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Le cadavre mutilé d'une jeune femme est retrouvé dans un terrain vague.
Paris, 5ème arrondissement. Une jeune femme est retrouvée atrocement mutilée dans un terrain vague le long de l’autoroute. Les sévices qui lui ont été infligés n’augurent rien de bon quant à la folie des meurtriers. Pour Camille, dont la vie privée va se retrouver intimement liée à cette affaire, et Mathias, enquêteurs au 36, Quai des Orfèvres, c’est le début d’une course effrénée contre la mort qui va éprouver toutes leurs convictions. Tour à tour chasseurs ou gibiers, les deux officiers accompagnés de Sophie, leur amie médecin légiste, vont vivre une traque infernale et bouleversante.
Découvrez l'enquête de Camille, Mathias et Sophie, et vivez à leurs côtés cette traque infernale et bouleversante.
EXTRAIT
C’était un Zippo, de couleur argent, orné d’une gravure noire représentant une salamandre entourée à gauche et à droite du chiffre 1. Ce dessin était l’exacte réplique du tatouage sur son épaule droite. Après une fouille méticuleuse de l’habitacle, il dut se faire à l’idée qu’il n’était pas là et, persuadé de l’avoir utilisé dans la soirée, il savait qu’il ne serait pas chez lui. Une vieille pochette d’allumettes qui traînait lui permit néanmoins d’allumer sa cigarette. Il inspira profondément la première bouffée jusqu’à emplir ses poumons tout en s’adossant sur son siège, les yeux fermés. Il adorait la sensation provoquée par la première cigarette de la journée. S’il devait un jour, arrêter de fumer, ne pas allumer cette cigarette serait un grand défi.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Philippe Boizart est né en février 1973. Il est Ingénieur Territorial en voirie et espaces publics au sein de Lille Métropole Communauté Urbaine. Passionné de littérature et de poésie voici son premier thriller. Il partage son affection pour les livres avec celle qu’il cultive pour le 7ème Art depuis l’enfance.
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Seitenzahl: 264
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Philippe Boizart
thriller
ISBN : 978-2-35962-505-9
Collection Rouge
ISSN : 2108-6273
Dépôt légal mai 2013
©couverture Ex Aequo
©2013 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.
Toute modification interdite
Éditions Ex Aequo
6 rue des Sybilles
Dans la même collection
L’enfance des tueurs – François Braud - 2010
Du sang sur les docks – Bernard Coat L. - 2010
Crimes à temps perdu – Christine Antheaume - 2010
Résurrection – Cyrille Richard - 2010
Le mouroir aux alouettes – Virginie Lauby – 2011
Le jeu des assassins – David Max Benoliel – 2011
La verticale du fou – Fabio M. Mitchelli - 2011
Le carré des anges – Alexis Blas – 2011
Tueurs au sommet – Fabio M. Mitchelli - 2011
Le pire endroit du monde – Aymeric Laloux – 2011
Le théorème de Roarchack – Johann Etienne – 2011
Enquête sur un crapaud de lune – Monique Debruxelles et Denis Soubieux 2011
Le roman noir d’Anaïs – Bernard Coat L. – 2011
À la verticale des enfers – Fabio M. Mitchelli – 2011
Crime au long Cours – Katy O’Connor – 2011
Remous en eaux troubles –Muriel Mérat/Alain Dedieu—2011
Thérapie en sourdine – Jean-François Thiery - 2011
Le rituel des minotaures – Arnaud Papin – 2011
PK9 -Psycho tueur au Père-Lachaise – Alain Audin- 2012
…et la lune saignait – Jean-Claude Grivel – 2012
La sève du mal – Jean-Marc Dubois - 2012
L’affaire Cirrus – Jean-François Thiery – 2012
Blood on the docks – Bernard Coat traduit par Allison Linde – 2012
La mort en héritage – David Max Benoliel – 2012
Accents Graves – Mary Play-Parlange – 2012
7 morts sans ordonnance – Thierry Dufrenne – 2012
Stabat Mater – Frédéric Coudron –2012
Outrages – René Cyr –2012
Montevideo Hotel – Muriel Mourgue –2012
Séquences meurtres – Muriel Houri –2012
La mort à pleines dents - Mary Play-Parlange – 2012
Engrenages – René Cyr - 2012
Hyckz – Muriel combarnous - 2012
La verticale du mal – Fabio M. Mitchelli – 2012
Prophétie – Johann Etienne – 2012
Léonis Tenebrae – Jean-François Thiery – 2012
Hyckz – Muriel CVombarnous – 2012
IMC – Muriel Houri - 2012
Crocs – Patrice Woolley – 2012
RIP – Frédéric Coudron – 2012
Ténèbres – Damien Coudier – 2012
Mauvais sang – David Max Benoliel - 2013
Le cercle du Chaos – Fabio M Mitchelli – 2013
Le Cœur Noir – axelle Fersen – 2013
Transferts – Fabio M Mitchelli – 2013
La malédiction du soleil – Mary Play-Parlange – 2013
La théorie des ombres – Aden V Alastair – 2013
Green Gardenia – Muriel Mourgue – 2013
Effets secondaires – Thierry Dufrenne - 2013
Le plan – Johann Etienne - 2013
Eliza – David Max Benoliel - 2013
Les opales du crime – Mary Play Parlange – 2013
Association de malfaiteuses – Muriel Mourgue – 2013
Néant écarlate – Muriel Mourgue - 2013
Triades sur Seine – Yves Daniel Crouzet – 2013
À feu et à sang – Bruno Lassalle - 2013
Chien-Noir – David Max Benoleil – 2013
eXpert Consulting – Jean-François Thiery – 2013
Black Diamond – M Mourgue & D Dessort – 2013
Témoin distant – Isabelle Brottier - 2013
« Nous sommes tous capables de tout. »
Saint Augustin
« Tout homme est un criminel qui s’ignore. »
Sommaire
Le reflet de la Salamandre
Le réveil
Nadia
Alex
Coralie
Suspect
Cochise
Estelle Debussy
La confrontation
La revanche
La traque
Paris, 15 septembre 2012,
Samedi…
Au réveil, Alex ressentit brutalement les effets de sa consommation excessive d’alcool de la nuit. Soulever ses paupières nécessita un réel effort. Il réalisa qu’il n’était pas dans son lit ni même chez lui. Durant le laps de temps nécessaire à l’analyse de la situation, son rythme cardiaque accéléra. Coutumier du fait, il détestait de plus en plus ces retours brumeux à la réalité. Par bribes, le déroulement de la soirée lui revint à l’esprit, dans les grandes lignes, les zones d’ombre étaient nombreuses et le resteraient sans l’éclairage de tierces personnes. Il sentit immédiatement une présence à ses côtés, il se retourna et reconnut Camille. Il avait fait sa connaissance à une heure avancée de la nuit. Camille n’avait pas trente ans, d’une beauté renversante, radieuse, elle souriait constamment. Le courant passa instantanément entre eux, et leur envie commune de ne pas rentrer se coucher les conduisit dans un bar branché. Quelques verres sur de la musique antillaise avaient fait le reste. La fermeture du bar et une envie irrépressible de faire l’amour les avaient amenés dans ce lit, chez elle vraisemblablement.
Alex chercha ses vêtements éparpillés dans la chambre, puis contempla Camille en s’habillant, satisfait qu’elle dorme profondément. La simplicité des relations était son credo. Ses remords, si l’on peut appeler cela comme ça, de la quitter sans un mot, furent vite balayés. Après tout, elle était majeure, consentante, et il ne l’avait pas forcée à le ramener chez elle. Mais il devait avouer avoir le souvenir d’une rencontre, d’une soirée et d’une nuit, très agréables, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Sur ces pensées, il ferma doucement la porte en quittant l’appartement.
Il avait plu, le vent était froid, un temps de saison pour cette mi-septembre. Le jour n’était pas encore levé. Alex prit une cigarette, fouilla ses poches à la recherche de son Zippo. Il n’était pas sur lui, probablement dans la voiture. Il espérait surtout ne pas l’avoir égaré chez Camille. La revoir juste pour réclamer un briquet lui semblait pour le moins indélicat ; la démarche risquait d’être mal accueillie.
Il retrouva la BMW, deux rues plus loin, pas mécontent de se mettre à l’abri du vent. Il démarra le moteur, alluma le chauffage et se mit aussitôt à la recherche de son Zippo. Après avoir fouillé sans succès les vide-poches et la boîte à gants, il entreprit de regarder sous les sièges, le briquet avait peut-être glissé de l’une de ses poches. Il commençait à s’agacer de cette recherche infructueuse. Ce briquet était un souvenir auquel il était attaché. L’idée de l’avoir perdu l’ennuyait énormément. C’était un Zippo, de couleur argent, orné d’une gravure noire représentant une salamandre entourée à gauche et à droite du chiffre 1. Ce dessin était l’exacte réplique du tatouage sur son épaule droite. Après une fouille méticuleuse de l’habitacle, il dut se faire à l’idée qu’il n’était pas là et, persuadé de l’avoir utilisé dans la soirée, il savait qu’il ne serait pas chez lui. Une vieille pochette d’allumettes qui traînait lui permit néanmoins d’allumer sa cigarette. Il inspira profondément la première bouffée jusqu’à emplir ses poumons tout en s’adossant sur son siège, les yeux fermés. Il adorait la sensation provoquée par la première cigarette de la journée. S’il devait un jour, arrêter de fumer, ne pas allumer cette cigarette serait un grand défi. Il mit sa ceinture, enclencha la première, direction son appartement dans le VIIIe arrondissement.
***
Cette même nuit, un homme contemplait lui aussi sa compagne avant de rentrer chez lui. Il eut un sourire en repensant à tout ce qu’ils venaient de partager. Nadia avait vingt-cinq ans, elle était magnifique, typée, d’origine maghrébine, ses yeux et ses cheveux d’un noir envoûtant. Svelte, une poitrine généreuse, pas étonnant qu’elle fût mannequin, songea-t-il. Ses formes étaient mises en valeur par un jean et un tee-shirt moulants, son haut blanc à paillettes assorti à ses chaussures à talons compensés. Dès qu’il l’avait aperçue accoudée au bar, ses yeux s’étaient fixés sur elle, son sexe avait durci instantanément, il avait su qu’elle, et elle seule, aurait le privilège de ses faveurs. Sur ces pensées, il démarra en trombe.
Nadia ne bougea pas. Elle était allongée, nue, mais, à cet instant, ni sa beauté, ni son âge, ni ses éventuelles origines ethniques n’étaient définissables. Elle était sur un chemin, composé de cailloux, d’herbes, de détritus, recouverte d’un mélange de terre et de poussières collées par le sang, méconnaissable. Oh oui, elle avait eu le droit à ses faveurs cette nuit, elle l’avait vraiment inspiré, les coups, les entailles, les violences sexuelles, les humiliations... En quittant le bar à son bras, elle ne savait pas à quel point cet homme la désirait.
De retour chez lui, il se prépara un consistant petit déjeuner. Ses ébats avec Nadia l’avaient épuisé, littéralement vidé de ses forces, il avait une faim de loup. Il retira ensuite ses vêtements, les mit avec ses chaussures dans un grand sac-poubelle qu’il porterait plus tard dans une déchetterie. Il prit une douche bouillante sous laquelle il se savonna plusieurs fois, même après que toute salissure eut disparu. L’idée d’avoir sur lui une trace de souillure, même infime, l’insupportait. Il resta sous le jet jusqu’à ce que ses muscles se relâchent, que les premiers signes d’engourdissement apparaissent. Une fois séché, dans sa chambre, il ouvrit un sac contenant les habits de Nadia. Il les déposa délicatement sur le lit puis se mit à en vêtir un mannequin, identique à ceux des vitrines des magasins. Il sortit de ce même sac un second sac, en plastique, qu’il ouvrit avec précaution et en sortit ce qui ressemblait à une perruque de cheveux noirs. Il s’agissait en réalité de la chevelure de Nadia, mise dans ce sac après qu’il l’eut scalpée. Doucement, afin de ne pas tâcher les habits, il posa, de façon presque solennelle le scalp sur le crâne du mannequin déjà revêtu des chaussures à talons, du jean et du tee-shirt de Nadia. Il déposa ensuite le blouson sur une épaule et plia le bras, de manière à ce que la main le maintienne dans cette position. Enfin, il accrocha le sac à main de Nadia autour de l’autre épaule. Il recula de quelques mètres pour admirer sa reconstitution, satisfait. Toujours nu depuis sa douche, il s’allongea sur son lit face à Nadia, sa nouvelle compagne. Ils étaient désormais liés à jamais. Tout en la contemplant, il repensa à leur nuit enivrante et il se masturba…
***
Camille s’étira longuement après ses quelques heures de sommeil. Elle chercha sa montre à tâtons sur la table de chevet : 10 h 42. Elle avait dormi profondément, se sentait détendue, même si la nuit avait été agitée. Elle avait fait une belle rencontre qui avait atterri dans son lit. Elle sourit en pensant à Alex. Il était parti. Rien d’étonnant lorsque l’on ramène des inconnus. Mais c’était bien ainsi, cela leur évitait à tous les deux un retour embarrassant à la réalité. Elle se surprit tout de même à penser qu’elle aurait aimé trouver un mot avec un numéro de téléphone ou toute autre petite attention indiquant un espoir de le revoir. Elle chassa vite cette idée. Les histoires d’amour n’étaient pas faites pour le genre de femme qu’elle était et ne collaient pas avec son métier. Néanmoins, cette nuit passée l’avait rendue joyeuse, et sa journée de repos s’annonçait de bon augure. Vu la grisaille derrière les fenêtres, au programme, lecture, films et détente. Elle mit la cafetière en marche et alla prendre une douche.
***
Marseille, 8 juin 2008 — 4 h 30
Le capitaine salua ses hommes en entrant dans la pièce dédiée au briefing de l’opération du jour, les gratifiant d’un simple « salut », posa son ordinateur portable sur la petite table en bout de pièce et fit les branchements nécessaires. L’atmosphère était pesante comme à chaque début d’une mission dangereuse. Sept hommes étaient assis sur les trois rangées de chaisesprévues à cet effet, attendant que leur chef commence la présentation.
Le capitaine lança le PowerPoint : la première diapo représentait une vue aérienne du port de Marseille et de sa baie.
— La nuit dernière le yacht Ocean dream a largué les amarres dans la baie.
Tout en parlant, le capitaine se référait, à l’aide d’une règle, aux plans et aux photos qui défilaient au gré des diapositives.
— Nous savons qu’à son bord se trouve un groupuscule islamiste détenant des armes et des explosifs destinés à perpétrer un attentat imminent sur le territoire français.
Il parlait fort, de façon mécanique, de manière à ce que chaque mot fût clairement compris et interprété par tous.
— Objectif : aborder le bâtiment à six heures précises. Deux zodiaques, quatre hommes par embarcation. Je prends la tête du n° 1 ; Ralph, tu prends la tête du n° 2.
Le sergent, très concentré, opina du chef.
— Bob, Ludo et Johnny avec Ralph : vous aborderez par tribord.
Au fur et à mesure des explications, le capitaine affichait les vues correspondantes du bateau cible de la mission.
— Ernst, Carl et Stephen avec moi : nous aborderons par la proue.
Le capitaine connaissait bien ses hommes. Une grande amitié les liait, un lien fraternel acquis au fil du temps et des missions où la vie de chacun dépend de son équipier. Mais pour cette mission, ses supérieurs lui avaient imposé un nouvel homme : Stephen. Il s’y était opposé. Jusqu’alors, il avait toujours choisi ses hommes qui devaient faire leurs preuves au cours de nombreux entraînements avant de pouvoir prétendre partir en mission. Une équipe en intervention était une mécanique bien huilée, chaque geste était mille fois répété. La confiance était primordiale pour confier sa vie à l’autre sans aucune appréhension. Il avait pris rendez-vous avec son commandant, mais la discussion avait vite été houleuse et il était parti en claquant la porte. Le capitaine appréciait le commandant. Malheureusement, la décision ne venait pas de lui, mais de plus haut, et les raisons de ces directives étaient obscures ; ce qui lui déplaisait particulièrement. Stephen avait toutes les qualifications requises, mais n’en demeurait pas moins un inconnu et, lorsque la veille ils avaient eu une discussion, pour une simple mise au point, quelque chose lui avait tout de suite déplu, un sentiment de malaise dû en partie à l’arrogance qui se dégageait du personnage. Et il avait eu l’occasion, au cours de sa carrière déjà bien remplie au sein de l’armée puis des services secrets, de voir des hommes mourir à cause de l’arrogance d’autres hommes.
En acceptant cette mission, il se promit de garder un œil sur Stephen, au cas où…
— Toujours d’après les renseignements, il y a cinq hommes à bord, armés, très entraînés, donc très dangereux.
— C’est pour cela que l’on est ici mon capitaine, répliqua Carl. Qui pourrait sauver le monde à part l’unité « Salamandre » ?
Les hommes sourirent. Il était important de relâcher la pression durant ces briefings, même si la tension était toujours présente, bien palpable et surtout nécessaire.
— Bateau n° 1, nous nous occupons des trois hommes dans la cabine du capitaine. Bateau n° 2, vous vous occupez des deux hommes sur le pont. On agit à vitesse lumière, comme d’habitude, ils ne doivent en aucun cas pouvoir déclencher les explosifs. Rendez-vous sur les bateaux à cinq heures quarante précises. En attendant, vérifiez votre équipement une dernière fois.
C’était une mission assez classique, mais le capitaine avait un étrange pressentiment. Il ne savait pas encore qu’elle changerait le cours de sa vie…
Arrivé à son appartement, Alex s’improvisa un petit déjeuner du peu de restes dénichés dans son réfrigérateur et ses placards presque vides. Il abrégea vite la recherche de son briquet entamée par acquit de conscience, persuadé de l’avoir avec lui la veille. La fatigue le gagna. Il alla directement au lit pour quelques heures, repoussant au réveil une douche pourtant nécessaire. Il s’endormit aussitôt dans la demi-pénombre de sa chambre. C’était l’une des raisons qui l’avaient poussé à travailler la nuit : ne pas rester des heures à chercher en vain le sommeil alors que ses vieux démons lui rendaient visite. Lorsqu’il rentrait au petit matin, il tombait de fatigue et, moins oppressé que la nuit, il dormait, même s’il dormait peu. Aujourd’hui, phénomène inhabituel, il fit un rêve agréable : il rêva de Camille.
Il se réveilla peu avant midi, reposé. Ses songes où Camille s’était invitée l’avaient mis de bonne humeur ce qui le rendit quelque peu perplexe. Il y avait bien longtemps qu’il s’était fermé aux autres, particulièrement aux femmes. Mais il devait se rendre à l’évidence, cette rencontre l’avait troublé, Camille avait atteint son cœur et cette sensation était plaisante. Alex réalisa qu’il avait très faim. Il vivait dans un petit appartement composé d’une chambre, d’un salon et d’un minuscule coin-cuisine, l’ameublement réduit au strict minimum. Rassasié, il prit une douche et se rasa. Après avoir enfilé un jean et un tee-shirt, il déjeuna en regardant les informations. La météo annonçait de la grisaille qui devait persister toute la journée sur la capitale. Les journalistes ne racontèrent rien qui sorte de l’ordinaire, juste le lot de petits délits banals et, comme à l’accoutumée, les fraudes de quelques élus du peuple, censés nous guider et être des exemples pour tous.
Les informations terminées, il prépara son sac de sport pour sa séance d’entraînement. Alex pratiquait la boxe environ cinq fois par semaine, durant une à deux heures, depuis maintenant plusieurs années, dans un petit club familial situé à quelques rues de chez lui. Mustapha, le propriétaire et entraîneur principal, était devenu son ami au fil du temps. Le fils et la fille de Mustapha boxaient également et se relayaient pour tenir la salle ouverte et exercer les pratiquants. Mustapha avait eu une longue carrière amateur au cours de laquelle il avait gagné de nombreux combats, avant de boxer durant deux ans en tant que professionnel. L’envie d’enseigner son art tout en s’occupant de ses enfants l’avait poussé à stopper la boxe professionnelle et à créer ce club qui maintenant marchait plutôt bien. Sa réputation, acquise au fil du temps, induisait un renouvellement régulier de la clientèle par le simple bouche à oreilles.
Alex mit sa tenue de jogging, enfila son sac à dos et partit à la salle en courant. Une demi-heure de course à pied lui permettait d’arriver au club échauffé et décompressé.
***
Camille s’installa dans son fauteuil avec le dernier livre de Guillaume Musso. Un peu de romantisme ne lui ferait pas de mal. Cela la changerait de son quotidien, bien que ce genre d’histoire lui semblât complètement déconnecté de la réalité, du moins de la sienne. Peut-être était-ce son travail qui l’avait rendue ainsi, quelque peu cynique, désenchantée. Elle vivait dans un appartement spacieux pour elle seule, très lumineux, dont l’aménagement en faisait un vrai cocon où elle se ressourçait après ses journées de travail. Elle lisait souvent et s’était créé un coin lecture confortable. Elle s’installa dans son large fauteuil et entama son nouveau roman.
Deux heures et cent trente pages plus tard, Camille se servit un verre de vin rouge en guise d’apéritif. Après avoir avalé une demi-pizza, elle mit un DVD — L’Impasse — et s’installa dans le canapé. Son second verre de vin terminé, elle s’allongea. Une demi-heure plus tard, malgré tout l’intérêt qu’elle portait au film, elle s’endormit profondément. En ouvrant les yeux, elle était complètement désorientée. Elle avait la bouche pâteuse et mit un certain temps à se rappeler que c’était l’après-midi, et qu’elle était dans son canapé. Dormir dans la journée lui faisait toujours cet effet. Il lui sembla que quelque chose l’avait réveillée sans savoir quoi précisément. Soudain, une musique se fit entendre : Sunday Bloody Sunday de U2, la sonnerie de son téléphone portable. Elle décrocha après avoir lu le nom affiché à l’écran : MATHIAS.
— Putain Mathias, c’est mon jour de repos !
— C’était ton jour de repos, ma belle. Qu’est-ce que tu fabriques ? Ça fait trois fois que je t’appelle, il t’en faut du temps pour décrocher !
— Je dormais, je savais bien que quelque chose m’avait réveillée.
— Petite sieste crapuleuse ? Je peux savoir qui est l’heureux élu ou plutôt le « malheureux » élu ?
— J’étais avec Al Pacino, t’es jaloux ou quoi ? Dis-moi plutôt ce qui se passe au lieu de déconner.
— Un cadavre, sous un pont, dans le Ve arrondissement, je viens d’avoir l’info. Une voiture de patrouille est sur le site. Je retourne sur place…
— Pourquoi tu retournes ?
— Je suis allé voir les témoins, non loin de là, je t’expliquerai. La médico-légale{1} et la scientifique{2} ne devraient plus tarder. Je serai sur place dans dix minutes environ. L’endroit est glauque à souhait. À tout de suite, et n’oublie pas de t’habiller, sinon tu vas faire rougir la bleusaille…
Elle n’eut pas le temps de rétorquer qu’il avait déjà raccroché.
— C’était trop beau, un jour de repos complet et en plus avec Pacino.
Camille troqua son peignoir pour un jean et un pull noir qu’elle enfila à même la peau, chaussa une paire de baskets et accrocha son arme à la ceinture. Après avoir pris son portefeuille et ses clés de voiture dans un tiroir de la cuisine, elle mit son blouson et quitta l’appartement.
— Désolée Al, on remet ça à une prochaine fois.
Camille claqua la porte et prit l’ascenseur jusqu’au sous-sol où était garée son Audi A3 sport. Elle démarra et installa le gyrophare le temps que la porte électrique s’ouvre. Elle roula une centaine de mètres avant de déclencher la sirène. Il était inutile que tout l’immeuble ou le quartier sache qui elle était. L’idée que les voisins fassent la queue devant sa porte pour faire sauter leurs procès-verbaux ne l’enthousiasmait guère.
Elle était redevenue le commandant Camille Doussey, brigade criminelle du 36 Quai des Orfèvres. Au fur et à mesure qu’elle prenait de la vitesse, l’adrénaline montait, mais aussi l’anxiété. Derrière un meurtre, il y avait parfois, en jeu, la vie d’innocents, une famille à qui il fallait annoncer la mauvaise nouvelle. Lorsqu’il s’agissait de voyous, c’était différent. Après tout, ils avaient choisi leur vie, même s’il est vrai que leur famille n’était pas en cause. Camille s’attendait au pire, mais le pire n’était rien à côté de ce qu’elle allait découvrir. Elle ne savait pas encore que cette histoire allait bouleverser son existence…
Le pont en question se situait dans un endroit désert, entouré de quartiers réputés difficiles. Camille aperçut au loin deux voitures de patrouille puis celle de Mathias. Elle s’arrêta au bord du cordon de police en dérapant sur les graviers. Mathias alla à sa rencontre.
— Sympa ton lieu de rendez-vous, tu n’as rien trouvé de plus lugubre ?
Mathias avait le visage fermé, ce qui n’augurait rien de bon
— Plus lugubre ? Ça ne risque pas. J’espère que tu as le cœur bien accroché aujourd’hui. Elle est là-bas, à une trentaine de mètres. Prends une lampe.
— Elle ?
— Oui, une jeune fille a priori, du moins ce qu’il en reste. J’ai prévenu la scientifique de prendre un maximum d’équipements et des projecteurs ainsi qu’une grande Thermos de café.
Arrivés à proximité, ils mirent des protections en plastique autour de leurs chaussures ainsi que des gants en latex. Le cadavre était dans l’obscurité. Ils avancèrent doucement à l’aide de leurs lampes. Lorsque les faisceaux éclairèrent le corps, Camille eut un mouvement de recul et ferma les yeux ; elle se reprit aussitôt. Mathias s’approcha lentement.
— Je t’avais prévenue.
— On va attendre la scientifique avant de polluer la scène de crime. C’est quoi ce bordel, on dirait de la bouillie. Comment avons-nous su ? Elle aurait pu rester là des semaines sans qu’on la retrouve.
— Il y a un camp de gitans à environ cinq cents mètres à vol d’oiseau ; deux gamines de dix et onze ans sont venues par ici, pour dieu sait faire quoi, et tu devines la suite. Il y en a une qui a dégueulé par là, à une vingtaine de mètres.
— Et elles ont appelé la police ?
— Non, elles sont retournées au camp, sous le choc. Après réflexion, le chef du clan, ayant peur qu’on leur mette le crime sur le dos, a appelé la police. Lorsque je t’ai téléphoné, je revenais du camp où j’ai pris rapidement la déposition des deux fillettes après avoir mis deux agents en surveillance ici. Elles ne m’ont rien appris de plus, mais j’ai constaté, d’après leur état, qu’il ne s’agissait pas d’un coup monté. Elles ont bien découvert le corps, aucun doute là dessus ; d’ailleurs elles auront besoin de voir la psychologue.
Deux voitures arrivèrent, un break Renault de la Police technique et scientifique sans sièges arrière pour transporter le matériel et une ambulance de la médico-légale pour emporter le corps une fois le travail sur la scène de crime terminé. Ils étaient quatre, deux techniciens de la scientifique et le médecin légiste, en l’occurrence « la » médecin légiste, Sophie, une rouquine aux yeux bleus très envoûtants et au corps athlétique, accompagnée d’un adjoint. Aussitôt descendue de son véhicule, elle se dirigea vers les deux policiers en civil.
— Salut, Mathias.
— Salut, Sophie, même dans cet endroit sordide je rencontre de jolies filles, quel beau métier.
— Laisse tomber, Mathias, je suis plus sensible au charme de ton équipière.
— Tu n’as toujours pas laissé tomber ce penchant pour les filles, Sophie ? Quel gâchis !
Mathias se mit à rire, tout comme Camille qui arrivait à leur hauteur.
— Bonjour, Sophie.
Elles s’embrassèrent.
— Le trio est à nouveau réuni, le crime n’a qu’à bien se tenir, poursuivit Camille.
Cette fois, tous les trois rirent de bon cœur. Ils s’étaient rencontrés sur une affaire difficile deux ans auparavant ; plusieurs meurtres liés à des règlements de compte entre truands. Sophie venait de prendre son poste. On pouvait dire qu’ils étaient devenus amis. Sophie n’avait jamais caché son attirance pour les filles et pour Camille en particulier. Être une femme et en plus lesbienne dans un milieu que l’on peut qualifier de machiste et devoir s’imposer comme médecin légiste n’était pas une sinécure. Mais son fort caractère lui avait permis de faire face à ceux qui auraient voulu qu’elle se plante et la voir retourner dans sa Savoie d’origine. À cette époque, elle avait trouvé soutien et réconfort auprès de Camille et de Mathias, en plus d’un grand professionnalisme. Ces deux-là travaillaient déjà ensemble depuis quatre ans et s’entendaient vraiment bien, un peu comme frère et sœur.
Camille fit une synthèse de la situation à Sophie. Celle-ci appela son adjoint et les deux techniciens qui arrivèrent avec deux mallettes de matériel et trois projecteurs. Ils marchèrent jusqu’à la scène de crime et y installèrent les projecteurs, en cercle, à environ dix mètres de la dépouille. La scène de crime s’illumina comme en plein jour, d’une teinte jaune, chaleureuse, vite refroidie par la mise en évidence de l’horreur. Tous, malgré leur expérience eurent une mine de dégoût, provoquée par l’image de cette fille, nue, seule au milieu de cet endroit sordide, dont le corps semblait avoir subi des sévices abominables.
Les deux policiers restèrent à l’écart, laissant la place aux techniciens maintenant équipés de leurs combinaisons. Sophie pris la température du corps puis procéda à son examen, étudia notamment la présence d’insectes nécrophages, principalement des mouches, et leurs différents stades d’évolution de manière à avoir des indications les plus précises possible sur l’heure de la mort. Elle guida les deux techniciens quant aux photos qu’ils devaient faire. Malgré les souillures, d’innombrables blessures apparaissaient sur tout le corps : scarifications de taille et profondeur différentes avec déchirements dissemblables qui indiquaient l’utilisation de plusieurs armes blanches tranchantes ; des bleus et des ecchymoses partout et des zones qui dévoilaient clairement des os brisés. Mais le plus affreux et le plus inquiétant, soulignant la perversité de celui ou de ceux qui avaient commis ce crime, était la façon dont elle avait été scalpée.
Pendant que Sophie examinait le corps avec son collaborateur, les techniciens étudiaient la scène de crime alentour à la recherche de traces ou d’indices. La dépouille était nue, tous ses vêtements avaient disparu ainsi que tout ce qui avait pu lui appartenir. De nombreuses empreintes marquaient le sol : celles de la victime, d’une seconde personne — le tueur probablement — et celles des fillettes, trouvées un peu plus loin. Les techniciens en moulèrent quatre, les plus nettes, ainsi que plusieurs traces de pneus. Ils prirent ensuite de multiples photos de la scène de crime et de la dépouille, sous les directives de Sophie. Leur tâche terminée, ils rangèrent leurs affaires et se dirigèrent vers leur véhicule. Une fois la scène de crime passée au peigne fin, Sophie appela les deux policiers, occupés eux aussi à chercher des indices, afin de leur expliquer leurs découvertes.
— Alors Sophie, qu’en penses-tu ? Des indices ? demanda Mathias.
— Ce que j’en pense ? Une vraie boucherie, je n’ai jamais vu cela. Je n’ai pas encore procédé à l’autopsie, mais je suis déjà très inquiète.
— Pourquoi cela ? dit Mathias qui connaissait Sophie pour son sang-froid.
Tout en répondant à sa question, elle indiqua le corps d’un signe de la tête.
— Non seulement on a fait de la charpie avec son corps, mais, en plus, elle a été scalpée, et aucune trace de ce scalp !
Camille et Mathias, interdits, s’interrogèrent du regard. Voyant leur stupéfaction, Sophie reprit :
— J’ai un mauvais pressentiment, il faut déjà être givré pour infliger de telles blessures, mais procéder à un scalp, pour ensuite l’emporter…
Elle s’interrompit, surprise par l’horreur de sa propre conclusion. Elle poursuivit :
— Ça ressemble fortement à des méthodes de tueur en série.
— Rien ne le prouve, objecta Camille. Pas de conclusion hâtive. Il peut s’agir d’un mec défoncé au crac ou d’un détraqué échappé d’un hôpital psychiatrique.
Mais, au fond, elle avait également une drôle d’impression. Son intuition convergeait vers l’hypothèse de Sophie.
— Où sont ses vêtements, son sac à main ? lança Mathias.
— Il n’y a plus rien, dit Sophie, du moins dans les trente mètres alentour, mis à part quelque chose à deux mètres du corps, venez voir.
Ils la suivirent sur la scène du crime, sinuant entre des petits chevalets jaunes en plastique, marqués d’un chiffre, déposés à côté des traces de pas et de pneus.
— Voilà, dit Sophie en arrivant à proximité du chevalet portant le numéro dix.
À la vue de l’objet, les yeux de Camille s’exorbitèrent, le sol se déroba sous ses pieds, la scène de crime se mit à tourner. Le bandeau de sécurité jaune défila autour d’elle tel un manège, de plus en plus vite, les paroles de ses collègues se transformèrent en brouhaha de plus en plus lointain.
Il s’agissait d’un briquet, un Zippo en argent, décoré d’une salamandre entourée de part et d’autre du chiffre 1. Exactement le même dessin qu’elle avait vu, cette nuit, tatoué sur l’épaule d’un inconnu, un inconnu avec qui elle avait fait l’amour.
— Camille, que se passe-t-il, ça n’a pas l’air d’aller ?
— Ça va, j’étais dans mes pensées.
Tout se bousculait dans sa tête, elle se trompait forcément, le tatouage devait être différent, son esprit lui jouait des tours, la fatigue sûrement. Mais une image unique restait fixe dans son esprit, celle d’une épaule tatouée d’une Salamandre entourée du chiffre 1, et toute coïncidence malheureuse s’avérait impossible. Un tel dessin était trop rare.
Comme s’il lisait en elle, Mathias reprit la parole :
— Ce dessin n’est pas banal, il nous donnera peut- être des indications sur le tueur ou les lieux que fréquentait la victime. Des empreintes sur le briquet ?
— Oui, plusieurs empreintes ont été relevées... à suivre, répondit Sophie.
— Bien, dit Camille, toujours sous le choc, donnant le change tant bien que mal. Il va falloir identifier la victime. Demain matin, on est bons à se farcir les personnes disparues. Sophie, ton rapport sera prêt quand ?
Sophie connaissait l’urgence, et son métier n’était pas compatible avec des horaires réguliers, c’est le moins que l’on puisse dire.
— Je suis partie pour une nuit blanche. Appelle-moi demain matin, tu auras les premières conclusions, même si je n’ai pas tapé le rapport officiel.
Sophie et son adjoint transportèrent le corps sur une civière jusqu’à leur ambulance et quittèrent les lieux en même temps que les techniciens de la scientifique qui fumaient une cigarette pour décompresser. Camille et Mathias se donnèrent rendez-vous vers sept heures trente au bureau, avant de partir chacun au volant de sa voiture.
