Le Roman de Violette - Marquise de Mannoury - E-Book

Le Roman de Violette E-Book

Marquise de Mannoury

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Beschreibung

L'initiation sensuelle d'une jeune fille.

POUR UN PUBLIC AVERTI. Nous sommes en plein Paris, Violette est une jeune fille de 15 ans. Lorsque son patron tente un jour de l'embrasser dans l'arrière-boutique de son magasin de mode, Violette prend la fuite et se réfugie chez son voisin Christian, un trentenaire. Celui-ci, pour la protéger du désir des hommes, va pas à pas l'initier à ces nouvelles sensations. Mais c'est sans compter l'apparition de la comtesse Odette de Mainfroy, qui éprouve une attirance pour la jeune fille. S'ensuivent un triangle amoureux et des scènes idéalisées de saphisme, alors que Violette poursuit son objectif de devenir une femme libre dans cette société bourgeoise pleine d'interdits.

Un chef d'œuvre féministe et moderne de la littérature clandestine du XIXe siècle !

EXTRAIT

Avouons que les charmes les plus puissants sont ceux des femmes que l’on ne connaît pas ? Il y a des hommes déshérités de la nature, sur le cœur desquels le soleil, âme du monde, a oublié de laisser tomber un de ses rayons ; ceux-là voient gris, et, dans le cours d’une vie crépusculaire, accomplissent, comme un devoir de citoyen, l’acte dans lequel Dieu a mis, pour ses créatures favorisées, le suprême bonheur de la vie, le paroxysme momentané de l’exaltation de tous les sens, cette âcre explosion de volupté, enfin, qui tuerait un géant, si elle durait une minute au lieu de durer cinq secondes. Ceux-là ne font pas d’enfants, ils se reproduisent, ils appartiennent à cette grande fourmilière humaine qui bâtit sa maison morceau par morceau, qui charrie l’été sa provision de l’hiver et qui répondra à Dieu quand Dieu lui demandera :
— Qu’as-tu fait sur la terre ?
— J’ai travaillé, j’ai bu, j’ai mangé, j’ai dormi.
Bienheureux en ce monde celui qui, cherchant inutilement ce qu’il a fait ici-bas, se contentera de répondre à la voix céleste :
— J’ai aimé !
J’étais dans un de ces rêves qui n’ont ni horizon, ni limites, qui mêlent le ciel à la terre ; je venais de tressaillir au timbre de l’horloge de l’église voisine qui avait sonné deux heures, lorsqu’il me sembla entendre frapper à ma porte. Je crus me tromper, j’écoutai : le bruit redoubla. J’allai voir qui pouvait à pareille heure songer à me faire visite et j’ouvris. Une jeune fille, une enfant presque, se glissa par l’ouverture en me disant :
— Ah ! cachez-moi chez vous, monsieur, je vous en prie.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Attribué à Théophile Gautier, à Alexandre Dumas ou encore à Guy de Maupassant, Le Roman de Violette est en fait un récit de la Marquise de Mannoury, dont on ignore s'il s'agit ou non d'un pseudonyme. L'édition originale, datée « Lisbonne 1870 », fut en réalité imprimée en 1883 à Bruxelles.

À PROPOS DE LA COLLECTION

Retrouvez les plus grands noms de la littérature érotique dans notre collection Grands classiques érotiques.
Autrefois poussés à la clandestinité et relégués dans « l'Enfer des bibliothèques », les auteurs de ces œuvres incontournables du genre sont aujourd'hui reconnus mondialement.
Du Marquis de Sade à Alphonse Momas et ses multiples pseudonymes, en passant par le lyrique Alfred de Musset ou la féministe Renée Dunan, les Grands classiques érotiques proposent un catalogue complet et varié qui contentera tant les novices que les connaisseurs.

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Seitenzahl: 142

Veröffentlichungsjahr: 2018

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AVERTISSEMENT

L’édition originale de ce livre, distribuée de manière clandestine, parut en 1882 à Bruxelles, à la librairie Auguste Brancart sous le titre Le Roman de Violette chez Antonio de Boa-Vista Lisboa 1870.

On l’attribua à Alexandre Dumas père, à Alexandre Dumas fils, à Théophile Gautier ou encore à Guy de Maupassant (qui l’a dénié).

Il est aujourd’hui admis que l’auteur en fut une femme, Mme Mauriac de Boissiron, connue sous son titre de Marquise de Mannoury ou Comtesse de Manoury. Mais là encore, nous ne sommes guère plus avancés puis qu’il s’agit sans doute d’un pseudonyme !

1

Quand je connus Violette, j’avais trente ans.

J’habitais le quatrième étage d’une assez belle maison de la rue de Rivoli, au-dessus duquel étaient échafaudées les chambres occupées par les domestiques et de jeunes ouvrières travaillant chez la marchande de lingerie dont le magasin existe encore au rez-de-chaussée, sous les colonnes.

À cette époque, ma vie était liée à celle d’une maîtresse fort belle et très aristocratique de façons. Elle possédait une de ces peaux blanches que Théophile Gautier célèbre dans ses Émaux et Camées ; une de ces chevelures qu’Eschyle tresse sur la tête d’Électre et compare aux épis de l’Argolide. Mais devenant trop grasse, avant l’âge, furieuse de son obésité précoce, ne sachant à qui s’en prendre de cette pléthore, elle rendait tous ceux qui l’approchaient malheureux, par un caractère impossible. Il en résultait que nos relations étaient rares et que tout en pourvoyant à ses caprices, je ne faisais rien pour rapprocher nos chambres situées aux deux extrémités de l’appartement. J’avais fait choix de la mienne à cause de sa vue sur les Tuileries. J’étais déjà atteint de la manie de tremper mes doigts dans l’encre, et pour un travailleur, rien de plus doux, de plus beau, de plus reposant, que la vue de cette sombre masse de verdure formée par les vieux arbres du jardin.

Dans leur feuillage, l’été, tant qu’il fait une lueur de jour, les pigeons ramiers se disputent les hautes branches ; puis avec le crépuscule, tout rentre dans l’immobilité et le silence.

À dix heures, la retraite bat et les grilles se ferment, et, pendant les nuits privilégiées, la lune apparaît lentement, venant argenter la cime des arbres de son pâle rayon.

Souvent, en même temps que la lune, une légère brise se lève, faisant trembler la lumière dans les feuilles frémissantes qui, alors, semblent s’éveiller, vivre, respirer l’amour et soupirer le plaisir.

Puis peu à peu, les unes après les autres, les fenêtres deviennent sombres, la silhouette du Palais ne se dessine plus que vaguement, tranchant en noir sur l’azur nocturne et transparent du ciel.

Peu à peu aussi, les bruits de la ville s’éteignent avec le roulement lointain d’un fiacre ou d’un omnibus, et l’oreille s’épanouit à ce silence que la respiration du géant endormi trouble seule.

L’œil alors se repose sur ce château, sur ces arbres empruntant aux ténèbres la majesté de leurs grandes masses immobiles. Souvent je restais ainsi pendant des heures à rêver à ma fenêtre.

À quoi rêvais-je ?

Je n’en sais rien moi-même, probablement aux choses à quoi l’on rêve à trente ans : à l’amour, aux femmes que l’on a vues, et souvent plus encore, à celles qu’on ignore.

Avouons que les charmes les plus puissants sont ceux des femmes que l’on ne connaît pas ?

Il y a des hommes déshérités de la nature, sur le cœur desquels le soleil, âme du monde, a oublié de laisser tomber un de ses rayons ; ceux-là voient gris, et, dans le cours d’une vie crépusculaire, accomplissent, comme un devoir de citoyen, l’acte dans lequel Dieu a mis, pour ses créatures favorisées, le suprême bonheur de la vie, le paroxysme momentané de l’exaltation de tous les sens, cette âcre explosion de volupté, enfin, qui tuerait un géant, si elle durait une minute au lieu de durer cinq secondes.

Ceux-là ne font pas d’enfants, ils se reproduisent, ils appartiennent à cette grande fourmilière humaine qui bâtit sa maison morceau par morceau, qui charrie l’été sa provision de l’hiver et qui répondra à Dieu quand Dieu lui demandera :

— Qu’as-tu fait sur la terre ?

— J’ai travaillé, j’ai bu, j’ai mangé, j’ai dormi.

Bienheureux en ce monde celui qui, cherchant inutilement ce qu’il a fait ici-bas, se contentera de répondre à la voix céleste :

— J’ai aimé !

J’étais dans un de ces rêves qui n’ont ni horizon, ni limites, qui mêlent le ciel à la terre ; je venais de tressaillir au timbre de l’horloge de l’église voisine qui avait sonné deux heures, lorsqu’il me sembla entendre frapper à ma porte. Je crus me tromper, j’écoutai : le bruit redoubla. J’allai voir qui pouvait à pareille heure songer à me faire visite et j’ouvris. Une jeune fille, une enfant presque, se glissa par l’ouverture en me disant :

— Ah ! cachez-moi chez vous, monsieur, je vous en prie.

Je mis mon doigt sur ma bouche pour lui indiquer d’être silencieuse et je refermai ma porte le plus doucement que je pus ; puis, je l’enveloppai de mon bras et suivant la ligne de lumière qui s’allongeait jusqu’à nous, je la conduisis dans ma chambre à coucher.

Là, à la lueur de mes deux bougies, je pus voir quel était l’oiseau échappé de sa cage et que le hasard m’envoyait.

Je ne m’étais pas trompé, c’était une adorable enfant de quinze ans à peine, mince et flexible comme un roseau, quoique déjà formée.

Sans chercher sa gorge, ma main s’était posée dessus et j’avais senti le globe vivant la repousser. Un frisson m’avait passé par les veines, rien qu’à ce contact. Il y a des femmes qui ont reçu de la nature ce don fascinateur d’éveiller la sensualité dès qu’on les touche.

— Que j’ai eu peur ! murmura-t-elle.

— Vraiment ?

— Ah oui ! Et quel bonheur que vous n’étiez pas encore couché.

— Et qui donc vous a fait cette grande peur ?

— M. Béruchet.

— Qu’est-ce que c’est que M. Béruchet ?

— Le mari de la lingère chez laquelle je travaille en bas.

— Et que vous a fait ce M. Béruchet ? Voyons, contez-moi cela.

— Mais vous me garderez toute la nuit, n’est-ce pas ?

— Je vous garderai tant que vous voudrez. Je n’ai pas l’habitude de mettre les jolies filles à la porte.

— Oh ! je ne suis encore qu’une petite fille et non une jolie fille.

— Eh ! eh !…

Mon regard plongeait sur sa poitrine, par sa chemise entrouverte et je dois dire que je ne la trouvais pas si petite fille que cela.

— Demain, au jour, je m’en irai, dit-elle.

— Et où irez-vous ?

— Chez ma sœur.

— Votre sœur ? Où est-elle votre sœur ?

— Rue Chaptal, n 4.

— Votre sœur demeure rue Chaptal !

— Oui, à l’entresol. Elle a deux chambres, elle m’en prêtera une.

— Et que fait votre sœur, rue Chaptal ?

— Elle travaille pour les magasins. M. Ernest l’aide.

— Elle est votre aînée ?

— De deux ans.

— Comment l’appelle-t-on ?

— Marguerite.

— Et vous, comment vous appelle-t-on ?

— Violette.

— Il paraît que dans votre famille, on aime les noms de fleurs.

— C’était maman qui les adorait.

— Elle est morte votre mère ?

— Oui, monsieur.

— Quel était son nom ?

— Rose.

— Décidément on y tenait chez vous ! Et votre père ?

— Oh, il vit bien !

— Et que fait-il ?

— Il est gardien des portes de Lille.

— Quel est son nom ?

— Rouchat.

— Je m’aperçois que je vous interroge depuis une heure et que je ne vous ai pas fait dire pourquoi M. Béruchet vous faisait peur.

— Parce qu’il voulait toujours m’embrasser.

— Bah !

— Il me poursuivait dans tous les coins et je n’osais jamais aller sans lumière dans l’arrière-boutique, car j’étais sûre de l’y trouver.

— Et cela vous déplaisait qu’il voulût vous embrasser ?

— Oh oui ! beaucoup !

— Et pourquoi cela vous déplaisait-il ?

— Parce que je le trouve laid, puis il me semble qu’il ne voulait pas se contenter de m’embrasser seulement.

— Et que voulait-il donc encore ?

— Je ne sais pas.

Je la regardai fixement pour voir si elle ne se moquait pas de moi. Son air de parfaite innocence m’indiqua que non.

— Mais enfin, il a fait autre chose que de vouloir vous embrasser ?

— Oui.

— Qu’a-t-il fait ?

— Il a monté avant-hier à ma chambre et quand j’étais couchée, du moins je présume que c’est lui, il a essayé d’ouvrir ma porte.

— Il n’a pas parlé ?

— Non, mais dans la journée, il m’a dit : « Ne ferme pas ta porte ce soir, ma petite, comme tu l’as fait hier soir, j’ai des choses importantes à te dire. »

— Et vous avez fermé votre porte tout de même ?

— Ah, je crois bien ! plus que jamais.

— Et il est venu ?

— Il est venu, il a tourné le bouton de toutes les façons, il a frappé doucement, puis plus fort. Il m’a dit : « C’est moi, ouvrez donc, c’est moi, ma petite Violette. »

Vous comprenez bien que je n’ai pas répondu ; je tremblais de peur dans mon lit. Plus il disait c’est moi, plus il m’appelait sa petite Violette, plus je mettais mon drap par-dessus ma tête. Enfin au bout d’une demi-heure, au moins, il s’en est allé tout grommelant.Aujourd’hui, toute la journée, il m’a boudé, de sorte que j’espérais en être quitte ce soir. Déjà j’étais aux trois quarts déshabillée, comme vous le voyez, lorsque je songeai à pousser le verrou. Mon verrou avait été enlevé dans la journée, de sorte que comme la porte n’a pas de serrure, elle ne fermait plus. Alors, sans perdre un instant, je me suis sauvée et je suis venue frapper à votre porte. Oh, c’était une inspiration !

Et l’enfant jeta ses bras autour de mon cou.

— Je ne vous fais donc pas peur, moi ! lui dis-je.

— Oh ! non.

— Et si je voulais vous embrasser, vous ne vous sauveriez pas ?

— Voyez plutôt, dit-elle, en appuyant sa petite bouche fraîche et humide sur ma bouche asséchée.

Malgré moi, je passai ma main derrière sa tête et je maintins quelques secondes mes lèvres sur les siennes, tandis que du bout de la langue je caressais ses dents. Elle ferma les yeux et renversa sa tête en arrière en disant :

— Comme c’est bon ces baisers-là !

— Vous ne les connaissiez pas ? lui demandai-je.

— Non, fit-elle, en passant sa langue sur ses lèvres brûlantes. Est-ce qu’on embrasse comme cela d’habitude ?

— Les personnes que l’on aime, oui.

— Vous m’aimez donc vous ?

— Si je ne vous aime pas encore, je me sens en bonnes dispositions de le faire.

— Et moi aussi.

— Tant mieux !

— Et que fait-on quand on s’aime ?

— On s’embrasse comme nous venons de le faire tout à l’heure.

— Et c’est tout ?

— Oui.

— C’est drôle, il me semblait éprouver d’autres désirs, comme si ce baiser, si bon qu’il fût, n’était que le commencement de l’amour.

— Qu’éprouviez-vous ?

— C’est impossible à dire : une langueur dans tout le corps, un bonheur comme je l’ai parfois éprouvé en rêve.

— Et quand vous vous réveillez après avoir éprouvé ce bonheur en rêve, que vous semblait-il ?

— J’étais toute brisée.

— Et vous n’avez jamais ressenti cette sensation qu’en rêve ?

— Si fait, tout à l’heure, quand vous m’avez embrassée.

— Je suis donc le premier homme qui vous embrasse ?

— Comme cela, oui ; mon père l’a souvent fait, mais ce n’était pas la même chose.

— Alors vous êtes vierge ?

— Vierge ? Qu’est-ce que cela veut dire ?

Il n’y avait pas à se tromper à son accent.

J’eus pitié ou plutôt respect de cette innocence qui s’abandonnait si complètement à moi. Il me semblait que ce serait un crime de prendre furtivement et comme un voleur ce doux trésor de la nature quelle ignorait posséder et qu’on perd pour toujours en le donnant.

— Et maintenant, parlons raison, mon enfant, lui dis-je, en la laissant glisser de mes bras à terre.

— Ah ! dit-elle, vous n’allez pas me renvoyer, n’est-ce pas ?

— Non, je suis trop content de t’avoir. (Puis après un instant :) Écoute, continuai-je, voilà ce que nous allons faire. Nous allons aller chercher tes vêtements.

— Très bien. Et où irai-je moi ?

— Cela me regarde maintenant. Montons tous les deux dans ta chambre.

— Et M. Béruchet ?

— Il est probable qu’il n’est plus là. Voilà trois heures du matin qui sonnent.

— Que ferons-nous dans ma chambre ?

— Nous prendrons ce qui t’appartient.

— Et puis ?

— Et puis je te conduirai avec ton petit paquet dans une chambre que j’ai en ville, d’où tu écriras à M. Béruchet une lettre que je te dicterai. Veux-tu ?

— Ah ! moi je ferai tout ce que tu voudras d’abord.

Adorable confiance de l’innocence et de la jeunesse. Oui, la chère enfant, elle eût fait tout ce que j’eusse voulu et à l’instant même si je le lui eusse demandé.

Nous montâmes à la chambre veuve de son verrou, nous prîmes toutes les hardes de Violette qui tinrent, hélas ! dans un sac de nuit. Elle acheva de s’habiller, nous descendîmes à la porte et, comme il n’y avait pas de fiacre, bras dessus, bras dessous, légers et joyeux comme deux écoliers, nous partîmes pour la rue Saint-Augustin, gisement d’une charmante chambre où j’allais coucher pendant mes jours ou plutôt mes nuits de débauches.

Une heure après, j’étais rentré chez moi sans avoir avancé d’un pas mon roman avec Violette.

2

La chambre que je louais rue Saint-Augustin n’était point une chambre d’hôtel garni, mais bien une chambre meublée par moi, en vue de sa destination, avec toutes les délicatesses que la plus élégante petite maîtresse eût pu désirer.

Elle était tendue en velours nacarat avec le plafond pris dans la tenture ; les rideaux des fenêtres, ceux du lit étaient pareils, le lit capitonné en velours de la même teinte et le tout rehaussé par des torsades et des bandes de satin vieil or.

Une glace tenant tout le fond du lit correspondait avec la glace placée entre les deux fenêtres et parfaitement en face l’une de l’autre, elles multipliaient à l’infini les tableaux qu’elles représentaient.

Une glace pareille avait été fixée sur la cheminée, dont toute la garniture était empruntée à des modèles de Pradier, ce sculpteur charmant, qui eût rendu provocante la statue de la Vertu même.

Une porte, recouverte d’une draperie de velours nacarat, donnait dans un cabinet de toilette éclairé par le haut. Il était tendu en cretonne, chauffé par la cheminée de la chambre à coucher et garni de ces belles cuvettes anglaises dont une large fleur d’eau fait l’unique ornement. Une baignoire avait été cachée dans un canapé et une ample peau d’ours noir faisait paraître plus blancs les petits pieds qui s’y reposaient.

Une jolie petite femme de chambre, n’ayant pour toute besogne que de tenir la chambre propre et de donner des soins aux dames qui s’y succédaient, avait sa chambre sur le même carré.

Elle reçut l’ordre à travers la porte de faire monter un bain dans le cabinet de toilette, en ayant bien soin de ne pas réveiller la personne couchée dans la chambre.

Nous étions entrés sans lumière et je m’étais contenté d’allumer la veilleuse dans son verre de Bohême rose. Puis, j’avais tourné le dos, pour donner à l’enfant le temps de se coucher tout à son aise, opération que dans son innocence elle eût cependant parfaitement accomplie devant moi. Puis enfin, je l’avais embrassée sur les deux yeux, je lui avais souhaité une bonne nuit et comme je l’ai dit, j’étais revenu chez moi.

Malgré les émotions de la soirée, Violette s’était accommodée dans son lit, avec la grâce d’une petite chatte elle m’avait dit bonsoir en bâillant et j’étais convaincu que sans s’inquiéter de l’endroit où elle était, elle dormait déjà avant que je fusse au bas de l’escalier.

Il n’en fut pas de même de moi. Je l’avoue, ce sein qui avait repoussé ma main, cette bouche qui s’était collée à mes lèvres, cette chemise entrouverte par laquelle mon regard avait pénétré assez profondément, me tinrent éveillé avec de certains bondissements dont je n’étais pas maître.

Le lecteur ne me demandera pas d’explications, car à coup sûr, il devinera pourquoi je m’arrêtai au commencement de la route.

Mes lectrices, plus curieuses ou plus ignorantes de certains articles de notre code, voudront savoir pourquoi je n’allai pas plus loin.

Je dois dire que ce ne fut pas le désir qui m’en manqua, mais Violette, je l’ai dit, avait à peine quinze ans, elle était d’une innocence telle que c’eût été un véritable crime de la prendre à elle-même sans qu’elle sût qu’elle se donnait. Puis, qu’on me permette de dire cela de moi-même, je suis d’une nature qui se plaît à savourer toutes les délicatesses de l’amour, toutes les voluptés du plaisir. L’innocence est une fleur qu’il faut laisser le plus longtemps possible sur sa tige et ne cueillir que feuille à feuille.

Un bouton de rose met parfois une semaine à s’ouvrir. Ensuite, j’aime les jouissances sans remords ; or, il y avait dans les murs de la glorieuse ville qui s’est si bien défendue contre l’ennemi en 1792, un vétéran dont je ne voulais pas attrister la vieillesse.

Le brave homme ne me paraissait pas avoir été tenté de se pendre pour le malheur arrivé à sa fille aînée, mais peut-être avait-il une tendresse plus grande pour la cadette, des projets sur elle, un mariage arrêté ; je ne voulais pas désorganiser tout cela. D’ailleurs, j’avais toujours vu, lorsqu’on a la patience d’attendre, les choses s’arranger à la satisfaction de tout le monde.