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Franck traverse la rue, perdu dans ses pensées, il n’a pas vu arriver la berline qui fonce sur lui. La voiture le fauche de plein fouet. Il est projeté à plusieurs mètres de l’impact. Ses os se brisent sur l’asphalte et il perd connaissance au moment où les secours arrivent.
Il se réveille un an plus tard dans la chambre d’un hôpital parisien. Pendant son coma, il a subi de lourdes interventions chirurgicales. Son corps est couvert de cicatrices, il est maigre et doit faire de nombreuses séances de rééducation. Quatre semaines plus tard, il est transféré dans un établissement spécialisé pour les grands accidentés. Ces soins devaient durer des mois, mais il se rétablit à une vitesse anormale.
Quelle est la véritable raison de cette guérison express ?
A-t-il vraiment été victime d’un accident ?
Quel lien a-t-il avec le cadavre sans visage, retrouvé dans la forêt de Sénart ?
C’est ce que devront découvrir les inspecteurs Angèle Delay et Sergio Maldini qui sont chargés de l’enquête.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Assistant familial de métier, Aubry Thierry se découvre une passion pour l'écriture en 2018. Depuis il a écrit de nombreuses nouvelles et un roman (le jardin des loups). Voguant entre policier, fantastique et anticipation, il raconte des histoires captivantes où s'entremêlent, suspens et aventure.
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Seitenzahl: 83
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Thierry Aubry
Le syndrome du pélican
Policier
ISBN : 979-10-388-05545
Collection : Rouge
ISSN : 2108-6273
Dépôt légal : Janvier 2023
© 2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite
Un soleil de plomb.
La ville étouffe sous sa carapace de béton et d’acier. Les ventilateurs tournent mollement, brassant l’air chaud des appartements transformés en fours. L’atmosphère est moite, suffocante et les vêtements vous collent comme une seconde peau.
Il marche d’un pas rapide, le souffle court et il transpire abondamment. La chaleur du bitume lui monte en pleine face, un siroco urbain qui lui brûle la gorge. Il entre dans le parc des petits princes, un trajet qui lui fait gagner une dizaine de minutes. L’endroit est envahi de nounous et leurs hordes de mioches qui galopent dans tous les sens. Il slalome en pestant entre les poussettes, les vélos et les ballons d’enfants. Autour du grand bassin, des adolescents s’aspergent sous des cascades de rires. Sur la pelouse jaunie, à l’ombre des saules pleureurs, des couples s’enlacent en se chuchotant des promesses que le temps effacera. Un peu plus loin, assis sur un banc, une brochette de retraités qui fondent lentement en se remémorant des souvenirs d’une autre époque, lâchant de temps à autre un «c’était mieux avant» approuvé à l’unisson. Il traverse l’allée principale, insensible à ceux qui l’entourent et pousse le portillon métallique qui donne sur le boulevard. Sur le trottoir d’en face, il aperçoit un bistrot, une oasis où est attablée une foule de citadins à la recherche d’un peu de fraîcheur. Il s’imagine, lui aussi, trempant ses lèvres sèches dans la mousse onctueuse d’une bonne bière.
Il regarde sa montre et se ravise, ça sera pour une autre fois. Il lui reste peu de temps avant qu’Emma rentre de son travail et passe chercher Anaïs à la garderie. Il doit arriver avant elles pour lui faire la surprise. Il tient à la main un énorme bouquet de roses qu’il vient d’acheter à la boutique de fleurs en bas de la rue. Dans sa poche une bague en or où il a fait graver «8 ans de bonheur». Il a réservé une table chez Louison, son restaurant préféré pour fêter l’évènement et une baby-sitter doit garder sa fille jusqu’à leur retour. Il a tout prévu pour que la soirée soit parfaite.
Il allait traverser la rue quand il aperçoit de l’autre côté une femme habillée d’une robe rouge cerise. Elle a une démarche féline, un décolleté provocant et butine de vitrine en vitrine. Ses yeux se portent sur ses jambes, remontent pour faire une pause au niveau de ses fesses avant de s’arrêter sur sa poitrine où son regard plonge avec insistance. Elle est sensuelle, dotée de formes généreuses qui réveillent en lui des fantasmes qu’il espérait enfouis à jamais. Il a beau lutter, ses démons sont toujours là et reviennent inexorablement. Il s’imagine avec elle dans des ébats enflammés et sauvages. Leurs peaux dégoulinantes de sueur, luisantes, chauffées par la fusion de leurs corps entremêlés. Leurs étreintes sont brutales, bestiales, malsaines. Il lui fait mal et…
— Reprends-toi, pense-t-il aussitôt, chasse ses maudites idées, tu lui as promis que tu ne le ferais plus jamais.
Il s’engage sur le passage piéton, perdu dans ses songes, le regard toujours fixé sur la femme en rouge. De nouveau des images lubriques prennent forme dans son esprit, son imaginaire fait le reste, il ne voit plus qu’elle et son pouls s’accélère.
Le crissement des pneus sur l’asphalte le fait sursauter.
Il tourne la tête.
Une berline noire vire au coin de la rue à grande vitesse et accélère davantage sur la ligne droite.
Un court instant, il semble avoir reconnu le chauffeur.
— C’est impossible ! pense-t-il à haute voix.
Surpris, il reste figé, incapable de la moindre réaction.
La voiture le fauche aux jambes.
Le choc est d’une violence inouïe.
Il entend ses os craquer.
Ses pieds décollent du sol.
Son bouquet de roses explose et tombe en pluie de pétales rouge sang.
Tout se passe très vite et pourtant il perçoit la scène au ralenti.
Le décor tourne autour de lui.
Le bleu du ciel se mélange avec le gris des bâtiments dans un étrange kaléidoscope.
Il s’écrase sur le parebrise qui se fissure sous l’impact et forme une immense toile d’araignée. Il est projeté par-dessus le véhicule, semblable à une poupée de chiffon.
Il rebondit sur le bitume encore et encore.
Il n’a pas mal, il entend juste le bruit de son corps qui se brise sur l’asphalte.
Sa course prend fin plusieurs mètres plus loin.
Sa tête frappe le pavé une dernière fois.
Il reste quelques instants conscient, les yeux grands ouverts.
Il a un goût de ferraille dans la bouche.
Le véhicule qui l’a percuté continue à accélérer avant de disparaître à l’angle de la rue.
Une foule s’attroupe autour de lui. Parmi elle, il reconnaît la femme à la robe couleur cerise. Il dévore du regard les courbes de son corps qui nourrissent en lui un ultime fantasme.
Les gyrophares.
Le hurlement des sirènes.
Il n’entend presque plus rien, juste un bruit de fond, une bouillie de sons déformés qui se fondent en un murmure inaudible.
Des taches laiteuses apparaissent en jets de peinture.
Le silence.
Le décor s’efface.
Blanc, tout est blanc.
Blanc.
Bla…
…
..
Bla…
Blanc.
Le voile blanc se dissipe avec lenteur.
Tout est flou.
Sa vue est trouble.
Son cerveau embrumé baigne dans un océan de coton.
Ses paupières sont lourdes et lui font mal.
Il force pour les ouvrir.
Où est-il ?
Des rideaux à lamelles laissent passer des traits de lumière, qui zèbrent l’espace. Il est dans une pièce aux murs de couleur crème dépourvus de la moindre décoration, hormis un petit tableau représentant un paysage balnéaire. Il fixe un instant la toile, il aimerait bien être là-bas, aux bords de la falaise verdoyante à sentir le vent du large lui caresser la peau. Au lieu de ça, il est ici, dans cette pièce sans âme avec une forte odeur de javel qui lui irrite les narines. Dans la chambre à côté, il entend un râle étouffé et des roues d’un brancard qui cogne les plinthes. Il est allongé dans un lit médicalisé, sous des draps blancs un peu rêches, coincé entre deux barrières de sécurité amovibles. À côté de lui, une machine affiche ses constantes en continu, grâce à des électrodes disposées sur sa poitrine et à son index. Elle émet un bip aigu et agaçant qui perce le silence toutes les dix secondes. Sur le moniteur, trois graphiques battent la mesure en temps réel. Dans son bras gauche, on a placé un cathéter relié à une poche remplie d’un mélange de nutriments et une autre pour son hydratation. Il commence à avoir des fourmis aux extrémités des membres. Une sensation désagréable.
Il bouge lentement ses doigts endoloris, puis remue son poignet. À quelques centimètres de sa main pend un fil avec un bouton rouge tatoué d’un pictogramme représentant une cloche. Il appuie dessus à plusieurs reprises. Quelques minutes plus tard, l’infirmière de garde entre dans la chambre, surprise de le voir avec les paupières grandes ouvertes. Elle repart sans dire le moindre mot, puis revient accompagnée de trois blouses blanches qui se placent autour de lui.
— Je suis le docteur Cohen, responsable de ce service.
Celui qui lui parle est un homme rondouillard, aux allures de rugbyman. Il porte de larges lunettes aux verres épais et grossissants qui lui font des yeux de Hibou.
— Vous êtes à hôpital Saint-Joseph, vous avez eu un grave accident de voiture. Vous êtes resté dans le coma pendant un an.
Il regarde le médecin, mais ne réagit pas.
— Monsieur Delcroix vous m’entendez ?
Depuis son réveil, un mois s’est écoulé. Il a subi une batterie d’examens médicaux, scanner, IRM, électro-encéphalogramme, radios et prise de sang ont été son quotidien. Il y a un peu plus d’une semaine, il a été transféré à Taverny, au nord-ouest de la région parisienne. C’est un établissement spécialisé dans la rééducation des grands accidentés. La clinique est plantée en pleine nature, à l’orée de la forêt. C’est une bâtisse aux murs ocre et jaune qui ressemble à un hôtel des années soixante-dix. L’endroit est calme, lumineux et le personnel bienveillant. Il dispose d’un appartement confortable avec vue sur le parc et d’une salle de bain équipée d’une baignoire. Un luxe appréciable quand on a goûté aux chambres austères des hôpitaux publics.
Après avoir pris un copieux petit-déjeuner, il se dirige vers de la salle de musculation, se traînant d’un pas lent et saccadé. Chaque mouvement est un supplice et lui soutire une vilaine grimace. Traverser ce couloir d’une trentaine de mètres est un chemin de croix, qu’il s’inflige chaque jour. Il se tient à la rampe qui longe la baie vitrée et tire avec ses bras, il tangue par moment, cherchant son équilibre comme s’il marchait sur le pont d’un navire en pleine tempête. Il lui a fallu près de cinq minutes pour parvenir à l’autre bâtiment. De temps en temps, Khaled, son infirmier et coach sportif lui propose de terminer le trajet sur le fauteuil roulant qu’il pousse à côté de lui, mais il refuse systématiquement. Surtout ne pas céder à la facilité, chaque pas est une victoire, chaque mètre parcouru le rapproche de la sortie. Près de la porte se trouve une grande glace, avant de rentrer, il y observe son reflet. Il passe sa main sur son visage et suit du bout des doigts sa fine cicatrice qui marque son front d’un L penché. Les stigmates de son accident. Il en a un peu partout sur le corps. Celle-ci, il la voit, à chaque fois qu’il croise un miroir et elle lui rappelle que rien ne sera plus pareil.
Khaled ouvre la porte, l’aide à s’installer sur le banc qui se trouve au centre de la cage de musculation. Il place ensuite l’haltère sur la crémaillère puis ajoute des poids.
