Nuisibles - Philippe Boizart - E-Book

Nuisibles E-Book

Philippe Boizart

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Beschreibung

Le bonheur qu'Etienne a réussi à construire est mis à mal par les contraintes de la vie...

Etienne, dix ans, est un garçon sensible et intelligent. Sa personnalité et sa situation familiale difficile l’ont rendu solitaire. Il trouve refuge dans les livres de la bibliothèque et réconfort auprès de sa seule amie, Lili, avec qui il va partager un précieux secret. En effet, Etienne a découvert qu’une partie de son habitation était colonisée par une famille toute particulière. Malheureusement le bonheur qu’Etienne a réussi à se créer sera mis à mal par les contraintes de la vie, et l’adolescent s’approchera dangereusement de la folie.

Plongez dans ce roman fantastique et découvrez quelle famille toute particulière colonise l'habitation d'Etienne, jeune garçon solitaire, sensible et intelligent.

EXTRAIT

Sa colère passa, il ne pleura plus. Cependant que ses larmes séchaient, ses yeux s’accoutumaient à l’obscurité. En s’efforçant d’adapter sa vue, il adoptait une respiration régulière, silencieuse. Il ressemblait à ces moines en méditation : son corps et son être focalisés non pas sur une même pensée, mais sur un seul sens, la vue en l’occurrence qui accaparait toute son énergie ; le reste de son être était en mode veille. Le noir profond, découpé de quelques rais de lumière, se décomposa peu à peu en un camaïeu de noirs et gris, parsemé ça et là d’une luminosité plus ou moins diffuse. Des formes se détachèrent de cette page grise : des murs, des poutres, des poteaux. Puis des objets apparurent : formes géométriques simples de caisses, de malles, de sacs. Le grenier semblait immense à Etienne et les zones éloignées de lui restèrent dans un noir profond. Il resta ainsi pendant près d’une heure à scruter chaque portion de cette pièce qui s’offrait à lui. Ce furent des douleurs au dos et aux jambes qui lui rappelèrent que son être n’était pas composé de ses seuls yeux et le sortirent de sa torpeur.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

J'ai apprécié ce roman pour son côté humain, pour la relation étroite qu'un enfant et le monde animal peuvent tisser, au-delà de toute normalité, son dénouement quelque peu amoral mais qui s'inscrit si bien dans ce récit... J'ai pu apprendre le mode de fonctionnement des rats, sujets bien documenté et resservi avec finesse. - BlackKat, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

Après l'obtention d'un bac C, Philippe Boizart a suivi un cursus universitaire scientifique. Il est actuellement Ingénieur Territorial au sein de Lille Métropole Communauté Urbaine depuis 1999 au sein de la direction voirie et espace public.
Il partage son affection pour la littérature et la poésie avec celle qu'il cultive pour le septième art depuis l'enfance.
Il a commencé à écrire son premier livre en 2011, Le reflet de la Salamandre.

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Seitenzahl: 89

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Philippe Boizart

Nuisibles

Histoire fantastique

ISBN : 978-2-35962-510-3

Collection Atlantéïs

ISSN : 2265-2728

Dépôt légal septembre 2013

©couverture Ex Aequo

©2013 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays.

Toute modification interdite.

Éditions Ex Aequo

6 rue des Sybilles

À Frédérique

You could be my unintended

Choice to live my live extended

You could be the one i’ll always love

You could be the one who listens to

Sommaire

Nuisibles3

Le grenier11

Lili18

Les habitants du grenier23

Apprivoisement30

Abandon35

Le pacte41

Extermination

Du même auteur

Le reflet de la Salamandre – juin 2013

Dans la même collection

« Rat, rate ou souriate,

souviens-toi que Sainte Gertrude

est morte pour toi dans un coffre de fer rouge ;

je te conjure, au nom du grand Dieu vivant,

de t’en aller hors de mes bâtiments et héritages »

Le grenier

1973…

Etienne pleurait à chaudes larmes, allongé sur le ventre, la tranche des mains endolorie à force d’en frapper le sol, colérique. Il se calma lentement, sa crise d’hystérie ne menant nulle part ; aucune réaction, pas même un ordre de se taire sous peine de voir sa punition s’alourdir. Son beau-père avait emménagé avec lui et sa mère depuis un an environ. Les premiers mois, celui-ci s’était comporté avec indifférence à l’égard d’Etienne, une relation difficile et pénible pour n’importe quel enfant, mais qui finalement représentait aujourd’hui une situation idéale, voire paradisiaque pour son beau-fils. L’indifférence avait rapidement fait place aux injonctions en tout genre : de se taire, de déguerpir, d’effectuer telle ou telle corvée, d’aller acheter de la bière ou des cigarettes ; souvent les deux à la fois puisqu’ils se consommaient de paire. Les insultes remplacèrent les injonctions ; seul domaine où il excellait à la connaissance d’Etienne. S’il existait un jeu télévisé sur les insultes, nul doute que son beau-père serait le meilleur candidat, et prime à la clé, il serait richissime. À plusieurs reprises, Etienne s’était amusé à imaginer une conversation entre son beau-père et le présentateur de cette émission fictive.

« — Alors, dites-moi, dites aux milliers de téléspectateurs qui vous regardent, vous écoutent et vous envient en ce moment même, d’où vous vient tout ce savoir, j’ai envie de dire ce don pour les insultes ?

— Oh ! Vous me flattez. D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé ça et j’ai toujours été plutôt doué, mais j’ai fait des progrès exceptionnels depuis que je vis avec ma compagne et son fils Etienne.

— Comment cela ? Expliquez-nous.

— Eh bien, le p’tit n’est pas un gamin facile, il m’en fait voir, croyez-moi. Alors je dois souvent me fâcher et je l’insulte constamment, chaque jour, et je dois dire que cet exercice m’a permis de m’améliorer considérablement.

— Quelle histoire ! Souhaitez-vous passer un message à votre beau-fils ? Il vous regarde sûrement à cet instant.

— Ce p’tit con, regarder une émission intelligente comme la vôtre ! ? Il doit faire des conneries à l’heure qu’il est, comme d’habitude, et si c’est le cas, dis-toi que ça va chier pour ton matricule quand je vais rentrer, espèce de petit connard ! »

Son beau-père finissait alors par une tirade d’insultes à son égard sous les applaudissements et encouragements du présentateur, mort de rire, ainsi que des spectateurs. Mais dans son imaginaire, Etienne avait affublé son beau-père de vêtements ringards et sales ; il avait un intellect de mouche et était le seul à ne pas se rendre compte qu’en fait, le présentateur et l’ensemble des spectateurs se moquaient de lui. Quant à Etienne, il était assis dans le canapé, blotti contre sa mère, qui tout en rigolant lui disait à l’oreille qu’elle avait bien fait de flanquer cet abruti à la porte. Malheureusement, il fallait chaque fois revenir à la réalité : celle de sa mère dépressive, incapable de s’interposer pour protéger son fils. D’ailleurs, s’apercevait-elle seulement qu’il devait être défendu ? Y avait-il encore quoi que ce soit de tangible et réel dans le monde brumeux, fruit d’un cocktail de médicaments et d’alcool, dans lequel elle vivait ?

Cette fois, la dureté de son beau-père avait gagné un échelon supplémentaire et l’avait conduit dans le grenier, allongé dans le noir, sur ce plancher froid et poussiéreux, maintenant humidifié par ses larmes. Cet endroit lui faisait peur depuis longtemps à cause des bruits qu’il y entendait la nuit, depuis sa chambre située en dessous au premier étage. Sa mère lui avait dit que ce n’était rien, son imagination ; puis une autre fois qu’il s’agissait du vent faisant craquer les bois de la charpente ou encore le bruit de la pluie ; même la sécheresse fut de la partie. Mais il pouvait compter sur son beau-père lorsqu’il s’agissait de dire la vérité, tant que cette vérité avait la vertu de l’effrayer. Ce sont des rats, avait-il dit, d’énormes rats noirs, les plus méchants, des rats des champs. Ils doivent être des centaines, voire des milliers, affamés, prêts à dévorer un petit garçon s’ils en avaient un à se mettre sous la dent.

Etienne se força à ne pas pleurer, mais il ne put dissimuler dans son regard sa peur, une peur que son beau-père décela et qui le fit jubiler. Alors, tiens-toi à carreau, conclut-il, si tu ne veux pas que je te les présente. Etienne ne racontait plus ce genre de choses à sa mère. Il avait essayé à plusieurs reprises, mais à chaque fois son beau-père invoquait une incompréhension d’Etienne quant à ses paroles et ses intentions. Et sa mère, au jugement altéré, finissait par le gronder, l’accusant de vouloir s’interposer entre elle et son compagnon. De plus, cet homme n’était pas si bête. Il n’avait jamais levé la main sur lui, ce qu’il regrettait parfois. Les coups auraient au moins servi de preuve, quoiqu’on l’aurait peut-être accusé d’être tombé, voir de s’être blessé volontairement.

Aujourd’hui, son beau-père avait mis à exécution sa menace maintes fois répétée : l’enfermer au grenier, dans le noir, avec ces créatures. Etienne se calma. Les bruits qu’il entendit alors transformèrent d’un seul coup sa colère en peur, une peur panique, car il était dans l’obscurité la plus totale. Seuls quelques trous dans la toiture laissaient entrer des rais de lumière qui n’éclairaient que la surface qu’ils touchaient, en petits cercles, sans parvenir à diffuser la clarté. Etienne s’assit en tailleur, figé, courbé, aux aguets. Il chassait toujours ses angoisses en écoutant son répertoire musical de prédilection. Il chanta alors sa chanson favorite — Sinnerman,de Nina Simone. Sa mère la passait en boucle depuis toujours. Ironiquement, il la trouvait adaptée à la situation.

He Said, God where were you?

When you are old and praying

Lord lord hear me praying

Lord lord hear me praying

Lord lord hear me praying

All on that day

Sinnerman you oughta be praying

Oughta be praying sinnerman

Oughta be praying all on that day

Sa colère passa, il ne pleura plus. Cependant que ses larmes séchaient, ses yeux s’accoutumaient à l’obscurité. En s’efforçant d’adapter sa vue, il adoptait une respiration régulière, silencieuse. Il ressemblait à ces moines en méditation : son corps et son être focalisés non pas sur une même pensée, mais sur un seul sens, la vue en l’occurrence qui accaparait toute son énergie ; le reste de son être était en mode veille. Le noir profond, découpé de quelques rais de lumière, se décomposa peu à peu en un camaïeu de noirs et gris, parsemé ça et là d’une luminosité plus ou moins diffuse. Des formes se détachèrent de cette page grise : des murs, des poutres, des poteaux. Puis des objets apparurent : formes géométriques simples de caisses, de malles, de sacs. Le grenier semblait immense à Etienne et les zones éloignées de lui restèrent dans un noir profond. Il resta ainsi pendant près d’une heure à scruter chaque portion de cette pièce qui s’offrait à lui. Ce furent des douleurs au dos et aux jambes qui lui rappelèrent que son être n’était pas composé de ses seuls yeux et le sortirent de sa torpeur. Apeuré, il était à l’affût du moindre signe de danger. Il resta concentré et bougea le minimum, juste ce qu’il fallait pour estomper les douleurs. La luminosité diminua alors subitement. Comprenant que le soir tombait, son cœur accéléra. Peut-être est-ce le stress qui lui donna l’impression que le jour disparaissait beaucoup plus vite que d’habitude.

À cet instant précis, il perçut pour la première fois un mouvement, sur sa gauche, près d’une forme rectangulaire. Un mouvement furtif, rapide, sans distinction particulière de forme ou d’apparence, non, juste une ombre, un souffle soulevant un nuage de poussière. Des mouvements identiques se succédèrent de tous les côtés du grenier, se rapprochant de lui en cercles concentriques. Au fur et à mesure que la clarté disparut, sa vision se fit moins nette. Le noir envahit les lieux, comme à son arrivée, avant que ses yeux mouillés ne s’habituent à l’obscurité. Son ouïe prit le relais de sa vue devenue inutile et focalisa son énergie et son attention. Etienne gardait toujours la même posture depuis les douleurs qu’il avait ressenties. Les mouvements de plus en plus nombreux se firent de moins en moins nets, mais il percevait désormais leur son avec une extrême acuité, lui permettant de les localiser précisément. Mais surtout, ce qui n’était pas forcément un bien, il parvenait à donner une taille à ces formes dont la nature ne laissait aucun doute bien qu’il n’ait pas encore osé les nommer mentalement. Quoique haïssant son beau-père, il dut lui reconnaître un talent certain pour le faire souffrir. Il prit conscience que ces ombres mouvantes étaient des rats et il fut envahi d’effroi.