, décide-t-elle sur le champ,
Car je sens dans la vallée des effluves de campement.
- Je suis là, nous n’avons rien à craindre, lance le faon.
- Certes mais certains trappeurs, c’est assez fréquent,
Veulent à tout prix mettre à leur tableau de chasse un élan
Et pour y parvenir échafaudent des guet-apens.»
Souvent nous ne disons pas toute la vérité aux enfants
Et cela est fort dommageable à leur entendement.
En ce début de printemps à Forcalquier
Dans un verger en espalier
S’épanouit un imposant cerisier
Fier de son majestueux damier
De fleurs blanches émaillé.
Jetant un coup d’œil en-dessous à un noyer,
Il ne peut s’empêcher de le railler.
« Tu as bien pâle allure, cher fruitier.
Avec tes chatons pendouillant comme chandeliers
Renversés, tu sembles tout déguenillé.»
Quelques semaines plus tard, émoustillé
Par ses multiples baies en train de rougeoyer
Lui donnant un air altier,
Il nargue une fois de plus le fade écalonnier.
« Ton feuillage est encore très anémié
Et tu fais toujours grande pitié
Dans ton habit tout de vert feuilleté.
- Attends coquin ! lui répond l’injurié.
La gente à plumes bientôt sur ton houppier
Se répandra et tous tes fruits va grappiller.
Avant peu elle t’aura supplicié
Et tes piteux pendentifs pillés
Ne seront plus que breloques rouillées
Au milieu de feuilles jaunies par un soleil d’acier.
On verra alors qui de nous deux sera le va-nu-pieds.»
Si vous êtes par la nature privilégié,
Avec humilité ses bienfaits appréciez
Mais de votre beauté ne vous glorifiez,
Encore moins votre voisin humiliez.
Au château de La Courtivonne,
En cette fin d'année Madame la baronne
Reçoit son fermier qui à son chapeau se cramponne.
« Les blés ont pourri sur pied cette année, marmonne
L’homme. Il a plu tout le printemps, Madame la baronne,
Et les champs ont été inondés sous les eaux de l'Yonne.
- Ah, voilà pourquoi il y a moins de gibier, réplique la baronne.
Plus rien à manger ! Pauvres bêtes ! De pitié, je frissonne.
Moi qui pensais que sur mes terres on braconne.
- Et la canicule de cet été ! bougonne
Un peu gêné le paysan. Les vendanges n'ont pas été bonnes.
Des raisins desséchés juste bons à faire du vinaigre en bonbonne.
- N'exagérons rien, reprend la baronne.
Chacun sait que le soleil des sucs au raisin donne.
- Et la récolte fruitière ! continue le fermier aphone.
Tout a gelé en mai dernier. Résultat : aucun fruit cet automne.
- Aucun n'est pas exact, corrige la baronne.
Cette année, les comptes en banque de croissance bourdonnent,
On dit même que l'argent à profusion se moissonne.»
Si tu penses qu’on te pigeonne,
Comme Madame la baronne
En son domaine de La Courtivonne
Avec subtilité ton adversaire désarçonne.
Il y a de cela très longtemps - mais qui s’en souvient ? -
La foudre s'abattit sur le clocher Saint-Omer de Verchin
Détruisant la cloche qui du bourg était le pouls.
Tous les villageois étaient sens dessus dessous
Et chacun voyait là des cieux un mauvais présage.
Le curé de la paroisse, l’abbé Lesage,
Avait lui l’âme plutôt maligne.
« Non, prêchait-il, ce grand malheur
N'est pas de la colère divine le signe,
Tous ceux qui le pensent se leurrent.
Beaucoup de clochers brûlent ainsi en ce royaume
Sans qu'on n’y puisse rien empêcher par prières ou psaumes.
Les orages aiment trop les clochers droits et pointus
Et s’en amusent en faisant glisser leur foudre dessus.
Ce qu'il faut à notre église pour éviter ces foudroiements
C'est un clocher tors, à ce point tordu
Que la foudre de s'y aventurer soit retenue
Par peur de partir en vrille dans un mortel tournoiement.
Voyez les clochers tors de Fougeré, Vieil-Baugé et Pontigné,
Jamais de mémoire d’homme on ne les vit foudroyés.»
On fit donc appel à un charpentier du pays Baugeois
Qui construisit un clocher si biscornu
