Le Retour des Cathares - Jean-Christophe Castaing - E-Book

Le Retour des Cathares E-Book

Jean-Christophe Castaing

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Beschreibung

Une chasse au trésor sur les terres occitanes, voilà une aventure stimulante dont l'engouement prend de l'ampleur tandis que se propagent des rumeurs. Cela complique la saison pour les organisateurs de trails et de triathlons en "Pays cathare" car certains coureurs subissent des malveillances. Les tensions et les convoitises se multiplient, jusqu'à obliger Myléna, la sportive aux talents de détective, à fouiner discrètement. Grâce à des indices diffusés sous forme d'énigmes, les plus perspicaces vont converger à proximité de la colombe d'or afin de se l'approprier. D'étranges prémonitions annoncent des dangers en marge d'une prestigieuse compétition et le jeu de piste va prendre une inquiétante allure d'inquisition.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Jean-Christophe Castaing a participé à plus de deux cents courses dans le grand sud-ouest, triathlons, trails, marathons et autres. Il a décidé de partager l'ambiance sportive régionale en proposant des romans où chacun peut découvrir des intrigues réalistes. Au fil des nouvelles aventures, les lecteurs aiment retrouver les personnages principaux et le style propre à ce scientifique adepte de littérature. Ses trois ouvrages, "L'Année du Triangle", "La Saison des Confusions" et "Le Retour des Cathares", sont basés sur des enquêtes imaginaires venant pimenter la vie déjà bien remplie d'amis triathlètes.

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Seitenzahl: 187

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Le Retour des Cathares

(Trésor, Trail et Triathlon)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Christophe Castaing

Préface de Rémy Jégard (RunningMag)

 

 

Dans toute épreuve sportive, toute course, tout triathlon, tout trail, on ne sait jamais ce qui va se passer. Le scénario n’est jamais écrit à l’avance, quelle que soit notre préparation, quelle que soit notre motivation. Et c’est bien ce qui fait tout le sel et l’intérêt du sport en général. Vous pouvez avoir une défaillance inattendue ou au contraire vous sentir en forme exceptionnelle. Vous pouvez briller de mille feux ou bien vous écrouler comme jamais.

 

Mais vous pouvez aussi imaginer que durant le déroulement même de votre épreuve, bien des choses surviennent, indépendantes même de l’organisation, qui remettent tout en question. Là aussi, rien n’est joué d’avance. On peut penser à une météo capricieuse qui modifie considérablement le déroulement d’une course, obligeant même certains organisateurs à la stopper carrément. Mais on peut penser aussi à l’intervention de tout autre événement extérieur. On se souvient d’images folles durant le Tour de France, avec notamment un cheval qui s’était mêlé aux cyclistes, ou bien de passages à niveaux abaissés au mauvais moment, scindant le peloton en deux et faussant la donne purement physique.

 

Du coup, si vous avez encore un peu plus d’imagination, vous pourrez à votre guise inventer une infinité de micro-événements qui peuvent intervenir durant le laps de temps que dure une épreuve, quelle qu’elle soit. Pourquoi pas, un propriétaire qui ne serait plus d’accord pour voir passer un troupeau de coureurs non loin de chez lui et qui clôturerait quelques entrées de champs, à coups de barbelés électrifiés ? Ou encore une météorite qui aurait la bonne idée de tomber sur le sentier juste avant le passage de traileurs, les obligeant alors à faire un long détour, faisant fi des foudres du ciel ? Bref il est facile de constater, que, comme dans la vie de tous les jours en fait, tout peut bien arriver sur une course. Question de hasard, de coïncidence.

 

Jean-Christophe Castaing a bien compris cela et avec son regard très personnel et très précis du monde sportif, a su laisser vagabonder son imagination. Il pratique lui-même la course et le triathlon depuis de longues années déjà et contrairement peut-être à beaucoup d’autres, il observe sans cesse, il note les détails, il pose des questions, il scrute les comportements. Il ne fait jamais beaucoup de bruit et pourtant il vit pleinement le moment.

Ainsi avec beaucoup d’imagination, il nous propose un scénario improbable mais possible mêlant, comme à l’habitude chez lui, sport, histoire d’amour et enquête criminelle.

 

Pour tous ceux qui pratiquent le trail ou le triathlon dans le sud-ouest de la France, cela rappellera sûrement quelques bons souvenirs. Pour tous les autres pas forcément sportifs, la chasse aux trésors peut commencer. Jean-Christophe a mis tout son cœur dans ce troisième opus de sa trilogie. On ne peut que se laisser prendre au jeu et chercher les indices dans son sillage… sans oublier de s’alimenter bien sûr pour arriver au bout !

Dédicace

 

Aux personnes idéalistes, altruistes ou dévouées qui œuvrent pour transformer les rêves en réalité. Aux heureuses rencontres qui aident la vie à diffuser ses agréables saveurs de bonheur.

 

1. Le Tresor

 

Quand fièvre est aurifère, seul trouver la tempère,

Pour fille en mal de père, famille enfin entière.

 

 

Encore au creux la vallée et déjà sur de petits nuages, la cycliste pédalait comme un hamster dans une roue libre. À trente ans passés, Myléna se sentait aussi admirative de son père qu'une gamine. Elle ne croyait pas encore totalement à la réalité des événements survenus les derniers mois. Après une absence aussi longue et un manque tellement cruel, le vide s’était doucement empli d’une kyrielle d’hypothèses vaporeuses. Il lui fut difficile de remplacer un géniteur imaginaire par un homme tangible et imparfait. Depuis la miraculeuse coïncidence qui avait réuni ses parents, la mère et la fille avaient difficilement gommé les aspérités de leurs sentiments, puis transformé regrets ou rancœurs en espérance. Dans la famille, chaque identité en fut positivement bonifiée grâce à l’œuvre optimiste de la mémoire.

 

Oubliant la longue disette affective, Myléna réalisa sa chance de découvrir enfin son paternel, observer avec la plus grande attention chaque geste ou détail de sa peau, peser la signification de sa moindre parole. Il ne s’exprimait pas comme elle avait imaginé d’après des reportages télévisés et des articles de presse. Il semblait encore un peu étranger, secret, voire mystérieux. Ce héros lui avait tant manqué, à parcourir le monde avec d'autres médecins dévoués. Elle lui avait finalement presque pardonné de l'avoir abandonnée avant sa naissance. Savait-il l'existence d'un enfant, avait-il fui ses responsabilités ? Qu’importait maintenant, il bénéficiait enfin d’un doute favorable, d’une aura digne d'un bienfaiteur de l'humanité, de l'amour de ses proches, au présent et sans amertume. Depuis plus de six mois, père et fille se revoyaient régulièrement chez la mère et la mamie de Myléna qui n’oubliait pas d’emmener son chat, Bijou.

 

Évidemment, Paul pointait souvent un tendre regard paternel vers sa descendante, aussi émerveillé par ses études de sociologie que ses exploits sportifs. Par un heureux hasard, une fée généreuse semblait lui avoir attribué ce don rare d’illuminer son entourage. De plus, l’homme savait désormais les prouesses dont elle avait fait preuve, afin de le retrouver, grâce à la complicité d'un autre généraliste baroudeur. Il adorait cette jeune femme aux multiples talents. Heureusement, il n’imaginait pas les risques auxquels sa fille s’exposait régulièrement, à trop fouiner dans des affaires louches. La téméraire adorait observer les rides de son père, surtout les pattes d’oie au coin de ses yeux noirs, à l’image d'un Docteur Jivago nettement plus réel que le bel acteur qui n’avait jamais soigné quiconque. C'est ainsi que Myléna le nommait gentiment, en allusion à son parcours tumultueux, mais elle exigeait une version se terminant beaucoup mieux que le célèbre film aux cinq Oscars.

 

Bénéficiant de la longue absence de Paul, Jeff avait trouvé une place confortable de potentiel gendre et unique mâle de la maisonnée. Dans la famille agrandie, il bénéficiait d’une considération privilégiée et communiquait d’autant plus librement avec son beau père en puissance. Ce dernier jouait volontiers au protecteur en questionnant le jeune homme sur ses intentions sentimentales pour les années à venir. Myléna ne ratait jamais une occasion de lancer une pique, justifiant jusqu’ici le report de tout projet de maternité par son absence prolongée. Tel un lion mordillé par ses rejetons, le médecin faisait alors mine de grogner dans une imaginaire crinière, afin de mieux camoufler son bonheur. La mère de la jeune audacieuse se régalait silencieusement de cette situation savoureuse, tandis que les yeux de la doyenne pétillaient de malice. Ce midi, tous avaient rendez-vous au lac de Payolle pour un pique-nique printanier, hormis le matou grassouillet, très occupé à dormir.

 

Le ciel était pommelé, l'air frais descendait des vallées d'Aure et du Louron, la route en pente douce longeait le cours d’eau depuis Hèches. Il ne s’agissait que d’une approche, une mise en jambes. Le morceau de bravoure attendait le couple de triathlètes. Avec douze kilomètres à près de sept pour cent, les lacets vers l'Aspin serpentaient dans les bois feuillus. Du beau monde avait fréquenté ce passage obligé, du junior au vétéran et du novice au confirmé, tous venus se frotter à ses flancs arborés. Souvent l'organisation du Tour de France le prévoyait au programme, histoire d'user les organismes avant le Tourmalet. Nul pyrénéiste ne pouvait décemment éviter ce goulet qui récompensait les vaillants grimpeurs d'un panorama sans égal et de la vue dégagée sur le Pic du Midi.

 

À l'approche d'Arreau, Jeff proposa un gel énergétique à sa compagne, elle le rangea dans une poche pendant qu'il avalait le sien. Tous deux convinrent de monter à leur rythme, le prof de sport ayant le braquet « tout à gauche » plus long que celui du triple plateau de Myléna. C'est en souplesse que le couple vira en direction de Bagnères-de-Bigorre, jetant un regard respectueux vers le panonceau descriptif de l'ascension : « Col d'Aspin, 1489 mètres, dénivelé 799 mètres ». Ces simples nombres n'ayant pas encore décliné leur véritable nature, les triathlètes sourirent et s’approprièrent d’avance le trophée sur leur maigre palmarès. Mais dès les premières difficultés, l'échelle du temps s'étira, celle de la vitesse s'amenuisa. Une fois la tête penchée sur le guidon, leur vue se raccourcit, saturée de gris par le défilement lent des gravillons englués de goudron. Cela augura une ascension pénible.

Davantage qu'une pente s'annonça une longue leçon, à l’école de l’humilité, de la souffrance et de la patience. Ainsi le Mythe de Sisyphe se déclinait cruellement au cyclisme de montagne. Malgré l’inconfort de la situation, Jeff se surprit à sourire en pensant à Bruno encore plus durablement engagé dans les Pyrénées ariégeoises. Depuis leur course dans la Clape, deux cycles lunaires avaient insidieusement alterné les lueurs nocturnes. Avec leurs pupilles à géométrie variable, les chats s’en étaient fort bien accommodés. En revanche, les averses printanières avaient souvent contrarié les sérénades félines et les velléités humaines de déjeuners en terrasse. En imaginant son ami patauger dans la gadoue, Jeff se délecta d’autant plus du repas familial qui l’attendait sur la berge du superbe lac bleuté entouré de fiers sapins.

 

 

Cent vingt kilomètres plus à l’est, une troupe nombreuse des « traileurs » gravissait le sentier menant au « pog » de Montségur. Depuis leur lâcher de Lavelanet, les bougres débordants d'énergie n'avaient révisé leurs ambitions qu'à la vue de la citadelle nommée par les croisés « Le Vatican de l’Hérésie ». Très vite le parcours avait emprunté un sous-bois boueux, privant les sportifs de la silhouette du premier obstacleà franchir. L’épreuve s'annonçait rude et allait sublimer des ressources insoupçonnées, porteuses de corps aux muscles émoussés, voire tétanisés. Grimper à mille deux cents mètres ne représentait que l’aspect visible de ce défi qui incluait aussi le château de Roquefixade et autres talus, dans l’alternance de rocailles et de sous-bois détrempés. Chaque année, le final en forte descente achevait les participants, le feu irradiant les cuisses à la moindre foulée d’une douleur pire qu’exquise.

 

Dans ce contexte, des amitiés se forgeaient facilement. Bruno sympathisa spontanément avec un sexagénaire déjà aperçu sur d’autres courses, dont celle de Gruissan. Tous deux connaissaient parfaitement leurs limites et préféraient sous-estimer légèrement leurs capacités, ils s’apprécièrent rapidement. Dans la première montée, ils échangèrent quelques banalités d’usage sur la beauté de l’endroit et la sournoiserie du sol glissant. Puis ils maudirent de concert les pluies des jours précédents. Dans un précaire équilibre, quelques dépassements par des coureurs plus rapides furent facilités par le consentement de ces sportifs sains. Ils en vinrent à évoquer leurs meilleurs souvenirs, comme d’anciens combattants relatant des expériences guerrières. Ceux-là n’en faisaient pas trop, sans besoin d’épater chaque oreille attentive.

 

Le souffle à peine haché par leurs efforts bien maîtrisés, ils ne bavardaient pas mais échangeaient de rares mots. Alors, profitant de la compagnie d’un passionné du pays cathare, Bruno glana quelques informations sur le futur grand triathlon. Il apprit que l’épreuve cycliste allait emprunter la route départementale très proche, avant de filer vers Quillan puis Maury et deux « citadelles du vertige », Quéribus et Peyrepertuse. Leur dialogue s’interrompit dans une pente sévère où, par réflexe, les mains s’agrippèrent aux rares touffes d’herbe. Un cri aigu de rapace couvrit le léger bruit des sacs à dos bien sanglés. Plus haut, les coureurs rejoignirent un empierrement en escalier et croisèrent des concurrents véloces en partance pour Montferrier. Au demi-tour dans l’enceinte de Montségur, de curieux touristes inspectaient chaque recoin avec des détecteurs de métaux. Cela intrigua Bruno et son compagnon lui expliqua le contexte, sans confidence superflue…

 

Depuis peu, une fièvre aurifère de chasse au trésor se propageait comme pollen au gré du vent d’Autan. La forte valeur intrinsèque d’un objet enterré alimentait des espoirs de richesse facile à obtenir. Tous les sites renommés subissaient l’invasion de fourmis humaines armées de capteurs, pioches, pelles et autres ustensiles de pionniers. Pour les dissuader, des prédicateurs affluaient déjà, annonçant de terribles dangers à remuer ces lieux marqués par les massacres et les souffrances. Cette diabolisation ne lui plaisant guère, Serge esquissa un léger rictus dans sa courte barbe blanche. Il reprit une version objective des faits, dont il connaissait chaque détail, testant ainsi son aptitude à préserver l’anonymat. Il raconta tout de la version offerte au public via quelques médias régionaux, vite reprise à plus grande échelle : la réplique d’une colombe de seize kilogrammes d’or massif gisait en un emplacement secret du département de l’Aude. Une première énigme indiquait le site où se cachait l’indice permettant d’aller au point suivant, jusqu’à atteindre l’objectif en quinze étapes.

 

Bruno s’intéressa :

— Et si personne ne déchiffre la devinette ?
— L’organisateur s’est engagé à en révéler une chaque semaine.
— Donc le trésor sera déterré dans moins de 4 mois, tout simplement.
— Pas sûr, la dernière énigme est la plus difficile… enfin… j’imagine !
— Dis-moi, avec ta connaissance de la région, tu devrais participer.
— Bof ! À l’aide d’Internet, il suffit de faire le tri entre les réponses, n’importe qui peut y arriver… il me semble. Et ça permet aux curieux de se cultiver… mais ce n’est que mon point de vue !
— J’aime bien ta façon d’expliquer, tu n’affirmes jamais ce dont tu n’es pas sûr.
— D’autres se chargeront de déformer ou de mentir… pas moi.
— Et comment réagissent les habitants ?
— Mmhh… pas toujours bien !

 

En effet, l'annonce de ce nouveau trésor cathare avait réveillé quelques conflits d’intérêts endormis dans la population régionale. Des professionnels du tourisme comptaient fermement tirer profit de cette manne inespérée, les plus réactifs promettant de fournir des indices à leurs clients. Pour éviter ces dérives, des villageois demandaient aux élus la mise en place de mesures de précaution, notamment la signature d’une charte de bonne conduite. Les discussions de comptoir allaient bon train, même pour les fervents supporters des équipes locales de rugby qui trouvaient matière à lancer des paris en l’air. Le sujet déliait les langues et rappelait des vieilles histoires aux contours flous. Par rapprochement d’idées, certains voyaient un lien entre ce nouveau jeu de piste et le fabuleux secret de l’abbé Saunière.

 

Deux théories de complots s’affrontaient aussi. Une rumeur racontait que des descendants de seigneurs dépossédés, appelés « faydits », tendaient un piège aux cupides afin de se venger de ceux qui avaient massacré leurs aïeux. Le bruit courait qu'ils avaient inventé l’existence de ce nouveau trésor cathare avant une opération d'envergure contre les actuels propriétaires de ces biens acquis par le sang de milliers d'innocents. À l'inverse, une autre légende prétendait la présence d'une secte d'inquisiteurs décidés à retrouver le mystérieux butin disparu au XIIIe siècle. Selon cette croyance, les pessimistes redoutaient les pires méthodes pour arriver au Graal. Il était même évoqué des tortures et des exécutions par le feu, probablement au pied du pog de Montségur, ou alors à Bugarach, cet endroit jouissant d'une connotation ésotérique plus prononcée.

 

Des incidents réels alimentaient toutes ces divagations, puisque de nombreuses incivilités gangrenaient les relations entre les poursuivants du même objectif. Tout y passait, irrespect des règles de courtoisie, détérioration de matériel, intimidations. Pire, plusieurs chasseurs d’or avaient retrouvé leurs véhicules avec une roue crevée. Certains avaient déposé plainte auprès de la gendarmerie. D'après des observateurs attentifs, seules les voitures aux plaques d’immatriculations audoises et limitrophes étaient épargnées. Ces actes de vandalisme portaient étrangement la signature d'un groupe nommé « Los faydits », laissant systématiquement le même message : « Remenda ta roda e entorna en teu païs* ».

 

* Répare ta roue et rentre chez toi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Indice (2) : édifice médiéval, des cinq fils, l’oriental.

La Mission

 

Aux minets enrobés, les menus allégés,

À mission murmurée, la raison du secret.

 

 

« Vas-y Bijou, libère ton instinct de chasseur ! » plaisanta Myléna en observant le minet pousser une croquette dans une rainure. Exit la gamelle bien pratique et vidée sans plus d’effort que celui de se pencher. Le vétérinaire avait conseillé la jeune femme de jouer sur le levier de la difficulté, en plus d'une alimentation allégée. La surprise s'était transformée en curiosité en expérimentant un tapis caoutchouteux alvéolé dans lequel les amuse-gueules se logeaient avec malignité. Le chat avait commencé par manger quelques victuailles accessibles, puis entrepris une pêche miraculeuse de sa patte de velours. Hélas pour lui, les tentatives d’utilisation des griffes en guise d'hameçon restèrent infructueuses. Sournoisement, le temps du repas s'était considérablement allongé pour une portion réduite.

 

Afin de garder Bijou en bonne santé, la maîtresse lui avait aussi acheté un distributeur aléatoire. L'objet cylindrique comportait un réservoir de croquettes, et quelques trous afin de semer parcimonieusement le contenu sur le sol en roulant. D’après le spécialiste de santé animale, l’investissement se justifiait largement, eu égard à la surcharge pondérale du minet. Délaissant la mangeoire ludique enfin nettoyée, le prédateur de pacotille, attiré par l’odeur de nourriture, s'attela à pousser le jouet alimentaire pour compléter son repas. Lorsqu'il n'y eût plus rien à récolter, le félin épuisé par tant d'exercice se laissa tomber mollement sur le sol et se lécha les pattes avec application. Myléna aimait le voir faire sa toilette de sa langue rose et râpeuse, n’interrompant son activité que pour prêter l’oreille à un bruit suspect.

La jeune femme fit une sauvegarde de son travail en cours et éteignit l’ordinateur. Elle réalisait d’après un sondage, un nouveau rapport analytique détaillé sur le climat social d’une entreprise. Ce type de prestation devenait plus fréquent, à mesure que la pression sur les salariés augmentait et que les dirigeants redoutaient les mouvements de grève. Myléna se sentait un peu complice de manipulateurs à la sincérité douteuse, la grogne du personnel se laissant anesthésier par l’alternance des questionnaires et des comptes-rendus. Elle y devinait les réponses complaisantes de ceux qui redoutaient un anonymat défaillant. Les graphiques ainsi que les commentaires obtenus d’après ces mesures biaisées n’obtenaient pas son intime approbation. Cela étant, elle pouvait en vivre en espérant décrocher un jour de bien meilleures occupations intellectuelles. Avant de sortir, elle posa un tendre baiser sur le crâne velouté du mistigri indolent.

Dans l’immédiat, elle devait se rendre chez un assureur, recommandé par son amie, afin de finaliser deux contrats, multirisque habitation et automobile. Le cabinet se trouvait à proximité, place Montoulieu, à cinq minutes à pied. Elle enfila ses chaussures, attrapa son sac et se mit en chemin. Sur la place Sainte-Scarbes, deux gamins s’aspergeaient d’eau de la fontaine en riant de leur bonheur instantané. La plaque de la rue suivante indiquait l’origine de son nom, Guilhem Unaut de Lanta, défenseur de la barbacane au deuxième siège de Toulouse. La muraille n’existait plus, transformée en vastes habitations, contrastant avec les ruelles étroites qui se situaient derrière le rempart. Par ici une petite sculpture de cavalier croisé, ailleurs une plaque, rappelaient que Simon de Montfort avait été tué par les Toulousains. S’y ajoutait une moralité résumant la fin de ce responsable d’odieux massacres de populations occitanes : « Venc tot dreit la peira lai on era mestiers* ».

* La pierre vint tout droit là où il fallait.

Des touristes photographiaient le palais Niel, un couple d’amoureux sortait du Jardin Royal au moment où la trentenaire entra chez l’assureur. Il lui indiqua une chaise de sa main libre, l’autre tenant un téléphone. Visiblement contrarié, l’homme posa quelques questions sur les circonstances d’un sinistre. Sans chercher l’indiscrétion, Myléna imagina l’appel relatif à un cambriolage. Sitôt les derniers mots échangés et l’appareil raccroché, il vint lui serrer la main avec un beau sourire et des propos élogieux pour leur connaissance commune, Candice. Une bonne cliente qui en recommande une autre étant une aubaine dans sa profession, les présentations en furent facilitées. Dès sa première phrase, le gérant félicita la sportive car il avait eu écho de sa participation au triathlon de Saint-Jean-de-Luz. Le professionnel sortit les propositions qui attendaient la relecture et les paraphes. Aucune remarque ne vint entacher la sérénité de la transaction vite conclue, laissant libre cours à des sujets divers. Quand celui des vacances d’été fut évoqué, Myléna annonça son séjour aux confins de l’Ariège et de l’Aude, entre pays d’Olmes et Chalabrais.

 

Entendre cette destinationprovoqua une étincelle dans l’esprit de l’assureur. Manifestant une confiance opportune avec la jeune femme au visage rayonnant, il osa demander un service. Elle acquiesça sur le principe, dans l’attente de détails. Apparemment soulagé mais prudent comme un vieux renard, il entama une explication au conditionnel : cela concernait le contenu mystérieux d’un coffre privé. Elle ne marqua aucune réaction, il continua. L’assuré qui venait d’appeler y avait placé un objet de grande valeur et réclamait le remboursement à la suite d’un vol par effraction. Selon le flair du gérant, la situation paraissait inhabituelle, un peu louche : le contrat récent, le client loin de Toulouse, père d’un salarié venu signer ici depuis peu, les coïncidences se bousculaient. Pour lever le doute, il était question d’investiguer sur place, près de Chalabre, afin de vérifier la cohérence de la déclaration ou de détecter des contradictions. En échange de quoi, Myléna allait bénéficier d’une remise commerciale ou beaucoup mieux, un chèque de récompense si la compagnie évitait le remboursement du vol. Elle fit un grand sourire approbateur et complice.

 

Les seuls éléments que l’assureur lui montra devaient demeurer secrets, l’adresse de l’assuré, la facture d’un fondeur de métaux précieux et celle de l’installateur de l’alarme. Ce dernier, au moins, faisait partie depuis longtemps de la clientèle du gérant. Lui-même l’avait recommandé pour sécuriser l’habitation. La jeune femme fut autorisée à noter les coordonnées avant la mise sous clef des documents. Bien sûr, la procédure normale suivrait son cours, une déposition auprès des gendarmes et une enquête officielle. Quant à la recherche parallèle, l’assureur n’autorisait aucune allusion à cet accord ni la moindre confidence à des proches. Adorant déjà cette mission, Myléna jubila sans rien montrer d’autre qu’un flegme de circonstance. Elle prit la chemise cartonnée contenant ses certificats, autocollants, support de vignette pour pare-brise et constat amiable vierge. Un au revoir amical clôtura la visite.