Le monde est petit - Mister Chevignac - E-Book

Le monde est petit E-Book

Mister Chevignac

0,0

Beschreibung

Après une préface où l'auteur construit une analyse sociétale de la Martinique - où il s'est retranché depuis 18 ans déjà - Mister Chevignac nous entraîne sur l'île à différentes époques. Ce par le biais de différentes approches lexicales. Les différents niveaux de langage se succèdent au gré de ses révélations : familier, courant, soutenu ; ceci aura pour but de permettre au lecteur de se laisser aller au rythme des récits. Le style ce veut anachronique. Afin d'immerger le lecteur au plus profond de son imagination, il illustre ses récits par des compositions musicales, des clips ou encore un court métrage ; avec l'utilisation de QR codes. Ses nouvelles sont destinées à un public averti. Drôles, dramatiques, tristes, elles poussent le lecteur à une introspection personnelle.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 97

Veröffentlichungsjahr: 2021

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Table des matières

Préface

Introduction

Maudite trahison

Destin croisés (bien mal acquis ne profite jamais)

Étape par étape

Radio LJHDM (mots pour maux)

Bobo à l’hôpital

La réfugiée de Darbida

Crime odieux

Crédits

De l’auteur

Préface

Je suis Créole, de la Martinique

Man sé nèg Matinik

Aujourd’hui je prends la parole, en qualité de pamphlétaire.

J’aurais aimé dévoiler une société en rémission, en voie de guérison ; seulement la névrose collégiale que j’observe résulte de notre indigne passé colonial, et le silence accompagné d’une perte de mémoire délibérément consentie, est des plus outrageant pour ceux que nous étions, sommes et deviendrons.

J’aurais voulu que cette lettre ouverte ait le léger piquant satirique d’un épigramme ou l’humour que l’on puisse attendre d’un libelle, mais hélas on y reconnaîtra plus les traits de caractère d’une diatribe, car il n’y a point de dérision dans l’abject que je dénonce et encore moins de ridicule dans les maux de mes contemporains.

Ces maladies qui nous collent et que nous ne savons pas guérir sont inscrites au plus profond de nos gènes. Elles nous aliènent, nous troublent et nous dispersent, révélant de profonds problèmes existentiels.

Nos pathologies sont multiples et commencent par la pénurie de compassion pour nous-mêmes.

“L’abandon est l’un des symptômes que subissent nos cœurs atrophiés à qui il manque un morceau.”

L’abandon de nos aînés est sûrement lié au fait de nous avoir séparés de nos familles, pour être dispatchés au gré du vent et au profit de la rentabilité.

Le délaissement encore de nos jeunes, sujets à la déréliction qu’ils ressentent, alors qu’on les accuse à tort d’être illettrés. Ces enfants profitent tout juste des avantages de Charlemagne, pour être malmenés par notre système professoral et dogmatique. Les parents devenus nombrilistes font face à beaucoup trop d’enseignants appelés plus par les avantages que par vocation.

Les victimes qu’ils sont en réalité de cette entreprise en schisme, ont plus la définition d’écolierillettré1.

Des géniteurs qui n’aiment pas leurs progénitures, des rejetons qui n’aiment pas leurs parents. C’est un triste palindrome qui ressemble fortement à cette étrange “Lettre de Lynch”. Celui encore dont on baptisa un quartier tout entier dans la commune du Robert, car ici beaucoup de bourreaux sont récompensés, lorsque les véritables héros sont oubliés.

“Dans l’éducation de mon père, je reconnais les maîtres qui ferronnaient leurs biens qu’étaient nos ancêtres. Coups, blessures profondes qui déchirent le corps et affectent l’âme.”

La violence gratuite s’est transformée en maltraitance dans l’éducation de nos enfants.

Nous sommes solidaires avec tous nos pays voisins, alors que nous sommes aisément pingres et fielleux pour nos propres proches.

“Mes semblables n’ont-ils pas fait de moi un Négropolitain ? Un autre, d’ailleurs, qui les dérange...”

Notre héritage polygamique, que nos hommes et femmes usent allègrement, nous vient certainement de notre mère Afrique, mais il ne faut en aucun cas sous-estimer le génotype légué par nos pères violeurs et pédophiles qui découchaient allègrement, pour estimer la valeur (rentable et économique) de leurs jeunes femelles, et sans qui nous n’aurions pu profiter de nos premières mules (âtresses).

Devant notre manque de répartie, on nous pointe du doigt pour une prétendue tare qui touchait déjà les rois de France et de Navarre, jusqu’à nos infidèles présidents d’aujourd’hui. J’en veux pour preuve la Mauresse de Moret, cette Mulâtresse conçue plus probablement d’un nid illégitime du roi Louis XIV ou de sa reine, que d’un excès de chocolat.

Notre seul défaut une fois encore est de nous vanter inlassablement du nombre de nos conquêtes, plutôt que d’en favoriser la discrétion. De cette même dérive nous blâmons ces incestueux qui proféraient hardiment : “Man pa ka nouri chouval pou ba ofisié monté”. Voilà bien là une preuve de la rupture familiale dans la souche même de la couche.

Symptomatiquement, on reconnaîtra les travers de la mythomanie qui s’étale au plus large de notre territoire et dont les racines sont probablement liées à un complexe d’infériorité ayant muté en une manière d’affirmation, afin de ne pas être mésestimé dans la société.

“Cloître du déboire, de la débâcle, qui envenime ma condition mentale de départ. Martinique, nid que j’affectionne à présent, lieu où mon âme vit le jour.”

Afrique, Goré, terre d’origine, ailleurs que je ne connais point, sache que rien ne résonne plus en moi, que ce que je suis à présent : le fruit d’une descendance illégitime.

Jadis, volontairement ou non, tu te fis complice en accouchant d’une sous-espèce hybride formée de Sacatras, Mulâtres, Câpres, Griffes, Marabous, Tercerons, Quarterons, Mamélouks, Quinterons, Octavons, Métis, Sangs-mêlés, auxquels se mélangèrent Caraïbes et Coolies. Mestif2, imparfaits nous fûmes face aux colons, Békés légitimes détenteurs du titre Créole.

Naguère, fier ou pas, le pidgin de départ est devenu le nom que les miens portent également à présent.

Maudite créolisation aux profits de notre majestueuse créolité. D’ores et déjà, ce passage qui me noue la gorge et que je couche avec cette encre pourpre de colère, devient sans mollesse un factum.

Aucun raisonnement valable ne justifiera les actions dont je les accuse tous indépendamment, qu’ils fussent blancs ou noirs, kidnappeurs, vendeurs, acheteurs, violeurs, tourmenteurs et meurtriers d’autrefois. Ni commerces, ni dieux ne sont légitimes dans une telle barbarie. Quant au petit peuple de France qui reçoit le mépris de Marie-Antoinette ; “S’ils n’ont pas de pain, qu’ils mangent de la brioche...”. Ces pauvres paysans ne sont pas à blâmer, car ils ne savent même pas ce qui se passe au Nouveau Monde. Ils essayent tout juste d’améliorer leur propre condition.

Ne les blâmons pas ! Avant les révélations de notre prétendue malédiction de Canaan3, Normands et Bretons ne furent-ils pas les premiers à subir les conséquences de l’exploitation de l’homme envers l’homme, sur l’île aux Fleurs ?

Aujourd’hui, nous condamnons juste ce lâche tortionnaire qui demanda à sa victime d’essuyer son crime avec un mouchoir, imbibé de son propre sang. Le même encore, ou du moins son digne héritier, nous demande d’arborer fièrement en toute circonstance, cette douteuse serpillère bleue à quatre serpents. À croire que nous ne méritions pas assez le précédent drapeau.

………….…….

Les canoniques de l’église je les désavoue.

Les canoniques des nègres donnent encore de leurs échos dans les plantations sucrières.

Les canoniques que nous établirons un jour dans l’unité, renforceront notre société, à ce jour rendue folle par l’assujettissement.

Vos esclaves sont toujours là, à l’endroit exact où vous les avez lâchés.

Nos aïeux eux encore pensaient, espéraient, croyaient. Ceux-là ne bougent pas, ne réfléchissent pas. Ils sont endormis par les bêtises.

“Ils sont morts-vivants”

Abandonnés dans le mépris et la non-considération ; d’ailleurs les “mwen ka” ne sont-ils pas la communauté de France la plus risée ? Trop peu nous défendent lorsque beaucoup se payent nos têtes.

Faussaire, instrumentaliste, usurpateur de théologien, nous les irréligieux la connaissons, la vraie histoire que tu arranges en ta faveur, puisqu’elle s’est inscrite dans notre ADN.

Jeune peuple de misère, conçu dans le stupre, la vilénie, le déshonneur, tu pries le Dieu de tes oppresseurs. Tu n’as pas de remède pour la névrose qui t’empoisonne inlassablement avec le même venin, alors que le remède de tes maux est révélé dans l’écriture. Celle-la même que tu réfutes et qui sera ta délivrance.

“Maladies voraces de pauvreté d’esprits”

Celui qui ne lit pas est vide, pauvre d’amour et de compassion. C’est pour cela que tu ne te comprends pas, que tu ne comprends pas les tiens, et que tu ne te cherches pas.

Celui qui lit est riche de toutes les vérités et les secrets du monde. Il détient consciemment ou inconsciemment les clés qui ouvrent les portails des autres dimensions.

Celui qui écrit est immortel : il est un élément abstrait qui guide à la réflexion pour certains, mais il est également le porte parole de la pensée d’autres ; les philosophes le raisonnent, le calculent, le définissent et l’empêchent de sombrer dans l’oubli. Il aura vécu pour enrichir l’évolution et guider les révolutions.

À présent, nul ne sait comment cette hécatombe finira. Les fauves déambulent sans acuité d’esprit et de conscience. Ils se complaisent à errer dans leur ignorance.

Sommes-nous une lugubre expérience de laboratoire ?

Sommes-nous ces pièces monochromes sans voie, ni direction, qui s’entre-dévorent ?

Mon esprit est clair, alors je juge. Il n’y aura aucune palinodie de ma part, peu importe d’où viendront les attaques sur mes propos. Je ne ferai pas mine d’ignorer que mon tourment est le même qui menace mes descendants.

Alors je dis : “Peuple relève-toi et révèle-toi au monde !” Rien n’indemnise mieux que l’estime de soi et la fierté. La même qui triomphait sur la figure de nos femmes après un viol ou une expérience anatomique. Le processus qui nous accable en ces temps n’est pas irréversible.

Après toute cette effervescence dans ce qui pourrait être des révélations à travers mes propos, j’invite mes frères à l’intellectualisme.

Ne soyons pas dans le parachronisme, car ce qui est fait est fait. Ne soyons pas les jouets de révolutionnaires douteux. En ces temps évolués, ce qui serait la pire des choses pour notre race Homo sapiens sapiens, c’est que nous devenions prisonniers de nos histoires respectives.

Notre remède se trouve dans les lumières de l’humanisme et non dans les obscures pénombres de la honte et du déni. Que le cœur d’un Antillais batte pour la France, la Martinique ou l’Afrique, il n’y a à voir là aucune débâcle, aucune amoralité, aucune rupture avec les autres ; seulement une préférence pour une position géographique et celle-ci ne doit ni altérer, ni dévier ce qui doit être notre vision absolue ; l’unique et seule condition de l’Homme sur la Terre, c’est l’Humanité.

“Lorsque mon île sera submergée par les flots, mon âme sera près d’elle à jamais mais je guérirai mes souffrances psychiques sur un autre sol.

Mes enfants s’attacheront à ce nouveau sol et leurs enfants à un autre.

Pour se rendre compte que nous tournons continuellement en rond sur notre minuscule planète, car,

Le monde est petit.”

1 écolierillettré est un néologisme de l’auteur : écolier-illettré

2 Mestif ou Métif est le nom que l’on donnait au Métis à la période esclavagiste.

3 Dans la bible, Genèse 9:18-29, Noé maudit son petit-fils Canaan (dont nous serions les prétendus descendants) à être l’esclave des esclaves de ses frères.

Introduction

C’est un jeu à la mode dont certains usent avec plaisir et que nous avons choisi de garder pour illustrer quelques passages de notre narration. Cette nouvelle occupation du nom de “Challenge” lancée sur internet, et régi par des règles auxquelles nos protagonistes se plient avec plaisir, consiste à parler, pendant un mois tout entier, avec le ton et la manière d’un gentilhomme de la période baroque. Certains vont jusqu’à s’habiller avec des costumes d’époque.

Si vous n’y êtes pas familier, soyez sûr cher observateur que vous vous accoutumerez à cette distraction.

Maudite trahison

C’est une histoire non régulière que nous avons prise pour sujet. Cette aventure certaine aurait probablement eu moins d’incidences en d’autres lieux mais pas dans cette localité de la petite commune du François.

Yoan était un jeune homme qui rentrait tout juste dans sa trentième année. Sa taille, d’un mètre quatre vingt dix huit, à laquelle s’ajoutait un poids de quatre vingt kilos, lui donnait une carrure imposante, lui vouant ainsi un respect naturel à quiconque le croisait. Il était encore naturellement musclé et son visage de chabin, imberbe, alliait une physionomie masculine avec la douceur d’un enfant.