Le sentimental du carcéral - Vincent Munaro - E-Book

Le sentimental du carcéral E-Book

Vincent Munaro

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Beschreibung

Pour s'évader, pour tourner la page et surtout, pour faire la paix avec lui-même, l'auteur s'appuie sur son stylo-bille et écrit, décrit ses maux. L'encre agit comme une thérapie dont on perçoit les électrochocs ou les analgésiques selon le cas. Le lecteur perçoit ce qui fut la détresse et la solitude d'un taiseux, les volutes infernales des idées noires qui tournent et tournent dans la tête, avant de trouver l'issue par où s'extraire enfin. Si elle ne chante pas, sa poésie est rythmée et son tempo s'impose aisément. Le phrasé est méridional, quelques expressions typiquement provençales, le tout sent bon la garrigue ou la banlieue de Marseille, l'une et l'autre si souvent voisines. Cette lecture propose de découvrir le parcours atypique d'un homme tombé et qui se relève après avoir accepté une main tendue, puis d'autres ensuite. Une véritable leçon d'optimisme.

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Veröffentlichungsjahr: 2021

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À mes Paulos.

Sommaire

PRÉFACE

LA VIE N’EST PAS FAITE POUR S’AMUSER

EN TRAIN DE VIE

ESQUISSE

TU ME MANQUES

MES MAINS

ÇA VA LISE ?

UN PEU, UN PETIT PEU REBELLE

J’AIMERAIS JUSTE

BESOIN D’AÉRER

P’TIT SCÉNAR

L'HOMME CANON

PAROLES, PAROLES…

MA CONSULTATION

MATHÉMATIQUES

JOURNÉE DU PATRIMOINE

VITE TU ME MANQUES

J’AURAIS PU DIRE

SURTOUT NE PAS MENTIR

ALORS, HEUREUSE ?

LE CHARIOT

DOC

DEMAIN

LE BAL

ELLE

ABSENCE

AMNÉSIE

LA CARTE

RÊVE

COMME L’ARBRE

DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE

LA PLAINTE

LES OISEAUX

ENVIE DE VIE

À L'ENCRE NOIRE

À MES GOSSES

À MES MIOCHES

À VOUS LES MESSIEURS DU PARC

AU MORT

BÊCHER ET AÉRER

BRAILLE

BROUILLON DE VIE

CE SOIR, LE CIEL

C'ÉTAIT MIEUX AVANT

CIGARETTES

COMPLIQUÉ

CONFESSIONS INTIMES

DANS LE NOIR

DÉPRESSIF TU PENSES ?

DES MOTS ET DES MAUX

DORY

EN VIE DE FUIR

ENFANT DU SILENCE

FAUT QUE J'ME POSE

GYNÉCO DE LA TÊTE

HISTOIRE DE GAULE

HURLER

INDIANA JONES

INDIGENT

J'AIME PAS LES VOITURES

J'DESSINE DES MOTS

JE SUIS UNE BOUGIE

JE T'AIME

JEUX DE RIMES

J'SUIS PAS UN POÈTE

LA FÉE

LA FLEUR

LE CABAS

LE CHIEN NOIR

LE GÉNIE

LES POINGS SERRÉS

LES SOULIERS DE ROMANE

MA CROISADE

MES EXCUSES

MES MINOTS

MES PETITS 2

MES PETITS... 3

PUTAIN MES PETITS

MIEL, CAFÉ, SUCRE

MON FRIGO

PAPA

PAS D'BOL

PETIT PRINCE

PEUR DU DEHORS

PROJET DE SORTIE

P'TITE SOEUR

QUAND VIENT LE SOIR

SALE GUEULE

SALOPE

TATOUAGE

UN PARFUM, UNE ODEUR

UNE PRISON LA NUIT

VITE L'AMOUR

Chapitre 4

LE COUSSIN BLANC

SANS TITRE

PRÉFACE

Parce qu’à un certain moment, il faut s’exprimer, dans le sens premier du mot, faire sortir le trop-plein, ce qui empêche de respirer, de vivre tout simplement.

Pendant plus de quinze années, Vincent Munaro fut un chef d’entreprise dans le monde des espaces verts, les mains dans la terre des jardins à conjuguer avec passion l’harmonie des végétaux.

Longtemps, il n’a pu exprimer tout ce qui lui pesait, tout ce qui s’est installé dans sa vie de manière insidieuse. Longtemps il n’a pu dialoguer avec son épouse, ni avec ses quatre enfants qu’il adore plus que tout. Comme de trop nombreuses personnes de son entourage, Elle n’a pas su interpréter ses silences, sa descente aux enfers. Il l’aimait aveuglément. Pourquoi a-t-elle voulu se séparer de lui ? Il n’a pas compris, il s’est rongé de l’intérieur.

Éperdument, l’alcool est devenu son seul ami, son confident. De mauvais conseil, on s’en doute, juste de quoi buter sur un accident de la vie et se retrouver aux Baumettes pour un séjour de deux mois.

On le sait, sans un accompagnement adapté, l’incarcération ne résout pas grand-chose. Peu de temps après, une nouvelle condamnation, pour les mêmes raisons que la première, tombe. Comme une rechute. Le 14 février 2018, tout bascule : il retrouve les Baumettes. Un jour de Saint-Valentin alors que ce qui l’amène ici est l’amour sans retour qu’il porte à sa femme. En le voyant arriver, quelqu’un lui dit voilà le sentimental du carcéral qui revient. Ces mots résonnent encore dans sa tête.

Au cours de ce second séjour et après un transfert salutaire à la maison d’arrêt de Draguignan, Vincent suit des cours de philosophie et s’inscrit au programme de lecture Lire pour s’en sortir, ou LPES, dont la marraine n’est autre que l’écrivaine Leïla Slimani. Il se met à dévorer les livres que nous nous échangeons aux heures trop rares des parloirs.

Ces activités destinées à favoriser la réinsertion des personnes détenues lui ouvrent les yeux. Vincent découvre le pouvoir qu’il détient sur lui-même grâce à un simple stylo-bille : l’écriture. Écrire devient une thérapie, celle-là même qui va le sortir de son marasme et lui permettre de raccrocher avec la vie et bien plus encore. Il est l’un des rares détenus que je connais à saisir la main qui lui est ainsi tendue. Il quitte cet univers carcéral en octobre 2018 avec le bénéfice d’une remise de peine pour bonne conduite.

Slamer devient un besoin. Dans ses textes, Vincent met des mots sur ses maux. Il retrace chaque jour ses émotions, son quotidien, ses angoisses, ses peurs, ses défaites et aussi ses efforts, ses espoirs, sa reconstruction.

La prison n'a pas été une fin, mais une aide à la reconstruction : apprendre à vivre sans Elle.

Aroma

LA VIE N’EST PAS FAITE POUR S’AMUSER

Encore et encore. Au bout il en émergera quelque chose de ces mots répétés

Parce que à force il en viendra un sens, un vrai, c’est obligé

Je ne sais même pas ce que je cherche si ce n’est à m’apaiser en écrivant toujours

Je ne peux pas le nommer encore, c’est encore obscur, mais je le répète pourtant chaque jour

Je le fais pour être mieux, par acquis de conscience et abnégation

Car je n’admettrai jamais sa décision sans prendre en compte ma dépression

J’ai consulté, parlé, craché, expulsé, écouté, les mots ne sont pas restés figés

J’ai fermé les yeux et j’les ai posés sur mon présent, mon futur, mon passé

On est jamais à l’abri, je l’ai appris à mes dépens, j’aurais dû être méfiant tout le temps

Je survivais, mon silence intérieur était épuisant et je n’ai pas craint ce que j’appelle de la trahison à présent

Aucune possibilité d’en faire part, vertiges, peurs, éclairs, en avant, en arrière sans limites de pensées

Je n’arrivais à rien face à un gouffre qui me barrait la route, devant un infini néant qui me précipitait

Des pensées rebelles, un manque de tout, de rien se manifestaient en buvant plus ouvertement

Je ne savais pas ce que j’avais et je ne cherchais pas à savoir vraiment

Comment aurais-je pu le savoir en étant incapable, en refusant de la nommer ?

Comment nommer ce qu’on ignore, putain de dépression, comment arriver à en parler ?

J’aurais dû parler d’un amas confus de vie, de sentiments, de ma réalité

De morceaux, d’effritements, d’événements qui étaient entrés en moi pour s’en emparer

C’est des interrogations perpétuelles et des mots difficiles à prononcer, je ne sais ni pourquoi ni comment

Tout est resté informulé pour continuer de vivre auprès des miens en faisant semblant et en buvant

Mais un mur est un mur

Comme une balle en rebonds, un mur et le rebond

Un rebond perpétuel, sans rien, seul et con

Jusqu’à l’ultime mur

Pourquoi avouer ce que je craignais alors que je faisais tout pour m’en empêcher en buvant pour le cacher

Peut-être pour continuer juste de rêver

Ces mots, ces nuits passées à écrire pour m’évader d’ici comme un paquet déposé à la consigne

Armé de ce stylo et de ces pages volantes comme pour laisser des signes

Personne ne sait comment j’ai pris sur moi pour essayer de vaincre mes peurs

Personne ne sait ce que je ressentais au fond de mon cœur

Alors j’écris pour m’aider, me justifier, expliquer et j’en sais fichtre rien

Des pages et des pages classées dans une chemise verte comme un trop plein

Ça sort, ça brûle, ça flambe, j’suis seul et je souffre sur ces papiers

Ne pas sombrer, tenir et ne plus être à genoux, tomber et se relever

Dépression et un amour soi-disant pour toujours !

Qui aime encore ? Qui est seul ? Qui court ?

Qui court sur le terreau et le compost d’une vie

Pour essayer en taule d’y replanter de soi-disant fleurs d’avenir avec envie

Ouais la vie elle est pas faite pour s’amuser

Y a un temps peut-être pour s’aimer et un autre pour se déchirer

Mais je ne peux rien oublier, je peux pas oublier

Surtout pour de préconçues idées

Surtout que je connais bien le poisson

Surtout que je sais où elle trouve l’hameçon

Une parole donnée ne se reprend pas

Mais pendant que j’étais mort, elle a eu son choix

Je m’en étais remis à une femme, du moins je le croyais

Je l’aimais, je crois, elle le sait, mais il n’y avait pas de réciprocité

Il aurait fallu comprendre ce qui se passait, s’immerger au fond de ma tête

Fallait juste ouvrir ses mains et son cœur pour expliquer ces alcools qui n’étaient pas à la fête

Au lieu de combler les déchirures, elle m’a écartelé les plaies ouvertes

Et toutes ces pressions et d’autres se sont accentuées dans ma tête

J’étais né pour ne rien dire, c’était ma vie

J’étais né pour souffrir, c’est ainsi

Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas donné de signes d’alerte durant ce passage

Je ne sais pas combien de pages j’aurais écrites en cage durant ce triste virage

Mais tourne page après page, lis sans survoler

Et tu verras, sans rester à l’affût d’un mot que je t’aimais

J’ai encore la gueule éclatée, les doigts crispés sur ce stylo

Mais ce ne sont que des mots, et de nous, je n’ai même pas une photo

Si un jour elle tombe sur ces écrits, répondra-t-elle à mes questions ?

S’en est-elle posée un jour seulement les raisons, a-t-elle voulu savoir pourquoi je supportais pas l’abandon ?

Quand on est perdu, on arrive à rien

Mais même un chien, on le cherche au fond d’un ravin

22 septembre 2018

EN TRAIN DE VIE

Le jour où le train de ma vie a mis en arrêt mon espoir,

J’ai constaté que j’étais entré dans ce tunnel noir

Tout commença le jour où je ne savais pourquoi je me trouvais seul jeté sur ce quai

Le panneau d’affichage était muet rien ne s’affichait

Cette gare immense était sombre, grise, sentiments d’angoisse et de peur

Le temps me paraissait suspendu, seul j’avançais vers l’unique loco guidé par le bruit du moteur

Je n’avais pas de billet ma destination était encore inconnue À croire que je quittais un monde que je ne voulais plus

Porté, poussé par je ne sais qu’elle envie, dans le wagon unique je pénétrais

Toutes les places étaient inoccupées j’étais le seul et unique passager

J’ai toujours kiffé les trains miniatures quand j’étais minot,

Mais j’avoue que c’est bizarre un train sans cheminots

C’est le tchou-tchou qui m’amène

C’est le tchou-tchou qui me traîne

Les essieux se mettent à grincer c’est l’heure du départ

Je suis assis dans ce compartiment du train du hasard

Je vois la gare s’éloigner sans connaître ma destinée

La vitesse augmente et je vois le paysage défiler

C’est le moment que je choisis plus ou moins volontairement pour m’éparpiller

Les yeux fermés dans ce train qui file je revois ma vie passée

Comme ce train j’en sens encore ce doux parfum, cette odeur

Comme ce train j’étais branché sur la bonne caténaire

Comme ce train et son charbon j’en ressentais la chaleur

Comme ce train la structure de notre amour me semblait en fer

C’est le tchou-tchou qui roule vite

C’est le tchou-tchou que j’habite

Secoué par les lourdes secousses, je commence à flipper

Ce train est-il bien sécurisé, vais-je dérailler

Sur ce siège en velours défraîchi, j’essaye d’ancrer mes doigts comme des crochets

Afin d’essayer de m’agripper à quelque chose pour être en sécurité

J’aurais dû peut-être tirer la sonnette d’alarme,

Mais qui aurait entendu, il n’y avait aucune âme

Est-ce que je dois sauter par la fenêtre ou continuer

C’est à ce moment que j’arrive à un aiguillage enfin

Le train se met à ralentir progressivement pour se stopper

Comme si j’étais à la croisée des chemins

Comme si cette vieille berline me demandait de choisir mon trajet

C’est le tchou-tchou du noir

C’est le tchou-tchou de l’espoir

Deux routes deux voix deux destins deux avenirs

À moi de le mettre sur les bons rails, il faut choisir

Si c’est à droite est-ce que je dois continuer ?

Si c’est à gauche est-ce que je dois m’arrêter ?

Le train redémarre, accélère, à vrai dire je ne sais pas de quelle gauche il a pris la droite

J’en mène pas large, j’ai les mains moites

Il fonce pour pénétrer dans un tunnel noir interminable

Un tunnel froid humide qui sent le diable

J’y vois danser des ombres autour des ombres, crier,

Mes angoisses et mes peurs m’envahissent je suis torturé

Quand soudain j’aperçois une lueur au loin

Une sortie, une échappatoire une lumière m’envahit et me met bien

Autour le paysage s’embellit et devient bleu vert

Petit à petit je me dis que je suis sorti du calvaire

Mes doigts se décrispent pour se détacher de ce à quoi je m’accrochais

Pour me lever me dresser, car je suis arrivé

Le train ralentit et signale par une sirène l’arrêt

Je saute sur le quai, c’est la gare que j’avais imaginée

À moi maintenant d’ouvrir la porte de ma destinée et faire ce dont je peux rêver

C’est le tchou-tchou de la vie

C’est le tchou-tchou de l’envie

ESQUISSE

Allez, je vais essayer de me lâcher ce soir je vais changer de thème

Je vais essayer d’embrasser mes mots pour qu’il dise « je t’aime »

Peut-être qu’en les faisant chanter autrement j’aurai un moyen d’être heureux

Et puis dehors il fait tellement beau et chaud, le ciel est si bleu

Je ne suis pas ici par choix, mais je vis, je respire, je pense, j’écris,

Me remplir la panse de vie c’est pas facile, mais j’en ai envie

C’est marrant que de n’avoir d’autres issues que de rester enfermés

Et de ne penser, de parler, de rêver que d’avenir

Dans nos bouches il n’y a que ces mots : Dehors et en sortir

C’est vrai on s’imagine, on se projette, la vraie vie pourra commencer

Moi j’évite trop d’y penser la journée encore j’suis trop dégoûté,

Mais le soir venu, avant le marchand de sable, mes rêves s’emballent

C’est alors que je me mets à voler, à penser, à imaginer ce que demain ma réalité

Et vu le peu de temps passé au pays des songes, mes rêves partent en cavale.

Je n’aurai aucun pincement au cœur en quittant ce monde horrible

Je ne sais pas encore ce que l’avenir me réserve, mais vu ce que j’ai vécu ce sera sûrement plus facile

Ce qui me guide, ce qui doit me faire avancer c’est maintenant l’envie de vivre

Je ne suis pas celui que j’ai été, la vie je veux en être ivre !

Alors que je ferme les yeux mon cerveau se met à dessiner

Et croyez-moi sa trousse est remplie de crayons aux mines bien affutées

Souvent je commence par du crayon gris que du noir et blanc

Il se met à reproduire les images du passé c’est pas bien marrant

Et d’un coup de gomme magique il s’efforce de les effacer

Il se met alors à s’évader, à gamberger, à imaginer

Pour me déposer dans un monde de tranquillité enfin apaisé

Marre de vivre pour survivre tellement j’étais torturé !

Marre d’aimer quelqu’un qui m’a fait menotter !

Marre de ne penser qu’aux autres pour être encore délaissé !

Marre de crier, d’appeler au secours pour être rejeté !

À moi de le trouver ce monde qui respire, qui me fait décoller

Je me suis trop privé de respirer pour une autre, que maintenant je me dois d’exister

Ce n’est pas de l’égoïsme pas comme elle, juste un état d’esprit, j’ai juste tout à y gagner

En sachant ce que j’ai perdu, ce temps gâché, l’incompréhension et le rejet

Je me dis que la vie c’est gratuit en fait et que j’ai assez payé

J’aurai peut-être envie de la retrouver, de la serrer, de me l’accaparer,

Mais au-delà de l’attirance je pourrai même pas l’embrasser

Non ! j’ai envie !

Simplement envie d’envie !

J’ai soif de liberté !

J’ai faim de tentation !

J’ai fou de sensations !

J’ai froid d’été

Alors mes crayons se remettent à danser, à virevolter

Petit à petit, dans un ballet effréné j’en aperçois les contours

Les premiers traits posés sont remplis d’espoir et d’amour

Une esquisse, un essai, un premier jet, un projet

Emportés par une frénésie, ils se lancent dans une chorégraphie rythmée.

Une danse virevoltante de couleurs pour égayer

Il n’y a pas de ratures pas besoin de gomme pour corriger

Que des couleurs vives, chaudes, claires, pastels

Un peu comme un arc-en-ciel

Il est beau mon dessin j’ai envie de l’exposer

Ou plutôt de m’en inspirer,

Pour me dire qu’avec envie

On peut redessiner sa vie

J’vais m’en faire un copier-coller

Pour le foutre dans mon ordinateur interne

J’vais m’efforcer de l’imprimer

Pour le reproduire dans une vie sans peine.

Lu à la fête de la musique de la maison d’arrêt le 21 juin 2018

TU ME MANQUES

Privé de liberté ! privé d’exister !

Il viendra le jour où ma gueule passera à travers ces barreaux enfin la retrouver

Elle sera là, derrière, patiente à m’attendre

Elle sera là, derrière, la première à m’entendre

Après tout ce temps enfermé, je la redécouvrirai

Après tout ce temps à y penser, je pourrais enfin la toucher

Nous nous retrouverons tous les deux enfin

Pour vivre, vivre sans se soucier du lendemain

J’ai passé trop de temps sans elle, trop de temps loin d’elle,

Ce jour-là, il ne peut être qu’à nous deux et au soleil

Là, face à face, lentement, doucement, je m’approcherai

Une brise légère pourtant son doux parfum que je n’avais jamais oublié

Me transportant à mes rêves secrètement imaginés

Timidement, à tâtons et avec soin, je la serrerai

Avec envie, je ne vais cesser de la dévisager

Avec soin, je vais me délecter à la goûter

Quand elle me collera à la peau, je commencerais à l’embrasser

Sensuellement et tactilement je vais la caresser

Rien ne pourra plus jamais m’en séparer, rien n’existera autour

Enfin réunie avec elle je lui ferai l’amour

Je vais l’attraper et la prendre dans toutes les positions

Qui trop longtemps sont restées vierges dans mon imagination

Brutalement je vais la pénétrer

Pour maintenant prier et il planté mon crochet

Afin de lui prouver que sans elle je ne peux exister

Afin qu’elle se souvienne qu’elle m’a trop manqué

Sauvagement je vais la mordiller pour la croquer

Comme un fruit défendu dont on m’aurait privé

Tel un serpent je m’enroulerai autour d’elle

Pour y cracher mon venin afin qu’elle me soit éternelle

Ouais j’vais passer ma gueule à travers ces barreaux

Ouais ce jour-là sera sûrement un des plus beaux,

Car je sais que derrière ces murs de béton

Elle m’attend et tourne en rond

Il fera beau, elle sera belle et parfumée

Je t’aime Liberté !

MES MAINS

Le ciel est ce matin une rivière

Il pleure tout son univers

Il crie sa colère

Montre sa rage d’éclairs

Alerte météo, vigilance orange

Mais y a vraiment quelque chose qui me dérange

Cette atmosphère lourde et ennuyeuse

Devrait m’inspirer des pensées malheureuses

Même ma fenêtre est fermée pour empêcher cette tristesse de pénétrer

Mais dans ma tête pourtant j’y vois tout clair, tout est dégagé

J’écris pas pour te dire au revoir

Je ne veux plus te revoir

Même si le ciel a du chagrin

J’me dis que ça ira mieux demain

J’m’égare plus en sortant du long chemin de ma dépression

De cette vie j’ai choisi la bonne intersection

Pour toi j’ne me pose plus aucune question

J’ai fini d’en perdre la raison

Notre union

Ne sera plus qu’un trait d’union

J’te laisse avec tes procédures, ton acharnement, tu feras tout en détail

Allez embrasse-moi, il faut que j’m’en aille

C’est aujourd’hui pour moi et la vie le jour de nos fiançailles

J’irais au bout de notre engagement, plutôt mourir que d’avoir une faille

STOP ! C’est terminé, j’ai trop tricoté, j’ai coupé le lien, j’en perdais le fil

J’suis trop fort, même ici pour qu’on me retienne… j’ai l’esprit qui file

Regarder loin enfin

Parce que ça ira mieux demain

Parce que je connais le pouvoir de mes mains

J’irais retrouver toutes mes capacités intellectuelles et manuelles

Même si la foudre me tombe dessus aujourd’hui la vie sera toujours belle

Je vis, je respire, j’suis bien

Et je regarde mes mains

Enfin je sens mes mains et tu sais ce qu’elles représentaient

Enfin mon prolongement n’est plus automatisé

Mes pognes, c’est ma vie qu’on voit dessus et j’en suis digne

Pas besoin de regarder à travers leurs lignes

Elles ont été elles aussi tordues et maltraitées jusqu’à l’os

S’infligeant comme ma vie des souffrances atroces

Mais elles ont retrouvé leur dextérité, leur identité

Elles ont aussi envie de créer

Même si j’ai pas des doigts de pianiste

Mais elles peuvent se rendre minutieuses, j’suis philatéliste

Mes pinceaux souffrent d’une certaine arthrose précoce

Ayant rencontré par mon taf nombre d’écorces

J’ai encore des crampes aux phalanges

Qui me bloquent parfois les articulations, me paralysant un instant, mais rien d’étrange

J’te demanderai jamais pardon pour ce que j’ai pu faire

J’avais juste les mains au sol et les deux genoux à terre

J’étais endormi, tu m’as pas réveillé

Mais à présent j’suis debout et j’ai pas les mains fermées

Parce que ça ira mieux demain

Parce que ça ira mieux avec ces deux mains

J’ai remonté la pente, serré les poings sans le faire savoir

J’ai tout laissé tomber pour un monde d’espoir

C’est ces mains qui vont dessiner doucement cet avenir sublime

Parce que dans ma tête j’ai plein de dreams

Chaque petit instant de cette vie carcérale j’arrive à en profiter

Alors t’imagines quand j’aurai retrouvé la liberté

J’suis pas un intellectuel, j’préfère le manuel

Même dans les relations, j’préfère le tactile, c’est réel

Si j’avais un sens à privilégier dans cette destinée

C’est bien le toucher que je choisirais en priorité

J’aime sentir les choses au bout de mes doigts, toucher, m’imprégner, caresser, créer

C’est pas pour rien que j’ai choisi le naturel pour exercer mon métier

Mais toi qui es-tu pour me juger ?

Toi qui ne m’as même pas relevé !!!

Je ne regrette rien, je n’ai pas de sang sur les mains, mais je ne me retournerai plus sur toi l’animal

Je prends le large, je sauve le beau, je mets les voiles, je pars en cavale

Je repars de rien, mais avec mes deux mains

Parce que ça ira mieux demain

J’ai plus les poings serrés, je tends mes mains bien ouvertes

Pour donner de l’amour c’est la seule chose que j’ai en tête

Parce que mes mains

Sont mes mains

Tu sais qu’elles ont toujours eu du courage

J’t’avais offert mon outillage, mon cartilage

J’récupère mes artères

J’regarde plus derrière

Je les ouvre comme mon cœur À celle qui voudra partager l’humeur, la chaleur, la rigueur, la douceur et pourquoi pas enfin le bonheur

Parce que mes mains

Sont malgré l’usure, des mains de gamins

J’aurais toujours besoin qu’on me guide

En me les tenant pour être lucide

J’suis un assisté des phalanges Ça vous dérange ??

Moi j’trouve ça magnifique deux personnes qui se tiennent la main

Surtout chez les personnes âgées, c’est un transport de fluide, une jonction simple pour ces demains

Moi, je regarde encore mes mains après ce triste passage du

Blizzard

Malgré leur fonctionnalité, il y a un truc bizarre

Elles n’ont jamais été aussi douces, lisses, propres et parfumées

Il y a bien des traces de nicotine, des marques du passé

Des marques de souffrance

Mais elles n’ont pas leur vraie apparence

Il manque des écorchures, des ouvertures

Des cicatrices, des coupures

L’odeur de la sève, de la résine

Du bois, de la terre, des cimes

Du mélange de l’huile et de l’essence

La dureté, la fermeté qui en font leur sens

Ici je me contente d’en tenir le flambeau par l’écriture

Mes notes actuellement définissent ma création du futur

Mais mes mains n’ont pas cette vocation

C’est l’appel de mon métier qui est leur destination

Rien ne m’enlèvera mon amour pour la nature

C’est comme ça, c’est ma nature

Big Flo, Oli

P’tit biscuit

Tous les matins avec vous en cellule je chante et danse enfin

Avec vous je sais que ça ira mieux avec mes deux mains

ÇA VA LISE ?

Ce matin comme tous les matins on me demande à plusieurs reprises si ça va

Que répondre à une question comme celle-là ?

Ouais impecc, putain super, j’suis à donf, j’ai le moral au top

Viens, on va parler en terrasse en s’fumant une clope !!

Sans déconner ça va, ils sont tous là pour étudier le Vidal et exercer des soins ?

C’est quoi ici une fac pour les médecins de demain ?

Qu’est-ce qu’ils en ont à foutre de mon état de santé,

Si j’ai la prostate percée ou le trou du cul bouché !

Ouais ça va et toi ? La réponse aussi con, comme si tu voulais y prendre la tension,

Putain on est en prison !!!!

Manquerait plus qu’on se demande si on a passé une bonne semaine,

Ou les projets pour le week-end !

Mais c’est comme ça, on se prend le pouls

On sait jamais c’est vite fait ici un coup de mou !

Comme au taf, dans notre team si ça va pas on le sent

On en parle sans trop insister juste pour se remonter le sang

Pour ça il n’y a pas besoin d’ordonnance, ça aide de communiquer

J’suis bien placé pour en parler !!!!

Puis t’es anesthésié ici, anesthésié à attendre le temps

Et c’est long à se diffuser dans ton élément

T’es là physiquement, y a un corps, mais mentalement qu’en partie

On t’a trépané le cerveau pour en laisser un morceau dans la vraie vie

C’est pas possible de dire que ça va dans ce formol qu’est la taule

Perso je vais mieux, mais je nage pas dans le bonheur d’une cure à la Baule Ça va la forme ? Putain la forme de quoi ?

Ouais j’suis prêt ! J’ai fait natation, vélo, cardio, lancé du javelot et du poids

Y sont préparateurs physiques ?

On passe les sélections pour les Jeux olympiques

Ou quand au lieu d’un « bonjour » on te lance un questionnement : ALORS ?

Alors quoi ? Tu crois que j’suis allé dehors ?

J’suis là, j’suis comme toi mec !

J’suis pas allé faire un pèlerinage à la Mecque

Je me suis pas absenté pour la nuit

Putain mec, j’ai juste bougé avec mes insomnies !

Y a la version plus courte « BIEN ? » abréviation de ça va bien

Fatigue vocale, manque de salive, fatigue buccale, vocabulaire restreint

T’as la version généalogique : « ça va la famille ? »

Celle-là je la trouve sympa parce que dans cette galère on forme une sorte de confrérie, une petite famille

Perso on me dit souvent : « ça va l’ancien ? », « ça va tonton ? »

Pourtant j’suis pas le paternel, le patriarche de tous ces rejetons

C’est con ce texte

Mais faut le remettre dans le contexte

Ce matin on m’a dit « ça va »

J’ai répondu « comme un dimanche » c’est tout voilà

Demain j’dirai « comme un lundi »

Puis un mardi

Ici tous les jours sont semblables, la vie est la même, y a que le nom du jour qui change

Et apparemment ces journées ne vont pas bien, y a quelque chose qui les dérange

Elles ont un petit coup de mou : faudrait voir à se soucier de leur santé

J’imagine quand enfin je vais être libéré

La question à deux balles « ça va, j’te croisais plus ? t’étais en congé ? »

Ouais putain !! J’ai pris une année sabbatique

J’suis parti loin, très loin coupé du monde, fallait que je médite

J’avais besoin de faire le point, de retourner ma piste

J’ai fait un plongeon intérieur avec un maître bouddhiste

Je vais bien, j’ai fait un peu de yoga, j’ai la capillarité pour,

Mais qui va croire que j’ai suivi une éducation avec des bouddhas et que je suis sur le chemin du retour ?

En fait ce serait juste le fait d’un bouddha qui saurait mentir

Parce que pour la méditation et la réflexion c’est devenu ma ligne de mire

UN PEU, UN PETIT PEU REBELLE

Je croyais que j’étais du bon côté, que les autres avaient tort

Un jour vivant, un autre mort

Je veux m’en souvenir, car c’est pas faire dans le détail

La prison c’est pas qu’un monde de racaille

Ici y a pas de compte à rendre, faut prendre ce que tu vaux

J’suis pas dans mon élément, j’suis comme un poisson hors de l’eau

Tu m’as fait prendre le large pour penser à tes côtes

Mais j’suis plus fort que tu ne le penses

Elle m’imprègne la taule, j’la vis bien cette expérience

J’ai beaucoup réfléchi à nous et j’suis mieux dans mes bottes

C’est pas la vie que j’avais choisie, c’est toi qui me l’as imposée

La chaleur, l’humidité, la crasse, la peur, les craintes rien n’y fait

Tout est menaçant, le calme comme le bruit

Tout est autre ici

Tu m’as envoyé dans un autre monde pour un surprenant voyage

À côté d’hommes qui ne sont pas venus ici pour un pèlerinage

Mais j’tourne plus en rond, tout tourne rond

Ton jeu, ta mascarade, j’ai pris le temps d’en tirer les conclusions

Bien sûr que l’alcool est une probabilité, mais je sais ce que tu cash

Tu es en partie responsable de mon impasse

C’est la vie, c’est la guerre, on fait prisonniers les rebelles

Tu apprécies ton nouvel homme, plus rien ne s’emmêle

Tu fais corps avec autre chose que l’humanité

Ce qui t’importe c’est pas la sardine, mais le brochet

Ce que j’ai appris ? C’est qu’on est jamais à l’abri

De toi j’aurais dû m’en méfier jour et nuit

J’aurais pas dû m’assoupir, encore moins dormir

Mais je pouvais plus tenir

C’était pas de l’alcoolisme

Ni du paludisme

Toi tu souffres d’une maladie bien plus grave qu’on appelle l’égoïsme et l’avarice

Les autres ne fous pas tes mains dans leur pisse

Une dépression elle te prend tes faiblesses, pas pour les garder, mais pour les multiplier

Qui m’a mis hors-jeu ? L’arbitre c’était toi, un match truqué, question de monnaie

Je me suis assez tourné les choses dans la tête

Une chose t’intéresse dans la vie, être au chaud dans ta couette

Pourquoi as-tu refusé un premier mariage

Pourquoi m’expulser, car j’en menais pas large

Tu ne connais que quelques brides que j’ai voulues te dire

Qu’est-ce que t’en as foutre, ta quête c’est ton empire

Tu ne sais même pas si je buvais pour le plaisir ou me venger

Pour hurler en moi des chagrins pour dans des verres les diffuser

Avec dans la tête un énorme brasier, un pilon sur un mortier

Je ne jouais pas avec du verre Ça coupe juste les artères

Parce que la vie liquide

Fait oublier ou pas ce qui est limpide

C’est juste un point de compression

Qui attire d’autres contradictions

Boire parce que tu as mal partout, pour oublier ces douleurs

S’abrutir dans des verres d’humeur, des verres d’horreur

T’inquiète pas il faudra s’en expliquer

Après le rebelle ira se volatiliser

Bien sûr que j’ai le droit de me rebeller

Même avec un crayon et un papier

Parce qu’on me dit fort et courageux face à mes douleurs

Mais personne ne sait que je prends encore sur moi pour vaincre mes peurs

La lutte contre cette maladie est encore incessante

Je me dois de tenir, continuer parce que la vie est bandante

C’est une bataille de tous les instants

Déblaiement et nivellement

Suis-je là où je dois être ?

J’pense pas, mais j’suis libre dans ma tête

J’suis tombé de haut, tombé dedans, tombé en cage

L’important c’est juste l’atterrissage

J’ai pas récité de prières à dieu le père

J’suis rebelle et j’fais seul ma guerre

Toi tu devrais retourner à l’église demander confession

Car c’est toi qui as trahi, offensé en ne voyant que le pognon

J’ai résisté à une dépression, une séparation, la taule

Rebelle avec ce stylo que je tiens en main et tu vois que ce n’est pas une question d’alcool

J’ai appris et j’ai compris que tant qu’on a pas tout donné, on a rien donné

Toi, tu t’es contenté de prendre sans aider

17 septembre 2020

J’AIMERAIS JUSTE

Ce que j’aimerais ? Gommer ce triste passage de ma vie de prisonnier pour mes enfants,

Mais pour moi il restera gravé à jamais intérieurement

J’aimerais qu’on dise de ces pages que c’est juste une personne qui s’asseyait

J’aimerais qu’on dise comme cette période je m’assieds à cette table pour discuter

Encore seul, mais pour bavarder sans personne autour

Un temps où je suis peut-être seul à m’intéresser encore à l’amour

Ce temps que je prends, car j’ai souvent pas sommeil

Ce temps à m’asseoir et à regarder le ciel

Je converse tard parfois ça me fait souvenir pourquoi je suis là derrière une porte

Très tard, trop tard, souvent, alors que le monde dort et que cette prison est morte

Je trouve toujours quelque chose à dire sur celle que j’aimais comme un con

Ces entretiens avec moi-même ne sont pas autre chose qu’une écriture de communication

J’aimerais juste qu’on dise que je m’asseyais

J’aimerais juste qu’on dise que je bavardais

Quand j’écris, je parle, c’est une création orale qu’à un sens

Si j’écris, je parle, je me parle et je parle à celui qui le veut, en silence

Parler revient alors à écrire à haute voix

C’est la difficulté que je rencontre encore parfois

Écrire me sert à sauvegarder mes conditions, mes préoccupations malheureuses de ma destinée

Écrire pour sortir mes pensées comme pour vouloir m’en débarrasser, m’en passer

Écrire du bien souvent à une heure tardive, une idée, une coïncidence, un projet

Comme une pirouette qui peut des fois redonner confiance pour une journée,

Si j’écris beaucoup en ce moment, c’est que c’est vital Écrire, écrire que je vais mieux, toujours, encore mon cérébral

Alors si un jour vous tombez sur l’accumulation de mes écrits, il ne faut pas les dévorer,

Mais un après l’autre, quatre, cinq juste pour les picorer

Puis posez l’amas de feuilles volantes pour se reposer

Le ressortir en faisant à chaque fois la même chose dans un bar enfumé

Je ne suis pas écrivain, je ne suis rien, juste seul cent personnes à converser