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Pour s'évader, pour tourner la page et surtout, pour faire la paix avec lui-même, l'auteur s'appuie sur son stylo-bille et écrit, décrit ses maux. L'encre agit comme une thérapie dont on perçoit les électrochocs ou les analgésiques selon le cas. Le lecteur perçoit ce qui fut la détresse et la solitude d'un taiseux, les volutes infernales des idées noires qui tournent et tournent dans la tête, avant de trouver l'issue par où s'extraire enfin. Si elle ne chante pas, sa poésie est rythmée et son tempo s'impose aisément. Le phrasé est méridional, quelques expressions typiquement provençales, le tout sent bon la garrigue ou la banlieue de Marseille, l'une et l'autre si souvent voisines. Cette lecture propose de découvrir le parcours atypique d'un homme tombé et qui se relève après avoir accepté une main tendue, puis d'autres ensuite. Une véritable leçon d'optimisme.
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Seitenzahl: 286
Veröffentlichungsjahr: 2021
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À mes Paulos.
PRÉFACE
LA VIE N’EST PAS FAITE POUR S’AMUSER
EN TRAIN DE VIE
ESQUISSE
TU ME MANQUES
MES MAINS
ÇA VA LISE ?
UN PEU, UN PETIT PEU REBELLE
J’AIMERAIS JUSTE
BESOIN D’AÉRER
P’TIT SCÉNAR
L'HOMME CANON
PAROLES, PAROLES…
MA CONSULTATION
MATHÉMATIQUES
JOURNÉE DU PATRIMOINE
VITE TU ME MANQUES
J’AURAIS PU DIRE
SURTOUT NE PAS MENTIR
ALORS, HEUREUSE ?
LE CHARIOT
DOC
DEMAIN
LE BAL
ELLE
ABSENCE
AMNÉSIE
LA CARTE
RÊVE
COMME L’ARBRE
DE L’OMBRE À LA LUMIÈRE
LA PLAINTE
LES OISEAUX
ENVIE DE VIE
À L'ENCRE NOIRE
À MES GOSSES
À MES MIOCHES
À VOUS LES MESSIEURS DU PARC
AU MORT
BÊCHER ET AÉRER
BRAILLE
BROUILLON DE VIE
CE SOIR, LE CIEL
C'ÉTAIT MIEUX AVANT
CIGARETTES
COMPLIQUÉ
CONFESSIONS INTIMES
DANS LE NOIR
DÉPRESSIF TU PENSES ?
DES MOTS ET DES MAUX
DORY
EN VIE DE FUIR
ENFANT DU SILENCE
FAUT QUE J'ME POSE
GYNÉCO DE LA TÊTE
HISTOIRE DE GAULE
HURLER
INDIANA JONES
INDIGENT
J'AIME PAS LES VOITURES
J'DESSINE DES MOTS
JE SUIS UNE BOUGIE
JE T'AIME
JEUX DE RIMES
J'SUIS PAS UN POÈTE
LA FÉE
LA FLEUR
LE CABAS
LE CHIEN NOIR
LE GÉNIE
LES POINGS SERRÉS
LES SOULIERS DE ROMANE
MA CROISADE
MES EXCUSES
MES MINOTS
MES PETITS 2
MES PETITS... 3
PUTAIN MES PETITS
MIEL, CAFÉ, SUCRE
MON FRIGO
PAPA
PAS D'BOL
PETIT PRINCE
PEUR DU DEHORS
PROJET DE SORTIE
P'TITE SOEUR
QUAND VIENT LE SOIR
SALE GUEULE
SALOPE
TATOUAGE
UN PARFUM, UNE ODEUR
UNE PRISON LA NUIT
VITE L'AMOUR
Chapitre 4
LE COUSSIN BLANC
SANS TITRE
Parce qu’à un certain moment, il faut s’exprimer, dans le sens premier du mot, faire sortir le trop-plein, ce qui empêche de respirer, de vivre tout simplement.
Pendant plus de quinze années, Vincent Munaro fut un chef d’entreprise dans le monde des espaces verts, les mains dans la terre des jardins à conjuguer avec passion l’harmonie des végétaux.
Longtemps, il n’a pu exprimer tout ce qui lui pesait, tout ce qui s’est installé dans sa vie de manière insidieuse. Longtemps il n’a pu dialoguer avec son épouse, ni avec ses quatre enfants qu’il adore plus que tout. Comme de trop nombreuses personnes de son entourage, Elle n’a pas su interpréter ses silences, sa descente aux enfers. Il l’aimait aveuglément. Pourquoi a-t-elle voulu se séparer de lui ? Il n’a pas compris, il s’est rongé de l’intérieur.
Éperdument, l’alcool est devenu son seul ami, son confident. De mauvais conseil, on s’en doute, juste de quoi buter sur un accident de la vie et se retrouver aux Baumettes pour un séjour de deux mois.
On le sait, sans un accompagnement adapté, l’incarcération ne résout pas grand-chose. Peu de temps après, une nouvelle condamnation, pour les mêmes raisons que la première, tombe. Comme une rechute. Le 14 février 2018, tout bascule : il retrouve les Baumettes. Un jour de Saint-Valentin alors que ce qui l’amène ici est l’amour sans retour qu’il porte à sa femme. En le voyant arriver, quelqu’un lui dit voilà le sentimental du carcéral qui revient. Ces mots résonnent encore dans sa tête.
Au cours de ce second séjour et après un transfert salutaire à la maison d’arrêt de Draguignan, Vincent suit des cours de philosophie et s’inscrit au programme de lecture Lire pour s’en sortir, ou LPES, dont la marraine n’est autre que l’écrivaine Leïla Slimani. Il se met à dévorer les livres que nous nous échangeons aux heures trop rares des parloirs.
Ces activités destinées à favoriser la réinsertion des personnes détenues lui ouvrent les yeux. Vincent découvre le pouvoir qu’il détient sur lui-même grâce à un simple stylo-bille : l’écriture. Écrire devient une thérapie, celle-là même qui va le sortir de son marasme et lui permettre de raccrocher avec la vie et bien plus encore. Il est l’un des rares détenus que je connais à saisir la main qui lui est ainsi tendue. Il quitte cet univers carcéral en octobre 2018 avec le bénéfice d’une remise de peine pour bonne conduite.
Slamer devient un besoin. Dans ses textes, Vincent met des mots sur ses maux. Il retrace chaque jour ses émotions, son quotidien, ses angoisses, ses peurs, ses défaites et aussi ses efforts, ses espoirs, sa reconstruction.
La prison n'a pas été une fin, mais une aide à la reconstruction : apprendre à vivre sans Elle.
Aroma
Encore et encore. Au bout il en émergera quelque chose de ces mots répétés
Parce que à force il en viendra un sens, un vrai, c’est obligé
Je ne sais même pas ce que je cherche si ce n’est à m’apaiser en écrivant toujours
Je ne peux pas le nommer encore, c’est encore obscur, mais je le répète pourtant chaque jour
Je le fais pour être mieux, par acquis de conscience et abnégation
Car je n’admettrai jamais sa décision sans prendre en compte ma dépression
J’ai consulté, parlé, craché, expulsé, écouté, les mots ne sont pas restés figés
J’ai fermé les yeux et j’les ai posés sur mon présent, mon futur, mon passé
On est jamais à l’abri, je l’ai appris à mes dépens, j’aurais dû être méfiant tout le temps
Je survivais, mon silence intérieur était épuisant et je n’ai pas craint ce que j’appelle de la trahison à présent
Aucune possibilité d’en faire part, vertiges, peurs, éclairs, en avant, en arrière sans limites de pensées
Je n’arrivais à rien face à un gouffre qui me barrait la route, devant un infini néant qui me précipitait
Des pensées rebelles, un manque de tout, de rien se manifestaient en buvant plus ouvertement
Je ne savais pas ce que j’avais et je ne cherchais pas à savoir vraiment
Comment aurais-je pu le savoir en étant incapable, en refusant de la nommer ?
Comment nommer ce qu’on ignore, putain de dépression, comment arriver à en parler ?
J’aurais dû parler d’un amas confus de vie, de sentiments, de ma réalité
De morceaux, d’effritements, d’événements qui étaient entrés en moi pour s’en emparer
C’est des interrogations perpétuelles et des mots difficiles à prononcer, je ne sais ni pourquoi ni comment
Tout est resté informulé pour continuer de vivre auprès des miens en faisant semblant et en buvant
Mais un mur est un mur
Comme une balle en rebonds, un mur et le rebond
Un rebond perpétuel, sans rien, seul et con
Jusqu’à l’ultime mur
Pourquoi avouer ce que je craignais alors que je faisais tout pour m’en empêcher en buvant pour le cacher
Peut-être pour continuer juste de rêver
Ces mots, ces nuits passées à écrire pour m’évader d’ici comme un paquet déposé à la consigne
Armé de ce stylo et de ces pages volantes comme pour laisser des signes
Personne ne sait comment j’ai pris sur moi pour essayer de vaincre mes peurs
Personne ne sait ce que je ressentais au fond de mon cœur
Alors j’écris pour m’aider, me justifier, expliquer et j’en sais fichtre rien
Des pages et des pages classées dans une chemise verte comme un trop plein
Ça sort, ça brûle, ça flambe, j’suis seul et je souffre sur ces papiers
Ne pas sombrer, tenir et ne plus être à genoux, tomber et se relever
Dépression et un amour soi-disant pour toujours !
Qui aime encore ? Qui est seul ? Qui court ?
Qui court sur le terreau et le compost d’une vie
Pour essayer en taule d’y replanter de soi-disant fleurs d’avenir avec envie
Ouais la vie elle est pas faite pour s’amuser
Y a un temps peut-être pour s’aimer et un autre pour se déchirer
Mais je ne peux rien oublier, je peux pas oublier
Surtout pour de préconçues idées
Surtout que je connais bien le poisson
Surtout que je sais où elle trouve l’hameçon
Une parole donnée ne se reprend pas
Mais pendant que j’étais mort, elle a eu son choix
Je m’en étais remis à une femme, du moins je le croyais
Je l’aimais, je crois, elle le sait, mais il n’y avait pas de réciprocité
Il aurait fallu comprendre ce qui se passait, s’immerger au fond de ma tête
Fallait juste ouvrir ses mains et son cœur pour expliquer ces alcools qui n’étaient pas à la fête
Au lieu de combler les déchirures, elle m’a écartelé les plaies ouvertes
Et toutes ces pressions et d’autres se sont accentuées dans ma tête
J’étais né pour ne rien dire, c’était ma vie
J’étais né pour souffrir, c’est ainsi
Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas donné de signes d’alerte durant ce passage
Je ne sais pas combien de pages j’aurais écrites en cage durant ce triste virage
Mais tourne page après page, lis sans survoler
Et tu verras, sans rester à l’affût d’un mot que je t’aimais
J’ai encore la gueule éclatée, les doigts crispés sur ce stylo
Mais ce ne sont que des mots, et de nous, je n’ai même pas une photo
Si un jour elle tombe sur ces écrits, répondra-t-elle à mes questions ?
S’en est-elle posée un jour seulement les raisons, a-t-elle voulu savoir pourquoi je supportais pas l’abandon ?
Quand on est perdu, on arrive à rien
Mais même un chien, on le cherche au fond d’un ravin
22 septembre 2018
Le jour où le train de ma vie a mis en arrêt mon espoir,
J’ai constaté que j’étais entré dans ce tunnel noir
Tout commença le jour où je ne savais pourquoi je me trouvais seul jeté sur ce quai
Le panneau d’affichage était muet rien ne s’affichait
Cette gare immense était sombre, grise, sentiments d’angoisse et de peur
Le temps me paraissait suspendu, seul j’avançais vers l’unique loco guidé par le bruit du moteur
Je n’avais pas de billet ma destination était encore inconnue À croire que je quittais un monde que je ne voulais plus
Porté, poussé par je ne sais qu’elle envie, dans le wagon unique je pénétrais
Toutes les places étaient inoccupées j’étais le seul et unique passager
J’ai toujours kiffé les trains miniatures quand j’étais minot,
Mais j’avoue que c’est bizarre un train sans cheminots
C’est le tchou-tchou qui m’amène
C’est le tchou-tchou qui me traîne
Les essieux se mettent à grincer c’est l’heure du départ
Je suis assis dans ce compartiment du train du hasard
Je vois la gare s’éloigner sans connaître ma destinée
La vitesse augmente et je vois le paysage défiler
C’est le moment que je choisis plus ou moins volontairement pour m’éparpiller
Les yeux fermés dans ce train qui file je revois ma vie passée
Comme ce train j’en sens encore ce doux parfum, cette odeur
Comme ce train j’étais branché sur la bonne caténaire
Comme ce train et son charbon j’en ressentais la chaleur
Comme ce train la structure de notre amour me semblait en fer
C’est le tchou-tchou qui roule vite
C’est le tchou-tchou que j’habite
Secoué par les lourdes secousses, je commence à flipper
Ce train est-il bien sécurisé, vais-je dérailler
Sur ce siège en velours défraîchi, j’essaye d’ancrer mes doigts comme des crochets
Afin d’essayer de m’agripper à quelque chose pour être en sécurité
J’aurais dû peut-être tirer la sonnette d’alarme,
Mais qui aurait entendu, il n’y avait aucune âme
Est-ce que je dois sauter par la fenêtre ou continuer
C’est à ce moment que j’arrive à un aiguillage enfin
Le train se met à ralentir progressivement pour se stopper
Comme si j’étais à la croisée des chemins
Comme si cette vieille berline me demandait de choisir mon trajet
C’est le tchou-tchou du noir
C’est le tchou-tchou de l’espoir
Deux routes deux voix deux destins deux avenirs
À moi de le mettre sur les bons rails, il faut choisir
Si c’est à droite est-ce que je dois continuer ?
Si c’est à gauche est-ce que je dois m’arrêter ?
Le train redémarre, accélère, à vrai dire je ne sais pas de quelle gauche il a pris la droite
J’en mène pas large, j’ai les mains moites
Il fonce pour pénétrer dans un tunnel noir interminable
Un tunnel froid humide qui sent le diable
J’y vois danser des ombres autour des ombres, crier,
Mes angoisses et mes peurs m’envahissent je suis torturé
Quand soudain j’aperçois une lueur au loin
Une sortie, une échappatoire une lumière m’envahit et me met bien
Autour le paysage s’embellit et devient bleu vert
Petit à petit je me dis que je suis sorti du calvaire
Mes doigts se décrispent pour se détacher de ce à quoi je m’accrochais
Pour me lever me dresser, car je suis arrivé
Le train ralentit et signale par une sirène l’arrêt
Je saute sur le quai, c’est la gare que j’avais imaginée
À moi maintenant d’ouvrir la porte de ma destinée et faire ce dont je peux rêver
C’est le tchou-tchou de la vie
C’est le tchou-tchou de l’envie
Allez, je vais essayer de me lâcher ce soir je vais changer de thème
Je vais essayer d’embrasser mes mots pour qu’il dise « je t’aime »
Peut-être qu’en les faisant chanter autrement j’aurai un moyen d’être heureux
Et puis dehors il fait tellement beau et chaud, le ciel est si bleu
Je ne suis pas ici par choix, mais je vis, je respire, je pense, j’écris,
Me remplir la panse de vie c’est pas facile, mais j’en ai envie
C’est marrant que de n’avoir d’autres issues que de rester enfermés
Et de ne penser, de parler, de rêver que d’avenir
Dans nos bouches il n’y a que ces mots : Dehors et en sortir
C’est vrai on s’imagine, on se projette, la vraie vie pourra commencer
Moi j’évite trop d’y penser la journée encore j’suis trop dégoûté,
Mais le soir venu, avant le marchand de sable, mes rêves s’emballent
C’est alors que je me mets à voler, à penser, à imaginer ce que demain ma réalité
Et vu le peu de temps passé au pays des songes, mes rêves partent en cavale.
Je n’aurai aucun pincement au cœur en quittant ce monde horrible
Je ne sais pas encore ce que l’avenir me réserve, mais vu ce que j’ai vécu ce sera sûrement plus facile
Ce qui me guide, ce qui doit me faire avancer c’est maintenant l’envie de vivre
Je ne suis pas celui que j’ai été, la vie je veux en être ivre !
Alors que je ferme les yeux mon cerveau se met à dessiner
Et croyez-moi sa trousse est remplie de crayons aux mines bien affutées
Souvent je commence par du crayon gris que du noir et blanc
Il se met à reproduire les images du passé c’est pas bien marrant
Et d’un coup de gomme magique il s’efforce de les effacer
Il se met alors à s’évader, à gamberger, à imaginer
Pour me déposer dans un monde de tranquillité enfin apaisé
Marre de vivre pour survivre tellement j’étais torturé !
Marre d’aimer quelqu’un qui m’a fait menotter !
Marre de ne penser qu’aux autres pour être encore délaissé !
Marre de crier, d’appeler au secours pour être rejeté !
À moi de le trouver ce monde qui respire, qui me fait décoller
Je me suis trop privé de respirer pour une autre, que maintenant je me dois d’exister
Ce n’est pas de l’égoïsme pas comme elle, juste un état d’esprit, j’ai juste tout à y gagner
En sachant ce que j’ai perdu, ce temps gâché, l’incompréhension et le rejet
Je me dis que la vie c’est gratuit en fait et que j’ai assez payé
J’aurai peut-être envie de la retrouver, de la serrer, de me l’accaparer,
Mais au-delà de l’attirance je pourrai même pas l’embrasser
Non ! j’ai envie !
Simplement envie d’envie !
J’ai soif de liberté !
J’ai faim de tentation !
J’ai fou de sensations !
J’ai froid d’été
Alors mes crayons se remettent à danser, à virevolter
Petit à petit, dans un ballet effréné j’en aperçois les contours
Les premiers traits posés sont remplis d’espoir et d’amour
Une esquisse, un essai, un premier jet, un projet
Emportés par une frénésie, ils se lancent dans une chorégraphie rythmée.
Une danse virevoltante de couleurs pour égayer
Il n’y a pas de ratures pas besoin de gomme pour corriger
Que des couleurs vives, chaudes, claires, pastels
Un peu comme un arc-en-ciel
Il est beau mon dessin j’ai envie de l’exposer
Ou plutôt de m’en inspirer,
Pour me dire qu’avec envie
On peut redessiner sa vie
J’vais m’en faire un copier-coller
Pour le foutre dans mon ordinateur interne
J’vais m’efforcer de l’imprimer
Pour le reproduire dans une vie sans peine.
Lu à la fête de la musique de la maison d’arrêt le 21 juin 2018
Privé de liberté ! privé d’exister !
Il viendra le jour où ma gueule passera à travers ces barreaux enfin la retrouver
Elle sera là, derrière, patiente à m’attendre
Elle sera là, derrière, la première à m’entendre
Après tout ce temps enfermé, je la redécouvrirai
Après tout ce temps à y penser, je pourrais enfin la toucher
Nous nous retrouverons tous les deux enfin
Pour vivre, vivre sans se soucier du lendemain
J’ai passé trop de temps sans elle, trop de temps loin d’elle,
Ce jour-là, il ne peut être qu’à nous deux et au soleil
Là, face à face, lentement, doucement, je m’approcherai
Une brise légère pourtant son doux parfum que je n’avais jamais oublié
Me transportant à mes rêves secrètement imaginés
Timidement, à tâtons et avec soin, je la serrerai
Avec envie, je ne vais cesser de la dévisager
Avec soin, je vais me délecter à la goûter
Quand elle me collera à la peau, je commencerais à l’embrasser
Sensuellement et tactilement je vais la caresser
Rien ne pourra plus jamais m’en séparer, rien n’existera autour
Enfin réunie avec elle je lui ferai l’amour
Je vais l’attraper et la prendre dans toutes les positions
Qui trop longtemps sont restées vierges dans mon imagination
Brutalement je vais la pénétrer
Pour maintenant prier et il planté mon crochet
Afin de lui prouver que sans elle je ne peux exister
Afin qu’elle se souvienne qu’elle m’a trop manqué
Sauvagement je vais la mordiller pour la croquer
Comme un fruit défendu dont on m’aurait privé
Tel un serpent je m’enroulerai autour d’elle
Pour y cracher mon venin afin qu’elle me soit éternelle
Ouais j’vais passer ma gueule à travers ces barreaux
Ouais ce jour-là sera sûrement un des plus beaux,
Car je sais que derrière ces murs de béton
Elle m’attend et tourne en rond
Il fera beau, elle sera belle et parfumée
Je t’aime Liberté !
Le ciel est ce matin une rivière
Il pleure tout son univers
Il crie sa colère
Montre sa rage d’éclairs
Alerte météo, vigilance orange
Mais y a vraiment quelque chose qui me dérange
Cette atmosphère lourde et ennuyeuse
Devrait m’inspirer des pensées malheureuses
Même ma fenêtre est fermée pour empêcher cette tristesse de pénétrer
Mais dans ma tête pourtant j’y vois tout clair, tout est dégagé
J’écris pas pour te dire au revoir
Je ne veux plus te revoir
Même si le ciel a du chagrin
J’me dis que ça ira mieux demain
J’m’égare plus en sortant du long chemin de ma dépression
De cette vie j’ai choisi la bonne intersection
Pour toi j’ne me pose plus aucune question
J’ai fini d’en perdre la raison
Notre union
Ne sera plus qu’un trait d’union
J’te laisse avec tes procédures, ton acharnement, tu feras tout en détail
Allez embrasse-moi, il faut que j’m’en aille
C’est aujourd’hui pour moi et la vie le jour de nos fiançailles
J’irais au bout de notre engagement, plutôt mourir que d’avoir une faille
STOP ! C’est terminé, j’ai trop tricoté, j’ai coupé le lien, j’en perdais le fil
J’suis trop fort, même ici pour qu’on me retienne… j’ai l’esprit qui file
Regarder loin enfin
Parce que ça ira mieux demain
Parce que je connais le pouvoir de mes mains
J’irais retrouver toutes mes capacités intellectuelles et manuelles
Même si la foudre me tombe dessus aujourd’hui la vie sera toujours belle
Je vis, je respire, j’suis bien
Et je regarde mes mains
Enfin je sens mes mains et tu sais ce qu’elles représentaient
Enfin mon prolongement n’est plus automatisé
Mes pognes, c’est ma vie qu’on voit dessus et j’en suis digne
Pas besoin de regarder à travers leurs lignes
Elles ont été elles aussi tordues et maltraitées jusqu’à l’os
S’infligeant comme ma vie des souffrances atroces
Mais elles ont retrouvé leur dextérité, leur identité
Elles ont aussi envie de créer
Même si j’ai pas des doigts de pianiste
Mais elles peuvent se rendre minutieuses, j’suis philatéliste
Mes pinceaux souffrent d’une certaine arthrose précoce
Ayant rencontré par mon taf nombre d’écorces
J’ai encore des crampes aux phalanges
Qui me bloquent parfois les articulations, me paralysant un instant, mais rien d’étrange
J’te demanderai jamais pardon pour ce que j’ai pu faire
J’avais juste les mains au sol et les deux genoux à terre
J’étais endormi, tu m’as pas réveillé
Mais à présent j’suis debout et j’ai pas les mains fermées
Parce que ça ira mieux demain
Parce que ça ira mieux avec ces deux mains
J’ai remonté la pente, serré les poings sans le faire savoir
J’ai tout laissé tomber pour un monde d’espoir
C’est ces mains qui vont dessiner doucement cet avenir sublime
Parce que dans ma tête j’ai plein de dreams
Chaque petit instant de cette vie carcérale j’arrive à en profiter
Alors t’imagines quand j’aurai retrouvé la liberté
J’suis pas un intellectuel, j’préfère le manuel
Même dans les relations, j’préfère le tactile, c’est réel
Si j’avais un sens à privilégier dans cette destinée
C’est bien le toucher que je choisirais en priorité
J’aime sentir les choses au bout de mes doigts, toucher, m’imprégner, caresser, créer
C’est pas pour rien que j’ai choisi le naturel pour exercer mon métier
Mais toi qui es-tu pour me juger ?
Toi qui ne m’as même pas relevé !!!
Je ne regrette rien, je n’ai pas de sang sur les mains, mais je ne me retournerai plus sur toi l’animal
Je prends le large, je sauve le beau, je mets les voiles, je pars en cavale
Je repars de rien, mais avec mes deux mains
Parce que ça ira mieux demain
J’ai plus les poings serrés, je tends mes mains bien ouvertes
Pour donner de l’amour c’est la seule chose que j’ai en tête
Parce que mes mains
Sont mes mains
Tu sais qu’elles ont toujours eu du courage
J’t’avais offert mon outillage, mon cartilage
J’récupère mes artères
J’regarde plus derrière
Je les ouvre comme mon cœur À celle qui voudra partager l’humeur, la chaleur, la rigueur, la douceur et pourquoi pas enfin le bonheur
Parce que mes mains
Sont malgré l’usure, des mains de gamins
J’aurais toujours besoin qu’on me guide
En me les tenant pour être lucide
J’suis un assisté des phalanges Ça vous dérange ??
Moi j’trouve ça magnifique deux personnes qui se tiennent la main
Surtout chez les personnes âgées, c’est un transport de fluide, une jonction simple pour ces demains
Moi, je regarde encore mes mains après ce triste passage du
Blizzard
Malgré leur fonctionnalité, il y a un truc bizarre
Elles n’ont jamais été aussi douces, lisses, propres et parfumées
Il y a bien des traces de nicotine, des marques du passé
Des marques de souffrance
Mais elles n’ont pas leur vraie apparence
Il manque des écorchures, des ouvertures
Des cicatrices, des coupures
L’odeur de la sève, de la résine
Du bois, de la terre, des cimes
Du mélange de l’huile et de l’essence
La dureté, la fermeté qui en font leur sens
Ici je me contente d’en tenir le flambeau par l’écriture
Mes notes actuellement définissent ma création du futur
Mais mes mains n’ont pas cette vocation
C’est l’appel de mon métier qui est leur destination
Rien ne m’enlèvera mon amour pour la nature
C’est comme ça, c’est ma nature
Big Flo, Oli
P’tit biscuit
Tous les matins avec vous en cellule je chante et danse enfin
Avec vous je sais que ça ira mieux avec mes deux mains
Ce matin comme tous les matins on me demande à plusieurs reprises si ça va
Que répondre à une question comme celle-là ?
Ouais impecc, putain super, j’suis à donf, j’ai le moral au top
Viens, on va parler en terrasse en s’fumant une clope !!
Sans déconner ça va, ils sont tous là pour étudier le Vidal et exercer des soins ?
C’est quoi ici une fac pour les médecins de demain ?
Qu’est-ce qu’ils en ont à foutre de mon état de santé,
Si j’ai la prostate percée ou le trou du cul bouché !
Ouais ça va et toi ? La réponse aussi con, comme si tu voulais y prendre la tension,
Putain on est en prison !!!!
Manquerait plus qu’on se demande si on a passé une bonne semaine,
Ou les projets pour le week-end !
Mais c’est comme ça, on se prend le pouls
On sait jamais c’est vite fait ici un coup de mou !
Comme au taf, dans notre team si ça va pas on le sent
On en parle sans trop insister juste pour se remonter le sang
Pour ça il n’y a pas besoin d’ordonnance, ça aide de communiquer
J’suis bien placé pour en parler !!!!
Puis t’es anesthésié ici, anesthésié à attendre le temps
Et c’est long à se diffuser dans ton élément
T’es là physiquement, y a un corps, mais mentalement qu’en partie
On t’a trépané le cerveau pour en laisser un morceau dans la vraie vie
C’est pas possible de dire que ça va dans ce formol qu’est la taule
Perso je vais mieux, mais je nage pas dans le bonheur d’une cure à la Baule Ça va la forme ? Putain la forme de quoi ?
Ouais j’suis prêt ! J’ai fait natation, vélo, cardio, lancé du javelot et du poids
Y sont préparateurs physiques ?
On passe les sélections pour les Jeux olympiques
Ou quand au lieu d’un « bonjour » on te lance un questionnement : ALORS ?
Alors quoi ? Tu crois que j’suis allé dehors ?
J’suis là, j’suis comme toi mec !
J’suis pas allé faire un pèlerinage à la Mecque
Je me suis pas absenté pour la nuit
Putain mec, j’ai juste bougé avec mes insomnies !
Y a la version plus courte « BIEN ? » abréviation de ça va bien
Fatigue vocale, manque de salive, fatigue buccale, vocabulaire restreint
T’as la version généalogique : « ça va la famille ? »
Celle-là je la trouve sympa parce que dans cette galère on forme une sorte de confrérie, une petite famille
Perso on me dit souvent : « ça va l’ancien ? », « ça va tonton ? »
Pourtant j’suis pas le paternel, le patriarche de tous ces rejetons
C’est con ce texte
Mais faut le remettre dans le contexte
Ce matin on m’a dit « ça va »
J’ai répondu « comme un dimanche » c’est tout voilà
Demain j’dirai « comme un lundi »
Puis un mardi
Ici tous les jours sont semblables, la vie est la même, y a que le nom du jour qui change
Et apparemment ces journées ne vont pas bien, y a quelque chose qui les dérange
Elles ont un petit coup de mou : faudrait voir à se soucier de leur santé
J’imagine quand enfin je vais être libéré
La question à deux balles « ça va, j’te croisais plus ? t’étais en congé ? »
Ouais putain !! J’ai pris une année sabbatique
J’suis parti loin, très loin coupé du monde, fallait que je médite
J’avais besoin de faire le point, de retourner ma piste
J’ai fait un plongeon intérieur avec un maître bouddhiste
Je vais bien, j’ai fait un peu de yoga, j’ai la capillarité pour,
Mais qui va croire que j’ai suivi une éducation avec des bouddhas et que je suis sur le chemin du retour ?
En fait ce serait juste le fait d’un bouddha qui saurait mentir
Parce que pour la méditation et la réflexion c’est devenu ma ligne de mire
Je croyais que j’étais du bon côté, que les autres avaient tort
Un jour vivant, un autre mort
Je veux m’en souvenir, car c’est pas faire dans le détail
La prison c’est pas qu’un monde de racaille
Ici y a pas de compte à rendre, faut prendre ce que tu vaux
J’suis pas dans mon élément, j’suis comme un poisson hors de l’eau
Tu m’as fait prendre le large pour penser à tes côtes
Mais j’suis plus fort que tu ne le penses
Elle m’imprègne la taule, j’la vis bien cette expérience
J’ai beaucoup réfléchi à nous et j’suis mieux dans mes bottes
C’est pas la vie que j’avais choisie, c’est toi qui me l’as imposée
La chaleur, l’humidité, la crasse, la peur, les craintes rien n’y fait
Tout est menaçant, le calme comme le bruit
Tout est autre ici
Tu m’as envoyé dans un autre monde pour un surprenant voyage
À côté d’hommes qui ne sont pas venus ici pour un pèlerinage
Mais j’tourne plus en rond, tout tourne rond
Ton jeu, ta mascarade, j’ai pris le temps d’en tirer les conclusions
Bien sûr que l’alcool est une probabilité, mais je sais ce que tu cash
Tu es en partie responsable de mon impasse
C’est la vie, c’est la guerre, on fait prisonniers les rebelles
Tu apprécies ton nouvel homme, plus rien ne s’emmêle
Tu fais corps avec autre chose que l’humanité
Ce qui t’importe c’est pas la sardine, mais le brochet
Ce que j’ai appris ? C’est qu’on est jamais à l’abri
De toi j’aurais dû m’en méfier jour et nuit
J’aurais pas dû m’assoupir, encore moins dormir
Mais je pouvais plus tenir
C’était pas de l’alcoolisme
Ni du paludisme
Toi tu souffres d’une maladie bien plus grave qu’on appelle l’égoïsme et l’avarice
Les autres ne fous pas tes mains dans leur pisse
Une dépression elle te prend tes faiblesses, pas pour les garder, mais pour les multiplier
Qui m’a mis hors-jeu ? L’arbitre c’était toi, un match truqué, question de monnaie
Je me suis assez tourné les choses dans la tête
Une chose t’intéresse dans la vie, être au chaud dans ta couette
Pourquoi as-tu refusé un premier mariage
Pourquoi m’expulser, car j’en menais pas large
Tu ne connais que quelques brides que j’ai voulues te dire
Qu’est-ce que t’en as foutre, ta quête c’est ton empire
Tu ne sais même pas si je buvais pour le plaisir ou me venger
Pour hurler en moi des chagrins pour dans des verres les diffuser
Avec dans la tête un énorme brasier, un pilon sur un mortier
Je ne jouais pas avec du verre Ça coupe juste les artères
Parce que la vie liquide
Fait oublier ou pas ce qui est limpide
C’est juste un point de compression
Qui attire d’autres contradictions
Boire parce que tu as mal partout, pour oublier ces douleurs
S’abrutir dans des verres d’humeur, des verres d’horreur
T’inquiète pas il faudra s’en expliquer
Après le rebelle ira se volatiliser
Bien sûr que j’ai le droit de me rebeller
Même avec un crayon et un papier
Parce qu’on me dit fort et courageux face à mes douleurs
Mais personne ne sait que je prends encore sur moi pour vaincre mes peurs
La lutte contre cette maladie est encore incessante
Je me dois de tenir, continuer parce que la vie est bandante
C’est une bataille de tous les instants
Déblaiement et nivellement
Suis-je là où je dois être ?
J’pense pas, mais j’suis libre dans ma tête
J’suis tombé de haut, tombé dedans, tombé en cage
L’important c’est juste l’atterrissage
J’ai pas récité de prières à dieu le père
J’suis rebelle et j’fais seul ma guerre
Toi tu devrais retourner à l’église demander confession
Car c’est toi qui as trahi, offensé en ne voyant que le pognon
J’ai résisté à une dépression, une séparation, la taule
Rebelle avec ce stylo que je tiens en main et tu vois que ce n’est pas une question d’alcool
J’ai appris et j’ai compris que tant qu’on a pas tout donné, on a rien donné
Toi, tu t’es contenté de prendre sans aider
17 septembre 2020
Ce que j’aimerais ? Gommer ce triste passage de ma vie de prisonnier pour mes enfants,
Mais pour moi il restera gravé à jamais intérieurement
J’aimerais qu’on dise de ces pages que c’est juste une personne qui s’asseyait
J’aimerais qu’on dise comme cette période je m’assieds à cette table pour discuter
Encore seul, mais pour bavarder sans personne autour
Un temps où je suis peut-être seul à m’intéresser encore à l’amour
Ce temps que je prends, car j’ai souvent pas sommeil
Ce temps à m’asseoir et à regarder le ciel
Je converse tard parfois ça me fait souvenir pourquoi je suis là derrière une porte
Très tard, trop tard, souvent, alors que le monde dort et que cette prison est morte
Je trouve toujours quelque chose à dire sur celle que j’aimais comme un con
Ces entretiens avec moi-même ne sont pas autre chose qu’une écriture de communication
J’aimerais juste qu’on dise que je m’asseyais
J’aimerais juste qu’on dise que je bavardais
Quand j’écris, je parle, c’est une création orale qu’à un sens
Si j’écris, je parle, je me parle et je parle à celui qui le veut, en silence
Parler revient alors à écrire à haute voix
C’est la difficulté que je rencontre encore parfois
Écrire me sert à sauvegarder mes conditions, mes préoccupations malheureuses de ma destinée
Écrire pour sortir mes pensées comme pour vouloir m’en débarrasser, m’en passer
Écrire du bien souvent à une heure tardive, une idée, une coïncidence, un projet
Comme une pirouette qui peut des fois redonner confiance pour une journée,
Si j’écris beaucoup en ce moment, c’est que c’est vital Écrire, écrire que je vais mieux, toujours, encore mon cérébral
Alors si un jour vous tombez sur l’accumulation de mes écrits, il ne faut pas les dévorer,
Mais un après l’autre, quatre, cinq juste pour les picorer
Puis posez l’amas de feuilles volantes pour se reposer
Le ressortir en faisant à chaque fois la même chose dans un bar enfumé
Je ne suis pas écrivain, je ne suis rien, juste seul cent personnes à converser
