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L'auteur, pas très fier de lui, ni très courageux, s'est prudemment dissimulé sous le pseudonyme « Jay K. C. McEulansky », ce qui ne trompera personne… S'il avait été un peu plus franc, avec les tomates et autres légumes qu'il aurait récoltés, il aurait au moins pu se faire une bonne soupe… Mais enfin, quoi ! Qu'est-ce que cette histoire de trois vieilles filles desséchées, quatre gredins peu délurés, un oncle censé à héritage, un notaire “z-imbu” de lui-même, un banquier débonnaire, et un fantôme qui intervient à tort et à travers ? Manque plus que le raton laveur. C'est vrai : c'est pas ça qui va sauver l'humanité ! Ceci dit… Si, un soir, vous en avez assez des horreurs ou des émissions stressantes ou culpabilisantes à la TV, ce modeste livre vous apportera un moment de détente, sans vous prendre la tête. Comme dit Léon, c'est con, mais c'est bon. Il y a aussi le matin, dans votre TGV blême ou votre RER tagué, « tandis qu'à leurs œuvres modestes les hommes se traînent en maugréant », votre air béat (ou consterné !) attirera enfin sur vous l'attention de la jolie fille (ou du mec sympa) qui vous ignore superbement, jour après jour, depuis une éternité. C'est bien là tout le mal qu'on vous souhaite… “Et c'est pour publier ça qu'on recycle du papier !” (Le Barbier) “Ce n'est pas ce livre qui sauvera le monde !” (Le Globe) “L'auteur est bien connu des services psychiatriques” (Le Sud Déchaîné) “Un livre prétentieux sans prétention” (L'Oie Entravée) “Qui, de l'auteur ou du lecteur, doit le plus porter sa croix ?” (La Bannière) “Des gags tellement « téléphonés » que le travailleur prolétaire exploité se croira forcément intelligent” (La Voix du Grand Soir) “Des jeux de mots-t-atroces. A part ça, point à la ligne” (La Virgule) “Ni sang, ni sexe, ni grosse immoralité : quel ennui” ! (Lutèce-Sensation)
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Seitenzahl: 112
Veröffentlichungsjahr: 2013
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Les jeunes Lucas et Saïd vont me foudroyer depuis là où ils sont, mais avec plus de 120.000 € de dettes pour l'Association, comme disait Harpagon : « dans le pognon, tout est bon »... D'accord, je sais, c'est à hurler...
Du même auteur : rien [ouf !], et si ce livre se vend bien, il n'aura plus à en commettre un autre... Vous savez donc ce qu'il vous reste à faire, hé, hé, hé...
JEUDI
VENDREDI
SAMEDI
DIMANCHE
Dans le salon d’une maison bourgeoise, encombré de meubles vieillots et poussiéreux, la maîtresse des lieux, vieille fille desséchée, cabrée dans un fauteuil trop incliné pour elle, épluche avec circonspection un roman à la mode, et ramène à leur place les lorgnons qui lui glissent régulièrement du nez. Un fantôme translucide, tout de blanc vêtu, se promène de long en large, les mains derrière le dos.
— Si j’avais un corps... je bâillerais à m’avaler la langue, tellement je m’ennuie ici ! Moi, ne rêvant que plaies et bosses, réduit à faire les cent pas dans un salon ! Admirez le bois fatigué des meubles Louis XVI, l’épais tissu des tentures Louis XV, et les tapis sans couleur digérant de la poussière Louis le Débonnaire !
Il va chatouiller le menton de la vieille fille ; celle-ci ne s’aperçoit bien sûr de rien, et le fantôme pousse un soupir.
— Il existe bien au second étage une momie vivante, capable de s’occuper de moi malgré ses 103 ans : l’oncle de la “Lectrice au Salon”. Mais voilà : je n’ai pas de corps, je ne suis plus qu’un esprit, une ombre, et le vieillard impotent marche d’un bon pas vers sa dernière heure... en faisant des réussites.
Cette solitude plutôt agaçante fait aussi partie de la punition qui me fut infligée voici quelques siècles. Je suis en effet le fantôme du baron de Courcy, mort en 1468, jugé et condamné aussitôt. Condamné à voir chez mes descendants l’effet produit par l’exemple d’une vie consacrée aux biens des prochains trop nantis, trop gros pour fuir, trop froussards pour résister, assez bêtes pour me faire confiance, bref, de tous ceux qu’influençaient ma forte personnalité... et les gourdins à gros nœuds de mes soldats.
C’est ainsi que je vis à l’œuvre toute une progéniture de gredins de la plus belle eau, impossibles à remettre sur le droit chemin.
Puis vint Tristan, mon dernier petit-fils, mon préféré. Faute de mieux, je me suis efforcé d’en faire un gentleman... cambrioleur.
Ma foi, s’il excelle dans son art, il ne se conduit pas moins en gentilhomme, comme on disait avant. J’ai pu éviter qu’il ne perde la vie en cuisinant façon Landru, en pratiquant la vivisection de l’être humain ou la “plastisection” des bâtiments publics, toutes choses peu ragoûtantes qui ne maculeraient pas les mains blanches et délicates de Tristan. J’ai limité les dégâts, quoi.
Vous devinez maintenant pourquoi je me morfonds dans ce salon : ce sera en effet ici le théâtre des futurs exploits de Tristan, et, mon intuition aidant, je l’y ai précédé de quelques heures.
Ce matin, il a été libéré, et ce courageux garçon a eu tôt fait de trouver du “travail” pour l’après-midi même. Au fait, j’ignore totalement ce qui peut pousser cette lectrice paisible à recourir aux services de ce diable de Tristan. A voir sa face ridée de sous-alimentée par vocation, cela doit être une histoire de gros sous : une cousine à escroquer, un neveu à faire chanter, une voisine à cambrioler, ou, au contraire, assurer sa protection contre de telles éventualités...
La sonnerie de la porte d’entrée retentit. Le fantôme se rue à travers les murs et, devant la porte, trouve Tristan accompagné de trois individus louches et qui ne semblent guère intelligents.
— Où les a-t-il dénichés, ceux-là ??
Le fantôme bondit vers le salon où la vieille fille arrache ses lorgnons, jette son livre sur la table et bondit de son fauteuil, un sourire mauvais déchirant sa face plissée. Elle trotte vers la porte d’entrée.
— Oh, que je n’aime pas ça ! Pourvu que Tristan ne se soit pas fourvoyé dans une vilaine affaire ! Mes pouvoirs limités ne pourraient guère l’aider contre cette sorcière, qui va bientôt nous dévoiler ses maléfices car je l’entends revenir avec mon pauvre enfant.
— Par ici, Messieurs, par ici : voici le salon. Nous y serons très bien pour discuter. Les tentures et les tapis étouffent la voix, et c’est très bien ainsi, vous verrez, ça fait intime, hé, hé, hé ! Faites comme chez vous, installez-vous bien. Tenez, voici des coussins pour mettre sur les chaises, c’est plus confortable. Allons, prenez, nous en aurons peut-être pour quelque temps... Vous permettez, je vais appeler mes deux sœurs...
Elle empile les coussins dans les mains de Tristan et disparaît.
— Allons, Messieurs, prenez votre coussin, comme on vous le demande si gentiment. La bonne dame a certainement d’excellentes raisons de nous frotter la manche, avec ses coussins. A propos, rappelez-vous ce que je vous ai dit avant d’entrer...
Du corridor parviennent des bruissements, des chuchotements, des gloussements étouffés : les trois sœurs s’amènent en récapitulant leur ligne de conduite.
Elles entrent, un sourire hypocrite aux lèvres... auquel Tristan et ses hommes répondent par un sourire non moins hypocrite.
— Ça va bien on est entre collègues ! La partie peut commencer.
— Messieurs, je vous présente mes sœurs : Amélie et Adèle. Moi, je suis l’aînée : Alexandra !
— Mais, Aspasie,... risque Adèle, vous...
— Voulez-vous vous taire, quand je parle, petite sotte ! N’y prenez garde, Messieurs, elle parle souvent toute seule.
— Bien sûr, madame, bien sûr... Permettez qu’à mon tour je présente mes compagnons : Victor, aux mains toujours sales à force de tripoter des serrures, Jules, aux mains longues, qui va d’ailleurs remettre en place ce qu’il voulait glisser dans sa poche, et enfin, Nicolas, aux mains fines... et à la conscience encombrée. Et bien sûr, moi, Tristan, pour vous servir, lorsque vous aurez expliqué ce que vous attendez de nous.
— Voilà, c’est une très vieille histoire, hi, hi hi ! Oh oui, c’est une vieille histoire, n’est-ce pas, mes sœurs ?
Et toutes trois de s’esclaffer... Alexandra pouffe de plus belle :
— Elle a même 103 ans, cette histoire ! Mais vous ne pouvez pas savoir : cette histoire a commencé quand elle est née, ou plutôt quand « il » est né.
(Trois rires bêtes + deux sourires forcés et deux apitoyés).
— Mais soyons sérieuses. Je voulais parler de notre oncle qui est né il y a 103 ans, et avec lui ont commencé tous nos ennuis. Il n’a jamais voulu... euh... voulu... Enfin, il n’a pas voulu... partir pour un autre monde, quoi ! Comprenez-nous : il possède une fortune : depuis des années il clame à qui veut l’entendre qu’il a cinquante millions en banque, dans un coffre personnel entreposé là ! Nous sommes ses seules héritières et nous estimons l’avoir laissé vivre assez longtemps comme ça : il ne peut plus remuer, ni penser non plus ; il n’entend plus rien et est presque aveugle.
— Ça c’est vrai, interrompt Amélie : hier encore, quand je jouais aux cartes avec lui, il croyait que je cachais l’as de pique dans mon corsage alors qu’il le tenait en main.
— L’as de pique, ou le corsage ??
— Et moi, surenchérit Adèle, il m’a mise échec et mat en posant sa dame à un endroit où je ne m’y attendais pas : il ne voyait plus ce qu’il faisait !
— Je vois, je vois, fait Tristan. Et si je vous ai bien comprises, votre souhait serait de nous voir lui couper le cou ?
— Oh oui ! s’exclame Nicolas l’étrangleur, s’accompagnant d’un geste expressif.
— Oh nnnon ! frissonne Alexandra. Nous ne voulons pas de sang : on pourrait croire que c’est nous qui l’avons tué ! Il faudrait que vous trouviez quelque chose pour le... le..., enfin, que ça aille lentement, que ce ne soit pas suspect. Vous voyez ?
— Oui, oui, je vois, répond Tristan. Chère madame, ce ne sont pas les procédés qui font défaut. Nous, dans notre profession, devons nous tenir à jour, comme tout médecin, ingénieur, ou politicien. Et notre patrimoine est vieux comme le monde. Mais laissons la parole à notre ami Nicolas qui va se faire un délice de vous offrir quelques échantillons de ses possibilités.
Nicolas s’éclaircit la voix.
— Tout être humain a besoin d’air pour respirer et aussi pour vivre : si on supprime l’arrivée d’air, plus de respiration, et hop ! l’affaire est dans le cercueil. Les méthodes les plus couramment employées pour cela sont la strangulation et l’étouffement, qui entraînent l’asphyxie. Malheureusement, cela ne convient pas dans ce cas-ci : la strangulation laisse des traces de griffes ou de corde dans les cou, et l’étouffement par un drap enfoncé dans la bouche laisse des empreintes et de la poussière jusque dans l’estomac. La seule façon, à mon avis, d’empêcher le vieillard de respirer, ce serait de le priver d’air. On pourrait, par exemple, amasser des couvertures sur sa tête, pendant qu’il dort, et il passerait de l’autre côté sans qu’il ne s’en aperçoive, comme vous disiez, et sans laisser de traces. Bien sûr, il faudrait que l’âme charitable qui accomplirait cette besogne passe quelques heures à maintenir les couvertures, sans quoi je ne réponds de rien. Autre solution : vu l’état mental déficient du patient, on pourrait le placer dans un cercueil et lui suggérer qu’il est mort : il cesserait de respirer de lui-même, avec les conséquences que l’on devine.
— Non, Monsieur, pas ça, intervient Alexandra : un cercueil, ça coûte cher, et si ça rate, on reste là avec. Non, ça ne va pas.
— Comme vous l’entendrez, madame ! J’ai une troisième méthode à vous proposer : boucher tous les trous de sa chambre qui permettent à l’air d’entrer : fentes des fenêtres, portes, serrures, etc., et lui donner de la nourriture et de la boisson pour quinze jours. Après ce temps-là, on vient voir où il en est ; il aura certainement épuisé tout l’air de la chambre et nous aura quittés.
— Ça ne va pas non plus, mon vieux, remarque Victor. Si tu bouches une serrure avec du plâtre pour être certain que rien ne passe, tu peux toujours essayer de l’enlever, après, et d’en faire disparaître toutes les traces !
— Et, mon Dieu, après quinze jours, tu trouveras un machin en décomposition sur un matelas en pourriture, ajoute Jules.
— Allons, allons ! fait Tristan. En présence de dames, Jules, voyons ! Nicolas, as-tu encore autre chose ?
— Moi ? Oh oui, mais si on m’interrompt tout le temps...
— On en vous interrompra plus, tranche Alexandra. Mes sœurs et moi allons essayer la première méthode, celle des couvertures. Elle paraît simple et efficace.
— Mais Nicolas en a encore de plus simples, peut-être, dit Tristan, écoutez-le.
— Non, non, nous avons fait notre choix. Et pour réduire les frais, Adèle ou Amélie va exécuter ce plan.
— Oh non ! articulent deux voix angoissées.
— Comment, petites pestes ? C’est là toute la reconnaissance envers votre sœur qui vous nourrit, héberge et protège ? Non, mais ! Je devrais tout faire moi-même ? Ah, je vous montrerai, moi, qui commande ici ! Vous ne perdez rien pour attendre ! Quant à vous, messieurs, nous allons vous payer : vous pouvez rentrer chez vous. Si jamais ça n’allait pas, nous vous rappellerions, bien entendu.
— Ne vous mettez pas en peine, dit Tristan. Quand nous acceptons un travail, nous l’achevons également. Bien sûr, tuer de nos propres mains ferait monter nos honoraires, mais laissez-nous passer la nuit ici : vous aurez peut-être besoin de nous ; si tel n’était pas le cas, vous n’auriez pas un centime de plus à payer.
— Dans ces conditions, vous pouvez demeurer ici : du moment que c’est gratuit ! Car l’argent, nous n’en aurons que si tout va bien, cette nuit, et si ce ne sont pas des images que le vieux a enfermées dans son coffre : il adore découper les illustrés. Donc, il faudra vous trouver des chambres... (elle réfléchit un moment). Dans une bâtisse comme celle-ci, il y a toujours un petit coin inoccupé, les mansardes, par exemple. Mes sœurs et moi allons nous rendre compte des possibilités, et en même temps, nous prendrons les couvertures pour l’affaire de cette nuit. N’est-ce pas, mes sœurs ?
— Oui..., oui, mais...
— Gardez vos “mais” pour tantôt, mes chéries, pour la “petite explication” ! Suivez-moi au grenier, maintenant, et plus vite que ça !
— Mais, ma sœur, on doit vous suivre, et vous ne bougez pas...
— Très drôle, Amélie ! Attendez mes réflexions à moi : elles auront une saveur légèrement plus acide, vous verrez !
Et elle sort, remorquant deux épaves...
— Elle a un fichu caractère, cette Alexandra ! Mes quatre apprentis assassins en sont médusés. J’ai hâte d’être seul avec Tristan, question d’avoir aussi une “petite explication” avec lui. Cela ne me réjouit guère de le voir complice d’un meurtre. Et probablement pour du papier hygiénique enfermé dans un coffre sans clef dans un banque sans nom.
— Tristan !
Tristan sursaute à cette voix familière, qu’il est seul à pouvoir entendre, et regarde autour de lui, en vain, évidemment.
— Tristan, si le vieux n’a pas fait de testament, avant de lui couper l’air, les trois sœurs devraient profiter de son dernier souffle pour s’enquérir de l’adresse de la banque et de la combinaison du coffre.
— C’est vrai, ça ! s’exclame Tristan.
— Mon Dieu..., quoi ? demande Jules de son habituel ton blasé.
