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Les souvenirs, c’est un peu comme dans une ancienne photo de classe… Des enfants bien alignés et dont on ne distingue pas bien les visages, des souvenirs d’enfance, d’adolescence qui bien que mis bout à bout, restent confus, flous, comme effacés de la mémoire. Ce sont ceux de Romain, ancien combattant de la guerre d’Algérie, qui hante les rues du Paris de Mai 68.
Ce livre est un superbe voyage à travers la mémoire, les rêves, les rencontres et la littérature. C’est aussi un voyage à travers deux pays : la France et l’Algérie.
Récit d’un rescapé de la guerre d’indépendance, d’un survivant blessé à l’âme.
Roman d’une guerre refoulée, mais aussi d’une promenade littéraire dans un Paris oublié,
Le soleil des enfants perdus est un livre vrai, honnête. Il ne cherche pas à impressionner et pourtant il nous atteint au plus profond…
L’auteur est un chanteur, un flâneur sans aucun doute… Mais il a fait un long voyage sous le soleil brûlant de Bou Saáda.
EXTRAIT
En ce mois de mai 1959, Romain participait à l’encadrement d’une compagnie de parachutistes venue d’une garnison du Nord qui partait pour l’Algérie. Il avait laissé ses parents tous les deux sur le quai, tendres et misérables, et le train s’était éloigné en les laissant immobiles telles deux petites ombres de larmes.
Quand il ouvrit les yeux, les rayons du soleil barraient la cabine comme une poutre lumineuse, du diamètre du hublot. Le soleil s’engouffrait violemment dans la cabine et la chaleur commençait à dissiper la fraîcheur du large et à caresser le bateau.
Il sortit et grimpa pieds nus sur le pont ; accroché au bastingage comme un mousse émerveillé, il découvrit la ville blanche qui sortait de l’aube. Elle était vraiment blanche et semblait monter de l’eau comme un mirage avec ses grands immeubles réguliers de bord de mer… Derrière la colline on devinait les rues étroites et mystérieuses de la casbah. On commençait à distinguer les volets bleus sur les façades blanches qui contrastaient avec le gris sévère des quais du port. Devant la beauté de cette ville et de tout ce ciel, Romain murmura la seule phrase en arabe qu’il connaissait : « Salam aleikoum ». Il pensa qu’on l’avait entraîné à faire la guerre, mais pas une vraie guerre, une guerre d’enfant presque amusante et maintenant il sentait avec angoisse que tout en lui refusait de faire la vraie. Il était un imposteur ! Pourquoi ce tableau orientaliste ne se figerait-il pas ?
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
J'ai bien aimé ce roman très fluide sur un personnage humble qui se demande si sa vie sans accroc peut produire une oeuvre immortelle. -
nostromo, Sens critique
À PROPOS DE L'AUTEUR
Fils d'un garagiste,
Guy Marchand étudie au lycée Voltaire avant d'entamer des études des lettres. Deux ans plus tard, il s'engage dans les parachutistes puis devient légionnaire. De retour à la vie civile, il travaille comme clarinettiste dans des boîtes de jazz de la rive gauche. Sa première chanson,
La Passionnata, tube de l'été 1965, le révèle. Jean-Christophe Averty l'engage pour une imitation d'Al Johnson pour la télévision. Robert Enrico le remarque alors et le fait débuter à l'écran en 1971 dans
Boulevard du rhum , où il incarne Rudolph Valentino. Guy Marchand est également auteur, compositeur, interprète et clarinettiste de jazz. Il écrit des chansons pour Régine, Nicoletta et Hervé Vilard. Dans les années 1990, il enregistre plusieurs albums dont
Buenos Aires sur des airs de tango, et
Nostalgitan, en hommage au guitariste Django Reinhardt.
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Seitenzahl: 91
Veröffentlichungsjahr: 2019
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La colère du vrai croyant ne dure que le temps de remettre son turban en ordre.
Chapitre I
Romain regardait l’étendue marine très loin, aussi loin que son regard pouvait porter, pour ne pas avoir mal au cœur, selon la technique que sa mère lui avait apprise pour pouvoir danser la valse sans avoir la tête qui tourne. Regarder loin, absent et hautain, pour que le roulis du bateau ne fasse pas remonter cette mauvaise bouillabaisse qu’il avait mangée tout seul à une terrasse du port de Marseille. Il ignorait que si l’on voulait manger une vraie bouillabaisse il fallait y mettre le prix car si on la mange dans n’importe quel troquet elle vous suit comme une mauvaise rencontre pendant plusieurs jours. Elle est comme cette ville, superbe et claire à première vue, mais polluée et cruelle par moments. Le temps s’arrêtait, mais pas la digestion.
Romain avait 22 ans ; il mesurait exactement un mètre soixante-quatorze, il était même arrivé à atteindre un mètre soixante-quinze sous la toise du conseil de révision, en respirant profondément et en se tenant très droit. Brun, il avait un visage agréable mais sans caractère particulier, même si le port de l’uniforme pouvait lui donner une certaine prestance.
Le bateau ne partant que le surlendemain pour Alger, il était descendu à l’hôtel de Noailles, cet hôtel de légende d’où de belles dames aux bagages de luxe de chez Hermès ou Vuitton partaient pour le monde colonial. Elles repassaient parfois par Marseille, ces belles dames, pour aller soigner dans une ville d’eaux les maladies exotiques contractées dans des pays lointains ou simplement pour retrouver des climats plus tempérés. C’était le prix à payer en échange de leur séjour dans les colonies d’Extrême-Orient qui se rebellaient.
Il avait flâné dans les rues dans son uniforme tout neuf : il se sentait fier et en même temps presque ridicule avec son béret rouge et ses barrettes étincelantes de sous-lieutenant. Les simples soldats qui le croisaient devaient le saluer comme le règlement militaire l’imposait. Ça le gênait un peu et il répondait à ces jeunes gens qui avaient son âge par un petit salut timide à peine esquissé.
Il était entré dans un cinéma sur la Canebière où quelques spectateurs venaient chercher un peu de fraîcheur ; la projection d’un Buñuel en noir et blanc le laissa triste et désorienté. À sa sortie de la salle il fut tout étourdi par l’intensité de la lumière et, après avoir marché une bonne heure, il s’assit à la terrasse d’un petit café pour boire une bière : il éprouva alors avec volupté un vertige de bien-être mêlé de l’angoisse qu’il ressentait. Il observa un long moment les filles qui faisaient le trottoir en riant et en apostrophant les militaires. Elles apportaient les seules notes de couleur et de gaieté dans cette rue du quartier du Panier à l’odeur d’égout et de poisson. Il n’osa pas en aborder une bien que ce fût une étape classique pour tout jeune soldat qui part faire la guerre. Les femmes bercent les soldats comme des enfants, en leur caressant les cheveux pour les tirer de leurs cauchemars et en leur murmurant « c’est fini mon petit ». Il semble bien que l’amour fasse partie de la guerre, comme s’il était l’autre face de la violence ou même la violence elle-même et que l’amour observait en spectateur impuissant et indifférent les affrontements qui dressent les êtres humains les uns contre les autres. Les petits amours qui volettent aux voûtes des églises ou sur les tableaux des musées sont-ils aussi stupides qu’ils le paraissent ? Ils ont plutôt l’air totalement indifférents, comme des enfants qui jouent.
Le lendemain Romain resta enfermé dans sa chambre d’hôtel. Il aurait pu dormir dans le petit hôtel où on lui avait retenu une chambre, ou même avec sa compagnie dans la caserne proche d’Aubagne, mais il avait tenu à s’offrir une chambre dans ce palace avec le reste de sa solde. Il y passa toute la journée allongé dans ce grand lit qui le changeait des lits étroits et inconfortables de l’armée, en se disant qu’il suivrait les conseils du barman de l’hôtel et irait voir la revue de l’Alcazar non loin de là… À travers les volets il entendait la Canebière vibrer d’une vie intense. Il n’osa pas descendre déjeuner dans la belle salle du restaurant et se fit monter un sandwich auquel il toucha à peine. Il se rendormit fiévreux et rêvant d’aventures orientales. Il se réveilla vers 22 heures. Trop tard pour l’Alcazar !
… Romain entendait plus distinctement les battements de son cœur, peut-être à cause de la beauté de cette ville qui s’éloignait. Il ressentait l’émotion presque pathologique, héritage de sa mère, qui le faisait toujours vibrer intensément, un peu trop même, aux images, aux senteurs, aux musiques que lui offrait le monde. Sa mère vivait avec excès chaque détail de la vie quotidienne au point d’être au bord de l’évanouissement pour des riens mais elle ne prenait jamais au tragique les grandes épreuves de l’existence. Qu’est ce qui faisait battre si vite par moments le cœur de chacun et monter leur tension nerveuse si ce n’était l’impatience de vivre ? Comme lorsque Romain était enfant et qu’il faisait la queue avec elle au cinéma,trépignantet frustré de ne pas être déjà à sa place au premier rang pour voir Tarzan ou Zorro et avec au ventre l’angoisse de l’avenir immédiat, l’angoisse qu’on affiche « complet » ? Y-aurait-il encore des places pour voir le film, dans ce décor majestueux, sous ce soleil, à l’orchestre juste sous l’écran où il aimait s’asseoir ?
Un arrière-goût de bouillabaisse et une remontée acide dans son œsophage interrompirent cette plongée dans ses souvenirs. Il recommença à avoir mal au cœur. D’ailleurs, il avait souvent mal au cœur quand sa mère l’emmenait sur les balançoires de la foire du Trône, plus tard également il avait eu mal au cœur dans l’avion à Pau à la BETAP (la Base École des Troupes Aéroportées) où il avait fait son stage commando. Un stage musclé qui devait transformer le petit jeune homme timide et un peu artiste qu’il était en officier parachutiste, c’est à dire en chef de section d’une troupe d’élite, comme celles que l’on voit dans les vieux films avec John Wayne. Quand la sonnerie rauque qui accompagnait les « go ! go ! » de l’adjudant-chef commandant la soute larguait toute la section par les portes du Nord atlas, il sifflait l’adagio d’Albinoni pour se calmer, puis il plongeait dans le vide. Tout s’arrêtait, sa nausée disparaissait et, surtout pendant les sauts de nuit, le silence d’un voilier s’établissait avec la grande toile au-dessus de lui. Il sifflait doucement l’adagio, jusqu’à ce que l’odeur douceâtre de la terre et de l’herbe monte à sa rencontre avant la dernière traction des bras pour amortir son atterrissage.
Ce soir-là, entre l’ivresse du vent et la nausée, la mer lui donnait cette même sensation. Il se mit à siffler l’adagio d’Albinoni tout doucement, comme s’il allait sauter dans l’eau de la Méditerranée, qui, après avoir été toute la journée de son bleu habituel, devenait avec la nuit d’abord bleu marine, puis d’un noir sinistre, roulant des drames futurs ou d’anciens naufrages. « Le sang, c’est mon sang qui bat et qui me dit que je suis vivant, le sang qui gonfle le cœur, les muscles et le sexe et qui pour un oui ou pour un non peut s’échapper des corps sur un champ de bataille, sur la route, ou simplement à cause de l’épine d’une rose. J’aimerais que l’on m’explique ça ».
Le bateau s’enfonça dans la nuit et Romain rejoignit la cabine de première à laquelle il avait droit en tant qu’officier de l’armée française ; c’était une des plus petites, mais il était en première classe pour la première fois de sa vie. Il s’allongea sur le lit en regardant le plafond qui tanguait doucement. Il pensa à ses parents, à son père garagiste, si fier qu’il soit devenu officier, et à sa mère, silencieuse et angoissée au moment où il l’avait embrassée à son départ, à la gare de Lyon. Il avait été très proche de sa mère : son père, il en avait toujours eu un peu peur. Ce dernier avait eu récemment un petit accident vasculaire et il n’était plus aussi indépendant et autoritaire que pendant son enfance. Sa mère prenait maintenant sa revanche sur son ancienne indifférence, à l’époque où on ne voyait pas souvent son père à la maison, un père toujours sur les routes, toujours à la chasse, toujours ailleurs.
Romain s’accommodait très bien de son absence et de sa vie de couple avec sa mère. Quand il entendait certains soirs la porte d’entrée s’ouvrir et le bruit d’un sac qu’on jette à terre, suivi du pas lourd de son père, tout l’univers de tendresse que sa mère lui assurait était perturbé. Quand les disputes et les éclats de voix entre ses parents parvenaient jusqu’à ses oreilles d’enfant, alors il maudissait son père en plongeant sa tête dans l’oreiller, dans ces moments d’envie de tuer leur père que connaissent tous les petits garçons.
Chapitre II
En ce mois de mai 1959, Romain participait à l’encadrement d’une compagnie de parachutistes venue d’une garnison du Nord qui partait pour l’Algérie. Il avait laissé ses parents tous les deux sur le quai, tendres et misérables, et le train s’était éloigné en les laissant immobiles telles deux petites ombres de larmes.
Quand il ouvrit les yeux, les rayons du soleil barraient la cabine comme une poutre lumineuse, du diamètre du hublot. Le soleil s’engouffrait violemment dans la cabine et la chaleur commençait à dissiper la fraîcheur du large et à caresser le bateau.
