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Mya est une jeune femme déçue par la gent masculine. Pétillante, pleine de charme, d’audace et d’énergie, elle enchaîne les relations d’un soir pour être certaine de ne plus avoir à s’engager. Au cours d’une soirée, elle tombe sur le jeune frère du copain de sa meilleure amie. Il a tout à apprendre. Mya se fait une guide dévouée ; Benjamin, un élève plus qu’appliqué. Les jeux érotiques sous forme de leçon s’enchaînent si bien qu’on ne sait plus qui apprend de l’autre. Ce jeune homme possède une clé dont Mya avait besoin. Elle ouvre alors bien plus ses cuisses.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Quarantenaire qui n’a de cesse de jouer avec les mots, les hommes et les petits plaisirs de sa campagne toulonnaise,
Angie Edengac est une amoureuse éternelle ; elle aime souvent, mais pas longtemps, comme la plupart de ses héroïnes.
Dans une autre vie, Angie faisait les comptes, additionnant les chiffres et les rangeant dans des cases. Depuis une dizaine d’années, elle est correctrice et sort du cadre, compte les fautes pour les soustraire aux manuscrits. À l’occasion, elle écrit la vie des autres en tant que prête-plume.
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Seitenzahl: 219
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Letempsd’unété
Aliya Edengac
Larencontre
Au réveil, une douleur sourde dans mon crâne et ma bouche pâteuse me rappellent ma soirée. Encore ces fameux cocktails où le rhum est insidieux ! Après le deuxième, impossible de m’arrêter.
Ça bouge sous mes draps. Qui est-ce, cette fois ? Patrick ?
Je me lève difficilement pour préparer du café, il y a urgence. Une douche ne sera pas du luxe non plus. Les muscles de mes cuisses sont un peu las, presque douloureux, comme si j’avais les jambes arquées. Le haut de mon corps est détendu. Toutes ces sensations familières et de vagues souvenirs confirment que je n’ai pas fait que dormir avec… Zut… Philippe ? Quel que soit son prénom, il aura permis d’éviter l’angoisse d’une nuit seule dans mon lit.
Ma tasse de café dans les mains, les cheveux encore humides, je fixe les draps en essayant de me remémorer la soirée. Je l’ai rencontré en boîte et il m’a payé un verre, puis… Nicolas ! Oui, c’est ça ! Il s’appelle Nicolas.
Mon téléphone vibre.
— Coucou ma chérie ! Comment tu vas ? Bien dormi ?
— Oui, oui, ça va, mais parle un peu moins fort, s’il te plaît.
— Oh, t’as encore picolé, toi !
— On ne peut rien te cacher.
— Il est comment ?
— Euh… toujours là.
— Tu l’as pas mis dehors ? Là, tu m’épates. Brun, blond, grand ? J’te demande pas s’il est beau, j’te connais ! Allez, raconte ! Tu sais bien que j’vis tes amours par procuration !
— T’avais qu’à pas t’enticher d’un connard. Je viens de me lever, il dort encore.
— Ouh, tu es grognon en plus. Le rhum ? Ou c’était pas un bon coup ?! Alors, il est comment ?
Je soulève le drap pour vérifier mes souvenirs.
— Brun, et grand. Ses pieds dépassent du lit. Et comme ça, je dirais qu’il est plutôt mignon.
— OK ! Sinon, tu viens toujours ce soir ?
— Oui, Julie, je te l’ai promis.
— Super ! Tu verras, ce sera pas si mal.
— Mouais, je t’en veux quand même de m’avoir fait ce coup-là ! J’aime pas jouer les baby-sitters.
— T’en rajoutes, c’est pas un enfant non plus. Et puis, si t’as envie qu’on s’voie, on n’a pas trop le choix, Benjamin est à la maison pour le mois.
— Il est aussi lourd que son frère ?
— Mya !
— J’ai bien le droit de savoir dans quoi tu m’as embarquée !
— Il est très gentil pour ce que j’en ai vu. Il est arrivé mercredi. Il assure derrière le bar, surtout pour les cocktails. Il a l’air de bien s’entendre avec son frangin. C’est tout ce que j’peux t’dire pour l’instant.
— OK, un bon et un mauvais point. Me reste plus qu’à me faire ma propre idée.
— Génial ! À ce soir, alors !
Pas franchement enthousiasmée par ce qui m’attend, je dois d’abord me débarrasser de l’éphèbe d’un soir qui squatte mon lit. Il se réveille, justement.
— Salut poupée, bien dormi ?
— Oui, merci. Tu veux un café ?
— Carrément !
— Je dois passer chez maman après. Tu veux venir ?
— Euh… J’avais pas vu l’heure ! Je vais y aller, en fait.
— Pas de soucis. Fais comme chez toi. Je te laisse un instant, je finis de me maquiller.
Je m’éclipse dans la salle de bains. Lorsque je ressors, il n’y a plus personne. Le coup de la fille qui veut présenter sa mère après la première nuit, ça marche à tous les coups, ou presque !
֍֍֍
Il est vingt heures, encore une chaude soirée qui s’annonce en ce début juillet. Fin prête, je suis toujours agacée. Sous prétexte que je suis célibataire, je vais devoir jouer la nounou avec le frère de Ludovic. Il faut vraiment que j’aime Julie pour ça. Je suis certaine que cet abruti est moche en plus.
Bon, calmons-nous. Il n’y est pour rien, après tout. Et si ça se trouve, il est moins insupportable que son aîné.
D’accord, Ludovic est plutôt beau gosse : cheveux blonds, coupe décoiffée, yeux bleus. Mis à part ses muscles dessinés sur sa peau diaphane, je ne vois vraiment pas ce que Julie trouve à ce pizzaïolo. Il est petit, son regard est fuyant. Il ne m’a jamais inspiré confiance. Par-dessus tout, il est imbu, pour ne pas dire imbuvable. Même ses fesses parlent contre lui. J’ai souvent pu vérifier qu’elles reflétaient la personnalité profonde des gens. Les siennes sont plates, insipides.
Julie est tout le contraire : douce, posée, droite. Ses yeux de biche amoureuse rendent son regard tendre, presque naïf. Son visage allongé et son nez fin retroussé sont parsemés de minuscules taches brunes s’accordant à merveille avec ses cheveux châtains. Elle est grande, élancée, peut-être un peu trop mince. Ce que je préfère chez elle : Julie est une hypersensible et toujours très expressive. À son image, ses fesses sont fermes et rebondies, parfaitement dessinées, jolies et généreuses.
Ils vivent maintenant tous les deux à la pizzeria. Julie m’accueille en courant et se jette dans mes bras. J’adore ce moment : la sentir contre moi. C’est réconfortant de savoir que notre complicité n’est pas trop mise à mal par sa relation avec Ludovic.
— Ça fait plaisir de te voir !
— Oui, ça faisait longtemps, au moins… trois jours !
— Une éternité ! Dis donc, toujours aussi sexy, ta tenue. C’est pour le baby-sitting ?
Je choisis de ne pas relever.
— Pour la sortie d’après, j’imagine qu’on ne va pas rester là, ce soir.
— Je sais pas. On verra comment se passe le service. On n’a pas grand monde, mais l’équipe senior de l’ASBC est là pour la troisième mi-temps. Les connaissant, ça peut s’éterniser.
— L’ASBC, c’est bien l’équipe de rugby de Bédarrides et Châteauneuf ? Hum, j’ai bien fait pour la tenue !
Ma réplique fait pouffer Julie qui répond immédiatement.
— Oui, le dos nu transparent, c’est sûr, ça va faire des ravages !
— Ça fait pas trop avec la jupe fendue ?
— Mya, on te connaît. Avec toi, c’est rarement plus habillé.
— Oh, tout de suite ! En même temps, t’as pas tort. Avec cette chaleur, je serais bien venue nue. Toi, le jean, je comprends, au service, avec les clients qui te frôlent en permanence et ton chien de garde qui veille…
— Ludo n’est pas un chien de garde. Il est protecteur, c’est tout.
— Non, tu as raison. C’est pas un chien de garde, c’est un caniche qui aboie pour un rien, mais qui part la queue entre les pattes au moindre bruit de pétard.
— Arrête, tu veux. Je l’aime comme il est. Jaloux et craintif, mais doux et attentionné. On rentre ?
Sans attendre ma réponse, elle me prend par la main et me guide à l’intérieur du restaurant. Je salue au passage le roquet qui s’active. Il me répond d’un signe de tête rapide. Julie m’installe à une table de quatre et me demande de l’attendre un moment.
C’est vrai qu’il n’y a pas grand monde pour un vendredi soir. On repère tout de suite la table de huit au fond, occupée par l’ASBC. Il y a aussi un couple avec un enfant, une table de quatre et enfin trois tables de deux. Vingt et un couverts pour une capacité de soixante, ça ne fait pas lourd. Les rugbymen ont presque fini leurs pizzas. Tant mieux, nous allons pouvoir manger presque tranquillement. Quoique leur présence aura de quoi me distraire, si le petit frère est aussi insipide que je le prévois…
Julie s’occupe de la salle pendant que Ludovic est au four. D’habitude, je m’assieds au comptoir et sirote un verre jusqu’à la fin du service en observant les clients.
Au fond du restaurant, une ombre descend l’escalier conduisant à la partie habitation. Je distingue mal son regard dans la lumière tamisée, seul le bas de son visage est éclairé. Il sourit à Julie et me désigne du doigt. Elle confirme, il s’approche, toujours souriant, et entre dans la lumière. Il doit s’agir du fameux frangin. J’avoue être agréablement surprise. Il est aussi brun que Ludovic est blond. Ses yeux, maintenant bien visibles, sont aussi noirs et profonds que ceux de son frère sont fades d’expression. S’il est effectivement très jeune, dix-sept ou dix-huit ans tout au plus, il a le regard droit et pénétrant. Ma tenue aguichante, bien qu’ayant l’air de lui plaire, ne le déstabilise pas outre mesure. Je me lève à son approche et, après m’avoir détaillée de la tête au pied, il me fait la bise. Je remarque ses oreilles décollées. Son nez aussi, un peu trop gros pour ce visage fin. Ces deux-là n’ont pas été coulés dans le même moule !
— Salut ! Moi, c’est Benjamin. Tu dois être Mya ? Tu veux boire quelque chose ?
— Un Mojito, vous avez ça ?
— Je ne sais pas, mais je devrais trouver ce qu’il faut, je reviens tout de suite.
Je lorgne son verso. Son jean noir moule parfaitement une paire de fesses rondes. Julie s’approche, un grand sourire barrant ses lèvres. Elle a suivi mon regard.
— On dirait que tu ne fais plus la tête. Le baby-sitting paraît beaucoup moins te déplaire tout à coup, n’est-ce pas ?
— L’arrière est tout à fait comestible ! dis-je en riant. Mais il est terriblement jeune ! Et si différent de son frère !
— C’est son demi-frère, en fait. Ils n’ont pas le même père. Et puis, il est majeur.
— Ah oui ? Tu es sûre ?
— Il a eu dix-huit ans le mois dernier, s’esclaffe Julie. Ça ne fait que cinq ans d’écart, c’est pas énorme non plus.
— C’est vrai. Ça fait drôle, c’est tout. En tout cas, il a l’air d’apprécier ma présence davantage que son frère.
— Oh ! Recommence pas avec Ludo, s’te plaît, j’ai envie de passer une bonne soirée.
— Je n’ai rien dit de mal, simplement Benjamin semble bien dans sa peau.
— Oui, on verra ce que ça donne tout à l’heure. Je dois m’occuper de la table cinq.
Julie repart avec son plateau. En attendant le retour de Benjamin, j’observe les clients, tous relativement jeunes, la trentaine en moyenne. Les rugbymen sont des habitués. Ils ont déjà dû bien boire étant donné le volume sonore de la table. J’envie l’ambiance qui y règne. Ça me rappelle certaines délicieuses soirées passées en leur compagnie. Notamment celle d’un Nouvel An mémorable… Mes yeux s’égarent sur les formes que moule le tee-shirt de Didier, le troisième ligne de l’équipe. Juste à côté, David, le demi de mêlée, me dévisage et me détaille. Ma tenue a donc l’effet escompté. Je soutiens son regard un moment. C’est agréable de se sentir désirée, d’avoir ce pouvoir et de jouer avec cette attirance. Ça me donne un côté garce. Je le sais, mais j’assume. Je dirais même que j’adore ça.
Ben revient avec deux verres à la main, accompagné de son frère.
— Bonsoir, lâche ce dernier entre ses dents en me faisant la bise, aussi raide que d’habitude. Les consos, c’est pour moi. Vous préférez attendre qu’on ait fini ou grignoter quelque chose tout de suite ? J’ai une margarita prête qui vient d’être annulée. J’ai juste à l’envoyer.
— J’avoue avoir un peu faim, je n’ai pas eu le temps d’avaler grand-chose aujourd’hui. On peut la partager en vous attendant ? proposé-je.
— Ça me va ! valide Ben.
Je reste scotchée. Ludo a été sympa et en plus, il me paye un verre ! D’habitude, je dois régler toutes mes consos, même un café. Là, il m’offre l’apéro et une pizza. Waouh !
Benjamin me sort de ma réflexion.
— Bon, eh bien, à la nôtre !
— Oui, à notre rencontre !
— J’avoue que je suis surpris, lance-t-il en plongeant ses yeux taquins dans les miens. Agréablement.
— Ah bon, pourquoi ? demandé-je, étonnée de ce compliment direct.
— Pourquoi agréablement ou pourquoi surpris ?
— Les deux, réponds-je en riant.
Décidément, ce type n’a rien à voir avec son frère. Lui, il a de l’humour.
— Ludo m’avait un peu parlé de toi et… disons que tu es différente de la description qu’il m’a faite.
— Oh, et en quoi suis-je si différente ?
Il veut jouer, c’est parti ! Je raffole de ces petits jeux.
— Eh bien, pour commencer, tu n’es pas du tout vulgaire, mais plutôt très appétissante.
— Hum, vulgaire, carrément. Sympa ! Appétissante, tu dis ? Merci. J’avoue que tu n’es pas mal non plus pour un gamin.
— Un gamin ?! Je suis majeur, je te signale !
— Oh ! Excuse-moi, c’est pas ce que je voulais dire.
— Non, c’est pas grave.
Son visage fermé indique le contraire. Il évite mon regard et pince ses lèvres. J’essaie de me rattraper.
— Détends-toi, je te charriais.
— Mouais.
OK, ce jeune homme est susceptible, on dirait. Il bougonne, je m’en veux. Ce serait dommage de passer la soirée à se faire la tête pour si peu. D’accord, c’est pas un tombeur. Mais il est loin du profil des gorilles que je fréquente habituellement et ce n’est pas pour me déplaire.
Je me demande encore comment relancer la conversation quand Julie revient.
— Ça va, vous deux ?
— On fait connaissance ! Tu t’étais bien gardée de me dire qu’il était drôle.
Je surveille la réaction de Benjamin. Il redresse légèrement la tête, visiblement attentif et moins bougon. Gagné ! J’espère qu’il va vite oublier ma maladresse. Je me penche en avant et présente mon décolleté, ça devrait aider. Julie sourit largement, mais ne relève pas.
— Qu’est-ce que vous voulez faire après ?
— Ça dépend de vous. Si vous n’êtes pas HS, on peut aller en boîte. Le Saphir à côté a changé de propriétaire. Un ami de mon père y travaille, il nous aura une table sans problème. Mais sinon, on peut aussi rester là et vider les fonds de bouteilles de ton homme !
— Je crois que je préfère la boîte. Et toi Ben, t’en dis quoi ?
— Faut voir Ludo, moi, tout me va tant que je suis avec vous.
— Oh, c’est mignon ça ! soufflé-je, attendrie.
— OK, je vais demander au chef alors. Pas de bêtises en mon absence, tous les deux.
J’échange un regard complice avec Julie qui me fait un clin d’œil en partant.
— Tu fais quoi dans la vie ?
— J’étais au lycée, je viens d’obtenir mon bac S.
— Oh ! Oui, c’est vrai, Ju me l’avait dit.
— Et toi ? Tu bosses pour l’ancien patron de Julie, c’est ça ?
— Oui, en quelque sorte, on s’est rencontrées là-bas. Je suis hôtesse, secrétaire et comptable. Elle était au service technique, je suis plus dans l’administratif.
— OK, et il y a longtemps que vous vous connaissez ?
— Presque trois ans maintenant, ça passe vite. Elle m’a quittée pour ton frère. Enfin, « quittée » façon de parler, quoi. On partageait un appart.
Ludovic arrive avec la margarita promise, prédécoupée.
— Et voilà ! Bon appétit ! Attention, elle sort du four.
— Merci frangin !
— Laisse-lui-en un peu, OK !
Ludovic lance un petit coup de poing dans l’épaule de son frère. Ils ont l’air d’avoir une vraie complicité, ces deux-là. En définitive, j’ai l’impression que Ludo peut être un type sympa. Alors qu’il s’éloigne, Benjamin prend une part et l’engloutit en deux bouchées. Je comprends ce que disait l’aîné il y a une minute. Sa bouche est énorme. Ses lèvres, je ne l’avais pas remarqué jusque-là, sont pulpeuses et très joliment dessinées. Mais sa bouche… Elle est gigantesque. Sa langue est-elle proportionnée de la même manière ? Il me vient subitement des images coquines et quelque peu déplacées que je me hâte de refouler.
Je me sers à mon tour. Elle est brûlante. Je croque ma deuxième bouchée quand Benjamin dévore déjà sa troisième part.
— Dis donc, t’avais faim on dirait ?!
— Je me retiens !
— Ah bon, qu’est-ce que ce serait ?! le taquiné-je.
— Je vais t’attendre, sinon, je t’en laisserai pas une miette.
— C’est pas grave, tu fais plaisir à voir. Sauf que t’en as partout.
J’attrape une serviette en papier posée sur la table et l’enroule autour de mon doigt.
— Laisse-moi faire, tu veux.
Benjamin déplace sa chaise et approche son visage de moi. Une main sur sa joue, je replace une longue mèche brune derrière son oreille et frotte légèrement la sauce tomate qui barbouille le coin de ses lèvres. Sa peau est douce, chaude, imberbe. Ses cheveux chatouillent mes doigts. Si près de lui, je sens les effluves de son eau de toilette qui m’avaient échappé tout à l’heure, assaillie par l’odeur du feu de bois. Mêlés au parfum un peu épicé de sa peau, cela n’a plus rien d’enfantin. Ma main sur sa joue a laissé des traces de farine que j’enlève délicatement avec la serviette.
— C’est beaucoup mieux !
— Merci princesse.
— Princesse ?
— Désolé, c’est sorti tout seul.
— C’est rien. Ça change de poupée !
Je mange un nouveau morceau de pizza en regardant autour de moi. La salle se vide. Il ne reste plus qu’un couple et les rugbymen.
Mes yeux s’égarent un moment vers leur table. David m’observe à la dérobée, l’œil noir. Il ne doit pas apprécier ma proximité avec un autre homme. Il devrait pourtant avoir compris qu’entre nous ce n’était qu’une histoire d’un soir, tout comme avec ses co-équipiers d’ailleurs, Didier ou Nick. J’ai toujours été très claire. One shot, sinon rien.
Son regard bestial, possessif, m’agace. J’ai brusquement besoin d’une cigarette.
— Ça t’ennuie si on sort un moment ? J’ai envie de fumer.
— Pas de soucis, ça me fera du bien de prendre un peu l’air.
— T’en veux une ?
— Je ne fume pas.
— T’as raison, c’est une vraie saleté. Maintenant que ma vie est moins agitée, que tout va mieux, je devrais peut-être me décider à arrêter…
— Pourquoi as-tu commencé ?
— Comme beaucoup au début, pour faire comme tout le monde. Et puis après, quand tu n’as plus rien à quoi t’accrocher, certains vices sont comme de vieux copains. Celui-ci est resté.
— Je peux t’aider, si tu veux.
Benjamin vient de me voler mon paquet. Il l’agite devant moi avec le même œil taquin que tout à l’heure. Là, je retrouve le gamin auquel je m’attendais.
— Ce n’est pas drôle. Rends-les-moi.
Je le suis jusqu’à la sortie.
— Sinon quoi ?
— Rien du tout, rends-les-moi, s’il te plaît.
— Voyons voir à quel point tu y tiens.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Une lueur d’espièglerie dans les yeux, il cache le paquet dans son dos et s’avance lentement vers moi. Son visage et son regard se transforment, le garçon laisse place au jeune homme.
Il me fixe et m’annonce :
— Je garde ton paquet pour la soirée. Chaque fois que tu auras envie de fumer, tu me devras un gage.
— Un gage ? Quel genre ?
— Faisons simple, pour le premier. Je voudrais pas abuser de la situation quand même.
— Tu as de la chance, je suis joueuse. D’habitude, c’est plutôt moi qui tiens les rênes. Allez, vas-y, que veux-tu de moi ?
— Oh oh ! Quelle question ! C’est tentant… Mais, je demande juste un bisou. Ici, glisse-t-il tout bas en désignant sa joue.
Je suis acculée, dos au mur, il a placé une main au-dessus de ma tête, l’autre toujours cachée dans son dos. Il n’est qu’à quelques centimètres de moi et me dévisage. Son regard pénétrant s’adresse directement à mon sexe qui s’humidifie instantanément. Son odeur m’enivre à nouveau. J’ai le souffle court. Comment un si jeune garçon, au physique moyen qui plus est, peut-il me mettre dans un état pareil ?
J’entrouvre la bouche pour mieux respirer. J’humecte mes lèvres quand il me présente sa joue. Ma langue disparaît, j’approche de sa peau et y dépose un baiser, aussi délicat que possible. Il recule très légèrement, ne me quitte plus du regard. Sa bouche… tout près. Son souffle chaud… Une douce brise caresse mon épaule, frisson. Il déglutit, mais n’avance pas. Je résiste également. Le désir… Un feu brûle dans ses yeux. Si proche, une forte tension l’habite.
Sans bouger son corps d’un millimètre, il ouvre mon paquet de cigarettes, en fait dépasser une et l’insère entre mes lèvres. Son pantalon frôle le tissu volant de ma jupe. Après un instant qui me paraît une éternité, il recule enfin. Je reprends ma clope en main, en même temps que ma contenance et m’aperçois, amusée, qu’il est également en possession de mon briquet, glissé dans l’étui. Afin de poursuivre le petit jeu qu’il vient d’instaurer, je lance :
— Tu m’allumes ?
Il hausse un sourcil et s’approche à nouveau, sans que ce soit suffisant pour me toucher. Il déclenche la flamme et place ses mains en protection. Je tends ma cigarette coincée entre mes lèvres. Il retire la langue de feu quelques fois, m’obligeant à avancer encore mon visage. Je le regarde en souriant. Cette complicité est née si vite ! Mon côté gamine, sans doute. Je suis surprise par le contraste entre son assurance à cet instant et son visage si poupon. Il est bien loin de l’idée que je m’étais faite de lui, finalement. Son humour le rendrait presque séduisant. Presque…
Ma tige enfin luisante, je tire une longue bouffée bien méritée, puis recrache la fumée à l’opposé pour ne pas asphyxier Benjamin. Cette taffe est bien moins bonne qu’un baiser. J’allais lui faire part de ma pensée, comme une petite provocation, quand la porte de la pizzeria s’ouvre.
C’est Julie.
Rapprochements
— Vous êtes là, vous deux. Je vous cherchais.
— J’avais besoin de prendre l’air et ton cher beauf m’a accompagnée.
— Ce fut un plaisir !
Il a les yeux rieurs et un large sourire.
— Tu peux me dépanner d’une cigarette ? J’ai laissé mon paquet à l’intérieur.
— Bien sûr, mais il va falloir la demander à Benjamin.
Julie me regarde, perplexe.
— Nous avons fait un pacte. Je vais essayer de moins fumer ce soir. Il garde mon paquet pour que je ne sois pas tentée.
— Je vois.
D’un regard, Julie me fait clairement comprendre qu’elle voit surtout que je ne lui ai pas tout dit et son petit sourire en coin en allumant sa cigarette indique qu’elle n’en restera pas là. Cette fille me connaît trop bien…
— Ludo a bien envie de tester le Saphir, des clients lui en ont parlé, ça a l’air sympa.
— Pour une fois que tout le monde est d’accord, profitons-en !
— OK, mais il faudra que je me change, ajoute Benjamin. Tee-shirt et baskets, ça risque de ne pas plaire à l’entrée.
— De toute façon, Ludo et moi devons nous doucher d’abord. On sent le graillon. Tu as tout le temps. J’y retourne. On devrait pouvoir manger d’ici peu, j’ai vu les rugbymen au comptoir.
Julie rentre pour nettoyer les tables. J’aperçois Ludovic qui boit un verre avec l’équipe. Il s’est occupé de l’encaissement. Lorsque nous revenons, le dernier couple s’apprête à payer. Ludo remet son doggy bag à la jeune femme pendant que l’homme règle l’addition. En passant près du bar, j’attrape un des plateaux et commence à débarrasser leurs assiettes, m’attirant un regard noir de Julie au passage.
Nous arrivons ensemble à la plonge.
— Tu sais que j’ai horreur que tu m’aides en salle. Ce n’est pas à toi de faire ça, râle-t-elle.
— Écoute, plus vite tu auras fini, plus vite nous serons tranquilles. Si je t’aide, c’est du temps de gagné. Tu sais que j’ai horreur de te regarder travailler le cul sur une chaise, sifflé-je.
— Je pensais que tu aurais mieux à faire ce soir !
— Ah, nous y voilà !
— Vous faisiez quoi, tous les deux dehors ?
— On discutait, rien de plus… pour l’instant.
— Pour l’instant ? Il te plaît, alors ?
— J’ai pas dit ça, mais… Il a quelque chose, je dois le reconnaître. Avoue que t’as tout manigancé !
— Non, ce n’est pas le bon mot. Disons que je me suis dit que tu trouverais une certaine compensation au fait que nous t’imposions sa présence ce soir.
— Mouais, tu t’en sors bien. On verra ce que ça donne plus tard.
— Un coup de main, les filles ?
Benjamin est arrivé silencieusement derrière moi. En posant une main sur mon épaule, il me fait sursauter et je laisse échapper une tasse à café qui explose sur le sol.
— Oups, désolée…
— Tu vois, c’est exactement pour ça que je ne veux pas que tu m’aides, tu es si maladroite ! me gronde Julie.
— C’est de ma faute. Excuse-moi.
— Julie a raison, j’ai toujours eu deux mains gauches. Et puis, c’est exigu ici. Je vais chercher le balai. Va donc nous resservir un verre, tu veux bien ?
— Vos désirs… Madame.
Benjamin s’éclipse avec une petite courbette en souriant. Julie et moi éclatons de rire à l’unisson. Mais le sien s’éteint rapidement.
— Ludo va encore râler qu’il y a eu de la casse.
— Ça va, ce n’est qu’une tasse. Et même pas jolie en plus.
— Arrête, tu sais bien comment il est.
— Ouais, d’ailleurs tu sais ce que j’en pense. Qu’il te crie dessus ou plus à cause de cette tasse et il aura affaire à moi.
— Ne recommence pas, s’il te plaît.
— OK, n’en parlons plus. Tu vois, il ne reste rien, aucune trace.
— Aucune trace de quoi ?
Je sursaute à nouveau. Décidément, cette plonge est vraiment mal placée. C’est Ludovic qui nous interrompt cette fois.
— De rien, t’occupe.
— Nos pizzas sont prêtes, si vous voulez on peut manger. Tartiflette sans oignons pour toi, comme d’habitude, c’est ça ?
— Oui, merci, c’est gentil de t’en être souvenu. Tu n’en as pas fait une trop grosse, j’espère. Avec la margarita de tout à l’heure, je n’ai plus très faim.
— Les gonzesses et leur ligne… Pfff. T’en fais pas, au pire, tu repartiras avec pour ton p’tit déj'.
— Euh, trempée dans le café, je ne suis pas sûre.
— Comment ça ?! Tu ne veux pas de la meilleure pizza de la région ? se vante-t-il.
— Je n’ai pas dit ça. Elles sont très bonnes, hein, mais au réveil…
— Je ne vois pas ce qui te gêne.
— OK, je me rends. J’emporterai ta boîte avec plaisir.
— Si Ben t’en laisse le temps ! Remarque, il aime bien les pizzas au réveil, lui.
— Et ?
— Non, rien, je disais ça comme ça.
Il s’assied, échangeant un sourire complice avec Julie. Une impression de traquenard persiste. J’essaie de passer outre, sans manquer de lui lancer un regard méfiant. Nous nous installons tout juste à table tous les trois quand Benjamin revient avec les boissons. Nous mangeons tous de bon appétit. Même moi, qui pourtant n’ai pas vraiment faim. J’avoue, puisque Ludovic ne m’entend pas, que ce sont les meilleures pizzas que j’ai avalées depuis longtemps. Ça me ferait trop mal de le lui dire.
