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"On m'a dit que j'écrivais de beaux polars. On m'a demandé quel en est le coeur de cible... Je ne sais pas. Pour moi, il s'agit de chansons. Chansons d'amour et chansons de vie, articulées autour du Point Rouge, avec une progression, des mouvements, un peu comme une symphonie, voyez", nous confie l'auteur. Jean Naidotre - Le Petit Echo de Trifouilly-les-Oies
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Seitenzahl: 147
Veröffentlichungsjahr: 2022
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« Madame Bovary, c’est moi » Gustave Flaubert
Les histoires d'A Les histoires d'amour Les histoires d'amour finissent mal Les histoires d'amour finissent mal en généralLes Rita Mitsouko
Avertissement au lecteur
Jacques Merdeuil
Le Point Rouge
1ère partie
2ème partie
3ème partie
4ème partie
5ème partie
6ème partie
7ème partie
8ème partie
Postface
La question elle est vite répondue
L’araignée
Le jour où le soleil ne se leva pas
Nocturne
Eté (sous les pins)
Petit Paul
L’affront – ou la chatte rasée
Athanase – exercice de style
Appendice
Le mythe de l’Androgyne
La question elle est vite répondue – ou quand la réalité rattrape la fiction
« Cela va sans dire ; cela va mieux en le disant » - Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord
Je tiens à préciser très clairement que je ne cautionne en aucun cas les comportements décrits dans certaines de mes nouvelles. Ni les propos racistes d'ailleurs – ils ne m'appartiennent pas, mais à mes personnages, dont certains, on le remarquera aisément, ne sont pas précisément des lumières. Or tout le monde sait que les héros de fiction ont leur propre vie, dont ils ne nous tiennent pas forcément au courant, nous autres auteurs.
Inutile donc de me faire un procès d'intentions.
Je ne cherche pas à excuser mes personnages. Néanmoins, s'agissant de fiction, j’ai voulu rester au plus près de la vie réelle. Certains sujets ont été abordés grâce au prisme de l’actualité.
Ma position en la matière se calque sur ma vie. Cette position littéraire serait plus proche d’auteurs dits « réalistes » comme Zola, Brel, Brassens, voire Hemingway ou l’excellent Rabelais.
Mes héros n’ont rien de mondain ; ils sont donc de ceux que vous pourrez croiser tous les jours dans la rue, au travail, à la plage. Rien à voir avec ces fantômes de salon que l’on trouve chez Françoise Sagan ou Proust, pour ne citer qu’eux.
Précision sans doute inutile de nos jours, la censure morale s’étant passablement assouplie depuis la fin des années 1960 (quoiqu’elle revienne par la bande, le bourgeois étant toujours bien-pensant), certains propos ou certaines situations peuvent être jugés un peu crus. Je parlerai quant à moi de verdeur et vous assure que je me suis toujours efforcé de ne pas verser dans la pornographie.
Quoi qu’il en soit, veuillez songer que personne ne vous obligera jamais à lire ces lignes, et que vous pouvez très bien poser le bouquin. Si, au contraire, vous lisez avec le même plaisir que celui que j’ai trouvé à écrire et partager ces nouvelles, je vous remercie de votre compréhension. Et vous souhaite bonne lecture.
***
Je m’appelle Jacques. Jacques Merdeuil. J’ai 36 ans, et je viens de tuer ma famille.
Mais d’abord, y faut que je vous esplique.
Tout petit, j’ai été abandonné. J’ai grandi dans un orphelinat. Avec des bonnes sœurs. Elles étaient gentilles, les bonnes sœurs. J’aimais bien. J’ai grandi dans un immense dortoir, avec plein d’orphelins abandonnés comme moi. Tout de suite, les autres, y m’ont pris en grippe. À cause que j’ai les yeux qui regardent pas dans le même sens. Y m’ont dit : t’as de la merde dans l’œil. Puis y m’ont appelé Merdeuil.
Un jour, à l’appel, y en a un qui a répondu pour moi : « Merdeuil présent ». Pour rigoler. Et les autres, y z’ont rigolé. Moi aussi, finalement. C’était drôle. On rigolait tous ensemble, et pour une fois, y m’ont pas rossé. Y m’ont pas pincé non plus. Y m’ont plus fait de croche-pattes. Y pissaient plus tout debout dans mon lit.
Y m’ont appelé Merdeuil, et j’ai rigolé avec eux.
Seulement, va savoir, le surveillant, il a changé mon nom. Même sur les registres, mon nom il a été changé. Et personne, plus personne ne se souvenait de mon nom d’avant. Je me suis donc appelé Merdeuil comme ça.
La veille de mes 18 ans, j’ai fait le mur de l’orphelinat avec des potes. On a piqué une caisse et on a conduit jusqu’à Vierzon, où y avait un bal. Jacques Brel, y parle de Vierzon dans une chanson je crois (T’as voulu voir Vierzon / On a vu Vierzon...). Seulement lui, il est venu, puis il est reparti. Moi je suis jamais reparti.
Parce qu’au bal, j’ai rencontré Nathalie. Elle était belle, Nathalie. Même que c’était la plus belle. Grande, toute rousse qu’elle était. Rousse, avec des cheveux longs et des taches de rousseur plein partout. Puis elle sentait bon, Nathalie. Elle sentait la campagne, elle sentait l’amour. Je me suis noyé dans ses yeux verts quand elle est venue vers moi et qu’elle m’a invité à danser. Et on a dansé. Tous les deux. Je ne voyais plus personne d’autre autour. Rien que Nathalie et moi. Et on a dansé jusqu’à ce qu’on puisse plus.
Y faut dire que j’étais bien contre Nathalie. Elle avait de gros roploplos, et moi j’adore les gros roploplos. Je me perdais dans ses roploplos, je les sentais tout contre moi à la fois mous et fermes. Provocants, voilà, qu’y z’étaient. Et la sueur commençait à couler entre les roploplos de Nathalie. Et moi j’avais envie d’y plonger mon nez, ma tête toute entière. Me perdre entre ses roploplos, contre son corps dont qu’y montait une douce odeur musquée –ouais, c’est comme ça qu’y z’appelent ça : musquée.
Elle m’a proposé de sortir un peu pour prendre l’air. Et moi j’y ai dit oui, que je voulais bien. Et elle m’a pris par la main et elle m’a traîné dehors. Là, y avait une rivière, le Lièvre, je crois bien1. Et alors on s’est assis au bord. Sur la berge comme qui dirait. La nuit était sombre, mais on voyait plein de lampions dans le ciel. Des étoiles comme j’en avais vues dans les yeux de Nathalie. J’y ai dit. Ça l’a fait rire. Et là elle m’a embrassé.
Puis après, elle a bougé sa main le long de mon corps. Sa main s’est arrêtée sur mon pantalon, enfin, un peu plus bas que la ceinture… Sur la braguette, voilà. Et je sentais mon sexe gonfler de désir. Elle aussi elle l’a senti. Elle a ouvert ma braguette et a pris mon sexe dans sa main, le pressant comme un pis, puis le caressant. Puis elle a commencé à faire des mouvements de bas en haut. Moi j’étais là, j’en pouvais plus. J’étais aux anges, je me laissais faire. Jamais j’avais fait l’amour avant, avec une fille.
Et là elle a approché sa bouche de mon oreille et m’a fait : « Tu veux ? moi j’ai envie ». J’ai bredouillé. J’étais dans un tel état que je trouvais plus les mots, ce qu’y fallait dire. En plus je savais pas trop ce qu’y fallait faire alors je me suis laissé faire. Apparemment elle savait, elle. Donc elle s’est penchée vers ma braguette puis elle a mis mon machin dans sa bouche. C’était bon, c’était doux, c’était chaud. Je trouve pas vraiment les mots pour le dire mais j’étais bien là, comme ça. Elle a attendu quelques instants que je gonfle et que ça devienne tout dur, puis elle a fait des mouvements de bas en haut et puis de haut en bas. J’étais plus moi-même.
Elle a dû le sentir et c’est alors qu’elle s’est reculée puis s’est allongée sur le dos. Elle a alors relevé sa jupe et m’a fait : viens. Je suis monté sur elle mais je savais pas trop bien comment qu’y fallait faire. Elle a dû le voir, alors sa main a pris mon machin et l’a mis dans son machin à elle, qui était doux, chaud et humide. Et elle m’a refait : viens. Et elle s’est mise à bouger du bassin. J’avais vu des animaux faire, à la campagne, alors j’ai fait un peu comme eux. J’ai commencé à bouger. Mon machin dans elle c’était tout du bonheur. J’étais bien je peux pas dire à quel point, et je sentais l’envie qui montait en moi. Elle montait et j’avais pas envie que ça s’arrête. Pendant ce temps elle arrêtait pas de bouger doucement son bassin, et pousser des petits cris étouffés, comme qui dirait des gémissements.
Elle me faisait : viens, c’est bon, continue, t’arrête pas. Mais moi je voulais pas m’arrêter ! C’était tellement bon, y aurait fallu être fou pour vouloir que ça s’arrête ! Alors j’ai continué les va et viens en elle, et plus ça allait et plus c’était bon et plus j’avais envie.
À un moment, je l’ai sentie se raidir, le dos un peu arqué, comme si elle voulait me soulever de terre. Puis elle a eu un long gémissement comme soulagée, un sorte de râle, et elle s’est mise à me picoter de bisous. Pendant ce temps moi j’ai eu l’impression que j’allais exploser, puis y a eu du liquide qui est sorti de mon machin, mais c’était pas de la pisse. C’était autre chose. Comme qui dirait du sperme, comme quand on se paluchait dans le dortoir le soir, à l’orphelinat.
Et aussi un grand soulagement, un calme. Avec beaucoup de plaisir. Mais pas du plaisir comme avant, moins tendu, plus calme. Une espèce de bonheur et de chaleur m’a envahi, et je sentais que je l’aimais très fort Nathalie, très-très fort. Comme j’avais jamais aimé avant, personne. Et j’avais encore envie d’elle, de la caresser, de l’embrasser, de la posséder. Je voulais qu’elle soit à moi, rien qu’à moi, à personne d’autre.
Le matin, comme je venais d’avoir mes 18 ans, je l’ai demandée en mariage. Elle était un peu plus vieille que moi, avec ses 21 ou 22 ans, mais ça se voyait pas tant que ça. Elle a rigolé un peu – elle se moquait pas de moi, on voyait bien que c’était la surprise et le plaisir mélangés. Elle a rosi, puis elle m’a dit oui.
On est donc passés devant le maire, dès que ça a été possible, avec toute la paperasse qu’y fallait fournir, tout ça. Et on est devenus monsieur Jacques et madame Nathalie Merdeuil, unis pour la vie, unis pour le meilleur et pour le pire.
Faut dire qu’on avait pas attendu les papiers officiels ni la permission de personne pour nous unir en vrai, pour vivre comme des mariés qu’on était pas encore. On s’est installés chez elle dans son appartement qu’elle avait hérité après la mort de ses parents. C’était vieux, humide, un peu sale, mais y avait de la place et on était heureux. On baisait dans toutes les pièces, dans tous les coins, comme des castors. Des fois, on venait juste de finir qu’on recommençait, encore et encore, jusqu’à être épuisés de fatigue.
Au bout d’un mois on a quand même pu rendre ça officiel. On a donc affiché sur la porte, sous la sonnette : « M et Mme Merdeuil ». On était chez nous.
Seulement voilà. Moi j’avais pas de boulot. J’avais pour ainsi dire pas de bagage. J’avais été le cancre assis près de la fenêtre à longueur d’années, redoublant les classes. Je m’en foutais. Je ne savais pas ce que je voulais faire dans la vie. Même quand on me demandait, je savais pas. En vérité j’avais envie de rien foutre, juste vivre et être heureux. Et c’est ce que j’étais avec Nathalie, enfin.
Elle, elle était caissière au supermarché du coin. Elle travaillait à des heures impossibles, rarement plus de 2 ou 3 d’affilée, avec quelques fois des coupures de 6 à 7 heures entre les 2. On s’en foutait, on se retrouvait et on baisait comme des castors. Mais la paye n’était pas lourde à la fin du mois. Et y fallait quand même payer les factures en plus. Et moi je passais mon temps à l’attendre.
À la mairie on m’a conseillé d’aller voir l’assistante sociale. On m’a inscrit au chômage mais comme j’avais jamais travaillé avant, j’avais droit à rien des ASSEDIC. À la fin on m’a quand même donné un RMI pour pas crever de faim. C’était pas beaucoup mais c’était quand même ça. De temps en temps je donnais un coup de main à gauche et à droite et on me filait la pièce. Pas grand-chose. C’était pas le SMIC. Mais bon, ça payait toujours un coup, ou les cigarettes. Pour offrir des fleurs à Nathalie, pas besoin de dépenser. Y avait les fleurs des champs. Ou alors dans les bacs de la mairie. Ou dans les jardins, publics ou de particuliers.
Jamais un boulot fixe, juste des demi-journées, des journées, des fois juste une ou deux heures. Comme j’étais bon bougre, que je râlais pas et que j’étais pas fainéant, on me payait toujours un coup, un café. On m’offrait un gâteau. On me donnait quelques fois des restes en partant ; ça nous faisait notre repas du soir à Nathalie et moi.
Pendant ce temps, je voyais le ventre de Nathalie grossir, s’enfler et s’arrondir. Comme elle avait plus eu ses règles depuis quelque temps, le docteur y nous a dit comme ça qu’elle était enceinte. J’étais fier de devenir papa à mon âge.
Puis elle a accouché. À 6 mois de notre première rencontre – elle m’a espliqué que ça arrivait des fois, que c’était des primo, prima, prématurés, voilà c’est ça : des prématurés. Mais que si qu’on s’en occupait bien ensuite, y grandissaient sans problème.
C’était une fille. On l’a appelée Amélie. J’étais tout fier à la mairie quand que je suis allé la déclarer. Les vieux gars, ils souriaient dans leurs moustaches j’ai pas bien compris pourquoi. Peut-être de me voir papa si jeune.
Comme Nathalie elle était fatiguée par ses journées de travail, c’était moi que je me levais la nuit, pour la consoler, la changer, lui donner son biberon, lui faire faire son rototo, tout ça. Et que je m’en occupais aussi pendant la journée. Rassurée, Nathalie prenait son temps et souvent ne rentrait pas entre ses plages de travail. Elle préférait rester sur place qu’elle me disait, ça la fatiguait tous ces allers et retours. J’y ai dit OK, t’inquiète, je suis là j’m’en occupe.
Bien sûr la situation économique était pas devenue rose : comme j’avais plus le temps de bosser vu que je m’occupais d’Amélie, y avait moins de rentrées d’argent. Mais bon, y avait les allocs et puis on se démerdait. J’avais des potes qui me proposaient des fois des trucs tombés du camion. Ou des trucs qu’y z’avaient trouvé comme ça. Ou bien qu’on leur avait donné. Moi on m’avait dit que quand on te donne un cheval y faut pas y regarder les dents ; alors je prenais, je disais merci, et je regardais pas les dents.
Puis même pas un an plus tard, est arrivée une deuxième pisseuse. Pour mon plus grand bonheur. Bon, elle me ressemblait encore moins que la première, blonde comme elle alors que Nathalie elle est rousse je rappelle et que moi je suis noir de cheveux comme la nuit. Mais bon qu’elle m’a dit, ça arrive. C’est la gyné, la génie, la génétique, voilà.
On l’a appelée Béatrice. Je suis allé en mairie pour la déclarer pareil. Les vieux gars y rigolaient carrément cette fois. Mais je m’en foutais, j’étais fier d’être papa de 2 petites filles à même pas 20 ans.
L’année d’après, un troisième bonheur : Cécile cette fois. J’ai tiqué au début. Elle avait bien mes cheveux noirs ça c’était vrai. Mais crépus. Et une peau café-au-lait. Pourtant, j’étais bien-bien blanc, et je ne pense pas qu’il y a eu des noirs de peau dans la famille. À ce qu’on m’avait dit à l’orphelinat, on m’avait trouvé dans le Nord et tout laissait à penser que j’étais originaire de là-bas. Pareil pour Nathalie, sa famille était depuis des siècles dans la région de Vierzon, même que parfois y se mariaient entre cousins, c’est dire !
Mais elle m’a encore parlé de génétique (ouf ! j’ai pu le dire du premier coup cette fois), des lois d’un type qui s’appelait Mandel ou Mendel je sais plus, d’anomalies et d’envies comme pour les taches de vin à la naissance.
C’est qu’elle en savait des choses, ma Nathalie ! Elle m’a dit que, des fois, quand elle attendait de reprendre son job, elle empruntait des bouquins à la librairie du supermarché, ou des revues qui traînaient dans les salles d’attente. Et elle lisait, elle lisait à s’en faire péter les neurones.
Quand je suis allé pour la déclarer à la mairie cette fois, y a un vieux gars qui a éclaté franchement de rire, et y sont vite sortis à 2 ou 3 de la salle, et que je les entendais rigoler dans le couloir.
Et ainsi de suite, tous les ans. Des fois même deux fois dans la même année ! Elle avait pas le temps de se relever ma pauvre Nathalie qu’elle retombait enceinte aussi sec. C’est que j’étais un sacré pistolet…
Il y a comme ça Denise, puis Élodie, Fanchette, Grégoire (oui, un garçon, le premier et malheureusement le seul), puis Hélène, Isabelle, et pour finir Justine, la toute dernière. J’avais à peine 26 ans et me trouvais à la tête d’une tribu de 10 mômes, 9 filles et un petit gars. Curieusement y avait que mon petit gars Grégoire qui me ressemblait : petit, cheveux noirs, yeux bleus, un peu chétif comme moi mais surtout bon caractère.
À la mairie les gars maintenant ne se cachaient même plus pour rigoler. Y z’y faisaient ouvertement, avec des fois des réflexions : « il est cocu, le chef de gare ! ». Un peu comme à l’orphelinat quoi, où que j’étais le souffre-douleur.
Moi je m’en foutais, j’étais heureux. Je rigolais avec eux, je leur disais « dix dans ta face, ducon ! », et me laissais payer un canon. Et eux, y z’y payaient bien volontiers, faisant un cirque pas possible pour faire rigoler les copains.
