Le roi Hiver et autres contes - Daniel Dubourg - E-Book

Le roi Hiver et autres contes E-Book

Daniel Dubourg

0,0

Beschreibung

Dans ces contes se mêlent poésie, drôlerie et merveilleux. De tous les temps, de tous lieux, modernes, contemporains ou nés d'un passé lointain, ils te conduiront sur le chemein du rêve, dans un monde imaginaire. Les dessins au crayon relevés par de discrètes touches de couleurs apportent une note chaude, gracieuse et poétique à l'ensemble de l'ouvrage.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 114

Veröffentlichungsjahr: 2024

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Table des matières

1. Le roi Hiver

2. Les rennes sont malades

3. Une livraison ratée

4. Les bûches de la Noël

5. La conspiration des dindes

6. Des cadeaux inattendus

7. Les cœurs d’étoile

8. Le piano blanc

9. Buée

10. Une étrange découverte

11. Noël endormi

12. Gaëtan et la demoiselle

13. Le pantin de Noël

14. Quand les rennes font faux bond

15. Le moulin aux oiseaux

16. Un autre père Noël

17. Un renne aventureux

18. Les cheminées les plus propres du monde

19. La dernière rose

20. Le jeune sapin qui s’ennuyait

21. Le cadeau de Séraphin

22. L’enfant de Noël

23. Drôle de crèche

24. Louise et le bonhomme Polyte

Le roi Hiver

Le jour de Noël, le vieux roi Hiver décida, malgré le souffle glacé du vent, de se rendre au Pays de Brume qu’il n’avait pas visité depuis très longtemps. Il se vêtit de hardes, prit une vieille besace pour ressembler à un mendiant, et marcha jusqu’au crépuscule, où il finit par atteindre une contrée éloignée, comme ignorée, ensevelie sous un épais brouillard ourlé de givre.

La pénombre enveloppant cet endroit silencieux, désolé, figé dans le brouillard et le silence, semblait ajouter à l’épaisseur de la grisaille qui empêchait d’y voir plus loin qu’un jet de pierre. Le vieil homme avait froid, sous son manteau rapiécé. Il décida cependant de marcher encore un peu, dans l’espoir de trouver bientôt une chaumière ou une grange abandonnée sur son chemin.

Après un long moment de marche hasardeuse, craignant de s’être égaré, et transi de froid, le roi s’apprêtait à rebrousser chemin, lorsqu’il entendit au loin le tintement étouffé de clochettes. À quelques enjambées, il distingua une faible lueur. Dans l’air flottait une odeur de bois brûlé. Reprenant espoir, il s’approcha et se trouva bientôt devant une maisonnette d’où fusaient rires et chants joyeux.

— Tiens ! pensa-t-il, il y aurait en ce pays gris quelques sujets gais ?

Sans hésiter, il frappa donc à la porte basse. Il n’eut guère à attendre. Un colosse haut de sept pieds, cheveux frisés, barbu jusqu’aux oreilles et large comme une armoire, vint ouvrir et ne put s’empêcher de retenir son étonnement en considérant le visiteur nocturne.

— Eh ! brave homme ! Que faites-vous ainsi par ce temps de chien, à courir la campagne ! Et en plus, un soir de réveillon ! Entrez vite vous réchauffer !

L’arrivant, sans se faire prier, s’engouffra dans la chaumière qui sentait bon le pain d’épices et la poule rôtie mêlés.

— Vous n’allez pas reprendre la route cette nuit, poursuivit le géant. Restez donc avec nous : nous partagerons le gîte et le couvert. Demain, il sera bien temps de poursuivre votre chemin

— Oh, merci ! murmura le roi. Ce n’est vraiment pas de refus, car mes vieilles jambes n’auraient peut-être pas pu me porter plus loin.

— Venez donc vous réchauffer, invita l’homme qui, joignant le geste à la parole, posa un tabouret devant le grand feu crépitant dans la vaste cheminée de pierre. Si vous le voulez, quand vous serez moins transi, vous quitterez votre manteau et vous passerez une de mes chaudes chemises de laine. Ce soir, c’est la nuit de Noël et pour cet humble repas que nous avons préparé, vous devez être mieux vêtu, pas comme un roi, mais presque !

Le géant barbu ne pensait pas si bien dire. La maisonnette n’était guère plus grande qu’un mouchoir de poche : une cuisine et deux chambrettes que ses habitants avaient su rendre agréables et chaleureuses.

Le roi n’était pas encore remis de cet accueil, qu’un garçon et une fille, tous deux blonds comme les blés, s’avancèrent pour le saluer. Ils vinrent s’asseoir à ses pieds et lui posèrent mille questions auxquelles le monarque eut toutes les peines à répondre, risquant à maintes reprises de se trahir, si bien qu’il se mit à mentir un peu et à en éprouver un vague plaisir, tant il devait faire preuve d’astuce. Et il conta enfin une tendre histoire. La mère ne tarda pas non plus à venir souhaiter le bonsoir à l’étranger et s’excusa d’être allée graisser deux paires de petits sabots dans la remise pour les placer sous le sapin. La jeune femme était svelte et gracieuse : de longs cheveux tombaient en vagues rousses au creux de ses reins. Elle s’empressa d’ajouter un couvert sur la table déjà mise.

Avant d’entamer le repas, le père demanda que chacun ait une petite pensée pour tous ceux qui avaient ce soir, faim, soif et froid.

— Comme vous êtes bon ! s’exclama le monarque. C’est la seule maison rencontrée sur mon chemin et c’est à votre table et en votre compagnie que je trouve bonté, chaleur et simplicité. Je ne sais vraiment comment vous remercier !

— Votre présence et votre joie sont à elles seules un grand merci, répondit la jeune femme, d’une voix douce et paisible, tout en commençant à servir l’étranger et son petit monde. Mangez, brave homme, car la fin doit vous serrer le ventre !

Le repas, pourtant simple, fut joyeux et délicieux. Les enfants s’amusaient des plaisanteries qu’on lançait et reposaient inlassablement les mêmes questions au mendiant.

— Mais, dites-moi, pourriez-vous m’expliquer pour quelle raison ce pays semble si profondément plongé dans la brume et comme engourdi de tristesse, au creux de cet hiver rude ? demanda le monarque. Et vous y êtes peut-être le seul foyer de lumière, de chaleur et de joie. On ne rencontre personne par ici…

Alors le père raconta qu’autrefois, voici bien longtemps, les habitants n’avaient cessé de se plaindre, de devenir difficiles, exigeants et envieux, d’avoir des pensées tristes et même de se quereller pour des broutilles. Peu à peu, à force de faire, le pays s’enveloppa d’une brume si dense qu’on ne vit plus le soleil poindre ni se coucher. Depuis, les nuits étaient noires et les jours gris. Et là-dessus le silence vint.

— Vous ne voudriez pas que cela change ? demanda le roi qui se leva d’un bond et quitta la table. Chacun l’observait, surpris et muet.

— Vous n’allez pas déjà nous quitter ? s’inquiéta le père. Restez encore, je vous prie. Rien ne presse au-dehors, et vous risquez de ne pas trouver d’abri, sans compter les loups qui rôdent par ce temps. Mon épouse va vous préparer un lit bien chaud, dans la chambre des enfants. Noël tout seul, ça ne vaut vraiment rien !

— Mais je ne désire pas m’en aller ! rétorqua le mendiant qui, en un instant, quitta ses guenilles, découvrant ainsi ses somptueux habits taillés dans la plus fine étoffe et cousus d’or !

De sa besace, il tira soudain une couronne sertie de pierres précieuses qu’il posa sur sa tête. Aussitôt, la petite pièce fut inondée d’une vive lumière. Parents et enfants n’en croyaient pas leurs yeux et restaient bouche bée.

— Je suis le roi Hiver, révéla celui qui n’avait maintenant plus rien d’un vagabond errant. Et vous méritiez bien une récompense, puisque vos cœurs sont si purs.

Disant cela, il sortit de sa sacoche toutes sortes de fruits qu’on n’aurait pu trouver en pareille saison : fraises, framboises, cerises, pêches et mûres répandaient, dans la modeste chaumière, des parfums frais et délicats. Le vieil homme posa ensuite sur la table de lourdes grappes de raisin perlant encore de rosée. Gourmands, les enfants n’attendirent pas la permission des parents pour goûter toutes ces merveilles.

— Demain à l’aube, je reprendrai le chemin de mon château, dit le monarque à ses hôtes émerveillés. Mais avant de vous quitter, je veux vous offrir le cadeau qui vous revient vraiment. Votre humble demeure et votre lopin de terre connaîtront à nouveau les quatre saisons, l’opulence, la joie et la lumière. Plus vous saurez faire fructifier ce trésor, plus cette étincelle qui vous habite se répandra. Vous aiderez ainsi votre Pays de Brume à renaître.

Les parents, confus et surpris, ne savaient pas comment remercier leur bienfaiteur. La soirée finit en chansons douces autour de la cheminée dans laquelle sifflait une lourde bûche qui lançait des gerbes d’étincelles, comme une pluie d’étoiles, ce qui ne semblait pas déranger un gros chat assoupi qui ronronnait, roulé en boule, sur la pierre tiède. Puis tout le monde alla se coucher, les paupières lourdes et piquées de fatigue.

Au petit matin, lorsque le père se leva pour raviver la braise, le roi Hiver avait disparu, mais les enfants découvrirent sous le sapin les modestes cadeaux qu’ils souhaitaient si fort !

Aux portes du printemps, le brouillard se leva, le soleil écartant un coin de ciel, accompagné par un chœur d’oiseaux. Les premiers bourgeons, les premières fleurs percèrent. Le Pays de Brume commençait lentement à revivre.

Les rennes sont malades

Un jour, les rennes du père Noël sont tombés malades ! Ce n’était jamais arrivé. Peu avant la grande nuit de la distribution, ces chers animaux ont tous été cloués à l’écurie par un rhume carabiné qui leur a mis la goutte au nez.

Il fallait faire vite ! Sans perdre de temps, notre bonhomme barbu s’est mis à la recherche de remplaçants pour l’accompagner dans sa longue tournée de livraison. Des remplaçants, c’est bien joli, mais où les trouver ? Où courir ? Et surtout qui engager ? Car n’importe quel animal ne peut pas faire ce travail-là, tout de même ! Le père Noël a donc passé en revue une quantité impressionnante d’animaux qui pourraient tirer son lourd traîneau.

Il a d’abord songé à l’éléphant, costaud, courageux et patient. Mais celui-ci n’aurait jamais réussi à rentrer entre les brancards de l’attelage ! Et puis, si lourd et malgré ses grandes oreilles, aurait-il pu s’envoler ? Autrefois, il y avait bien Babar…

Pourquoi ne pas engager des chameaux et des dromadaires ? Ils ne seraient pas allés assez vite, et puis leur pas est si nonchalant, si chaloupé qu’on dirait qu’ils dansent. Ils pourraient même renverser le traîneau.

Il y avait bien les lamas, mais ils ont la vilaine manie de cracher par terre pour n’importe quoi et ne supportent pas les remarques.

Un bon gros serpent aurait pu faire l’affaire, car lui, à coup sûr, peut rentrer entre les brancards. Mais comment l’atteler s’il n’a ni cou ni pattes ?

Des léopards bondissants ou bien des tigres, des panthères et toutes sortes d’animaux qui courent très vite ? Ils sont si rapides que, dans les virages, le traîneau pourrait chavirer, les énormes sacs remplis de cadeaux risqueraient de se renverser au beau milieu du ciel. Et alors, vous le voyez, chargé de paquets de toutes sortes, qui flottent, balayés et chassés par le vent, trempés par la pluie, pris dans des tempêtes de neige ?

Le père Noël a bien pensé aux bœufs si solides qui ont depuis longtemps la force de tirer charrettes, chariots et charrues. Mais ils ne sont pas bien rapides et veulent sans cesse s’arrêter pour brouter !

Après maintes réflexions, notre cher père Noël a décidé de regarder du côté des grands oiseaux. Mais là encore, rien de possible, car jamais ils ne pourraient étendre leurs grandes ailes entre les brancards du traîneau pour voler.

Le temps pressait de plus en plus et le vieux bonhomme ne trouvait pas de solutions. Un lutin qui passait par là lui demanda pourquoi il semblait si soucieux et lui glissa une idée dans l’oreille.

— Et si vous preniez des grives ?

— Des grives ! Mais ce sont des oiseaux beaucoup trop petits pour tirer un traîneau, surtout le mien !

— Oui, si vous n’en prenez qu’une ou deux, une poignée, mais si vous en appelez des centaines, des milliers… Regardez dehors : les prés et les champs en sont remplis. Ces petites bêteslà, lorsqu’il fait très froid, viennent chercher leur nourriture près des maisons, près de la vôtre. Vous les voyez souvent.

Le père Noël resta un moment songeur, puis il se tourna vers le lutin :

— Ton idée n’est pas si mauvaise et je te remercie beaucoup de me l’avoir soufflée. Je vais appeler tout de suite cette nuée d’oiseaux et leur proposer de tirer mon traîneau. En échange, je leur donnerai toujours de quoi se nourrir par les temps les plus froids. Mais comment les atteler ?

— Il suffira d’attacher aux brancards de très longs rubans qu’ils prendront dans leur bec !

L’idée fit son chemin et c’est ainsi que, cette fameuse nuit de Noël, vous auriez pu apercevoir, se faufilant entre les étoiles, un curieux attelage tiré par des milliers d’oiseaux pépiant de gaieté. Une livraison tout en musique !

Une livraison ratée

Pendant toutes ces longues semaines qui précèdent la distribution des cadeaux, le père Noël, les lutins et les rennes ont, comme à l’accoutumée, travaillé sans relâche pour être prêts au grand rendez-vous. Les derniers jours, les heures de sommeil se sont faites rares et les visages fatigués avaient de grandes poches sous les yeux.

Un peu avant le départ pour la nuit de livraison, notre brave bonhomme est allé faire un petit somme. Il a bien recommandé aux rennes et aux lutins de le réveiller pour qu’il ait le temps de se préparer. Mais ces galopins-là, trop occupés à bavarder entre eux ou à jouer, ont mangé la commission.

Le petit jour se lève et le père Noël s’étire au moment où tout le personnel de la maison se rend compte qu’il est trop tard pour aller distribuer les cadeaux de par le vaste monde !