Le petit caleçon rouge - Mot’a Bot - E-Book

Le petit caleçon rouge E-Book

Mot’a Bot

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Beschreibung

Dès sa naissance, Mayi est prise au piège dans l’étau impitoyable d’une famille dévorée par des traditions aveugles. Son existence, marquée par la douleur et les secrets, semble condamnée à l’obscurité. Mais alors qu’un frisson d’espoir effleure son âme, une échappatoire apparaît… ou du moins, c’est ce qu’elle croit. La société, avec ses propres démons, la rattrape au moment où elle pensait enfin pouvoir s’enfuir. Mais à quel prix ? La vérité, aussi insoutenable soit-elle, est-elle encore plus cruelle que la prison dans laquelle elle vit ?

 À PROPOS DE L'AUTEUR

Poète et écrivain originaire de Nselang, dans le sud du Cameroun, Mot’a Bot puise son inspiration dans les richesses de son terroir natal. Lauréat de plusieurs prix littéraires locaux, il fait le choix de partager son univers avec le monde. "Le petit caleçon rouge" est son deuxième ouvrage, après "Les fleurs de mon humeur" publié en 2024. Par son écriture, il invite le lecteur à explorer des dimensions bouleversantes de l’expérience humaine.

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Seitenzahl: 126

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Couverture

Titre

Mot’a Bot

Le petit caleçon rouge

Voyage au cœur d’une enfance malmenée

Nouvelle

Copyright

© Lys Bleu Éditions – Mot’a Bot

ISBN : 979-10-422-8707-8

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

Le village Bikali venait de passer une nuit à peu près tranquille. Et à peine la lumière du jour nouveau avait-elle commencé à étaler le voile de sa splendeur vers les recoins de cette bourgade verdoyante qu’un fait divers, comme seule elle savait en produire, venait sonner l’alerte dans les chaumières fraîchement sorties de leur sommeil. Hommes et femmes interloqués, se ruaient, pris de panique, vers le coin perdu du village dont on disait qu’il venait d’être le théâtre d’une scène pour le moins inhabituelle. En effet, La jeune Mayi, âgée seulement de treize ans, avait décidé de prendre ses jambes à son cou, le jour même où l’un des chefs les plus puissants de la contrée devait arriver pour les besoins d’un mariage longtemps conclu avec ses géniteurs. Le septuagénaire avait décidé d’ajouter à sa cohorte d’épouses, une jeune fille dont tout le village parlait en des termes élogieux, voire dithyrambiques, tant la nature l’avait doté d’atouts physiques et intellectuels au-dessus de la moyenne.

Les femmes du village avaient sorti foulards et mouchoirs, se ceignant les reins au-dessus de leurs grandes robes élimées, pour courir en pleurant vers Dieu sait quelle destination, cachette supposée de la fugitive Mayi. Il n’était pas jusqu’aux chiens errants et autres oiseaux de la basse-cour, qui ne se fussent joints à la grande effervescence, finissant d’apporter une touche insolite au tableau matinal de tout un village alarmé, choqué et inquiet à la fois.

Le vieux Malick, septuagénaire et polygame lui aussi, était, pour sa part, complètement déboussolé. Il ne comprenait pas comment sa fille chérie en était arrivée à ourdir un plan aussi macabre, malgré toute la peine qu’il s’était donnée de lui faire entendre raison pour la convaincre d’accepter d’épouser le richissime chef de canton. Convaincu de ce que tout n’allait être que formalités et mise en scène d’une union déjà conclue en coulisses, il ne s’était pas privé de s’ouvrir à la magnanimité de son futur gendre, acceptant à temps et à contretemps les présents et autres politesses sonnantes et trébuchantes qu’il pouvait considérer comme étant les prémices d’une moisson abondante sous forme de dot le jour du mariage. Seulement, avec la fugue de sa petite dernière, il sentait le ciel lui tomber sur la tête, en même temps que tous ses rêves de vie nouvelle se muaient en un cauchemar particulièrement hideux et horrible. Bikali, dont la légendaire hospitalité était appréciée de tous les villages voisins, se retrouvait là face à l’une des équations les plus insolubles qu’il lui ait été donné de résoudre. Le vieux Malick ne savait pas lui-même comment il allait s’y prendre pour que son honneur et celui de tout le monde soient saufs, si l’éventualité de la disparition de la petite Mayi venait à se confirmer. Mais une chose était sûre, son très influent gendre était déjà en route, prêt à faire une entrée tonitruante et remarquée dans sa belle-famille, et surtout prêt à se montrer digne d’épouser en dernières noces, la jolie petite Mayi, égérie de tout un village.

Maintenant qu’elle avait fondu dans la nature, une question urgente se posait : que faire ? Annuler le mariage et le reporter à une date ultérieure en espérant que la petite Mayi refasse surface, ou alors proposer une autre fille du village au richissime chef en espérant qu’il accepte cette alternative ? L’inquiétude clairement lisible sur les visages des uns et des autres laissait présager d’intenses moments d’incertitude appelant à des négociations houleuses dont on espérait qu’elles aboutissent à un dénouement heureux.

C’est ainsi que, loin de toute préoccupation liée à la destination qu’aurait prise la petite Mayi, le village retenait son souffle chaque fois que le ronflement d’une voiture se faisait entendre au loin. Ce qui était hier l’objet d’une impatience intenable devenait, au fil des heures, un moment redouté de tous. La venue du grand gendre dans les conditions nouvelles de disparition de l’élue rendait les choses difficiles à envisager.

Le soleil, de ses rayons brûlants, irradiait la grande cour, contrastant avec la morosité et la tristesse perceptibles dans la mine patibulaire des gens du village. Leur vœu le plus ardent et leurs prières étaient de voir un miracle s’opérer pour un retour immédiat de la petite Mayi dans le village. Mais en même temps, personne n’avait pensé à organiser une battue des coins et recoins du village, pour rechercher la disparue. Mince était donc l’espoir de voir la situation redevenir normale. D’où l’inquiétude grandissante. Chaque fois qu’une voiture était annoncée, les cœurs se mettaient à battre la chamade et quand elle passait sans s’arrêter, les uns et les autres poussaient un très fragile ouf de soulagement, la vérité étant que la voiture tant redoutée allait finir par arriver. Autant on tendait l’oreille pour espérer entendre la nouvelle réjouissante du retour de Mayi, autant on croisait les doigts pour que sur ces entrefaites, la délégation du grand chef de canton ne vienne les surprendre dans leurs conjectures.

Les filles de Bikali avaient maille à partir avec les us et coutumes dont elles subissaient la dureté depuis la nuit des temps. La vie trépidante des villages était rythmée par un ensemble de pratiques dont les fondements étaient difficiles à établir, et personne ne savait véritablement pourquoi il fallait soumettre de pauvres innocentes qui ne demandaient qu’à vivre, à des traitements si inhumains et dévalorisants.

Depuis la nuit des temps, les filles de Bikali savaient qu’elles passeraient toutes sous la dextérité douteuse de l’exciseuse et son coutelas d’horreur. Ceux qui s’essayaient à une explication de cette pratique dangereuse disaient qu’elle éloignait à jamais de la femme, de la tentation intenable et intempestive de l’envie, ce qui lui assurait une fidélité infaillible une fois mariée. Face à la douleur de la mutilation et aux risques encourus dans cette chirurgie moyenâgeuse, l’argument de la préservation de la morale et de la dignité de la femme mariée ne pesait pas bien lourd. Pourtant, les thuriféraires de l’excision n’en démordaient pas. Ils soutenaient mordicus qu’elle restait incontournable. Le drame de nombreuses filles exsangues sur les tables de fortune des mamans exciseuses les laissaient de marbre. L’amour pour elles ne serait plus désormais qu’un acte machinal, sans chaleur, sans bonheur, juste pour la procréation. Dur dur…

En même temps et depuis la nuit des temps, les bancs de l’école semblaient très souvent se dérober sous les petites proéminences arrière des filles de Bikali, la société ayant décrété qu’elles n’y iraient que pour attendre d’atteindre un certain âge et enfin se voir mariées à des personnes mûres, fortunées de préférence. Si entre temps elles avaient pu acquérir quelques bribes de connaissances leur permettant de lire et d’écrire, ce n’était que du bonus. L’école n’était pas une histoire de filles, disait-on, car à trop vouloir leur bourrer le crâne avec des idées venues d’ailleurs et contraires aux principes de la tradition, on risquait de les perdre, faute de pouvoir maîtriser les nouvelles orientations qu’elles donneraient à la vie.

Ainsi donc, les ailes du zèle des petites filles de Bikali étaient rapidement et systématiquement brisées par la rigueur sans faille des traditions séculaires, immuables et rigides. Elles étaient nées, il faut le dire, simplement pour être mariées. Les parents ne transigeaient pas là-dessus, ce d’autant plus que marier sa fille à un riche homme pouvait complètement les aider à quitter l’abîme nauséeux de la galère, pour se hisser sur des piédestaux de bonheur inespéré. Il n’y avait donc pas de raison que la petite Mayi échappe à cette sentence. Et parce qu’elle voyait venir son tour de voir sa vie basculer dans la prison dorée que lui offrait un vieil homme sorti de nulle part, elle avait décidé de prendre tout le monde à contre-pied, en prenant la poudre d’escampette.

Entre-temps, c’était la grande effervescence chez le grand chef Bouba. Les couleurs chatoyantes de la fête faisaient briller le grand village, et les visages affichaient une telle impatience qu’on pouvait entendre certains piaffer et râler en direction de ceux qui tournaient en rond. Les trois premières épouses du futur marié, ses treize enfants, ses employés et autres membres de sa famille s’étaient mis déjà sur leur trente et un, prêts à se serrer dans le petit car qui les attendait déjà depuis un moment. Le jour tant attendu était arrivé, et personne ne voulait manquer le dernier mariage du grand chef Bouba.

Dans les chaumières de Bikali par contre, ce n’était pas la grande sérénité et la montée d’adrénaline attendues. Les uns et les autres avaient beau se remuer les méninges pour trouver rapidement une parade à l’embarras que provoquait l’absence de l’élue, mais rien n’y fit ! Le temps, lui, poursuivait sa lente course vers le moment m, un moment chargé d’émotions et d’attentes.

Partir. Grande était la motivation de la petite Mayi, engagée sur les chemins escarpés du salut par la fuite, loin, très loin de ceux qui en voulaient à sa jeune et très prometteuse vie. Elle ne savait pas elle-même où elle allait, mais elle avançait, un pas devant l’autre, au cœur de la grande haie verdoyante du grand bosquet de trente kilomètres dont on disait qu’il était infesté d’animaux sauvages et dangereux, de bandes armées et autres voyous tapis dans l’ombre de ses grands arbres. Dans le silence des airs lugubres de cette aire verdoyante, elle était prise dans le dilemme d’affronter courageusement la grande incertitude de l’épreuve, ou rebrousser chemin purement et simplement, ce qui était synonyme d’acceptation de ce qui lui était promis chez elle, le mariage. Mais rien que d’y penser, elle en avait la nausée et elle sentait monter en elle un profond sentiment de révolte et de colère, qui finissait de décupler sa détermination à braver le premier obstacle sur les voies sinueuses de la liberté et de l’émancipation.

Belles étaient les couleurs et les images que renvoyait l’immense massif forestier qui se dressait de part et d’autre de la petite route qui conduisait les espoirs de Mayi. Les chants langoureux des oiseaux joyeux venaient de temps en temps réveiller les oreilles assourdies par la quiétude ambiante, et le son sifflant des feuilles d’arbres excitées par la caresse du vent, venaient régulièrement injecter une onde de gaieté et de vie dans le calme inaltérable du bosquet. Un vent de grande quiétude y sifflait, rien ni personne ne venait entraver la marche tranquille des êtres, au cœur de leur quotidien plutôt tranquille. Quel bonheur de voir couler plus loin, le silencieux petit ruisseau sortant de Dieu sait quelle lointaine terre, prêt à étancher la soif des herbes et des hommes exposés à la rigueur du temps ! Quel bonheur que de se retrouver au cœur d’un tel décor ! Tout était si calme et si doux qu’elle se surprit à faire un rêve, celui d’être de ces êtres qui jouissaient du privilège de profiter de ce cadre paradisiaque, sans histoires :

« J’aimerais tant être,

Tous ces arbres dont les branches en tout amour s’enchevêtrent.

J’aimerais être ici, comme ces feuilles, sereine et libre,

Malgré la menace des vents, rester en équilibre.

Puisse le ciel me faire un abri soyeux et chaleureux ici,

Pour que j’y vive et qu’à la vie je dise merci… »

Tel était son vœu le plus cher. Elle l’exprimait ainsi avec toute la force de sa détermination, mieux, c’était une prière qu’elle se repassait au fur et à mesure qu’elle s’en allait, espérant que, même dans les pires hypothèses du dénouement de son histoire, plus jamais il ne lui arrive de vivre sous la dictature des traditions de Bikali. Elle priait, ne sachant si oui ou non, le ciel finirait par l’exaucer.

Elle priait et ressassait le souvenir douloureux de cette matinée où elle avait failli passer de vie à trépas après que la lame dévastatrice de l’exciseuse lui ait déchiré le fond de sa féminité. Une rebelle hémorragie postopératoire lui avait ôté toute force et tout espoir de survie, jusqu’au moment où un dernier recours à la médecine moderne, via l’infirmier du village, était venu lui sauver la vie. Mais à peine avait-elle recouvré sa santé, reprenant ses activités de jeune fille normale sur les divers fronts de la vie, que déjà on lui parlait de mariage ! Le sort semblait décidément s’acharner sur elle, mais elle était décidée à ne pas s’en laisser compter.

Voilà pourquoi elle se réjouissait déjà d’avoir pu prendre la poudre d’escampette à temps, ce qui rendait son séjour au cœur de la forêt encore plus appréciable, malgré les appréhensions. Mais à peine avait-elle retrouvé un semblant de quiétude dans sa cavale, que déjà des questions sur la suite de son périple fusaient, les unes aussi graves que les autres.

« Est-ce que je vais pouvoir traverser cet immense bosquet sans casse ? » se demandait-elle.

Elle avait commencé à réaliser qu’il lui fallait bien plus que de la détermination pour aller jusqu’au bout de sa décision. Cette forêt-là était dangereuse, tout le monde le savait. Elle faisait régulièrement l’objet d’incursions de bandes armées affamées et assoiffées en quête de pitance, et prêtes à faire feu de tout bois pour parvenir à leurs fins. C’est ainsi qu’il ne se passait pas un jour sans qu’on ne déplore la survenue d’une mortelle agression contre des passants ou de paisibles habitants des petits hameaux disséminés çà et là, dans ce vaste espace livré à la terreur des renégats sans foi ni loi. À la joie de l’échappée salvatrice qui lui permettait de se défaire de l’étrange étreinte de sa famille sur sa petite vie, avait succédé la peur. Mayi, trois jours après son départ du village, avait perdu en chemin, les armes dont elle s’était chargée pour fuir ses parents, la principale étant le courage. Désormais, elle avait peur !

Le moindre bris sec d’une petite brindille cédant sous le poids du temps qui passe la faisait sursauter et trembler comme une feuille morte, morte de peur. Même les mélodies perçantes et lointaines des oiseaux en joie sur les feuillages silencieux ne lui inspiraient plus rien qui vaille. La petite Mayi avait peur, peur pour sa vie, peur pour la survie de son plan, peur de tomber dans les traquenards invisibles des « maîtres »