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La volonté d'une révolution culturelle et économique
[…] la véritable personnalité d’Adja, son attachement aux valeurs panafricaines et toute la souffrance qu’elle inspire quand elle lui parlait de l’Afrique qu’elle appelait Kama, son ancien nom, son véritable nom disait-elle. Son style de femme émancipée et libre, qui méprise toute présence étrangère, la condamne dans la haine. Elle souffre de la situation actuelle de ce continent et en a même honte. Elle trouve toujours, comme la plupart des intellectuels, un coupable en insistant, fouillant, jugeant le passé, l’histoire. Ils souffrent tous ! N’est-ce pas une perte de temps de vouloir rester victimes à tout prix ? Au contraire, le panafricanisme doit être compétitif et créatif entre les peuples, au lieu de se replier sur soi-même ; une sorte de révolution culturelle et économique, une union pour défendre des intérêts communs avec nos différences.
Un roman sur fond de panafricanisme, à ne pas manquer !
EXTRAIT
Nadjirou choisit toujours cet instant pour libérer son inspiration stagnante devant toute cette poésie. Elle se déverse imprévisiblement en flot sur ses pages avec l’énergie du moment qui absorbe les sens. Il sent l’atmosphère craquer à travers le souffle du vent, Le silence des arbres dominer et la nuit purifier les parfums. Une musique sinistre, amoureuse et volatile tue les secondes peu à peu dans un vide en concert. Et la symphonie se déchire par un quelconque mouvement sourd. Chaque chose, parfaitement à sa place. Le moindre bruit provoque une détonation. Une extrême folie qui réveille le monde entier. Il veut vaincre cette sensation normale de crainte du temps, ce temps matinal, cette brise triste, cette ville timide qui se réveille majestueusement en douce. À peine six heures et bientôt le jour ; bientôt le soleil, les visages, les pieds, le mouvement de plus en plus rapide, la vitesse, la hargne, la rage, l’adrénaline, la fatigue dopée, la course vers le monde ; bientôt les salutations, les angoisses, les gentillesses, les galanteries, l’amour, les politesses, les amitiés…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Mory Diaw, nom d’auteur
Mory Verbivor, né à Dakar, est professeur (titre) en maths / sciences de la vie et de la terre. Il a déjà publié deux recueils de poèmes / slam : « Les humeurs de ma plume » et « Illusion salvatrice d’un verbivor : cœur rêveur ».
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Seitenzahl: 165
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Le Silence de Kama
Même les murs en parlent
Roman
Edité par:
Éditions DIASPORAS NOIRES
www.diasporas-noires.com
©Mory Verbivor 2017
ISBN version numérique : 9791091999755
ISBN version imprimée : 9791091999762
Date de publication numérique : 14 Janvier 2017
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Le silence de Kama
Même les murs en parlent
[…] la véritable personnalité d’Adja, son attachement aux valeurs panafricaines et toute la souffrance qu’elle inspire quand elle lui parlait de l’Afrique qu’elle appelait Kama, son ancien nom, son véritable nom qu’elle aimait tant. Son style de femme émancipée et libre, qui méprise toute présence étrangère, la condamne dans la haine. Elle souffre de la situation actuelle de ce continent et en a même honte. Elle trouve toujours, comme la plupart des intellectuels, un coupable en insistant, fouillant, jugeant le passé, l’histoire. Ils souffrent tous ! N’est-ce pas une perte de temps de vouloir rester victimes à tout prix ? Au contraire, le panafricanisme doit être compétitif et créatif entre les peuples, au lieu de se replier sur soi-même ; une sorte de révolution culturelle et économique, une union pour défendre des intérêts communs avec nos différences.
Mory Verbivor
Mory Diaw, nom d’auteur Mory verbivor, né à Dakar, professeur (titre) en maths / sciences de la vie et de la terre. Il a déjà publié deux recueils de poèmes / slam : « Les humeurs de ma plume » et « Illusion salvatrice d’un verbivor : cœur rêveur ».
À ma muse
À tous mes Amis
-Les humeurs de ma plume
Recueil de Poésie libre - Slam (100 pages) 2011
Ed. Diasporas noires
-Illusion salvatrice d’un verbivor : cœur rêveur
- Recueil de Poésie libre (50 pages) 2012
Ed. Edilivre
« Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or. »
Charles Baudelaire « les Fleurs du mal ».
Il murmure ces quelques vers dès son réveil, hésitant, un peu trop tôt pour débuter la matinée sous l’effet de l’inspiration. Des mots qui résonnent, qui cognent comme des êtres animés, qui libèrent les maux tus et les douceurs tristes. Un esprit vivant. Un personnage figé. Un réel insensé. Une image floue, illogique, non-sens. Il décrit tout en bonne humeur dans son bloc de feuilles vives d’une blancheur festive. Il déambule torse nu, sa poitrine presque plate. Un corps squelettique, la taille fine. Le visage illuminé comme si on lui faisait une révélation divine.
Pourtant à peine réveillé le lit presque défait de ses draps blancs sans tâche, immaculés, reflétant la lumière d’un lampadaire en forme de cône. Telle une tasse renversée, une pyramide sans sommet, une douce lumière rayonne et projette partout ses rayons jaunes d’ambre moutarde.
La nuit fait encore sa loi du silence et de l’ombre avec un ciel vidé à peine visible, prêt à s’étendre à son tour. Un sentiment matinal domine l’ambiance. Un mélange de couleurs ambigües et sobres détrône la reine lune de sa poésie. L’horloge égraine de petites bulles de secondes maraudeuses et profanes, précises et répétées, comme des monstres enragés, dans un rythme saccadé. Semblable à un bruit de bottes en marche ou de sabots endiablés au bord des dernières ruines nocturnes de la ville.
Nadjirou choisit toujours cet instant pour libérer son inspiration stagnante devant toute cette poésie. Elle se déverse imprévisiblement en flot sur ses pages avec l’énergie du moment qui absorbe les sens. Il sent l’atmosphère craquer à travers le souffle du vent, Le silence des arbres dominer et la nuit purifier les parfums. Une musique sinistre, amoureuse et volatile tue les secondes peu à peu dans un vide en concert. Et la symphonie se déchire par un quelconque mouvement sourd. Chaque chose, parfaitement à sa place. Le moindre bruit provoque une détonation. Une extrême folie qui réveille le monde entier. Il veut vaincre cette sensation normale de crainte du temps, ce temps matinal, cette brise triste, cette ville timide qui se réveille majestueusement en douce. À peine six heures et bientôt le jour ; bientôt le soleil, les visages, les pieds, le mouvement de plus en plus rapide, la vitesse, la hargne, la rage, l’adrénaline, la fatigue dopée, la course vers le monde ; bientôt les salutations, les angoisses, les gentillesses, les galanteries, l’amour, les politesses, les amitiés…
Il s’imagine alors martien, extraterrestre ! En déduit que la terre est folle, que les hommes sont chosifiés, qu’ils se cachent, qu’ils s’acharnent à l’épuisement, qu’ils souffrent… Ce bouleversement inédit les verse dans l’insouciance la plus absolue.
Nadjirou ressent cette prophétie par un murmure animal au fond de son ventre avec de petites créatures grondant de faim. Quelques mots bien formulés lui viennent à l’esprit : des vers simples et nostalgiques. Et continue la rêverie poétique ! Elle ne s’arrête plus. Elle transcende ses poumons, se glisse dans son cœur, ses tripes spirituelles. Elle se mêle au sang pour envahir et emporter tout son esprit vers un univers complexe, une sorte de bien-être, de suffisance profonde, une suprématie légitime accueillant un jour nouveau.
Il sétire alors ses longs bras minces, ses jambes poilues et son bassin, ensuite enchaîne avec des exercices abdominaux moins rigoureux que d’habitude pour réveiller son corps définitivement de l’ambiance d’une nuit mourante. Puis il enchaîne par un dernier mouvement de tout son corps : son cou, ses pieds, ses genoux, sans faire tomber ses énormes lunettes, signe d’un lecteur assidu. Il sent ses os se desserrer par des claquements brusques et toute la fatigue de l’effort physique qu’il impose à sa poitrine plate, à ses joues creuses, à son nez écrasé, à ses yeux profonds et myopes… Son front lisse, sa tête bien rasée dissimule la partie chauve, enfin il se dirige nonchalamment sous la douche.
Un appartement de trois chambres, un salon au centre où se dresse l’équipement adéquat : tableaux d’art contemporain, sculptures, masques évoquant un univers abstrait de l’imagination et des croyances africaines.
La télé, la bibliothèque complètent le décor. Un décor aussi du plafond avec un énorme appareil en forme d’ancre renversée éclairant les couleurs soigneusement choisies par Madame. Mais les livres dominent dans l’appartement. Ils sont à même le sol, entre les meubles… Au centre d’une table, sont superposées les revues mensuelles de Madame. La cuisine donne sur une impasse où le linge sale est rangé. De sa chambre un petit balcon s’ouvre au reste de la ville. Il donne une splendide vue des rues et des avenues de Dakar.
Dakar, l’héritage colon ancré dans le quotidien de ses ex-indigènes : un réveil en douceur, un peu de sport, un bon bain chaud, un café fumant, siroté tout doucement devant son journal au moment où la ville se réveille.
De son balcon, Nadjirou scrute encore silencieusement ce quartier. Un merveilleux labyrinthe architectural de bâtiments, de monuments et de jardins publics. Un décor particulier de ruelles désertes, d’immeubles verts, bleus, rouges, de toutes les couleurs arc-en-ciel modernes. Une vue extérieure panoramique des quartiers environnants aux détails du minuscule visible, en grain de lumière jaune pointue comme des yeux de lynx.
De temps en temps, le démarrage de voitures déchire ce silence. Elles finissent grondant de moins en moins fort pour se perdre dans l’immensité des rues. Il se brosse les dents, asperge son visage d’eau douce, applique sur ses joues de la pommade et gagne la cuisine.
Une dizaine de minutes alors, il finit de se préparer une tasse de café. Il se dirige ensuite vers le salon pour reprendre le livre qu’il lisait la veille. En y ajoutant un peu de sucre, il remue le tout tendrement et évite les claquements de sa petite cuillère contre la tasse car Madame dort toujours d’un sommeil profond.
Au bout d’une demi-heure, la vraie couleur de chaque chose apparait. Alors il contemple ce luxe accessible, cette bourgeoisie moyenne, cette ville où le soleil se lève tout calme et enthousiaste d’embellir l’humeur pour en ressortir un peu de beauté. Visitant coin et recoin avec des yeux stupéfaits, avec la frayeur du grandiose qui laisse paraître un sentiment bizarre, l’air souriant, la bouche ridiculement entrouverte, il suit des yeux chaque passant. Puis tout en silence ils se font des signes de la main comme s’ils se connaissaient, simple réflexe culturel pour de parfaits inconnus. Le scepticisme intellectuel le prend souvent dans des suppositions déplacées. Mais il se fie à ses premières impressions devant ce nouveau sombre visage barbu avec son volumineux livre à la main et cet accoutrement hors du commun, son allure neutre de la mode, sa démarche ralentie aux pas réfléchis, son pantalon qui n’atteint pas ses chevilles, ses bottes sans chaussettes. Évidemment que par simple style, on peut reconnaitre toutes les passions et les émotions cachées. Ainsi par le style, ils portent tous des masques, soit pour figurer étrangement dans le registre des étiquettes ou pour se fondre dans une masse : le grand théâtre du mensonge des sourires et des acteurs parfaitement comiques. Par ailleurs il se rappelle de la suite de son poème, d’elle, de la promesse que la vie n’a jamais tenue pour lui en particulier ; une promesse que tout cœur espère après tant d’années vécues, d’expériences, d’interrogations, de solitude, de non-sens, de contradictions, de crainte du su, tu et de l’inévitable.
Presque huit heures, déjà ! L’heure d’aller au travail. Il met son costard rouge vif avec les rayures, ensuite réessaye le gris éclatant qu’il avait acheté lors de son dernier voyage à Paris, ajuste sa cravate noire avec une chemise de fond blanc et redresse son jean bleu ciel qui va très bien avec ses chaussures que Madame a pris soin de bien cirer.
Avec le souci du détail, il pense avoir mis trop de couleurs : bleu, noir, gris, blanc alors il enlève sa cravate et se décide enfin à descendre. Oups ! Il revient prendre les clés de sa voiture, s’arrête de nouveau devant le miroir, rassuré de son style, de l’image reflétée, il ajuste ses lunettes avec un souffle détendu et se hâte vers sa voiture fredonnant, un bouquin à la main.
La ville étouffe de carbone, de klaxons à cause du monde trop pressé en retard ; le mal de l’Afrique, l’habitude nègre, le laisser-aller banal. On est peu soucieux d’arriver à l’heure. Nadjirou a pris finalement l’habitude de faire comme tout le monde. Une habitude tolérée ; très mauvaise habitude ! Il en est conscient. Peut-être, le véritable mal de l’économie. L’habitude de la dernière minute. On réinvente l’horloge en prenant tout son temps : véritable signe d’insouciance face au sous-développement avec un rythme personnel. Venir en retard, toujours pris en compte lors des réunions et on bricole toujours le travail à la dernière minute. Le comble reste les lenteurs administratives. Et, logiquement le travail de quelques heures passe au lendemain, l’absentéisme et le retard ; une tolérance devenue le cancer de notre système économique. Ce qui suffit pour rester derrière, vu que les autres vont toujours plus vite. Et mieux, ils anticipent même sur le futur et réalisent des performances au-delà même de leurs attentes avec en plus du temps gagné : « time is money ». Ils peuvent en profiter bien sûr pour d’autres activités. Nadjirou se reprend.
Le jour commence à imposer son soleil, il ouvre les vitres et patiente quelques secondes au feu rouge. La tension monte puisque tout Dakar, bien réveillé, est en retard pour se rendre au travail, à l’école ; en quelque sorte aux affaires. Les voitures explosent de leur nombre au point de créer des embouteillages monstres, en file sur de longues distances.
Tout perd trop de temps dans tout : dans les distractions, les plaisanteries amicales et les fêtes. Et s’il fallait plutôt servir avec mérite, au lieu de leurrer tout un système, installant ainsi une médiocrité dans tout.
Le système souffre des banalités, des fantasmes, du bavardage, des caprices, des irresponsabilités et du laxisme ; causant, dans sa soi-disant sphère de cadres, tout simplement, une pollution intellectuelle c’est-à-dire des répétiteurs des connaissances acquises avec un plan de carrière et zéro pourcent de production. Une élite qui oublie le sens de la connaissance, de la vraie : la recherche et la production utile, un projet intellectuel et non pas un portefeuille plein de billets ou un plan de carrière réussi à la perfection. On remarque leur insouciance face au grand retard des états négro-africains.
Nadjirou ressent fortement l’envie de fumer pour se calmer. Mais il se rappelle des conseils de docteur FALL son médecin qui, lors de son dernier rendez-vous lui avait fait tout un exposé sur la relation entre la cigarette et l’humeur, la nicotine, la dépendance, les multiples composants chimiques de celle-ci, les cancers, les effets psychologiques. Et même des menaces sur sa fertilité à son âge ; qu’elle pourrait, en réalité, être la source de ses problèmes. Alors il décide de maintenir tous ses efforts qu’il ne cesse de faire depuis. Ces excuses pour ne pas céder à la tentation d’un art de vie qui date de ses vingt-deux ans à la fac. Une époque où il s’était fait une raison naïve et peu soucieuse que tout fumeur eut à se dire au moins une fois dans sa vie : « c’est juste une affaire de jeunesse… » Oups !
L’heure de reprendre sa liberté de résister à la nicotine encore et encore, pour son asthme et tout le reste. Déjà six mois de bataille de chaque matin, aux heures tristes d’inspiration à ne rien faire ; six mois d’hésitation, d’envie, de maîtrise agonisante, tortueuse, incompréhensible, omniprésente, maladive… Et elle, la cigarette, qui s’accroche encore et encore comme une diablesse, un fardeau vital, à la nuque. Elle résout d’une seule bouffée de fumée tout un monde d’incertitude en trouble, d’un pessimisme atroce. Elle rend certes son corps malade, las, loque mais son esprit sain et fort à l’aise, guéri et vif, plein d’arguments à convaincre même Dieu !
Il reprend son souffle et saisit de ses deux mains le volant de sa voiture pour tourner lentement vers la gauche, ensuite ralentit exprès pour céder le passage à un véhicule spécial qui montre tous les honneurs et la fortune d’un pays pauvre. Un de ces prestiges des élus du nouveau gouvernement avec une escorte : anges serviteurs ! Une ascension brutale, inespérée, arrachée orgueilleusement comme une part du gâteau après avoir rusé, tué, sacrifié, marabouté, volé avec une stratégie des promesses et de la vertu du désintéressement intéressé. Une fois le projet accompli, ils changent de visage, de masque, de style, d’amis. Ils s’inventent de nouvelles idées, un nouveau cadre de vie typiquement africain : cérémonie sur cérémonie...
Le pouvoir les enivre même quand ils sont sobres. Une fortune de prince en l’espace de quelques années estimée à des milliards. Des biens ramassés un peu partout qui sentent une série de pots-de-vin et une mafia fiscale avec des montages juridiques bien ficelés. Oups ! Le peuple manque toujours de preuves.
Nadjirou a l’impression de se morfondre dans ses pensées idylliques d’un monde meilleur. Alors il allume la radio pour se changer les idées décourageantes comme tout citoyen.
Il ne faut surtout pas gâcher son bonheur matinal car la politique est devenue un simple business. En plus des faveurs luxueuses d’un cadre de vie pour servir le pays, ils mettent en place un jeu d’échecs où les plus faibles périssent. Tout le monde sait ce qui se passe ; tout le monde devine leurs intentions ; tout le monde reste sceptiques face à leur façon de faire, leurs beaux et rassurants discours. Il n’est point difficile de comprendre qu’une grande conspiration « d’oiseaux de même plumage » ne va laisser aucune preuve devant une économie ruinée d’avance. La grande bataille contre les dettes laisse plus de chance à la crise, à la hausse des denrées de première nécessité ; donc un leurre de prétendre les diminuer. Au même moment l’intelligence garde sa salive encore chaude et ravale sa colère sans la manifester. Ils oublient qu’ils ne peuvent rester éternels.
Ce sentiment d’injustice sociale languit davantage l’esprit de Nadjirou. Pourtant lui, qui était bien parti ce matin, inspiré, confiant, retrouvant même ses sensations poétiques, d’homme lucide d’esprit, d’une force tranquille, prêt à refaire le monde de mots, avec ses tas de théories sur le véritable fondement de la dignité humaine. Cet univers poétique bascule soudain. Il se rend compte qu’il est lui aussi, naturellement, emporté par cette maladie de tout un peuple : le syndrome « être en retard au travail » !
En traversant la ville et durant tout un moment de concentration, il se souvient qu’elle lui reproche toujours le fait de ne pas fermer la porte à clé.
Il pense à elle, à ses habitudes fantaisistes, à ses humeurs imprévues tantôt désagréables et déplacées, à toutes ces années ensemble, quinze ans presque d’une routine maladive et désagréable. Un rituel d’analyses, de tests, de rendez-vous, de médicaments qui n’en finissent pas ; et puis ces tromperies, ces caprices, ces ruptures, ces réconciliations, ces folies ; faut-il encore recoller les morceaux ?
Il manque de naturel sur leurs visages, leurs actes, leurs mots retenus ; ce silence monstrueux qui évite les regards pénétrants de l’un sur l’autre. Ce petit regard des yeux dans les yeux qui révèle la pensée, tue quand elle se charge d’émotion. Ils nient l’évidence, dissimulent les gestes, mesurent les paroles et contournent la vérité qui les blesse au fond.
Nadjirou ne veut pas se prononcer en premier. Ces intempéries conjugales ont installé un sentiment de culpabilité des deux côtés. Il se met en colère avec des crises de nerfs exprès souvent, pour installer le doute sur une probable séparation désintéressée mais inévitable. Et puis sa copine Fatima lui pourrit l’esprit. Elle a osé lui dire la vérité sur ses tromperies, peut-être ; et puis tant mieux se dit-il…
Nadjirou zappe la radio et prend de plein fouet une voix soft jazzique qui bat sur un rythme lent, tout doux, un genre particulier : voix sèche, guitare et percussion. Une originalité de la musique simple sans bruit. Il augmente alors le volume tout en hochant finalement la tête ; tout simplement envouté puis il voit son téléphone vibrer : c’est Mr KAMARA ! La réalité lui rappelle que sa journée va être vraiment chargée. Il faut réviser un tas de dossiers avant de les soumettre. Une série de projets avec toutes les exigences déontologiques.
