Le Rêve de Réto - Laurence Baranski - E-Book

Le Rêve de Réto E-Book

Laurence Baranski

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Beschreibung

Spire est une planète semblable à la Terre, située dans la Troisième Galaxie. Mais elle est en avance sur la Terre, car les spiriens ont déjà effectué le Grand Passage. Depuis, leurs vies sont inspirées et guidées par leurs plus beaux rêves. C’est ce que Réto, un jeune habitant de Spire, expliquera à Sophie, une jeune terrienne, d’ailleurs très surprise d’être capable de dormir dans son lit, et en même temps de rencontrer Réto ici, au pays des rêves, au cours de trois nuits successives.
Quel est donc ce curieux pays où l’on communique par télépathie, où les petits chiens parlent comme des humains, où les cœurs brisés parviennent à se réparer pour aimer à nouveau, et où un petit point lumineux se met à nous révéler les lois de la vie ?
Mais surtout, comment les terriens pourraient-ils eux aussi effectuer le Grand Passage ? Comment leur parler de l’amour, si magique ? Comment toucher leurs cœurs ? Comment leur dévoiler le secret ? Et comment leur donner envie de réveiller en eux leurs belles pensées, celles qui ont le pouvoir de transformer la réalité ? Les terriens entendront-ils ?

À PROPOS DE L'AUTEURE

Laurence Baranski est auteure et conférencière. Consultante spécialisée sur le thème du changement individuel et collectif, elle intègre dans son approche la dimension spirituelle de la vie. Le Rêve de Réto est son premier roman, écrit il y a vingt ans, et rêvé lorsqu’elle en avait 6. Peut-être fallait-il attendre notre époque si particulière pour que ce récit initiatique trouve son éditeur et rencontre ses lecteurs…

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Seitenzahl: 251

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Laurence BARANSKI

Le Rêve de Réto

Roman

Cet ouvrage a été composé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN papier : 978-2-38157-065-5ISBN Numérique : 978-2-38157-066-6

Dépôt légal : Décembre 2020

© Libre2Lire, 2020

Il était là, silencieux. Comment avaient-ils pu en arriver là ? L’amour est un grand mystère, l’un des plus insondables qui soient. Comment avaient-ils pu en arriver là ?

*

Elle tissait. Elle tissait des fils de lumière. Elle avait choisi les couleurs de l’arc-en-ciel.

*

Il cherchait. Il ne savait pas encore quoi, mais il cherchait.

*

Ils étaient trois. Ils méditaient. Dans quelques instants chacun s’ouvrirait à l’autre, laissant entrer en lui-même ses intentions et son serment. Chacun ferait siennes les paroles prononcées. Ils uniraient ainsi leurs espoirs et leurs volontés dans un pacte qu’ils nommeraient… l’Alliance sacrée.

Entre rêve et réalité

Elle tissait. Elle tissait des fils de lumière. Elle avait choisi les couleurs de l’arc-en-ciel. Tresses, torsades, tourbillons et spirales prenaient forme sous l’action de ses doigts souples et légers qui dansaient au rythme d’une musique intérieure. Elle se tenait le plus souvent debout. Son corps ondulait. Il accompagnait le mouvement de ses mains. Parfois, elle s’asseyait en tailleur. Seuls alors son torse, ses bras, ses mains, et sa tête bougeaient. Elle effectuait ainsi le travail plus précieux, celui qui nécessitait encore plus de délicatesse et de douceur. Puis elle se relevait et reliait entre elles ses broderies lumineuses.

Elle poursuivait ainsi son travail de tisserande. Elle avançait, se baissait, ou se dressait sur la pointe des pieds pour atteindre un fil qui ondoyait au-dessus d’elle. Elle prenait de temps à autre du recul pour s’assurer de l’harmonie d’ensemble, sans pour autant lâcher les rayons d’or et d’argent qui allaient venir la compléter.

Peu à peu le rouge, l’orangé, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet se croisaient, se mariaient, puis s’éloignaient pour mieux se retrouver dans la dynamique infinie d’une spirale ou l’ondulation régulière d’une tresse. Progressivement, les mouvements s’unifiaient, les figures se répondaient, les couleurs vibraient.

Nourrissant son œuvre, qui à son tour la tour la nourrissait, elle était tout entière dédiée à sa création. Elle était sa création, comme elle lumineuse et rayonnante. Une joie, une sérénité et une puissance indicibles émanaient d’elle. Elle était tout à la fois harmonie, incarnation de la paix, mélange immédiat et spontané de force et de beauté.

Il était 5 heures du matin. Son corps endormi et lourd était recouvert d’un simple drap. C’était l’été. Un sourire éclairait son visage d’enfant. Elle allait avoir 6 ans. Elle s’appelait Sophie. Elle habitait la planète Terre.

*

Il cherchait. Il ne savait pas encore quoi, mais il cherchait. Les critères lui permettant de savoir qu’il aurait trouvé étaient simples. Son père les lui avait expliqués. « Ton cœur se mettra à battre plus fort puis se calmera. Tu éprouveras une impression d’évidence. Dans le même instant, tu imagineras tout ce qu’il te serait possible de faire, de penser, de créer. Autant de choses dont tu ignorais jusqu’à ce moment-là l’existence ou la possibilité de réalisation. Tu te mettras à sourire, d’un sourire plein d’espoir et de joie. Tu te sentiras léger, comme transporté. Tu sauras alors que ce que tu cherchais est cela ».

Lorsque son père avait prononcé ces mots, il savait que seul son fils pouvait trouver en lui-même ce qui donnerait du sens à sa vie, ce qui serait le sens de sa vie. Le projet de vie ne pouvait prendre naissance que sur la base d’une alchimie unique entre l’état vibratoire de chacun et celle du monde qui l’entourait. À partir de là, la création pouvait commencer. C’était à son fils de trouver son rêve. C’était comme une loi. Une loi qui reliait au monde tout en respectant plus que tout autre la spécificité, l’unicité, et la puissance créatrice de chacun. Une loi qui transformait chacun en auteur de sa propre vie. Une loi par laquelle chaque être pouvait, s’il le souhaitait, exprimer progressivement la totalité de ses richesses et potentialités. Une loi qui rendait heureux, tout simplement.

Il avait le temps de trouver. Rien ne le pressait. Mais il était d’une nature curieuse et impatiente. Alors, il consultait le Grand Livre des Savoirs et des Mondes. Bien qu’il essayât de se concentrer au maximum, sa tête s’enfonçait de plus en plus profondément dans l’oreiller moelleux. Doucement, il plongeait dans le sommeil… Le livre glissa de ses mains et s’ouvrit sur une page au début de laquelle était écrit, en gros, le mot Terre.

Il avait 7 ans. Il s’appelait Réto. Il habitait la planète Spire. En alphabet spirien, cela s’écrivait…

Il était là, silencieux. Comment avaient-ils pu en arriver là ? L’amour est un grand mystère, l’un des plus insondables qui soient. Comment avaient-ils pu en arriver là ?…

Première nuit

Voyage 1 : La rencontre

Lorsqu’il l’aperçut, elle était en train de relier entre elles deux spirales de lumière. L’une rose et bleu pâle, l’autre verte et orangée. Elle se concentrait comme si elle voulait absolument, semble-t-il, que les spirales se mélangent sans que les couleurs ne se noient les unes dans les autres. Elle se tenait debout et faisait bouger ses bras avec grâce. Leurs mouvements activaient une énergie au contact de laquelle les spirales, les tresses et les torsades se réorientaient.

Il resta là un moment, à la regarder. Il ne voulait pas l’interrompre. Lorsqu’elle fit deux pas en arrière comme pour embrasser plus largement du regard son travail, il s’approcha d’elle. Elle ne semblait pas le voir. Il s’approcha encore plus près. Elle ne le voyait toujours pas. Devait-il lui faire remarquer sa présence ? Il hésitait. Elle semblait plus jeune que lui. Elle semblait joyeuse. Il se décida enfin :

— Je m’appelle Réto.

Elle n’entendit pas.

— Je m’appelle Réto, répéta-t-il.

Elle se retourna alors.

— Bonjour, répondit-elle d’une voix effectivement joyeuse, je m’appelle Sophie.

Puis elle lui tourna aussitôt le dos et revint vers les spirales. Apparemment, elle n’avait pas envie de parler.

— Que fais-tu ? se hasarda pourtant à demander Réto.
— Tu vois, répondit-elle sans quitter des yeux son travail, je voudrais que ces deux spirales se rejoignent, mais sans que les couleurs se mélangent. Voilà plusieurs fois que j’essaie, mais je ne suis pas vraiment contente du résultat.

Elle s’arrêta alors, se retourna à nouveau vers lui, et le regarda avec plus d’insistance comme si elle le voyait enfin. Il paraissait un peu plus âgé qu’elle.

— Aimes-tu ce que j’ai fait ?

Il trouvait la toile d’une grande gaîté. Il avait vu des œuvres semblables au Musée de Lumière qu’il était allé visiter avec son père. C’était il y avait quelque temps déjà.

— Oui… Mais… Peut-être devrais-tu mettre un peu plus de bleu argenté de ce côté !

Il désigna la partie gauche de l’œuvre.

— Ah bon ! Tu crois ?

Elle n’était pas convaincue mais elle se dit qu’elle pourrait peut-être essayer. Ce jeune garçon, aux grands yeux allongés, l’intriguait soudain.

— D’où viens-tu ? demanda-t-elle.
— Je viens de la planète Spire, située dans la troisième galaxie. Et toi ?

Elle ne répondit pas immédiatement. D’où venait-elle au fait ? Après avoir réfléchi un instant, elle répondit :

— Je viens de la planète Terre… enfin, je crois… je ne sais pas bien… et… je ne sais pas où elle est située…

Elle avait l’impression de se réveiller subitement. « Si je viens de la Terre, qu’est-ce que je fais là ? » se demanda-t-elle. « Que s’est-il passé pour que je me retrouve là ? » Elle se concentra : des images apparurent devant ses yeux. Elle vit le visage aimant d’une femme… ah oui ! sa maman… elle vit la femme l’embrasser. Elle, elle était allongée sur… comment dit-on… ah oui ! un lit… voilà, elle était au lit et sa maman lui a dit, en remontant un drap jusqu’à son cou et en touchant de ses lèvres sa joue :

— Bonne nuit ma Sophie chérie, dors bien et fais de beaux rêves.

Mais pourquoi alors se retrouvait-elle là en train de tisser des fils de lumière. Que s’était-il passé ? Elle regarda Réto.

— Écoute, je crois bien que je viens de la planète Terre, et je crois… mais je ne suis pas bien sûre… je crois que je suis en train de dormir et que je rêve que je tisse des fils de lumière aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Elle n’en revenait pas elle-même tellement cela lui paraissait curieux. Mais alors, si elle dormait, comment pouvait-elle être là, et être en train de parler ? Mais… tout se mélangeait dans sa tête. Et lui, que faisait-il là ?

Réto sentit le trouble de Sophie :

— Oui, tu es certainement en train de dormir, enfin, ton corps dort. Toi, tu es là, là où ton rêve t’a conduite.
— Mais… et toi alors… que fais-tu là ?
— Moi aussi je dors. Enfin, comme le tien, mon corps dort. Pour l’instant, je me promène. Je ne savais pas où aller dans mes rêves aujourd’hui. En fait, en ce moment, je passe beaucoup de temps à chercher.
— Et que cherches-tu ?
— Je cherche mon rêve.
— Mais tu ne peux pas chercher ton rêve puisque tu es dedans, dans ton rêve. Tu viens de me le dire.
— Oui, je suis dans mon rêve, mais je cherche « mon rêve ». Celui que je pourrai ramener avec moi sur Spire.

Sophie ne comprenait rien.

— Mais, attends, qu’est-ce que tu veux faire d’un rêve sur Spire ? Et puis Spire, d’abord, c’est quoi ? Et puis ? … ?… ?

Les questions se pressaient et se bousculaient de plus en plus dans sa petite tête d’enfant. Elle ne comprenait vraiment plus rien : si je dors, je ne suis pas là… et s’il me dit qu’il dort, il n’est pas là non plus… mais pourtant je suis bien là… je ne rêve pas… mais si, je rêve… et je suis là… Alors, pourquoi est-ce que je dis que j’habite sur Terre… ???

Réto voyait le trouble de Sophie grandir. Il devinait les questions qu’elle était en train de se poser. Ou plutôt, il les entendait. Il sourit, amusé.

— Pourquoi souris-tu ? Tu te moques de moi ?
— Non, je ne me moque pas du tout. Je souris parce que tu te poses tout plein de questions et que tes questions m’amusent. C’est comme si tu ne savais pas vraiment si tu es là.
— Ben oui !

Des souvenirs de plus en plus précis revenaient progressivement en mémoire à Sophie. Elle se souvenait à présent très bien qu’elle habitait sur la Terre. Elle avait une maman et un papa, qu’elle aimait beaucoup, énormément, et un petit frère, tout petit, qui était sorti du ventre de sa maman tout récemment.

Elle se souvenait même du jour. Sur Terre, on était le 10 septembre. Elle s’en souvenait bien car le lendemain, le 11, ce serait son anniversaire. Le 10 septembre 19… combien déjà… 19… Ah, mince ! Elle se savait plus… Enfin, on était bien le 10 septembre et demain, elle invitait des amis à la maison. Maman et elle avaient déjà préparé les gâteaux. Elles avaient décoré la maison et accroché des guirlandes au plafond. Elle s’en souvenait bien car elle avait eu un peu peur que sa maman tombe de la chaise sur laquelle elle était montée pour fixer les guirlandes. Enfin… elle se souvenait bien qu’elle habitait sur Terre !

Elle ferma alors les yeux et imagina la Terre. Elle vit une boule bleue, de loin, qui se rapprocha progressivement. Elle vit de l’eau, beaucoup d’eau. Elle se souvint que cela s’appelait des mers et des océans. Elle vit des arbres… oui, c’est cela… des forêts. Elle vit des montagnes aussi. Et des champs. Puis elle vit des grappes de maisons. La boule se rapprochait de ses yeux. Ou plutôt était-ce Sophie qui se rapprochait de la boule ? Enfin, dans tous les cas, elle vit des grappes de maisons et de bâtiments, partout sur les terres, mais réparties irrégulièrement. Elle se rapprocha encore de la boule, ou était-ce l’inverse, et s’orienta vers l’une des grappes de maisons et de bâtiments. Elle se rapprochait de chez elle. Oui, elle le sentait. C’était sa… sa… quel était le mot déjà… ah oui ! … sa ville. Voilà, elle voyait sa ville, et, dans la ville, elle se dirigea vers sa maison. C’est cela, elle y était. L’entrée, le couloir, et au fond… sa chambre. Elle se rapprocha encore. Dans la chambre, il y avait un bureau, une chaise, son énorme nounours en peluche… elle les voyait. Puis, la commode… elle y rangeait ses secrets, dans le fond du tiroir du bas… mais chut ! il ne fallait pas le dire… et… son lit. Soudain, subitement, elle rouvrit les yeux, interloquée, stupéfaite.

— Eh bien, que se passe-t-il ? l’interrogea Réto.
— Ben… euh… euh…

Elle était incapable d’exprimer le moindre mot. Ce qu’elle venait de voir était tellement… tellement…

— Eh bien, que se passe-t-il ? demanda à nouveau Réto.

Sophie respira bien fort, elle chercha à se calmer. Elle venait de voir…

— Réto, je viens de voir… Sophie.
— Oui, et alors ?
— Mais je te dis que je viens de voir Sophie. Enfin, Sophie, je veux dire « moi ». J’étais allongée sur mon lit, je ne bougeais pas. J’étais là, recouverte d’un drap !

Elle ne parvenait pas à se calmer.

— Oui, c’est ce que je te disais tout à l’heure. Tu t’es vue en train de dormir. Enfin, tu as vu ton corps endormi, c’est normal.
— Mais Réto, comment est-ce que je peux être dans mon lit, et être là à parler avec toi ? Il faut vite que je rentre chez moi… maman croit que je suis dans mon lit en train de dormir. Si elle s’aperçoit que je suis là, elle va me gronder ! J’obéis toujours à maman. Et elle m’a dit de ne jamais m’éloigner d’elle sans le lui dire.
— Attends, Sophie, calme-toi. Ta maman sait bien que tu rêves. Qu’est-ce qu’elle te dit, le soir, avant que tu ne t’endormes ?
— Eh bien, elle m’embrasse…
— Oui, et qu’est-ce qu’elle te dit ?
— Eh bien elle me dit…

Sophie chercha dans ses souvenirs. C’était bizarre, cette difficulté qu’elle avait à se souvenir… Ah, oui, voilà !

— Elle me dit : « Dors bien, ma Sophie chérie, et fais de beaux rêves ».
— Ah ! Tu vois bien. Elle te dit « Fais de beaux rêves ». C’est elle-même qui te le dit. Donc elle sait que tu vas rêver. Elle ne pourra pas te gronder puisqu’elle le sait.

Mais, Réto, elle me dit de rêver, pas de partir !

Réto sourit puis respira profondément comme quelqu’un qui sent qu’il va devoir s’armer de patience.

— Écoute, soit raisonnable ! Si tu veux rêver, il faut bien que tu partes… que tu partes de ton corps pour voyager. C’est ça, le rêve. Sinon, comment veux-tu rêver ? Et ta maman le sait bien puisqu’elle te souhaite de faire de beaux rêves.
— Mais… non… je ne crois pas… maman ne sait pas…

Sophie était perplexe. « Si maman le savait, elle me demanderait où je pars. Elle a toujours peur qu’il m’arrive quelque chose quand je suis loin d’elle. Elle doit s’inquiéter ».

Sophie fronça les sourcils, comme quelqu’un qui tente de rassembler ses pensées, le regard perdu à l’intérieur d’elle-même. Elle était bien là, elle le sentait, elle le voyait. Par quel mystère pouvait-elle également se trouver là-bas, dans son lit ? Si Réto avait raison, elle y avait en fait laissé son corps de petite fille et un autre corps, le sien, le même, « elle » en tout cas… ça, c’était sûr !… Était ailleurs, c’est-à-dire… ici. Ici !??

— Sais-tu où nous sommes ? demanda-t-elle soudain à Réto.

Réto la regarda, étonné. Oui, évidemment, il savait.

— Mon père appelle cela le Pays des rêves. Il m’a dit que c’est une immense contrée, un espace très vaste où l’on peut tout faire, tout voir, tout entendre, tout créer. Il m’a dit aussi que cet espace est un monde à la fois imaginaire et réel. Comme si rien n’existait ici, mais en même temps que tout existait.

Sophie l’interrompit :

— Et sais-tu comment nous sommes arrivés ici ?
— Oui, bien sûr.

Sophie posait vraiment des questions étonnantes.

— Lorsque notre corps s’est endormi, nous nous sommes mis à voir des images, comme des films qui se déroulaient sous nos yeux. L’un d’eux nous a plu, nous avons eu envie d’en savoir plus, et nous sommes entrés dedans. Apparemment, aujourd’hui, nous avons choisi le même film, ajouta-t-il en souriant.

Sophie tenta de se remémorer ce qui s’était passé entre le moment où sa mère l’avait embrassée et celui où Réto l’avait sortie de son rêve. Ou plutôt, l’avait fait entrer dans son rêve. Enfin, non ! … bref ! … le moment où elle avait pris conscience qu’elle rêvait. C’est ce que Réto lui disait. Elle essayait de se remémorer… mais elle ne se souvenait de rien. Rien ! Un trou noir. Un vide. Impossible de se souvenir des films dont parlait Réto, des images qu’elle avait le plus aimées, et de celles qu’elle avait choisi d’explorer.

Sophie regarda autour d’elle. Il n’y avait rien. Mais ce n’était pas « rien » comme quand on dit « rien ». C’était « rien » mais « quelque chose » en même temps. Mais « rien » tout de même car elle aurait été incapable de décrire quoique ce soit…

— Mais il n’y a rien, ici, dit-elle.

Réto venait de lui dire que l’on pouvait tout créer dans ce monde. Il lui racontait vraiment n’importe quoi ! Comme si, juste parce qu’elle en avait envie, elle pouvait créer, comme cela, un… un quoi par exemple… tiens, un manège ! Voilà, un grand manège avec des chevaux, des avions, des voitures. Un manège de toutes les couleurs qui tournerait au rythme d’une chanson entraînante. Soudain, à l’instant même où elle l’imaginait, devant elle, se dressa… un manège. Elle fit un pas en arrière.

— Réto, tu as vu, là, devant moi !
— Quoi ?
— Ben, là ! Le manège enfin !

Réto se retourna.

— Non, je ne vois rien !
— Quoi, tu ne vois rien…

Sophie redevint perplexe. Réto ne voyait rien. Donc, il était incapable de voir ce qu’elle avait imaginé, ce qu’elle avait créé ?

— Réto, dit-elle sur un ton ferme. Devant moi, il y a un manège.

Elle s’en approcha. Le manège stoppa sa course sur lui-même.

— Tu vois, je peux le toucher, monter dedans si je veux.

Elle revint vers Réto.

— Et toi, tu ne le vois pas ?!? s’exclama-t-elle, le bras tendu en direction du manège.
— Non, je ne vois rien, répondit calmement Réto.
— D’accord, reprit-elle sur le même ton. Cela veut dire que tu ne peux pas voir mon rêve. Alors, pourquoi, lorsque je t’ai demandé si ma toile te plaisait, tu m’as proposé de mettre du bleu par-ci, et de l’argenté par-là. Puisque tu ne voyais rien, tu te moquais de moi.
— Mais je t’ai dit ça parce que je trouve que la spirale en haut à gauche manque de couleur bleue. Et, à mon goût, ce serait plus joli si tu rajoutais de l’argenté là… Tu vois, comme ça, la tresse verte du bas viendrait rejoindre la spirale rose et bleu pâle du milieu, se mêlerait à la torsade jaune et orangée de droite et finirait par se perdre dans le bleu que tu aurais rajouté à gauche.

Oui, c’était bien sa toile que Réto décrivait. Pour pouvoir dire cela, il fallait qu’il la voie. Donc, il la voyait ! Elle tenta une expérience. Elle imagina un grand sapin, très grand, très vert, dont les aiguilles étaient comme du velours. Instantanément, le sapin apparut devant elle. Elle dit à Réto :

— S’il te plaît, retourne-toi, et dis-moi ce que tu vois.

Réto s’exécuta. Il regarda devant lui, tourna légèrement la tête sur les côtés. Puis…

— Rien, je ne vois rien. Que devrais-je voir ? dit-il en se tournant à nouveau vers Sophie.
— Devant moi il y a un grand sapin, très grand, très vert, dont les aiguilles sont comme du velours. Tiens, je viens même de voir un petit écureuil qui sautait de branche en branche. Mais, apparemment, toi, tu ne le vois pas. Donc, tu ne peux pas voir mes rêves.

La conclusion de Sophie tomba comme un couperet.

Ce fut au tour de Réto d’être intrigué. Sophie avait-elle raison ? Mais alors, s’il était incapable de voir ce que Sophie imaginait, pourquoi voyait-il sa toile ? Cette toile était dans le rêve de Sophie, elle était son rêve. Or, il la voyait bien, elle. Il fallait faire l’expérience en sens inverse ! Il imagina un grand vaisseau spatial, comme ceux que l’on construisait sur Spire, un vaisseau de forme arrondie. Immédiatement, le vaisseau apparut.

— Sophie, retourne-toi, et dis-moi ce que tu vois.

Sophie fit demi-tour sur elle-même. Elle scruta le paysage devant elle.

— Euh ! … Ben rien… je ne vois rien. Il y a quoi devant moi ?
— Il y a un vaisseau spatial comme ceux que l’on construit sur Spire. Un jour, je veux en piloter un. Ces vaisseaux sont capables d’avancer à la vitesse de… Mais bon, ce n’est pas la peine que je t’en dise plus. Tu es sûre. Tu ne vois rien.
— Ben non ! Rien.
— Alors, cela veut dire que tu as raison. Je ne peux pas voir tes rêves, et toi, tu ne peux pas voir les miens.

Un voile assombrit le visage de Sophie pourtant rayonnant quelques instants auparavant. Les grands yeux de Réto se fermèrent.

— Oui, moi aussi, j’aurais bien aimé me promener dans tes rêves dit-il comme en écho à la pensée de Sophie.

Sa voix était chargée de déception.

Un voile de tristesse se posa silencieusement sur eux. Ils échangèrent un regard impuissant et s’assirent. Puis, dans un mouvement presque parfaitement synchronisé, chacun d’eux appuya ses coudes sur ses genoux et mit sa tête dans ses mains. Il oublia qu’il s’était retrouvé là car il était à la recherche de son rêve. Elle oublia qu’elle ne comprenait toujours pas comment elle pouvait être ici et là-bas à la fois, et que si sa maman s’en apercevait, elle serait très inquiète. Tous deux oublièrent qu’ils pouvaient pourtant voir l’œuvre de Sophie. Ils oublièrent tout cela. Ils venaient de se rendre compte qu’ils ne pouvaient pas partager leurs rêves. Seul cela comptait. Un silence profond s’installa entre eux… Il envahit l’espace.

Première nuit

Voyage 2 : Les belles pensées

Sophie était assise, la tête entre ses mains, ses coudes sur les genoux. « Ouaf ! », « Ouaf ! » entendit-elle soudain. Le bruit provenait de sa droite. Elle se tourna légèrement et aperçut, non loin d’elle, une petite boule de poils bancs qui la regardait. « Oh, qu’il est mignon », pensa-t-elle en souriant. La boule se rapprocha de Sophie et se frotta doucement contre ses jambes. Elle était amicale. « Ouaf ! », « Ouaf ! ». Les petits bruits qu’elle émettait se faisaient de plus en plus légers.

— Regarde Réto, comme il est mignon !

Sophie se retourna vers son compagnon. Il n’y avait personne ! Elle regarda autour d’elle… derrière… personne non plus… !?! Réto avait disparu ! Elle fut d’abord surprise… puis déçue… et elle finit par se rendre à l’évidence : elle ne pourrait pas lui montrer la petite boule de poils blancs, voilà tout ! Elle prit alors la boule dans ses bras et la regarda dans les yeux :

— Bonjour toi, comment t’appelles-tu ?

La petite boule ne répondit pas, évidemment !

— Tu ne sais pas. Eh bien, je vais t’appeler Réto. Est-ce que tu es d’accord ?

C’était le nom de son ami, mais il venait de disparaître, sans même la prévenir. Alors, elle pouvait bien s’inventer un autre Réto ! La petite boule se blottit tendrement dans les bras de Sophie.

— Oui, tu es d’accord. Alors, tu es Réto. Et moi, je suis Sophie.
— Bonjour Sophie !

Sophie recula la tête et le corps dans un mouvement de surprise. Avait-elle bien entendu ?!?

— Tu parles !?!
— Non, répondit la petite boule. Enfin oui, d’une certaine manière. En fait, je me contente de penser. Et toi, tu entends mes pensées. En ce moment, je ne parle pas, je pense seulement ce que j’aimerais que tu entendes. Et toi, tu l’entends.
— Moi je parle, et toi tu penses. Et comme cela, nous pouvons communiquer. C’est cela ?

La petite boule se mit à rire.

— Non, pas tout à fait. N’as-tu pas remarqué que, toi non plus, tu ne parles pas ?
— Mais si, tout à l’heure, avec Réto, l’autre Réto, je parlais.
— En es-tu bien certaine ?

Sophie réfléchit. C’est vrai ! Lorsque Réto s’était adressé à elle, il n’avait pas ouvert la bouche. En se remémorant leur rencontre, elle se souvenait à présent de ce détail. Réto n’avait pas véritablement émis de sons, mais elle, en revanche, avait très bien entendu ce qu’il lui disait.

— Oui, c’est vrai, Réto ne me parlait pas vraiment. Mais pourtant, j’entendais tout ce qu’il me disait.
— Et là, est-ce que tu me parles ?

Sophie s’observa. En fait, aucun son ne sortait de sa bouche. Elle parlait… mais en restant muette. Ses lèvres ne bougeaient pas non plus.

— Ah oui ! Je comprends, je te parle, mais je n’ai pas besoin de prononcer de mots et d’émettre des sons pour cela. En fait, il suffit que je pense à ce que je souhaite te dire, et toi, tu l’entends.
— C’est de la transmission de pensées. C’est un langage immédiat et universel. Sinon, comment aurais-tu pu discuter avec Réto qui parle en Spirien ? Connais-tu le Spirien ?

Sophie, qui n’était pas du tout étonnée que son nouveau compagnon sache que Réto était un spirien, réalisait l’évidence.

— Oui, bien sûr, tu as raison. Dans le pays des rêves, nous pouvons nous passer des mots et de sons, nous nous comprenons immédiatement.
— Oui. Mais attention ! Si nous nous passons de sons, cela ne veut pas dire que nous nous passons également de mots. Nous nous comprenons parce que nos pensées transportent des mots, sinon, elles ne signifieraient rien. Mais nous percevons instantanément le sens de nos mots. Nous avons le même langage, le même vocabulaire. C’est pour cela que nous pouvons nous comprendre tous les deux. Et nous n’avons donc pas besoin d’utiliser notre voix et nos oreilles pour cela. Nous nous transmettons directement des ondes qui ne sont pas des ondes sonores, mais des ondes de pensée.

Sophie écoutait attentivement les propos de son nouveau compagnon, comme une élève désireuse de comprendre écoute son professeur.

— Nos pensées sont des ondes qui transportent des mots…, répéta-t-elle.
— Les mots eux-mêmes sont des ondes. Lorsque nous les unissons entre eux pour exprimer une pensée, leurs ondes se marient, et la pensée que nous venons de créer devient une nouvelle onde, plus riche, plus complexe. Chaque fois que nous pensons, nous créons de nouvelles ondes.

Sophie se mit à regarder tout autour d’elle comme si elle cherchait quelque chose.

— Mais où sont ces ondes ? finit-elle par demander.
— Partout, tout autour de nous, répondit la petite boule de poils blancs. Les mots et les pensées déjà créées sont à l’état de repos. Leurs ondes attendent d’être activées et associées. Lorsque nous prononçons mentalement un mot, ou que nous émettons une pensée, nous les faisons vibrer. Parfois, il arrive même que nous ne pensions pas, mais que nous traversions des ondes de mots ou d’une pensée. Et hop ! Parce que nous les touchons, elles se mettent à vibrer. Et nous, nous nous mettons à penser à ces mots ou à cette pensée.

Sophie continuait de regarder tout autour d’elle. « C’est drôle, pensait-elle, je ne vois vraiment rien. » La petite boule poursuivait :

— Plus nous pensons à un mot ou à une pensée, et plus leurs ondes vibrent. C’est un phénomène exponentiel…

La petite boule s’arrêta… peut-être Sophie n’était-elle pas en mesure de saisir la vibration de ce mot…

— Je veux dire par là un phénomène qui fait que les ondes deviennent toujours plus puissantes et présentes, reformula-t-elle.

Sophie vit dans cette explication des perspectives réjouissantes.

— Tu veux dire que si je pense que j’ai toujours plein de bonbons, je vais activer une onde de pensées « bonbons » et que, si j’y pense vraiment très fort, je pourrai en avoir toujours avec moi. C’est ça ?

La petite boule allait devoir décevoir Sophie et s’en désolait à l’avance, mais elle ne pouvait pas la laisser se fourvoyer ainsi.

— Non, pas tout à fait Sophie. Les ondes ne fonctionnent qu’avec les mots et les pensées. Pas avec les objets. Si tu veux avoir toujours plein de bonbons, tu as raison, tu dois avant tout y penser. Mais ensuite, tu devras faire en sorte de matérialiser cette abondance de bonbons. Il te faudra, pour cela, trouver les bonnes idées : il faudra tout d’abord inventer une recette qui te plait, ensuite réunir les ingrédients pour la réaliser, puis fabriquer les bonbons. Et ensuite, mais seulement ensuite, tu en auras tellement que, si tu le veux, tu pourras même les distribuer pour que chacun en ait à volonté. Tu vois, pour avoir des bonbons autant que tu le veux, il te faut trois éléments : une pensée, de bonnes idées, puis de l’énergie pour les concrétiser. Mais s’il te manque un de ces éléments, cela ne marchera pas ! Ceci dit, tu risquerais de faire une indigestion et je doute que tes parents te laissent faire cela.

Sophie était effectivement déçue. Il ne suffisait donc pas de penser. Il fallait également faire preuve d’imagination et de persévérance. Et puis, même si ce que disait la petite boule de poils blancs était vrai, il y avait peu de chance que cela marche pour les bonbons. Elle ne se voyait pas se mettre à confectionner des bonbons dans la cuisine de sa maison… et de toute façon ses parents ne seraient certainement pas d’accord. Mais alors…

— Ça sert à quoi tes ondes de pensée exponentielles si on ne peut pas fabriquer, comme ça, des bonbons autant qu’on veut ? demanda Sophie dépitée.
— Eh bien, oublie les bonbons et réfléchis : qu’est-ce que tu aimerais qu’il existe à volonté ?